Billets classés sous « Pierre Karl Péladeau »

La session de tous les défis

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 publié le 9 février 2016 à 18 h 54

C’est un euphémisme de dire que la politique est remplie de défis. Le gouvernement veut stimuler la création de la richesse, il veut adopter des mesures qui viennent en aide aux plus vulnérables, et ainsi de suite. Les oppositions critiquent le gouvernement, elles dénoncent, elles proposent parfois des solutions. Elles préparent le terrain des prochaines élections en espérant convaincre l’électorat.

La session qui commence à Québec ne fait pas exception.

Le défi du gouvernement

Le premier ministre Couillard veut tourner la page sur l’austérité/rigueur budgétaire. Il veut passer à un discours de prospérité. Soit! Un des défis de la politique c’est que les « bottines doivent suivre les babines », bref que le gouvernement passe de la parole aux actes. Et pour ça, il faudra attendre le budget en mars, pour voir si bottines et babines sont synchronisées. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le gouvernement roule sur l’or, qu’il réinvestisse massivement dans les écoles et les mesures de solidarité. Mais il devrait pouvoir réinvestir… un peu. Combien? Comment? Rendez-vous en mars.

Le défi de Pierre Karl Péladeau

Le chef du Parti québécois en a des défis. Il doit préparer son parti pour les prochaines élections. Il doit se distinguer comme chef de l’opposition, un rôle ingrat puisqu’il n’a aucun autre pouvoir que celui de critiquer. Il doit coordonner les efforts de l’aile parlementaire de son parti. Il doit stimuler la flamme souverainiste, pas éteinte, mais qui a besoin de carburant.  Il doit assurer la cohésion de son parti. Mais d’abord et avant tout, il doit démontrer qu’il est premier ministrable, qu’il est capable d’avoir la confiance des Québécois. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt difficile.

Le défi de François Legault

La Coalition avenir Québec a tourné en rond en 2015. En 2016, François Legault cherchera à rassembler les déçus du PQ et du PLQ. Vaste défi. Son parti est devenu fédéraliste dans les faits, même s’il est nationaliste. Pas sûr que les souverainistes du PQ suivront, à moins qu’ils ne soient si déçus qu’ils voient dans la CAQ le seul moyen de bloquer le PLQ. Pour les convictions politiques, on repassera. Les sympathisants du PLQ pourraient-ils être déçus par le discours économique du premier ministre? Peut-être. Assez déçus pour faire le saut chez la deuxième opposition? Pas sûr. Bref, la CAQ doit mettre à profit le mécontentement des familles, des souverainistes, des gens d’affaires…

Le défi de Québec solidaire

Depuis sa création et l’élection de son premier député, Québec solidaire se présente un peu comme la conscience morale de l’Assemblée nationale, à la défense de la veuve et de l’orphelin. Depuis quelques semaines, par contre, c’est le Parti québécois, avec son équipe de recherche, qui est au front pour défendre les plus vulnérables. Ça illustre toute la complexité de la tâche d’un tiers parti, qui ne compte que trois députés et une petite équipe de recherche, aussi vaillante soit-elle. Les députés courent les commissions parlementaires, prennent position sur presque tous les sujets et, en fin de compte, dispersent leur énergie. C’est dur, mais probablement nécessaire, de concentrer ses efforts.

Catégorie: Québec

Grenouillage politique

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 publié le 20 janvier 2016 à 16 h 42

Depuis que je fais du journalisme politique, je me surprends parfois à conclure des discussions avec des collègues par un « on n’en est pas à une surprise près » bien senti. Comprendre la dynamique politique représente pour moi le même défi que de résoudre le cube Rubik! Pas facile.

Dans ma quête, j’ai appris plusieurs choses. Par exemple, que la « faune politique » aime grenouiller, comme si elle était incapable de tenir en place. Comme s’il fallait toujours qu’il se passe quelque chose. J’ai aussi appris qu’une fois qu’une information devient publique, la faune ne s’intéresse pas tant à sa véracité qu’à ses conséquences.

Quelques exemples des derniers jours :

– Le cas Pierre Duchesne

Ça fait des semaines qu’on entend des mauvais commentaires sur le style de gestion du directeur de cabinet de Pierre Karl Péladeau. Ses jours sont-ils comptés au PQ? Peut être que oui, peut être que non. Peu importe, une fois que cette hypothèse est sur la place publique, que se passe-t-il? Le chef du PQ se fait demander s’il fait toujours confiance à M. Duchesne. Il ne répond pas. Conséquence : Pierre Duchesne est fragilisé dans ses fonctions. Peut-il rester dans ces conditions? Ses ennemis en interne espèrent qu’il sera congédié ou qu’il remettra sa démission. Le leadership du chef est testé. Passera-t-il le test?

