Billets classés sous « Jean Charest »

Le Jell-O politique de la commission Charbonneau

par

 publié le 30 janvier 2014 à 17 h 20

Je n’ai jamais essayé, mais mes enfants l’ont fait. Serrer du Jell-O dans ses mains. C’est impossible, dès qu’on serre, la gelée se décompose pour glisser entre les doigts.

Une analyse de Sébastien Bovet

Ce qu’on a entendu à la commission Charbonneau depuis une semaine sur Pauline Marois, Jean Charest et Jean-Marc Fournier est comme du Jell-O. J’essaie de m’accrocher à quelque chose, de mettre le doigt sur du tangible. Je n’en suis pas capable. Je savais que la commission Charbonneau ne serait pas un épisode de Law and Order, où tout se règle en une heure, mais je m’attendais peut-être à des preuves irréfutables de trafic d’influence ou de malversations. Ça viendra peut-être.

Pour l’instant, nous avons le « deal » et un « chèque de 3000 $ ».

Le « deal »

Michel Arsenault a évoqué un « deal » avec le mari de Pauline Marois, Claude Blanchet. Selon l’ancien président de la FTQ , c’est une entente financière entre le Fonds de solidarité de la FTQ et une entreprise dirigée par M. Blanchet, rien de plus. Reste quand même que ça lui « passe par la tête » de penser que l’investissement pourrait être rentable politiquement parce que le fils de Pauline Marois travaille aussi pour cette entreprise.

A-t-il tenté d’influencer Mme Marois en passant par son mari? Par son fils? En a-t-il parlé à Pauline Marois? Il dit que non, Pauline Marois dit qu’il n’y a pas eu de « deal » (politique). Rien ne les contredit jusqu’à maintenant.

Le chèque de 3000 $

Un autre témoin de la commission, Louis-Pierre Lafortune, ex-vice-président de Grues Guay, laisse entendre qu’un chèque de 3000 $ a été remis en main propre au premier ministre Jean Charest dans l’espoir de faire avancer positivement un dossier. Personne n’a vu le chèque être remis à M. Charest. Le chèque était libellé au nom de l’Association libérale de Sherbrooke.

Jean Charest nie avoir reçu ce chèque. Il qualifie l’information de loufoque et de ridicule. Aucune preuve irréfutable ne le contredit.

Le Jell-O

Tout cela, donc, est de la gelée…

Rien, à la lumière de ce qu’on a entendu, ne permet de conclure que Pauline Marois ou Jean Charest ont commis des gestes répréhensibles.

Dans le premier cas, il faut interpréter les paroles de M. Arsenault pour trouver quelque chose de croche. Dans le deuxième cas, on n’a que la parole d’un témoin aux fréquentations douteuses, et accusé, depuis, de gangstérisme.

Ce qui est indéniable c’est que peu importe où se trouve la vérité, les partis politiques récupèrent toute allégation, toute information qui fait leur affaire. Ils transforment le Jell-O en plat de résistance.

La semaine dernière, en écoutant les libéraux, on aurait cru que Pauline Marois était sous l’influence de la FTQ.

Où sont les preuves?

Cette semaine, en écoutant les ministres péquistes, on aurait cru que Jean Charest avait mis le chèque de 3000 $ dans ses poches.

Où sont les preuves?

On appelle ça de la politique partisane. Malgré toutes leurs belles promesses, nos politiciens aiment et continueront d’aimer le Jell-O… malheureusement.

Catégorie: Québec

Jean Charest : le droit chemin

par

 publié le 10 janvier 2013 à 16 h 11

Personne n’est vraiment surpris d’apprendre que Jean Charest se joint aujourd’hui à un grand cabinet d’avocats. Les observateurs de la scène politique ne sont pas trop surpris non plus d’apprendre que ce cabinet est McCarthy Tétrault.

J’ai cru à tort un moment que M. Charest viserait le poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie. Jusqu’à ce que quelqu’un qui s’y connaît me rappelle que la majorité des pays membres de l’OIF viennent de l’Afrique, et que Jean Charest a toujours eu plus d’atomes crochus pour l’Europe que pour l’Afrique. Bref, même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas pu obtenir ce poste.

