Billets classés sous « Kevin Page »

RIP Kevin Page

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 publié le 25 mars 2013 à 16 h 14

Kevin Page, le premier Directeur parlementaire du budget (DPB), est officiellement à la recherche d’un emploi depuis lundi matin pendant que le gouvernement Harper lui cherche encore un remplaçant. Le processus a été amorcé tellement tard que c’est la supérieure immédiate de M. Page, la bibliothécaire du Parlement, Sonia L’Heureux, qui va assurer l’intérim.  Mme L’Heureux a la réputation d’être une gestionnaire compétente et efficace, mais inutile de préciser qu’elle a zéro expérience budgétaire au sens des finances publiques fédérales.

On le sait, M. Page a été une épine au pied du gouvernement conservateur dès la création de ce nouveau bureau. À la confrontation sur les réelles dépenses en Afghanistan en 2008 ont succédé une série de divergences ou d’écarts sur les pensions, le coût de la lutte à la criminalité avec un couronnement spectaculaire par le vérificateur général qui lui donnait raison dans le dossier des chasseurs F-35. En fait, le jour même du dépôt du budget Flaherty jeudi dernier, les avocats de M. Page étaient en Cour fédérale pour obtenir une opinion sur son pouvoir d’obtenir du gouvernement fédéral les documents détaillant l’impact des coupes du budget précédent dans la machine gouvernementale.

Donc, le récent budget sera scruté par Mme L’Heureux, mais aussi, bien sûr, par la douzaine de spécialistes du bureau du DPB. En fait, le DPB compte 14 spécialistes et…. trois stagiaires!!! Pour vous donner une idée, à Washington, le Congressional Budget Office (CBO), sur lequel certains voulaient calquer le mandat de Kevin Page, compte 235 employés à temps plein sans compter les consultations extérieures.

On verra à quelle vitesse Mme L’Heureux publiera son évaluation du budget Flaherty et si elle se présentera en comité pour défendre ses conclusions. Surtout qu’elle est un peu prise par la chasse au successeur de M. Page, son futur employé… À surveiller également de ce côté, maintiendra-t-elle le mandat passé aux avocats en Cour fédérale pour obtenir les documents nécessaires pour évaluer les coupes de 5,2 milliards de dollars sur trois ans annoncées l’an dernier.

M. Page, quant à lui, ne retournera vraisemblablement pas à la fonction publique fédérale d’où il a été extrait pour être nommé premier DPB. Dans sa dernière entrevue à nos collègues de la CBC, il a commenté l’intérim par la bibliothécaire plutôt que par un de ses adjoints à lui et le retard à lui trouver un successeur permanent en faisant part de sa crainte de voir le gouvernement Harper tranquillement «asphyxier» la fonction de DPB.

Ah oui, l’offre d’emploi, si ça vous intéresse, demande précision, objectivité et rigueur, quelqu’un de non partisan et qui a « l’expérience de la négociation et de l’obtention du consensus sur des questions complexes auprès de divers intervenants ayant des objectifs concurrents… » Veut-on troquer le chien de garde pour un chien de compagnie???

 

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Le coût des navires de la Marine canadienne, la suite…

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 publié le 27 février 2013 à 11 h 48

Petite mise à jour sur le dossier du coût des navires de soutien interarmées. Vous vous souvenez peut-être de l’enquête de mon collègue Marc Godbout qui révélait que le ministère de la Défense nationale fonctionnait avec un taux d’inflation présumé très inférieur aux normes de la construction navale. En fait, un document montrait que le calcul des coûts du programme de près de 3 milliards de dollars se basait sur un taux d’inflation de 2,7 %, alors que ce secteur de l’industrie connaît des taux annuels qui varient de 7 à 11 %. Conséquence évidente, quelqu’un, quelque part, devra absorber le tout. Il faudra que le client, le produit ou le fournisseur s’ajuste, ce qui aura un impact majeur sur le résultat final, quand on pense aux montants en jeu.