Grenouillage, grenouillage…

– Le cas Pierre Moreau

À une semaine d’un probable remaniement ministériel, on apprend que Jacques Dupuis, son ami, ex-patron et ex-collègue, conseille le syndicat des policiers municipaux. La conjointe de M. Dupuis est l’attachée de presse de M. Moreau. Conflit d’intérêts en vue! M. Moreau, qu’allez-vous faire (avec en sous-entendu, ce n’est pas vivable)? Conséquence : le ministre Moreau est sur la sellette, il doit réagir, c’est en effet invivable comme situation. Son leadership et son éthique sont testés. C’est rare, il est l’homme des grandes occasions, un pilier du gouvernement, un ministre au parcours irréprochable et… un prétendant possible à la succession de Philippe Couillard.

Pierre Moreau voudrait regrouper les Affaires municipales et la Sécurité publique en un seul « superministère » de l’Intérieur. Philippe Couillard acceptera-t-il ou pas, qui sait? Mais une des conséquences, c’est cette impression que le superministre veut des superpouvoirs, qu’il est sur un supernuage et que certains (en interne?) pensent que ce serait peut-être super bien de ralentir un peu ses ardeurs. Remarquez, une autre hypothèse pourrait simplement être que le gouvernement laisse couler cette info juste pour la tester et voir si elle est acceptée dans l’opinion publique. On appelle ça un ballon d’essai!

Grenouillage, grenouillage…

– Le cas François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec multiplie les entrevues cette semaine. Pas seulement lui. Sa femme aussi a donné une entrevue. Et il dit quoi, M. Legault? Il dit que des députés péquistes réfléchissent à la possibilité de faire le saut avec la CAQ! Vrai, faux, qui, combien, on ne sait pas. Mais on sait que si vous êtes à la CAQ vous vous dites : « Wow, des péquistes veulent venir chez nous! Ça va vraiment mal au PQ, ça va bien à la CAQ! » Disons qu’après « l’annus horribilis » de 2015, c’est exactement le genre de petit remontant dont les militants de la CAQ ont besoin.

Grenouillage, grenouillage…

Évidemment, ce ne sont là que des hypothèses, des conjectures sur les intentions de tout un chacun et sur les conséquences des informations qui circulent.

Ce qui me fait penser… Depuis que je fais du journalisme politique, j’ai aussi appris qu’on fait énormément de conjectures!

M’enfin…

Catégorie: Québec

Un Parti québécois renouvelé?

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 publié le 14 mai 2015 à 19 h 09

Officiellement, la course à la direction du Parti québécois a commencé à la fin janvier. Mais elle s’était véritablement amorcée des mois plus tôt,  avec les jeux de coulisses et  les alliances.

Une course à la direction est un couteau à double tranchant : elle peut renouveler le parti ou elle peut le diviser.

On a l’impression que les membres du PQ ont fait le choix de l’unité, plutôt que celui du risque de division. Les trois « brasseurs de pommier », Jean-Francois Lisée, Bernard Drainville et Pierre Céré, ont abandonné en cours de route. MM. Lisée et Drainville ont invoqué le « moment Péladeau » que les militants du PQ veulent vivre. M. Drainville a même admis que des militants n’aimaient pas son ton insistant, agressif et incisif à l’endroit de M. Péladeau.

Sans présumer de l’issue du vote, l’impression générale qui se dégage est en effet que le PQ veut vivre son « moment Péladeau », que le parti est à la recherche d’un sauveur. La candidature de PKP, comme on l’appelle, est tellement pesante qu’elle semble avoir écrasé l’esprit de compétition qui devait animer la course. Sans rien enlever à Alexandre Cloutier et Martine Ouellet, le choc des idées attendu n’a pas vraiment eu lieu.

Prenez la délicate question de la démarche référendaire. La proposition de Martine Ouellet est claire et limpide : un référendum dans un éventuel premier mandat d’un gouvernement du PQ. Celle d’Alexandre Cloutier est originale : un registre de un million de signatures pour tenir un référendum.

