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Le pouvoir aux écoles?

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 publié le 20 novembre 2014 à 9 h 52

Les élections scolaires ont été un échec lamentable avec un taux de participation inférieur à 5 %.

En réaction, que prévoit faire le ministre de l’Éducation Yves Bolduc?

Réduire le nombre de commissions scolaires.

Pour réaliser des économies? Non, pas vraiment. Il s’agit plutôt de donner plus de pouvoir aux écoles, dit le ministre.

Vingt millions de dollars ont été dépensés pour tenir des élections scolaires qui étaient une catastrophe annoncée.

Ces élections ont produit un gâchis que le gouvernement Couillard veut maintenant utiliser comme prétexte pour procéder à une réforme dont il n’a jamais parlé en campagne électorale.

À bien y songer, peut-être que la Coalition avenir Québec avait une approche plus saine (et plus économique) d’annuler les élections et ensuite de procéder à une réforme du système d’éducation. D’autant que la CAQ aurait eu la légitimité d’agir, puisqu’elle avait affiché ses couleurs bien avant la campagne électorale.

Il est maintenant question à Québec d’abolir les élections et les postes de commissaires scolaires.

Néanmoins, sans élections scolaires, comment justifie-t-on le maintien de la taxe scolaire?

Québec pourrait décider d’aller chercher les mêmes sommes, mais par un autre procédé.

Cela demeure une opération assez risquée pour un gouvernement de refondre ou de déplacer une taxe, d’autant que la tentation pourrait être forte d’aller en chercher un peu plus dans le porte-monnaie des contribuables.

Enfin, qu’est-ce que ça signifie concrètement de donner plus de pouvoirs aux écoles?

Le concept a quelque chose de très séduisant. Mais que signifie-t-il?

Est-ce que chaque école aura sa liste de professeurs remplaçants? Est-ce que chaque école choisira ses professeurs spécialistes et ses professionnels? Est-ce que les professeurs auront un mot à dire sur les programmes d’enseignement? Est-ce que les conseils d’établissement pourraient s’arroger des pouvoirs qu’ils n’ont pas actuellement? Quels seront les nouveaux rôles des directions d’école?

Le pouvoir aux écoles, très bien, mais quels pouvoirs?

Le Parti libéral de Philippe Couillard a choisi de tenir les Québécois dans l’ignorance à l’égard de son projet de réforme globale du système d’éducation, à moins que nous assistions à une improvisation pure et simple.

Dans les deux cas, il y a lieu d’être inquiet.

On ne peut qu’espérer dorénavant que Québec prenne le temps de procéder à une consultation élargie et à une réflexion approfondie avant de bouleverser le système d’éducation pendant plusieurs années.

Catégorie: Québec

L’impasse

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 publié le 19 mars 2014 à 11 h 23

Ce contexte politique n’est pas nouveau, non. Il est flagrant. C’est ça qui est nouveau. Il est particulièrement flagrant. Cette campagne électorale nous le démontre sans l’ombre d’un doute.

Le Parti libéral se révèle incapable de parler de sa vision du fédéralisme, car il y a un cadenas sur le magasin général, et que Pierre Trudeau est parti avec la clé.

Philippe Couillard est ainsi contraint de devoir dire que les Québécois sont heureux et qu’ils ne sont pas opprimés, pour se rabattre sur le statu quo. Son rêve de célébrer les 150 ans du Canada en 2017 avec une adhésion du Québec au rapatriement de 1982 a été sacrifié à l’autel de la realpolitik.

Personne au Canada ne veut s’asseoir et négocier un Meech + ou un super Meech avec Philippe Couillard. Il n’y a pas un gros marché pour le fédéralisme renouvelé, même avec l’éventualité d’un Sénat réformé.

Et s’il devait être question des revendications du Québec (et des Premières Nations, qui voudront se faire entendre), les autres premiers ministres risquent de s’enfuir à la première occasion.

Pauline Marois, elle, se voit contrainte de changer de stratégie et de se montrer plus que discrète sur la question de la souveraineté du Québec. La chef du PQ constate à son tour et encore une fois que le projet de souveraineté constitue surtout un handicap en période électorale.

