Billets classés sous « Justin Trudeau »

La marée rouge vue de Québec

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 publié le 20 octobre 2015 à 18 h 04

À première vue, le premier ministre Couillard a de quoi se réjouir des résultats des élections fédérales. Justin Trudeau a indiqué qu’il voulait agir avec davantage d’ouverture dans sa façon de pratiquer le fédéralisme, et cela paraît relativement prometteur dans le dossier des changements climatiques.

À ce chapitre, les Couillard et Trudeau affichent une même détermination sur papier, bien que, concrètement, il n’est pas clair dans quelle mesure ces deux administrations réagiront concrètement aux projets de transport et d’exploitation des hydrocarbures au Québec et dans le reste du Canada.

Pour les transferts en santé, Justin Trudeau rejette l’approche unilatérale du gouvernement Harper et se dit prêt à discuter avec les provinces. Mais il insiste davantage, dans sa lettre qui répond aux demandes de Philippe Couillard, sur l’innovation que sur des injections importantes de fonds, comme le réclame Québec.

Dépassé sur sa gauche

Le plus évident de ces points de discorde entre les deux hommes est lié à l’économie et aux finances publiques. Philippe Couillard s’emploie à gratter les fonds de tiroir et réduit les dépenses en éducation bien en deçà de l’inflation tout en prétendant qu’il ne pratique pas une politique d’austérité. En revanche, Justin Trudeau plaide pour des déficits modestes pour relancer l’économie, avec un Ontario qui est parfaitement au diapason avec une politique économique expansionniste.

Philippe Couillard se fait aussi dépasser sur sa gauche par Justin Trudeau dans le dossier des retraites publiques (un régime plus généreux est envisagé en Ontario et peut-être ailleurs au Canada, mais pas au Québec). Quant au dossier de la marijuana, le PM du Québec est contre la légalisation et veut s’en tenir à la décriminalisation, sans parvenir à expliquer clairement son point de vue, même si quelques États américains sont déjà engagés sur la voie de la légalisation.

Moins libéral que les libéraux fédéraux

À propos du niqab, Justin Trudeau est limpide et rejette toute interdiction. Il l’a répété le soir de son élection. Pour sa part, Philippe Couillard se retrouve maintenant dans le rôle de celui qui veut interdire, peut-être au détriment de la Charte des droits et libertés, cette pièce de vêtement qui couvre le visage et le corps. En théorie, Philippe Couillard pourrait bénéficier sur cette question d’un appui populaire au Québec, bien que, jusqu’à présent, il n’y a que Mario Dumont qui soit parvenu à profiter bien temporairement (et il y a déjà 8 ans) du débat identitaire au Québec.

Et Philippe Couillard veut interdire le niqab – un outil d’oppression des femmes qui n’a rien à voir avec la religion, a-t-il répété en anglais au lendemain du scrutin fédéral – même s’il s’empêche d’interdire le tchador, qui couvre tout le corps, mais pas le visage. Doit-on comprendre que, pour cette raison, le tchador ne serait pas un outil d’oppression? Le tchador, dans l’esprit du premier ministre Couillard, serait-il une véritable pièce de vêtement à caractère religieux? Tout cela paraît bien spécieux, surtout à la lumière de décisions de la Cour suprême sur la liberté de religion.

À l’ombre d’Ottawa

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a jugé bon de se ranger aux côtés de Justin Trudeau, et tout indique qu’elle a remporté son pari sur tous les tableaux. Justin Trudeau deviendra premier ministre d’un gouvernement majoritaire avec forte représentation ontarienne.

Philippe Couillard ne peut pas en dire autant. La conséquence sera-t-elle que le Québec passera après l’Ontario à Ottawa? En tout cas, l’inverse paraît peu probable.

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau risque d’obtenir une partie appréciable de l’espace médiatique. Les nouveaux ministres fédéraux seront nécessairement plus présents que leurs prédécesseurs conservateurs. Dans certains cas, ça se fera au détriment des ministres libéraux québécois, qui seront moins sous les feux de la rampe.

L’éclat du nouveau premier ministre et de sa famille, qui prendront place au 24 Sussex, pourrait rendre bien terne un premier ministre Couillard qui n’affiche, pour le moment, que des ambitions comptables.

Les gouvernements libéraux à Québec ont rarement bénéficié de la présence d’un gouvernement rouge à Ottawa. Face au fils de Pierre Trudeau, le fédéraliste convaincu qu’est Philippe Couillard devra jauger la façon dont il commandera sa barque constitutionnelle, dont il se plaît à agiter les voiles, malgré qu’il sache qu’elle est toujours en cale sèche. Est-ce qu’un jour viendra où Philippe Couillard sera contraint de manifester des velléités nationalistes pour rassurer les Québécois à l’égard de Justin Trudeau et retrouver une place au soleil?

Tout nouveau, tout beau

Le nouveau premier ministre paraît promis à une lune de miel qui, par la force des choses, ne durera qu’un temps. Philippe Couillard sait bien qu’un jour ou l’autre, Justin Trudeau perdra du lustre, d’autant que son propre gouvernement a subi une importante métamorphose en une seule nuit, en raison de l’arrivée de Justin Trudeau.

Le gouvernement Couillard apparaît tout à coup plus beige et sans vertu progressiste, comme si l’on se rendait compte davantage de certains plis du gouvernement du PLQ que l’on associait jusqu’à présent au gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Catégorie: Québec

Justin Trudeau, la simplicité volontaire

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 publié le 6 mai 2015 à 17 h 31

Justin Trudeau a enfin quelque chose à proposer aux Canadiens, alors qu’on s’impatientait de plus en plus de son manque de substance et surtout de son peu d’engagements clairs en prévision de la prochaine campagne. Il peut donc commencer à se promener dans le pays à visière levée, les épaules dégagées. Il a des politiques, mais surtout un message tout frais à livrer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire au lendemain de la divulgation de son « plan ».

Présenter le document de lundi comme LE plan de M. Trudeau pour « redonner à la classe moyenne », c’est donner l’impression qu’on a déjà fait le tour de ce qui promettait d’être le thème central de sa campagne. Les mesures sont substantielles, mais M. Trudeau a déjà annoncé lundi que d’autres engagements viendraient en matière d’éducation, de pauvreté et d’autres enjeux citoyens.

Les baisses et hausses d’impôt et la nouvelle allocation aux enfants donnent ce qui sera le ton des libéraux pour la prochaine campagne. Et elles seront confrontées à des équivalents des conservateurs et des néo-démocrates. M. Trudeau a beaucoup parlé des politiques de M. Harper qui divisent. Ses premiers engagements concrets s’appuient eux aussi sur des choix de clientèle électorale.

