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Baromètre politique de début d’année

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 publié le 9 janvier 2014 à 10 h 35

Le climat a retenu l’attention plus que jamais pendant les dernières fêtes. C’est un peu l’habitude, mais on a l’impression qu’on a quand même eu droit cette année à des situations hors-norme, et ça se poursuit. Nos amis de la région de Toronto y ont goûté, tout comme ceux de l’Estrie d’ailleurs, qui ont vu leurs réjouissances de Noël être perturbées par les pannes massives de courant et les déplacements difficiles, voire impossibles, à cause du verglas.

Le climat politique fédéral n’a pas subi les mêmes soubresauts pendant qu’on avait la tête ailleurs, mais il reste qu’on entreprend une nouvelle année et que, si on compare à la même période l’an dernier, le paysage a changé… Et pas juste à cause de la neige plus abondante sur la capitale fédérale.

Rappelez-vous par exemple qu’à pareille date en 2013, c’est un dénommé Bob Rae, chef intérimaire, qui dirigeait le navire du Parti libéral du Canada. Les rafales Trudeau ont gonflé les voiles libérales, et le PLC vogue en tête des sondages.

On va donc parler chiffres en laissant de côté degrés, millimètres de pluie, centimètres de neige ou encore facteur éolien!

La donnée de base du baromètre politique, les intentions de vote tout d’abord. Les sondages Ekos de fin décembre, à un an d’intervalle, nous montrent que les conservateurs sont passés du premier rang, avec 32 % des appuis, au deuxième, avec 26 %. Les libéraux ont eux grimpé de deux rangs : ils occupent la première place avec 32 % des intentions de vote, un bond de huit points. Les troupes de Thomas Mulcair sont passées du deuxième au troisième rang avec 23 % des intentions, un recul de trois points.

Le nombre de Canadiens qui pensent que le gouvernement s’en va dans la mauvaise direction est maintenant à 52 %, en hausse de six points, et Justin Trudeau devance Stephen Harper, de peu, mais quand même, comme le chef le plus apprécié. Ces données nous montrent essentiellement la météo politique à court terme, comme si vous planifiez le week-end de ski qui vient.

Les prévisions à long terme

Plusieurs données sous-jacentes, d’Ekos comme de Nanos, laissent entrevoir les prévisions à long terme et les plafonds, souvent nuageux, ou encore les éclaircies pour chacun des partis.

Par exemple, Nanos nous apprend que seulement 38 % des répondants envisageraient de voter conservateur, contre 40 % pour le NPD et 50 % pour les libéraux. Deux constats, tout d’abord :

  1. Stephen Harper peut concentrer son attention sur environ 10 % de l’électorat; c’est la différence entre les intentions de vote conservatrices actuelles et ce plafond de 38 %.
  2. Ensuite, même dans le meilleur scénario, le potentiel de croissance par rapport à la majorité de 2011 est restreint pour le moment. Le PC avait alors récolté 39,6 % des appuis.

C’est d’autant plus vrai qu’avec 26 % des intentions de vote, les conservateurs ne représentent le deuxième choix que de 9 % des répondants à Ekos. Les possibilités sont nettement plus intéressantes pour leurs adversaires. Le NPD serait un deuxième choix pour 22 % des gens contre 19 % pour les libéraux.

En fait, très peu de mouvement vers les conservateurs chez les gens qui ont voté pour les autres partis en 2011, autour de 5 %. Les libéraux eux, récoltent maintenant l’appui de 17 % des électeurs conservateurs de 2011… et de 23 % des néo-démocrates.

Et si on veut parler de croissance potentielle tout en expliquant un peu la chute des libéraux en 2011, 33 % des gens qui n’ont pas voté en 2011 voteraient libéral actuellement, contre 20 % pour les deux autres partis. Les libéraux avaient vu leur électorat s’évanouir dans la nature en 2011, particulièrement en Ontario.

Autre sujet de préoccupation pour les conservateurs, les gains effectués du côté des immigrants, notamment dans certaines concentrations en banlieue à Toronto et à Vancouver, ont peut-être été de courte durée. Est-ce le retour d’un Trudeau, un nom qui fait résonner « multiculturalisme »? Il reste que les libéraux obtiennent maintenant 38 % des appuis des électeurs nés à l’étranger, une avance de 12 points sur les conservateurs. Ce sera un des nerfs de la guerre électorale de 2015 avec une bonne part des 30 nouveaux comtés se trouvant dans ces mêmes banlieues.

