Billets classés sous « Legault »

Québec 2012 Jour 17 – L’affrontement

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 publié le 18 août 2012 à 18 h 18

Jean Charest se trompe probablement lorsqu’il affirme qu’il sera la cible de toutes les attaques lors des débats télévisés. Bien sûr, il ne sera pas épargné. Face à un bilan de neuf ans, un vaste choix de sujets s’offre à ses adversaires et ceux-ci ne rateront pas l’occasion. Le rôle de Jean Charest, dans la perspective de ses adversaires, est celui d’un tremplin vers le pouvoir. À pieds joints, ils sauteront sur ce « tremplin » dans l’espoir de prendre un peu d’altitude avant le plongeon du 4 septembre.

Le chef libéral misera sur l’économie et dans une moindre mesure, sur la stabilité, en référence au conflit étudiant, mais aussi à la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Sur le plan stratégique, il y a une petite incertitude : aura-t-il l’attitude d’un premier ministre sortant qui se place au-dessus de la mêlée ou descendra-t-il dans l’arène pour attaquer directement ses adversaires? Un peu des deux, sans doute. Néanmoins, si on se fie aux publicités libérales et aux récentes déclarations du chef, Jean Charest sera en mode offensif et multipliera les contre-attaques.

François Legault sera confronté pendant ces débats au même dilemme avec lequel il a dû conjuguer durant la campagne. Il doit montrer qu’il propose un véritable changement. En contrepartie, ce changement ne doit pas apparaître trop douloureux et exiger trop de sacrifices. Les perturbations engendrées par les bouleversements qu’il propose et le coût de ses engagements électoraux seront son talon d’Achille. Sa force sera l’effet de nouveauté.

Françoise David, c’est le côté blé entier de Québec solidaire, et c’est pour ça que le parti l’a choisi, plutôt qu’Amir Khadir, pour participer à ce débat. Mme David est là pour se montrer rassurante et pour expliquer le plus simplement possible son programme à des électeurs qui le connaissent peu. Ce débat est une occasion en or pour Québec solidaire et pour sa coporte-parole qui mène une bataille acharnée dans Gouin pour vaincre le péquiste Nicolas Girard.

Pauline Marois doit faire la preuve qu’elle a la trempe pour devenir première ministre. C’est son principal défi. Pour le reste, elle jouera de prudence et tentera d’esquiver les attaques sur la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Elle doit aussi s’assurer d’avoir le ton juste et d’employer le vocabulaire approprié sur les délicates questions identitaires. Le Parti québécois est en tête selon les sondages, donc c’est probablement Pauline Marois qui sera la cible des principales attaques. Quoique Jean Charest ne négligera pas François Legault qui paraît faire des gains au détriment du PLQ.

Catégorie: Élections Québec, Québec, Québec 2012

Coalition avenir Québec : à la merci des sondages

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 publié le 6 mars 2012 à 14 h 53

La marche triomphante de François Legault vers la victoire commence à prendre les allures d’un chemin de croix. Ses idées, qui l’avaient mené si près des gens, ont pris des proportions telles qu’il ne parvient plus à les porter seul.

François Legault a besoin de gens solides autour de lui. Pour l’instant, il est le seul qui est en mesure de traduire sa pensée politique et de la présenter sur la place publique au nom de la Coalition. Les autres têtes d’affiche de la CAQ ne sont pas encore au diapason du chef, dont la trajectoire intellectuelle, il est vrai, n’est pas exactement rectiligne.

Son équipe parlementaire mérite le respect qu’elle parviendra à gagner, et pour le moment, elle apparaît désorganisée et imprécise dans ses attaques.

Ce groupe de députés a ses forces, mais certainement pas celles de l’unité et de la cohésion. Leur seul point commun, c’est François Legault. D’autant que, pour le moment, le programme ressemble à un squelette que chacun cherche à habiller comme il l’entend. Il faudra attendre le congrès à la fin avril pour qu’on lui taille un complet sur mesure.

La décision des députés de la Coalition de ne pas participer aux commissions parlementaires n’était pas particulièrement avisée. Les commissions parlementaires permettent aux députés d’acquérir une connaissance plus approfondie des dossiers, et s’en priver ne représente pas en une réelle économie de temps et d’énergie. Gérard Deltell a d’ailleurs fait son apparition à une commission parlementaire la semaine dernière, ce qui est peut-être le signe que la CAQ rectifie déjà sa stratégie.

