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La nouvelle dynamique à la Chambre des communes

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 publié le 12 avril 2013 à 13 h 57

Stephen Harper à Chambre des communes en 2006

Quand la Chambre des Communes reprendra ses travaux le lundi 15 avril, le visage politique ne sera plus le même et la dynamique non plus. Pourquoi? Parce que le Parti libéral aura un nouveau chef, parce que le NPD sortira tout juste d’un congrès qui lancera le parti dans la dernière étape avant les élections générales de 2015 et parce que le Parti conservateur devra modifier son approche sur sa façon de diriger le pays.

Parlons d’abord du Parti libéral, qui se choisit un chef dimanche. Personne ne doute que le chef qui se lèvera en Chambre lundi prochain pour poser une question sera Justin Trudeau. Sa victoire est tellement évidente qu’il est plus que probable que l’entourage de Trudeau est déjà en train de préparer l’après-victoire. Même si les conservateurs parlent beaucoup de l’inexpérience du futur chef libéral, de son « absence de contenu », un fait demeure. Le parti au pouvoir craint l’effet Trudeau dans le pays. Et déjà, de nombreux sondages indiquent une remontée du PLC qui n’a que 34 sièges à la Chambre des communes.

Alors, la cible pour les conservateurs sera assurément Justin Trudeau et ils feront tout ce qu’il faut pour que la « lune de miel » qui suit généralement l’élection d’un nouveau chef soit la plus courte possible. De leur côté, les libéraux devront entourer leur nouveau chef de gens forts et s’assurer qu’il soit bien perçu jusqu’à la prochaine élection. Dès le 13 mai, il y aura une élection partielle et ce sera un test important pour le parti libéral… Saura-t-il regagner de façon importante la circonscription historiquement libérale de Labrador, perdu lors de la dernière élection à la faveur du conservateur Peter Penashue? Penashue a dû démissionner à cause d’irrégularités dans le financement de sa campagne… Il se représente à la partielle.

Puis, il y a le NPD, en congrès en fin de semaine à Montréal. Thomas Mulcair tente de changer l’image du parti… de l’emmener de la gauche vers le centre. M. Mulcair croit que c’est un des éléments qui permettrait au NPD d’être perçu comme un parti qui peut prendre le pouvoir. Mais le problème des néo-démocrates est le suivant : l’étoile de Thomas Mulcair semble pâlir. Il veut se montrer « premier ministrable », mais il a perdu le mordant qui le caractérisait. Alors, en fin de semaine, il devra convaincre que le virage vers le centre est la solution. Puis, en Chambre, il devra affronter Stephen Harper ET Justin Trudeau. Peut-être devra-t-il retrouver cette combativité qui l’a mené à la tête du NPD. Les prochains mois seront cruciaux pour Thomas Mulcair.

Pour ce qui est des conservateurs, il leur reste deux ans pour montrer qu’ils ne sont pas victimes de l’usure du pouvoir. Ils ont aussi dirigé le pays sans compromis. Ils n’ont jamais tenu compte de l’avis des partis d’opposition, parfois, disent leurs adversaires, au mépris des institutions parlementaires. Dans la perspective d’une lutte à trois, les troupes de Stephen Harper pourraient corriger le tir. Dès lundi, il faudra voir si le premier ministre, qui n’est jamais en Chambre les lundis et vendredis, sera là pour répondre aux questions du nouveau chef libéral. Si c’est le cas, ce sera peut-être le début de cette nouvelle dynamique.

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Depuis mercredi, l’histoire fait beaucoup de bruit dans le monde. Une enquête menée par le Consortium international des journalistes d’enquête, à laquelle Radio-Canada a collaboré, a dévoilé des chiffres troublants sur les paradis fiscaux.

Or, dans le budget Flaherty du 21 mars dernier, un élément important du retour à l’équilibre budgétaire est justement l’élimination des échappatoires fiscales et l’amélioration de l’équité du régime fiscal. Le gouvernement veut ainsi récupérer certaines sommes, et le plan est ambitieux. D’ici à l’année budgétaire 2017-2018, le gouvernement croit pouvoir récupérer 4 389 000 000 $.

