Billets classés sous « Parti québécois »

La date du référendum

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 publié le 10 février 2015 à 10 h 03

Trouver la bonne formule pour parler du moment du prochain référendum n’est pas une mince affaire, comme l’ont sans doute déjà constaté les aspirants chefs à la direction du Parti québécois.

L’évolution de la réflexion de Bernard Drainville sur la question en est sans doute la meilleure preuve. Il était quelque peu ironique samedi de l’entendre demander à Pierre Karl Péladeau de mettre de l’avant dès maintenant un plan clair sur l’accession du Québec à la souveraineté.

C’est que le propre plan de M. Drainville s’est lui-même complexifié ces derniers jours, à tel point qu’il ressemble un peu maintenant à celui que propose Pierre Karl Péladeau. En fait, au chapitre de la souveraineté, les plans des quatre principaux candidats se ressemblent plus qu’il n’y paraît, et ils ont tous leurs zones d’ombre.

Le plan Péladeau

Depuis son entrée en politique, il est souvent difficile pour les journalistes de faire parler M. Péladeau. Ses points de presse sont brefs, ses réponses courtes. C’est donc souvent au compte-gouttes que les journalistes parviennent à extraire l’information dont ils ont besoin pour bien saisir sa pensée.

Ainsi en a-t-on appris un peu plus au cours de la fin de semaine sur la stratégie référendaire que M. Péladeau empruntera s’il devient chef du PQ. En gros, le favori dans la course à la succession de Pauline Marois entend consacrer les trois prochaines années à faire la promotion de l’indépendance, sans préciser s’il compte organiser un référendum dans un éventuel premier mandat péquiste. Cette précision viendra en 2018, avant les prochaines élections générales, dont on peut déjà prévoir la date étant donné qu’elles seront théoriquement tenues à date fixe.

Le plan Drainville

Ce qu’il y a d’ironique, c’est que le plan proposé par Bernard Drainville – bien que plus étoffé – n’est pas très différent de celui retenu par M. Péladeau quant au moment où aurait lieu un éventuel référendum. S’il est élu chef du PQ, M. Drainville entend mettre sur pied un comité chargé de faire la promotion de l’indépendance.

Son plan initial était de consacrer un premier mandat du Parti québécois à préparer le référendum, qui aurait potentiellement eu lieu à l’intérieur d’un deuxième mandat, quelque part en 2023 ou en 2025, mais sa réflexion a évolué depuis.

En bref, M. Drainville, à l’instar de M. Péladeau, est lui aussi prêt à envisager la tenue d’un référendum dans un premier mandat, si l’environnement politique est favorable. Mais on ne le saura pas non plus avant 2018.

Le plan Cloutier

Alexandre Cloutier propose pour sa part une approche qui semble à première vue bien différente. S’il devient le prochain chef du Parti québécois, le jeune député entend ouvrir un registre que les Québécois favorables à la tenue d’un référendum seront invités à signer. Un an plus tard, le gouvernement organisera un référendum si au moins un million de signatures ont été recueillies. Dans le cas contraire, il n’y aura pas de référendum.

Le plan de M. Cloutier a le mérite d’être déjà connu, mais son issue reste incertaine. Il pourrait y avoir un référendum, comme il pourrait ne pas y en avoir. On ne sait pas non plus jusqu’à quel point un éventuel gouvernement péquiste dirigé par Alexandre Cloutier pèserait de tout son poids pour inciter les Québécois à signer le registre qu’il aurait mis en place.

Le plan Ouellet

Cette idée de registre proposée par Alexandre Cloutier n’emballe guère Martine Ouellet, qui y voit une étape de plus dans l’accession du Québec à la souveraineté. Le plan qu’elle met de l’avant est encore plus simple. S’il n’en tient qu’à elle, un gouvernement du Parti québécois déclenchera coûte que coûte un référendum sur la souveraineté dès son accession au pouvoir.

Le plan proposé par Mme Ouellet pourrait aussi évidemment ne jamais se réaliser, si la promesse d’un référendum rapide poussait les Québécois, comme ça a été le cas lors des dernières élections selon certaines analyses, à bouder le Parti québécois une fois dans l’isoloir.

