Billets classés sous « Philippe Couillard »

Anticosti : Philippe Couillard cherche un prétexte

par

 publié le 5 février 2016 à 17 h 38

Il faudrait se fermer les yeux, se boucher les oreilles et partir loin loin du Québec pour ne pas comprendre que Philippe Couillard ne veut rien savoir d’exploiter le pétrole et le gaz naturel de l’île d’Anticosti. Le problème, c’est qu’il est lié, par contrat, à un processus d’exploration du potentiel énergétique de l’île.

Alors, comment concilier son opposition et son obligation légale? C’est simple! En trouvant un prétexte pour se sortir du contrat.

Quel est ce prétexte? L’environnement!

Oubliez le fait que le baril de pétrole est à 29 ou 30$. Que l’exploitation du pétrole à Anticosti nécessiterait la construction d’un port en eau profonde. Bref, que les coûts/bénéfices seraient minimes.

L’épineuse question de la fracturation hydraulique

 

Ce sont les études environnementales qui seront la planche de salut du premier ministre. Parce que la seule façon d’extraire le pétrole ou le gaz d’Anticosti, c’est par fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, c’est pas très vert. On utilise des produits chimiques pour fracturer la pierre et aller chercher le pétrole ou le gaz. S’il y a un moratoire sur la fracturation dans la vallée du St-Laurent, il n’y aura pas de fracturation sur Anticosti. Les études vont (fort) probablement conclure que la contamination de l’eau sera trop importante, qu’elle représentera un danger pour le fleuve St-Laurent.

Et Philippe Couillard aura son prétexte.

La suite est prévisible. Le plan de match prévoit des tests de fracturation hydraulique l’été prochain. Mais seulement si les études environnementales sont concluantes, donc seulement si l’effet sur l’environnement est minime. Pariez que l’effet sera important. Pariez que les certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement ne seront pas émis.

Le premier ministre pourra alors dire qu’il a respecté le contrat. Que la phase exploratoire a peut être démontré qu’il y avait un potentiel (surtout gazier), mais que les conséquences sur l’environnement seraient beaucoup trop importantes et qu’on ne peut donc pas aller de l’avant.

Il fermerait alors le robinet de possibles recours en justice des compagnies pétrolières associées au projet.

Bref, ce n’est qu’une question de temps avant que les chevreuils d’Anticosti puissent dormir tranquilles.

Catégorie: Québec

Grenouillage politique

par

 publié le 20 janvier 2016 à 16 h 42

Depuis que je fais du journalisme politique, je me surprends parfois à conclure des discussions avec des collègues par un « on n’en est pas à une surprise près » bien senti. Comprendre la dynamique politique représente pour moi le même défi que de résoudre le cube Rubik! Pas facile.

Dans ma quête, j’ai appris plusieurs choses. Par exemple, que la « faune politique » aime grenouiller, comme si elle était incapable de tenir en place. Comme s’il fallait toujours qu’il se passe quelque chose. J’ai aussi appris qu’une fois qu’une information devient publique, la faune ne s’intéresse pas tant à sa véracité qu’à ses conséquences.

Quelques exemples des derniers jours :

– Le cas Pierre Duchesne

Ça fait des semaines qu’on entend des mauvais commentaires sur le style de gestion du directeur de cabinet de Pierre Karl Péladeau. Ses jours sont-ils comptés au PQ? Peut être que oui, peut être que non. Peu importe, une fois que cette hypothèse est sur la place publique, que se passe-t-il? Le chef du PQ se fait demander s’il fait toujours confiance à M. Duchesne. Il ne répond pas. Conséquence : Pierre Duchesne est fragilisé dans ses fonctions. Peut-il rester dans ces conditions? Ses ennemis en interne espèrent qu’il sera congédié ou qu’il remettra sa démission. Le leadership du chef est testé. Passera-t-il le test?