Dans le budget, au chapitre 4.1 consacré au plan de rétablissement de l’équilibre budgétaire, le gouvernement Harper rappelle (page 301) que depuis 2006, il a mis de l’avant plus de 75 mesures pour accroître l’intégrité du régime fiscal. Donc, le 4,389 milliards de dollars à récupérer, c’est grâce à ces mesures « canadiennes », et plusieurs experts s’entendent pour dire que l’Agence du revenu du Canada devra être exceptionnellement performante pour arriver à atteindre les objectifs.

Et là où le mur risque d’être le plus difficile à franchir, c’est dans les mesures mises en place dans le secteur de la fiscalité internationale. Dans le budget, le gouvernement a présenté une douzaine de mesures. Il parle de « stratagèmes d’évasion fiscale et d’évitement fiscal agressif internationaux », de « renseignements concernant les personnes non désignées nommément », du « Programme Combattons l’évasion fiscale internationale »… Bref, le gouvernement indique un certain nombre de priorités, mais a tout de même la sagesse de ne pas chiffrer ces mesures. Pas un seul chiffre n’est annoncé, sauf en ce qui concerne les transferts internationaux de fonds par voie électronique. Cette mesure permettra au gouvernement de récupérer seulement 15 millions d’ici 2017-2018.

Autrement dit, le gouvernement Harper dit vouloir être très actif pour régler ce problème qui prive le trésor public de plusieurs milliards de dollars chaque année. Il a le mérite de l’exprimer clairement. Toutefois, tout ça ressemble à des voeux pieux. Il y a des gens dont c’est le métier de trouver les façons de soustraire les revenus de leurs clients au fisc. L’opposition à Ottawa souligne que le gouvernement veut être plus agressif dans ce dossier, mais soumet le ministère du Revenu à des compressions budgétaires. Mais, comme dans tous les cas, le gouvernement répète que les services ne seront pas touchés. Il devra en faire la preuve.

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Les « révoltés » conservateurs

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 publié le 27 mars 2013 à 9 h 58

Eh ben! Des députés conservateurs se plaignent que leur propre préfet de discipline, le whip, brime leur droit de parole à la Chambre des communes! Ils tiennent tellement à leur petite minute de gloire, ces déclarations quotidiennes communément appelées ici les « articles 31 », que l’un d’eux a demandé au président de la Chambre de statuer sur le réel pouvoir de leur whip. Le whip décide de la rotation de ceux qui ont le droit de parole chaque jour et du contenu de ces déclarations.

Évidemment, le whip en question — et le NPD pense un peu la même chose — estime que ce sont les affaires internes de chaque caucus, que le président, l’arbitre ultime en Chambre, n’a pas à s’en mêler. On peut faire le parallèle avec l’arbitre au hockey qui ne décide pas quel joueur est sur la glace et en quelles circonstances. Le fait qu’une déclaration touchant à l’épineuse question de l’avortement ait entraîné ce « soulèvement » assaisonne politiquement toute l’affaire. Le patron suprême n’étant pas le whip, mais bien le premier ministre, on comprend que Stephen Harper en a un peu assez de voir cette marmite, sur laquelle il veut mettre le couvercle, laisser trop souvent passer de la vapeur aux ouvertures.

Cela dit, il est quand même assez ironique de voir ces députés conservateurs, pro-vie pour la plupart, ruer dans les brancards pour le sacro-saint droit des députés, en tant qu’individus élus et non pas comme représentants d’un parti ou du gouvernement, de s’exprimer librement en Chambre. On se demande où ils étaient lorsque le même gouvernement a imposé des bâillons à répétition sur un certain projet de loi C-10 sur la lutte à la criminalité ou encore quand on a débattu, que dis-je, discuté, à la vapeur des quelque 800 pages, des deux mégaprojets de loi budgétaires l’an dernier.

Encore plus récemment, pendant cette même période des articles 31, durant laquelle ils réclament leur pleine liberté, des dizaines d’entre eux ont pris la précieuse minute pour dénoncer la prétendue « taxe sur le carbone de 21 milliards de dollars » du NPD. Leurs déclarations étaient tellement semblables qu’on ne peut douter de la véritable source, soit  ce même bureau du whip dont ils veulent maintenant prendre leur distance.

