Décidément, pour la troisième fois en moins de deux semaines, le gouvernement Harper doit annoncer des mesures (déjà annoncées) pour calmer le jeu dans un dossier placé sous les projecteurs par l’actualité. Maxime Bernier et sa collègue du revenu, Gail Shea, parlent de « nouvelles mesures » pour traquer les utilisateurs de paradis fiscaux.
Ils se sont présentés ce midi dans le foyer de la Chambre, une semaine après que le vérificateur général, encore lui, eut révélé que l’Agence de Mme Shea cherchait encore à collecter 29 milliards de dollars en impôts et taxes détectés et non contestés, mais surtout un mois après que mes collègues d’Enquête eurent dévoilé l’existence de données sur des dizaines de milliers de personnes qui tentent d’éviter le fisc de leurs pays respectifs, dont 450 Canadiens.
Après avoir en vain réclamé les données de Radio-Canada, puis du consortium international de journalistes d’enquête qui les a en main, Mme Shea s’est résolue à faire une annonce formelle de « nouvelles mesures »… contenues dans le dernier budget Flaherty.
Elle suivait les traces de MM. Kenney et MacKay. Le premier avait au moins le mérite d’admettre que les révélations au sujet de l’utilisation douteuse de travailleurs temporaires étrangers par la RBC n’étaient justement pas « étrangères » à son annonce d’ajustements au programme. Il faut aussi préciser que le gouvernement Harper avait le programme dans sa ligne de mire depuis quelques mois, à la suite d’autres informations sur son utilisation hors-norme. Il reste que le moment est opportun, puisqu’on réduit la pression des dénonciations sur le gouvernement.
Peter MacKay est moins humble que son collègue Kenney. Comme dans le cas des chasseurs
F-35 l’an dernier, M. MacKay fait comme si le rapport du vérificateur général, encore lui, sur le système de recherche et de sauvetage en perdition n’était pour rien dans son annonce de nouvelles mesures deux jours après le dépôt du rapport en question. Il est vrai que les mesures prises par M. MacKay ne règlent en rien les graves lacunes soulevées par son ami Michael Ferguson, mais sa sortie, à Halifax, après deux jours de hauts cris en Chambre et dans l’Atlantique, visait là aussi à calmer le jeu.
Ces trois dossiers sont, à part l’élection de Justin Trudeau à la tête des libéraux, les dossiers qui ont fait le plus jaser sur la colline du Parlement, mais aussi dans tout le pays au cours du dernier mois. Le gouvernement Harper pouvait difficilement les ignorer et voyait bien qu’il fallait réagir.
Réaction, réaction, réaction, c’est là le défi dont je parlais dans un blogue récent sur les deux ans du gouvernement Harper et la nécessité pour lui de reprendre l’initiative du débat public pour relancer son gouvernement. À noter qu’en plus des trois dossiers mentionnés ci-haut, l’arrivée de M. Trudeau place aussi pas mal le gouvernement Harper en mode réaction à ce qu’on peut voir sur la place publique.

