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Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Observations préélectorales

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 publié le 14 février 2014 à 12 h 09

Il suffit de jauger quelques instants l’humeur de l’Assemblée nationale pour comprendre que des élections sont imminentes.

Une analyse de Michel Pepin

En réalité, c’est comme le serpent qui se mord la queue : la possibilité d’élections à court terme entraîne une détérioration du climat au Parlement et cette détérioration est telle qu’elle rend presque nécessaire la tenue d’élections.

Bref, les Québécois iront bientôt voter, à moins d’un improbable changement de cap. Les dénégations inévitables de la première ministre n’ont rien de convaincant.

Cette proximité des élections a des effets tangibles dans les partis.

Le chef libéral monte le ton. Philippe Couillard réclame un budget avant les élections, mais cache à peine son intention de le dénigrer dès son dépôt.

Sur le projet de charte des valeurs, M. Couillard ne se contente plus d’affirmer que ce projet passe à côté du principal enjeu, soit la lutte contre l’intégrisme. Non, il en a ajouté, mercredi soir, devant des militants à Québec. Il a prédit que la charte, une fois adoptée, pourrait devenir un outil de propagande pour les intégristes : « C’est du gaz qu’on donne aux intégristes quand on renvoie des femmes à la maison », selon Philippe Couillard.

En guise d’esquive, Philippe Couillard a soutenu jeudi que ce n’était pas la première fois qu’il lançait une telle attaque contre le projet de charte des valeurs.

Incapable d’en trouver une trace, j’ai réclamé une référence à l’attaché de presse du chef libéral. Je l’attends encore.

Les libéraux et les caquistes multiplient les attaques dans le dossier BLF qui met en cause la famille de la première ministre, bien qu’ils n’ont pas été en mesure d’ajouter le moindre fait nouveau aux révélations de la commission Charbonneau.

En revanche, il faut reconnaître qu’il y a des éléments étranges dans ce dossier BLF. La rencontre entre Michel Arsenault, qui était président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), et Pauline Marois au club privé 357c à Montréal est troublante. Elle est survenue quelques heures après une conversation téléphonique (enregistrée par les autorités policières) entre Michel Arsenault et Jean Lavallée (qui était président de la FTQ-Construction) à ce sujet.

De quoi a-t-il été question pendant cette rencontre? Pas de réponse claire de la première ministre, pas plus que de Michel Arsenault.

D’autres questions s’adressent au Fonds de solidarité, dont ce financement de 30 ¢ sous les 3 millions de dollars. Si le financement avait atteint cette limite, c’est le conseil d’administration du Fonds de solidarité de la FTQ qui aurait dû décider de l’opportunité de cet investissement, qui s’est révélé jusqu’à présent déficitaire pour cet organisme.

Mais pas de déficit, au contraire, pour Claude Blanchet, le mari de la première ministre, si l’on tient compte des frais de gestion qu’il a perçus au sein de l’entreprise BLF. On entend aussi les libéraux chuchoter que ça donnait du travail au fils de la première ministre, qui s’occupait de la location des logements.

Le leader du gouvernement, Stéphane Bédard, a rétorqué en interrogeant ses vis-à-vis sur le silence des avocats de leurs partis politiques à la commission Charbonneau. S’il y avait un problème, pourquoi n’ont-ils pas posé ou suggéré des questions aux procureurs de la commission Charbonneau?

Par ailleurs, que penser de cette intervention plus que douteuse du bureau du ministre des Finances Nicolas Marceau auprès d’un attaché politique de la Coalition avenir Québec (CAQ)?

Le bureau de M. Marceau a reconnu que « les questions de la CAQ sur le salissage contre la famille de Mme Marois » ont été évoquées comme un facteur qui a empêché une collaboration entre le gouvernement et la CAQ pour une réforme de la gouvernance du Fonds de solidarité de la FTQ.

De toute évidence, il y a en a qui agissent désormais comme si tout était permis.

La CAQ ne laisse pas sa place, en évoquant le cas d’un ancien entrepreneur péquiste, aujourd’hui décédé, qui a été mentionné dans une affaire de fausse facturation à la commission Charbonneau. Le chef de la CAQ, François Legault, a jugé bon de demander à la première ministre si le PQ comptait rembourser les contributions politiques de 11 000 $ que le défunt a versées au cours de son existence.