Disons qu’on parle d’un droit à géométrie variable si je comprends bien…

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Habituellement, un budget fédéral qui ne comporte ni hausse de taxes, ni d’impôt, ni coupe draconienne dans la fonction publique est un budget tranquille qui suscite peu de réactions. Or, le budget Flaherty déposé ce jeudi a soulevé colère et indignation parce que plusieurs voient dans ce plan économique des promesses de disputes et de confrontations.

Il y a clairement un affrontement qui se dessine avec les syndicats de la fonction publique fédérale. Dans le budget, le gouvernement exprime ses intentions.

« Le gouvernement, dit le document budgétaire, continuera à l’avenir de veiller à ce que la fonction publique fédérale soit abordable, moderne et performante. À cette fin, il examinera la rémunération globale des employés et les avantages sociaux des pensionnés, et il proposera des changements au régime des relations de travail » (budget fédéral, p. 298).

Les syndicats de la fonction publique sont déjà sur un pied de guerre, convaincus que le gouvernement cherchera la bagarre à compter de l’an prochain.

Et parlant de syndicats, que dire de cette mesure qui met fin au crédit d’impôt privilégié dont bénéficiaient les fonds d’investissements des travailleurs, comme ceux de la FTQ et de la CSN? Cette décision a été largement décriée, et pas seulement par les syndicats. Tous les partis à l’Assemblée nationale ont dénoncé cette décision du fédéral qui, selon eux, n’a pas fait ses devoirs, a mal évalué la portée de cette décision sur les petits épargnants et l’investissement local. Le gouvernement Harper recule rarement. Une partie de bras de fer semble inévitable dans ce dossier.

Et si le gouvernement du Québec est outré par le dossier des fonds d’investissements des travailleurs, il l’est tout autant, sinon plus, par celui de la formation de la main-d’oeuvre. Nettement insatisfait du travail effectué par les provinces, Ottawa veut reprendre le « leadership » dans ce dossier. C’est le terme utilisé par le ministre Christian Paradis. Le Québec et l’Ontario affirment faire le travail avec compétence. Le gouvernement Marois considère que le geste d’Ottawa est un affront. Le chef du NPD Thomas Mulcair va dans le même sens. « En voulant s’assurer de coller une feuille d’érable sur le chèque, ils sont en train de faire un gâchis administratif », soutient le chef néo-démocrate. Ottawa et Québec pourront-ils discuter sereinement de ce dossier? Rien ne l’indique en tout cas.

Puis, il y a les Premières Nations qui, après les manifestations d’Idle no More, avaient de grandes attentes. Le gouvernement soutient qu’elles recevront 730 millions de dollars et insiste pour dire que les Premières Nations sont mentionnées dans tous les chapitres du budget. Bel effort, disent les Autochtones, mais nettement insuffisant. Le gouvernement est politiquement correct dans ce budget, mais, dit le chef Shawn Atleo, les investissements ne sont pas au rendez-vous. Ce n’est pas ce budget, ajoute-t-il, qui refera les ponts entre le gouvernement et les nations autochtones.

Donc, il est fort possible que lors de la prochaine élection générale en octobre 2015, le gouvernement conservateur ait équilibré ses finances. Le déséquilibre sera probablement dans les relations avec les provinces, les syndicats et les Premières Nations, ce qui n’est pas nécessairement une recette gagnante avant une campagne électorale…

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Au fil des années, le gouvernement Harper est passé maître dans l’art de faire passer en douce les nouvelles qui le font mal paraître. Un fait demeure cependant. Trois ministres du Cabinet Harper ont remis leur démission au cours des huit derniers mois, et tous pour des raisons éthiques.

Il y a d’abord eu Bev Oda, ministre de la Coopération internationale, qui a annoncé le 3 juillet dernier qu’elle quittait à la fois son poste de ministre et celui de députée de Durham (Ontario). Même si le gouvernement a annoncé qu’il s’agissait d’un départ volontaire à la retraite, personne n’est dupe. Dans les trois mois qui ont précédé sa démission, Mme Oda a dû se défendre et s’excuser d’avoir gaspillé des fonds publics. La ministre assistait en juin 2011 à Londres à une conférence internationale sur la vaccination des enfants dans les pays pauvres. Elle ne voulait pas une chambre dans l’hôtel où se déroulait la rencontre. Elle a plutôt demandé d’être installée au Savoy, un hôtel à 665 $ la nuitée. Sa facture de 16 $ pour un verre de jus d’orange est devenue un symbole de gaspillage que les partis d’opposition ont rappelé inlassablement. C’est après la session parlementaire et pendant la pause estivale que son départ a été annoncé, afin de créer le moins de vagues possible.

