Billets classés sous « Pauline Marois »

Parlez-en à Lucien Bouchard, l’atteinte de l’équilibre budgétaire est un exercice douloureux. Essayez-le chez vous en coupant le cinéma, le restaurant, les vêtements, une partie de l’épicerie, les iPod, Playstation et autres gadgets. Vous m’en donnerez des nouvelles.

Un premier ministre aime beaucoup mieux se transformer en père Noël qu’en Grincheux. Est-ce que la phase « grincheuse » du gouvernement est terminée? Il semble que oui.

Pauline Marois a affirmé ces derniers jours qu’elle passe à une autre étape, une étape de développement, d’investissement et de création d’emplois. Elle a dit aux chefs syndicaux que la phase compression est terminée.

Il faut dire que Mme Marois a bien besoin de nouvelles positives.

Les « bonnes nouvelles » commencent lundi, avec un nouveau régime de redevances minières. Je mets des guillemets parce que ce qui vous sera présenté comme un pas en avant sera analysé comme un pas en arrière par l’opposition. En effet, les 400 millions de dollars de plus en redevances évoqués en campagne électorale ne seront probablement pas au rendez-vous.

Mardi, Mme Marois partira tôt de Québec, fera un arrêt à Chibougamau, pour des annonces sur le programme du « Nord pour tous », le Plan Nord version Parti québécois, avant de revenir juste à temps pour la période de questions à 14 h.

Ça fait beaucoup de kilomètres pour une annonce, preuve de plus qu’elle tient à passer à une autre étape…

 

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Vache sacrée menacée?

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 publié le 15 avril 2013 à 19 h 40

Chaque campagne électorale, il y a des incontournables : « Qu’allez-vous faire pour désengorger les urgences? »; « Qu’allez-vous faire pour lutter contre le décrochage scolaire? »; « Les tarifs d’électricité seront-ils augmentés? » et « Allez-vous dégeler la contribution parentale quotidienne dans les garderies à 7 $? »

La dernière fois, le PLQ et la CAQ ont répondu oui à cette dernière question, le PQ, non. Nous ne sommes plus en campagne électorale (remarquez, on le sera peut être bientôt!), mais la question revient. Cette fois, c’est l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) qui relance le débat. Elle voudrait qu’on augmente le tarif à 8 $. La ministre responsable, Nicole Léger, répond non, pas pendant l’actuel mandat du gouvernement.

Comprenez que le PQ proposera probablement un dégel de la contribution pendant la prochaine campagne électorale. Il nous a trop souvent dit qu’on devait se serrer la ceinture pour ne pas suggérer une augmentation.

En 2002, la contribution quotidienne de 5 $ représentait 13 % du coût réel d’une place en garderie. En 2004, quand le gouvernement de Jean Charest a augmenté de 5 à 7 $ la contribution quotidienne, celle-ci représentait 22 % du coût réel. Aujourd’hui, toujours à 7 $, les parents paient 17 %. À première vue, une indexation du tarif ne représenterait pas un choc tarifaire.

Ce réseau de garderies subventionnées fait le bonheur des parents, il est aussi une certaine source de fierté, dans la mesure où le modèle fonctionne. Mais de toute évidence,  par souci d’équité, une augmentation du tarif quotidien semble inévitable…

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L’heure des bilans

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 publié le 10 décembre 2012 à 13 h 59

Après six semaines de travaux parlementaires, les députés sont rentrés dans leurs circonscriptions avant de profiter du congé des Fêtes. C’est un congé bienvenu après une année mouvementée, marquée par le printemps érable, des élections, l’arrivée d’un nouveau gouvernement et une course à la direction du PLQ. L’heure est donc au bilan.

Parti québécois

Après neuf ans dans l’opposition, le Parti québécois a repris le pouvoir le 4 septembre. Petite déception, le PQ est minoritaire. Rapidement, Pauline Marois se met au travail :

- annulation de l’augmentation des droits de scolarité et de la loi 78;

- fermeture de Gentilly 2;

- annonce de la rétroactivité de l’augmentation des impôts des plus riches;

- un budget;

- reculs sur l’abolition de la taxe santé, le gel de bloc patrimonial d’électricité, la rétroactivité et la double nomination d’André Boisclair;

- projets de loi sur les contrats gouvernementaux, le financement des partis politiques, les élections à date fixe, les élus municipaux accusés, la nouvelle loi 101, etc.;

- annonce du sommet sur l’enseignement supérieur.