Avis aux intéressés : ne pas se surprendre que les scandales à titre posthume se retrouvent près de la rubrique nécrologique.

Je note aussi que le gouvernement Marois a réclamé la publication immédiate de tous les mémoires de consultation sur le projet de charte des valeurs. Puisque la dissolution de l’Assemblée nationale mettrait un terme à la consultation, ce serait un moindre mal pour le gouvernement, si tous les mémoires étaient rendus publics avant les élections. Le Parti libéral et la CAQ s’y sont opposés.

Cimenterie à Port-Daniel, exploration pétrolière dans l’île d’Anticosti, blitz d’annonces en Mauricie, et un budget très bientôt. Les journalistes ont intérêt à préparer leurs valises et, surtout, à apporter beaucoup de vêtements de rechange.

Cela pourrait être salissant.

Catégorie: Québec

Espoirs péquistes

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 publié le 27 janvier 2014 à 15 h 42

Malgré la publication de deux sondages favorables au Parti québécois la semaine dernière, on ne semble pas vouloir, dans l’entourage de la première ministre, plonger le Québec immédiatement en campagne électorale.

En coulisse, on chuchote que quelques semaines de délai ne peuvent que consolider l’avance péquiste qui se dessine. Une lecture des événements qui repose sur un souhait et une prédiction.

D’abord, le gouvernement veut revenir en Chambre, ne serait-ce que quelques jours ou quelques semaines, afin de clore certains dossiers et de mettre de l’avant de nouvelles orientations législatives. Notamment au menu : un projet de loi à caractère municipal, qui réglerait certaines questions relatives aux régimes de retraite.

Un retour en Chambre permettrait aussi l’adoption d’un certain nombre de projets de loi, chers au gouvernement, dont celui sur les soins en fin de vie.

Comparer Couillard à Ignatieff

Ensuite, le gouvernement fait le pari que le Parti libéral continuera à s’enfoncer. Les péquistes font l’analyse suivante : Philippe Couillard deviendra pour le PLQ ce que Michael Ignatieff a été pour le PLC, soit « un intellectuel déconnecté qui a toujours raison », pour reprendre les mots d’un conseiller proche de Pauline Marois.

On fait aussi valoir dans les rangs péquistes que le chef libéral fera les frais de tous les scandales à caractère éthique qui ont ébranlé le Québec ces dernières années, comme Michael Ignatieff a dû vivre avec le passif du scandale des commandites.

Aussi, on présume que Philippe Couillard, qui avait promis de faire de la politique autrement, ne sera pas à l’aise en campagne, dans le rôle de celui qui doit constamment attaquer. « Il y aura un problème de casting », prédit-on.

Paradoxalement, à en croire l’analyse péquiste, Philippe Couillard semble victime des mêmes problèmes qui ont autrefois affligé Pauline Marois. Elle a été une excellente ministre de la Santé et de l’Éducation, se plaisait-on à répéter à l’époque, tout en émettant des doutes sur sa capacité à devenir première ministre.

Dans ce cas-ci, c’est un peu le même scénario qui se reproduit. On répète inlassablement que Philippe Couillard a été « un excellent ministre de la Santé », mais on s’interroge sur son flair politique comme chef de parti.

Si les péquistes s’appuient sur cette comparaison pour se conforter dans l’idée qu’ils remporteront la prochaine bataille, ils devraient tout de même se rappeler qu’à la fin, Pauline Marois a tout de même réussi à devenir première ministre.

Quant à penser que le PLQ portera seul le poids de tous les scandales éthiques qui ont ébranlé le Québec, les écoutes électroniques entendues la semaine dernière à la commission Charbonneau ont montré que le PQ n’est pas à l’abri de toute éclaboussure.

Catégorie: Québec

Mission économique?

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 publié le 18 décembre 2013 à 20 h 43

La première ministre Pauline Marois termine une mission à saveur économique de cinq jours en Europe. Que rapporte-t-elle dans ses valises?

Une seule entente, pour la création d’un comité de travail franco-québécois sur l’électrification des transports…

Les cyniques diront qu’elle n’a pas à craindre de payer un surplus de poids pour ses bagages à l’aéroport.

Ce qui entraîne la question : quelle est la valeur d’une telle mission? La réponse n’est pas évidente. Pour ce qui est des ententes, le bilan est mince :

1- le comité de travail;

2- l’engagement de François Hollande de venir au Québec, si on étire un peu la sauce.