En bref, font valoir ses adversaires, le plan de Mme Ouellet est peut-être le plus clair, mais c’est peut-être aussi celui qui a le moins de chances de se réaliser.

La mécanique référendaire

En résumé, s’ils comportent leurs différences, les plans de chacun des quatre principaux candidats se ressemblent davantage qu’on pourrait le croire à première vue. Cette ressemblance met d’ailleurs en relief la difficulté pour le Parti québécois d’aller au-delà des stratégies déjà connues du « référendum en temps opportun » et autres « conditions gagnantes ». Comme l’a résumé dimanche Pierre Karl Péladeau, il est bien difficile d’anticiper ce qui va se produire au cours des trois années et demie.

Le plus ironique de l’affaire est sans doute que les aspirants chefs du Parti québécois ont déjà commencé à s’interpeller sur leurs plans respectifs, alors qu’au même moment le conseil national du Parti québécois débattait d’un rapport indiquant que les militants ne souhaitaient plus aborder la question de la « mécanique référendaire ». Meilleure chance la prochaine fois!

Catégorie: Québec

Citizen Péladeau?

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 publié le 7 février 2015 à 20 h 04

La question est de Pierre Céré, le seul candidat de la course à la direction du Parti québécois qui n’est pas député : est-ce que « citizen Péladeau » est en train de s’acheter un parti politique?

L’expression « citizen Péladeau » fait évidemment référence au film d’Orson Welles Citizen Kane, considéré comme l’un des plus importants de l’histoire du cinéma. Le personnage principal de ce film est un magnat de la presse, Charles Foster Kane, inspiré par le parcours de véritables barons de presse aux États-Unis.

Le candidat Céré a un peu regretté cette image. Il a dit ensuite que c’était une blague, car elle implique que le Parti québécois est à vendre, une affirmation qui aurait pu irriter les militants. Mais il n’a pas reculé sur la critique qu’il a formulée à l’endroit de l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Il demeure qu’il est assez facile de tracer des parallèles entre le « citizen Kane » et le citoyen Péladeau.

Les deux sont des propriétaires de médias et, d’emblée, cela soulève la question sur leur statut de citoyen, de citoyen ordinaire, de citoyen comme les autres. Le sous-entendu du titre du film est que Kane, compte tenu de sa richesse et du contrôle qu’il exerce sur la société avec son entreprise de presse, n’est pas un simple citoyen. Cette question est au coeur de la course à la direction au PQ et, si M. Péladeau l’emportait, il est certain que les autres partis à l’Assemblée nationale chercheront à remettre cette question litigieuse à l’avant-plan.

Le film lève aussi le voile sur la vie privée de Kane. Le citoyen Péladeau n’a pas besoin d’un réalisateur comme Orson Welles pour exposer sa vie privée, Facebook convient parfaitement aux besoins de la mise en scène avec sa future femme, avec ses enfants. Ici, la vie privée devient partie intégrante de l’engagement public et du marketing politique du candidat. Il a évoqué lui-même, à la surprise de tous, l’état de ses relations avec l’animatrice Julie Snyder le jour même où il annonçait son entrée en politique, le 9 mars dernier à Saint-Jérôme.

Charles Foster Kane était un idéaliste qui s’est transformé en un homme obnubilé par le pouvoir et par son intérêt personnel. Dans le cas de M. Péladeau, le cheminement paraît plus complexe. Il aurait adhéré, dit-on, à des idées d’extrême gauche dans ses jeunes années avant de faire son entrée dans l’entreprise de son père. Ses plaidoyers contre le modèle syndical québécois au moment où il était PDG de Québecor ont contribué à façonner son image d’homme d’affaires intransigeant.

Aujourd’hui, il est député du Parti québécois, il veut en devenir le chef et dit en substance qu’il entend se consacrer au bien commun.

Le personnage Kane se lance en politique, dans ce film paru en 1941, et l’expérience se révèle malheureuse. C’est d’ailleurs la vie privée du « citizen Kane » qui vient contrecarrer ses ambitions politiques.