Quelle est la proposition de M. Péladeau, le meneur de la course? Créer un Institut de la souveraineté pour faire la pédagogie de l’indépendance. Et la démarche référendaire? Sur cette question, pas de réponse claire, on est dans le registre du « on verra ».

Bref,  sur ce point précis, ce n’est pas bien différent de la position du PQ aux dernières élections, une position qui avait plombé la campagne de Pauline Marois.

Si PKP gagne, disons que le renouvellement sur cet aspect n’aura pas été fait.

Toujours sur le plan du renouvellement, les chiffres ne sont pas très convaincants : le PQ compte autour de 70 000 membres. Il y en avait 140 000 en 2005, quand André Boisclair a été élu chef.

Peut-être que la façon de faire de la politique est différente de nos jours. Mais pour relancer le Parti québécois, son nouveau chef devra mobiliser et renouveler le discours, un défi qui n’a pas nécessairement été relevé depuis quatre mois.

Catégorie: Québec

Bernard Drainville répétait à qui voulait l’entendre qu’il était dans la course à la direction du Parti québécois pour gagner. Tout le monde avait beau dire que Pierre Karl Péladeau avait une avance pratiquement insurmontable, il n’en démordait pas. Il allait mener bataille en espérant un deuxième tour, où tout serait possible.

Et puis, la bombe.

Bernard Drainville se retire de la course. Non seulement se retire-t-il, mais en plus il se joint à PKP, qu’il a comparé à un mirage pas plus tard que la semaine dernière.

D’adversaire combatif à allié, que s’est-il passé?

Des informations laissent entendre que M. Drainville a reçu des chiffres de pointage démoralisants dimanche. Il n’allait pas gagner (ça, plusieurs s’en doutaient), mais il n’était pas deuxième non plus. Sa stratégie combative n’a pas marché, des militants n’ont pas apprécié les attaques en public. Bref, les carottes étaient cuites.

Ça me fait penser à Raymond Bachand.

Vous vous rappelez de la course à la direction du Parti libéral en 2013? Comme Bernard Drainville, Raymond Bachand était parti 2e sur la ligne de départ. Il a fini 3e. Le verdict des militants libéraux a été une espèce d’humiliation politique. Une défaite si crève-coeur que M. Bachand a quitté la politique.

On peut penser que Bernard Drainville a voulu éviter cette humiliation. Qu’au lieu d’arriver 3e, il préfère rendre les armes, cesser les attaques publiques, se rallier et obtenir un mandat, disons « intéressant », dans un parti dirigé par M. Péladeau.

Bernard Drainville est un homme de convictions, de principes, parfois démagogue, mais il est en politique pour les bonnes raisons. Par contre, sa décision de se rallier à Pierre Karl Péladeau apparaît à première vue plus motivée par le pragmatisme politique que par la conviction.

Catégorie: Québec

La tension entre journalistes et politiciens est une chose courante. Elle est même souhaitable. De cette tension naît parfois la vérité. De cette tension jaillit parfois le fond de la pensée des politiciens.

Il arrive souvent que nous devions répéter la même question, une, deux, trois ou quatre fois avant d’obtenir une réponse qui va au-delà de la langue de bois.

Dans les points de presse officiels, la règle généralement acceptée est que les journalistes posent deux questions. Nous aimerions évidemment en poser plus, mais nous comprenons que tous nos collègues veulent aussi en poser, alors nous acceptons la règle avec résignation. Les politiciens se prêtent aussi parfois à l’exercice d’une entrevue en tête à tête où nous nous sentons comme un affamé devant un buffet.

Ce qui nous amène à Pierre Karl Péladeau. Dans son dernier point de presse, où il divulguait les contours de son programme économique, M. Péladeau a voulu limiter à une le nombre de questions par journaliste.

Ça a donné lieu à ce moment un peu surréaliste de 3 minutes, où le langage corporel de M. Péladeau parle tout autant que les mots qu’il prononce.

Catégorie: Québec

La date du référendum

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 publié le 10 février 2015 à 10 h 03

Trouver la bonne formule pour parler du moment du prochain référendum n’est pas une mince affaire, comme l’ont sans doute déjà constaté les aspirants chefs à la direction du Parti québécois.

L’évolution de la réflexion de Bernard Drainville sur la question en est sans doute la meilleure preuve. Il était quelque peu ironique samedi de l’entendre demander à Pierre Karl Péladeau de mettre de l’avant dès maintenant un plan clair sur l’accession du Québec à la souveraineté.