Grenouillage, grenouillage…

– Le cas Pierre Moreau

À une semaine d’un probable remaniement ministériel, on apprend que Jacques Dupuis, son ami, ex-patron et ex-collègue, conseille le syndicat des policiers municipaux. La conjointe de M. Dupuis est l’attachée de presse de M. Moreau. Conflit d’intérêts en vue! M. Moreau, qu’allez-vous faire (avec en sous-entendu, ce n’est pas vivable)? Conséquence : le ministre Moreau est sur la sellette, il doit réagir, c’est en effet invivable comme situation. Son leadership et son éthique sont testés. C’est rare, il est l’homme des grandes occasions, un pilier du gouvernement, un ministre au parcours irréprochable et… un prétendant possible à la succession de Philippe Couillard.

Pierre Moreau voudrait regrouper les Affaires municipales et la Sécurité publique en un seul « superministère » de l’Intérieur. Philippe Couillard acceptera-t-il ou pas, qui sait? Mais une des conséquences, c’est cette impression que le superministre veut des superpouvoirs, qu’il est sur un supernuage et que certains (en interne?) pensent que ce serait peut-être super bien de ralentir un peu ses ardeurs. Remarquez, une autre hypothèse pourrait simplement être que le gouvernement laisse couler cette info juste pour la tester et voir si elle est acceptée dans l’opinion publique. On appelle ça un ballon d’essai!

Grenouillage, grenouillage…

– Le cas François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec multiplie les entrevues cette semaine. Pas seulement lui. Sa femme aussi a donné une entrevue. Et il dit quoi, M. Legault? Il dit que des députés péquistes réfléchissent à la possibilité de faire le saut avec la CAQ! Vrai, faux, qui, combien, on ne sait pas. Mais on sait que si vous êtes à la CAQ vous vous dites : « Wow, des péquistes veulent venir chez nous! Ça va vraiment mal au PQ, ça va bien à la CAQ! » Disons qu’après « l’annus horribilis » de 2015, c’est exactement le genre de petit remontant dont les militants de la CAQ ont besoin.

Grenouillage, grenouillage…

Évidemment, ce ne sont là que des hypothèses, des conjectures sur les intentions de tout un chacun et sur les conséquences des informations qui circulent.

Ce qui me fait penser… Depuis que je fais du journalisme politique, j’ai aussi appris qu’on fait énormément de conjectures!

M’enfin…

Catégorie: Québec

Négos : note à moi-même

par

 publié le 18 décembre 2015 à 16 h 37

Cher Sébastien,

Maintenant que le soleil brille sur les relations entre le gouvernement et ses employés, je t’invite à la réflexion.

Dans cinq ans, quand les négociations reprendront, rappelle-toi de la phrase du premier ministre Philippe Couillard au lendemain de l’entente de principe : « Moi, je n’aborde pas les négociations avec le secteur public ou d’autres personnes ou d’autres organisations comme une sorte de bataille de machos où il faut qu’un soit plus fort que l’autre. »

Rappelle-toi de Martin Coiteux qui disait : « Nous sommes à des années-lumière d’une entente. »

Rappelle-toi des syndicats qui disaient que les offres du gouvernement étaient inacceptables, voire méprisantes.

Rappelle-toi que les syndicats demandent la lune, que le gouvernement offre un caillou et, qu’en fin de compte, ils se serrent la main à mi-chemin.

Rappelle-toi que ce qui se dit sur la place publique ne traduit pas ce qui se passe derrière les portes closes.

Rappelle-toi que toute la rhétorique guerrière et agressive n’est qu’une stratégie pour établir un rapport de force.

Rappelle-toi que même si le gouvernement dit que sa patience a ses limites, il peut être patient.

Rappelle-toi que Noël n’est pas juste le miracle de la Nativité, mais aussi le miracle de la négociation.

Rappelle-toi, parce que dans cinq ans, ça recommencera.