Or, voilà que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (encore lui…), annonce la publication jeudi matin d’un rapport sur la faisabilité de ce projet d’acquisition. Que fait le gouvernement? Ou plutôt que font les responsables de la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale? Ils viennent d’annoncer une séance d’information technique à l’intention des médias, non pas pour réagir au rapport, mais pour le devancer. Séance d’information en personne doublée d’une conférence téléphonique pour les journalistes de l’extérieur. On pense surtout à ceux de Vancouver et d’Halifax, où se trouvent les deux chantiers navals qui se partagent l’ensemble des 33 milliards de dollars de contrats annoncés en octobre 2011 dans ce secteur.

On semble vouloir essayer une stratégie différente de celle utilisée par le même gouvernement dans le dossier des F-35. En mars 2011, M. Page avait publié un rapport qui concluait que les coûts des F-35 seraient de près du double de ceux annoncés. Une séance de breffage technique de la Défense nationale et quelques réponses assaisonnées d’insultes du ministre Peter MacKay pour démolir M. Page et ses chiffres et, un an plus tard, un vérificateur général qui confirme que c’est M. Page qui avait raison. Une stratégie qui a explosé au visage du gouvernement Harper.

Donc, la leçon retenue, s’il y en a une : on passe en mode attaque préventive, on offre le breffage technique avant plutôt qu’après, comme pour amoindrir le choc.

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Kevin Page, la succession?

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 publié le 29 janvier 2013 à 13 h 56

C’est à la fin mars que prend fin le premier mandat du premier directeur parlementaire du budget (DPB), Kevin Page, et l’opposition fait déjà part de ses inquiétudes quant à sa succession. Thomas Mulcair suggère le prolongement de son mandat pendant le processus de sélection afin d’assurer la continuité, tandis que les libéraux se posent publiquement des questions sur la volonté réelle du gouvernement Harper de pourvoir au poste. M. Page a déjà dit qu’il ne désirait pas un renouvellement de mandat, ce qui en fait sourire plus d’un du côté de la presse parlementaire, et ce qui fait carrément rire aux éclats du côté du gouvernement. Comme si ça avait un tant soit peu été envisagé… Il suggère plutôt les noms de trois membres de son équipe actuelle, qui sont très qualifiés pour assurer la relève dans la continuité.

La continuité dans ce bureau semble justement poser problème au gouvernement Harper, si on se fie aux propos récents du ministre des Finances Jim Flaherty. Ce dernier affirmait que le mandat du DPB gagnerait à être mieux défini, car, selon lui, M. Page s’en est parfois écarté. Rappelez-vous que M. Page a menacé d’avoir recours aux tribunaux pour obtenir des données plus détaillées des ministères et agences sur l’impact des coupes budgétaires. Pour le gouvernement, son mandat était de surveiller les dépenses, pas leur réduction!

Interrogé hier sur cette critique de son ministre à l’endroit d’un haut fonctionnaire dont l’indépendance est cruciale, le premier ministre Harper a voulu se faire rassurant en confirmant que M. Page aura bel et bien un remplaçant. Il a ajouté : « Nous avons créé le poste pour appuyer les discussions en assurant qu’il y ait une source non partisane et crédible d’opinion sur les questions budgétaires. » Et il concluait : « Nous allons continuer en nous assurant que nous avons un directeur et un bureau qui sont non partisans et crédibles dans leurs évaluations économiques. » Hum!

Ça vient du chef du gouvernement qui s’est fait contredire ou critiquer maintes fois par le DPB, que ce soit sur la viabilité des pensions, les coûts de la lutte à la criminalité et des emprisonnements en hausse, les gels et les compressions de dépenses, les coûts de sécurité des sommets du G-8 et du G-20, les prévisions à la veille de la crise financière et économique de la fin 2008 et surtout le fameux épisode des chasseurs F-35. M. Page avait alors subi les attaques en règle de la Défense nationale, mais aussi celles du gouvernement Harper, pour ensuite de se faire dire par le vérificateur général et plus récemment par le Secrétariat, qu’il avait raison.

