Billets classés sous « NPD »

Et c’est parti à Ottawa!

par

 publié le 16 septembre 2014 à 9 h 07

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas blâmer les journalistes. C’est bien le premier ministre Harper qui a lancé les hostilités sur le front électoral lundi matin lors de son rassemblement partisan au rythme d’une des chansons fétiche des conservateurs Taking care of business, sa version « des vraies affaires ».

Si rien ne remplace dans l’esprit des électeurs la vraie campagne électorale de l’automne prochain en vue d’un scrutin le 19 octobre 2015, la joute des prochains mois sera cruciale pour permettre aux chefs de consolider leurs organisations et surtout consolider leurs appuis dans l’esprit de l’électorat. Et la joute politique de cette rentrée est révélatrice des défis et devoirs de tout un chacun.

Stephen Harper : l’usure du pouvoir

D’ici la fin de l’année, Stephen Harper sera au 6e rang des premiers ministres ayant été en exercice le plus longtemps. Après neuf ans au 24 Sussex, il n’échappe pas à l’usure du pouvoir. D’ailleurs, les deux tiers des Canadiens croient que le fruit est mûr pour un changement de gouvernement, même si la proportion d’électeurs qui apprécient le travail du gouvernement conservateur est davantage de l’ordre de 49 %.

Il est là le défi du chef conservateur, soit renverser la tendance des derniers mois et l’effritement de ses appuis à l’échelle du pays et plus particulièrement en Ontario, la clé de sa majorité en 2011.

Les conservateurs font donc le pari de faire campagne contre le risque du changement, miser sur leur valeur sûre qu’est l’économie.

« La mesure d’un bon gouvernement, le vrai test de leadership, ne réside pas dans les succès accomplis dans les moments de paix et de stabilité, mais face au risque et au danger », dit Stephen Harper

La stratégie est double : profiter des surplus à l’horizon pour séduire à nouveau l’électorat avec une série de mesures populaires et populistes, baisses d’impôts, des tarifs de câblodistribution, des écarts de prix avec les États-Unis, et projeter l’image d’un chef décisif sur la scène internationale dans des dossiers aussi délicats que l’Ukraine et l’Irak. Mais la stratégie n’est pas sans risques.

Les baisses d’impôts ciblées sont certes devenues la marque de commerce des conservateurs. Pensez à tous les crédits d’impôt allant de l’équipement sportif, au transport en commun en passant par les cours de musique. Mais après tant d’années au pouvoir, ces baisses ne marquent plus l’imaginaire autant qu’avant. Et si les conservateurs semblent toujours miser sur un éventuel fractionnement du revenu, cette mesure bien coûteuse n’est pas sans ses détracteurs et ouvre certainement la porte aux meilleures façons de dépenser plus de 3 milliards de dollars par an pour la classe moyenne.

La scène internationale comporte aussi son lot d’écueils pour Stephen Harper

C’est une chose de se présenter comme le plus grand défenseur de l’Ukraine, mais comment alors réconcilier le silence assourdissant d’Ottawa sur la demande de l’Ukraine de se joindre à l’OTAN? C’est une chose d’envoyer des forces spéciales en Irak, mais pour combien de temps, à quel prix, pour faire quoi?

Finalement Stephen Harper peut bien affirmer que la seule différence entre le Hamas et l’État islamique est que l’un des deux est plus proche d’Israël, mais est-ce vraiment la mesure d’un chef qui saisit toute la complexité de la situation au Proche-Orient?

Justin Trudeau : le test de crédibilité

Après 17 mois consécutifs en tête des intentions de vote c’est un euphémisme que de dire que Justin Trudeau est en plutôt bonne position. Mais il n’en demeure pas moins que cette position comporte une bonne dose de fragilité. Les électeurs conservent bien des doutes à son égard tant au chapitre des idées que du leadership.

Il est donc intéressant de noter que d’emblée en cette reprise des travaux parlementaires, ce politicien qui répète depuis plus d’un an qu’il n’a pas l’intention de dévoiler son programme avant les prochaines élections, ait pris la peine d’annoncer au moins une politique claire.

Un gouvernement libéral annulerait la baisse de cotisation d’assurance emploi promise aux petites entreprises par le ministre des Finances Joe Oliver la semaine dernière. Il opterait plutôt pour une exemption de cotisation pour tout employeur qui créerait un nouvel emploi.

Le signal est clair : les libéraux veulent montrer que leur chef n’est pas une coquille vide et qu’il est capable de formuler des politiques concrètes qui répondent aux défis de l’économie d’aujourd’hui.

Comme l’utilisation des surplus prendra de l’ampleur dans les prochaines semaines et les prochains mois, le chef libéral devra aller plus loin et clarifier sa pensée sur un élément essentiel. Sera-t-il prêt à révoquer les baisses d’impôts des conservateurs pour financer son propre programme électoral.

C’est la clé de voûte des finances publiques pour les prochaines années, et il sera difficile pour les libéraux d’entretenir le suspense sur ce front pendant 13 mois.

Finalement, s’il veut montrer qu’il est apte à gouverner, Justin Trudeau devra répondre au défi implicite que lui a lancé Stephen Harper sur le front de la politique étrangère. Car les libéraux ont beau plaider que les conservateurs nuisent à la réputation du Canada dans le monde, sur les dossiers d’Israël particulièrement cet été, de l’Ukraine et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là, les nuances dans leurs approches sont plutôt subtiles.

Pour consolider son avance et se prémunir contre les risques inhérents à une campagne électorale, le chef libéral n’a pas le luxe d’attendre le déclenchement de celle-ci en septembre prochain pour faire la preuve qu’au-delà du style, il a la substance pour devenir premier ministre.

Thomas Mulcair : au-delà du rôle d’opposition

Brian Mulroney a dit de lui qu’il est le meilleur chef d’opposition depuis John Diefenbaker, et il est bien là le problème du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Thomas Mulcair doit convaincre les Canadiens qu’il est plus qu’un bon chef d’opposition.