Puis, il y a un mois, le 15 février, John Duncan, ministre des Affaires autochtones, a démissionné de son poste de ministre pour siéger dorénavant comme simple député conservateur. M. Duncan a admis avoir outrepassé les règles du Parlement en écrivant à la Cour canadienne de l’impôt pour intervenir en faveur d’un électeur. Ce genre d’intervention est nettement inapproprié de la part d’un ministre, et John Duncan a offert sa démission à Stephen Harper, qui l’a acceptée. Encore une fois, le gouvernement a choisi son moment pour annoncer le départ de M. Duncan. Un vendredi à 16 h 15, quand la Chambre des communes ne siégeait pas la semaine suivante.

Puis, ce jeudi, le ministre des Affaires intergouvernementales Peter Penashue a démissionné après avoir admis qu’il avait reçu des dons illégaux lors de la dernière campagne électorale. Il a quitté son poste de ministre et son siège de député (Labrador). Il souligne cependant qu’il se représentera lors d’une partielle, car il affirme que ce n’est pas lui, mais son agent officiel qui a commis les erreurs. Peter Penashue soutient que l’employé en question, Reg Bowers, a mal agi en raison de son inexpérience. Encore une fois, le gouvernement a choisi son moment. La démission du ministre a été rendue publique le jour où la date du budget a été annoncée, au moment où toute l’attention médiatique était toujours tournée vers Rome où un nouveau pape a été élu.

Donc, le gouvernement peut se féliciter d’avoir bien manoeuvré. Le départ de ces trois ministres s’est fait sans trop de heurts. Lors de la partielle dans Durham, c’est même le candidat conservateur qui a été élu. Mais s’il peut se vanter de bien gérer les crises, le gouvernement Harper doit tout de même admettre que perdre trois ministres en huit mois pour des questions d’éthique n’est pas un succès, surtout quand il se targue d’être le champion de la loi, l’ordre et l’intégrité.

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Les nominations douteuses de Stephen Harper au Sénat

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 publié le 15 février 2013 à 13 h 40

Les nombreux démêlés du sénateur Patrick Brazeau avec la justice font la manchette depuis une semaine. Les comptes de dépense de plusieurs sénateurs sont scrutés à la loupe parce qu’il pourrait y avoir des abus. Le Sénat est donc sur la sellette et son utilité est encore une fois remise en question.

Personne ne doute que les nominations au Sénat sont partisanes et permettent souvent de récompenser des amis. Les libéraux ont fait la même chose quand ils étaient au pouvoir. La nomination du sénateur Brazeau s’avère un désastre, mais est-ce la seule nomination douteuse de Stephen Harper? Sûrement pas! Regardons de plus près quelques nominations qui sont loin de faire l’unanimité.

Actuellement, plus de la moitié des sénateurs ont été nommés par Stephen Harper (53 sièges sur 105). Parmi les nominations qui font sourciller, il y a assurément celles de Fabian Manning et de Larry Smith. Déjà sénateurs, Mannning (Terre-Neuve-et-Labrador) et Smith (Québec) ont démissionné de leur poste en mars 2011 pour se présenter comme candidats conservateurs à l’élection du 2 mai 2011. Les conservateurs louangeaient les deux hommes, soulignant leur courage de quitter un emploi à vie pour solliciter un poste électif. Battus tous les deux, ils ont été renommés au Sénat, moins de trois semaines après leur défaite. Les plus cyniques diront que le courage a été rapidement récompensé… D’autres candidats défaits ont aussi reçu un emploi en cadeau, comme Josée Verner, ministre battue, Claude Carignan, l’ex-maire de Saint-Eustache, et Jean-Guy Dagenais, ex-président de l’Association des policiers provinciaux du Québec.