Vu sous cet angle, ça ne valait pas vraiment la peine. Le problème vient peut-être du qualificatif qu’on a collé à la mission. On nous l’a « vendue » comme une mission à saveur économique, pour parler de libre-échange et de politique économique. Mon collègue Simon Durivage a eu une observation pertinente en parlant plutôt de mission « diplomatique ». Coupons la poire en deux et allons-y pour une mission « diplomatique à saveur économique ».

Parce que, si les pesées de l’aéroport Charles-de-Gaulle résisteront facilement au poids des bagages de la première ministre, les entretiens qu’elle a eus, les contacts qu’elle a établis pourraient rapporter à plus long terme.

La politique est avant tout une question d’intérêts, de défense des intérêts des populations qu’on représente. Une fois que les intérêts sont définis, pour les défendre, il faut établir des relations personnelles. La politique est donc aussi beaucoup une affaire de contacts, de relations. C’est toujours utile de savoir que lorsqu’on appelle quelqu’un pour régler un problème, il répondra et agira parce qu’il nous connaît.

Je présume que c’était un des objectifs de Mme Marois en multipliant les rencontres avec des parlementaires français et européens. Elle a réussi à rencontrer le premier ministre et le président français, ce qui n’est pas rien. Elle a aussi obtenu leur appui implicite au projet de charte des valeurs.

Tout cela ne pèse pas lourd dans une valise, mais vaut tout de même son pesant d’or. Un jour, par contre, il faudra qu’il y ait des retombées concrètes et des annonces d’investissements, sinon tous ces efforts auront été vains.

N. B. Le dieu des médias est intervenu une fois de plus dans la cour de l’Élysée à Paris. Le président François Hollande a implicitement donné son appui au projet de charte des valeurs du Québec.

Mme Marois était tout sourire, M. Hollande devenait « François » dans la bouche de la première ministre. Mme Marois avait obtenu ce qu’elle voulait, les journalistes avaient leur histoire…

Merci, dieu des médias…

Catégorie: Québec

Le dieu des médias 2

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 publié le 16 décembre 2013 à 18 h 30

Ainsi, nous poursuivons notre voyage en Europe. Je vous écris avec un peu de retard, mais ça vaut quand même la peine, je crois.

Vendredi, le dieu des médias a placé en UNE du Figaro un article sur le voile islamique dans les écoles françaises. Ça nous a donné des déclarations bien senties du premier ministre Jean-Marc Ayrault et une satisfaction non dissimulée de Pauline Marois.

Prochain arrêt : Monaco. Dimanche matin, le soleil brille. Après le petit déjeuner, on met le nez dehors. Quel bonheur! 20 degrés au soleil et il n’est que 9 h! Il y a même des baigneurs dans la Méditerranée. Pendant ce temps, la tempête gronde au Québec. Combien de centimètres de neige et de tours de reins déjà?

Au programme, un discours de Mme Marois sur la gouvernance devant l’Institut français des relations internationales, un « think tank » politique.

Bon, la journée s’annonce tranquille…

Pauline Marois livre son discours, des applaudissements polis se font entendre. La période de questions commence. Une première question, une première réponse. Le maître de cérémonie sollicite les questions. Un homme se lève, on croit comprendre qu’il s’appelle « Philippe », le maître de cérémonie l’appelle par son prénom, je crois.

« Philippe » prend son courage à deux mains : « Mme Marois, je vais vous poser une question un peu brutale : Pourquoi voulez-vous détruire le Canada? »

Silence… Malaise? Non, pas vraiment.

Mme Marois qui, de toute évidence, s’attendait à une question du genre, peut être pas aussi directe, répond. Elle ne veut rien détruire, elle veut que le Québec assume ses ambitions (souverainistes). Elle veut un rapport de bon voisinage avec le Canada. On ne sait pas si la réponse a satisfait « Philippe », nous avons dû partir précipitamment, un avion nous attendait.

Mais ce que je sais, c’est que nous avions notre histoire. Le dieu des médias était, une fois de plus, intervenu.

Nous avons pour lui, une dernière supplication. Une autre intervention divine pour l’entretien Marois-Hollande mardi. Mon collègue de La Presse Paul Journet pense que j’ai vexé le dieu des médias en l’évoquant dans le blogue précédent. Ça devait rester un secret. Selon lui, il n’interviendra plus.