Alors, il emprunte un chemin maintes fois parcouru avant lui : Brian Mulroney avec Norton Rose (ancien Ogilvy Renault), Jean Chrétien et Pierre-Marc Johnson avec Heenan Blaikie, Lucien Bouchard avec Davies, Daniel Johnson avec McCarthy Tétrault, etc.

D’ailleurs, le choix de McCarthy Tétrault ne devrait pas surprendre. Daniel Johnson, qui est un peu un mentor pour Jean Charest, y est associé, et Marc-André Blanchard, ancien président du PLQ, en est le grand patron.

Jean Charest devient un joueur étoile, qu’on nomme, qu’on présente pour attirer des clients. Ces joueurs étoiles peuvent avoir un effet boeuf sur la clientèle des cabinets, comme le raconte l’avocat Daniel Rochefort dans cet article du Droit-Inc.com en évoquant la venue de Pierre Elliott Trudeau à Heenan Blaikie au milieu des années 80.

M. Charest conseillera des multinationales qui veulent faire des affaires au Canada ou ailleurs dans le monde grâce à son vaste réseau et ses connaissances. Les responsables de McCarthy Tétrault s’empressent aussi d’ajouter qu’il ne sera pas lobbyiste et que des contacts ont été établis avec le commissaire au lobbyisme et le commissaire à l’éthique pour s’assurer que tout se fait selon les règles.

Ah oui, le travail d’avocat, basé à Montréal, permet aussi à Jean Charest de ne pas trop s’éloigner des grands débats de la politique québécoise et canadienne…

Catégorie: Québec

Québec 2012 Jour 15 – La panne

par

 publié le 15 août 2012 à 17 h 42

 

« On n’est pas au neutre », a déclaré il y a quelques jours Jean Charest. Il est assez compréhensible que le chef libéral juge bon d’en informer les Québécois, car, à première vue, la limousine libérale ne déplace pas beaucoup d’air.

Le moteur tourne, il ronronne, il rugit même, il est en parfaite condition, mais l’auto, elle, ne donne pas l’impression d’avancer.

La tournée électorale de Jean Charest se déroule sans anicroche, en apparence.

Pourtant, cette campagne électorale est manifestement éprouvante pour le Parti libéral.

Et ce n’est pas un problème de forme, plus facile à résoudre, ce sont des problèmes de fond, de contenu, qui compliquent la vie du PLQ.

Le conflit étudiant

Parmi ces problèmes, l’usure du pouvoir est le plus évident, inutile d’en ajouter.

Le thème du conflit étudiant, que Jean Charest a voulu imposer dès le premier jour, s’est dissous à un point tel que le chef libéral a cessé d’en parler. Les votes pour un retour en classe donnent un caractère plus secondaire à cette question et le départ de Gabriel Nadeau-Dubois prive le Parti libéral d’une formidable tête de Turc. Il pourra être dit que le jeune homme aura réussi sa sortie mieux que d’autres.

De toute manière, sur ce thème, Jean Charest avait développé un argument peu convaincant, celui de la stabilité. Après les événements du printemps dernier, comment les troupes libérales veulent-elles convaincre les Québécois qu’elles peuvent garantir la stabilité?

Sept mois après le début de ce conflit, le sondage CROP-La Presse indique que Pauline Marois est jugée mieux placée que Jean Charest pour résoudre la crise étudiante.

L’intégrité et l’économie

L’autre thème de Jean Charest, la roue de secours du Parti libéral, c’est l’économie. En principe, c’est un excellent thème électoral, s’il ne traînait pas lui aussi son lot de casseroles.

D’abord, ça ramène à l’usure du pouvoir, qui est accompagné par l’usure du verbe. Ça fait longtemps, très longtemps, que Jean Charest parle d’économie aux Québécois. Du Plan Nord aussi.