Non, tout cela n’est vraiment pas nouveau. Bien des Québécois sont devenus souverainistes lorsqu’ils ont constaté ce blocage du reste du Canada à l’endroit du Québec. Des militants du Parti québécois ont déserté ce parti pour se joindre à Option nationale ou à Québec solidaire parce que le projet souverainiste n’était pas mis suffisamment de l’avant en campagne électorale. Certains fédéralistes aussi se sont résignés devant la position du Canada à l’égard du Québec, mais ils sont demeurés fédéralistes.

Et d’autres fédéralistes québécois jugent que l’attitude du Canada à l’endroit du Québec est parfaitement satisfaisante et que les textes constitutionnels canadiens offrent une réponse adéquate aux aspirations du Québec.

C’est la vision du libéral fédéral Stéphane Dion et de l’ancien premier ministre Jean Chrétien.

Et, en réalité, cette apparente impasse politique au Québec n’en est peut-être pas une, dans la mesure où l’on accepte que le point de vue de ces deux hommes l’a emporté.

Catégorie: Élections Québec 2014

Andrew Leslie
SRC/PC/Murray Brewster

D’emblée, Andrew Leslie, ancien général et futur candidat vedette du parti libéral fédéral, a réussi un pari énorme : attirer à son discours une foule nombreuse, malgré la demi-finale olympique de hockey États-Unis-Canada.

Il faut dire que même s’il n’est pas flamboyant, il a livré un discours inspirant où il a su faire un savant mélange de vie personnelle et de vision politique. Mais surtout, surtout, il avait préparé une riposte bien articulée aux attaques des conservateurs contre son tristement célèbre déménagement à 72 000 $.

D’abord, il faut savoir qu’Andrew Leslie maintient ne pas avoir su que l’ensemble du remboursement, y compris le déménagement et les frais de courtage, s’élevait à 72 000 $. Il insiste aussi sur le fait qu’il n’a rien obtenu de plus que ce à quoi ont droit tous les militaires de plus de 20 ans de carrière.

Mais dans son discours, il laisse entendre que c’est par dépit que les conservateurs s’en sont pris à lui avec cette histoire de frais – le ministre de la Défense ayant même demandé une enquête – parce que, dit l’ex-général, il aurait eu des conversations avec plusieurs partis politiques avant de choisir le Parti libéral du Canada.

« J’ai voulu laisser tomber les conservateurs gentiment en leur disant que ce n’était pas eux, mais moi. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, je suis convaincu que c’est eux. »
– Andrew Leslie, en riant

Du discours à la conférence de presse

Surfant sur ces quelques lignes qui ont fait lever les délégués, il a multiplié les attaques contre le gouvernement Harper, accusant le ministère de la Défense de ne pas être capable de se procurer un simple camion et de laisser tomber les anciens combattants.

En résumé, une belle performance.

Et il aurait dû s’arrêter là.

Malheureusement, l’ex-général est passé « de la finesse au flop », comme a dit une de mes collègues de CBC. Il a eu la mauvaise idée de tenir une conférence de presse après son discours.

Ses bonnes lignes sur le dépit des conservateurs ont fondu comme neige au soleil quand il a été obligé d’admettre que les conversations qu’il a eues avec les conservateurs ont peut-être été initiées par lui. Il ne sait plus qui a parlé à qui ni quand…

L’ex-général a alors perdu de son lustre. Il est devenu un homme ordinaire qui a proposé ses services à presque tout le monde avant de se décider pour les libéraux. « Avez-vous discuté avec le Bloc québécois? », a lancé un des journalistes désabusés.

Le fier guerrier sur son destrier, prêt à porter bien haut la bannière libérale pour pourfendre les vilains conservateurs, a perdu tout son lustre en moins de 15 minutes. Andrew Leslie a appris à la dure que se taire après un discours qui a eu eu plus d’ovations que Justin Trudeau la veille aurait eu du bon.

Catégorie: Ottawa

La prorogation et la visibilité des partis politiques

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 publié le 20 septembre 2013 à 14 h 01

Quand Stephen Harper a annoncé la prorogation du Parlement et ainsi retardé d’un mois la rentrée parlementaire, il a atteint deux buts : éviter de répondre quotidiennement à des questions embarrassantes, mais aussi priver les partis d’opposition d’une visibilité médiatique.