Pierre Karl Péladeau a remporté son élection dans Saint-Jérôme. Mais sa candidature – et la gestion de celle-ci par le PQ – a joué un rôle prépondérant dans la défaite humiliante de sa formation politique.

Au Conseil national à Laval, Pierre Karl Péladeau a offert bien peu de substance aux militants en faisant fi, dans son allocution, des questions qui avaient été soumises aux candidats. Il n’a d’ailleurs suscité qu’un enthousiasme tiède parmi les centaines de délégués présents.

Un sondage publié le matin même lui assure une avance considérable sur ses adversaires… au sein du Parti québécois. Face au chef libéral Philippe Couillard, M. Péladeau se retrouve à égalité (à 32 %), en perte de vitesse par rapport au dernier sondage.

Or, le député de Saint-Jérôme n’a encore présenté aucune position politique précise, sinon qu’il s’est contenté de multiplier sur les réseaux sociaux des dénonciations passablement virulentes contre l’action du gouvernement libéral qui cherche, selon ses dires, à détruire le modèle québécois.

Ce sondage Léger/Le Devoir/Le Journal de Montréal, en apparence très favorable pour Pierre Karl Péladeau, ressemble plutôt à une mauvaise nouvelle pour le favori dans cette course et pour sa formation politique.

De un, il semble que M.Péladeau aurait atteint le sommet de sa popularité parmi les Québécois (-4 points de pourcentage) et parmi les membres du Parti québécois (-5). Un prochain sondage permettra de voir si la tendance se confirme. Quant au Parti québécois, il se retrouve aujourd’hui à égalité avec la Coalition avenir Québec. Mais, ce qui est le plus déprimant pour le PQ, c’est que le plus populaire des candidats à la direction n’est même pas en mesure de faire miroiter la possibilité d’une majorité parlementaire, avant même qu’il ne soit mis à l’épreuve et surtout sans avoir présenté de programme politique.

Ce sondage confirme encore une fois les interrogations et les inquiétudes qui hantent le Parti québécois depuis les élections de 2012 sur la capacité du parti de René Lévesque de former de nouveau un gouvernement majoritaire.

Les membres du Parti québécois devront évaluer si le citoyen Péladeau pourrait offrir une réponse adéquate aux difficultés qui affligent le Parti québécois. Pour le moment, il paraît être « le moins pire » des candidats dans le sens où les obstacles qui sont désormais posés sur la route du PQ vers le pouvoir semblent plus difficiles que jamais à surmonter.

Catégorie: Québec

Le flirt dans la course au PQ

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 publié le 2 février 2015 à 10 h 34

À quelques jours du début officiel de la course à la direction du Parti québécois, une dizaine de députés demeurent toujours dans le camp des non-alignés. Cela représente presque la moitié des députés qui ne sont ni candidats ni forcés d’être neutres en raison de leurs fonctions parlementaires.

Certains se sont vite associés à un candidat, comme Pascal Bérubé et Nicole Léger, qui ont choisi d’appuyer Pierre Karl Péladeau. Sylvain Roy, Alain Therrien et Guy Leclair ont fait de même en se rangeant d’entrée de jeu dans le clan de Bernard Drainville.

D’autres se font toutefois tirer l’oreille. Parmi les indécis, du moins parmi les non déclarés, on compte : Claude Cousineau, Sylvain Gaudreault, François Gendron, Véronique Hivon, Maka Kotto, Diane Lamarre, Nicolas Marceau, Lorraine Richard et André Villeneuve, sans oublier Jean-François Lisée, qui sera dorénavant libre d’appuyer un candidat si tel est son désir.

Évidemment, au jeu des appuis, tous les députés n’ont pas le même poids. Le soutien d’anciens ministres, qui ont plus de notoriété, vaut plus que celui des députés d’arrière-ban. L’appui d’une Véronique Hivon, par exemple, dont la contribution semble faire l’unanimité au sein du parti, vaut son pesant d’or. Celui du doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, aussi.