Ainsi, les fameux 1 %, ou les 0,85 % pour être plus précis, paient déjà 20 % de tous les impôts au pays; il alourdit leur fardeau de 12 %. Aux 1 % « qui ont réussi », comme dit M. Trudeau, il oppose à sa façon un 24 %. C’est la proportion des gens qui déclarent à l’Agence du revenu du Canada des revenus imposables de 45 000 $ à 89 000 $. Précisons que tous ceux qui déclarent plus de 89 000 $ touchent aussi le maximum. Mais pourquoi ajouter ça dans le portrait, gardons ça simple, se sont sûrement dit M. Trudeau et cie.

On parle jusqu’à maintenant de contribuables individuels. Si on va du côté des familles, là, les libéraux ratissent assez large également. Tous les ménages dont les revenus vont jusqu’à 150 000 $ recevront au net plus d’argent d’un gouvernement libéral que d’un gouvernement conservateur et ils continueront de recevoir des chèques mensuels jusqu’à ce que leur revenu familial atteigne 190 000 $. Calcul libéral : 9 familles sur 10 seront avantagées par la nouvelle allocation.

On comprend tout de suite l’opposition avec le choix conservateur sur le fractionnement du revenu, qui ne touche que 15 % des familles, dont la plupart ont des revenus supérieurs à la moyenne. Au jeu des divisions de clientèle et des calculs, les libéraux semblent être devenus aussi intéressés que les conservateurs.

En fait, ils ont décidé de jouer sur le même terrain que les conservateurs, soit celui de cibler une clientèle, mais en visant nettement plus large. On a beaucoup interrogé M. Trudeau, depuis deux ans, sur sa définition de la fameuse classe moyenne. Le chef libéral et ses conseillers ont décidé de ne pas s’emberlificoter dans un débat à n’en plus finir. Il n’aime pas plus la sociologie que Stephen Harper.  On est allé au plus simple, au plus facile à définir, tout en ayant l’air d’avoir fait ses devoirs, là aussi, comme les conservateurs.

Il y a deux types de familles avec enfants au Canada et elles se trouvent de part et d’autre de la barre des 150 000 $ de revenu. Neuf familles sur 10 se trouvent en bas de cette barre, c’est clair? Et simple aussi.

Pour la baisse d’impôt financée par 3 milliards de dollars qui viendront du 1 %, on verra comment réagiront ceux dont M. Trudeau dit qu’ils ont toujours accepté d’aider dans le passé. Mais, de toute façon, qui viendra pleurer sur leur sort ? Le discours public des dernières années autour du 1 % répond à la question, si vous vous la posiez encore.

On a beaucoup entendu les expressions « Justin des Bois » et « Robin Trudeau » depuis lundi. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un peu de « Stephen Trudeau »? Sinon dans le contenu, du moins dans la manière, la tactique. Surprenant? Lisez plutôt.

Un chèque! « Il suffisait d’y penser », ont dû se dire les collaborateurs de M. Trudeau. Les libéraux nous ont plutôt habitués au fil des années à des services et à des programmes nationaux, souvent complexes, financés à même les impôts. Les chèques aux parents? On s’en méfiait, au point de mener à cette bourde d’un adjoint de Paul Martin, lors de la campagne de 2005-2006, sur les parents qui « achèteraient de la bière et du pop-corn avec cet argent-là ».

Qui aurait cru que c’est Justin Trudeau, un libéral, qui dirait qu’il faut que les citoyens aient plus d’argent dans leur poche parce que :

« Il y a bien des études qui ont démontré que c’est bien efficace de donner à ceux qui en ont besoin plus d’argent dans leurs poches pour faire croître l’économie et faire réussir leurs familles. »

Donc, une bagarre à la régulière, mon chèque contre ton chèque et ma baisse d’impôt contre la tienne.

« Redonner », au 1% qu’on impose davantage, un chèque plus gros et sans impôt… C’est simple, nettement plus que de parler de dollars en infrastructure et de leurs retombées. La méthode conservatrice, à l’intérieur d’un cadre conservateur également. Celui d’un État que Stephen Harper a rapetissé ces 10 dernières années, un nouveau terrain de jeu imposé par son rival, que Justin Trudeau a adopté.

Jusqu’à maintenant, Thomas Mulcair est le seul qui semble vraiment vouloir renverser la vapeur sur la taille de l’État fédéral avec ses hausses d’impôt des sociétés pour financer des initiatives comme des garderies.

À venir, quelques questions sur le  plan Trudeau.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Le bulletin de notes des chefs à Ottawa

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 publié le 12 décembre 2014 à 17 h 34

La session parlementaire terminée, notre courriériste parlementaire dresse le bilan de Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau à Ottawa.

  • Stephen Harper

Meilleur coup : Sa gestion de la lutte au terrorisme, au pays et à l’étranger avec la participation des CF-18 à la mission de la coalition contre le groupe armé État islamique (EI) en Irak.

Épines au pied : Julian Fantino et Leona Aglukaqq. Une dans chaque pied!

Nuages à l’horizon : L’évolution des prix du pétrole, la décision sur le pipeline Keystone XL, les revenus fiscaux et le discours sur la superpuissance énergétique qui en dépendent.

Occasions : La sécurité nationale, la « matière forte » de Stephen Harper. De nouvelles mesures antiterroristes et une mission à prolonger en Irak face à l’EI.

Citation : « C’est un fait que Jim, aussi férocement partisan qu’il ait pu être, était sincèrement apprécié et respecté par ses adversaires, aimé par ses ennemis. C’est quelque chose dans notre milieu, quelque chose que j’envie, je n’arrive même pas à me faire aimer par mes amis. » – Hommage à Jim Flaherty à ses funérailles le 16 avril dernier.

À travailler en 2015 : Sa relation avec deux femmes : la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne. Des querelles publiques ou persistantes avec elles pourraient lui coûter cher.

Sondages : Selon la moyenne mensuelle des sondages compilés par Threehundredandeight.com, le Parti conservateur se situait à 32 % des intentions de vote en novembre, son plus haut score cette année. Le creux pour le PC était à 28 % en février et juillet.

Défi en 2015 : L’incontournable poids des années, presque 10 ans au pouvoir au moment de l’élection en octobre 2015.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, début du procès de Mike Duffy

Lecture pour les Fêtes :
Laurier and a Liberal Quebec : a study in political management : pour des raisons évidentes, il pourrait le prêter à Denis Lebel avec des annotations.

Discipline of power : the Conservative interlude and the Liberal restoration : interlude conservateur, restauration libérale?

  • Thomas Mulcair

Meilleur coup : un programme national de garderies plafonnées à 15 $ par jour. D’une pierre deux coups, facile à évaluer pour les familles et ça coupe l’herbe sous le pied des libéraux qui nourrissent cette ambition depuis deux décennies.

Épine au pied : Pas de traction chez l’électeur en raison de ses performances, il semble se heurter à un plafond de verre. En témoignent les sondages, mais surtout les résultats du NPD dans les élections partielles. Six partielles en 2014, des reculs partout : de 20 % dans Trinity-Spadina laissé vacant par Olivia Chow et seulement 8 % des voies dans Whitby-Oshawa, où le NPD a déjà eu certaines assises. Des messages forts.