C’est que le propre plan de M. Drainville s’est lui-même complexifié ces derniers jours, à tel point qu’il ressemble un peu maintenant à celui que propose Pierre Karl Péladeau. En fait, au chapitre de la souveraineté, les plans des quatre principaux candidats se ressemblent plus qu’il n’y paraît, et ils ont tous leurs zones d’ombre.

Le plan Péladeau

Depuis son entrée en politique, il est souvent difficile pour les journalistes de faire parler M. Péladeau. Ses points de presse sont brefs, ses réponses courtes. C’est donc souvent au compte-gouttes que les journalistes parviennent à extraire l’information dont ils ont besoin pour bien saisir sa pensée.

Ainsi en a-t-on appris un peu plus au cours de la fin de semaine sur la stratégie référendaire que M. Péladeau empruntera s’il devient chef du PQ. En gros, le favori dans la course à la succession de Pauline Marois entend consacrer les trois prochaines années à faire la promotion de l’indépendance, sans préciser s’il compte organiser un référendum dans un éventuel premier mandat péquiste. Cette précision viendra en 2018, avant les prochaines élections générales, dont on peut déjà prévoir la date étant donné qu’elles seront théoriquement tenues à date fixe.

Le plan Drainville

Ce qu’il y a d’ironique, c’est que le plan proposé par Bernard Drainville – bien que plus étoffé – n’est pas très différent de celui retenu par M. Péladeau quant au moment où aurait lieu un éventuel référendum. S’il est élu chef du PQ, M. Drainville entend mettre sur pied un comité chargé de faire la promotion de l’indépendance.

Son plan initial était de consacrer un premier mandat du Parti québécois à préparer le référendum, qui aurait potentiellement eu lieu à l’intérieur d’un deuxième mandat, quelque part en 2023 ou en 2025, mais sa réflexion a évolué depuis.

En bref, M. Drainville, à l’instar de M. Péladeau, est lui aussi prêt à envisager la tenue d’un référendum dans un premier mandat, si l’environnement politique est favorable. Mais on ne le saura pas non plus avant 2018.

Le plan Cloutier

Alexandre Cloutier propose pour sa part une approche qui semble à première vue bien différente. S’il devient le prochain chef du Parti québécois, le jeune député entend ouvrir un registre que les Québécois favorables à la tenue d’un référendum seront invités à signer. Un an plus tard, le gouvernement organisera un référendum si au moins un million de signatures ont été recueillies. Dans le cas contraire, il n’y aura pas de référendum.

Le plan de M. Cloutier a le mérite d’être déjà connu, mais son issue reste incertaine. Il pourrait y avoir un référendum, comme il pourrait ne pas y en avoir. On ne sait pas non plus jusqu’à quel point un éventuel gouvernement péquiste dirigé par Alexandre Cloutier pèserait de tout son poids pour inciter les Québécois à signer le registre qu’il aurait mis en place.

Le plan Ouellet

Cette idée de registre proposée par Alexandre Cloutier n’emballe guère Martine Ouellet, qui y voit une étape de plus dans l’accession du Québec à la souveraineté. Le plan qu’elle met de l’avant est encore plus simple. S’il n’en tient qu’à elle, un gouvernement du Parti québécois déclenchera coûte que coûte un référendum sur la souveraineté dès son accession au pouvoir.

Le plan proposé par Mme Ouellet pourrait aussi évidemment ne jamais se réaliser, si la promesse d’un référendum rapide poussait les Québécois, comme ça a été le cas lors des dernières élections selon certaines analyses, à bouder le Parti québécois une fois dans l’isoloir.

En bref, font valoir ses adversaires, le plan de Mme Ouellet est peut-être le plus clair, mais c’est peut-être aussi celui qui a le moins de chances de se réaliser.

La mécanique référendaire

En résumé, s’ils comportent leurs différences, les plans de chacun des quatre principaux candidats se ressemblent davantage qu’on pourrait le croire à première vue. Cette ressemblance met d’ailleurs en relief la difficulté pour le Parti québécois d’aller au-delà des stratégies déjà connues du « référendum en temps opportun » et autres « conditions gagnantes ». Comme l’a résumé dimanche Pierre Karl Péladeau, il est bien difficile d’anticiper ce qui va se produire au cours des trois années et demie.