Les non-alignés soutiennent qu’ils veulent d’abord entendre les idées des uns et des autres avant de se prononcer. N’empêche, dans les différents camps, on commence à s’impatienter, et la pression s’accentue. Appels, rencontres, promesses… les jeux de coulisse s’intensifient autour de ceux qui n’ont pas encore fait leur lit.

Les députés qui prennent parti appuient généralement un candidat dont il partage les idées, mais ils ne sont évidemment pas inconscients de l’influence que leur choix risque d’exercer sur la suite de leur carrière.

« En 2005, j’ai appuyé André Boisclair plutôt que Pauline Marois. J’en ai payé le prix pendant cinq ans, de 2007 à 2012 [lorsque Pauline Marois était chef] », confie un député.

Dans le contexte où la victoire de Pierre Karl Péladeau semble acquise, faut-il s’étonner de ne pas voir davantage de députés se rallier à sa candidature? Oui et non. Certains font falloir à micro fermé que le député de Saint-Jérôme jouit d’une telle avance que leur appui ne sera même pas remarqué.

À ce compte, aussi bien appuyer quelqu’un d’autre, qui lui, s’en souviendra, se disent-ils. D’autres, ambitieux et doutant de l’habileté politique de PKP, pensent même à la prochaine manche lorsque viendra le temps de trouver un successeur à M. Péladeau. Enfin, certains seraient bien prêts à se rallier à lui, à la condition de voir leur valeur être reconnue… d’où l’intérêt qu’ils ont à se laisser courtiser plus longuement et à flirter avec plus d’un candidat à la fois.

Si les non-alignés peuvent prendre plaisir à se faire désirer pendant un certain temps, ils doivent aussi veiller à ne pas faire durer le jeu trop longtemps. « Plus la course progressera, moins l’appui de l’un ou de l’autre comptera », met en garde une source qui évolue dans l’organisation de Pierre Karl Péladeau.

Catégorie: Québec

Course au PQ : tout repose sur les débats

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 publié le 20 janvier 2015 à 14 h 29

En politique, les favoris redoutent les débats, par crainte d’en sortir plus meurtris que grandis. Il suffit d’une déclaration malheureuse, d’une mauvaise réaction ou, encore, d’un adversaire supérieur et mieux avisé pour plomber une candidature. Dans cette course à la direction au Parti québécois, il va de soi que les débats seront d’une importance capitale pour tous les candidats.

Pour vaincre celui que tous reconnaissent comme le favori dans cette course, les autres candidats devront mettre en valeur toutes leurs compétences et leurs idées et espérer, aussi, que Pierre Karl Péladeau commette des erreurs, trébuche et laisse tomber la couronne.

Un débat politique est un moment idéal où sont réunies les conditions qui peuvent conduire à un renversement de tendance.  Ainsi, chaque détail aura son importance.

Le nombre de débats : le candidat Péladeau n’en veut pas plus que deux, tandis que tous les autres candidats en réclament cinq, au minimum.

La formule : elle sera cruciale. Et avec six candidats, il ne sera pas facile de permettre de véritables discussions, sans verser dans la cacophonie. Dans quelle mesure des échanges directs et spontanés seront-ils possibles? Normalement, le meneur va préférer un débat étroitement encadré, dans le but d’éviter le plus possible les mauvaises surprises. Le choix de la formule inclut une variété de détails dont la sélection des sujets, la durée des débats, les dates, les villes, les lieux, le décor, le mobilier.  Il faut aussi choisir une personne pour animer ces affrontements.

Ces débats auront de l’impact en fonction des moyens et de l’ampleur de leur diffusion, quoique s’ils offrent une matière intéressante, ils devraient parvenir à capter l’attention. S’ils sont sans relief, prévisibles et soporifiques, on peut deviner que ce sera à l’avantage du favori.

 Malgré tout, il sera très difficile pour les Céré, Cloutier, Drainville, Lisée et Ouellet de faire tourner le vent, si ce n’est que le député de Saint-Jérôme, qui paraît enclin à commettre des bévues, pourrait leur venir en aide.