MM. Trudeau et Harper sont à égalité auprès de l’électorat masculin. Chez les femmes, on est à 33 % contre 22 %, et je vous laisse deviner lequel a l’avantage…

Le vote régional québécois

Dans le sondage CROP, 63 % des répondants sont insatisfaits du gouvernement Harper. Ça se reflète dans les intentions de vote, les conservateurs n’en récoltent que 13 %, seulement 9 % dans le Grand Montréal. Petite consolation avec une lutte à trois dans la région de Québec, mais un autre 13 % pour le PC dans les régions hors Montréal et Québec.

Encore une fois, les libéraux sont les gagnants de la dernière année. Avec 36 % des appuis, on parle d’un gain de 15 points selon CROP. Le NPD en perd 10, à 30 %, tandis que le Bloc est à 17 %. À noter que des sondages nationaux placent le Bloc et le NPD à proximité, en milieu de vingtaine. Dans le cas du Bloc, le choix d’un nouveau chef et la performance du gouvernement Marois sont les facteurs à surveiller. Stephen Harper n’est vu comme le meilleur premier ministre que par 11 % des répondants au Québec, contre 27 % pour MM. Mulcair et Trudeau.

Donc, vous êtes maintenant inondés, ou plutôt enneigés, de chiffres, ne les apprenez pas par coeur, mais ne les pelletez pas trop loin non plus. Ils vont expliquer bien des choix, déclarations, promesses et attaques des dirigeants fédéraux en 2014.

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Harper sur les lignes de côté

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 publié le 19 avril 2013 à 11 h 27

Le débat sur l’unité nationale ou sur la Constitution, c’est selon, a repris vie. C’est à tout le moins le cas du côté de l’industrie du commentaire et de la classe politique, qui en fait périodiquement son pain et son beurre.

Les révélations du livre de Frérédic Bastien, combinées à l’accession de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada, relancent le match constitutionnel, grâce à un voyage dans le temps qui nous ramène 32 ans en arrière. Les joueurs ne sont évidemment plus les mêmes, mais un nom perdure : Trudeau.

Le nouveau chef du PLC a beau répéter depuis bien avant la publication de La bataille de Londres que la signature manquante du Québec lors du rapatriement de 1982 n’est pas le scénario idéal, mais que les Canadiens et les Québécois ne lui ont pas parlé de ça pendant la course à la direction, le dossier lui colle à la peau. Son parti est actionnaire majoritaire du rapatriement et il y a, bien sûr, ce nom… Le ballon est sans cesse lancé dans sa direction. Le quart-arrière est la plupart du temps souverainiste, mais la presse y a aussi contribué, dans sa recherche de positions politiques du candidat Trudeau pendant la course à la direction. M. Trudeau capte la passe et s’empresse de sortir sur la ligne de côté pour éviter le plaqué et stopper le cadran.

Son rival fédéraliste sur le territoire québécois, Thomas Mulcair, s’inquiète évidemment des indiscrétions du juge Bora Laskin, en pleine délibération à l’époque, mais s’en remet lui aussi à la Cour suprême, qui se penche sur les faits rapportés dans le livre de Frédéric Bastien. M. Mulcair a déjà porté le ballon dans le dossier plus tôt cette année, lorsque le NPD a proposé sa propre version de la clarté référendaire à partir du renvoi sur la sécession du Québec. Basée sur la fameuse déclaration de Sherbrooke, la position du NPD ne semble pas lui avoir permis de marquer le touché, tout au plus un placement auprès d’une clientèle assez limitée.

Comme ses partenaires souverainistes à Québec, Daniel Paillé s’entraînait ferme pour être compétitif. C’est en fait lui qui a effectué le botté d’envoi à Ottawa avec le projet de loi du Bloc abrogeant tout simplement la loi sur la clarification référendaire. C’est justement le jour où ce projet de loi devait être débattu en Chambre que le NPD, un peu coincé entre son fort contingent de députés québécois et sa présence pancanadienne, est en quelque sorte allé au-devant des coups en déposant son propre projet.