Quand la Chambre des communes siège, les partis politiques ont une présence quasi quotidienne dans les grands médias traditionnels. Pensez simplement aux chaînes de nouvelles en continu qui vont si souvent en direct à la période de questions de la Chambre et les extraits qui se retrouvent dans les bulletins de nouvelles radio, télé et web. Avec la prorogation, les partis politiques sont ainsi privés d’une visibilité inespérée. Tout ça fait habituellement l’affaire des partis au pouvoir qui veulent contrôler l’ordre du jour et faire « la une » à leur convenance.

Mais pour les partis d’opposition, c’est presque une catastrophe. Ils doivent trouver le moyen de rester dans l’actualité. Et les moyens d’y arriver sont peu nombreux. Tant le NPD que le Parti libéral du Canada ont travaillé fort cette semaine pour « faire les nouvelles », avec peu de succès, il faut le convenir. Le NPD a tenu une période de questions virtuelle sur son site Internet afin, souhaite-t-il, de talonner le gouvernement Harper comme il l’a si bien fait le printemps dernier. Chaque jour de la semaine, les députés du NPD ont mis leurs questions en ligne, plus d’une vingtaine par jour. Les conservateurs ont répondu à deux questions et les néo-démocrates estiment avoir rejoint autour de 98 000 personnes pendant les quatre premiers jours de la période de questions virtuelle.

Ils admettent cependant avoir prêché à des gens convaincus et que l’exercice a surtout été suivi par la base militante du parti.

Même chose pour le Parti libéral et Justin Trudeau. Le chef libéral a tenu deux points de presse au cours de la semaine et a eu deux conversations en ligne, également suivies essentiellement par des libéraux.

En contrepartie, il faut admettre que l’actualité a été abondante et a laissé peu de place aux exercices médiatiques des partis d’opposition. Le tragique accident d’autobus à Ottawa, la charte des valeurs, la perquisition de l’UPAC dans les bureaux du PLQ, et les révélations à la commission Charbonneau ont monopolisé les bulletins de nouvelles. Voilà donc que les partis d’opposition devront trouver le moyen de faire parler d’eux d’ici au 16 octobre. C’est la date du discours du Trône et de la reprise des travaux parlementaires. Trois semaines et demie à meubler, à tenter de susciter l’intérêt des médias pendant un automne chargé. S’ils n’y arrivent pas, Stephen Harper aura gagné son pari…

Catégorie: Ottawa

Charte des valeurs : un scénario de repli

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 publié le 17 septembre 2013 à 13 h 46

Il n’est peut-être pas si compliqué de deviner de quelle façon le gouvernement Marois devrait évoluer dans le dossier de la laïcité, surtout en ce qui a trait à l’interdiction des symboles religieux ostentatoires dans le secteur public.

Les partis d’opposition ont déjà délimité leurs territoires :

  • Le Parti libéral s’oppose à toute interdiction des symboles religieux.
  • Québec solidaire propose de les interdire seulement pour ceux pour qui cela entraverait le devoir de réserve.
  • La Coalition avenir Québec précise que les juges, les procureurs, les policiers, les gardiens de prison et le personnel scolaire ne pourraient pas porter de signes religieux.

Le gouvernement du Parti québécois pourrait être tenté de se replier sur une position « CAQ + » pour son projet de loi de charte des valeurs québécoises.

Notons d’ailleurs qu’il y a une majorité d’élus à l’Assemblée nationale du Québec (avec ceux de la CAQ et du PQ) qui est favorable à une interdiction des symboles sacrés qui viserait une partie plus ou moins large des employés du secteur public.

Le scénario « CAQ + »

Voici à quoi pourrait ressembler ce scénario « CAQ + » :

En plus des corps policiers, judiciaires et du personnel scolaire, le gouvernement de Pauline Marois soumettrait sans doute les centres de la petite enfance et les garderies privées subventionnées à cette interdiction. Il envisagerait probablement d’inclure aussi les employés de la fonction publique qui sont en contact avec les citoyens.

Les autres employés de l’État ne seraient probablement pas contraints de respecter l’exigence de neutralité religieuse.