Occasion : Être sorti des blocs de départ électoraux rapidement avec des engagements qui occupent le vide laissé par Justin Trudeau : garderies, transferts en santé rétablis, salaire minimum fédéral, enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, etc.

Citation : « Ben non, coco, j’suis en train de donner la réponse complète. J’pensais que vous étiez avocat, je m’suis peut-être trompé. » – Le 15 mai dernier, en réponse aux conservateurs et aux libéraux en comité sur les bureaux satellites de son parti financés par les fonds publics.

Nuages à l’horizon : Est-ce que la « technique Mulcair » en Chambre a fini de porter ses fruits? Les interrogatoires serrés et acharnés sur les déboires du gouvernement Harper par rapport au ministère des Anciens combattants n’attirent pas les éloges comme ceux sur l’affaire Wright/Duffy un an auparavant.

À travailler en 2015 : Un recours assommant aux formules « le NPD est le seul parti… » et « contrairement aux libéraux et aux conservateurs » qui transforment sa volonté de se démarquer, surtout de Justin Trudeau, en une véritable obsession.

Sondages : La même moyenne mensuelle plaçait le NPD à 22 % en octobre, juste au-dessus du creux de 21 % d’octobre. Il a atteint son sommet en mars avec 25 % des appuis.

Défi en 2015 : Convaincre les Canadiens de choisir son parti, d’un bout à l’autre du spectre politique,  sans s’arrêter en chemin, en territoire familier, chez les libéraux.

Lecture pour les Fêtes :
T. C. Douglas: the road to Jerusalem : tout le parcours de celui qui demeure une inspiration pour les néo-démocrates. Sauf qu’on le présente comme le politicien le plus influent à ne jamais avoir été élu premier ministre du Canada. Peut-être pas une si bonne idée après tout.

  • Justin Trudeau

Meilleur coup : Exclusion des sénateurs conservateurs du caucus national libéral.

Épine au pied : Massimo Pacetti et Scott Andrews.

Occasion : Profitera-t-il de la reprise inévitable du débat sur la mission en Irak pour essayer de s’installer sur le terrain de la politique étrangère? La politique étrangère fait rarement gagner une élection, mais elle imprègne les perceptions et Stephen Harper ne rate pas beaucoup d’occasions dans ce domaine.

Citation : « C’est très inquiétant – surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l’implication russe en Ukraine. »
– Guy A. Lepage : « Juste à cause du hockey? »
– Justin Trudeau : « Non. C’est d’essayer d’amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante. »

C’était lors de son passage à Tout le monde en parle le 23 février dernier.

Nuages à l’horizon : persistance ou regain de tension au Moyen-Orient avec la possibilité d’autres attaques en sol canadien, des événements qui semblent favoriser Stephen Harper.

À travailler en 2015 : Lui aussi, sa relation avec deux femmes. Est-ce que Kathleen Wynne lui livrera l’Ontario à l’élection d’octobre? Puis, l’avocate Cynthia Petersen ne devrait pas le prendre par surprise, mais plutôt lui montrer une porte de sortie légitime dans le dossier de MM. Pacetti et Andrews.

Sondages : Toujours en tête à 35 % comme moyenne mensuelle des sondages en novembre, mais l’écart se rétrécit. Le sommet, 39 % en juillet, le creux, 31 % en mai. En fait, les libéraux sont en tête des moyennes mensuelles sans interruption depuis avril 2013, après que Justin Trudeau a été choisi chef. Le PC et le NPD occupent les 2e et 3e rangs avec la même constance.

Défi en 2015 : Utiliser l’instinct politique qui l’a amené à prendre des positions audacieuses ou énergiques (harcèlement, marijuana, charte des valeurs, avortement, sénateurs expulsés…). Transformer des prises de position audacieuses ou énergiques dignes d’un chef (marijuana, charte des valeurs, harcèlement, avortement, sénateurs expulsés) en une perception plus durable de chef de gouvernement.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, comme Stephen Harper, mais pour une autre raison : la fin de l’engagement initial de six mois des CF-18 en Irak. Y sera-t-il toujours opposé? Retour sur un dilemme.

Lecture pour les Fêtes :
A reckless youth : une jeunesse imprudente, par J.F. Kennedy. Et tant qu’à y être, Prelude to leadership : a diary, par le même Kennedy.
Pirouette : Pierre Trudeau and Canadian Foreign Policy : ou quand la pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Bonne occasion d’apprendre à maîtriser l’art de la pirouette que semble tenter le fils dans ce même domaine.

Catégorie: Ottawa

C’était le 5 novembre dernier.

Une onde de choc a secoué la colline du Parlement quand Justin Trudeau a expulsé de son caucus deux députés pour des allégations de faute personnelle.

Thomas Mulcair, ébranlé, se disait profondément attristé par ces allégations des plus sérieuses.

« C’est le devoir de tous les députés de toutes les formations politiques d’agir pour faire en sorte que la colline parlementaire, comme tout lieu de travail, soit sécuritaire et libre de ces accrocs à la capacité de fonctionner », soulignait le chef du NPD.

« Le Parlement a besoin de lignes directrices et de procédures claires pour traiter des plaintes de ce type et d’une telle gravité. Cela fait partie du leadership que tous les Canadiens attendent de nous », ajoutait le chef libéral en demandant au président des Communes de faire la lumière sur les allégations.

Or, trois semaines plus tard, si ni l’un ni l’autre des deux chefs n’a dévié de sa position initiale, chacun est confronté au fait que leur appel à la confidentialité, au devoir de tous d’être à la hauteur du problème que représente le harcèlement, n’a pas été entendu.

La politique partisane a rapidement repris ses droits sur un enjeu qui devrait pourtant en être dépourvu.

D’une part, il y a les deux présumées victimes qui craignent sans cesse de voir leur nom être publié. De l’autre, il y a deux ex-députés libéraux qui n’ont pas eu l’occasion de se défendre. Mais surtout, entre les deux, il y a une armée de stratèges, de députés qui, pris dans la tornade politique et médiatique, conscients que leur chef joue une partie de leur avenir, alimentent la machine à rumeurs.

C’est cette pression qui a incité l’une des deux présumées victimes à se confier, contre la promesse que son nom ne sera pas révélé. Elle désirait avant tout reprendre un minimum de contrôle de sa vie qu’elle voyait au cœur des débats politiques depuis trois semaines.

Or, son témoignage a davantage incité certains à en raconter davantage, de nouveaux présumés détails ultraconfidentiels sur son histoire se sont retrouvés dans les médias. (Des détails, je me dois de le souligner, que Radio-Canada a choisi de ne pas diffuser parce qu’ils ne servent pas l’intérêt public).

Au moment où le climat devient de plus en plus toxique dans la bulle parlementaire d’Ottawa, ne serait-il pas propice à ce que tous prennent un pas de recul et trouvent le moyen de mettre leurs intérêts partisans de côté? Car il est difficile de croire que le sort des présumées victimes et le droit des deux ex-députés libéraux de se défendre aient été respectés et aient guidé le débat politique au cours des dernières semaines.