Étant techniquement un employé de la Bibliothèque du Parlement, c’est de ce côté que le processus a été enclenché, avec la recherche d’un chasseur de têtes qui se chargera de trouver des candidats. Ça, c’est pour la partie formelle, celle prévue par les articles de la Loi sur le Parlement ajoutés par les conservateurs à leur arrivée au pouvoir pour créer de toutes pièces le poste promis dans la plateforme de l’élection de 2006. À la fin de l’exercice, c’est quand même le gouvernement qui nommera le successeur de Kevin Page.

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Kevin Page, la consécration?

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 publié le 12 avril 2012 à 12 h 37

Le nom du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, rebondit dans l’actualité depuis une dizaine de jours, plus d’un an après la publication d’un rapport dans lequel il évaluait les « coûts de propriété totaux » du programme des chasseurs F-35 à environ 29 milliards de dollars sur 30 ans.

Son rapport, publié le 10 mars 2011, tombait pile. Les Communes débattaient à ce moment-là des fameuses motions pour outrage au Parlement, qui ont mené deux semaines plus tard au renversement du gouvernement Harper et à l’élection du 2 mai.

Une des motions portait justement sur le refus du gouvernement de dévoiler ce que l’opposition voyait comme les coûts réels du programme des F-35, le gouvernement discréditant Kevin Page et maintenant son chiffre de 15 milliards de dollars.

La publication, la semaine dernière, du rapport du vérificateur général nous apprend ceci : les chiffres de M. Page étaient tout près de la réalité, et le gouvernement avait en main des chiffres beaucoup plus élevés que ceux qu’il publiait en réponse à M. Page.

Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (archives)Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (archives)

Kevin Page occupe un poste de directeur parlementaire du budget créé en 2006 par les conservateurs. Ces derniers voulaient ainsi faire montre de transparence, en lien avec leur projet de loi sur la responsabilité, qui se voulait entre autres un ménage après le scandale des commandites.

M. Page est vite devenu une épine dans le pied du gouvernement, en raison de ses rapports synchronisés avec le débat politique du jour. 

  • On s’interroge sur le coût des mesures sur la loi et l’ordre du ministre Nicholson? Kevin Page publie son évaluation sur le coût d’une mesure, celle du temps purgé avant condamnation compté en double, beaucoup plus coûteuse que ne l’admet le gouvernement Harper. 
  • M. Harper parle à Davos du péril qui guette en 2030 le programme de la sécurité de la vieillesse? M. Page publie une étude allant à l’encontre du constat de M. Harper sur la « viabilité » du programme au-delà de 2030. 
  • Et on a parlé plus haut de son rapport sur les F-35…

Bref, des rapports qui ont eu l’heur de déplaire au gouvernement d’une part, mais qui ont aussi laissé paraître une certaine politisation de sa fonction, contrairement au cas du vérificateur général, toujours perçu comme neutre et placé sur un piédestal après le passage d’une dénommée Sheila Fraser.

Le VG, comme on l’appelle ici, est nommé pour 10 ans. Un poste inamovible et non renouvelable, ce qui élimine toute influence politique.

M. Page a été nommé en 2008. Il s’agit là d’un poste amovible, pour un mandat d’au plus cinq ans et qui est renouvelable. Ce qui pourrait entraîner une certaine complaisance s’il tenait à son emploi, mais disons qu’on ne peut certainement pas l’en accuser. 

Le VG a un budget de 100 millions de dollars, M. Page, 2,8 millions de dollars. Le VG a 600 employés, Kevin Page en a 14… et 3 stagiaires-étudiants!

Avec l’imprimatur, à rebours, avec un an de retard, du vérificateur général, M. Page n’a peut-être pas sauvé son emploi, mais il a peut-être donné un début d’indépendance à son poste, qui relève de la Bibliothèque du Parlement.

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