Le plus ironique de l’affaire est sans doute que les aspirants chefs du Parti québécois ont déjà commencé à s’interpeller sur leurs plans respectifs, alors qu’au même moment le conseil national du Parti québécois débattait d’un rapport indiquant que les militants ne souhaitaient plus aborder la question de la « mécanique référendaire ». Meilleure chance la prochaine fois!

Catégorie: Québec

Citizen Péladeau?

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 publié le 7 février 2015 à 20 h 04

La question est de Pierre Céré, le seul candidat de la course à la direction du Parti québécois qui n’est pas député : est-ce que « citizen Péladeau » est en train de s’acheter un parti politique?

L’expression « citizen Péladeau » fait évidemment référence au film d’Orson Welles Citizen Kane, considéré comme l’un des plus importants de l’histoire du cinéma. Le personnage principal de ce film est un magnat de la presse, Charles Foster Kane, inspiré par le parcours de véritables barons de presse aux États-Unis.

Le candidat Céré a un peu regretté cette image. Il a dit ensuite que c’était une blague, car elle implique que le Parti québécois est à vendre, une affirmation qui aurait pu irriter les militants. Mais il n’a pas reculé sur la critique qu’il a formulée à l’endroit de l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Il demeure qu’il est assez facile de tracer des parallèles entre le « citizen Kane » et le citoyen Péladeau.

Les deux sont des propriétaires de médias et, d’emblée, cela soulève la question sur leur statut de citoyen, de citoyen ordinaire, de citoyen comme les autres. Le sous-entendu du titre du film est que Kane, compte tenu de sa richesse et du contrôle qu’il exerce sur la société avec son entreprise de presse, n’est pas un simple citoyen. Cette question est au coeur de la course à la direction au PQ et, si M. Péladeau l’emportait, il est certain que les autres partis à l’Assemblée nationale chercheront à remettre cette question litigieuse à l’avant-plan.

Le film lève aussi le voile sur la vie privée de Kane. Le citoyen Péladeau n’a pas besoin d’un réalisateur comme Orson Welles pour exposer sa vie privée, Facebook convient parfaitement aux besoins de la mise en scène avec sa future femme, avec ses enfants. Ici, la vie privée devient partie intégrante de l’engagement public et du marketing politique du candidat. Il a évoqué lui-même, à la surprise de tous, l’état de ses relations avec l’animatrice Julie Snyder le jour même où il annonçait son entrée en politique, le 9 mars dernier à Saint-Jérôme.

Charles Foster Kane était un idéaliste qui s’est transformé en un homme obnubilé par le pouvoir et par son intérêt personnel. Dans le cas de M. Péladeau, le cheminement paraît plus complexe. Il aurait adhéré, dit-on, à des idées d’extrême gauche dans ses jeunes années avant de faire son entrée dans l’entreprise de son père. Ses plaidoyers contre le modèle syndical québécois au moment où il était PDG de Québecor ont contribué à façonner son image d’homme d’affaires intransigeant.

Aujourd’hui, il est député du Parti québécois, il veut en devenir le chef et dit en substance qu’il entend se consacrer au bien commun.

Le personnage Kane se lance en politique, dans ce film paru en 1941, et l’expérience se révèle malheureuse. C’est d’ailleurs la vie privée du « citizen Kane » qui vient contrecarrer ses ambitions politiques.

Pierre Karl Péladeau a remporté son élection dans Saint-Jérôme. Mais sa candidature – et la gestion de celle-ci par le PQ – a joué un rôle prépondérant dans la défaite humiliante de sa formation politique.

Au Conseil national à Laval, Pierre Karl Péladeau a offert bien peu de substance aux militants en faisant fi, dans son allocution, des questions qui avaient été soumises aux candidats. Il n’a d’ailleurs suscité qu’un enthousiasme tiède parmi les centaines de délégués présents.

Un sondage publié le matin même lui assure une avance considérable sur ses adversaires… au sein du Parti québécois. Face au chef libéral Philippe Couillard, M. Péladeau se retrouve à égalité (à 32 %), en perte de vitesse par rapport au dernier sondage.

Or, le député de Saint-Jérôme n’a encore présenté aucune position politique précise, sinon qu’il s’est contenté de multiplier sur les réseaux sociaux des dénonciations passablement virulentes contre l’action du gouvernement libéral qui cherche, selon ses dires, à détruire le modèle québécois.