C’est ainsi que celui qui a fait sa marque à Ottawa en menant l’inquisition contre le premier ministre dans le scandale du Sénat fait le pari de sortir de la capitale pour aller à la rencontre des Canadiens. L’objectif est clair : faire valoir le politicien sensible, près des préoccupations des gens, plutôt que le parlementaire féroce et sans compromis qu’ils ont connu jusqu’ici.

Thomas Mulcair n’a toutefois pas le luxe de jouer les jeunes premiers, d’où le pari du NPD de dévoiler sa plateforme électorale le 19 octobre prochain, un an jour pour jour avant la prochaine élection. L’espoir ici, c’est que les politiques précises du NPD aideront le chef du parti à rejoindre l’électorat. Le NPD espère ainsi faire la preuve, politiques précises à l’appui, que l’expérience du chef compte. Le NPD mise sur l’« expérience solide » pour contrer le « se préparer à vous représenter » de Justin Trudeau.

Les stratèges du NPD vous diront qu’ils demeurent optimistes, en meilleure position qu’à un an des élections de 2011, que leur chef est plus populaire que son parti.

Certes, mais la réalité demeure que leur parti est bon troisième dans les intentions de vote, troisième aussi au chapitre du financement, troisième dans une course qui prend parfois des allures de duel entre conservateurs et libéraux.

Mario Beaulieu : un défi de taille

Le chef du Bloc québécois n’a pas raté cette rentrée parlementaire, mais il a dû se contenter d’y assister en marge, forcé de répondre aux multiples questions sur son leadership, plutôt que d’imposer sa voix comme incontournable dans le débat québécois. C’est dire toute l’ampleur du défi qui l’attend toujours.

Malgré la défection de deux députés, malgré les critiques et divisions internes depuis son arrivée, Mario Beaulieu demeure optimiste. Mais les priorités qu’il évoquait lundi révèlent déjà un ajustement dans sa stratégie.

Il s’est fait élire en balayant du revers de la main l’approche de la « défense des intérêts du Québec » et a campé la crédibilité du Bloc au fil des ans. Il compte aujourd’hui faire la preuve que les partis fédéralistes relèguent ces intérêts au second rang, et aussi porter le ballon du déséquilibre fiscal. Des priorités qui donnent un air de déjà vu à l’approche du Bloc québécois version 2014.

Un an c’est le temps qu’il reste aux chefs de partis avant de monter à bord de leurs avions et autobus armés de slogans et de certitudes. Et si rien ne remplace le presto d’une campagne électorale pour mettre ces chefs à l’épreuve et interpeller l’électorat, le travail de terrain des 12 prochains mois sera déterminant et dictera inévitablement lequel d’entre eux sera sur la ligne de départ en position de force en septembre prochain.

Catégorie: Ottawa

Le jeu des prédictions est toujours périlleux en politique, car les débats et les jeux de coulisses finissent toujours par nous surprendre. C’est donc avec beaucoup d’humilité que je vous offre ici une liste des enjeux à surveiller.

Un blogue d’Emmanuelle Latraverse

Si l’année 2013 peut être décrite comme l’année de la mi-mandat, celle de 2014 servira à vraiment camper les forces en présence en vue des prochaines élections fédérales. La mi-mandat a eu le don d’ébranler les conventions, mais c’est au cours de la prochaine année que les tendances qui se sont dessinées jusqu’ici vont se cristalliser ou s’évanouir.

Pour la première fois, le gouvernement conservateur est profondément secoué et cherche comment tirer un trait sur le scandale et reprendre l’offensive. Le Parti libéral et son chef frappent l’imaginaire de l’électorat. Le NPD, en ayant consolidé ses acquis, cherche comment concrétiser les gains auxquels il aspire.

La fortune de chacun des partis dépend bien sûr de la performance de leurs chefs, mais aussi de leurs prises de position devant certains enjeux qui s’imposent dans le débat politique.

LES ENJEUX EN 2014

- Le scandale du Sénat

Sénat, Sénat, Sénat! Vous n’y échapperez pas, car plusieurs développements sur ce front sont à surveiller au cours de la prochaine année.

Mike Duffy (archives)
Mike Duffy (archives)

Bien sûr, tous les regards continueront d’être tournés vers la GRC et ses découvertes imprévisibles. On imagine l’inquiétude des stratèges au Bureau du premier ministre à la perspective de voir un nouveau détail de cette histoire faire les manchettes par le biais d’une autre vague de documents d’enquêtes déposés devant les tribunaux et ainsi rendus publics. Un véritable supplice de la goutte pour les conservateurs. Mais surtout, c’est au cours de la prochaine année qu’on devrait savoir si des accusations criminelles sont bel et bien portées contre les principaux acteurs, l’ex-chef de cabinet de Stephen Harper Nigel Wright et le sénateur Mike Duffy, mais aussi la sénatrice Pamela Wallin et le sénateur Patrick Brazeau. Et là, les répercussions politiques pourraient être infinies.

Mais l’enjeu du Sénat va aussi largement dépasser le cadre de l’enquête de la GRC.

En 2014, on attend le rapport du vérificateur général du Canada sur les dépenses de TOUS les sénateurs. Michael Ferguson et ses vérificateurs bénéficient d’un accès sans précédent aux livres de la Chambre haute, et personne n’y échappe. Certains sénateurs se sont même vu demander l’accès à leurs cartes de crédit personnelles dans le cadre de cette enquête pour vérifier si chaque sou des deniers publics a été bien dépensé. Un premier rapport sur le leadership et les membres du Comité de régie interne est attendu et sera suivi d’un rapport plus large sur l’ensemble des dépenses des sénateurs au cours des deux dernières années.

Après la police et les comptables, il y aura aussi les tribunaux.

Le débat sur le Sénat prendra inévitablement une tournure constitutionnelle au cours de la prochaine année, alors que la Cour suprême devrait rendre sa décision sur les mécanismes à mettre en oeuvre pour réformer la Chambre haute, plus spécifiquement permettre l’élection des sénateurs et limiter la durée de leurs mandats. Stephen Harper rêve de voir le plus haut tribunal du pays reconnaître au Parlement le droit de légiférer unilatéralement ces réformes, lui qui a déjà indiqué qu’il n’a pas l’intention de présider une grande messe constitutionnelle avec ses homologues provinciaux sur la question.