Le premier ministre a aussi nommé des vedettes des médias anglophones, Mike Duffy et Pamela Wallin, qui font davantage la manchette avec leurs notes de frais qu’avec le travail qu’ils accomplissent à la Chambre haute! Carolyn Stewart-Olsen, une ex-attachée de presse de Stephen Harper, a également été nommée.

Au Québec, le premier ministre a aussi fait des nominations étonnantes. Jacques Demers, par exemple, ex-entraîneur du Canadien de Montréal que rien ne destinait à la politique. Pourquoi cette nomination sinon que pour séduire une tranche de l’électorat du Québec? Même chose pour Pierre-Hugues Boisvenu, qui bénéficiait d’un large capital de sympathie du public en raison des drames qui ont frappé sa famille. Dès sa nomination, le sénateur Boisvenu disait avoir un programme sur la loi et l’ordre et qu’il quitterait son siège quand tout sera accompli. Ce temps approche et il faudra voir ce que fera M. Boisvenu. Et que dire de Léo Housakos, un proche de l’ex-attaché de presse du premier ministre, Dimitri Soudas, dont la nomination a suscité beaucoup de controverse?

Bref, Stephen Harper, en prenant le pouvoir, a voulu réformer l’institution qu’est le Sénat. En sept ans, il n’a pas encore réussi cette réforme. Pire, plusieurs de ses nominations ont surtout mis en lumière son caractère partisan et soulevé la grogne de plusieurs électeurs qui ne comprennent pas la pertinence du Sénat canadien. Et rien dans l’actualité en ce moment ne permet de lui redonner du lustre…

Catégorie: Ottawa

Les châteaux en Écosse

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 publié le 5 février 2013 à 9 h 47

Il n’est pas facile de deviner ce que Pauline Marois croyait obtenir de sa rencontre avec son homologue écossais. Il est clair toutefois qu’elle avait évalué qu’elle y trouverait son profit. Or, c’est au rang des pertes qu’atterrit cette mission.

Le revers est désagréable. Une petite humiliation qui met du rouge aux joues et qui devrait réduire les ambitions des prochaines aventures internationales de ce gouvernement.

La première ministre avait pourtant bien fait les choses en France. Peut-être que ce succès a rendu son équipe plus téméraire, et que ce voyage en Écosse a été mal calibré. Certains ont parlé de naïveté. Précédée par des diplomates canadiens et des fonctionnaires britanniques, l’équipe québécoise devait savoir qu’elle se trouverait en terrain miné.

Harper, Marois et l’assurance-emploi

Le passage impromptu de Stephen Harper vendredi à Québec a bousculé l’agenda chargé de Pauline Marois.

Revenue d’Europe mercredi, la première ministre tenait caucus les deux jours suivants à l’Estérel, mais elle a été contrainte de revenir plus tôt que prévu à Québec pour participer à une annonce et surtout une rencontre avec le premier ministre canadien.

Après une réunion d’une quarantaine de minutes entre les deux chefs de gouvernement, Pauline Marois a tenu, un peu avant 17 h à Lévis, sa seconde conférence de presse de la journée. Elle paraissait fatiguée, ce qui était parfaitement compréhensible, et elle semblait vaguement en colère. Mme Marois affichait une humeur bien plus sereine quelques heures plus tôt.

Pauline Marois a peut-être réalisé, au moment où elle répondait aux questions des journalistes, jusqu’à quel point la situation dans laquelle elle se trouvait était désagréable.

Il se dégage de cette rencontre que Stephen Harper s’est engagé auprès de Mme Marois à appliquer de manière souple la réforme de l’assurance-emploi. M. Harper lui a dit qu’il ne veut pas empêcher les chômeurs fréquents de percevoir des cotisations et qu’il ne veut pas vider les régions où le travail saisonnier est répandu.

Un point de vue inédit, nouveau. Jusqu’à présent, le gouvernement Harper n’avait montré aucun signe de souplesse dans ce dossier.

Et chose très étrange, c’est Pauline Marois, la première ministre de la province où on compte 40 % des chômeurs fréquents du pays, qui a été contrainte de porter son message. Ainsi, Stephen Harper parvient à envoyer un signal d’ouverture, sans s’exposer et sans fléchir publiquement, au moment où les manifestations se multiplient dans l’est du pays. En outre, il place, au moins temporairement, le gouvernement du Québec sur les lignes de côté, en l’invitant à patienter avant de juger les effets réels de la réforme.