Ce sondage Léger/Le Devoir/Le Journal de Montréal, en apparence très favorable pour Pierre Karl Péladeau, ressemble plutôt à une mauvaise nouvelle pour le favori dans cette course et pour sa formation politique.

De un, il semble que M.Péladeau aurait atteint le sommet de sa popularité parmi les Québécois (-4 points de pourcentage) et parmi les membres du Parti québécois (-5). Un prochain sondage permettra de voir si la tendance se confirme. Quant au Parti québécois, il se retrouve aujourd’hui à égalité avec la Coalition avenir Québec. Mais, ce qui est le plus déprimant pour le PQ, c’est que le plus populaire des candidats à la direction n’est même pas en mesure de faire miroiter la possibilité d’une majorité parlementaire, avant même qu’il ne soit mis à l’épreuve et surtout sans avoir présenté de programme politique.

Ce sondage confirme encore une fois les interrogations et les inquiétudes qui hantent le Parti québécois depuis les élections de 2012 sur la capacité du parti de René Lévesque de former de nouveau un gouvernement majoritaire.

Les membres du Parti québécois devront évaluer si le citoyen Péladeau pourrait offrir une réponse adéquate aux difficultés qui affligent le Parti québécois. Pour le moment, il paraît être « le moins pire » des candidats dans le sens où les obstacles qui sont désormais posés sur la route du PQ vers le pouvoir semblent plus difficiles que jamais à surmonter.

Catégorie: Québec

Le flirt dans la course au PQ

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 publié le 2 février 2015 à 10 h 34

À quelques jours du début officiel de la course à la direction du Parti québécois, une dizaine de députés demeurent toujours dans le camp des non-alignés. Cela représente presque la moitié des députés qui ne sont ni candidats ni forcés d’être neutres en raison de leurs fonctions parlementaires.

Certains se sont vite associés à un candidat, comme Pascal Bérubé et Nicole Léger, qui ont choisi d’appuyer Pierre Karl Péladeau. Sylvain Roy, Alain Therrien et Guy Leclair ont fait de même en se rangeant d’entrée de jeu dans le clan de Bernard Drainville.

D’autres se font toutefois tirer l’oreille. Parmi les indécis, du moins parmi les non déclarés, on compte : Claude Cousineau, Sylvain Gaudreault, François Gendron, Véronique Hivon, Maka Kotto, Diane Lamarre, Nicolas Marceau, Lorraine Richard et André Villeneuve, sans oublier Jean-François Lisée, qui sera dorénavant libre d’appuyer un candidat si tel est son désir.

Évidemment, au jeu des appuis, tous les députés n’ont pas le même poids. Le soutien d’anciens ministres, qui ont plus de notoriété, vaut plus que celui des députés d’arrière-ban. L’appui d’une Véronique Hivon, par exemple, dont la contribution semble faire l’unanimité au sein du parti, vaut son pesant d’or. Celui du doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, aussi.

Les non-alignés soutiennent qu’ils veulent d’abord entendre les idées des uns et des autres avant de se prononcer. N’empêche, dans les différents camps, on commence à s’impatienter, et la pression s’accentue. Appels, rencontres, promesses… les jeux de coulisse s’intensifient autour de ceux qui n’ont pas encore fait leur lit.

Les députés qui prennent parti appuient généralement un candidat dont il partage les idées, mais ils ne sont évidemment pas inconscients de l’influence que leur choix risque d’exercer sur la suite de leur carrière.

« En 2005, j’ai appuyé André Boisclair plutôt que Pauline Marois. J’en ai payé le prix pendant cinq ans, de 2007 à 2012 [lorsque Pauline Marois était chef] », confie un député.

Dans le contexte où la victoire de Pierre Karl Péladeau semble acquise, faut-il s’étonner de ne pas voir davantage de députés se rallier à sa candidature? Oui et non. Certains font falloir à micro fermé que le député de Saint-Jérôme jouit d’une telle avance que leur appui ne sera même pas remarqué.

À ce compte, aussi bien appuyer quelqu’un d’autre, qui lui, s’en souviendra, se disent-ils. D’autres, ambitieux et doutant de l’habileté politique de PKP, pensent même à la prochaine manche lorsque viendra le temps de trouver un successeur à M. Péladeau. Enfin, certains seraient bien prêts à se rallier à lui, à la condition de voir leur valeur être reconnue… d’où l’intérêt qu’ils ont à se laisser courtiser plus longuement et à flirter avec plus d’un candidat à la fois.