On ne peut certainement pas reprocher au gouvernement de s’être tourné les pouces. Ce qu’il a accompli en un mois et demi, avec un gouvernement minoritaire, relève presque de l’exploit. Mais parfois, son empressement à vouloir faire beaucoup en peu de temps a laissé une impression d’improvisation.

On attend du gouvernement qu’il pèse et soupèse ses décisions, qu’il sente l’humeur de la population. La double nomination d’André Boisclair a été une erreur, mais miser sur l’intégrité pour marquer cette session parlementaire a été un bon coup.

Parti libéral du Québec 

Les députés du PLQ sont un peu comme des joueurs de la Ligue nationale de hockey rétrogradés dans la Ligue américaine. Cette transition entre le pouvoir et l’opposition nécessite une adaptation. Ajoutez à ça le fait que le parti n’a pas de chef permanent et vous avez les ingrédients d’une opposition qui se cherche. Le chef par intérim, Jean-Marc Fournier, ne peut pas prendre de décisions qui seront un boulet pour le nouveau chef. Les prétendants à la succession de Jean Charest courtisent les députés, les militants, les présidents d’associations. Bref, on dirait que le PLQ a la tête ailleurs et offre une opposition timide.

Coalition avenir Québec

Stratégiquement, la Coalition avenir Québec a été habile. En annonçant tout de suite qu’elle voterait contre le budget, elle a forcé les libéraux à se cacher dans les toilettes le jour du vote pour éviter que le gouvernement ne tombe. François Legault a beau claironner qu’il a défendu ses principes, tout le monde sait que si le PLQ n’avait pas été aussi affaibli, des députés de la CAQ se seraient aussi retrouvés aux toilettes pour éviter de faire tomber le gouvernement parce que personne ne veut d’élections trois mois à peine après l’arrivée d’un nouveau gouvernement. La CAQ a maintenant un peu plus d’un an pour faire connaître ses idées, en espérant faire élire plus de députés la prochaine fois.

Québec solidaire

Comme seul député de Québec solidaire et avec une minuscule équipe, Amir Khadir avait pris beaucoup de place à l’Assemblée nationale. L’élection de Françoise David devait doubler cette « force de frappe ». Or, on constate que Québec solidaire est un peu moins présent, malgré son duo parlementaire. Cette appréciation est plutôt subjective, mais peut s’expliquer par l’arrivée d’un nouveau gouvernement vers qui les yeux sont tournés, la course à la direction du PLQ et ce que j’appellerais un « recentrage » du discours solidaire.

Les deux députés ont parlé médicaments, pauvreté, pensions alimentaires pour enfants, orphelins de Duplessis, etc. Toutes ces causes sont nobles et importantes, elles font partie de l’ADN de Québec solidaire, mais elles sont loin du centre du radar politique. Dans les corridors de l’Assemblée nationale, certains se demandent même si Amir Khadir a toujours le même plaisir à faire de la politique.

Un mot en terminant sur Jacques Chagnon, le président de l’Assemblée nationale. Pendant la dernière semaine de travaux parlementaires, il a parlé de « tempête de neige » et de « garderie » pour tenter de rétablir l’ordre dans la chambre. Il était temps que les députés rentrent chez eux parce qu’on sentait que l’explosion était proche. Mais de façon générale, les débats ont été civilisés, plutôt respectueux. Et on le doit en grande partie à la fermeté et au doigté du président.

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Loi 101 : exercice d’équilibrisme

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 publié le 5 décembre 2012 à 19 h 08

Il existe au Québec un large consensus : il faut protéger la langue française. Les moyens pour y arriver, eux, sont loin de faire consensus. Le Parti libéral laisse entendre que les moyens actuels sont suffisants, qu’il n’y pas de crise linguistique. La Coalition avenir Québec veut plus de pouvoirs pour l’Office de la langue française. Le Parti québécois, lui, a décidé de rouvrir le débat en présentant sa vision dans un projet de loi.