Catégorie: Québec

Les nouveaux meilleurs amis de la politique canadienne

par

 publié le 14 septembre 2015 à 11 h 11

Les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard
Les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard

On savait depuis un certain temps déjà que les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard s’entendaient bien. À preuve, les conseils des ministres communs, comme celui qui a eu lieu vendredi à Québec. Ils s’entendent bien les deux premiers ministres, mais disons qu’ils ont tout intérêt à bien s’entendre. Car au-delà des relations interpersonnelles, la politique est avant tout une question d’intérêts. Et les intérêts politiques et économiques communs de l’Ontario et du Québec sont nombreux :

  • l’Ontario a besoin d’énergie, le Québec a des surplus d’électricité;
  • les secteurs manufacturiers des deux provinces sont des piliers importants de leur économie;
  • les deux provinces ont tout avantage à lutter contre les changements climatiques, car elles n’ont pas d’industries très lourdes, très polluantes, en tout cas pas si on les compare à l’industrie pétrolière de l’Alberta.

L’alliance politique devient toute naturelle quand on constate que l’influence politique et économique des provinces a glissé d’est en ouest ces dernières années. Mme Wynne et M. Couillard représentent 60 % de la population canadienne, et leurs provinces ont fondé le pays. Sans dire qu’ils veulent recréer une « gloire passée », on peut certainement conclure qu’ils veulent ramener le balancier vers le centre du pays.

Cette bonne entente, qui prend la forme d’une alliance informelle, ne devrait donc pas nous surprendre. Elle est avant tout motivée par des intérêts politiques.

Catégorie: Québec

Pendant la course à la direction du Parti libéral, Philippe Couillard a répété maintes fois qu’il voulait que le Québec devienne signataire de la Constitution canadienne. À ce moment (début 2013), il ne semblait pas avoir une idée claire de ce qu’il entendait réclamer pour le Québec. Il ne paraissait pas non plus avoir réfléchi sérieusement à la façon dont les Québécois devraient être consultés sur cette question.

Il avait rapidement abandonné ce sujet après avoir suggéré qu’un vote de l’Assemblée nationale, et non pas un référendum, suffirait pour entériner cette adhésion.

Un autre contexte

Les récentes déclarations de Philippe Couillard, même s’il y a des similitudes avec celles qu’il a tenues pendant la course à la direction, visent d’autres objectifs en raison d’un contexte actuel bien différent.

À Ottawa, le scandale des dépenses des sénateurs représente une nouvelle occasion pour remettre en question cette institution. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, en tête des sondages, promet son abolition. Le premier ministre Stephen Harper aurait voulu au moins le réformer, tandis que le chef libéral Justin Trudeau a déjà exclu les sénateurs libéraux de son caucus.

La tenue d’un référendum national a même été évoquée pour forcer les premiers ministres provinciaux à s’asseoir à la table des négociations. Il est d’ailleurs probable qu’une bonne majorité de Canadiens, et peut-être une majorité de Québécois, seraient tentés de voter pour l’abolition du Sénat.

Une stratégie sur deux fronts

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, est intervenu à deux reprises ces derniers jours pour faire valoir son point de vue, notamment dans son discours de clôture au congrès du Parti libéral du Québec (PLQ) en fin de semaine dernière à Montréal.

1er front : le reste du Canada

Le premier ministre Couillard a prévenu ses homologues du Canada que s’ils voulaient discuter du Sénat, ils devraient aussi tenir compte des revendications du Québec, dont son caractère distinct, ainsi que des réclamations des Premières Nations. En outre, Philippe Couillard a affirmé son opposition à l’abolition du Sénat et a proposé de le transformer en une véritable « chambre des régions ».

Objectifs stratégiques : freiner les intentions de ceux qui ne voudraient négocier que sur la question du Sénat. Aucun premier ministre ni même les aspirants au poste de premier ministre du Canada n’ont exprimé le vœu de discuter des revendications du Québec et des Autochtones. Le Québec cherche aussi à rallier les Premières Nations dans l’espoir de briser son propre isolement sur le plan constitutionnel. Et pour ce qui est du Sénat lui-même, en manifestant son désaccord avec l’idée de l’abolir, Québec ajoute un nouvel obstacle. Concrètement, cela risque de bloquer encore davantage, si cela est possible, des discussions d’ordre constitutionnel au Canada.