Le premier ministre en a fait la promotion dans toutes les chambres de commerce du Québec. Populaire au sein de sa propre clientèle, ce thème ne parvient pas à élargir de façon significative la base électorale du Parti libéral, notamment dans les régions, si on en croit les quelques sondages publics qui ont abordé la question.

Dans le contexte actuel, il y a un problème particulier avec le thème de l’économie. Il est plus subtil, car il est confronté à un autre thème de la campagne électorale, celui de l’intégrité.

La corruption et la collusion sont des parasites du système économique. S’il y a des opérations à grande échelle pour siphonner illégalement les dollars des contribuables, il se pose alors une question de priorité. Est-ce l’économie? Ou est-ce la corruption qui, elle, menace l’économie?

La réponse est que les problèmes d’intégrité, s’ils ont l’ampleur que l’on soupçonne, sont aussi… une priorité économique.

Sujets d’inquiétude

Il était surprenant d’entendre Jean Charest, en début de campagne, interpeller les électeurs non francophones, en brandissant la menace d’un référendum s’ils n’allaient pas voter. Un parti qui s’inquiète du comportement de sa base électorale naturelle a certainement de nombreux sujets d’inquiétude.

Parmi ces sujets, certains s’inscrivent dans la campagne de façon inattendue. Par exemple, le début de l’enquête préliminaire de l’ancien ministre libéral Tony Tomassi a été fixé… au 4 septembre, jour du scrutin. Il s’agit d’un détail, mais peut-être aussi le signe que quand rien ne va, les choses n’ont pas nécessairement tendance à s’améliorer.

Faire passer le message

C’est un problème apparemment insoluble qui afflige le Parti libéral et son chef, Jean Charest. Ils conçoivent et transmettent efficacement leur message électoral, qui ne paraît pas se rendre à destination, c’est-à-dire l’électorat francophone. Leur campagne électorale prend les allures d’une partie parfaite qui ne serait pas suffisante pour leur assurer la victoire.

Les débats télévisés constituent désormais la meilleure (la seule?) occasion pour les libéraux dans cette campagne. Jean Charest est reconnu pour être redoutable en ces circonstances et il est craint par ses adversaires. En revanche, les attentes seront élevées et l’objectif ultime, l’obtention d’un quatrième mandat consécutif, paraît très éloigné.

Catégorie: Québec, Québec 2012

Québec 2012 Jour 7 – Le colistier

par

 publié le 7 août 2012 à 9 h 05

L’émoi entourant la candidature de Jacques Duchesneau pour la Coalition avenir Québec a été particulièrement perceptible au sein des autres partis politiques.

Le Parti québécois a tenu un rassemblement dimanche à Montréal qui réunissait la plupart de ses candidats, dont Jean-François Lisée. Ce dernier a confirmé qu’il sera de la course dans Rosemont. Pauline Marois a prononcé un long discours pour présenter les grands principes de son programme. Ça s’est révélé être un coup d’épée dans l’eau. Pire, ce que l’on a surtout retenu de la journée de Pauline Marois, c’est son refus de commenter la candidature de l’ancien chef de police de Montréal.

Le PQ a voulu reprendre l’initiative lundi en tentant d’associer le gouvernement Charest à la Fondation Frank Catania. Les députés Drainville, Girard et St-Arnaud ont soutenu qu’ils venaient d’obtenir des compléments d’information qui justifiaient la tenue de cette conférence de presse. Pourtant, les trois députés n’avaient pas tous les documents en main lorsqu’ils ont rencontré les journalistes et, en outre, ils leur manquaient des éléments d’information importants.

Jean Charest, lui, a d’abord lancé une contre-offensive directe avec celui que François Legault a présenté comme l’Eliot Ness du Québec. C’était une stratégie risquée, qui a sans doute été retenue parce que c’était la dernière qui s’offrait au chef libéral. 

Lundi, M. Charest a profité du faux pas de Jacques Duchesneau, qui voulait procéder lui-même à la nomination de certains ministres, pour changer de cible et s’en prendre à François Legault. Cela paraît plus avisé. Néanmoins, le Parti libéral voit l’insubmersible dossier de l’intégrité, qui revient sans cesse à la surface, faire échec à son plan de match.