Force est de constater qu’au jeu des comparaisons, le projet de loi sur la Charte de la langue française est loin des promesses électorales.

En campagne électorale, Pauline Marois promettait l’application de la Charte dans les entreprises de plus de 10 employés et dans les cégeps. Dans le projet de loi soumis à l’Assemblée nationale, ces deux promesses sont diluées.

Les entreprises de moins de 50 employés n’auront pas à obtenir un certificat de francisation, mais elles devront afficher les droits linguistiques de leurs travailleurs et appliquer certaines dispositions de la Charte pour obtenir des contrats gouvernementaux.

Les francophones pourront fréquenter les cégeps en anglais, mais la priorité sera donnée aux anglophones. Et pour obtenir leur diplôme, les étudiants des cégeps anglophones devront réussir un test de français. La promesse d’empêcher les francophones de fréquenter ces cégeps est mise de côté.

Pauline Marois explique que ces questions ne font pas consensus. Elle souhaite que son projet de loi soit adopté, c’est pour cela qu’elle a mis de l’eau dans son vin.

On pourrait peut-être aussi ajouter que Mme Marois porte aujourd’hui le chapeau de première ministre, une fonction qui s’exerce avec plus de nuances que celle de chef d’un parti politique. En ce sens, des mesures controversées divisent, alors que la première ministre veut rassembler.

C’est un exercice d’équilibrisme : plaire à ses militants, sa base électorale, mais faire les compromis nécessaires pour obtenir un consensus dans la population. Avec les moyens qu’elle propose, Pauline Marois pourrait bien réussir à traverser la distance sur un mince fil.

Si elle y arrive, restera à appliquer la loi parce que tout le monde sait que les meilleures lois ne valent rien si elles ne sont pas appliquées.

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Pauline Marois et Ottawa : valse ou continental?

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 publié le 23 novembre 2012 à 16 h 20

Je ne sais pas comment Pauline Marois s’est sentie en entrant dans la salle de réunion du Conseil de la fédération à Halifax. Après tout, le conseil est le « bébé » de Jean Charest. En plus, en 2009, elle l’avait jugé inutile et nuisible parce qu’il affaiblissait le rapport de force avec Ottawa. Elle est une première ministre souverainiste, les 11 autres premiers ministres autour de la table (Brad Wall, de la Saskatchewan, n’y était pas) ne partagent pas ses vues.

Ses homologues ont été très diplomates. Dalton McGuinty, de l’Ontario, et Christy Clark, de la Colombie-Britannique, ont même blagué en disant qu’ils allaient la convertir au fédéralisme. Mme Marois leur a un peu rendu la pareille en affirmant qu’elle participerait aux réunions du Conseil, comme ses prédécesseurs péquistes participaient aux rencontres des premiers ministres provinciaux, avant la création du Conseil de la fédération. Tout le monde semble bien s’entendre.

Mais au-delà des politesses et des blagues, le gouvernement Marois cassera avec l’approche de Jean Charest. Le premier ministre libéral utilisait le Conseil de la fédération pour établir des consensus entre les provinces sur les demandes à faire au gouvernement fédéral. Un peu comme s’il invitait Ottawa à danser un continental avec les provinces. Disons qu’il était plutôt timide pour demander au fédéral de danser une valse, pour revendiquer à l’intérieur d’une relation bilatérale.

Pauline Marois, elle, veut délaisser le continental du Conseil de la fédération, pour valser avec Ottawa. Elle entend porter ses revendications directement au gouvernement fédéral sans passer pour l’intermédiaire et les consensus du Conseil de la fédération. Elle appelle ça la gouvernance souverainiste, c’est-à-dire rapatrier des pouvoirs et occuper les champs de compétence du Québec.

Pour l’instant, Mme Marois testera son partenaire fédéral. Elle verra s’il veut danser et comment il danse la valse, mais évidemment le but ultime est de l’éconduire…

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Le fédéralisme ouvert de Stephen Harper

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 12

C’était la grande promesse de Stephen Harper en 2006, un fédéralisme d’ouverture assorti de nouveaux liens entre les provinces et Ottawa.

 « Il est temps que le gouvernement fédéral établisse de nouvelles relations avec les provinces dans un fédéralisme ouvert. »

Et ça ne s’arrêtait pas là.