2e front : le Québec

Philippe Couillard a toutefois mentionné son intérêt pour des discussions constitutionnelles d’ici 2017, l’année du 150e anniversaire de la fédération, mais pas à son initiative, car cela placerait, à son avis, le Québec en « position de faiblesse ». Il a même prétendu qu’il a trouvé ça « curieux » de voir que des « gens sont terrorisés par une conversation constitutionnelle ».

Objectifs stratégiques : donner l’impression, malgré le contexte, que des négociations constitutionnelles sont possibles, même si Philippe Couillard a reconnu qu’« il n’y a pas d’appétit » pour cela au Canada. L’argument de la « position de faiblesse » lui évite de devoir prendre toute initiative. Il est aussi très difficile de croire que Philippe Couillard n’est pas conscient de l’énorme risque que représentent, pour des chefs politiques, des négociations (ou ne serait-ce que des « conversations ») constitutionnelles au Canada. Le chef libéral s’efforce ainsi de ne pas donner de munitions supplémentaires au chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, et à son projet d’indépendance du Québec. Pour le chef péquiste, la notion d’un Canada impossible à réformer dans le sens des intérêts du Québec est une donnée fondamentale du débat sur la question nationale.

Une première escarmouche

La Cour suprême a publié en avril 2014 un avis qui stipule que le gouvernement fédéral a besoin de l’appui de toutes les provinces pour réformer de façon importante le Sénat et de sept d’entre elles (représentant 50 % de la population) pour des réformes plus mineures.

Le problème pour le chef du PLQ, c’est que la moindre rencontre constitutionnelle qui ne prendrait pas en considération les revendications de la Belle Province serait perçue comme une gifle politique par les Québécois et exploitée comme telle par les meneurs souverainistes.

Il n’est pas certain que le Sénat demeure au premier plan de la campagne électorale fédérale. C’est néanmoins plausible et cela pourrait infliger à la longue un certain tort à la cause des fédéralistes québécois. Mais ensuite, il faudra surtout voir si le prochain premier ministre du Canada a véritablement l’intention d’agir dans le dossier du Sénat qui, pourtant, paraît fermé à double tour.

Or, à ce stade, il est possible que les Québécois ne soient plus les seuls au pays à constater et à se désoler du caractère immuable de la Constitution canadienne, en raison de sa formule d’amendement et des fractures culturelles et sociales qui morcellent le Canada. Cela constituerait une assise pour le moins déconcertante à cette unité nationale que Philippe Couillard cherche résolument à bâtir.

Catégorie: Québec

À l’occasion de l’étude des crédits du ministère du Conseil exécutif le 22 avril dernier à l’Assemblée nationale, le premier ministre Philippe Couillard a dû défendre les chiffres du déficit potentiel ou du solde budgétaire présentés dans les deux derniers budgets du ministre Leitao.

Ces données ont été contestées par des observateurs de gauche et de droite. Le chef de l’opposition par intérim, Stéphane Bédard, juge que ces chiffres ne sont que de la poudre aux yeux.

Il a demandé au premier ministre de lui donner des exemples concrets et précis des compressions qui sont liées à la réduction de ces déficits extrapolés.

Si vous voulez voir cet échange sur le site de l’Assemblée nationale, il commence à 2:27:50 et dure une quinzaine de minutes. Mais s’il y a un extrait que vous devez voir, je vous suggère celui-ci dans lequel Philippe Couillard associe ceux qui mettent en doute ces données à ceux qui croient que la Terre est plate et qui mettent en doute, notamment, qu’elle tourne autour du soleil :

 

 

Catégorie: Québec

Gouvernement Couillard, un an plus tard

par

 publié le 7 avril 2015 à 8 h 21

En une année, le gouvernement de Philippe Couillard est parvenu à imprimer des changements importants à l’État québécois, et dont les effets pourraient se faire sentir pendant de nombreuses années.