Dans une course à trois pour le pouvoir, Québec solidaire, Option nationale et le Parti vert pourraient bien, pour leur part, devoir se contenter de miettes.

Il est difficile d’imaginer l’impact d’une telle nouvelle dans les officines des partis politiques. Depuis vendredi, on y récite des prières et des incantations (et des lignes de presse) dans l’espoir que l’effet Duchesneau s’évapore aussi vite qu’il est apparu.

La déclaration de M. Duchesneau, lundi matin, est une bourde qui n’aura peut-être pas beaucoup de conséquences. Par contre, elle est très révélatrice, car elle donne des indications sur ce que François Legault a pu promettre à Jacques Duchesneau pour l’attirer dans sa coalition.

Force est de constater que Jacques Duchesneau a acquis en réalité le statut d’un candidat à la vice-présidence, à l’américaine. La CAQ, c’est désormais un tandem, c’est le « ticket » Legault-Duchesneau, pour le meilleur et pour le pire. Bien que cela diffère des traditions politiques québécoises,  ça pourrait bien être profitable à ce nouveau parti qui cherche à surfer sur la vague du changement, pourvu que Jacques Duchesneau se rappelle qu’il n’est que le numéro deux.

Ainsi, les colistiers devront faire preuve de cohésion. C’est l’un des facteurs qui influeront sur la durée de l’effet Duchesneau. Les deux hommes sont condamnés à se mettre au diapason, peu de fausses notes seront admises.

François Legault et Jacques Duchesneau auront tout de même un peu de temps pour trouver le ton juste. Le temps que les autres formations politiques, franchement déstabilisées, réajustent le tir.

Catégorie: Élections Québec, Québec, Québec 2012

Québec 2012 Jour 2 – L’initiative

par

 publié le 3 août 2012 à 7 h 37

Pour François Legault et Pauline Marois, cette deuxième journée était importante. Stratégiquement, ils devaient reprendre l’initiative.

Le premier jour, le jour du déclenchement de la campagne électorale, est acquis au premier ministre sortant et Jean Charest n’aura pas échappé à l’occasion.  Il s’est montré particulièrement combatif (trop?), presque autoritaire. En vertu de l’implacable et inévitable calcul politique qui prévaut en de pareils moments, le chef libéral a jugé que c’était nécessaire pour imposer son enjeu-clé de ces élections, la crise étudiante.

En guise de réplique, les chefs du PQ et de la CAQ ont mis toute la gomme vendredi.

Pauline Marois a présenté un processus et surtout une politique claire sur les droits de scolarité. C’est nouveau.

Il y aura un sommet sur les universités dans les 100 jours et s’il y a hausse, elle ne dépassera pas l’indexation. Les Québécois, en effet, savent à quoi s’en tenir désormais, mais Pauline Marois paraissait un peu trop en réaction, sur la défensive quoi, sur cette question. La présence de Léo Bureau-Blouin l’a toutefois bien servie, de même que sa promenade dans un parc de Montréal qui avait valeur de symbole.

Le coalisé (pardonnez-moi, je ne déteste pas l’expression, je suis bien le seul) François Legault a profité de la candidature intéressante de Maud Cohen, ancienne présidente de l’ordre des ingénieurs qui a refusé de fermer les yeux sur les problèmes qui affligent sa profession, pour faire des propositions pour endiguer la corruption et la collusion.

Une conférence de presse presque parfaite, si ce n’est qu’elle s’est déroulée aux abords d’un boulevard urbain (face au palais de justice de Québec) et que ça prenait des oreilles de journaliste pour entendre ce que disaient les Legault, Cohen et Sylvie Roy. On a eu droit aux pétarades d’un camion, d’un bolide et d’une moto et à un coup de klaxon.

La veille, à l’aéroport de Québec, Jean Charest s’en était quand même mieux tiré avec le bruit des avions. La chaleur était certainement bien plus redoutable.