Maintenant que la joute est bien engagée, M. Paillé est en couverture de zone, il traverse le terrain en largeur, et cherche l’ouverture entre les blocs pour frapper tout ce qui bouge derrière la ligne fédéraliste. À la demande de publication des documents du Conseil privé des années 1981-1982, il ajoute sa bombe jusque dans la zone des buts sur le dernier jeu du match, la « Hail Mary pass », une enquête publique sur les événements. Pour les non-initiés au football, ce jeu désespéré fonctionne une fois sur 20.

Et pendant ce temps, que fait Stephen Harper? Il a tenté quelques jeux au sol pour établir son attaque aérienne au Québec. Le « fédéralisme d’ouverture », la reconnaissance de la « nation », etc., ça ne lui a jamais permis de réussir le long jeu qui casse les reins de l’adversaire. Comme c’est le cas depuis l’élection du PQ le 4 septembre dernier, ne comptez pas sur lui pour revenir sur le terrain. Il a retiré son casque et ses épaulettes et il marche sur les lignes de côté, les bras croisés. Il regarde les joueurs s’adonner à leur sport favori.  Surtout, il entend le claquement des équipements et les gémissements et grognements des efforts et des contacts sur la ligne, et il se dit qu’il n’a pas envie de se salir sur ce gazon qui lui donne en plus des allergies.

Qu’aurait-il à y gagner, se dit-il? À part quelques « bleus » supplémentaires au Québec…

 

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Mulcair et la clarté : vives réactions!

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 publié le 30 janvier 2013 à 11 h 05

Wow! Je ne sais pas encore si c’est une autre illustration de la dualité de ce pays, mais les réactions à la décision du NPD de répondre au défi du Bloc québécois en déposant son propre projet de loi sur la clarté référendaire me semblent fort révélatrices. Du point de vue politique, aucune surprise, conservateurs, bloquistes et libéraux sont unanimes à dénoncer pour des raisons différentes le projet C-470 de Craig Scott, le député qui occupe maintenant le siège de Jack Layton aux Communes. En gros, 50 % + 1, c’est la barre à franchir SI la question reflète clairement le changement constitutionnel proposé. Le projet en propose deux versions. Enfin, si elle n’est pas jugée acceptable en ce sens par Ottawa, on en avise le gouvernement du Québec, et Ottawa demande alors à la Cour d’appel du Québec de se prononcer sur la clarté de la question.

Ce sont les commentaires, opinions et éditoriaux qui retiennent mon attention. Très peu de choses du côté des médias du Québec. Bien sûr, des textes de nouvelles annonçant le dépôt du C-470 un peu partout, mais pour le reste? André Pratte le mentionne sans commentaire dans un éditorial sur la visite de Pauline Marois en Écosse, tandis que ma collègue Manon Cornellier conclut par «voilà qui est habile » la chronique dans laquelle elle écrit que le projet réconcilie la position du caucus NPD québécois avec celle du reste du pays. Disséquant le projet de loi, Mme Cornellier en expose les subtilités, la souplesse et l’ouverture, selon elle, plus grande envers les demandes traditionnelles du Québec que celle des deux grands partis fédéralistes.

Réactions hors Québec autrement plus nombreuses et surtout plus virulentes!!! Un éditorial et deux chroniques dans le seul Ottawa Citizen, et ça s’empile :

  • « Mulcair défie la logique »
  • « Il insuffle une nouvelle vie au séparatisme »
  • « Aspire-t-il à gouverner le Canada? Ou le Québec? »
  • « Mulcair joue sur les deux tableaux de l’unité nationale »
  • « Thomas Mulcair n’a pas agi comme quelqu’un qui est capable de devenir premier ministre »
  • « M. Mulcair estime son approche raisonnable. Elle est naïve et toxique pour l’unité du pays. »

En voulez-vous encore?

Seule note discordante de ce côté de la clôture, John Ivison, du Post, qui parle d’un NPD en « terrain assez solide » parce qu’il a nuancé et clarifié sa position centrée sur le 50% + 1. Certains s’empresseront de vous faire remarquer qu’Ivison ne rate pas une occasion de mettre en valeur le nationalisme de son Écosse natale!

Intéressant de voir donc la différence dans la quantité et surtout la substance, des réactions. Pas de vague au Québec et petite tempête politique ailleurs.