Certes, c’est la raison pour laquelle tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont renouvelé leur appel au président des Communes de mettre sur pied un processus confidentiel, indépendant juste et équitable pour faire la lumière sur ces allégations, tout comme se voient forcés de le faire bien des PDG d’entreprises confrontés à des situations semblables au Canada.

Le président des Communes a beau affirmer qu’il ne peut rien mettre en branle tant qu’il n’a pas reçu de plainte formelle et avoir mis à la disposition des députés en question les processus de médiation et de résolution de conflits qui existent pour les employés de la Chambre, la solution qu’il a avancée ne satisfait personne.

« On ne sait même pas comment déposer une plainte qui reste confidentielle, on ne sait même pas à qui on le fait, comment on procède », déplorent les présumées victimes.

Une analyse que partage d’ailleurs la whip du NPD, Nycole Turmel, qui attend toujours des explications du président des Communes quant aux experts externes ou les ressources qui sont offertes actuellement et qui pourraient être déployées pour se pencher sur les allégations formulées par les deux députées du NPD.

Donc, trois semaines après le début de cette troublante affaire, celui à qui tous donnent l’autorité morale d’agir, le président de la Chambre, avance encore à l’aveugle, à pas de tortue. Les fuites se multiplient et le débat sur la nature des allégations, qui devait être confidentiel, se fait sur la place publique.

Cet enjeu si délicat et si important semble être pris en otage par le climat partisan qui l’envenime.

C’est là un bien malheureux message qu’envoie la classe politique au reste de la société.

 

Catégorie: Ottawa

Et c’est parti à Ottawa!

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 publié le 16 septembre 2014 à 9 h 07

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas blâmer les journalistes. C’est bien le premier ministre Harper qui a lancé les hostilités sur le front électoral lundi matin lors de son rassemblement partisan au rythme d’une des chansons fétiche des conservateurs Taking care of business, sa version « des vraies affaires ».

Si rien ne remplace dans l’esprit des électeurs la vraie campagne électorale de l’automne prochain en vue d’un scrutin le 19 octobre 2015, la joute des prochains mois sera cruciale pour permettre aux chefs de consolider leurs organisations et surtout consolider leurs appuis dans l’esprit de l’électorat. Et la joute politique de cette rentrée est révélatrice des défis et devoirs de tout un chacun.

Stephen Harper : l’usure du pouvoir

D’ici la fin de l’année, Stephen Harper sera au 6e rang des premiers ministres ayant été en exercice le plus longtemps. Après neuf ans au 24 Sussex, il n’échappe pas à l’usure du pouvoir. D’ailleurs, les deux tiers des Canadiens croient que le fruit est mûr pour un changement de gouvernement, même si la proportion d’électeurs qui apprécient le travail du gouvernement conservateur est davantage de l’ordre de 49 %.

Il est là le défi du chef conservateur, soit renverser la tendance des derniers mois et l’effritement de ses appuis à l’échelle du pays et plus particulièrement en Ontario, la clé de sa majorité en 2011.

Les conservateurs font donc le pari de faire campagne contre le risque du changement, miser sur leur valeur sûre qu’est l’économie.

« La mesure d’un bon gouvernement, le vrai test de leadership, ne réside pas dans les succès accomplis dans les moments de paix et de stabilité, mais face au risque et au danger », dit Stephen Harper

La stratégie est double : profiter des surplus à l’horizon pour séduire à nouveau l’électorat avec une série de mesures populaires et populistes, baisses d’impôts, des tarifs de câblodistribution, des écarts de prix avec les États-Unis, et projeter l’image d’un chef décisif sur la scène internationale dans des dossiers aussi délicats que l’Ukraine et l’Irak. Mais la stratégie n’est pas sans risques.

Les baisses d’impôts ciblées sont certes devenues la marque de commerce des conservateurs. Pensez à tous les crédits d’impôt allant de l’équipement sportif, au transport en commun en passant par les cours de musique. Mais après tant d’années au pouvoir, ces baisses ne marquent plus l’imaginaire autant qu’avant. Et si les conservateurs semblent toujours miser sur un éventuel fractionnement du revenu, cette mesure bien coûteuse n’est pas sans ses détracteurs et ouvre certainement la porte aux meilleures façons de dépenser plus de 3 milliards de dollars par an pour la classe moyenne.

La scène internationale comporte aussi son lot d’écueils pour Stephen Harper

C’est une chose de se présenter comme le plus grand défenseur de l’Ukraine, mais comment alors réconcilier le silence assourdissant d’Ottawa sur la demande de l’Ukraine de se joindre à l’OTAN? C’est une chose d’envoyer des forces spéciales en Irak, mais pour combien de temps, à quel prix, pour faire quoi?

Finalement Stephen Harper peut bien affirmer que la seule différence entre le Hamas et l’État islamique est que l’un des deux est plus proche d’Israël, mais est-ce vraiment la mesure d’un chef qui saisit toute la complexité de la situation au Proche-Orient?

Justin Trudeau : le test de crédibilité

Après 17 mois consécutifs en tête des intentions de vote c’est un euphémisme que de dire que Justin Trudeau est en plutôt bonne position. Mais il n’en demeure pas moins que cette position comporte une bonne dose de fragilité. Les électeurs conservent bien des doutes à son égard tant au chapitre des idées que du leadership.

Il est donc intéressant de noter que d’emblée en cette reprise des travaux parlementaires, ce politicien qui répète depuis plus d’un an qu’il n’a pas l’intention de dévoiler son programme avant les prochaines élections, ait pris la peine d’annoncer au moins une politique claire.

Un gouvernement libéral annulerait la baisse de cotisation d’assurance emploi promise aux petites entreprises par le ministre des Finances Joe Oliver la semaine dernière. Il opterait plutôt pour une exemption de cotisation pour tout employeur qui créerait un nouvel emploi.

Le signal est clair : les libéraux veulent montrer que leur chef n’est pas une coquille vide et qu’il est capable de formuler des politiques concrètes qui répondent aux défis de l’économie d’aujourd’hui.

Comme l’utilisation des surplus prendra de l’ampleur dans les prochaines semaines et les prochains mois, le chef libéral devra aller plus loin et clarifier sa pensée sur un élément essentiel. Sera-t-il prêt à révoquer les baisses d’impôts des conservateurs pour financer son propre programme électoral.

C’est la clé de voûte des finances publiques pour les prochaines années, et il sera difficile pour les libéraux d’entretenir le suspense sur ce front pendant 13 mois.

Finalement, s’il veut montrer qu’il est apte à gouverner, Justin Trudeau devra répondre au défi implicite que lui a lancé Stephen Harper sur le front de la politique étrangère. Car les libéraux ont beau plaider que les conservateurs nuisent à la réputation du Canada dans le monde, sur les dossiers d’Israël particulièrement cet été, de l’Ukraine et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là, les nuances dans leurs approches sont plutôt subtiles.