- Les pipelines et l’avenir énergétique

Après les baisses d’impôts, on pourrait dire que les pipelines sont l’autre grande priorité du gouvernement conservateur.

Les ressources énergétiques canadiennes sont le moteur de l’économie, mais encore faut-il leur trouver des débouchés. Or, devant un marché américain qui se dirige vers l’autosuffisance, le Canada est engagé dans une véritable course contre la montre pour trouver de nouveaux débouchés, tout particulièrement se donner les moyens de percer l’immense marché de l’Asie. Et compte tenu des délais importants avant que ces investissements se concrétisent et rapportent, le facteur temps est clé. Le Canada ne peut se permettre de rater cette fenêtre.

Mais pour y arriver, il faut des pipelines vers le Pacifique, d’où l’importance du débat entourant le projet Northern Gateway, sur lequel le gouvernement Harper devra se prononcer formellement d’ici six mois.

Mais le débat dépasse le Northern Gateway. Une foule d’autres projets sont dans les cartons, et ils soulèvent des discussions tous aussi déchirantes.

Et c’est sans compter le débat entourant les projets vers l’est du pays, comme le projet Energy East, de TransCanada, qui mènerait le pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Nouveau-Brunswick, ou encore le renversement de la conduite 9B d’Enbridge entre Sarnia et Montréal, qui suscite un vif débat à la suite des dégâts monumentaux causés par la fuite d’un oléoduc semblable au Michigan en 2010. L’Office national de l’énergie doit d’ailleurs rendre sa décision sur le sort de ce projet au plus tard le 19 mars 2014.

Devant tous ces projets, le dilemme est le même : comment réconcilier les impératifs de la croissance économique avec ceux de la protection de l’environnement? C’est là un débat maintes fois amorcé au pays, mais qui impose une réflexion profonde.

Les conservateurs sont les premiers à savoir que leur pari est loin d’être gagné justement parce qu’ils font face à un électorat bien sceptique. Près de huit ans après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Harper récolte finalement ce qu’il sème en matière d’environnement; son propre bilan peu reluisant vient de le rattraper.

- L’affrontement syndicats-gouvernement

Les relations de travail, c’est là l’enjeu oublié de 2013, et tout indique qu’il sera incontournable en 2014 alors que le Conseil du trésor entreprend une nouvelle ronde de négociations avec le secteur public.

Le gouvernement Harper affirme vouloir moderniser les relations de travail; les syndicats y voient un assaut majeur contre les droits des travailleurs.

Déjà dans son projet de loi omnibus de mise en œuvre du budget, le gouvernement Harper a imposé une foule de réformes lourdes de conséquences pour la fonction publique. À peine le C-4 avait-il été adopté que les syndicats de la fonction publique formaient un front commun pour en contester la constitutionnalité.

En vertu des réformes adoptées, le Conseil du trésor pourra décider unilatéralement ce qui constitue un service essentiel, le fédéral pourra décider seul de soumettre une nouvelle convention collective à l’arbitrage, et la ministre du Travail pourra refuser de désigner une tâche comme étant dangereuse, moyennant des sanctions contre tout travailleur qui s’y opposerait.

Et ça ne s’arrête pas là; d’emblée, le président du Conseil du trésor a indiqué que les pensions et avantages sociaux de la fonction publique seront dans sa mire lors des négociations à venir.

Tout est en place pour un affrontement entre Ottawa et ses syndicats, qui, confrontés à l’érosion de leur rapport de force se sentent cette fois-ci l’obligation de résister.

LES CHEFS EN 2014

- Stephen Harper

L’année 2014 sera cruciale pour Stephen Harper. Sa crédibilité est ébranlée, entachée par le scandale du Sénat, par ses versions contradictoires et ses demi-réponses depuis des semaines. Le premier ministre devra à tout prix trouver une façon de mettre ce scandale derrière lui, et, surtout, se donner les moyens d’affronter ses conséquences, les potentielles mises en accusation de certains acteurs-clés.

Stephen Harper

Certains pourraient rêver d’un grand moment de vérité et de candeur, où Stephen Harper mettrait cartes sur table. Mais non seulement ce n’est pas dans sa nature, il a de plus attendu si longtemps que les risques pourraient paraître politiquement trop importants. Après tout, les questions sont si nombreuses. D’ailleurs les entrevues de fin d’année qu’il a accordées ne laissaient pas présager de grands aveux à venir. Tout au plus le premier ministre a-t-il concédé que des changements se sont imposés dans l’organisation de son bureau et dans les mécanismes d’imputabilité qui y règnent, sans pour autant donner de détails.

De plus, le retour d’un de ses plus loyaux serviteurs, Dimitri Soudas, au cœur de la machine conservatrice, laisse plutôt présager que le premier ministre s’entoure de sa machine de guerre pour affronter la tempête envers et contre tous.

Mais pour combien de temps? Le premier ministre a beau répéter qu’il a l’intention de mener ses troupes jusqu’en 2015 (le contraire aurait été surprenant), la question de son avenir politique continuera de planer. Comme on dit, le chat est sorti du sac, la question est posée.

À ce chapitre, les relations de Stephen Harper avec son caucus seront déterminantes. Depuis plus d’un an déjà, certaines failles sont apparues. Il y a eu les sorties remarquées de certains députés contre la discipline de parti, le départ fracassant du député d’arrière-ban Brent Rathgeber. Il y a déjà les murmures de mécontentement qui s’amplifient en coulisse. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les frustrations éclatent au grand jour. Stephen Harper est confronté aux conséquences de son style de gestion. Lui qui a mené son caucus d’une main de fer n’a pas toujours cultivé l’affection de ses députés. Leur loyauté émanait davantage de son succès politique, et de l’espoir de se voir un jour promu au Conseil des ministres. Une crise prolongée et la crainte d’une élection difficile pourraient facilement ébranler cette loyauté.