Pierre Karl Péladeau s’est souvent retrouvé dans l’embarras en raison de son inexpérience en politique. Ses talents de communicateur laissent aussi à désirer, et il montre les signes d’un caractère primesautier. Ces lacunes handicapent M. Péladeau, qui peine à organiser une défense efficace contre ceux qui dénoncent la possibilité que l’actionnaire de contrôle du groupe médiatique Québecor puisse diriger un des principaux partis politiques du Québec.

Cela représente autant d’occasions pour ses adversaires politiques. Et c’est à l’occasion des débats que les autres prétendants au trône péquiste pourront profiter au maximum de ses failles. Ils devront toutefois porter des coups décisifs, car l’avance de M. Péladeau semble, pour le moment, insurmontable. Au moins trois facteurs rendront cette tâche déjà ardue particulièrement difficile.

D’abord, Pierre Karl Péladeau est un homme intelligent. S’il se montre également discipliné, déterminé et disposé à s’améliorer, il devrait être en mesure de se préparer adéquatement pour éviter un knock-out.

À titre de favori, Pierre Karl Péladeau sera la principale cible des attaques, mais il est possible, pour considérations futures, que certains de ses adversaires évitent de malmener celui qui a de sérieuses possibilités de remporter cette course à la direction.

Le troisième facteur, qui viendra compliquer la vie aux adversaires du favori, c’est que même si les débats peuvent se révéler décisifs, ils ne le sont pas toujours. Par exemple, le chef libéral Philippe Couillard avait commis un impair assez grave avec une déclaration maladroite sur le français au travail lors du débat des chefs, ce qui n’a pas empêché l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire.

Aujourd’hui, aucun des adversaires de Pierre Karl Péladeau ne paraît en mesure de le vaincre. Néanmoins, ils n’ont pas de meilleur choix que de miser sur ces affrontements pour espérer faire chuter le prétendant.

Catégorie: Québec

PKP : ce que ça annonce

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 publié le 2 décembre 2014 à 16 h 57

Il y a d’abord cette impression que l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau pousse sur les lignes de côté tous les autres candidats de cette course à la succession. Sa personnalité, son expérience, sa réputation contribuent à cette impression.

La teneur de son propos l’alimente aussi.

En affichant une telle ferveur souverainiste, Pierre Karl Péladeau affadit les prises de position de ses adversaires, qui paraissent désormais se résumer à un calendrier référendaire.

En ignorant les autres prétendants au poste de chef du PQ et en concentrant ses attaques contre le premier ministre Philippe Couillard, le député de Saint-Jérôme cherche à montrer qu’il est déjà ailleurs et qu’il a déterminé le véritable adversaire de son parti et de son projet d’indépendance.

En ne faisant aucun cas de la Coalition avenir Québec, l’actionnaire de contrôle du groupe Québecor veut montrer qu’il est le mieux placé pour occuper l’espace politique que s’est créé François Legault.

Ce discours recelait donc des qualités au plan stratégique, même s’il n’était ni gracieux ni élégant. Lorsqu’il s’appuie sur un texte, Pierre Karl Péladeau est un orateur crispé, qui se rabat sur des phrases courtes énoncées sur un ton qui ne varie guère. Il peine à faire usage de son charme et, ce qui en ressort, ce sont surtout les aspects abrasifs de sa personnalité.

Sans texte, comme lors de sa présentation à l’Université de Montréal la semaine dernière, sa performance était bien différente, mais certainement pas meilleure. Il passait d’un sujet à l’autre, par soubresauts et en ordre dispersé, comme si son cerveau avait besoin d’évacuer un trop-plein. Le fil de son discours semblait soumis davantage à l’humeur qu’à la raison. Le message qu’il entendait transmettre aux étudiants n’était pas évident, sinon qu’il voulait se faire connaître, à la manière d’un amoureux maladroit qui se montre trop bavard lorsque vient le temps de faire valoir ses qualités.

L’héritier de Pierre Péladeau aura le temps d’améliorer ses prestations publiques au cours des prochains mois.

En revanche, sur le fond, ses interventions marquent déjà les esprits, particulièrement lorsqu’il affirme qu’il n’a aucun intérêt pour la gestion d’une province au sein de la fédération canadienne. Il est tout de même possible que ce discours soit seulement destiné aux membres du Parti québécois, dont il sollicite l’appui. S’il parvient, le cas échéant, à conquérir les membres du Parti québécois, M. Péladeau infléchira-t-il son discours? Est-ce que la souveraineté demeurera au centre de son programme?