Pour consolider son avance et se prémunir contre les risques inhérents à une campagne électorale, le chef libéral n’a pas le luxe d’attendre le déclenchement de celle-ci en septembre prochain pour faire la preuve qu’au-delà du style, il a la substance pour devenir premier ministre.

Thomas Mulcair : au-delà du rôle d’opposition

Brian Mulroney a dit de lui qu’il est le meilleur chef d’opposition depuis John Diefenbaker, et il est bien là le problème du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Thomas Mulcair doit convaincre les Canadiens qu’il est plus qu’un bon chef d’opposition.

C’est ainsi que celui qui a fait sa marque à Ottawa en menant l’inquisition contre le premier ministre dans le scandale du Sénat fait le pari de sortir de la capitale pour aller à la rencontre des Canadiens. L’objectif est clair : faire valoir le politicien sensible, près des préoccupations des gens, plutôt que le parlementaire féroce et sans compromis qu’ils ont connu jusqu’ici.

Thomas Mulcair n’a toutefois pas le luxe de jouer les jeunes premiers, d’où le pari du NPD de dévoiler sa plateforme électorale le 19 octobre prochain, un an jour pour jour avant la prochaine élection. L’espoir ici, c’est que les politiques précises du NPD aideront le chef du parti à rejoindre l’électorat. Le NPD espère ainsi faire la preuve, politiques précises à l’appui, que l’expérience du chef compte. Le NPD mise sur l’« expérience solide » pour contrer le « se préparer à vous représenter » de Justin Trudeau.

Les stratèges du NPD vous diront qu’ils demeurent optimistes, en meilleure position qu’à un an des élections de 2011, que leur chef est plus populaire que son parti.

Certes, mais la réalité demeure que leur parti est bon troisième dans les intentions de vote, troisième aussi au chapitre du financement, troisième dans une course qui prend parfois des allures de duel entre conservateurs et libéraux.

Mario Beaulieu : un défi de taille

Le chef du Bloc québécois n’a pas raté cette rentrée parlementaire, mais il a dû se contenter d’y assister en marge, forcé de répondre aux multiples questions sur son leadership, plutôt que d’imposer sa voix comme incontournable dans le débat québécois. C’est dire toute l’ampleur du défi qui l’attend toujours.

Malgré la défection de deux députés, malgré les critiques et divisions internes depuis son arrivée, Mario Beaulieu demeure optimiste. Mais les priorités qu’il évoquait lundi révèlent déjà un ajustement dans sa stratégie.

Il s’est fait élire en balayant du revers de la main l’approche de la « défense des intérêts du Québec » et a campé la crédibilité du Bloc au fil des ans. Il compte aujourd’hui faire la preuve que les partis fédéralistes relèguent ces intérêts au second rang, et aussi porter le ballon du déséquilibre fiscal. Des priorités qui donnent un air de déjà vu à l’approche du Bloc québécois version 2014.

Un an c’est le temps qu’il reste aux chefs de partis avant de monter à bord de leurs avions et autobus armés de slogans et de certitudes. Et si rien ne remplace le presto d’une campagne électorale pour mettre ces chefs à l’épreuve et interpeller l’électorat, le travail de terrain des 12 prochains mois sera déterminant et dictera inévitablement lequel d’entre eux sera sur la ligne de départ en position de force en septembre prochain.

Catégorie: Ottawa

Fin de saison sur ton de partielles

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 publié le 2 juillet 2014 à 18 h 25

Il y a un an, à la fin de la « saison » politique 2012-2013, le premier ministre Stephen Harper avait eu un avant-goût de ce qui l’attendait à l’automne : l’interrogatoire musclé du « procureur Mulcair », chef de l’opposition officielle, sur l’affaire Wright-Duffy. Ce qui est arrivé.

À ce moment-là, M. Harper avait aussi devant lui quelques échéances pour lui permettre de reprendre l’initiative de la joute politique, soit un congrès (qui a finalement eu lieu à la fin octobre à cause des inondations de juin à Calgary), un remaniement qui arriva le 15 juillet, une prorogation et un discours du Trône et, enfin, le budget qui a confirmé que le gouvernement fédéral est sur la voie de l’équilibre budgétaire.

Les quatre événements ont eu lieu et, un an plus tard, force est de constater que le gouvernement de M. Harper n’a pas vraiment réussi à changer la donne politique. Ce qui était vu au début de l’été dernier comme étant la lune de miel de Justin Trudeau avec l’électorat dure toujours, selon les sondages. De plus, des résultats électoraux viennent concrétiser le tout sur le terrain politique. Des élections en plein long congé de la fête du Canada, la plus faible participation jamais vue, les bémols habituels sur les résultats de partielles, tout le « spin » du monde politique n’arrive pas à faire oublier le fait que, quelque part, M. Trudeau et son équipe doivent faire quelque chose correctement. Ou bien ses adversaires Harper et Mulcair sont incapables de prendre le dessus… ou bien les deux.

C’est particulièrement intéressant du côté conservateur. Après un an de publicités négatives, les sondages d’avant les partielles montraient que M. Trudeau continuait de voguer en tête. Les conservateurs ont eu recours à ce stratagème dans la circonscription où ils avaient, semble-t-il, une chance d’égratigner le vernis du chef libéral, Scarborough-Agincourt. On le dépeint presque comme un revendeur de drogue aux adolescents, on cite hors contexte le libéral sortant qui détenait la circonscription depuis 25 ans… Rien n’y a fait, le candidat libéral de M. Trudeau a augmenté de 15 % les appuis à son parti par rapport au score obtenu par le vétéran Jim Karygiannis en 2011.

Visiblement, les publicités agressives, voire hargneuses, des conservateurs n’ont pas encore l’effet recherché, comme celui obtenu quand MM. Dion et Ignatieff en étaient les cibles. Cela a certainement à voir avec la cible, mais aussi, peut-être bien, avec le tireur. Les conservateurs et le NPD voient peut-être les choses du même oeil, semblent encore compter sur des erreurs de Justin Trudeau pour renverser la tendance. Une ou deux gaffes notables pendant les 37 jours de campagne? Un embarras majeur lors d’un débat des chefs?

Outre la bonne performance de son adversaire libéral, le premier ministre Harper doit certainement avoir saisi certains messages des partielles de lundi et de novembre dernier. Si ce n’est pas l’effet Trudeau, ce qui explique le recul constant de son parti vient probablement de son côté de l’équation d’un vieux gouvernement, qui s’est entouré d’une palissade après l’affaire Nigel Wright, s’aliénant au passage des institutions et des personnages au-dessus de la joute partisane. Que ce soit Élections Canada, son patron, la Cour suprême et sa juge en chef ou encore l’ancienne vérificatrice générale Sheila Fraser, il y a plusieurs éminents Canadiens liés à l’actualité que le gouvernement Harper n’a pas ménagés ces derniers mois.