- Thomas Mulcair

On parle souvent de la mi-mandat du gouvernement, mais le chef du NPD aussi est en quelque sorte à la mi-mandat.

Depuis qu’il a pris la tête du parti, Thomas Mulcair peut se réjouir d’avoir consolidé une bonne partie de ses appuis. À cet égard, il faut se rappeler à quel point, au lendemain de son élection, plusieurs remettaient en question sa capacité à faire l’unité au sein du NPD. Un an et demi plus tard, il peut se dire que c’est chose faite.

Si le scandale du Sénat a offert à Thomas Mulcair l’occasion de démontrer qu’il est devenu un excellent chef d’opposition à Ottawa, encore faut-il qu’il convainque les Canadiens qu’il est prêt à devenir premier ministre et que son parti est prêt à gouverner.

La route vers 2015 n’allait jamais être facile pour le NPD, mais l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral vient sérieusement brouiller les cartes. Amplement sous-estimé par ses adversaires, en quelques mois, il a réussi à gruger des appuis tant à droite qu’à gauche, et à détrôner le NPD en tête des intentions de vote au Québec. À en juger par la dernière campagne de financement des conservateurs : leur adversaire en 2015 est Justin Trudeau, pas Thomas Mulcair.

Le défi est immense pour le chef du NPD, car il doit se battre tant au niveau des idées que des perceptions. Thomas Mulcair doit rallier les électeurs charmés par le charisme de Justin Trudeau et convaincre ceux qui sont rassurés par la détermination et l’approche rationnelle de Stephen Harper. Thomas Mulcair doit éviter de se trouver coincé entre les deux, il doit donner à son parti les moyens de contrer le chant des sirènes dont je vous parlais dans mon blogue la semaine dernière.

- Justin Trudeau

Neuf mois après son élection à la tête du Parti, Justin Trudeau continue de mystifier les sceptiques. Son parti mène toujours dans les intentions de vote, récolte davantage d’argent, et ce, malgré les aveux du chef libéral sur la marijuana, malgré ses absences répétées aux Communes, malgré ses dérapages sur la dictature chinoise.

Combien de temps est-ce que ça va durer? Bien malin celui qui peut le prédire. Cette lune de miel est-elle au bord de l’essoufflement, ou le chef libéral peut-il continuer à surfer sur son charisme?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d'une soirée-bénéfice
Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d’une soirée-bénéfice

L’année 2014 devrait offrir une réponse à cette question. Justin Trudeau devra bien un jour passer de son rôle de jeune premier à premier ministre en attente s’il veut espérer convaincre les Canadiens de lui donner les clefs du 24 Sussex.

D’ailleurs, le congrès du PLC à la fin du mois de février offrira une occasion en or pour le chef libéral de montrer qu’il a des idées novatrices et modernes, qu’il est capable d’offrir des réponses aux problèmes complexes de cette classe moyenne si courtisée de tous. Justin Trudeau a beau répéter qu’il doit avant tout aller à la rencontre des Canadiens, pour les rassembler, il devra donner une certaine cohérence à son offre politique.

La barre est d’autant plus haute pour lui, qu’ayant résisté aux premières attaques des conservateurs, ayant réussi à s’imposer, ayant grugé dans les appuis de la droite et de la gauche, Justin Trudeau sera la cible de tous cette année. Son jugement, ses idées, son sens politique seront mis à l’épreuve.

Comme le disait si bien mon collègue Michel C. Auger lors de notre bilan de fin d’année aux Coulisses du pouvoir, 2014 sera l’année de tous les dangers pour Justin Trudeau.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Thomas Mulcair et le chant des sirènes

par

 publié le 19 décembre 2013 à 7 h 50

Certains diraient que l’année 2013 aura été celle de Thomas Mulcair. Les Canadiens ont certainement découvert en lui un parlementaire redoutable, efficace, un chef d’opposition qui a su mener la charge contre la crédibilité du premier ministre. Pourtant, le NPD sera confronté à un dilemme pour entreprendre l’année 2014 : comment la performance de leur chef peut-elle être si applaudie sans que son parti ne voie ses appuis augmenter auprès de l’électorat?

Une analyse d’Emmanuelle Latraverse

Le constat est universel d’un océan à l’autre. Même au Québec où Thomas Mulcair est le chef fédéraliste le plus apprécié des Québécois, son parti est deuxième dans les intentions de vote, loin encore de son sommet de mai 2011. On observe une dynamique semblable ailleurs au pays. Le NPD ne franchit pas la barre des 30% d’appuis.

Le principal intéressé tente de voir le beau côté des choses :

« Ce qui était notre plafond d’appui est maintenant notre plancher, dit-il. Preuve que notre base se solidifie. »

Malgré cet optimisme, le chef néo-démocrate ne peut ignorer ce qu’il décrit lui-même comme le « chant des sirènes libérales ».

Thomas Mulcair admet non seulement que les Canadiens sont séduits par Justin Trudeau, mais que le NPD doit se battre contre le réflexe de l’électorat de se tourner vers le Parti libéral du Canada comme alternative au gouvernement conservateur.

Plus de deux ans après avoir pris la tête du NPD, Thomas Mulcair n’a finalement pas entièrement résolu le problème existentiel du NPD : se défaire de son image d’opposition exemplaire et convaincre les Canadiens qu’il est apte à gouverner. Et la dernière année n’a pas nécessairement contribué à changer cette perception. En posant 786 questions sur le Sénat et en menant la charge contre la crédibilité du premier ministre Harper, le NPD n’a-t-il pas contribué à ébranler les assises du gouvernement conservateur, tout en laissant Justin Trudeau en récolter les fruits et conserver son image de jeune politicien qui ose « faire la politique autrement »? Thomas Mulcair, lui, rejette cette analyse et plaide que les allégations qui planent sur le bureau du premier ministre sont graves et méritent toute l’attention que son parti leur a donnée.