Pierre Karl Péladeau a affirmé dimanche qu’il était désormais exclu pour le Parti québécois de partir en campagne en dissimulant sa bannière.

Il est plus clair que jamais que la présence de Pierre Karl Péladeau sur la scène politique québécoise n’a rien de banal. En devenant candidat, Pierre Karl Péladeau a franchi une autre étape dans la longue ascension qu’il s’impose, et dont l’objectif ultime est de bouleverser l’ordre politique québécois et canadien.

Catégorie: Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie: Québec

Le persécuté

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 publié le 31 octobre 2014 à 10 h 41

« Vous semblez obnubilés », a lancé Stéphane Bédard aux journalistes au sujet de Pierre Karl Péladeau mercredi. Pressé de questions sur la situation de conflit d’intérêts dans laquelle se serait ou non placé PKP, le chef intérimaire du Parti québécois n’a pas caché son agacement. Il s’en est également aussi pris au leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, qu’il accuse d’être « obsédé » par le député de Saint-Jérôme.

Il est vrai que les journalistes se sont montrés, ce midi-là, particulièrement insistants envers le chef intérimaire, sans compter l’intérêt qu’ils ont démontré jusqu’à présent à disséquer les moindres prises de parole de PKP depuis son entrée en fonction. À cela s’ajoutent l’empressement des autres formations politiques présentes à l’Assemblée nationale à braquer les projecteurs sur PKP et leur insistance à vouloir tenir un débat sur l’indépendance des médias.

Si le chef péquiste intérimaire se montre publiquement agacé, on fait peu de cas en coulisse de toutes les critiques dont fait l’objet le favori à la succession de Pauline Marois. En fait, plusieurs militants péquistes voient plutôt d’un bon œil toute l’attention – même négative – que l’on porte au député vedette de leur formation politique. Pour nombre d’entre eux, c’est le signe que PKP est le mieux placé pour devenir chef du PQ.

Il y a bien sûr cette idée, ouvertement exprimée dans les rangs péquistes, ou sinon, tacitement sous-entendue, que c’est la crainte qu’inspire Pierre Karl Péladeau qui incite ses adversaires à s’acharner sur lui. C’est là la meilleure démonstration, croit-on, qu’il doit être choisi chef.

À cela s’ajoute l’idée, voire l’espoir, que Pierre Karl Péladeau devienne une sorte de martyr ou de souffre-douleur, accablé pour son appui à la souveraineté du Québec. Plus PKP sera critiqué, plus on semblera s’acharner sur lui, plus ce dernier sera à même de poser en persécuté et d’engranger des appuis populaires, estime-t-on dans les rangs péquistes.

On fait aussi le pari qu’il vaut mieux épuiser immédiatement toutes les questions que peut susciter son éventuelle accession aux postes de chef de l’opposition officielle et de premier ministre. Dans la mesure où le débat aura été fait, on pense qu’il sera plus difficile pour les adversaires de PKP de susciter l’indignation sur ces sujets une fois qu’il aura, le cas échéant, accédé à de nouvelles fonctions.

En 2005, les péquistes avaient fait en quelque sorte le même pari : ils s’étaient imaginé que les révélations ayant entouré la consommation de cocaïne passée d’André Boisclair, en pleine course à la direction, l’immuniseraient contre des attaques sur ce sujet une fois qu’il serait devenu chef. Ils faisaient erreur. Dans les mois après son accession à la tête du PQ, André Boisclair avait été poursuivi par les mêmes allégations, Jean Charest ne se privant pas pour rappeler les « erreurs de jugement » et pour souligner le « manque de maturité » dont aurait fait preuve le chef péquiste.

Catégorie: Québec

Il y a Pierre Karl Péladeau et il y a… PKP

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 publié le 4 octobre 2014 à 19 h 02

Jean-François Lisée connaît très bien les médias et les journalistes. Il savait pertinemment que ses déclarations sur Pierre Karl Péladeau, la veille de la Conférence nationale des présidents du Parti québécois, relanceraient le débat et que les journalistes multiplieraient les questions pour alimenter la controverse.