Grâce à cette rencontre, Stephen Harper paraît avoir atteint certains objectifs, et Pauline Marois a été utilisée, malgré elle, par le premier ministre.

Elle avait de quoi être maussade.

Les relations Québec-Ottawa

Avec la gouvernance souverainiste, c’est le gouvernement péquiste qui devrait avoir l’initiative dans les relations Québec-Ottawa. Ça viendra, promet la première ministre Marois.

L’assurance-emploi pourrait faire partie des revendications de Québec, même si Stephen Harper a fermement exclu cette possibilité, sans débattre davantage. Une attitude qui donne une bonne idée de la façon dont le premier ministre accueillera la gouvernance souverainiste. Cela pourrait faire tomber à plat les débats que voudrait susciter le gouvernement Marois.

D’ici là, Québec évalue les impacts financiers qui découlent des décisions prises à Ottawa, que ce soit pour l’assurance-emploi,  les prisons ou le registre des armes d’épaule.

Coincé dans ses livres de compte, menotté par les partis d’opposition, le gouvernement Marois a très peu de marge de manœuvre pour réclamer, obtenir et assumer financièrement de nouveaux pouvoirs.

Que ce soit sur le plan des relations internationales et des relations avec Ottawa, ou même pour la gestion interne du Québec, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois ne paraît pas avoir les moyens de ses ambitions, malgré qu’elles soient relativement modestes.

Les rêves deviennent fragiles devant certaines réalités.

Il y a bel et bien des châteaux en Écosse, mais le Québec n’a pas nécessairement les moyens d’y habiter.

Catégorie: Québec

Compte à rebours vers le budget

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 publié le 4 février 2013 à 18 h 09

Le bulletin de santé du ministre Jim Flaherty a attiré l’attention sur les préparatifs budgétaires en cours. Nous sommes à quelques semaines du dépôt du budget : plus de la moitié de ceux des 25 dernières années ont été déposés en février, plusieurs autres au tout début de mars. Bref, ça s’en vient à grands pas, alors que très peu de signaux ont été envoyés, par exemple un discours comme celui de M. Harper à Davos l’an dernier, quelques fuites calculées comme ballon d’essai, ou autres.

Peu d’indications sont fournies par le gouvernement Harper sur ses priorités à l’intérieur de LA priorité qu’est l’économie. Difficile de déduire quoi que ce soit des messages non codés, mais pas clairs pour autant, que le premier ministre Harper et son homme de confiance envoient à l’occasion. Même si l’on se défend de faire preuve de complaisance, on constate qu’une bonne part des déclarations portent sur la belle performance canadienne dans les circonstances et comparativement à la situation globale… Ça vous semble du réchauffé?

La récente visite de M. Flaherty au Forum économique mondial de Davos était annoncée en mentionnant qu’il irait y « souligner le leadership du Canada sur les plans économique et budgétaire ». Mais le discours ou les déclarations qu’il a pu y faire en leçon au reste du monde ne sont pas sur le site du ministère des Finances. Son patron n’est pas en reste. M. Harper a lancé la session avec une allocution à ses troupes à laquelle nous étions exceptionnellement conviés. Au moins 900 000 emplois créés depuis le creux de la crise, la meilleure illustration d’un pays qui « continue à évoluer avec succès au sein d’une économie mondiale qui demeure très fragile ». M. Harper reconnaît l’incertitude du moment, mais s’en tient à la continuité quand il parle des moyens à prendre, soit mieux former les travailleurs, déceler les technologies de la croissance, éliminer la paperasse inutile et, vous l’avez deviné, maintenir les impôts bas.

Encore lundi après-midi à la période des questions, le ministre associé à M. Flaherty, Ted Menzies, invoquait les conclusions de l’OCDE et du FMI sur les bons résultats du Canada qu’il attribuait au plan d’action économique du gouvernement conservateur. Est-ce que M. Menzies essayait de convaincre un député de l’opposition? Même pas. Dans la catégorie « on est jamais si bien servi que par soi-même », c’est un député conservateur qui, avec la « question plantée » du jour, demandait des « comptes » au gouvernement. Le député citait les louanges du Chicago Tribune et mentionnait que notre système bancaire se porte bien, que le secteur domiciliaire est en santé et que les dépenses publiques sont maîtrisées.