N’empêche, pour faire bouger l’aiguille de l’opinion publique et convaincre les Canadiens que le NPD est apte à prendre les rênes de l’État, il reste bien du travail à abattre au cours des deux prochaines années. Pour y arriver, Thomas Mulcair se donne comme mission d’offrir aux Canadiens une vision positive de ce que le gouvernement peut accomplir dans la société, de les convaincre qu’il peut offrir des solutions concrètes à des problèmes complexes, que ce soit à propos des pensions, des droits des consommateurs et, surtout, sur le dossier de l’énergie.

C’est un des grands enjeux auxquels est confronté le Canada. Comment réconcilier énergie, environnement et emplois. Tel qu’il l’a exposé dans un récent discours à l’Economic Club, Thomas Mulcair croit pouvoir forcer une discussion portant à la fois sur le potentiel économique et sur l’impact environnemental des nombreux projets de pipelines au pays, essentiels à une diversification des marchés pour le pétrole canadien. Le NPD croit y trouver un thème où il pourra se distinguer et rallier les sceptiques tant du côté environnemental que dans le monde des affaires. Il entend faire valoir que le piètre bilan environnemental du gouvernement Harper l’empêche de bâtir un lien de confiance et d’amorcer une discussion constructive avec l’électorat canadien.

Mais attention, sur ce front, le NPD trace une ligne dans le sable. Peu importe la décision du Conseil national de l’énergie, attendu cet après-midi sur le Northern Gateway, qui acheminerait le brut des sables bitumineux vers Kitimat, sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, le NPD s’y opposera farouchement.

« Permettre à des super-pétroliers de naviguer dans le chenal de Douglas, c’est de la folie », affirme Thomas Mulcair.

Le chef néo-démocrate doit donc se battre sur deux fronts : contre la crédibilité et l’assurance de Stephen Harper et contre la popularité et le charisme de Justin Trudeau. Il n’est pas surprenant d’ailleurs qu’on l’entende de plus en plus souvent attaquer le bilan des gouvernements libéraux passés, leurs promesses brisées, tout pour jeter une ombre sur la popularité du jeune chef libéral, qui n’a pas de bilan de son propre cru à offrir.

Est-ce que ce sera suffisant pour contrer le chant des sirènes libérales? L’année 2014 et surtout la performance de Justin Trudeau au cours des prochains mois offriront la réponse. J’y reviendrai d’ailleurs dans une chronique prochaine sur les enjeux à surveiller au cours de la prochaine année.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Quelques leçons des partielles de lundi

par

 publié le 26 novembre 2013 à 5 h 28

Les élections partielles ont ceci de particulier que parfois elles permettent d’établir une tendance. Mais en même temps, il faut s’en méfier pour une foule de raisons. Elles sont souvent décidées par des enjeux locaux, les partis ont le luxe d’investir de manière disproportionnée leurs efforts dans la ou les quelques courses qu’ils espèrent gagner. Et le taux de participation est généralement particulièrement bas.

Un texte d’Emmanuelle Latraverse

Les quatre partielles de lundi n’échappent pas à cette mise en garde, mais elles permettent cependant de tirer certaines leçons. Pour les mordus de politiques, le plus intéressant c’est que si le portrait général n’a pas changé. Si aucune circonscription n’a changé de main, la vraie histoire de cette soirée se trouve dans l’analyse détaillée des résultats, le mouvement de l’électorat qu’il révèle.

D’ailleurs, Paul Fairie, professeur de sciences politiques de l’Université de Calgary, offre un bilan qui en dit long.

partielles pourcentages

Un gagnant?

S’il faut déclarer un gagnant, ce serait Justin Trudeau. Non pas tant pour ses deux victoires dans Bourassa et Toronto-Centre, mais surtout pour le reste du portrait global que l’on peut dresser des quatre courses. Le chef libéral est le seul à avoir vu ses appuis augmenter de façon importante dans les quatre circonscriptions. Le Parti libéral a ainsi remporté au total 42 % de l’ensemble des votes lundi soir, par rapport à 25,5 % dans les mêmes circonscriptions en 2011. C’est ainsi que dans Bourassa et Toronto-Centre, le PLC a réussi à augmenter sa marge de victoire par rapport aux résultats de 2011. Surtout, la défaite a beau être crève-cœur dans Brandon-Souris, le seul fait d’avoir réussi à s’imposer dans une circonscription où il était arrivé quatrième en 2011 est remarquable.

Dures leçons pour le NPD

Les stratèges néo-démocrates avaient bien modéré les attentes à la veille du vote, et indiqué qu’une victoire serait très difficile. Mais les résultats de lundi sont plus décevants qu’une simple défaite. Dans Bourassa, le NPD avait en Stéphane Moraille une candidate de qualité, avocate, ancienne chanteuse de Bran Van 3000, et elle aurait dû faire des gains majeurs dans cette circonscription, au moins mettre de la pression sur le libéral Emmanuel Dubourg. Or, avec 31,4 % des voix, elle n’a guère fait mieux que l’illustre inconnue que les troupes de Jack Layton avaient opposée à Denis Coderre en 2011.

Le NPD vous dira que leur candidate Linda McQuaig a « préparé le terrain » pour 2015 dans la circonscription de Toronto-Centre en menant une chaude lutte à la libérale Chrystia Freeland. Vrai, le NPD a fait passer ses appuis de 30,2 à 36 % des voix. Sauf que l’avance des libéraux s’est creusée, et ils ont gagné avec 49,1 % des votes. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette circonscription, qui connaît un important clivage socioéconomique, c’est l’effondrement du vote conservateur qui est passé de 22,6 % en 2001 à 9,2 % lundi soir

Le portrait au Manitoba n’ouvre pas une voie facile vers les prochaines élections non plus. Tant dans Brandon-Souris que dans Provencher, où il était arrivé deuxième en 2001, le NPD a fait les frais de l’effet Trudeau et a terminé troisième.