Au-delà de l’attitude, sur quoi semble miser M. Harper en prévision d’octobre 2015? Oui, toujours offrir aux Canadiens des rues plus sécuritaires, mais quoi encore? L’économie est la priorité, la carte de visite de son gouvernement. Les finances publiques sont redressées à moins d’imprévus d’ordre économique. De ce côté, les résultats sont mitigés, mais on semble encore sur la voie de l’équilibre. Que peut, surtout, que veut faire le gouvernement Harper?

Pas question de nouvelles dépenses de stimulation économique ni de grands programmes qui entraîneraient des dépenses importantes et à long terme. Si on se fie à M. Harper, c’est du côté des impôts, ceux des particuliers, qu’il faut regarder.

Est-ce qu’on s’est arrêté pour regarder quelles baisses d’impôt sont susceptibles d’avoir un impact, un effet qui durerait de la présentation du budget en février ou mars, jusqu’à l’élection d’octobre l’an prochain? Et surtout, quelle marge de manœuvre a M. Harper pour offrir un cadeau fiscal important et payant électoralement?

Le dernier gouvernement ou parti à avoir fait une véritable campagne gagnante sur la question des impôts des particuliers, à la baisse bien sûr, est celui de Jean Chrétien. Rappelez-vous les élections déclenchées de manière anticipée par Jean Chrétien le 22 octobre 2000, quatre jours après le dépôt de ce que les conseillers libéraux refusaient de nommer un « mini-budget ». Que voulez-vous? Comme disait M. Chrétien… « L’énoncé économique et mise à jour budgétaire » contenait, du point de vue politique, une véritable bombe nucléaire fiscale qui réduisait dramatiquement les impôts des particuliers à partir de l’année 2001.

Je vous fais un bref rappel. Paul Martin avait déjà annoncé dans son budget 2000, quelques mois plus tôt, le retour à la pleine indexation des tables d’impositions : 5,1 milliards de dollars de plus dans les poches des contribuables dès 2001. Il ajoutait la cerise sur le gâteau en octobre, avec un nouveau taux d’imposition et une réduction des taux existants par tranche de revenu.

Résultat, strictement pour les particuliers, environ 10,2 milliards de dollars de plus dans les poches à compter de 2001, 12,1 milliards l’année suivante. Des baisses majeures, pas promises, mais adoptées rapidement en quelques heures par motion de voies et moyens aux Communes. Une telle annonce transformait la campagne libérale en véritable rouleau compresseur, allez en parler à Stockwell Day. Choisi chef de l’Alliance canadienne pendant l’été, il avait défié Jean Chrétien de déclencher des élections à la rentrée en septembre. Le premier ministre s’est fait un plaisir de lui obéir et l’a invité à jouer sur son terrain…

Stephen Harper a dit à plusieurs reprises récemment qu’il a les impôts des particuliers dans le collimateur après l’élimination du déficit. Vous vous souvenez de la promesse remise en question du fractionnement du revenu des familles avec enfants. On prête souvent l’intention aux conservateurs d’avoir synchronisé le déficit zéro et les baisses d’impôt qui l’accompagneraient avec l’année électorale 2015.

On doit garder en tête deux choses si on veut comparer avec le scénario Chrétien de l’année 2000. Premièrement, la proximité entre l’annonce des baisses et le scrutin. En 2000, quatre jours à peine séparaient les baisses d’impôt et le déclenchement des élections. Pour M. Harper en 2015, le budget fédéral est prévu en février-mars, l’élection à date fixe est le 19 octobre suivant, à moins que…

Deuxièmement, l’ampleur, pour que cela se sente dans le portefeuille. Sur ce plan, la barre est haute. Les 10 milliards de dollars retournés aux contribuables par les Chrétien-Martin se comparaient à 87 milliards de recettes gouvernementales provenant de l’impôt des particuliers. Si M. Harper veut faire un « cadeau » comparable en proportion des recettes anticipées de l’impôt sur le revenu, il devra laisser dans les poches des Canadiens plus de 16,8 milliards dès la première année, le tout sans retomber en déficit! Si on veut lui donner une chance, on peut modifier en tenant compte de la place des impôts des particuliers par rapport au PIB, car elle a baissé depuis 2001. Oups, c’est encore 15,6 milliards auxquels il doit renoncer s’il veut frapper un aussi grand coup que Jean Chrétien à l’époque.

Vous aurez compris que si M. Harper fait vraiment campagne sur des baisses d’impôt des particuliers, ça se fera autant, probablement plus, sur la manière, la répartition, les clientèles visées. Plutôt qu’un gros slogan à la Chrétien style « 100 milliards de dollars en 5 ans en baisses d’impôt », M. Harper devra offrir tout un service après-vente aux ménages visés. Avec l’inconvénient d’ouvrir la porte à davantage de débat et d’analyse sur l’impact réel et des contre-propositions rivales basées sur des chiffres identiques. Alors, préparez-vous à plusieurs versions de l’équation baisses d’impôt + classe moyenne = octobre 2015.

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Jeter les bases de la campagne de 2015, sans pour autant vendre la mèche, tel était le défi à relever pour Justin Trudeau lors de ce congrès.

Près d’un an après avoir pris la tête du Parti libéral du Canada, l’heure était venue pour lui d’aller au-delà de son image de jeune premier porté par son charisme et sa popularité et d’enfin définir quel genre de gouvernement il veut offrir aux Canadiens.

Malgré la pression qui s’intensifie pour qu’il présente enfin des solutions concrètes et précises, Justin Trudeau a préféré offrir une vision plus large. Ses stratèges font le pari qu’il est assez populaire en ce moment, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage. Ça évite ainsi de dilapider leurs munitions électorales et de risquer de voir chacune de leurs politiques attaquées de toutes parts par leurs adversaires.

Mais il y a plus. Si son discours de 3822 mots n’a pas particulièrement innové au chapitre de la vision économique, il révèle surtout comment Justin Trudeau compte incarner ses thèmes du changement et de l’espoir pour leur donner une cohérence qui va au-delà des slogans politiques.

 « Mes amis, les Canadiens ne s’attendent pas à ce que le gouvernement fasse des miracles. Ils savent qu’il ne peut pas régler tous les problèmes. » — Justin Trudeau

Intervenir dans l’économie pour stimuler la croissance, créer de la richesse, mais pas trop. Justin Trudeau reste bien au centre de l’échiquier politique. Il prône ainsi un rôle plus interventionniste pour l’État tout en voulant laisser l’impression qu’il compte gérer les finances publiques avec prudence.

Freiner le déclin de la classe moyenne, aider les jeunes à entrer sur le marché du travail, sortir les démunis de la pauvreté, mais aussi investir dans les infrastructures et prôner la recherche de nouveaux marchés pour les ressources naturelles, tout en promettant de mieux protéger l’environnement. Encore là, le chef libéral reste bien au centre. De quoi rappeler la bonne vieille grande tente rouge libérale. Il y en a pour les électeurs de centre gauche et pour les électeurs de centre droit.