Le secteur bancaire? Sa solidité vient de choix faits il y a des décennies et d’ajustements effectués par les gouvernements Chrétien et Mulroney. Le secteur domiciliaire? Rappelons que ce sont les conservateurs qui avaient permis à leur arrivée au pouvoir, en 2006, la hausse à 40 ans de la période maximale pour l’amortissement des prêts hypothécaires assurables pour ensuite, il est vrai, la ramener graduellement à 25 ans l’an dernier, devant le péril de l’endettement des ménages.

Si vous êtes en mal de pool maintenant que le Super Bowl est passé, mais vraiment en manque, vous pouvez toujours parier sur la date du budget en tenant compte de ce que je mentionnais plus haut. Pour ce qui est de deviner le type de soutien à l’économie ou encore les sommes qui y seront consacrées… Bonne chance!

Le gouvernement est plus que discret et se croise surtout les doigts en espérant que certaines lueurs d’espoir en provenance des États-Unis perçues dans de récentes prévisions se matérialisent et tirent l’économie canadienne vers le haut. En 2008, c’était un peu l’inverse, le gouvernement Harper espérait que l’ampleur de la crise financière américaine, puis mondiale, aurait un impact plus limité ici. Un exposé économique incendiaire et une prorogation d’urgence plus tard, il déposait un budget catastrophe en janvier 2009, avec près de 50 milliards de dollars sur deux ans en dépenses de stimulation de l’économie, ce dont il se félicite aujourd’hui.

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Une journée dans la vie du premier ministre

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 publié le 30 janvier 2013 à 14 h 18

Si vous êtes l’un des 296 483 abonnés du premier ministre Harper sur Twitter (@pmharper), vous avez eu droit lundi à une petite fenêtre sur le quotidien de l’homme.

Sous le mot-clic #dayinthelife (une journée dans la vie de) le premier ministre a publié un journal de sa journée sous forme de photos et de vidéos. De son petit-déjeuner au 24, Sussex à ses déplacements en limousine vers le Parlement, en passant par les réunions, les rencontres et la période de questions.

« Tout ça tend à démontrer que le monsieur est vraiment occupé », lance Luc Dupont, professeur de marketing et communication à l’Université d’Ottawa. « Tout ce qui contribue à personnaliser le politicien, à l’humaniser, le rend normalement nécessairement plus sympathique. »

Une façon peut-être aussi de calmer ceux qui ont critiqué le premier ministre, il y a deux semaines, parce qu’il refusait de rencontrer la chef autochtone Theresa Spence, alors qu’il avait trouvé le temps de recevoir les gagnants de l’émission Occupation double.

Twitter permet d’insinuer des choses sans trop insister. « C’est mieux de le suggérer que de la dire, souligne Luc Dupont. Parce que quand je le dis, ça peut sonner faux. »

Ce n’est pas la première fois que Stephen Harper tente d’adoucir son image publique.

À l’élection de 2008, ses stratèges lui avaient fait porter un chandail de laine bleu dans l’espoir de tempérer la perception que certains électeurs avaient de lui. Ses adversaires ne s’étaient pas gênés pour tourner l’opération au ridicule. Durant le débat en anglais, Jack Layton lui avait même lancé : «Vous dites avoir un plan? Où est-il? Sous votre chandail? »

En 2009, le premier ministre, grand admirateur des Beatles, s’était permis une petite interprétation-surprise de la chanson With a little help from my friends, en compagnie du violoncelliste Yo-Yo Ma à un spectacle-bénéfice au Centre national des arts à Ottawa. Durant la campagne de 2011, lors d’un arrêt à Winnipeg, il avait rencontré Maria Aragon, une jeune célébrité sur le web pour ses interprétations des succès de Lady Gaga.

Des interventions toujours réglées au quart de tour. « On veut que ça ait l’air un petit peu spontané, dit Luc Dupont. Mais ça ne l’est jamais. » Même chose pour les photos et les vidéos publiées sur Twitter pour appuyer le récit de sa journée. On est loin des clichés croqués sur un téléphone cellulaire. L’une des vidéos « prises sur le vif » offre même deux angles de caméras!