François Legault a beaucoup à faire pour stopper la dégringolade dans les intentions de vote. Sur la liste des tâches urgentes à accomplir, il doit dénicher des candidats solides qui ont quelque chose à dire et qui pensent comme lui. Il doit aussi aider son équipe parlementaire à trouver sa vitesse de croisière.

Le problème pour la Coalition, c’est que les mauvais sondages nuisent directement à sa capacité de recruter des candidats-vedettes. Dans ce contexte, chaque sondage devient cruellement important pour la CAQ. Ceux qui pourraient venir en aide au leader de la Coalition, des «pointures», scruteront attentivement les intentions de vote des Québécois et ce sera leur outil de référence pour décider s’ils partent à l’aventure avec François Legault.

Catégorie: Québec

L’anglais de François Legault

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 publié le 9 février 2012 à 14 h 41

Une vidéo peu flatteuse de François Legault parlant anglais circule sur Internet. Il bafouille, cherche ses mots et parle franglais. Scandale? Non. Rigolo? Oui.

François Legault parle anglais, pas comme Jean Charest, mais mieux que Pauline Marois. Il ne rejette jamais une question de nos collègues anglophones. Oui, il cherche ses mots, mais qui ne le fait pas dans sa langue seconde?

Avec cette vidéo, certains se sont demandé si un politicien devait être bilingue pour diriger le Québec. Est-ce vraiment un débat? Après tout, Jean Chrétien a dirigé le pays sans vraiment maîtriser aucune des deux langues officielles.

Et à ce jeu-là, Jean Charest mélange souvent le masculin et le féminin en français. Personne ne le lui a reproché.

La maîtrise de l’anglais de Pauline Marois a soulevé la moquerie. Sachez qu’elle s’est beaucoup améliorée ces derniers mois.

Alors, si vous voulez rigoler un peu, regardez la vidéo, mais prenons-la pour ce qu’elle est : une drôle de vidéo, sans plus…

Catégorie: Québec

Quatre députés et un mariage

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 publié le 14 décembre 2011 à 21 h 30

On a vu les mariés, voici le contrat de mariage.

La Coalition avenir Québec ne semble pas payer un prix élevé pour mettre la main sur les actifs de l’Action démocratique du Québec : 4 députés, 2500 membres avec quelques associations de comté, près de 800 000 $ de revenus annuels et une dette d’environ 600 000 $.

Le projet-pilote en santé privée ne soulèvera probablement pas de tollé et le programme de 100 $ par semaine par enfant pour pallier les places subventionnées en services de garde sera évalué avant d’être inclus dans le programme de la Coalition.

François Legault a franchi une étape délicate avec cette fusion que devront confirmer les membres de l’ADQ. Il serait étonnant que ça dérape. En réalité, les Deltell, Bonnardel, Roy et Grondin ont déjà fait le saut. Ne reste que les Caire, Picard, Ratthé et Charette, qui n’attendent que ça.

Pendant ce temps, au Parti québécois, Pauline Marois a dû être particulièrement soulagée en regardant le discours de Gilles Duceppe avant le dévoilement du vote à la direction du Bloc québécois. Un discours bref et sans relief d’un homme qui semblait fatigué, désintéressé et pressé d’en finir. C’est l’ombre de Gilles Duceppe qui s’est adressé aux militants bloquistes.

Impossible de voir là un homme qui veut et qui croit à la possibilité de prendre la tête du Parti québécois et d’engager une lutte épique avec Jean Charest et François Legault. Pauline Marois a toute la chance désormais de survivre au prochain Conseil national de son parti, à la fin janvier à Montréal. Cela prendrait une véritable révolution pour l’obliger à démissionner, ce qui ne se produira probablement pas.

Au Parti libéral, Jean Charest prend des postures de boxeur, mais pour l’instant ses coups ne portent guère. L’opération fusion de la Coalition avenir Québec peut séduire l’électorat francophone du Parti libéral et c’est la raison pour laquelle Jean Charest cherche à en souligner les contradictions. Il tente de définir François Legault comme un souverainiste de gauche. Une tentative un peu maladroite, d’autant qu’il en a parlé comme un homme de droite il y a quelques mois à peine.