Bref, Thomas Mulcair espérait certainement mettre le couvercle sur cette marmite avec son discours de lundi et avec le projet de loi. Ses adversaires politiques semblent avoir des munitions pour encore le taquiner là-dessus au gré des circonstances. Circonstances qui ne conduisent pas à un référendum à court terme évidemment. M. Mulcair a aussi un caucus NPD-ROC (Rest of Canada) qui semble s’être rangé derrière ce qui est présenté comme la vision du parti du « fédéralisme coopératif ». Le NPD avait appuyé la loi sur la clarté, mais quelques députés avaient voté contre sans être sanctionnés, tout comme quelques conservateurs d’ailleurs.

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Le nouveau Thomas Mulcair

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 publié le 9 novembre 2012 à 15 h 57

Tous ceux et celles qui suivent la scène politique québécoise et canadienne depuis une quinzaine d’années connaissent Thomas Mulcair comme étant un politicien fougueux, bagarreur, n’ayant pas peur d’écorcher ses adversaires. Pour les journalistes, il était aussi considéré comme « le roi du clip », celui qui, en quelques secondes, résume une situation avec des propos très colorés. Vous savez, ce genre d’extrait qui se retrouve assurément dans tous les reportages à la radio et à la télévision.

Une de ses plus célèbres déclarations en Chambre remonte au 31 mars 2010. L’homme, qui ne fait pas dans la dentelle, a interpellé les conservateurs en Chambre de cette façon dans le dossier de l’harmonisation de la taxe de vente avec le Québec…

« Monsieur le Président, la position du NPD est que ce qui est bon pour pitou est bon pour minou. Comme le Québec a harmonisé sa taxe, car il l’a harmonisée, il mérite d’être récompensé. On était contre une nouvelle taxe en Ontario et on l’a dit.

Le gouvernement a complètement floué le Québec.

Le premier ministre réalise-t-il que le 8 décembre, le ministère des Finances a dit en comité que le Québec pouvait garder la perception, et qu’il est simplement en train de donner des munitions à ceux qui disent qu’au fédéral, ce sont des « crosseurs »? »

Voilà un vocabulaire bien peu parlementaire, mais cette déclaration a fait la manchette.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Maintenant chef du NPD, Thomas Mulcair se transforme et le roi du clip n’est plus! Ce n’est sûrement pas l’envie qui lui manque de lancer des répliques assassines en Chambre et en conférence de presse, mais M. Mulcair DOIT changer son image. Un chef de parti qui aspire à devenir premier ministre doit arrondir les coins, montrer qu’il peut représenter les électeurs de tous les horizons politiques.

Alors, Thomas Mulcair est maintenant un homme prudent. Ses attaques contre le gouvernement demeurent féroces, mais dans un langage beaucoup plus modéré. Même en conférence de presse, M. Mulcair est très sur la défensive… Peut-être un peu trop. Probablement est-il actuellement à la recherche de l’équilibre, du bon dosage dans ses déclarations. Parce qu’il faut comprendre que le chef néo-démocrate est d’un naturel bouillant. Celui que nous voyons actuellement semble à la recherche du bon ton. Il ne l’a pas encore trouvé. Mais en politicien expérimenté, il trouvera sûrement le juste milieu.

Entre-temps, la colonie journalistique est presque en deuil à Ottawa. Thomas Mulcair s’est adouci, Denis Coderre, autre roi du clip, est sur le point de partir. Alors tout le monde cherche le dauphin et un nom s’impose à tous. À Ottawa, le nouveau roi du clip a un nom : Alexandre Boulerice, député NPD de Rosemont/La Petite-Patrie. Il a d’ailleurs reçu le Prix Denis Coderre au dernier souper de la tribune parlementaire.Voici la remise officielle du prix par notre collègue Marc Godbout…

 

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Triangle Canada-Europe-Mulcair!

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 publié le 18 juin 2012 à 11 h 36

Le premier ministre Harper est à Los Cabos pour répéter à ses partenaires du G20, semble-t-il, que le Canada n’est toujours pas prêt à participer financièrement à un fonds de secours du FMI destiné à éventuellement appuyer l’Europe, et que les pays de la zone euro ont déjà les ressources en main pour soutenir leurs gouvernements plus vulnérables et leurs banques. À part les États-Unis, qui croulent sous une dette fédérale monstre, les autres pays du G20 ont déjà pris des engagements à cet égard en dépit, dans plusieurs cas, de pressions canadiennes de ne pas le faire.