Luc Dupont croit que la stratégie demeure payante : « Il a compris le rôle de la communication beaucoup plus qu’on pense. Le monde ordinaire ne voit pas tout ça. »

Au bureau du premier ministre, ce que l’on voulait offrir, dit son attaché de presse, Carl Vallée, c’était « un accès sans précédent aux différents aspects de sa journée. C’était la première journée de retour au Parlement, c’était donc une belle opportunité de montrer aux Canadiens de quoi a l’air une journée normale dans la vie du premier ministre ».

En tout cas, entre le début et la fin de sa journée, Stephen Harper a gagné environ 1200 abonnées sur son fil Twitter. Une bonne performance, mais l’exercice a des limites conclu Luc Dupont. « Quelqu’un qui n’apprécie pas Stephen Harper ne l’appréciera pas plus là. »

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Kevin Page, la succession?

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 publié le 29 janvier 2013 à 13 h 56

C’est à la fin mars que prend fin le premier mandat du premier directeur parlementaire du budget (DPB), Kevin Page, et l’opposition fait déjà part de ses inquiétudes quant à sa succession. Thomas Mulcair suggère le prolongement de son mandat pendant le processus de sélection afin d’assurer la continuité, tandis que les libéraux se posent publiquement des questions sur la volonté réelle du gouvernement Harper de pourvoir au poste. M. Page a déjà dit qu’il ne désirait pas un renouvellement de mandat, ce qui en fait sourire plus d’un du côté de la presse parlementaire, et ce qui fait carrément rire aux éclats du côté du gouvernement. Comme si ça avait un tant soit peu été envisagé… Il suggère plutôt les noms de trois membres de son équipe actuelle, qui sont très qualifiés pour assurer la relève dans la continuité.

La continuité dans ce bureau semble justement poser problème au gouvernement Harper, si on se fie aux propos récents du ministre des Finances Jim Flaherty. Ce dernier affirmait que le mandat du DPB gagnerait à être mieux défini, car, selon lui, M. Page s’en est parfois écarté. Rappelez-vous que M. Page a menacé d’avoir recours aux tribunaux pour obtenir des données plus détaillées des ministères et agences sur l’impact des coupes budgétaires. Pour le gouvernement, son mandat était de surveiller les dépenses, pas leur réduction!

Interrogé hier sur cette critique de son ministre à l’endroit d’un haut fonctionnaire dont l’indépendance est cruciale, le premier ministre Harper a voulu se faire rassurant en confirmant que M. Page aura bel et bien un remplaçant. Il a ajouté : « Nous avons créé le poste pour appuyer les discussions en assurant qu’il y ait une source non partisane et crédible d’opinion sur les questions budgétaires. » Et il concluait : « Nous allons continuer en nous assurant que nous avons un directeur et un bureau qui sont non partisans et crédibles dans leurs évaluations économiques. » Hum!

Ça vient du chef du gouvernement qui s’est fait contredire ou critiquer maintes fois par le DPB, que ce soit sur la viabilité des pensions, les coûts de la lutte à la criminalité et des emprisonnements en hausse, les gels et les compressions de dépenses, les coûts de sécurité des sommets du G-8 et du G-20, les prévisions à la veille de la crise financière et économique de la fin 2008 et surtout le fameux épisode des chasseurs F-35. M. Page avait alors subi les attaques en règle de la Défense nationale, mais aussi celles du gouvernement Harper, pour ensuite de se faire dire par le vérificateur général et plus récemment par le Secrétariat, qu’il avait raison.

Étant techniquement un employé de la Bibliothèque du Parlement, c’est de ce côté que le processus a été enclenché, avec la recherche d’un chasseur de têtes qui se chargera de trouver des candidats. Ça, c’est pour la partie formelle, celle prévue par les articles de la Loi sur le Parlement ajoutés par les conservateurs à leur arrivée au pouvoir pour créer de toutes pièces le poste promis dans la plateforme de l’élection de 2006. À la fin de l’exercice, c’est quand même le gouvernement qui nommera le successeur de Kevin Page.

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