Il est vrai qu’aucune des quatre courses n’offrait de gain facile pour les troupes de Thomas Mulcair. Mais un chef qui dit être en mesure de faire des gains importants en 2015 pour prendre le pouvoir devrait voir au moins ses appuis augmenter. Or, les partielles de lundi ont montré que malgré sa brillante performance aux Communes dans le scandale du Sénat, face à un premier ministre Harper affaibli, Thomas Mulcair ne réussit guère à faire mieux que Jack Layton.

L’échappée belle

Pour les conservateurs, on a entendu le soupir de soulagement dans Brandon-Souris jusqu’à Ottawa, un peu avant une heure du matin. Si une défaite aux mains des libéraux y aurait été désastreuse, une victoire par 391 voix face à un Parti libéral qui n’était même pas dans la course en 2011 n’est guère reluisante.

Le parti conservateur de Stephen Harper a surtout vu ses appuis fondre de près de 10 % par rapport aux résultats de 2011. Tout un avertissement de l’électorat pour un premier ministre empêtré dans un scandale qui ébranle sa crédibilité et l’éthique de son équipe de semaine en semaine.

Catégorie: Élections fédérales, Élections partielles, Ottawa

J’ai dit ça, moi?

par

 publié le 13 novembre 2013 à 17 h 01

Les journalistes politiques l’apprennent rapidement. Leurs paroles et leurs écrits sont surveillés. Régulièrement, des attachés de presse nous appellent pour « préciser des propos » que nous avons tenus.

Disons que tout ça fait partie de notre travail.

Mais quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai appris que le NPD s’était servi d’un de mes commentaires pour bâtir une publicité négative contre Emmanuel Dubourg, le candidat du PLC dans l’élection complémentaire de Bourassa!

M. Dubourg a touché une indemnité de départ de l’Assemblée nationale avant de faire le saut en politique fédérale, ce que plusieurs ont critiqué.

Voici ladite publicité.

J’y suis cité, parlant de M. Dubourg : « Il renie son contrat avec les Québécois. Il a été élu pour quatre ans (en théorie). S’il part avant, il n’a pas le droit à son indemnité. »

Euh, j’ai dit ça moi? Aussi affirmatif que ça?

Eh bien, je l’ai bel et bien écrit, dans un blogue. Mais disons que le NPD a un peu coupé les coins ronds.

En fait, mon blogue énumérait des arguments pour ou contre le versement de l’indemnité à M. Dubourg. Il commençait d’ailleurs par la phrase suivante : « Je suis embêté par la question. » La citation choisie par le NPD se trouvait évidemment dans la colonne des arguments contre le versement de l’indemnité. Mais il y avait aussi trois arguments  en faveur du versement.

Bref, aujourd’hui, je me sens un peu comme les critiques de cinéma ou les politiciens… J’ai été cité hors contexte!

Catégorie: Ottawa, Québec

La prorogation et la visibilité des partis politiques

par

 publié le 20 septembre 2013 à 14 h 01

Quand Stephen Harper a annoncé la prorogation du Parlement et ainsi retardé d’un mois la rentrée parlementaire, il a atteint deux buts : éviter de répondre quotidiennement à des questions embarrassantes, mais aussi priver les partis d’opposition d’une visibilité médiatique.

Quand la Chambre des communes siège, les partis politiques ont une présence quasi quotidienne dans les grands médias traditionnels. Pensez simplement aux chaînes de nouvelles en continu qui vont si souvent en direct à la période de questions de la Chambre et les extraits qui se retrouvent dans les bulletins de nouvelles radio, télé et web. Avec la prorogation, les partis politiques sont ainsi privés d’une visibilité inespérée. Tout ça fait habituellement l’affaire des partis au pouvoir qui veulent contrôler l’ordre du jour et faire « la une » à leur convenance.

Mais pour les partis d’opposition, c’est presque une catastrophe. Ils doivent trouver le moyen de rester dans l’actualité. Et les moyens d’y arriver sont peu nombreux. Tant le NPD que le Parti libéral du Canada ont travaillé fort cette semaine pour « faire les nouvelles », avec peu de succès, il faut le convenir. Le NPD a tenu une période de questions virtuelle sur son site Internet afin, souhaite-t-il, de talonner le gouvernement Harper comme il l’a si bien fait le printemps dernier. Chaque jour de la semaine, les députés du NPD ont mis leurs questions en ligne, plus d’une vingtaine par jour. Les conservateurs ont répondu à deux questions et les néo-démocrates estiment avoir rejoint autour de 98 000 personnes pendant les quatre premiers jours de la période de questions virtuelle.

Ils admettent cependant avoir prêché à des gens convaincus et que l’exercice a surtout été suivi par la base militante du parti.

Même chose pour le Parti libéral et Justin Trudeau. Le chef libéral a tenu deux points de presse au cours de la semaine et a eu deux conversations en ligne, également suivies essentiellement par des libéraux.

En contrepartie, il faut admettre que l’actualité a été abondante et a laissé peu de place aux exercices médiatiques des partis d’opposition. Le tragique accident d’autobus à Ottawa, la charte des valeurs, la perquisition de l’UPAC dans les bureaux du PLQ, et les révélations à la commission Charbonneau ont monopolisé les bulletins de nouvelles. Voilà donc que les partis d’opposition devront trouver le moyen de faire parler d’eux d’ici au 16 octobre. C’est la date du discours du Trône et de la reprise des travaux parlementaires. Trois semaines et demie à meubler, à tenter de susciter l’intérêt des médias pendant un automne chargé. S’ils n’y arrivent pas, Stephen Harper aura gagné son pari…

Catégorie: Ottawa

Le malaise fédéral

par

 publié le 10 septembre 2013 à 21 h 37

Cette charte, toute la classe politique fédérale l’attendait, s’y était préparée. Pourtant, le malaise demeure le même. Car dans la capitale fédérale aussi la charte est un casse-tête politique, du moins pour deux des trois partis fédéralistes.

Il fallait voir les ministres Denis Lebel et Jason Kenney se présenter au micro, dans le foyer des Communes, avec leurs notes où chaque mot était soupesé, pour saisir toute la prudence dont tente de faire preuve le gouvernement Harper face à la charte des valeurs présentée par le ministre québécois Bernard Drainville, mardi matin.