Haro sur les CPE

C’est le cas des services de garde et, plus particulièrement, des Centres de la petite enfance (CPE) qui étaient devenus, sous l’impulsion des gouvernements du Parti québécois, une quasi-extension du système scolaire. Les libéraux de Jean Charest avaient amorcé le travail, l’équipe de M. Couillard le poursuit en cherchant, par divers moyens, à freiner le développement des CPE. La tarification, selon les revenus, et une quote-part de 50 % provenant du milieu pour développer de nouveaux CPE comptent parmi les outils privilégiés pour atteindre cet objectif.

Il est vrai que les CPE coûtent cher. Néanmoins, selon des études, ils semblent offrir des services d’une qualité supérieure à ceux des autres services de garde.

Il est possible que ces changements entraînent des modifications profondes. Néanmoins, les CPE ont amorcé la contre-offensive, en évoquant le besoin d’engranger des surplus pour financer adéquatement les développements futurs. Un bras de fer est déjà en cours, puisque le gouvernement Couillard cherche à mettre la main sur une partie de ces surplus.

10, 20… 30?

La loi 10 amorce une transformation des structures du système de santé dont la mise en place complète exigera quelques années, de l’aveu même du ministre Gaétan Barrette. Le projet de loi 20 tente, par des mesures coercitives, de favoriser l’accès au système à un plus grand nombre de Québécois. Le financement à l’activité (projet de loi 30?) visera à mieux mesurer et donc mieux contrôler la croissance des coûts du système de santé.

Ces transformations fondamentales peuvent permettre d’espérer une amélioration du système, quoique les résultats tangibles pourraient exiger du temps. Parmi les inquiétudes que ces réformes suscitent, il y a les erreurs liées à la précipitation dans l’adoption des projets de loi et l’absence de collaboration du milieu médical élargi, qui n’a pas été consulté et qui réagit mal aux mesures coercitives.

Moins d’État

Le premier ministre Couillard a maintes fois indiqué que les surplus serviront à rembourser la dette, réduire les impôts et non pas financer les services publics. Ainsi, les budgets retirés aux programmes sociaux n’y retourneront pas, s’il n’en tient qu’aux libéraux. De toute façon, s’il faut en croire les projections du dernier budget Leitao, il n’y aurait aucun surplus d’ici 2020. Il y a de ces choses dans un budget, surtout pour les années subséquentes, que l’on doit interpréter avec une saine dose de scepticisme.

Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, tient habituellement un double discours en cette matière. D’une part, il soutient que l’élimination du déficit structurel permettra de mieux financer les programmes sociaux et, d’autre part, il affirme qu’il veut réduire la taille de l’État. Le maître argument du gouvernement, c’est qu’il est possible de réduire la bureaucratie sans nuire aux services aux citoyens. Une équation dont la mathématique reste à être démontrée et qui subira le test de la réalité, au moins en partie, au cours de la prochaine année.

Les ministres

Les difficultés de communication sont devenues le talon d’Achille de ce gouvernement. C’est d’autant plus compréhensible que ses engagements électoraux sont très éloignés des mesures qu’il a réellement mises en place. Dès lors, les explications ne sont pas simples. Plutôt que 50 super cliniques, les libéraux ont choisi de procéder à une triple réforme du système de santé. Plutôt que de limiter les augmentations de tarifs à l’inflation, les libéraux ont redessiné complètement la grille tarifaire des services de garde pour les déterminer en fonction des revenus des familles. Les exemples sont nombreux.

Des ministres sont aussi parvenus à se mettre en difficulté par leurs propres moyens.

Inutile d’en rajouter dans le cas d’Yves Bolduc, sinon qu’il a tout de même réussi à entacher, par son comportement et ses déclarations, l’ensemble de sa carrière de ministre. Le premier ministre Couillard a été blâmé pour l’avoir nommé à l’Éducation.