Moi, j’ai la foi…

Catégorie: Québec

Le dieu des médias

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 publié le 15 décembre 2013 à 6 h 45

Note : Ce texte aurait dû être en ligne samedi matin, mais des problèmes techniques ont retardé sa publication.

Dans la vie d’un journaliste parlementaire, les voyages à l’étranger avec la première ministre sont très courus. Tout le monde veut y aller. Nous sommes privilégiés, je vous écris ce matin en longeant les rives de la Seine à Paris. Avouez qu’il y a pire! Bon, je vous épargne la nuit blanche dans l’avion et la journée de 17 heures de travail, personne ne se plaint ici.

La perspective de partir cinq jours avec Pauline Marois souriait donc à la demi-douzaine de journalistes/caméramans qui ont pris l’avion jeudi. Mais au fil des conversations, une angoisse nous hante. De quoi va-t-on parler? Vous devez savoir que le syndrome de la page blanche crée des ulcères à la faune journalistique.

Au menu : entretiens avec le premier ministre français Jean-Marc Ayrault, avec le ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, un discours sur la gouvernance, une table ronde sur le libre échange, d’autres entretiens avec des politiciens et une rencontre avec le président français François Hollande. Tout ça est très intéressant, les gens que Mme Marois rencontre ne sont pas les derniers venus, il faut se lever tôt pour être à la hauteur des conversations.

Mais où est la nouvelle? Que va-t-on rapporter? Mystère, angoisse, incertitude. Jusqu’à ce qu’un abonné Twitter nous signale la page couverture du Figaro de samedi! En une, un titre-choc : « Intégration, le rapport qui veut autoriser le voile à l’école ». Alléluia! Un rapport remis au premier ministre Ayrault s’interroge sur les effets négatifs de l’interdiction du voile islamique à l’école. Laïcité quand tu nous tiens! Le dîner de travail à saveur économique de Mme Marois avec M. Ayrault se conclut par un dessert bien sucré pour les journalistes.

M. Ayrault déclare qu’il n’est pas question de permettre le voile dans les écoles. Il traite son adversaire Jean-François Copé de menteur et d’irresponsable. Mme Marois laisse entendre que le Québec a beaucoup à apprendre de l’expérience française. Quand M. Ayrault évoque le « vivre ensemble avec des règles claires », Mme Marois dit que « c’est de la musique à mes oreilles ».

Bye bye angoisse, inquiétude et incertitude. Bienvenue reportage comme on les aime. Le Dieu des médias est bon, il veille sur nous.

Samedi matin, après une nuit de sommeil réparateur, angoisse et incertitude reviennent. Une seule rencontre au programme, avec le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

Dieu des médias, es-tu là?

Catégorie: Québec

Élections : partie remise

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 publié le 28 octobre 2013 à 19 h 24

Il aura fallu l’air pur et un vent de face trop fort au lac Taureau pour dissuader Pauline Marois de déclencher des élections.

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, Mme Marois songeait déjà à ne pas lancer le Québec en élections quand elle s’est présentée à la réunion de son Conseil des ministres vendredi matin. Chaque ministre a pu prendre la parole, chacun aurait alors exposé les arguments pour et contre le déclenchement d’élections. Il n’y avait pas de tension, semble-t-il, personne n’aurait essayé d’imposer son point de vue.

La première ministre a dormi là dessus vendredi. Samedi, la question des élections n’aurait été abordée qu’à la fin de la réunion. Mme Marois a lu la déclaration qu’elle allait faire aux journalistes quelques minutes plus tard. Ses ministres l’ont applaudie.

Plusieurs raisons expliquent la décision de la première ministre, mais la plus importante est qu’elle n’avait tout simplement pas les chiffres. Le PQ avait établi une dizaine de circonscriptions « prenables », mais aussi deux ou trois détenues par le PQ qui pouvaient être en danger (Roberval, notamment, où le chef libéral Philippe Couillard se présentera).

Le chiffre magique pour former un gouvernement majoritaire est 63. Faites le calcul : avec 54 députés, une dizaine de circonscriptions de plus, mais deux ou trois en danger, le pari était trop risqué. En fin de compte, Mme Marois aurait pu avoir plus de députés, mais être toujours minoritaire.