Ils n’avaient pas été choisis au hasard : le lieutenant du Québec, pour envoyer le signal que Stephen Harper n’a pas fait une croix sur le Québec et comprend la popularité de la mesure du gouvernement Marois. Le ministre du multiculturalisme, l’auteur des liens serrés entre les conservateurs et les communautés culturelles au pays, pour les assurer que le gouvernement fédéral prend la chose au sérieux et agira s’il le faut.

« Si on pensait déclarer une chicane fédérale-provinciale avec un tel dossier, ce ne sera pas le cas, car pour nous, nous allons rester concentrés sur ce qui est notre priorité. » – Denis Lebel, ministre de l’Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales

Les conservateurs, tout comme le NPD d’ailleurs, sont pris entre l’arbre et l’écorce, politiquement, face à ce dossier. Stephen Harper et ses ministres tiennent à éviter de donner des munitions à l’adversaire souverainiste, mais se doivent soudainement de répondre aux graves inquiétudes que suscite la charte des valeurs auprès de l’électorat qui les a portés au pouvoir. C’est à la lumière de cet équilibre, difficile à trouver s’il en est un, qu’il faut essayer de comprendre leur réaction au dévoilement de la charte.

En soumettant le texte de la future loi encadrant cette charte des valeurs à l’analyse des juristes du ministère de la Justice d’Ottawa et en laissant planer la menace de contester la constitutionnalité de celle-ci, le gouvernement tente d’agir sur deux fronts : faire preuve de retenue en réservant son jugement, tout en affichant sa détermination à protéger les droits des minorités et la perception de ceux-ci au sein de son électorat principal. Surtout, en réservant son jugement, en attendant de voir le texte final de la loi avant de se lancer dans des analyses plus approfondies, le gouvernement fédéral achète du temps. À en juger par la réaction des partis d’opposition à Québec, soit le projet du Parti québécois sera dilué, soit il ne sera pas adopté avant les prochaines élections québécoises. D’ici là, Ottawa tente de se mouiller juste assez pour calmer son électorat, mais pas trop.

« Dire qu’une femme qui porte le foulard va perdre son emploi comme éducatrice dans un centre de la petite enfance, c’est pour nous intolérable dans une société démocratique. On va se tenir debout face à cette situation. » – Thomas Mulcair, chef du NPD

À l’inverse, le chef du NPD a définitivement mis sa réserve de côté. « Intolérable », « confirme nos pires craintes », les épithètes ne manquaient pas pour dénoncer ce que Thomas Mulcair qualifie de manoeuvre politique qui ne fera qu’ériger la discrimination en système au Québec. Mais cette conviction du chef permet surtout de faire taire les doutes au sein de son propre parti. Car doutes il y a; pour preuve, ces commentaires de François Pilon, député de Laval-les-Îles qui, lundi soir, tenait ces propos sur le projet de charte : « Si la personne veut garder le voile, eh bien il y a des carrières qu’elle ne pourra pas faire, qu’elle fasse un choix. » S’il est le seul à avoir osé exprimer publiquement sa dissension, le malaise demeure au sein de ce caucus où plus de la moitié des députés québécois viennent des régions où cette charte est la plus populaire. C’est par la force de ses certitudes que Thomas Mulcair espère rassurer ses troupes québécoises. D’ailleurs, l’électorat traditionnel du NPD ne lui pardonnerait pas une position équivoque dans ce dossier. Thomas Mulcair n’a pas les moyens de ménager la chèvre et le chou.

« Mme Marois cherche à faire de la politique de division négative et de la politique identitaire dans son aspect le moins flatteur pour se sortir des défis économiques dans lesquels elle se trouve. » – Justin Trudeau, chef du PLC

Finalement, le chef fédéral à avoir les mains entièrement libres, c’est Justin Trudeau. Il est le seul qui, depuis le tout début, a exprimé ses inquiétudes haut et fort, voire jusqu’à faire des parallèles avec la ségrégation aux États-Unis. L’ironie, c’est que le chef politique qui a le plus de chances de faire des gains au Québec soit celui qui a pris le plus de risques dans ce débat. Le calcul libéral est simple : on ne s’attend à aucune autre position de la part du fils du maître d’oeuvre de la Charte canadienne des droits et libertés, fermement inscrite dans l’ADN de son parti, et son franc-parler dans ce dossier s’inscrit dans toute la logique de sa personnalité politique. Finalement, le chef du PLC est celui qui a le moins à perdre dans ce dossier.

 

Catégorie: Ottawa, Québec

Judo politique (prise 2)

par

 publié le 30 mai 2013 à 22 h 18

La première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne survit à son premier vote de confiance.

La chef du NPD Andrea Horwath, 3e parti à Queen’s Park, maintient les libéraux minoritaires au pouvoir. Pour le moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au moment où la tourmente à l’hôtel de ville de Toronto continue d’attirer toute l’attention, le gouvernement minoritaire de Kathleen Wynne vient de survivre à un vote de défiance. 

En situation de gouvernement minoritaire, avoir la balance du pouvoir peut être une arme à double tranchant pour un parti politique. Parlez-en au NPD ontarien. Les néo-démocrates viennent d’appuyer les libéraux minoritaires pour faire adopter la motion sur le budget. Le gouvernement de Kathleen Wynne a donc survécu à son premier vote de défiance (et survivra fort probablement aux deux prochains, si le NPD tient parole).

Le prix de cet appui? La chef du NPD Andrea Horwath a obtenu plusieurs concessions dans des dossiers qui lui étaient chers : de meilleurs soins à domicile, de l’aide aux jeunes chômeurs, une réduction de 15 % des primes d’assurance auto, un nouveau chien de garde pour surveiller les dépenses du gouvernement. Les députés du NPD se donnent des tapes dans le dos et crient victoire, « On s’est retroussé les manches, on a travaillé à un compromis qui favorise les Ontariens », dit Gilles Bisson, leader parlementaire du NPD.