Il est plausible aussi que l’administration péquiste abandonne l’idée de soumettre les établissements de santé, les universités, les cégeps et les municipalités à ce bannissement des symboles. Il suffira de créer un programme volontaire pour les conseils d’administration et les conseils municipaux.

Le gouvernement mettrait ainsi de côté cet incohérent « droit de retrait » renouvelable qui, paradoxalement, aurait été invoqué par des institutions qui comptent le nombre le plus important d’employés arborant des symboles religieux.

Le ministre Drainville pourrait aussi s’intéresser davantage aux symboles « visibles » et délaisser la notion de symboles « ostentatoires », comme le suggère aussi la CAQ. Cela éviterait au ministre de devoir faire des dessins dans son projet de loi.

En outre, Québec pourrait sagement prévoir une période de transition avant une entrée en vigueur complète de la loi, afin de faciliter les réaffectations et les réorientations du personnel. Le gouvernement devrait aussi au minimum consulter les Premières Nations.

Quant au crucifix à l’Assemblée nationale, on peut supposer que Québec maintiendra sa position, qui est populaire, quoique pas très logique.

Bien que certains y verront un recul, ce scénario constitue déjà tout un programme dans un contexte nord-américain.

Bernard Drainville aurait d’ailleurs intérêt à mieux expliquer, si cela est possible, les raisons pour lesquelles les bambins et les élèves ne devraient pas être exposés aux symboles religieux.

Des interrogations

Le ministre des Institutions démocratiques pourra consacrer tout son temps éveillé à piloter ce dossier explosif. La première ministre, elle, n’aura pas ce loisir.

Comme toujours, Pauline Marois apprendra vite, elle gagnera en assurance et en précision sur ce sujet, mais sans jamais véritablement parvenir à convaincre… qu’elle est elle-même parfaitement convaincue. C’est ainsi. Pauline Marois n’y parvient pas. Pas encore.

Y parviendra-t-elle, cette fois, avec la question de la laïcité?

De son côté, le chef libéral Philippe Couillard affirme que cette charte est la charte de la chicane. Pour l’essentiel, c’est tout ce qui a été retenu de sa proposition sur la laïcité, présentée il y a tout juste deux semaines.

Qui souhaite que Philippe Couillard explique de nouveau ce qu’est l’interculturalisme? Qui a compris ce que Philippe Couillard voulait véritablement changer?

Le chef caquiste, François Legault, est en voie de se transformer en instrument du gouvernement Marois. En fait, la CAQ offre déjà une caution au projet du gouvernement, en ouvrant la porte au principe de l’interdiction des symboles religieux pour de nombreux employés de l’État. François Legault est dans une situation difficile, incapable de se distinguer réellement de ses adversaires. Jusqu’où ira-t-il et comment parviendra-t-il à se tirer du guêpier dans lequel il se trouve?

Québec solidaire réaffirme que sa position est adoptée depuis des années, mais le malaise est encore palpable. Les communiqués et les interventions du parti ne cherchent jamais à expliquer clairement et complètement sa position, qui paraît très proche de celle du Parti libéral. Françoise David parviendra-t-elle à faire entendre la voix de son parti en cette seconde année de mandat de ce gouvernement minoritaire?

Il peut y avoir une posture politique avantageuse pour Pauline Marois dans tout ça, mais l’affaire est très délicate à mener. Son ministre est un homme talentueux et fougueux qui lui offre, peut-être, un intéressant thème de campagne électorale. Une chose est sûre, cela devrait permettre à la chef du Parti québécois d’éviter de parler de souveraineté au cours de la prochaine campagne électorale.

Catégorie: Québec

L’épreuve du pouvoir

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 publié le 20 juin 2013 à 9 h 57

Pauline Marois à l'Assemblée nationale, le 7 décembre.

Pauline Marois a dilapidé une partie de son capital politique au cours des neuf premiers mois de son mandat. Les élus du Parti québécois (PQ) ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils sont les seuls responsables de leurs malheurs. La première ministre a elle-même reconnu qu’elle n’avait pas su orchestrer les initiatives de ses ministres.

Il est aussi facile de constater un manque de souci évident dans les détails. Et, à cet égard, la faute en incombe aux ministres et au personnel qui entoure la première ministre. En fait, personne ne parvient à échapper au blâme au sein du PQ. Personne ne sort indemne de cette épreuve du pouvoir. Le PQ doit désormais craindre de se retrouver au troisième rang dans les intentions de vote, derrière la Coalition avenir Québec.