Couillard dans Viau?

La première ministre a quand même annoncé des élections… partielles. Elle invite Philippe Couillard à se présenter dans Viau en jurant que le PQ ne lui opposera pas de candidat.

Notez la particularité de l’offre. Deux circonscriptions sont vacantes : Viau et Outremont. Pourquoi offrir Viau sur un plateau d’argent et pas Outremont si Mme Marois tient à ce point à ce que M. Couillard entre à l’Assemblée nationale?

La réponse est probablement encore dans les chiffres. Outremont est une circonscription à majorité francophone, des libéraux y sont élus depuis la nuit des temps. Mais laisser le champ libre à Philippe Couillard sans présenter de candidat du PQ enverrait un mauvais message aux francophones de l’île de Montréal. C’est probablement pour ça que l’offre de Mme Marois ne tient que pour Viau, une circonscription très multiculturelle.

Le seul suspense est de savoir si M. Couillard accepte l’offre. Personnellement, je pense qu’il se présentera à l’une ou l’autre des partielles.

Catégorie: Québec

La charte des valeurs: avec ou sans élections?

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 publié le 16 octobre 2013 à 20 h 57

C’est la députée de Québec solidaire Françoise David qui a lancé le débat en affirmant qu’il n’est pas approprié qu’un dossier comme celui de la Charte des valeurs québécoises soit tranché par l’électorat.

« Personnellement, je trouverais ça grave d’aller en élection sur un sujet aussi fondamental, aussi diviseur, qui vient toucher à l’identité et aux émotions des gens, qui touche à tous les rapports majorité-minorité», disait Françoise David, le 7 octobre dernier.

Cela rappelle le souvenir de l’ancienne première ministre du Canada et chef du Parti progressiste-conservateur, Kim Campbell. Elle aurait affirmé il y a déjà 20 ans qu’une campagne électorale n’était pas un moment approprié pour débattre de questions importantes.

Mathieu Bock-Côté a dénoncé vigoureusement la déclaration de Mme David dans un récent blogue. Le chroniqueur réplique, de façon plutôt percutante, à chacun des arguments évoqués par la députée David, sauf celui sur les rapports majorité-minorité qui est pourtant, de loin, l’argument le plus important.

En principe, tous les groupes sont touchés de la même façon par le principe de la neutralité et du caractère laïque de l’État. Pas de religion. Pour tous. Cela ne peut être plus équitable.

En réalité, ce sont les minorités religieuses qui portent, pour une raison ou pour une autre, des signes ostentatoires de leur foi, puisque les fidèles chrétiens, même les plus fervents, ne sont pas contraints de porter de symboles. Il est difficile de nier que les rapports entre la majorité et les minorités ne sont pas en cause ici.

Or, est-il souhaitable que les droits des minorités se transforment en un enjeu électoral, un enjeu central par ailleurs?

Il est évident, à sa face même, que ça ne l’est pas vraiment.

Normalement, ce débat devrait se résoudre grâce au processus feutré et soporifique d’une commission parlementaire qui chercherait à ne pas rompre l’équilibre délicat entre la majorité et les minorités.

En revanche, il est normal, il est même nécessaire qu’une question qui devient importante pour les citoyens se traduise par des prises de position politique et devienne un enjeu électoral. Certains diront, de façon plus directe, que le Parti québécois a tiré les leçons des élections de 2007 qui l’avait transformé en tiers parti parce que l’ADQ avait gagné la campagne, à défaut du gouvernement, sur le thème de l’identité.

Il appert que la majorité a tous les droits, dans la mesure où elle respecte les textes à caractère constitutionnel, qu’elle s’est elle-même donnés, comme les chartes québécoises et canadiennes des droits et libertés (ce qui nous rappelle que majorité et minorité sont à géographie variable).

À cet égard, l’attitude de Bernard Drainville paraît se situer à la frontière de l’illégitimité. Le ministre semble faire très peu de cas de la légalité du projet de loi qui sera présenté à l’Assemblée nationale.