La ministre de la Famille Francine Charbonneau s’est mise dans l’embarras, ainsi que son gouvernement, avec des dispositions du projet de loi 27 qui prévoyaient des amendes salées pour les parents et dont elle a annoncé le retrait 48 heures après le dépôt du texte législatif.

Pierre Moreau a manoeuvré habilement avec la loi 3 sur les régimes de retraite dans les municipalités, mais il a fait pâlir son étoile en piquant une colère inutile contre Laval et Longueuil.

Aux Transports, Robert Poëti s’est mis les pieds dans les plats en évoquant une nouvelle taxe pour les nouveaux développements à proximité des transports en commun.

Le ministre Gaétan Barrette est un cas à part. Il a maladroitement jeté de l’huile sur le feu dans le dossier du CHUM, et l’explosion qu’il a causée ne l’a pas épargné. Il a aussi contraint son gouvernement à adopter le projet de loi 10 sous le bâillon, avant même le début des travaux. Un ministre fort doit normalement mener ses projets à terme, sans que l’usage de l’artillerie lourde soit nécessaire. Il faut toutefois reconnaître son indéniable habileté avec les médias et avec ses adversaires de même que sa capacité à préparer des réformes. Reste à voir s’il sera aussi capable de les appliquer avec succès.

D’autre part, deux ministres ont exercé une influence considérable sur ce gouvernement.

Au plan idéologique, Martin Coiteux s’est révélé omniprésent. Il a été le maître d’oeuvre du virage « austérité » de ce gouvernement. On retrouve ses empreintes dans bien des dossiers, notamment celui des services de garde pour enfants.

Pour ce qui est de la mise en oeuvre de l’action gouvernementale, le leader du gouvernement en Chambre, Jean-Marc Fournier, a joué un rôle prépondérant. Ministre des Affaires intergouvernementales, il est aussi l’un des trois membres (avec le premier ministre et la vice-première ministre Lise Thériault ) du puissant comité des priorités et des projets stratégiques.

Devenir premier ministre

Personne ne naît premier ministre. C’est un métier qui demande un apprentissage. Philippe Couillard a paru très conscient, au cours de cette dernière année, des nombreuses exigences liées à cette fonction. Il a cherché à se montrer digne et à faire la démonstration qu’il était à la hauteur.

Bien qu’en général il y soit parvenu, sa première mission à l’étranger s’est révélée un échec à cet égard. En ne prononçant pas un mot de français lors d’un discours en Islande et en évacuant la question des droits de la personne en Chine, il n’a fait honneur ni à sa fonction ni aux Québécois. Cela fait partie de l’apprentissage.

En revanche, jusqu’à présent, le premier ministre n’a pas tenté de se défiler devant les médias et il s’est révélé particulièrement à l’aise au Salon bleu, sans tomber exagérément dans la partisanerie.

La plus grande faiblesse du premier ministre réside dans la légitimité de ses mesures gouvernementales. M. Couillard s’est retrouvé si souvent en porte à faux au cours de cette première année par rapport à ses engagements de campagne électorale, qu’il sera difficile de ne pas mettre en doute chacune de ses promesses la prochaine fois qu’il se retrouvera devant l’électorat.

À lire aussi : Un an de gouvernement Couillard : promesses tenues ou non?

prochain texte à paraître : les partis d’opposition

 

Catégorie: Québec

CHUM : « détricotage » politique

par

 publié le 9 mars 2015 à 18 h 39

Je ne sais pas si Philippe Couillard est bon en tricot. J’espère pour lui qu’il est bon en « détricotage politique ».