N’empêche, il semble clair que pour la grande idée novatrice qui permettra vraiment de résoudre les problèmes de cette classe moyenne, il faudra attendre 2015.

 « Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, et ils ne devraient pas essayer de le faire. Mais ce qu’il fait, il doit le faire bien. » — Justin Trudeau

Il y avait aussi dans le discours de Justin Trudeau une forme de mise en garde devant des délégués qui, à la lumière des résolutions qu’ils ont adoptées, voudraient voir un futur gouvernement libéral intervenir sur tous les fronts : transports, énergie, santé mentale, lutte contre l’obésité, garde d’enfants, logement abordable… On ne compte plus le nombre de résolutions pour la mise en œuvre de stratégies nationales. Et c’est sans tenir compte de leur désir de renouveler le financement de la santé au pays, de mettre en œuvre un plan pour porter les investissements en infrastructures à 1 % du PIB, de financer un programme national de garderies, et j’en passe.

Bien malin celui qui pourra expliquer comment financer tous ces projets sans hausser les taxes et les impôts et sans mettre en péril l’éventuel équilibre budgétaire.

   « La colère peut être une bonne stratégie politique, mais elle est symptomatique d’un gouvernement pitoyable. » — Justin Trudeau

Le message n’est pas nouveau de la part de Justin Trudeau. Il joue la carte du renouveau et du positivisme rassembleur depuis son entrée en politique.

Mais voilà qu’il tente d’aller au-delà du « Justin est sympathique », pour plaider qu’en étant sympathique et positif, Justin saura faire les bons choix pour les Canadiens.

C’est ainsi qu’il accuse Stephen Harper d’avoir trahi les idéaux qui le guidaient à ses débuts en politique pour sauvegarder sa majorité. Ici, on courtise habilement les électeurs conservateurs. Justin Trudeau leur rappelle qu’ils ne sont pas comme leur chef, qu’ils ne sont pas « une foule en colère qu’il faut craindre », mais bien « nos voisins » confrontés aux mêmes problèmes et défis que les autres Canadiens.

La stratégie du chef libéral ici dépasse le fait de simplement tenter de miner la crédibilité de ses adversaires. Justin Trudeau plaide que c’est justement parce que ses adversaires exploitent la colère des gens à des fins partisanes qu’ils font les mauvais choix pour le pays. Par le fait même, il tente de convaincre les électeurs que c’est grâce à sa candeur qu’il aura l’ouverture d’esprit de faire les bons choix et d’offrir des solutions concrètes.

Il cite en exemple sa décision d’expulser les sénateurs libéraux du caucus et de se présenter comme le seul chef fédéral ayant eu l’audace d’agir pour forcer des changements au Sénat et lui redonner un minimum d’indépendance. Il sera intéressant de voir si Justin Trudeau, qui plaide pour le renouveau démocratique, suivra les militants et les députés libéraux qui veulent s’attaquer à la réforme du mode de scrutin.

Trouver des solutions, être rassembleur, toujours au-dessus des basses considérations partisanes, c’est ainsi que les libéraux vont vendre leurs choix politiques. On s’entend que la barre est haute!

 « Nous avons un long chemin devant nous, et nous aurons moins de moyens que les autres partis pour y arriver. » — Katie Telford, coprésidente de la campagne nationale du PLC

Malgré tout l’enthousiasme des délégués, le congrès aura révélé tout le travail qui attend les libéraux d’ici 2015.

S’ils ont fait des pas de géant au chapitre du financement, les libéraux n’ont pas fini de combler l’écart avec les conservateurs. Il leur faut aussi bâtir non seulement une armée de bénévoles sur laquelle compter en période électorale, mais aussi les bases de données précises et presque scientifiques sur les électeurs dont dépendent les machines électorales aujourd’hui.

Finalement, côté équipe, on remarque que le parti a réussi à mettre en valeur une brochette de candidats vedettes potentiels, qui ont chacun prononcé des discours clés. Côté Québec, tout au plus a-t-on invité Mélanie Joly à participer à un panel sur le Québec en 2017.

Surprenant pour un congrès libéral, organisé à Montréal, alors que Justin Trudeau veut justement reconquérir le Québec en plaidant qu’il leur offre « l’action plutôt que l’opposition ».

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10 questions pour Justin Trudeau

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 publié le 23 février 2014 à 13 h 19

Il est venu écouter la troisième période de la partie de hockey pour voir les Canadiens remporter la médaille d’or.

Il était parmi les délégués du congrès pour les débats sur la constitution de son parti qui doivent couronner ses efforts de rompre tous les liens entre le Parti libéral et ses sénateurs.

Mais Justin Trudeau a refusé de tenir le traditionnel point de presse auquel se prêtent les chefs de parti au terme de leur congrès. En esquivant les journalistes, il évite surtout d’avoir à répondre aux questions qui découlent de son discours de samedi et de l’ensemble du congrès.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède, durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février
Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février.

La liste est longue, voici les 10 premières :

1- Justin Trudeau veut travailler avec les provinces pour bonifier le financement de l’éducation postsecondaire au pays. Comment va-t-il financer cette bonification des transferts?

2- S’il promet de ne pas hausser les taxes et impôts des familles de la classe moyenne, ouvre-t-il la porte à revoir les taxes et impôts des mieux nantis?

3- Que compte-t-il faire avec les impôts des entreprises?

4- Aide aux familles, stratégie d’emploi pour les jeunes, logement abordable, nouveaux capitaux pour financer les infrastructures, revenu minimum garanti : comment compte-t-il financer ces initiatives?

5- Afin de dégager la marge de manœuvre dont il aura besoin pour mettre en œuvre ses futures promesses électorales, un gouvernement libéral serait-il prêt à annuler les baisses d’impôt que Stephen Harper va offrir aux Canadiens en 2015?

6- Est-il prêt à retomber en déficit?

7- Ses délégués se sont prononcés en faveur de la décriminalisation de l’aide médicale à mourir : à quelle enseigne loge-t-il dans ce débat?

8- Justin Trudeau veut réconcilier développement des ressources naturelles et développement durable : quelle approche préconise-t-il pour y arriver?

9- Justin Trudeau nous a parlé de Nathalie, mère de famille qui s’inquiète pour sa retraite : quelle solution a-t-il à lui offrir?

10- Son parti a mis en valeur une brochette d’éminents Canadiens qui vont ou songent à se présenter à ses côtés en 2015. Comment se fait-il qu’aucun futur candidat-vedette du Québec ne fût sur la liste dans un congrès à Montréal?

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S’il faut déterminer la recette miracle que tente de développer l’équipe Trudeau, la première heure et demie du congrès libéral de Montréal offre une fenêtre inédite sur le pari et sur le défi qui attendent le chef libéral d’ici 2015.