Le chef libéral n’a pas voulu pour autant céder sa place aujourd’hui. Il lui fallait garder l’initiative. Ce qu’il a probablement réussi en promettant la création de 250 000 emplois et le plein emploi (chômage à 6 %) d’ici cinq ans.

Un engagement qui paraît ambitieux.  Quoique pour illustrer que le prochain gouvernement n’aura peut-être pas beaucoup d’influence sur la création de ces emplois, l’économiste Marc Van Audenrode a rappelé que « c’est un peu comme le coq qui croit que le soleil se lève pour l’entendre chanter ».

 

P.-S.  Jean-Martin Aussant et ses militants particulièrement enthousiastes m’en voudront de les reléguer au post-scriptum.  Si ce n’est qu’il faut reconnaître que le chef d’Option nationale a raison d’évoquer l’exploit qu’il a accompli en présentant des candidats dans toutes les circonscriptions (sauf Gouin). Il est rare qu’un parti si jeune parvienne à rallier 124 personnes à s’engager en politique. Bon, il y a eu le Parti de la loi naturelle, mais franchement ça n’a rien à voir. Et aussi François Legault, plus expérimenté, et qui ne trouve pas ça drôle tous les jours. Ce talent de conviction, le chef d’Option nationale l’exerce avec un succès impressionnant, particulièrement auprès des jeunes. Il y a probablement de bonnes raisons à cela.

Catégorie: Élections Québec, Québec, Québec 2012

Conflit étudiant : et maintenant, que fait-on?

par

 publié le 6 juin 2012 à 15 h 42

De nos jours, tout va trop vite. On n’a pas assez de 24 heures dans une journée pour faire ce qu’on veut. On cligne des yeux et la fin de semaine est terminée.

C’est la même chose pour l’actualité. Vous souvenez-vous? Il y a une semaine, on avait l’impression que le Québec tout entier retenait son souffle en espérant que les négociations entre le gouvernement et les associations étudiantes débouchent sur un règlement du conflit. On connaît la suite. Jeudi, les négociations ont été rompues, Jean Charest a affirmé qu’il s’était comporté en bon père de famille et les étudiants ont accusé le gouvernement de rejeter un règlement pour des raisons idéologiques.

Et depuis jeudi, que s’est-il passé? Rien. Enfin presque rien. Gilbert Rozon et le maire de Montréal ont rencontré les représentants des fédérations étudiantes (sauf la CLASSE). On a parlé des festivals, du Grand Prix et des inquiétudes des commerçants.

Sur le fond? Rien. Silence radio. Euh, y a-t-il encore un conflit étudiant? C’est comme si on avait pesé sur « pause ».

Le conflit existe toujours. Mais le gouvernement s’est enlevé de la pression en suspendant les sessions. L’urgence de régler le bras de fer n’existe plus. La pression pourrait toutefois monter si des affrontements surviennent en marge du Grand Prix de formule 1. Les fédérations doivent espérer que les manifestations et les « opérations de visibilité » resteront pacifiques.  

En attendant, on dirait que le gouvernement espère que les étudiants qui retournent chez eux cet été se feront sermonner par leurs parents et rentreront bien sagement dans leurs classes en août. Encore ce concept de « bon père de famille ». C’est un pari risqué.

Le défi des fédérations étudiantes est de maintenir la mobilisation. Vaste défi en plein été, quand les étudiants travaillent, sont avec leurs amis et ont plus la tête à la relaxation qu’à la revendication.

Rien n’indique qu’à court et moyen terme les négociations entre le gouvernement et les étudiants reprendront.

Selon vous, le gouvernement gagnera-t-il son pari, ou les associations étudiantes réussiront-elles à relever leur défi?

Catégorie: Québec

Chaise musicale

par

 publié le 25 mai 2012 à 16 h 42

Dans l’appareil gouvernemental, le poste de directeur de cabinet est hautement stratégique, mais très méconnu du grand public. Il est un des plus proches collaborateurs du ministre. Il participe à toutes les décisions importantes du cabinet. Des fois, il s’entend bien avec son ministre, des fois pas. Des fois le ministre le choisit, des fois le ministre se le fait imposer.