Certains observateurs appelaient le Canada à s’ouvrir à la demande du FMI et de Christine Lagarde à l’occasion du Sommet du G20 qui commence. Les plus récentes indications fournies par le premier ministre Harper ou son ministre des Finances, Jim Flaherty, ne laissent pas planer beaucoup de doutes. L’Europe a les moyens de son propre sauvetage. Ça prend un peu de volonté, disent les conservateurs.

Quelques députés en service commandé ne sont pas allés dans la nuance, les Poilièvre, Hoback et autres ont affirmé que les États-providence à crédit de l’Europe et leurs riches banquiers endettés et dépensiers ne doivent rien attendre du Canada, et que les précieux dollars des contribuables canadiens doivent servir à créer des emplois à domicile (« at home » sera une expression que vous allez entendre souvent dans la bouche des conservateurs).

Et quand bien même MM. Harper et Flaherty seraient tentés par un élan de générosité à l’égard de l’Europe, ils se sont un peu mis dans le pétrin en détournant leur argument à des fins partisanes et de politique intérieure. Selon eux, le chef de l’opposition est prêt à engloutir des milliards de dollars dans le sauvetage de l’Europe. C’est ce qu’on peut déduire, disent-ils, de la critique récente  de Mulcair envers le comportement de Jim Flaherty à une rencontre des ministres des Finances du G20 en avril (critique soulevée par le chef néo-démocrate à la période des questions du 6 juin, au surlendemain de l’entrevue du premier ministre Harper sur la situation économique en Europe) :

« Le ministre prétend maintenant être préoccupé, mais les conservateurs chantaient un autre air il y a deux mois à Washington. À la rencontre du G20 d’avril, le ministre des Finances dirigeait les efforts afin de bloquer un plan international pour résoudre la crise économique en Europe. Il a alors dit aux pays européens d’ »aller au bâton pour régler leurs problèmes eux-mêmes ». Comme si notre sort n’était pas intimement lié à celui de l’Europe, il reçoit les applaudissements des derniers balcons. Quand les conservateurs vont-ils cesser de faire la morale aux Européens et proposer un plan concret pour protéger et créer des emplois ici au Canada? » — Thomas Mulcair

La traduction est de moi. Quant à la partie en caractère gras, le gouvernement s’en sert pour accuser Thomas Mulcair. Comme vous le voyez, le soutien à l’Europe est le sujet de discussion. Cependant, ce sujet est vite devenu un enjeu de politique canadienne à court terme, question pour le gouvernement de marquer des points contre M. Mulcair, qui continue de recevoir de bonnes nouvelles des maisons de sondage. Ça ne laisse pas beaucoup de place à un changement de position de la part du Canada à Los Cabos…

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Le mal hollandais, « plus de peur que de mal »

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 publié le 17 mai 2012 à 9 h 31

Les déclarations de Thomas Mulcair sur l’impact de nos exportations de ressources naturelles, surtout énergétiques, sur le dollar et sur les conséquences néfastes pour les industries manufacturières des provinces de l’est (lire le Québec et l’Ontario) ont provoqué une petite tempête politique.

Les analystes et commentateurs se sont posé des questions sur l’exactitude de son discours, mais surtout sur les retombées politiques : M. Mulcair divise le pays, il courtise l’Ontario, etc. Les premiers ministres de l’ouest l’ont dénoncé, et Mulcair les a considérés comme les messagers de Stephen Harper. Bref, l’escalade politique habituelle. Les spécialistes, eux, se sont penchés sur la réelle dynamique économique régionale au pays.

Je vous signalais dans un blogue précédent que l’économiste Thomas Courchesne évoquait dans une étude le « mal hollandais » en question et l’article publié par M. Mulcair lui-même dans Option politique, revue de l’IRPP.

Or, pour ajouter au dossier et à votre réflexion, une autre étude du même Institut vient d’être publiée. Elle relativise l’impact du « mal hollandais », qui cause certainement des problèmes aux économies québécoise et ontarienne, mais qui est une cause parmi d’autres. À lire pour ceux que ça intéresse.

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L’inspiration de Thomas Mulcair?

