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Les retraites, nouvel avertissement

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 publié le 28 novembre 2013 à 8 h 52

Un rapport de l’OCDE passé presque inaperçu mercredi, sauf les mentions qu’en ont faites mes collègues de l’économie, contenait un message digne d’intérêt pour les futurs retraités et nos décideurs politiques. Les retraités canadiens dépendent déjà moins des régimes publics et davantage de sources personnelles de revenus pour assurer leurs vieux jours. Nos personnes âgées ont également de plus en plus tendance à se rapprocher du seuil de pauvreté, même s’ils s’en tirent encore mieux que ceux des autres pays industrialisés. Bref, il faut penser à long terme dans ce domaine et, quel hasard, les ministres des Finances du pays doivent se rencontrer avant les Fêtes. Les provinces ont déjà eu des discussions sur le Régime de pensions du Canada cet automne. Leur vis-à-vis fédéral sera mis au parfum sur tout ça.

Jim Flaherty semble conscient de la nécessité de mettre à jour le Régime de pensions du Canada pour permettre aux futurs retraités de maintenir un niveau de vie décent, mais il estime que les ajustements peuvent attendre. Il disait concevoir, au début du mois à Toronto, qu’il soit dans l’intérêt à long terme des Canadiens de bonifier le RPC. Pour lui, les contributions nécessaires de la part des employés et des employeurs sont des taxes à l’embauche qu’on ne peut pas se permettre en ce moment.

Durant leurs rencontres des trois derniers mois, les provinces ont envisagé des façons de prévoir un mécanisme d’ajustement au plus tôt, de façon à pouvoir mettre le tout en branle dès que les conditions économiques le permettront. Il convient de rappeler que ce sont des réticences provinciales qui, il y a trois ans, avaient freiné M. Flaherty. Ce dernier avait alors décidé de se concentrer sur les nouveaux régimes de pension agréés collectifs, qui offrent une autre option aux épargnants.

Quelques détails maintenant sur les conclusions de l’OCDE, qui militent en faveur d’une réflexion plus tôt que tard, et qui proposent surtout d’aller plus loin que le simple, pour ne pas dire simpliste, passage de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Le rapport Panorama des pensions 2013 montre que trois fois plus de retraités américains que canadiens vivent sous le seuil de pauvreté. Cependant, le nombre de retraités pauvres est à la baisse dans la plupart des pays de l’OCDE, alors qu’il s’est accru au Canada au cours des cinq dernières années. Ainsi, au pays, plus de 120 000 retraités additionnels ont joint ce groupe.

Le gouvernement Harper se targue de maintenir les transferts aux particuliers, malgré les compressions actuelles. Ça inclut évidemment le RPC, la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Autre hic, ces prestations comptent pour 39 % du revenu des retraités au Canada, contre 59 % en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE. Vous aurez compris qu’à l’inverse, les régimes non gouvernementaux (REER, régimes d’employeurs, etc.) occupent une plus grande part ici, soit 42 % des revenus contre une moyenne de 18 % pour l’ensemble. Compte tenu du fait qu’on est dans une grande remise en question des fameux régimes à prestations déterminées, cette portion de l’équation sera mise à mal au cours des prochaines années.

De la matière à réflexion, à prévision, à planification sinon à action pour le ministre Flaherty et ses homologues provinciaux lors de leur rencontre prochaine. Et je ne vous parle même pas des problèmes de capitalisation des régimes de retraite ces temps-ci!

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Sécurité de la vieillesse, la vraie réforme?

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 publié le 4 octobre 2013 à 10 h 39

La vaste question du revenu des retraités est complexe et technique et provoque davantage de bâillements que de manchettes, mais elle est l’objet de bien des débats, d’études, de rapports et aussi de craintes de la part de nos décideurs politiques. Les changements dans ce domaine entraînent souvent des réactions passionnées et viscérales qui ont même parfois fait reculer le gouvernement. Parlez à Brian Mulroney d’une certaine Solange Denis!

Le Régime de pensions du Canada (RPC) est dans la ligne de mire des gouvernements provinciaux et fédéral en prévision de la prochaine rencontre des ministres des Finances. Le Globe and Mail fait état ce matin des positions de départ de chacun.

Par ailleurs, le gouvernement Harper s’est déjà assuré de la viabilité du régime de la Sécurité de la vieillesse (SV) en faisant passer graduellement l’âge d’admissibilité à ces prestations de 65 à 67 ans de 2023 à 2029. Il a essuyé la tempête, la mer s’est calmée et le navire est encore à flot. Tout le monde n’était pas d’accord avec le scénario catastrophe du gouvernement sur la capacité de financer la SV, à commencer par l’ex-directeur parlementaire du budget, mais le gouvernement Harper parle d’économies pouvant atteindre les 11 milliards de dollars lorsque la réforme sera complétée.

Plusieurs avaient plutôt fait valoir que des économies pouvaient être réalisées autrement à partir de la SV elle-même. Il était même possible d’avoir le meilleur des deux mondes, des économies combinées à un meilleur programme, plus équitable. Imaginez, la SV offre des prestations maximales de 6600 $ par année. Elles commencent cependant à diminuer lorsque le revenu du pensionné atteint les 71 000 $ pour disparaître à environ 115 000 $. Imaginez, une personne vivant seule avec des revenus tournant autour des 20 000 $ retire exactement le même montant de la SV que celle qui fait 70 000 $.