« Soutenir la contribution importante du Conseil de la fédération au renforcement de la coopération intergouvernementale et interprovinciale, à l’amélioration de l’union économique et sociale au Canada, et à la promotion de la définition de normes et d’objectifs communs à toutes les provinces », promettait Stephen Harper à la page 42 du programme qui l’a porté au pouvoir.

Six ans plus tard, au moment où les provinces entament ce sommet spécial du Conseil de la fédération sur l’économie face à la chaise vide du premier ministre Harper qui a refusé leur invitation, celles-ci sont forcées de constater que le « nouveau fédéralisme » d’Ottawa n’est pas nécessairement celui qu’elles avaient envisagé.

Fini les grands sommets, fini les rencontres à 11, fini les fronts communs des provinces face à Ottawa pour forcer la main du pouvoir central et lui imposer les enjeux qui tiennent à cœur aux provinces. Le fédéralisme de Stephen Harper relève davantage du chacun dans sa cour. Une interprétation stricte de la constitution où chaque palier de gouvernement gère ses propres problèmes, où Ottawa se garde bien de mettre le nez dans les affaires des provinces et où il a du même souffle renoncé aux grands programmes nationaux qui, disons-le, agaçaient tant Québec à l’époque.

Pour Stephen Harper c’est une question de philosophie : « Nous avons une philosophie différente, de ce côté de la Chambre. Nous respectons la division et le partage du pouvoir dans la Constitution canadienne, ainsi que les compétences des autorités et des provinces, et nous agissons dans le cadre de nos responsabilités. »

Et comme un mantra, Stephen Harper répète la même réponse chaque fois que cette question est soulevée : « Je rencontre régulièrement les premiers ministres de notre pays. Nous assumons nos responsabilités en ce qui concerne l’économie canadienne », ajoutant en anglais que ce ne sont pas des rencontres au sommet qu’exigent les Canadiens face à l’économie, mais de l’action.

C’est ainsi que le gouvernement conservateur a évité les débats parfois explosifs qui caractérisaient ces rencontres. Depuis qu’il a pris le pouvoir, son approche lui a permis de régler, certains diraient imposer, les questions financières des transferts à la santé en passant par les infrastructures, sans pour autant permettre qu’on ouvre quelque débat de fond sur le partage des pouvoirs ou les lignes directrices qui devraient guider les responsabilités partagées entre Ottawa et les provinces. Un fédéralisme de transaction au pied de la lettre de la constitution.

Mais quand on parle de l’économie du pays, de la menace d’une nouvelle récession, des vulnérabilités auxquelles le Canada est confronté, la présence d’Ottawa autour de la table n’aurait-elle pas pu être utile?

Pauline Marois est de ceux qui croient que oui. La première ministre du Québec s’est dite déçue de l’absence de Stephen Harper, ajoutant que « si sa priorité c’est l’économie, il me semble qu’il aurait dû accepter l’invitation des premiers ministres des provinces ».

Et elle n’est pas la seule, les premiers ministres de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse, pour ne nommer que ceux-là, ont tous déploré l’absence d’Ottawa.

« Si le premier ministre est capable d’envoyer ses limousines en Inde par avion, est-il capable de trouver un billet d’avion pour aller à Halifax? », a demandé Thomas Mulcair.

Le chômage et les complexités des défis économiques du pays ne méritent-ils pas une discussion commune entre un premier ministre et ses homologues provinciaux, plutôt que des rencontres bilatérales individuelles? Après tout, l’incertitude est assez importante pour que le ministre des Finances Jim Flaherty ait reporté l’atteinte du déficit zéro d’un an. Et certains diraient même que la présence d’Ottawa aurait pu contribuer à éviter que les disputes bilatérales et les divisions entre les provinces ne prennent le dessus.

Pour Stephen Harper, le risque de faire face au front commun des provinces, le risque qu’elles profitent de l’occasion pour mettre toutes leurs doléances sur la table, du financement de la santé aux infrastructures, semble trop important. Il a bien vu le prix politique qu’ont payé ses prédécesseurs libéraux lors d’exercices semblables.