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 publié le 14 mai 2012 à 15 h 19

Les commentateurs ont utilisé abondamment d’encre et de la salive au cours de la dernière semaine pour évaluer politiquement la prise de position de Thomas Mulcair au sujet du « mal hollandais ». Ce mal, selon le chef du NPD, ferait en sorte que la poussée du dollar canadien, due à la forte demande pour les ressources, surtout énergétiques, de l’ouest du pays, soit la cause principale des problèmes du secteur manufacturier dans l’est. On pense évidemment surtout à l’Ontario et au Québec. Le recul du manufacturier entre autres a fait sauter l’Ontario par-dessus la clôture de la péréquation et en a fait une province bénéficiaire.

Diviseur, erroné, opportuniste, ignorant, pur tacticien, etc. Les analystes ont donné chacun leur note à la prestation de M. Mulcair, et deux premiers ministres de l’ouest, Brad Wall, de la Saskatchewan, et Christy Clark, de la Colombie-Britannique, ont tous les deux déploré que M. Mulcair place ainsi en opposition les intérêts économiques des deux grandes régions du pays.

Je vais leur laisser ce bout -là du travail pour vous inviter à aller voir un essai publié dans une certaine discrétion par l’Institut de recherche en politiques publiques par une éminence dans le domaine des politiques publiques au Canada, l’économiste Thomas Courchesne, de l’Université Queen’s.

Dans ce qu’il présente presque comme un testament académique, M. Courchesne dresse de son point de vue les jalons qui ont marqué les politiques publiques au Canada au cours des dernières décennies, le fédéralisme fiscal, l’ALENA, l’immigration, etc. Et évidemment, les ressources naturelles qui tiennent tant à cœur à M. Mulcair. M. Courchesne écrit à ce sujet qu’il faut une approche nationale et non régionale, et il explique le déclin économique de l’Ontario manufacturier en disant qu’« il est dû aux effets du « mal hollandais » [...] Le mal a frappé le Canada où le prix du pétrole a explosé de 20 $ le baril en 2002 à plus de 100 $ en 2008 [...] ce qui a clairement nui à la compétitivité canadienne (du secteur manufacturier exportateur) ».

Ça vous rappelle des manchettes récentes associées à M. Mulcair? Je n’ose pas me glisser près de la table de chevet du chef du NPD pour vérifier ses lectures, mais… L’IRPP date l’essai de M. Courchesne au 26 avril dernier, et M. Mulcair a fait son commentaire à mon collègue de CBC Evan Solomon le 5 mai. Avec une caution morale comme celle-là, M. Mulcair s’estime peut-être en bonne compagnie, lui qui en plus avait soulevé la question un mois plus tôt dans la revue Options politiques du même organisme… L’inspirateur inspiré, ou le contraire, peu importe.

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La nouvelle rivalité NPD-PLC

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 publié le 26 mars 2012 à 16 h 21
Avec l’élection de Thomas Mulcair à la tête du NPD, plusieurs croyaient que cette journée en Chambre serait le premier jour d’une guerre entre le NPD et le Parti conservateur. Mais ça a plutôt été une bataille entre les néo-démocrates et les libéraux, la bataille de ceux qui veulent garder sur eux l’attention médiatique.
 
Les exemples que je vais vous donner peuvent sembler anecdotiques, mais soyez certains qu’ils sont révélateurs. Donc, lundi, c’était la rentrée de Thomas Mulcair en Chambre en tant que chef de parti. La députation néo-démocrate, avant la période de questions, a fait une démonstration d’unité; tous les élus qui affrontaient Mulcair dans cette course à la direction se sont levés un à un pour lancer des appels à l’unité. 
 
Puis, la période de questions. Thomas Mulcair, d’habitude si flamboyant, est nerveux et ému. Ses questions, il les lit presque mécaniquement. Après une telle course, il aura besoin de quelques jours pour reprendre le rythme en Chambre. Mais les libéraux, eux, sont prêts… Bob Rae, d’abord, et Denis Coderre, ensuite, posent des questions vigoureuses, ciblées, percutantes.
 
Puis, après la période de questions, la tradition veut que le chef de l’opposition officielle prenne place derrière le micro au centre du Foyer de la Chambre des communes. Un des attachés de presse de Thomas Mulcair a prévenu que son chef arriverait dans 30 secondes. C’est le signal qu’attendaient les libéraux. Bob Rae est arrivé au micro précipitamment… Pourtant, à ce micro, tous les médias attendaient Thomas Mulcair. Ce n’était pas le seul accroc au protocole. Le NPD a réagi en envoyant Thomas Mulcair à un autre micro pendant que Bob Rae répondait toujours aux questions. La tradition veut qu’un chef attende que l’autre ait terminé avant de se présenter devant les médias.
 