Ainsi, Jean-François Lisée croit que Pierre Karl Péladeau ne devrait pas être à la fois l’actionnaire de contrôle de Québecor et le chef du Parti québécois. Ce serait « une bombe à retardement » pour le Parti québécois qui se rendrait vulnérable face à ses adversaires, selon le député de Rosemont. Pierre Karl Péladeau a aussitôt réagi sur Facebook et a refusé d’envisager de se départir de ses actions.

Jean-François Lisée adopte une stratégie différente des autres candidats potentiels en montant au filet. Le sondage Léger Marketing qui ne lui accordait que 2 % d’appuis l’a peut-être convaincu de passer à l’offensive. Pourtant, aucun des autres candidats n’a fait mieux que 7 %, sinon, bien sûr, Pierre Karl Péladeau. Ce dernier a décroché un stratosphérique 53 %, avant même d’avoir re-levé le poing.

Est-ce à dire que Jean-François Lisée joue le tout pour le tout? Tandis que les Drainville, Ouellet, Marceau et Cloutier miseraient à la fois sur la direction du parti et, en cas de défaite, sur l’espoir de se rendre indispensable auprès du nouveau chef?

Ces stratégies et ces manoeuvres semblent vouées à se heurter à une implacable réalité : le candidat Pierre Karl Péladeau jouit d’une telle avance qu’il n’y a qu’une seule personne qui peut le mener à sa perte et cette personne, c’est… PKP. Son manque d’expérience politique, son tempérament que l’on dit bouillant, son ancienne vie de patron de presse qui multipliait les lock-out et ses propos parfois imprécis pourraient contribuer à sa chute.

C’est ce que ses adversaires peuvent espérer de mieux.

Sinon, aux yeux des militants du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau possède d’extraordinaires qualités. Homme d’affaires prospère, souverainiste et nationaliste économique, fils d’un homme d’affaires prospère, souverainiste et aimé de tous, il est aussi un des artisans du monde du spectacle québécois, auquel il s’intègre avec l’appui de sa femme qui est une vedette du petit écran. Pierre Karl Péladeau est également un mécène très actif pour la culture québécoise.

Le fait qu’il soit l’actionnaire de contrôle de Québecor est en général jugé comme un atout par bien des militants de la base du PQ, qui voit finalement en lui le seul qui puisse à la fois vaincre les libéraux de Philippe Couillard et mener le Québec aux Nations unies. Qui dit mieux?

Il fallait voir l’accueil chaleureux et empressé que les militants lui ont réservé à Sherbrooke samedi. Il est intéressant de lire les commentaires des citoyens sur ses entrées Facebook. Ils sont tout simplement dithyrambiques. Il est fascinant aussi de voir la crainte qu’il provoque chez ses adversaires libéraux, caquistes et solidaires, qui jugent bon de réagir à ses rares interventions.

Bien sûr, Pierre Karl Péladeau peut perdre. Mais s’il perd, ce sera essentiellement de sa faute. Ce n’est pas Pierre Karl Péladeau et les autres, non, c’est plutôt Pierre Karl Péladeau et… PKP. Les autres, les Cloutier, Drainville, Lisée, Marceau, Ouellet, ne compteront véritablement que si PKP trébuche ET tombe dans un précipice.

Rappelons-nous qu’un grave accident de vélo n’aura pas suffi à le faire vaciller. Au contraire, l’homme est revenu le plus rapidement possible à l’Assemblée nationale. Il a ainsi envoyé un message parfaitement clair aux autres aspirants-chefs. Il sera de la course quoiqu’il arrive, à n’en pas douter.

Et il est désormais évident que cette course à la direction du Parti québécois est bel et bien lancée.

Catégorie: Québec

La définition de PKP

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 publié le 1 octobre 2014 à 18 h 50

En politique, il existe un principe incontournable quand un adversaire redoutable se dresse à l’horizon : « définis ton adversaire avant qu’il ne se définisse lui-même ».