Voilà une suggestion de passer à un autre stade de la réforme de la SV pour la rendre plus juste en concentrant les paiements vers ceux qui sont le plus dans le besoin.

Et les auteurs qui interpellent ainsi le gouvernement Harper peuvent difficilement être assimilés à des adversaires, puisqu’ils appartiennent à l’Institut Fraser, dont les orientations à droite sont bien connues.

Dans leur rapport intitulé La réforme de la SV : un bon départ, mais toujours incomplète, les gens de l’Institut proposent entre autres un scénario cohérent avec certains seuils du Régime de pensions du Canada. Ainsi, si ceux qui gagnent 51 000 $ plutôt que 71 000 $ commencent à voir leurs prestations réduites, au même rythme, elles disparaissent à 95 000 $ plutôt qu’à 115 000 $. Cette année, un tel changement aurait permis de dégager 730 millions.

On peut faire pas mal de choses avec une telle somme. Évidemment, en envoyer plus du côté des moins nantis en augmentant le Supplément de revenu garanti touché par deux millions de Canadiens âgés qui ont moins de 16 500 $ de revenu. Augmenter les prestations de la SV des personnes âgées seules qui ne profitent pas des économies d’échelle accessibles à un couple. Ou encore, faciliter les contributions aux régimes de retraite collectifs ou les REER.

En gros, le principe, c’est que l’Institut Fraser suggère au gouvernement fédéral de donner une certaine priorité aux ressources consacrées aux personnes retraitées en en enlevant aux riches pour les consacrer aux gens à revenu modeste sans viser à faire des économies. Faire mieux donc… pas nécessairement avec moins!

 

 

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Pensions : un mystérieux rapport

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 publié le 30 mai 2012 à 14 h 08

Une déception, mais pas nécessairement de surprise. On sait que le ministre des Finances Jim Flaherty n’a pas encore fourni de chiffres sur les économies réalisées quand le passage de l’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans sera terminé en 2030. Curieusement, les données actuarielles lui permettent de conclure que le programme ne sera pas « viable ».

Ces données montrent qu’il coûtera en 2030 108 milliards de dollars, mais les actuaires ne lui auraient pas donné les chiffres sur les économies. Tout au plus, M. Flaherty laisse-t-il échapper un « c’est dans cet ordre-là », quand la question du journaliste évoque l’hypothèse d’une « économie de 10 milliards de dollars M. le ministre? »

C’est son patron qui avait un peu mis le feu aux poudres de ce débat dans son discours de Davos, en rappelant les mesures pour limiter les hausses de dépenses pour les soins de santé et en ajoutant : « Nous devons faire la même chose pour notre système de soutien à la retraite. »

M. Harper abordait l’épineux sujet pour la première fois, du moins aussi clairement. Plusieurs lui ont rappelé qu’il avait raté l’occasion de l’évoquer pendant la toute récente campagne électorale. On peut maintenant penser que ce n’était pas la première occasion ratée, même si le gouvernement semblait très bien savoir où il s’en allait.

Des collègues anglophones ont rappelé que la volonté des conservateurs d’assurer la viabilité financière de l’État fédéral date en fait de 2007 et, à la lecture de leur engagement du budget 2007 (notamment de publier le rapport qui en a découlé), on comprend bien que le soutien au revenu de retraite était déjà dans la ligne de mire. Le plan budgétaire, page 167, contenait le paragraphe suivant :

À titre de complément à l’objectif consistant à éliminer la dette nette du pays, le gouvernement publiera un rapport exhaustif sur la viabilité des finances publiques et l’équité intergénérationnelle, qui accompagnera la Mise à jour économique et financière de 2007. Le rapport offrira une vaste analyse des changements démographiques actuels et futurs et des répercussions de ces changements sur les perspectives économiques et financières à long terme du Canada. La décision de publier ce rapport sur la viabilité des finances publiques tient au fait que, selon le gouvernement, le maintien de finances publiques viables à tous les ordres de gouvernement constitue une condition essentielle à la réalisation de l’équité entre les générations et à une croissance économique forte et soutenue.

Visiblement, on a changé d’avis sur « la décision de publier ce rapport ». On a eu droit à des budgets chaque année depuis 2007, même chose pour les mises à jour économique et financière, sans oublier les deux élections, et on n’a pas entendu parler des intentions du gouvernement conservateur avant Davos.

La réponse à la demande d’accès à l’information que nous venons de recevoir le confirme. Nous n’avons pu obtenir copie que d’échanges de courriels entre fonctionnaires et le bureau du ministre Flaherty. Ils confirment certes l’existence du rapport et d’un chapitre sur « les implications du vieillissement de la population », mais ils maintiennent le secret sur le contenu du rapport lui-même. 

On invoque les exclusions de la loi d’accès prévues pour les avis et recommandations au ministre ou au Cabinet. Mais il reste que, s’il confirmait le péril en la demeure à la Sécurité de la vieillesse, le gouvernement aurait intérêt à nous le montrer ce rapport, non? Ou le ministre pourrait s’appuyer sur ce rapport pour nous fournir les chiffres sur les économies post-2030…

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