Les premiers ministres provinciaux ne seront pas totalement en reste. Ils auront la visite du gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, pour discuter des prévisions de la banque tant au niveau canadien que mondial.

La dernière fois que Stephen Harper a rencontré les premiers ministres provinciaux en groupe, c’était en janvier 2009, au plus fort de la crise économique. Il faut croire qu’il juge que l’heure n’est pas assez grave pour répéter l’exercice.

Catégorie: Ottawa, Québec

Habile

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 publié le 20 novembre 2012 à 21 h 29

Le premier budget d’un gouvernement est un moment important. Un gouvernement majoritaire a les coudées franches, il peut imposer ses vues, appliquer son programme électoral.

Le gouvernement de Pauline Marois n’a pas eu ce luxe dans le premier budget qu’il a présenté. On cherche même la plateforme électorale du PQ. Le fonds des générations survit, la contribution santé aussi — on l’appelle maintenant « progressive » — des taxes augmentent et des impôts aussi. Pas de quoi faire baisser le cynisme envers la classe politique. On se demande même si le PLQ n’aurait pas pu écrire ce budget, tellement il reprend certaines de ses priorités : dette, contrôle des dépenses, taxe santé…

Parlant du PLQ, et peut-être un peu de cynisme, il accuse aujourd’hui le PQ de ne pas faire ce qu’il avait dit qu’il ferait en campagne électorale. Mais en campagne électorale, il disait que ce que le PQ proposait était irresponsable. Des fois, on cherche la cohérence.

Cela dit, ce budget est habile sur plusieurs aspects stratégiques.

D’abord, il évite au gouvernement d’être défait tout de suite. Les libéraux ont beau dire qu’ils placent Pauline Marois en sursis, ils ne devraient pas passer aux actes dans un avenir prévisible. Le prochain chef libéral voudra s’installer, redéfinir le programme, mobiliser les troupes. Rendez-vous au printemps 2014.

Ensuite, le gouvernement taxe le « vice ». Personne n’ira manifester dans les rues contre une augmentation des taxes sur le tabac ou l’alcool. Et dans l’esprit de bien des gens, ceux qui gagnent plus de 100 000 $ ont les moyens de payer plus d’impôts. Pas de manifestation en vue la non plus.

En promettant de contrôler l’augmentation des dépenses, en se préoccupant de la dette et en annonçant des consultations sur l’augmentation des redevances minières, le gouvernement rassure le milieu des affaires où il était un peu en déficit de sympathie. Habile, ça aussi.

Finalement, en augmentant les budgets de la santé, de l’éducation, de la famille et de l’enseignement supérieur, il protège les missions fondamentales du gouvernement.

Stratégiquement, donc, le gouvernement gagne du temps, mais son deuxième budget sera plus difficile à faire passer.

 

Catégorie: Québec

Discours d’ouverture : de tout, pour tous

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 publié le 2 novembre 2012 à 11 h 00

Il tient sur 21 pages, il ne comporte qu’une seule surprise. Le discours d’ouverture de Pauline Marois ne s’inscrira probablement pas dans le livre des grands discours, mais il a le mérite de nous donner un bon aperçu des priorités du gouvernement.

L’intégrité s’est imposée comme thème prioritaire et le gouvernement veut ratisser large : contrats, municipalités, financement des partis politiques. Ces projets de loi devraient être adoptés facilement, peut-être avec quelques modifications. D’ailleurs, la dizaine de projets de loi sur l’intégrité du gouvernement précédent avaient été adoptés à l’unanimité. C’est de la tarte aux pommes, personne n’est contre la vertu.

Le Plan Nord est maintenu, mais vous devrez changer votre vocabulaire. On l’appelle maintenant « Le Nord pour tous ».

Parlant de ressources naturelles, la seule surprise touche l’exploitation du pétrole. On ne savait pas trop quelles seraient les intentions du gouvernement. Maintenant c’est clair, il a un préjugé favorable. Encore faut-il que l’exploitation ne soit pas dommageable pour l’environnement et qu’elle fasse consensus. Vaste défi, dans une société remplie de groupes de pression.

Mais ce qu’il faut retenir aussi, c’est la timidité du gouvernement sur des questions plus litigieuses comme la Charte de la langue française, la charte de la laïcité et la citoyenneté québécoise.