Comment passer dans la même heure de Larry Summers à Sophie Trudeau? Comment passer dans la même heure d’un débat d’initiés sur la « stagnation séculaire » qui pèse sur l’économie canadienne à la plus « people » des manœuvres politiques d’un chef qui « skype » en direct du congrès avec sa femme enceinte et ses deux jeunes enfants? C’est presque la quadrature du cercle en politique. Pourtant, c’est bien ce qu’ont tenté de faire Justin Trudeau et son parti lors de la soirée d’ouverture de leur congrès à Montréal jeudi soir.

Certes, le chef libéral a lancé une attaque en règle contre Pauline Marois et Stephen Harper, les accusant tous les deux de pratiquer une politique de division, d’alimenter chacun à leur façon la peur, l’incertitude et l’intolérance à des fins partisanes. C’est de bonne guerre pour un chef qui cherche à rallier tant le vote antisouverainiste et anticharte au Québec que le vote anti-Harper ailleurs au pays.

« Quand il n’y a plus de progrès, la peur s’installe. Et cette peur ne peut être battue que par l’espoir. » — Justin Trudeau

Il ne faut pas se leurrer, Justin Trudeau joue à fond la caisse la carte du charisme, de la jeune famille parfaite. Pour quelle autre raison aurait-il pris la peine de tenir une séance de Skype en direct avec sa femme sur le point d’accoucher et ses deux enfants en pyjama, en train de faire les adorables folies que seuls les enfants de leur âge savent faire, dans leur monde et leur vie à mille lieues des réalités politiques de leur papa?

Mais tout le monde comprend bien qu’à lui seul, face à la dure réalité de la vie politique et des attaques partisanes, le charme du jeune premier et de sa famille n’ouvre pas les portes du pouvoir et du 24 Sussex.

C’est là qu’entre en scène Larry Summers, l’ex-économiste en chef de la Banque mondiale (1991-1993), ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton (1999-2001), ex-président de l’Université Harvard (2001-2006) et ex-conseiller économique de Barack Obama (2009-2010). Il est un de ces économistes qui réussissent à faire la boucle entre l’inégalité des revenus, le sort de la classe moyenne, la vigueur de l’économie globale et l’aliénation de tant de citoyens devant la chose politique.

Cet ancien apôtre de la déréglementation, qui s’inquiète aujourd’hui de la stagnation des revenus de la classe moyenne, a lancé le congrès libéral et jeté les bases du débat économique tel que veulent l’imposer les libéraux de Justin Trudeau d’ici 2015.

Bémol sur la réduction de la taille de l’État à tout prix, nécessité d’investir dans les infrastructures et l’éducation, mise à profit de l’effet de levier des dépenses publiques pour générer une croissance économique saine et ainsi rehausser le niveau de vie des ménages… Tout est là, dans le discours de Larry Summers. Et Justin Trudeau s’apprête à placer ces idées au cœur de sa vision économique pour le Canada.

En obtenant ainsi la caution morale d’un des grands gourous de l’économie mondiale, le chef libéral, à qui on reproche souvent de manquer de substance, espère recevoir la caution morale qui lui manquait pour légitimer les fondements de sa vision économique.

Larry Summers est certes le plus prestigieux des conférenciers recrutés pour ce congrès libéral, mais la liste des invités ratisse large et vise haut. Tout pour illustrer le talent et l’expertise que le chef libéral est capable de recruter, alors qu’il tente de renouveler son parti en vue des élections de 2015.

Mais pour tout le discours officiel sur la substance, la vision qu’il sera capable de développer, Justin Trudeau a aussi fait la preuve jeudi soir qu’il a bien l’intention de jouer la carte « people » jusqu’au bout, Sophie et les enfants en pyjama en prime.

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Justin Trudeau fait d’une pierre deux coups

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 publié le 29 janvier 2014 à 22 h 35

En politique, l’effet de surprise réussit toujours à faire monter les enchères. Justin Trudeau l’a compris.

Un blogue de Emmanuelle LatraverseTwitterCourriel

En dévoilant l’expulsion de ses sénateurs du caucus quelques minutes à peine après les en avoir informés, sans leur donner voix au chapitre, il aura réussi à empêcher sa manœuvre de déraper et à surtout contrôler la nature de son message.

Mais sur le fond, Justin Trudeau a surtout réussi à régler d’un seul coup certains problèmes politiques qui se pointaient à l’horizon pour lui dans les prochains mois.

La fin du statu quo

En expulsant les sénateurs de son caucus et en promettant de mettre fin à la partisanerie dans le mode de leur nomination à l’avenir, le chef libéral a d’emblée réglé un important casse-tête.

Depuis le début du scandale, Justin Trudeau avait surtout joué un rôle de figurant, laissant toute la place à son rival néo-démocrate tant lorsqu’il était question d’attaquer la crédibilité du premier ministre que lorsqu’il s’agissait d’offrir une solution au débat sur la pertinence du Sénat.

Entre un gouvernement conservateur qui prône l’élection des sénateurs et un NPD qui prône l’abolition de l’institution, le Parti libéral risquait de devenir le parti du statu quo. Voilà que Justin Trudeau s’est libéré de cette étiquette pour devenir le seul chef politique à avoir agi concrètement et à offrir un début de solution.

Surtout, lui qui ne cesse de dire qu’il veut faire de la politique autrement a montré qu’il est prêt à poser des gestes concrets pour s’attaquer à un aspect de la vie politique qui pue au nez de l’électorat : la partisanerie et le fait de récompenser les amis du parti avec des emplois presque à vie.

Les projecteurs sur Stephen Harper

Par son coup d’éclat mercredi matin, le chef libéral a aussi réussi à ramener le débat sur le Sénat, ses vices et ses scandales au cœur du débat politique en pleine rentrée parlementaire, justement ce que le gouvernement Harper voulait à tout prix éviter.

Sa sortie permet surtout de mettre à nouveau les projecteurs sur la gestion du premier ministre.

En soulignant que ses propres sénateurs n’auront plus d’ordres à recevoir de lui, il ravive le débat sur le contrôle absolu du bureau du premier ministre sur son propre caucus sénatorial dans l’affaire Wright-Duffy. Un contrôle qui, faut-il le rappeler, a choqué plusieurs sénateurs conservateurs.

En promettant que les ex-sénateurs libéraux ne pourront plus faire partie de l’organisation formelle et des hauts échelons du Parti libéral, il met en exergue le fait que le seul parti politique dont des organisateurs et le principal argentier demeurent payés à même les fonds publics, c’est le Parti conservateur.

Malgré tout, le chef libéral demeure loin d’avoir gagné la guerre politique autour de l’avenir du Sénat. Entre le  « réformer ou l’abolir » des conservateurs et l’abolition pure et dure du NPD, il doit maintenant exprimer clairement comment il entend mettre en oeuvre des réformes substantielles pour cette institution, quel rôle constructif il entrevoit pour la Chambre haute et ainsi risquer d’avoir à défendre cette institution mal aimée. Mercredi, donc, Justin Trudeau s’est acheté du temps, le temps de trouver des réponses cohérentes et substantielles à ces questions d’ici à ce que la Cour suprême indique clairement la marche constitutionnelle à suivre.

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