Sauf que…

Sauf que Kathleen Wynne vient de s’approprier les idées néo-démocrates et de leur accoler une étiquette « libérale ». Elle en prend possession. Ce sont maintenant ses réalisations, qu’elle va promouvoir auprès des Ontariens et, dans une éventuelle campagne, auprès des électeurs.  Pourquoi le NPD accepte-t-il de se « faire voler » ses idées? « Il ne s’agit pas de marquer des points politiques, dit la chef du NPD Andrea Horwath, mais plutôt de marquer des points pour les plus démunis. »

Un peu d’histoire

En 1985, le chef libéral David Peterson est devenu premier ministre avec l’appui du NPD et de son chef de l’époque, Bob Rae. Dans une entente formelle de deux ans, le NPD a soutiré des gains (projets de loi sur l’équité salariale, le plafonnement des dépenses électorales). En échange, Bob Rae accepte de ne pas faire tomber le gouvernement libéral. Lors de l’élection suivante, les libéraux ont gagné une énorme majorité (95 des 130 sièges). Le NPD perdait des plumes (19 sièges).

En 1975 et en 1977, les conservateurs minoritaires de Bill Davis sont restés en vie pendant six ans. Notamment en mettant de l’avant des idées populaires chez les néo-démocrates de Stephen Lewis et de Michael Cassidy (en santé publique et en éducation). Récompense : une majorité conservatrice en 1981. Le NPD perd alors 12 sièges.

(Au fédéral, différentes circonstances ont donné une majorité aux conservateurs de Stephen Harper et une promotion comme chef de l’opposition officielle pour Jack Layton et son NPD. La « vague orange » au Québec aidant.)

La chef Andrea Horwath espère probablement que les électeurs se souviendront que ses néo-démocrates se sont « battus pour les Ontariens » pour forcer la main des libéraux dans plusieurs dossiers. Plusieurs chefs néo-démocrates ont été échaudés dans le passé. Mais Andrea Horwath semble ne pas craindre l’eau froide.

Catégorie: Ontario

Judo politique

par

 publié le 24 mai 2013 à 14 h 49

Judo : Art martial. La voie de la souplesse. Utiliser la force et la vitesse de l’adversaire pour le déséquilibrer et l’envoyer au sol.

Les libéraux minoritaires en Ontario sont en train d’appliquer une prise de judo politique au Nouveau Parti démocratique. Dans les négociations budgétaires pour éviter la chute de son gouvernement, la première ministre Kathleen Wynne a utilisé la force et l’élan d’Andrea Horwath, pour les transformer en faiblesse.

Lire la suite »

Catégorie: Ontario

La nouvelle dynamique à la Chambre des communes

par

 publié le 12 avril 2013 à 13 h 57

Stephen Harper à Chambre des communes en 2006

Quand la Chambre des Communes reprendra ses travaux le lundi 15 avril, le visage politique ne sera plus le même et la dynamique non plus. Pourquoi? Parce que le Parti libéral aura un nouveau chef, parce que le NPD sortira tout juste d’un congrès qui lancera le parti dans la dernière étape avant les élections générales de 2015 et parce que le Parti conservateur devra modifier son approche sur sa façon de diriger le pays.

Parlons d’abord du Parti libéral, qui se choisit un chef dimanche. Personne ne doute que le chef qui se lèvera en Chambre lundi prochain pour poser une question sera Justin Trudeau. Sa victoire est tellement évidente qu’il est plus que probable que l’entourage de Trudeau est déjà en train de préparer l’après-victoire. Même si les conservateurs parlent beaucoup de l’inexpérience du futur chef libéral, de son « absence de contenu », un fait demeure. Le parti au pouvoir craint l’effet Trudeau dans le pays. Et déjà, de nombreux sondages indiquent une remontée du PLC qui n’a que 34 sièges à la Chambre des communes.

Alors, la cible pour les conservateurs sera assurément Justin Trudeau et ils feront tout ce qu’il faut pour que la « lune de miel » qui suit généralement l’élection d’un nouveau chef soit la plus courte possible. De leur côté, les libéraux devront entourer leur nouveau chef de gens forts et s’assurer qu’il soit bien perçu jusqu’à la prochaine élection. Dès le 13 mai, il y aura une élection partielle et ce sera un test important pour le parti libéral… Saura-t-il regagner de façon importante la circonscription historiquement libérale de Labrador, perdu lors de la dernière élection à la faveur du conservateur Peter Penashue? Penashue a dû démissionner à cause d’irrégularités dans le financement de sa campagne… Il se représente à la partielle.

Puis, il y a le NPD, en congrès en fin de semaine à Montréal. Thomas Mulcair tente de changer l’image du parti… de l’emmener de la gauche vers le centre. M. Mulcair croit que c’est un des éléments qui permettrait au NPD d’être perçu comme un parti qui peut prendre le pouvoir. Mais le problème des néo-démocrates est le suivant : l’étoile de Thomas Mulcair semble pâlir. Il veut se montrer « premier ministrable », mais il a perdu le mordant qui le caractérisait. Alors, en fin de semaine, il devra convaincre que le virage vers le centre est la solution. Puis, en Chambre, il devra affronter Stephen Harper ET Justin Trudeau. Peut-être devra-t-il retrouver cette combativité qui l’a mené à la tête du NPD. Les prochains mois seront cruciaux pour Thomas Mulcair.

Pour ce qui est des conservateurs, il leur reste deux ans pour montrer qu’ils ne sont pas victimes de l’usure du pouvoir. Ils ont aussi dirigé le pays sans compromis. Ils n’ont jamais tenu compte de l’avis des partis d’opposition, parfois, disent leurs adversaires, au mépris des institutions parlementaires. Dans la perspective d’une lutte à trois, les troupes de Stephen Harper pourraient corriger le tir. Dès lundi, il faudra voir si le premier ministre, qui n’est jamais en Chambre les lundis et vendredis, sera là pour répondre aux questions du nouveau chef libéral. Si c’est le cas, ce sera peut-être le début de cette nouvelle dynamique.

Catégorie: Ottawa