S’il fallait trouver un mot pour décrire cette rentrée parlementaire à Ottawa, lequel choisir?
Productif? J’en doute.
Constructif? Encore moins.
Mais ultra-partisan, vindicatif, seraient plus appropriés. À vrai dire, cette rentrée parlementaire à Ottawa aura été aussi partisane que révélatrice.
Bien sûr, Thomas Mulcair a tenté d’insuffler une dose de professionnalisme et d’optimisme à cette rentrée. Dans un discours à son caucus, il a tracé leur route vers le pouvoir, comme un fruit mûr à cueillir en 2015. « C’est pourquoi, cet automne, nous allons présenter aux Canadiens un message positif, optimiste et ô combien déterminé. Un message qui parle de rétablir l’économie équilibrée que les conservateurs ont démantelée », a-t-il promis à ses députés.
Mais la réalité, c’est qu’en cette première semaine de travaux parlementaires, lui et son parti ont dû subir l’assaut des conservateurs. À la période des questions seulement, députés et ministres de Stephen Harper l’ont accusé de vouloir mettre en oeuvre une taxe sur le carbone, une taxe de 20 milliards de dollars. Une accusation répétée 36 fois en 5 jours durant la seule période des questions. Une taxe « qui tuerait des emplois et ferait augmenter le prix de l’essence, de l’électricité et de pratiquement tout ».
On se serait crû à l’époque du virage vert de Stéphane Dion, en 2008.
Le problème (et les néo-démocrates prient pour que vous le sachiez), c’est que la taxe sur la carbone n’apparaît nulle part dans le programme du NPD. Celui-ci propose plutôt de mettre en place une bourse du carbone. L’ultime ironie, c’est que le Parti conservateur a lui-même proposé une bourse sur le carbone en 2008. Mais soudainement ça c’est de l’histoire ancienne… voilà . Mauvaise foi? À vous de juger. Mon collègue de Maclean’s offre une analyse fort intéressante d’ailleurs.
Sur le front du Québec (drapeau, registre des armes d’épaule), les troupes de Thomas Mulcair ont joué de prudence. Sans surprise, bloquistes et libéraux n’ont pas hésité à dénoncer la décision du gouvernement Harper d’en appeler de l’injonction accordée par la Cour supérieure pour sauvegarder les données québécoises du registre. Même la députée néo-démocrate Françoise Boivin a parlé d’« un affront pour tous ceux qui sont du côté de la prudence, du côté de la sécurité publique ». Mais ne cherchez pas une telle indignation du côté de Thomas Mulcair. Il a plutôt bien évité de se montrer cinglant. « Pour ce qui est du registre des armes à feu, porter ça en appel, ce n’est pas la fin du monde. C’est un cours qui existe pour le gouvernement tant et aussi longtemps qu’effectivement, ils n’ont pas détruit les informations », a-t-il déclaré.
Cette prudence du chef reflète non seulement un certain malaise de plusieurs membres de son caucus face au registre, mais surtout l’espoir du NPD de faire des gains dans les régions du pays où ce registre est honni. Morale de l’histoire : cette semaine, le NPD a choisi de ne pas se mouiller, mais sur les grands enjeux et ceux qui sont plus symboliques, il est loin d’être acquis que tant les Québécois que les électeurs du reste du pays vont apprécier une telle ambivalence à la longue. Après tout, la politique c’est l’art des choix.
Du côté des conservateurs, ceux-ci avaient beau promettre de ne pas mordre à l’hameçon de la gouvernance souverainiste, on a pu constater qu’ils n’en ont pas besoin pour attiser les braises; pensez à la « fierté » de Maxime Bernier d’annoncer l’appel de son gouvernement sur le registre, et Christian Paradis qui ferme la porte à toute discussion sur autre chose que l’économie.
Inutile de dire qu’on a bien hâte de voir Stephen Harper et Pauline Marois côte à côte au Sommet de la Francophonie dans quelques semaines à Kinshasa au Congo.
Pour le reste, comme vous l’a expliqué mon collègue Denis Ferland, le signal d’une nouvelle loi omnibus est clair. Il cache d’ailleurs la tactique d’insérer dans cet immense texte législatif l’éventuelle réforme du régime de pension des députés. Une tactique, diraient certains, pour forcer l’opposition à « voter contre un ménage de leurs retraites dorées », même si elle est en faveur du principe? On entend déjà les lignes d’attaques du caucus conservateur à ce sujet.
L’objectif des conservateurs, dans ce dossier comme dans celui de la taxe sur le carbone, semble être de forcer l’opposition à jouer dans les nuances.
Forcer l’opposition dans le gris alors que dans le monde politique de Stephen Harper, on opère toujours dans le noir ou blanc.
La vie n’est pas si simple me direz vous. Mais les stratèges de Stephen Harper vous répondront que jusqu’à maintenant, ça a toujours fonctionné.