Parce que c’est un peu cela qu’il a entrepris en essayant de convaincre le directeur général démissionnaire du CHUM, Jacques Turgeon, de revenir dans ses fonctions. Il s’attaque à un beau tricot, tout plein de mailles, gracieuseté de son ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Y a-t-il eu ingérence du ministre? Y a-t-il eu abus de pouvoir? Y a-t-il eu intimidation? Pourquoi M. Barrette est-il intervenu dans la gestion du CHUM? Faisait-il confiance à la direction de l’hôpital? J’avoue, je suis perdu dans les mailles du tricot, incapable de trouver les réponses, la vérité.

Ce que je peux vous dire par contre, c’est qu’à partir du moment où le cabinet du premier ministre s’en mêle, c’est parce que c’est sérieux. Il y a une crise au CHUM. Il y a une tourmente politique qui deviendra une crise si d’autres administrateurs, dans d’autres établissements de santé, décident de claquer la porte. Autant mettre le couvercle sur la marmite tout de suite.

En même temps, M. Couillard ne voudra pas ralentir les ardeurs de son ministre « bulldozer ». Parce qu’il faut l’admettre : Philippe Couillard a fait le choix de brasser le pommier du réseau de la santé, au risque que quelques pommes qui tombent écrasent des orteils au passage. Gaétan Barrette a encore beaucoup de travail. Il doit appliquer la loi 10, faire adopter le projet de loi 20 sur les quotas imposés aux médecins et appliquer le financement des hôpitaux selon le nombre de patients traités. Et, pour y arriver, le premier ministre a besoin de Gaétan Barrette.

Voilà de quoi compliquer votre « détricotage politique », M. Couillard…

Catégorie: Québec

CHUM : l’inutile gâchis

par

 publié le 9 mars 2015 à 16 h 08

Il y a deux versions contradictoires dans le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) : celle du ministre de la Santé Gaétan Barrette et celle de l’ex-directeur général du CHUM, Jacques Turgeon.

M. Turgeon affirme que le ministre et son sous-ministre ont réclamé qu’il  nomme le candidat de leur choix comme chef de département de chirurgie de l’hôpital qu’il dirige, à défaut de quoi il ne deviendrait pas le prochain PDG du CHUM. Pour sa part, M. Barrette soutient qu’il a seulement suggéré le nom d’un candidat, celui qui était déjà en poste, afin d’assurer la stabilité au CHUM d’ici le déménagement en 2016.

Il est impossible de savoir ce qui s’est réellement dit lors de ces conversations. Ça nous contraint à essayer de comprendre ce qui s’est véritablement passé en portant notre attention au fil des événements.

Le ministre a rencontré le directeur général le lundi 2 mars. Il est clair que le principal sujet de conversation a été la nomination du chef de département de chirurgie du CHUM.

Pourquoi le ministre intervient-il à ce moment précis, puisque le second processus de nomination n’était pas encore terminé? La période pour soumettre sa candidature ne prend fin que dans quelques semaines.

Le lendemain, le 3 mars, le ministre Barrette communique à nouveau avec le DG Jacques Turgeon, cette fois par téléphone. Encore une fois, il a été question de cette nomination.

Le dialogue ne paraît pas avoir été fructueux, car le 4 mars c’est le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, qui intervient auprès de M. Turgeon, toujours à propos de la sélection du chef de département de chirurgie du CHUM.

Le lendemain, le 5 mars, le directeur général du CHUM Jacques Turgeon démissionne.

Pourquoi le ministre a-t-il insisté? Quelle était l’urgence? Pourquoi a-t-il demandé à son sous-ministre d’intercéder à nouveau auprès de Jacques Turgeon? Qu’est-ce qui explique ces interventions au début du mois de mars, alors que le premier processus de sélection avait été révoqué et que le second n’était pas rendu à terme? Jamais le ministre Barrette n’a éclairci cette question.

Alors, posons-nous la question : que se passait-il au début de la semaine dernière qui faisait que cette affaire devait être résolue dans les plus brefs délais?

En fait, il se passait que Québec s’apprêtait à nommer dans les jours suivants tous les présidents-directeurs généraux du secteur de la santé au Québec, dans la foulée de l’adoption de la loi 10. Ces nominations ont été annoncées le vendredi 6 mars. Cette information, qui est cruciale dans ce contexte, tend à montrer que la version du directeur général Jacques Turgeon est plus crédible que celle du ministre Gaétan Barrette.