Jean Charest est-il en état de panique comme le prétend François Legault? Pour le moment, il n’en est pas là. On voit tout de même monter la tension. Avec des déclarations sans lien avec le programme de François Legault, le premier ministre montre involontairement une attitude inquiète. La période des Fêtes permettra aux libéraux de réviser entièrement leur stratégie.

Québec solidaire a adopté des mesures importantes lors de son congrès en fin de semaine dernière à Montréal, qui auront besoin d’être défendues avec autant de vigueur que de rigueur. La formation politique de gauche devra être attentive aux détails de ses propositions. Les principes ne suffisent pas.

Un programme de revenu minimum garanti est une initiative majeure qui viendrait en principe bouleverser les programmes sociaux actuels, même si Québec solidaire en a adopté une version édulcorée dont l’efficacité et l’intérêt restent à être démontrés.

Il est normal que ce tiers parti fasse comme les autres et affiche un haut degré d’optimisme, voire de jovialité dans le cadre d’un congrès. Mais 9 % des votes dans Bonaventure est honorable, sans plus. 7500 membres après 6 ans d’existence, ça n’a rien d’une panacée. Et le programme politique qui est encore incomplet montre que les négociations internes sont ardues et même fastidieuses au sein de cette organisation. Phénomène intéressant, ce congrès, qui réunissait au moins 400 délégués, comptait surtout des gens dans la vingtaine et des plus de cinquante ans.

Les intentions de Jean-Martin Aussant et d’Option nationale ne sont pas claires. Le parti fondé en juin paraît recruter au sein des universités, parmi les étudiants et les professeurs. La campagne de financement d’Option nationale est d’ailleurs présidée par le politologue Denis Monière qu’on n’imaginait pas nécessairement dans ce rôle.

Ce parti veut-il être dans la course aux prochaines élections ou attend-il simplement que le Parti québécois se réforme pour rentrer au bercail? Selon toute apparence, les élections vont être déclenchées avant que le PQ ne change son programme sur la question de la souveraineté.

Parlant de financement, tous les partis mettent les bouchées doubles pour recueillir des fonds d’ici la nouvelle année. Il y a un nouveau plafond, 1000 $ par année par électeur, et une nouvelle procédure : les contributions transitent désormais par le directeur général des élections.

En toute logique, les sommes récoltées par les partis seraient en baisse. Plusieurs ont noté que François Legault a lancé son parti à la mi-novembre, sans doute dans l’espoir d’amasser le plus d’argent possible pour l’année fiscale 2011.

Catégorie: Québec

De Gilles à Pauline, de Gérard à François

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 publié le 8 novembre 2011 à 22 h 58

C’est tout l’art de dire non, avec gentillesse. 

Réponse de Gilles Duceppe à Pauline Marois : « Comme je te l’ai dit en privé, je n’exclus pas de me joindre à toi et au Parti québécois dans l’avenir, mais je ne me sens pas prêt, actuellement, à replonger dans la vie politique active. »

C’est gentil, mais c’est aussi habile. Même si Gilles Duceppe réitère qu’il n’a pas l’intention de « prendre la place de qui que ce soit », il laisse une porte grande ouverte pour un retour à la vie politique et qui plus est, au Parti québécois. L’ancien chef du Bloc québécois écrit qu’il souhaite que Pauline Marois mène le PQ à la victoire aux prochaines élections. Il souligne aussi le courage exceptionnel que la chef du PQ a démontré au cours des derniers mois. 

 Je note tout de même un léger reproche dans la seconde phrase de cette lettre : « Cette invitation ayant pris une tournure publique, je me sens l’obligation de lever toute ambiguïté. »  Puisque c’est Pauline Marois qui a donné une « tournure publique » à cette invitation, c’est elle qui a contraint Gilles Duceppe à faire preuve de clarté. D’ailleurs, c’était probablement l’objectif de la chef péquiste : obliger Gilles Duceppe à se positionner et c’est dorénavant chose faite. 

Mais, à terme, il y a bien peu, dans cette lettre, pour rassurer Pauline Marois. Certes, M. Duceppe a écrit que « cela ne signifie nullement, comme certains l’ont affirmé, que je me tienne en « réserve de la république ». Néanmoins, Gilles Duceppe n’a pas dit que la direction du Parti québécois ne l’intéressait pas. On comprend surtout qu’il ne se manifestera pas, tant que Pauline Marois sera aux commandes.