Chaque fois, il est assis sur un siège éjectable. Quand un cabinet fonctionne mal, il écope. Quand son ministre est muté, des fois il le suit, mais quand son ministre démissionne, il doit se chercher un nouvel emploi. C’est le cas actuellement du directeur de cabinet de Line Beauchamp, qui attend d’être replacé dans la « machine ».

Alors, quand le directeur de cabinet du premier ministre s’en va, ça crée une petite onde de choc au gouvernement. Jean Charest a beau dire que le départ de Luc Bastien était prévu. En pleine crise étudiante, la nouvelle surprend. On se dit que c’est comme au hockey. Dans la dernière minute de jeu, quand on perd 2-3, on veut ses meilleurs joueurs sur la glace. Si M. Bastien était à la hauteur, pourquoi le premier ministre n’a-t-il pas décidé de le garder, le temps que la crise se règle?

Au bureau de M. Charest, on nous assure que son départ n’a rien à voir avec le conflit étudiant. La Presse nous apprend aussi que M. Bastien aurait des problèmes de santé, mais au cabinet du premier ministre on s’évertuait à dire jeudi qu’il ne prenait pas sa retraite et qu’il continuerait de travailler (ailleurs).

Alors où est la vérité? Probablement entre les deux, comme d’habitude.

Personnellement, je regrette un peu de ne m’être douté de rien. Ces derniers mois, chaque fois que je croisais Luc Bastien, je lui demandais deux choses : son numéro de cellulaire et de me parler. Chaque fois, il disait non en tournant les talons. Mais il y a deux semaines, je le croise au coin d’une rue. Je lui lance : « Je suppose que vous ne voulez pas me parler? » À ma grande surprise, il m’a arrêté et nous avons parlé pendant 20 minutes. Il ne m’a livré aucun secret, il ne m’a pas donné son numéro de cellulaire non plus, mais peut-être savait-il qu’il partait bientôt et il se sentait un peu plus libre de me parler. Enfin…

Une chose est sûre, celui qui remplace Luc Bastien sait gérer les crises. Daniel Gagnier a une impressionnante feuille de route des Affaires étrangères, au Conseil privé (le ministère du premier ministre du Canada), en passant par les gouvernements de la Saskatchewan et de l’Ontario, en plus d’avoir déjà été directeur de cabinet de Jean Charest entre septembre 2007 et octobre 2009. Plusieurs lui donnent d’ailleurs beaucoup de crédit pour la victoire libérale de décembre 2008 après un an et demi de gouvernement minoritaire.

En tout cas, il arrive en pleine crise, et tous ses talents seront mis à contribution pour sortir son nouveau patron de cette délicate situation.

Catégorie: Québec

L’impasse, rue des Universités

par

 publié le 2 mai 2012 à 11 h 27

Le « dialogue » entre Québec et les représentants étudiants paraît condamné à l’échec.

C’est un peu raide, mais il faut à peu près se rendre à cette évidence.

Depuis que la ministre Beauchamp a exclu la CLASSE, les négociations se déroulent en public, par l’entremise des médias.

C’est un signal clair d’un éventuel échec des pourparlers. Ce n’est pas sans raison que tous les négociateurs du monde clament qu’ils ne négocient jamais en public. C’est le dernier théâtre où les parties font des compromis. Déjà que la distance entre les deux parties paraît immense.

En réalité, sur tous les fronts, c’est l’impasse annoncée entre le gouvernement libéral et les étudiants en grève.

Les options

S’il ne déclenche pas d’élections ce printemps, le gouvernement peut laisser le mouvement rendre son dernier souffle, au prix d’une session perdue pour les grévistes.

Il pourrait aussi formuler une autre offre, une offre finale cette fois, pour tenter de ramener les étudiants en classe. D’une manière ou d’une autre, Québec laisserait le temps faire son œuvre et les tribunaux multiplier les injonctions, dans l’espoir qu’elles finiront par être respectées.

S’il déclenche des élections ce printemps, le gouvernement libéral a le choix entre l’affrontement et l’apaisement.