La position des libéraux

La démission de Jean Charest a créé tout un vide à l’Assemblée nationale. La commotion a été encore plus importante au Parti libéral. Le nouveau chef, Philippe Couillard, tente aujourd’hui de combler le vide en secouant les structures internes.

M. Couillard semble lui-même se transformer au fil des semaines. Pendant la course à la direction, il paraissait se ranger dans un camp plus nationaliste que celui de Jean Charest, alors que ces derniers jours, il a montré le visage d’un fervent fédéraliste.

En gardant ses distances avec l’Assemblée nationale, le nouveau chef libéral parvient à rester au-dessus de la mêlée. L’ennui, c’est qu’il paraît également loin de son aile parlementaire. Cela a donné lieu à quelques notes discordantes au cours des derniers jours entre ses propres positions et celles des élus libéraux.

Les questions nationale, linguistique et identitaire sont à la fois une force et une faiblesse du Parti libéral de Philippe Couillard. Le principal point d’interrogation est encore et toujours l’impact de la commission Charbonneau sur le Parti libéral d’ici les prochaines élections.

De la CAQ à Québec solidaire

De son côté, la Coalition avenir Québec ne semble toujours pas avoir fait son nid politique. Ce parti demeure difficile à cadrer, son étiquette est encore en voie de définition. Le Projet Saint-Laurent prend forme tranquillement et devrait contribuer à chasser le flou entourant ce parti. Les attaques du chef de la CAQ, François Legault, contre le gouvernement Marois sont souvent bancales et parfois menées avec imprécision.

Pour sa part, Québec solidaire continue son travail patient. L’arrivée de Françoise David à l’Assemblée nationale n’a toutefois pas donné la visibilité espérée à son parti.

Par ailleurs, la démission de Jean-Martin Aussant à la direction d’Option nationale offre un certain soulagement au Parti québécois et à Québec solidaire. La survie de ce parti est désormais remise en question.

Malgré la lune de miel des libéraux et l’inconsistance des péquistes, aucun des partis n’est véritablement en situation de force ou de faiblesse extrême. Il semble que tout demeure possible d’ici les prochaines élections.

Catégorie: Québec

La nouvelle dynamique à la Chambre des communes

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 publié le 12 avril 2013 à 13 h 57

Stephen Harper à Chambre des communes en 2006

Quand la Chambre des Communes reprendra ses travaux le lundi 15 avril, le visage politique ne sera plus le même et la dynamique non plus. Pourquoi? Parce que le Parti libéral aura un nouveau chef, parce que le NPD sortira tout juste d’un congrès qui lancera le parti dans la dernière étape avant les élections générales de 2015 et parce que le Parti conservateur devra modifier son approche sur sa façon de diriger le pays.

Parlons d’abord du Parti libéral, qui se choisit un chef dimanche. Personne ne doute que le chef qui se lèvera en Chambre lundi prochain pour poser une question sera Justin Trudeau. Sa victoire est tellement évidente qu’il est plus que probable que l’entourage de Trudeau est déjà en train de préparer l’après-victoire. Même si les conservateurs parlent beaucoup de l’inexpérience du futur chef libéral, de son « absence de contenu », un fait demeure. Le parti au pouvoir craint l’effet Trudeau dans le pays. Et déjà, de nombreux sondages indiquent une remontée du PLC qui n’a que 34 sièges à la Chambre des communes.

Alors, la cible pour les conservateurs sera assurément Justin Trudeau et ils feront tout ce qu’il faut pour que la « lune de miel » qui suit généralement l’élection d’un nouveau chef soit la plus courte possible. De leur côté, les libéraux devront entourer leur nouveau chef de gens forts et s’assurer qu’il soit bien perçu jusqu’à la prochaine élection. Dès le 13 mai, il y aura une élection partielle et ce sera un test important pour le parti libéral… Saura-t-il regagner de façon importante la circonscription historiquement libérale de Labrador, perdu lors de la dernière élection à la faveur du conservateur Peter Penashue? Penashue a dû démissionner à cause d’irrégularités dans le financement de sa campagne… Il se représente à la partielle.