« Ce sera aux élus de voter. Et après ça, les tribunaux feront leur travail. Que le Parlement se prononce. Moi, j’en ai un peu marre de me faire dire : les juges, les juges, les juges. Je respecte leur domaine de compétence, mais ils ne doivent pas remplacer le Parlement. Et en démocratie, c’est au Parlement de voter les lois », affirmait Bernard Drainville, le 15 octobre devant des étudiants de l’Université Laval, à Québec

Il est vrai que les législateurs doivent agir selon leurs convictions, mais ils ont aussi la responsabilité d’adopter des lois qui respectent les chartes québécoises et canadiennes des droits et libertés.

Le ministre doit avoir des motifs sérieux de penser que son projet de loi a des chances au moins raisonnables de passer le test des tribunaux.

Le ministre Drainville paraît croire que son projet de charte des valeurs ne viole pas la liberté de religion, car l’interdiction ne s’appliquerait que sur les heures de travail. « C’est extrêmement important, je ne cesse d’insister là-dessus, sur les heures de travail, quelqu’un qui travaille pour l’État devrait incarner la neutralité religieuse de l’État. » Cette neutralité est une responsabilité qui accompagne le privilège de travailler pour le service public.

Le problème, c’est que très peu de juristes attestent cette approche. Même le spécialiste Henri Brun, pourtant consulté dans cette affaire par le gouvernement, ne s’est guère montré enthousiaste. Les textes des professeurs Patrice Garant et Daniel Proulx sont beaucoup plus catégoriques et condamnent le projet à l’échec devant les tribunaux.

Si le gouvernement veut tout de même agir sans tenir compte des restrictions légales comme le laisse entendre le ministre Drainville, il lui suffit de mentionner spécifiquement dans la loi que les chartes canadiennes et québécoises ne s’appliquent pas. En pratique, ce n’est pas plus compliqué que ça, bien que les réactions seraient évidemment considérables.

Ça aurait l’avantage d’être clair, mais tout indique que le gouvernement est plutôt enclin à entretenir délibérément le flou et la confusion sur la légalité de son projet de loi.

Cette impression de légalité douteuse, que personne ne tente réellement de dissiper, combinée à ce qui semble être un calcul à saveur électoral qui mise sur des minorités impopulaires, renvoient l’image d’un gouvernement peu scrupuleux à l’égard des traditions démocratiques du Québec.

Le gouvernement de Pauline Marois a encore du temps pour chasser ces appréciations négatives, mais on voit que le génie est à nouveau sorti de la lampe et que les Québécois devront aller aux urnes, en décembre ou au printemps, pour le remettre, on verra bien comment, dans sa bouteille.

Catégorie: Québec

Semonces

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 publié le 5 octobre 2013 à 14 h 50

« M. Parizeau, ce qu’il dit ce matin, c’est sur la question du balisage des accommodements religieux, il est d’accord avec le Parti québécois. Sur les questions du port des signes religieux, il est plus ambitieux que les libéraux et moins ambitieux que la CAQ. Et sur la question du crucifix, il est plutôt Femen », déclarait le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, le 3 octobre 2013.

Il y a beaucoup à dire sur l’intervention publique de Jacques Parizeau à propos de la charte des valeurs, mais si nous devions nous en tenir qu’à deux mots, voilà, ce serait « Québec solidaire ».

En effet, quoi qu’en dise le ministre Jean-François Lisée, la proposition de Jacques Parizeau correspond, à la virgule près, aux positions défendues par les députés Françoise David et Amir Khadir.

Québec solidaire a adopté cette politique il y a déjà plusieurs années et, malgré cela, le débat persiste, avec un groupe dissident qui s’affiche ouvertement au sein du parti.

Et c’est sûrement difficile dans tous les partis.

La libérale Fatima Houda-Pepin se fait très discrète, à la CAQ on navigue à vue dans ce dossier, et il est probable que les remontrances de M. Parizeau, soutenues par Lucien Bouchard et Bernard Landry, ont des répercussions jusqu’au coeur du gouvernement.

Vendredi matin, le ministre Bernard Drainville est arrivé tôt au caucus pour répondre aux questions des journalistes : « Nous ne reculerons pas sur les principes… » Disons que le contraire serait plutôt étonnant.

M. Drainville a évoqué une réflexion concernant le crucifix et l’option de retrait pour certaines institutions. Le ministre a cherché à limiter l’ampleur des dommages que peuvent provoquer les interventions du patriarche du Parti québécois.

Quelques minutes plus tard, le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, a déclaré qu’« il y des discussions dans tous les sens [...] il y a des tas de réflexions qui ont eu lieu, entre nous, dans les discussions. Et là, on va commencer le processus formel d’essayer de faire la synthèse ».