Mme Marois avait promis une nouvelle charte de la langue française dans les 100 jours après son élection. Elle promet de déposer une nouvelle loi, mais son discours est muet sur l’échéancier. Muet aussi sur son application. Sera-t-elle appliquée dans les cégeps? Dans les entreprises de moins de 50 employés? Dans les garderies?

La charte de la laïcité et la citoyenneté québécoise sont renvoyées à des consultations. Quand, comment, avec quels acteurs? Silence… Bienvenue dans une ère de gouvernement minoritaire.

En même temps, ça montre que sur des sujets, disons plus controversés, le gouvernement cherche le consensus. Le message est qu’il ne veut pas précipiter les choses. Ça déplaira probablement aux purs et durs du PQ, mais cela rassurera peut-être une majorité de Québécois.

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Taxe santé : question de leadership

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 publié le 11 octobre 2012 à 17 h 30

C’est au début de février que Pauline Marois a annoncé son intention d’abolir la taxe santé et d’en refiler le fardeau financier aux plus hauts revenus.

C’était tout juste avant la reprise des travaux à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois a d’ailleurs présenté une motion pour l’abolition de la taxe santé et Nicolas Marceau réclamait son abolition immédiate. C’était il y a huit mois.

C’était aussi dans la foulée immédiate de la crise qui a secoué le Parti québécois et mis en péril Pauline Marois dans ses fonctions de chef. En fait, l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe venait de jeter l’éponge. Par cette annonce, Mme Marois visait à reprendre l’initiative au sein de son parti. Elle cherchait aussi à séduire la classe moyenne tout en essayant de rallier des électeurs sur sa gauche avec une mesure fiscale visant à « faire payer les riches ».

Jusqu’à la campagne électorale et pendant son déroulement, les ténors du Parti québécois et Pauline Marois au premier chef ont attaqué sans répit cette taxe santé. Cette promesse était au cœur du programme péquiste et elle a certainement contribué à sa victoire électorale.

Le jour de son assermentation comme ministre des Finances, le 19 septembre, Nicolas Marceau s’est fait demander si l’abolition de la taxe santé « sera une priorité à court ou à moyen terme? ».  Nicolas Marceau était prêt à faire des compromis : «Écoutez, nous avons établi des objectifs à cet égard durant la campagne électorale. Nous allons aller de l’avant avec ça, évidemment. Cependant, nous allons tenir compte de la réalité politique dans laquelle nous nous trouvons. Évidemment, cela exigera possiblement des compromis. Mais nous allons tenir compte des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Mais, l’objectif, nous l’avons fixé clairement… et nous allons l’atteindre. »

Pourtant, dès le lendemain, à l’occasion de son premier point de presse à titre de première ministre, Pauline Marois a statué que la fameuse taxe serait éliminée dès cette année. Elle a soutenu qu’elle en connaissait les conséquences et qu’elle les assumerait. Avec son engagement d’atteindre l’équilibre budgétaire dès l’année prochaine, Pauline Marois a ouvert toute grande la porte à des impôts rétroactifs. À coût nul, cette réduction rétroactive de la taxe santé se transformait nécessairement par un transfert d’impôts, rétroactif lui aussi, vers les plus riches.

Et, encore une fois, c’est parce qu’elle a voulu faire la démonstration de ses qualités de meneuse que Pauline Marois a réagi de cette façon. D’autant que les interrogations sur son leadership ont sans cesse fait partie du sous-texte de la campagne électorale. Depuis sa victoire à l’arrachée dans son parti, ce n’est plus un sujet de conversation. Néanmoins, la question demeure et la réponse est plus importante aujourd’hui que jamais.

Le résultat de toute cette opération est passablement catastrophique. L’échec est particulièrement cuisant, car il met également en lumière, sous un éclairage pas très favorable, l’équipe économique du gouvernement Marois, jugée comme le maillon faible de cette administration par les partis d’opposition.

Le gouvernement Marois est  sur la défensive et le fragile lien de confiance entre cette nouvelle administration et la population a été mis à l’épreuve.