Puis, il y a le NPD, en congrès en fin de semaine à Montréal. Thomas Mulcair tente de changer l’image du parti… de l’emmener de la gauche vers le centre. M. Mulcair croit que c’est un des éléments qui permettrait au NPD d’être perçu comme un parti qui peut prendre le pouvoir. Mais le problème des néo-démocrates est le suivant : l’étoile de Thomas Mulcair semble pâlir. Il veut se montrer « premier ministrable », mais il a perdu le mordant qui le caractérisait. Alors, en fin de semaine, il devra convaincre que le virage vers le centre est la solution. Puis, en Chambre, il devra affronter Stephen Harper ET Justin Trudeau. Peut-être devra-t-il retrouver cette combativité qui l’a mené à la tête du NPD. Les prochains mois seront cruciaux pour Thomas Mulcair.

Pour ce qui est des conservateurs, il leur reste deux ans pour montrer qu’ils ne sont pas victimes de l’usure du pouvoir. Ils ont aussi dirigé le pays sans compromis. Ils n’ont jamais tenu compte de l’avis des partis d’opposition, parfois, disent leurs adversaires, au mépris des institutions parlementaires. Dans la perspective d’une lutte à trois, les troupes de Stephen Harper pourraient corriger le tir. Dès lundi, il faudra voir si le premier ministre, qui n’est jamais en Chambre les lundis et vendredis, sera là pour répondre aux questions du nouveau chef libéral. Si c’est le cas, ce sera peut-être le début de cette nouvelle dynamique.

Catégorie: Ottawa

Québec 2012 Jour 15 – La panne

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 publié le 15 août 2012 à 17 h 42

 

« On n’est pas au neutre », a déclaré il y a quelques jours Jean Charest. Il est assez compréhensible que le chef libéral juge bon d’en informer les Québécois, car, à première vue, la limousine libérale ne déplace pas beaucoup d’air.

Le moteur tourne, il ronronne, il rugit même, il est en parfaite condition, mais l’auto, elle, ne donne pas l’impression d’avancer.

La tournée électorale de Jean Charest se déroule sans anicroche, en apparence.

Pourtant, cette campagne électorale est manifestement éprouvante pour le Parti libéral.

Et ce n’est pas un problème de forme, plus facile à résoudre, ce sont des problèmes de fond, de contenu, qui compliquent la vie du PLQ.

Le conflit étudiant

Parmi ces problèmes, l’usure du pouvoir est le plus évident, inutile d’en ajouter.

Le thème du conflit étudiant, que Jean Charest a voulu imposer dès le premier jour, s’est dissous à un point tel que le chef libéral a cessé d’en parler. Les votes pour un retour en classe donnent un caractère plus secondaire à cette question et le départ de Gabriel Nadeau-Dubois prive le Parti libéral d’une formidable tête de Turc. Il pourra être dit que le jeune homme aura réussi sa sortie mieux que d’autres.

De toute manière, sur ce thème, Jean Charest avait développé un argument peu convaincant, celui de la stabilité. Après les événements du printemps dernier, comment les troupes libérales veulent-elles convaincre les Québécois qu’elles peuvent garantir la stabilité?

Sept mois après le début de ce conflit, le sondage CROP-La Presse indique que Pauline Marois est jugée mieux placée que Jean Charest pour résoudre la crise étudiante.

L’intégrité et l’économie

L’autre thème de Jean Charest, la roue de secours du Parti libéral, c’est l’économie. En principe, c’est un excellent thème électoral, s’il ne traînait pas lui aussi son lot de casseroles.

D’abord, ça ramène à l’usure du pouvoir, qui est accompagné par l’usure du verbe. Ça fait longtemps, très longtemps, que Jean Charest parle d’économie aux Québécois. Du Plan Nord aussi.

Le premier ministre en a fait la promotion dans toutes les chambres de commerce du Québec. Populaire au sein de sa propre clientèle, ce thème ne parvient pas à élargir de façon significative la base électorale du Parti libéral, notamment dans les régions, si on en croit les quelques sondages publics qui ont abordé la question.

Dans le contexte actuel, il y a un problème particulier avec le thème de l’économie. Il est plus subtil, car il est confronté à un autre thème de la campagne électorale, celui de l’intégrité.