Si le ministre ne voulait que recommander la nomination d’un candidat au département de chirurgie, il pouvait très bien intervenir plus tard, après avoir nommé Jacques Turgeon comme PDG. Mais non, le ministre a choisi d’intervenir avant cette nomination et ainsi mettre de la pression sur M. Turgeon. Comme si le ministre voulait conserver un levier, un pouvoir de négociation à l’encontre du directeur général  (le ministre n’est-il pas le premier à évoquer ses talents de négociateur?) qui persistait dans son refus d’agréer au choix du ministre.

Je ne vois pas d’autres explications qui permettraient de comprendre les interventions répétées et rapprochées du ministre et du sous-ministre de la Santé auprès du directeur général du CHUM à ce sujet.

Bien sûr, le ministre Barrette a indiqué qu’il entendait nommer Jacques Turgeon au poste de PDG du CHUM. Mais si Gaétan Barrette était parfaitement sérieux dans son intention, il aurait dû éviter d’intervenir avec insistance auprès de M. Turgeon, dans les jours et les heures qui précédaient l’annonce officielle de sa nomination.

En agissant de la sorte et à ces moments précis, M. Barrette a ouvert lui-même la porte à ces accusations d’intervention politique, d’abus de pouvoir, voire de chantage, qui s’avèrent dommageables pour sa réputation.

En outre, il appert que le ministre a commis ce qui est assurément et au minimum une grave imprudence dans un dossier secondaire, au beau milieu d’une tempête avec le corps médical sur des réformes majeures en santé. En raison de son inexpérience, il s’est mis lui-même en péril, de même que les réformes qu’il cherche à réaliser.

Au premier ministre maintenant de tenter de réparer l’inutile gâchis du ministre Barrette.

Catégorie: Québec

Un ministre efficace et effacé

par

 publié le 27 février 2015 à 19 h 24

Efficacité et discrétion, ce sont deux qualités recherchées par un premier ministre quand il forme son Conseil des ministres.

Vous allez me dire : « Et la compétence, elle? » Je vous répondrais : « Bien sûr, la compétence, mais en politique, la compétence ne garantit pas un poste de ministre! » Il y a aussi la géographie (le candidat vient-il d’une ville ou d’une région?), le sexe, les liens avec le premier ministre, le passé (trouble ou immaculé), bref…

Mais quand un ministre est efficace et effacé, il fait le bonheur de son patron. D’abord, parce qu’il atteint les objectifs fixés. Et aussi, parce qu’il ne mettra pas le gouvernement et le premier ministre dans l’embarras.

Le nouveau ministre de l’Éducation François Blais est exactement comme ça.

Efficacité : c’est un novice en politique (en fait presque, il a été doyen de la Faculté des sciences sociales et candidat défait au poste de recteur de l’Université Laval), mais lors de son bref passage au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il a mené ses réformes avec doigté, sans faire de vagues.

Effacé : il ne court pas après l’attention des médias, vous ne le verrez pas donner d’entrevues aux caméras de surveillance de l’Assemblée nationale. Disons que ça réduit le risque de dérapage. Disons aussi qu’à l’Emploi et à la Solidarité sociale, les corvées médiatiques étaient rares. Mais quand il les a faites, il les a bien faites. Reste à voir comment il résistera à l’attention quotidienne du ministère de l’Éducation.

Parce qu’il faut le dire, il a du pain sur la planche, M. Blais : fusions des commissions scolaires, élimination des élections scolaires, négociations avec les enseignants, vision de l’école pour 2020-2025… Il ne chômera pas et ce ne sera pas facile!

Philippe Couillard pense avoir trouvé celui qui calmera le monde de l’éducation. On verra quelle note il recevra dans quelques mois…

Catégorie: Québec