Toutefois, la taxe santé pourrait aussi se transformer en un test de leadership pour les partis d’opposition. Un vote de confiance, avant les Fêtes,  sur la taxe santé à l’Assemblée nationale les ramènera sans doute aux réalités de la mathématique parlementaire. Le libéral Jean-Marc Fournier, à titre de chef intérimaire, pourra difficilement faire obstacle, tandis que le coalisé François Legault devra sans doute être plus conciliant dans ses actions qu’il ne l’est actuellement dans ses propos. Des élections hâtives seraient sans doute mal perçues par bon nombre de Québécois, et les partis d’opposition qui en seraient responsables pourraient en payer le prix.

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Un Conseil des ministres électoral

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 publié le 18 septembre 2012 à 19 h 17

L’objectif du gouvernement Marois est de nommer un Conseil des ministres qui le mènera probablement jusqu’au prochain scrutin. Des modifications mineures, des retouches pourraient y être apportées, mais pour l’essentiel ceux qui accèderont au Cabinet y seront encore au moment où les Québécois retourneront aux urnes.

Dans ce contexte, la répartition géographique des membres du Cabinet prendra une importance particulière. Pauline Marois aura intérêt à veiller à ce que chaque région soit dûment représentée. La présence d’un ministre dans une région peut être un atout de taille, mais c’est surtout l’absence de ministre dans une région qui peut être dommageable.

Par exemple, le cas de Laval. Si Léo Bureau-Blouin n’accède pas au Conseil des ministres, cela pourrait ouvrir la porte à une nouvelle venue, Suzanne Proulx, dans Sainte-Rose.

En revanche, il y a trop d’élus talentueux en Montérégie. Certains en pâtiront, en dépit de leurs compétences.

La composition de ce Conseil soulève d’ailleurs de nombreuses interrogations. D’abord, Nicolas Marceau est-il l’homme de la situation pour occuper les finances?  Et s’il ne l’est pas, qui pourrait assumer cette fonction?

Parmi les nouveaux venus, Jean-François Lisée sera certainement assermenté ministre de ce gouvernement minoritaire. On l’imagine aux relations intergouvernementales canadiennes ou encore aux relations internationales. Mais puisque l’homme a de nombreux talents, il pourrait aussi hériter de dossiers liés à la langue.

Parmi les députés d’expérience, il est difficile de déterminer les responsabilités qui seront dévolues aux François Gendron, Martine Ouellet, Bernard Drainville, Bertrand St-Arnaud et Nicole Léger, sinon qu’ils ne seront pas laissés pour compte. Agnès Maltais aura sa place au Conseil, cela ne fait guère de doute. Et les Bédard, Hivon, Malavoy auront des responsabilités importantes.

Deux hommes de caractère, Yves-François Blanchet et Stéphane Bergeron, permettront de mesurer l’importance de la fidélité pour Pauline Marois. Le premier l’a férocement soutenue, tandis que l’autre a ouvertement flirté avec Québec Solidaire pendant la crise de leadership qui a secoué le PQ.

Plus intéressant encore, c’est le sort qui sera réservé à plusieurs nouveaux venus. Le bouillant Daniel Breton dans Sainte-Marie-Saint-Jacques devra probablement faire ses classes comme parlementaire. L’ancien journaliste Pierre Duchesne dans Borduas devrait avoir du temps, lui aussi, pour maîtriser ses nouvelles fonctions de député. Diane De Courcy dans Crémazie peut espérer le ministère de l’Éducation, quoique la bouchée soit grosse et il y a déjà Réjean Hébert, une recrue, qui deviendra sans doute titulaire de la Santé, le plus gros ministère du gouvernement. Serge Cardin, même s’il a vaincu Jean Charest dans Sherbrooke, et même s’il a été député du Bloc québécois, devrait attendre un prochain tour. Élaine Zakaïb, dans Richelieu, a de fortes chances d’obtenir un portefeuille à caractère économique.

Depuis quelques jours sur la colline Parlementaire, on entend souvent que ce gouvernement minoritaire n’aura pas droit à l’erreur. Ce sera particulièrement vrai pour ce Conseil des ministres. Si des ministres deviennent des fardeaux, ils ralentiront la progression de Pauline Marois sur le chemin escarpé qui mène à un gouvernement majoritaire.

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