Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois a sept mois aujourd’hui.
Le gouvernement minoritaire de Jean Charest de 2007-2008 avait duré 1 an, 8 mois et 13 jours.
Il est plausible de penser qu’il reste environ un an au gouvernement Marois. Pour les superstitieux, soulignons qu’il resterait donc 13 mois et 13 jours au gouvernement Marois, si on le comparait à la mouture minoritaire de l’administration Charest.
Il est également plausible que ce soit Pauline Marois qui déclenche les élections, tout comme l’avait fait Jean Charest.
On peut d’ailleurs entendre un scénario de ce genre lorsqu’on tend l’oreille vers le bureau de la première ministre.
La raison pour laquelle cela pourrait être Pauline Marois, et non pas les partis d’opposition, qui décide du moment du scrutin, c’est qu’il ne sera pas facile de réunir les conditions adéquates à la fois pour le Parti libéral et la Coalition avenir Québec.
En principe, il faudrait que le Parti québécois se retrouve au troisième rang dans les intentions de vote pour que les deux principaux partis d’opposition considèrent sérieusement l’occasion de dissoudre l’Assemblée nationale.
La tempête parfaite
Où le Québec politique en sera-t-il dans un an?
Selon l’idéal de chacun :
- François Legault aura peaufiné son « Projet Saint-Laurent »,
- Philippe Couillard aura remodelé son parti,
- Françoise David aura redonné de la visibilité à Québec solidaire,
- Jean-Martin Aussant aura des candidats dans presque toutes les circonscriptions,
- et Pauline Marois aura présenté un budget équilibré.
Évidemment, ces chefs politiques n’atteindront pas nécessairement leurs objectifs (présentés sous une forme simplifiée, je le précise).
Néanmoins, le gouvernement Marois fera tout ce qui est en son pouvoir pour déposer un budget qui affiche un déficit zéro. Il faudrait une grave crise économique pour empêcher ça. Le gouvernement Marois a fait la preuve qu’il est prêt à sacrifier beaucoup pour atteindre cet objectif : CPE, aide sociale, universités, recherche. Les exemples de compressions budgétaires dans des secteurs politiques névralgiques montrent sa détermination absolue. De toute évidence, le prix politique importe peu. Il est considéré comme secondaire par rapport au respect du principe de l’équilibre budgétaire.
Tous les partis se préparent à un échéancier pour des élections au printemps 2014. À ce moment, dans la foulée du deuxième budget de Nicolas Marceau, les conditions pour la tempête parfaite pourraient bien être réunies. Une vague de pancartes électorales pourrait alors déferler sur le Québec.
13 mois et 13 jours
C’est tout de même assez long. C’est beaucoup d’éternités en politique.
À quoi s’attendre?
Bien sûr, c’est le gouvernement Marois qui aura le bénéfice de l’initiative. Les partis d’opposition mettront les bouchées doubles pour assurer leur organisation et aussi pour contrecarrer, en fonction de leurs intérêts, les initiatives des troupes péquistes.
À vol d’oiseau, il y a trois dossiers législatifs qui devraient occuper l’espace politique. Le projet de loi 14 sur la Charte de la langue française (en période de consultations), la Charte de la laïcité (à venir) et les ressources naturelles (un projet de loi sur les mines au printemps, une politique énergétique peut-être au printemps, un projet de loi sur les hydrocarbures peut-être à l’automne, sans oublier les redevances minières à très court terme).
Ces trois dossiers ont un formidable potentiel explosif.
Ce gouvernement en quête d’une majorité tentera d’arrondir les angles sans perdre sa base, tandis que les partis d’opposition devront mesurer l’ampleur des dommages que causeront leur refus ou leur appui à ces projets.
Ajoutons à cela tous les dossiers d’actualité qui viendront pimenter la vie politique, avec en fond de toile les corrosives relations Québec-Ottawa et un contexte économique incertain.
La réalité
- Pauline Marois est parvenue à se tailler un considérable taux d’insatisfaction,
- Philippe Couillard hérite d’un parti soupçonné des pires vilenies,
- François Legault se tricote un projet ceinture fléchée environnemental pour proposer autre chose que l’austérité aux Québécois,
- Françoise David cherche à regagner l’attention des Québécois et d’Amir Khadir, dont l’enthousiasme semble s’être refroidi,
- Jean-Martin Aussant s’est gagné un salaire, à défaut d’un siège à l’Assemblée nationale.
Ces réalités politiques ont quand même un effet rassurant. Les Québécois et leurs dirigeants politiques paraissent au diapason sur au moins un point : personne n’est prêt pour des élections à court terme.