La voie de l’apaisement passe par ce qui pourrait ressembler à une suspension, jusqu’en janvier 2013, de la hausse des droits de scolarité. Cela pourrait ramener les étudiants en classe et réunir les conditions pour un débat démocratique relativement serein sur le thème des droits de scolarité.

La tenue d’une campagne électorale, sans qu’une entente soit conclue entre Québec et les associations étudiantes, conduirait assurément à des affrontements quotidiens. Un sentier périlleux et escarpé qui mettrait en relief le thème de l’ordre public.

Quels sont les mérites de ces avenues? Quelles en sont les conséquences? Y a-t-il d’autres solutions? Considérez-vous que Québec et les associations étudiantes paraissent dans l’impossibilité de conclure une entente?

J’aimerais beaucoup vous lire à ce sujet.

Catégorie: Québec

Plan Nord, plan électoral

par

 publié le 14 février 2012 à 11 h 34

Avec la reprise de la session parlementaire aujourd’hui, attendez-vous à beaucoup entendre parler du Plan Nord du gouvernement de Jean Charest.

Malgré le premier anniversaire de la création de l’Unité permanente anticorruption cette semaine et ses petits résultats, Jean Charest ne veut pas que le thème de la corruption revienne à l’avant-scène comme apéritif électoral. Il va poursuivre sa tournée de promotion du Plan Nord en se définissant comme le meneur d’une économie florissante qui sait embaucher des Québécois de toutes les régions du Québec.

Alors que l’escouade Marteau existe depuis deux ans et quatre mois sans grand coup de filet, le premier ministre Jean Charest lance de nouveaux chantiers dans le Grand Nord, souhaitant que la question de la collusion sur les chantiers de construction ne se matérialise pas.

Jean Charest déclenchera les élections quand il sera prêt : pas avant la tenue du salon sur le Plan Nord qui se déroulera les 20 et 21 avril, dit-il.

Il espère que François Legault manque de temps pour s’organiser et fera tout pour éviter de donner trop d’espace au PQ pour qu’il refasse son unité.

C’est dans cet espace que Jean Charest déclenchera l’élection.

Catégorie: Québec

Fièvre électorale

par

 publié le 13 février 2012 à 15 h 54

« Il n’y aura pas d’élections déclenchées avant le 20 ou le 21 avril », disait Jean Charest vendredi dernier.

Si vous êtes sarcastiques et que vous avez de la mémoire, vous pouvez ajouter que c’est le même Jean Charest qui disait qu’il n’y aurait pas d’élections en 2008 à cause du 400e anniversaire de la ville de Québec. On connaît la suite, M. Charest a provoqué des élections et les a gagnées le 8 décembre 2008.

Nous n’oublions pas, mais nous n’avons d’autre choix que de le croire sur parole cette fois-ci encore.

Il faut dire que les 20 et 21 avril, le gouvernement tiendra un important forum sur le Plan Nord. Ce forum pourrait bien servir de tremplin pour déclencher ces fameuses élections.

M. Charest donne l’impression d’être comme un porteur de ballon au football. Il demande à ses coéquipiers d’être prêts et dès qu’il verra une brèche à la ligne de mêlée, il voudra s’y enfoncer. Mais pour ne pas se faire plaquer ou perdre le ballon, il faudra que sa popularité remonte chez les francophones et que la CAQ continue de baisser dans les sondages. Il a beau ne jamais vouloir les commenter, ces sondages, il les lit attentivement.

En 2003 et en 2008, le chef libéral a marqué un touché. En 2007, il a été arrêté à la porte des buts. Les libéraux pensent qu’une fois le match commencé, Jean Charest est le meilleur porteur de ballon. Alors, pas besoin d’être en avance dans les sondages pour déclencher des élections, il suffit d’être assez près des adversaires pour les dépasser en pleine campagne, avec le meilleur « campaigner ». C’est ce que pensent plusieurs libéraux. C’est probablement aussi ce que pense Jean Charest.

Catégorie: Élections Québec, Québec