Si les non-alignés peuvent prendre plaisir à se faire désirer pendant un certain temps, ils doivent aussi veiller à ne pas faire durer le jeu trop longtemps. « Plus la course progressera, moins l’appui de l’un ou de l’autre comptera », met en garde une source qui évolue dans l’organisation de Pierre Karl Péladeau.

Catégorie: Québec

Course au PQ : tout repose sur les débats

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 publié le 20 janvier 2015 à 14 h 29

En politique, les favoris redoutent les débats, par crainte d’en sortir plus meurtris que grandis. Il suffit d’une déclaration malheureuse, d’une mauvaise réaction ou, encore, d’un adversaire supérieur et mieux avisé pour plomber une candidature. Dans cette course à la direction au Parti québécois, il va de soi que les débats seront d’une importance capitale pour tous les candidats.

Pour vaincre celui que tous reconnaissent comme le favori dans cette course, les autres candidats devront mettre en valeur toutes leurs compétences et leurs idées et espérer, aussi, que Pierre Karl Péladeau commette des erreurs, trébuche et laisse tomber la couronne.

Un débat politique est un moment idéal où sont réunies les conditions qui peuvent conduire à un renversement de tendance.  Ainsi, chaque détail aura son importance.

Le nombre de débats : le candidat Péladeau n’en veut pas plus que deux, tandis que tous les autres candidats en réclament cinq, au minimum.

La formule : elle sera cruciale. Et avec six candidats, il ne sera pas facile de permettre de véritables discussions, sans verser dans la cacophonie. Dans quelle mesure des échanges directs et spontanés seront-ils possibles? Normalement, le meneur va préférer un débat étroitement encadré, dans le but d’éviter le plus possible les mauvaises surprises. Le choix de la formule inclut une variété de détails dont la sélection des sujets, la durée des débats, les dates, les villes, les lieux, le décor, le mobilier.  Il faut aussi choisir une personne pour animer ces affrontements.

Ces débats auront de l’impact en fonction des moyens et de l’ampleur de leur diffusion, quoique s’ils offrent une matière intéressante, ils devraient parvenir à capter l’attention. S’ils sont sans relief, prévisibles et soporifiques, on peut deviner que ce sera à l’avantage du favori.

 Malgré tout, il sera très difficile pour les Céré, Cloutier, Drainville, Lisée et Ouellet de faire tourner le vent, si ce n’est que le député de Saint-Jérôme, qui paraît enclin à commettre des bévues, pourrait leur venir en aide.

Pierre Karl Péladeau s’est souvent retrouvé dans l’embarras en raison de son inexpérience en politique. Ses talents de communicateur laissent aussi à désirer, et il montre les signes d’un caractère primesautier. Ces lacunes handicapent M. Péladeau, qui peine à organiser une défense efficace contre ceux qui dénoncent la possibilité que l’actionnaire de contrôle du groupe médiatique Québecor puisse diriger un des principaux partis politiques du Québec.

Cela représente autant d’occasions pour ses adversaires politiques. Et c’est à l’occasion des débats que les autres prétendants au trône péquiste pourront profiter au maximum de ses failles. Ils devront toutefois porter des coups décisifs, car l’avance de M. Péladeau semble, pour le moment, insurmontable. Au moins trois facteurs rendront cette tâche déjà ardue particulièrement difficile.

D’abord, Pierre Karl Péladeau est un homme intelligent. S’il se montre également discipliné, déterminé et disposé à s’améliorer, il devrait être en mesure de se préparer adéquatement pour éviter un knock-out.

À titre de favori, Pierre Karl Péladeau sera la principale cible des attaques, mais il est possible, pour considérations futures, que certains de ses adversaires évitent de malmener celui qui a de sérieuses possibilités de remporter cette course à la direction.

Le troisième facteur, qui viendra compliquer la vie aux adversaires du favori, c’est que même si les débats peuvent se révéler décisifs, ils ne le sont pas toujours. Par exemple, le chef libéral Philippe Couillard avait commis un impair assez grave avec une déclaration maladroite sur le français au travail lors du débat des chefs, ce qui n’a pas empêché l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire.

Aujourd’hui, aucun des adversaires de Pierre Karl Péladeau ne paraît en mesure de le vaincre. Néanmoins, ils n’ont pas de meilleur choix que de miser sur ces affrontements pour espérer faire chuter le prétendant.

Catégorie: Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie: Québec