L’ADQ et la CAQ

L’autre missive est d’une nature différente. Gérard Deltell s’adresse officiellement aux membres de son parti, mais il fait également un geste d’ordre stratégique qui vise François Legault. Le chef adéquiste indique tout autant à ses membres qu’à François Legault, le cadre dans lequel devront se dérouler les négociations. C’est de bonne guerre. S’il y a fusion, lire ici la disparition de l’ADQ, Gérard Deltell veut faire les choses dans l’ordre et le respect des membres de son parti.

Cela dit, ça ne change pas grand-chose. Dans l’état actuel, ou bien l’ADQ négocie cette fusion avec succès ou bien ce parti paraît en voie de disparaître aux prochaines élections générales. Il est clair que ce n’est pas Gérard Deltell qui a les grosses cartes dans son jeu. Avec cette lettre, M. Deltell tente tout de même d’établir les règles dans l’espoir de forcer François Legault et ses propres députés à s’y soumettre, du moins en apparence. 

Un texte de Michel Pepin

 

Catégorie: Québec

Crise d’insécurité

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 publié le 15 juin 2011 à 16 h 18

Par le simple poids du nombre, Pauline Marois devrait parvenir à imposer sa vision sur ce qu’il reste du Parti québécois.  Les adeptes de Jacques Parizeau et les appels à la réflexion de Bernard Landry ne se sont pas beaucoup fait entendre au dernier congrès du parti en avril dernier. 

La chef péquiste aura largement l’avantage médiatique, même si cela n’empêchera pas des coups de force occasionnels et très efficaces de ceux qui se sont désormais affichés comme des adversaires de Mme Marois.

La réalité toutefois, c’est qu’il y a d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte, et parmi ceux-ci, un facteur principal qui a pour nom François Legault, un ancien ministre, un entrepreneur qui a connu du succès, et un parlementaire expérimenté. 

Et François Legault n’est plus une hypothèse politique.  Malgré ses tergiversations, il est réel.  Il existe.

À tel point que Jean Charest est devenu désormais plus « théorique » que François Legault. Parce que la question est particulièrement opportune : Jean Charest va-t-il vraiment rempiler

La réponse viendra bientôt, d’une manière ou d’une autre.  Car, au-delà d’une certaine date, il faudra conclure que Jean Charest sera à la tête des troupes libérales aux prochaines élections. 

Quelle est cette date?  Difficile à dire, sinon qu’elle approche rapidement.

En décembre prochain, Jean Charest aura terminé la troisième année de son mandat.  S’il quittait son poste après cette date, il pourrait mettre en péril le Parti libéral, qui aura à se réorganiser pour le prochain scrutin. 

Et puisque rien n’indique que le premier ministre entretient cette velléité, on devrait connaître d’ici quelques mois les intentions réelles de Jean Charest. S’il n’a pas annoncé son départ une fois arrivée 2012, il sera alors raisonnable de croire qu’il sera bel et bien le chef du PLQ lorsque les Québécois iront aux urnes.  

Et cette tornade politique que François Legault personnifie risque tout autant d’encourager le premier ministre à démissionner que de troubler encore plus les eaux de l’opposition officielle. 

Lors de la démission de leurs quatre collègues du caucus, les députés restés fidèles au Parti québécois ont subitement senti s’éloigner la victoire. Avec la présence croissante de François Legault, cette impression pourrait bien se répéter. 

François Legault est la réelle menace au leadership de Pauline Marois, bien plus que Jacques Parizeau ou Bernard Landry. C’est François Legault qui s’est forgé une place centrale dans les préoccupations de Pauline Marois et de son aile parlementaire rétrécie. 

Cette aile parlementaire va ressentir de plus en plus au fil des mois l’irrépressible besoin de renouveau des électeurs québécois.  L’inquiétude et l’insécurité vont augmenter parmi les députés péquistes, car il est loin d’être acquis que le Parti québécois et ses débats sur le processus qui mènera le Québec à la souveraineté seront perçus comme le parti du renouveau. 

Il y a fort à parier que cette inquiétude et cette insécurité causeront beaucoup plus d’ennuis à Pauline Marois d’ici les prochaines élections que les interventions des anciens chefs du parti.

Catégorie: Québec