Souvenez-vous du mot  « girouette » utilisé si souvent par Jean Charest pour décrire Mario Dumont de l’ADQ, que le président de l’Assemblée nationale avait été obligé de le mettre à l’index, de l’interdire en tant que propos non parlementaire.

C’est en appliquant ce principe qu’on peut analyser les discussions de corridors sur celui qu’on appelle maintenant simplement PKP : Pierre Karl Péladeau.

Il se dresse comme le candidat le plus sérieux à la direction du Parti québécois. Certains parlent d’un rouleau compresseur qui ne laissera rien l’arrêter sur son passage. En tout cas, ses adversaires politiques semblent entendre le moteur du rouleau compresseur.

Le libéral Martin Coiteux l’a traité d’irresponsable parce qu’il a dénoncé les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Le chef de la CAQ, François Legault, s’est demandé à voix haute si PKP n’était pas devenu marxiste-léniniste parce qu’il défend le « modèle québécois ».

« Irresponsable », « marxiste-léniniste », cela commence à ressembler à des tentatives de définir l’adversaire politique.

Pendant ce temps, le principal intéressé tente lui-même de se définir. Défenseur du modèle québécois, pourfendeur de l’austérité, et ainsi de suite.

Quelle étiquette lui collera à la peau quand il se lancera dans la course à la succession de Pauline Marois?

Catégorie: Québec

PQ : bruits de corridor

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 publié le 10 juin 2014 à 10 h 26

Députés réélus ou candidats défaits, conseillers, militants, présidents de circonscription… Malgré le temps superbe, tous s’étaient déplacés, samedi, pour assister à la conférence nationale des présidents du Parti québécois dans un hôtel de Drummondville. Ils étaient là, bien sûr, officiellement, pour faire le point sur la dernière campagne et rendre hommage à leur chef démissionnaire.

Pendant qu’on discutait à huis clos des causes de la défaite, dans les corridors de l’hôtel, des candidats pressentis pour succéder à l’ex-première ministre frayaient avec les militants. Un ancien député, défait le 7 avril, raconte qu’au moins trois personnes dont les noms circulent pour succéder à Pauline Marois l’ont approché au cours de la fin de semaine en lui disant qu’ils avaient besoin de lui parler. « Je me demande bien pourquoi! », a-t-il ironisé.

Malgré tous les bons efforts des journalistes, aucun député n’a admis qu’il envisageait de se présenter à la succession de Pauline Marois. En coulisse toutefois, les militants ont déjà commencé à soupeser les mérites des uns et des autres.

Si certains voient dans l’adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie un tremplin pour Véronique Hivon, d’autres estiment que la députée devra commencer à aborder d’autres thèmes si elle veut se démarquer. Son bon ami, Alexandre Cloutier, a eu le bonheur de voir son idée d’ouvrir le choix du prochain chef du PQ à tous les Québécois, par l’entremise d’une primaire ouverte, être reprise dans une résolution adoptée par la conférence. Certains doutent toutefois qu’il se présente si Véronique Hivon elle-même se lance dans la course.

Ironiquement, c’est Jean-François Lisée qui a insisté, après l’adoption de cette résolution, pour que les journalistes recueillent ses commentaires. Il s’est réjoui de ce geste, mais plusieurs disent qu’il s’est fait couper l’herbe sous le pied par son collègue Cloutier.

Alors qu’un sondage Léger-Marketing-Le Journal de Québec publié samedi donnait l’avance à Pierre Karl Péladeau dans la course à venir, le principal intéressé se promenait d’un groupe à l’autre en fauteuil roulant dans les corridors de l’hôtel. Son principal défi consistera à tisser des liens avec l’aile gauche du parti, a-t-on fait valoir dans son entourage. Certains n’ont d’ailleurs pas manqué de remarquer que c’est avec Daniel Breton qu’il a choisi de partager le repas du midi sur la terrasse de l’hôtel.

Bernard Drainville, lui, s’est fait discret. « La question du leadership, ce n’est pas ce qui me préoccupe présentement», a-t-il laissé tomber. Mais pour combien de temps encore.

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