La corruption et la collusion sont des parasites du système économique. S’il y a des opérations à grande échelle pour siphonner illégalement les dollars des contribuables, il se pose alors une question de priorité. Est-ce l’économie? Ou est-ce la corruption qui, elle, menace l’économie?

La réponse est que les problèmes d’intégrité, s’ils ont l’ampleur que l’on soupçonne, sont aussi… une priorité économique.

Sujets d’inquiétude

Il était surprenant d’entendre Jean Charest, en début de campagne, interpeller les électeurs non francophones, en brandissant la menace d’un référendum s’ils n’allaient pas voter. Un parti qui s’inquiète du comportement de sa base électorale naturelle a certainement de nombreux sujets d’inquiétude.

Parmi ces sujets, certains s’inscrivent dans la campagne de façon inattendue. Par exemple, le début de l’enquête préliminaire de l’ancien ministre libéral Tony Tomassi a été fixé… au 4 septembre, jour du scrutin. Il s’agit d’un détail, mais peut-être aussi le signe que quand rien ne va, les choses n’ont pas nécessairement tendance à s’améliorer.

Faire passer le message

C’est un problème apparemment insoluble qui afflige le Parti libéral et son chef, Jean Charest. Ils conçoivent et transmettent efficacement leur message électoral, qui ne paraît pas se rendre à destination, c’est-à-dire l’électorat francophone. Leur campagne électorale prend les allures d’une partie parfaite qui ne serait pas suffisante pour leur assurer la victoire.

Les débats télévisés constituent désormais la meilleure (la seule?) occasion pour les libéraux dans cette campagne. Jean Charest est reconnu pour être redoutable en ces circonstances et il est craint par ses adversaires. En revanche, les attentes seront élevées et l’objectif ultime, l’obtention d’un quatrième mandat consécutif, paraît très éloigné.

Catégorie: Québec, Québec 2012

Le dernier congrès

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 publié le 24 octobre 2011 à 19 h 00

Une chose est sûre, c’était le dernier congrès du Parti libéral du Québec avant les prochaines élections. 

Mais était-ce aussi le dernier congrès de Jean Charest comme chef du PLQ? 

Dans son discours de clôture du congrès, dimanche, Jean Charest a dit tout le contraire. Il veut développer le Plan Nord, il veut inaugurer le CHUM! 

Que d’ambitions pour un premier ministre dont le mandat actuel aura été marqué par les allégations de collusion et de corruption! 

La persévérance est certainement l’une des grandes qualités de Jean Charest. Le premier ministre transformera-t-il cette qualité en un handicap pour le Parti libéral, qui pourrait souffrir de sa présence pour un cinquième scrutin?

 Le premier ministre a deux ans devant lui avant de déclencher des élections. 

En revanche, il lui reste beaucoup moins de temps pour décider s’il demeurera à la tête du PLQ. Quelques mois à peine. D’ici la fin janvier, ce serait la fenêtre idéale pour son parti, quoique M. Charest pourrait prolonger sa réflexion jusqu’en mars. 

Mon collègue Gilbert Lavoie, du quotidien Le Soleil, disait que le premier ministre pourrait prendre une décision dans les six premiers mois de 2012. À mon avis, juin 2012, c’est bien trop tard. Le nouveau chef du PLQ n’aurait plus assez de marge de manœuvre. 

Jean Charest a peut-être l’intention de rester dans ses fonctions. Il l’affirme et le répète. Il est évident que l’homme aime la joute électorale, et c’est un adversaire redoutable dans les débats. Il a certainement envie d’en découdre avec François Legault. 

Néanmoins, que Jean Charest pourrait-il bien gagner à être de nouveau candidat? Il aime le travail de premier ministre, il l’a dit encore en fin de semaine. Est-ce que cela lui suffit pour courir le risque d’une défaite? Les sondages peuvent changer, l’attrait pour François Legault pourrait diminuer. Mais le temps commence à presser pour le premier ministre, s’il songe à quitter son poste. 

Assurer le développement du Plan Nord, au gré des besoins des compagnies privées, est-il un argument qui peut convaincre ce politicien de carrière de mettre en péril ce qui lui reste de lustre?

Catégorie: Québec