Si l’on comprend bien M. Lisée, le débat est déjà vigoureux au sein du gouvernement Marois et promet de l’être encore davantage.

Sur le fond, les interventions médiatiques de Jacques Parizeau, auxquelles s’ajoutent les prises de position de Lucien Bouchard et de Bernard Landry, sont dévastatrices pour les aspects les plus controversés du projet Drainville.

Sur la forme, Jacques Parizeau a fait preuve d’une irréprochable civilité, sans doute pour ne pas s’associer aux adversaires du gouvernement Marois qui ont attaqué plutôt brutalement le projet de charte des valeurs. M. Parizeau prend bien soin par ailleurs de ne jamais attaquer directement le ministre Bernard Drainville. Il s’en prend à la charte, mais jamais à son auteur; jamais il ne le cite, jamais il ne le met en cause, jamais il ne lui formule de reproche.

Bernard Drainville est perçu comme un successeur potentiel de Pauline Marois à la tête du Parti québécois. Un choix qui paraît plus naturel que Pierre Karl Péladeau, dont le nom circule comme le dauphin désigné de la première ministre. Ainsi, Jacques Parizeau a peut-être voulu éviter de mettre en péril une carrière politique qu’il juge prometteuse.

La question est désormais de déterminer dans quelle mesure le gouvernement Marois est disposé à formuler des assouplissements pour son projet de charte et de quelle façon ces modifications s’inscrivent dans le contexte électoral.

D’ailleurs, au plan électoral, est-ce que le gouvernement a réellement intérêt à reculer? S’il le fait, jusqu’où doit-il aller?

La proposition des Parizeau, Bouchard et Landry va en deçà de la position de la Coalition avenir Québec, qui voudrait que les enseignants soient visés par l’interdiction de porter des signes religieux.

Politiquement, est-ce que le gouvernement Marois peut s’éloigner autant de son projet initial? Pour laisser le champ libre à la CAQ et surtout donner l’impression d’avoir provoqué des secousses dans tout le Québec, pour ensuite tout laisser tomber? Le gouvernement du Parti québécois n’a peut-être pas cette marge de manoeuvre. Et quand bien même il l’aurait, peut-être ne voit-il pas l’intérêt d’en faire usage.

Catégorie: Québec

L’année cha-cha-cha

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 publié le 3 septembre 2013 à 19 h 15

Je ne sais pas si Pauline Marois aime le cha-cha-cha, je ne sais pas plus si elle le danse, mais depuis un an, son gouvernement le pratique plutôt bien. Deux pas en avant, un en arrière et un autre de côté.

Ce gouvernement a tenu promesse : annulation de l’augmentation des droits de scolarité du précédent gouvernement, abrogation de la loi 12 (ancien projet de loi 78), fermeture de Gentilly-2, fin des subventions à l’amiante, lois sur l’intégrité, etc.

Mais il a aussi reculé sur l’abolition de la taxe santé, les redevances minières et le gel des tarifs d’électricité.

Il est prêt à laisser tomber un projet de loi sur la langue française.

Il s’attaquera aux « valeurs québécoises », à l’électrification des transports, à l’assurance autonomie et à la délicate question de mourir dans la dignité.

Une chose est sûre, on ne peut pas lui reprocher d’avoir été inactif. Peut-être a-t-il été hyperactif en posant des gestes un peu improvisés, mais au moins il a agi.

Sa première année se sera donc déroulée en trois temps :

1- L’action : avec les nombreux projets de loi, les réformes, les décisions;

2- La désillusion : avec le trou budgétaire, les compressions dans les programmes comme l’aide sociale et les garderies;

3- Lac-Mégantic : la tragédie où Pauline Marois a été à la hauteur de ce qu’on attend d’une première ministre.

Le gouvernement est maintenant comme un avion-cargo sur la piste de décollage : il a à son bord des parachutes (charte des valeurs, électrification des transports, assurance autonomie, etc.) qu’il compte déployer pour prendre de l’altitude. Mais il a aussi de lourds poids qui le tirent vers le sol (finances publiques, variations économiques).

Aux commandes de l’avion, Pauline Marois va mettre pleins gaz à destination du printemps prochain, où le Québec pourrait bien retomber en élections…

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