Depuis la mort de Jack Layton, c’est surtout le Parti libéral qui a occupé le rôle d’opposition officielle, puisque les principaux joueurs du NPD étaient engagés dans une course à la direction. Avec l’arrivée de Thomas Mulcair, attendez-vous à un coup de barre vigoureux.
 
Les néo-démocrates voudront reprendre avec force leur rôle d’opposition officielle. Ils voudront aussi courtiser une partie de la clientèle libérale pour assurer leur marche vers le pouvoir en 2015. Les libéraux sont des gens expérimentés. Ils se débattront pour ne pas tomber dans le rôle obscur du troisième parti à la Chambre, un rôle qu’ils n’ont pas joué souvent dans l’histoire politique canadienne.

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L’effet Mulcair sur la politique québécoise

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 publié le 20 février 2012 à 12 h 51

Les membres du Nouveau Parti démocratique prendront, le 24 mars prochain, une décision qui pourrait avoir une certaine influence sur la politique québécoise. 

Dans une perspective québécoise, il n’y a qu’une seule véritable question qui se pose pour le moment : les néo-démocrates choisiront-ils Thomas Mulcair comme chef du NPD? 

Si Thomas Mulcair devient le chef du parti de Jack Layton et de Tommy Douglas, et par le fait même chef de l’opposition officielle aux Communes, la présence du Québec à Ottawa sera sans aucun doute renforcée sur le plan de la visibilité, mais aussi sur celui de la substance. 

L’élection de l’ancien ministre provincial s’inscrirait, pour les Québécois, comme une suite logique à leur vote du 2 mai dernier. Après avoir fait élire une majorité de députés au sein de ce qui est devenu la nouvelle opposition officielle, les Québécois seront davantage rassurés sur la capacité du NPD de défendre leurs intérêts à Ottawa avec la présence de Thomas Mulcair à sa tête. 

De l’ombre sur Pauline Marois

Si Thomas Mulcair obtient le privilège de pouvoir se lever le premier, chaque jour aux Communes, pour poser des questions au premier ministre Harper et au gouvernement conservateur, les Québécois pourraient considérer que leurs intérêts sont adéquatement défendus à Ottawa, compte tenu des circonstances. 

C’est la stratégie de Pauline Marois qui risque d’en pâtir; en attaquant le gouvernement conservateur en toutes occasions, Pauline Marois cherche à montrer que le Parti québécois est la seule formation politique qui prend la défense du Québec face aux intentions du gouvernement Harper. 

Le redoutable parlementaire qu’est Thomas Mulcair pourrait bien rappeler aux Québécois que Pauline Marois n’est pas la seule à jouer sur cette glace. M. Mulcair devra bien sûr parvenir à gérer les contradictions internes de son parti et ses propres contradictions quant au nationalisme québécois. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le candidat Mulcair paraît déjà avoir engagé des manœuvres en ce sens.

Orphelins à Ottawa

Pour Pauline Marois et son parti, tout serait plus simple si Brian Topp, fût-il d’origine québécoise, était élu à la tête du NPD. Les Québécois risquent alors de se sentir, plus que jamais auparavant, orphelins à Ottawa. Un sentiment qui semble déjà présent depuis le décès de Jack Layton et qui s’est accru tout au long de la course à la direction du NPD. Les efforts de la chef intérimaire Nycole Turmel n’auront pas suffi à rassurer les Québécois avec, pour preuve, les intentions de vote pour le Bloc québécois qui sont nettement en hausse. 

Ainsi, les Québécois pourraient être habités par la conviction que le gouvernement Harper peut assurer les destinées du pays sans tenir compte de leurs points de vue, mais aussi par l’impression d’être délaissés par l’opposition officielle qu’ils ont eux-mêmes mis en place. 

Cette situation inédite se révélerait un terreau extraordinairement fertile pour le Parti québécois. 

Ainsi, le vote des membres néo-démocrates de tout le Canada, le 24 mars prochain, pourrait avoir des effets palpables sur le déroulement du prochain scrutin au Québec.

Catégorie: Québec

Dur jeu d’équilibre

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 publié le 13 septembre 2011 à 23 h 39

Le défi auquel les députés du NPD sont confrontés est déjà grand. Mais, soudainement, ils doivent s’adonner à un jeu d’équilibre encore plus périlleux : camper leur crédibilité comme opposition officielle, tout en s’investissant dans une course à la direction déterminante pour l’avenir du parti.

Pas surprenant que l’horaire des deux prochains jours de réunion du caucus soit chargé.

La chef par intérim Nycole Turmel commencera par établir des règles claires pour guider la conduite de son équipe pendant la course, un guide de conduite pour s’assurer que le caucus ne s’entredéchire pas.

Si le président du caucus affirme que ce n’est pas dans la tradition du NPD de se laisser aller à des guerres intestines, la réalité est que jamais le parti n’aura vécu une course à la direction où l’enjeu aura été aussi important. Chef de l’opposition officielle, l’espoir de devenir premier ministre. Donc oui, peu importe la bonne volonté de tout un chacun, le risque de déchirements cette fois-ci est bien réel, et on le sent déjà en coulisse.

La réalité c’est que le NPD doit trouver une façon que la course à la direction ne devienne pas source de distraction. Car cette session parlementaire est cruciale pour le parti, qui aurait bien de la difficulté à se remettre d’un échec cuisant face à un premier ministre conservateur qui a le champ libre comme rarement dans l’histoire.

Au cours des prochains jours, les députés devront endosser la double stratégie que le parti a développée: gagner la joute parlementaire et consolider les gains auprès de l’électorat. C’est pratiquement une feuille de route vers les élections de 2015.

Gagner la joute parlementaire, ça veut dire avoir un caucus très discipliné, toujours prêt à réagir intelligemment et efficacement aux grandes priorités du gouvernement conservateur, que ce soit au chapitre de la loi et l’ordre ou de son action économique.

Ça veut aussi dire présenter le NPD comme une option potentielle. Donc, ne pas laisser le champ libre aux conservateurs et plutôt occuper le terrain politique avec des idées, des propositions concrètes, tenter de définir le discours politique national. À surveiller ici : les propositions du NPD sur les pensions, la santé et le registre des armes à feu par exemple.

Mais tous savent que la joute parlementaire ne suffit par pour faire en sorte que les résultats des dernières élections ne deviennent pas un simple accident de parcours. Le NPD veut alors se donner les moyens de transformer les appuis soudains du 2 mai dernier en appuis fermes.

Ce n’est pas une mince tâche, surtout au Québec. Car le parti doit maintenant joindre les 1,6 million d’électeurs, mais surtout la base des groupes syndicaux, environnementaux et sociaux qui l’ont appuyé, et développer une vraie relation de confiance. Voilà le mandat de l’équipe de liaison mise sur pied au bureau de Montréal.

La course

Quant à la course à la direction, Thomas Mulcair fait durer le suspens. Le député d’Outremont affirme qu’il est en train de bâtir son équipe, récolter les appuis et qu’il doit terminer ce travail de préparation avant de confirmer s’il va ou non se lancer dans la course à la succession de Jack Layton.

Difficile de s’imaginer comment un député aussi influent pourrait dire non. Mais la barre demeure haute à plusieurs chapitres.

D’une part, son adversaire Brian Topp, qui était jusqu’à hier président du parti, part avec la longueur d’avance plus qu’imposante que lui donne l’appui d’Ed Broadbent. Il ne faut pas se tromper, cet appui est plus que symbolique, il vient avec l’immense autorité morale de cet ancien chef. Et dans un parti comme le NPD qui se décrit encore comme un « mouvement », c’est là un avantage majeur. Donc pour gagner cette course, Thomas Mulcair aura du terrain à rattraper auprès de l’establishment du NPD ailleurs au pays.

D’autre part, si Thomas Mulcair peut compter sur l’appui d’une partie importante du caucus québécois, avant de se lancer, il doit avoir les moyens de faire la preuve rapidement qu’il n’est pas que le « candidat du Québec ». Ce qui explique l’accent qu’il met sur la consolidation de son équipe d’un océan à l’autre.

Si Brian Topp a lancé sa campagne avec un coup d’éclat comme l’appui d’Ed Broadbent, Thomas Mulcair devra faire de même. Il lui s’agit maintenant de trouver comment égaler le coup d’envoi de son rival.

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