Billets classés sous « Gvt Harper »

À inscrire au calendrier fédéral 2014

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 publié le 16 janvier 2014 à 12 h 34

Je vous ai peint la semaine dernière une sorte de portrait chiffré de la situation politique au fédéral, et ma collègue Emmanuelle Latraverse vous présentait les défis des chefs de parti pour 2014 tout en faisant le tour de trois grands enjeux à peu près incontournables.

Un texte de Denis FerlandTwitterCourriel

Saga Wright-Duffy, pipeline-ressources et face-à-face gouvernement-syndicats : il y a des développements à prévoir, avec des échéanciers plus ou moins prévisibles, selon le cas. Une décision de l’Office national de l’énergie, ça se prépare. Mais la publication de documents d’enquête ou le dépôt d’accusations, ça arrive pas mal comme un cheveu sur la soupe.

Il en va de même pour une série d’autres dossiers dont certains sont cycliques, tandis que d’autres vous tombent dessus à l’improviste quand ils ne sont pas carrément des indésirables. Enfin, certains relèvent de l’automutilation : la catégorie « ils ont bien couru après ».

Mi-janvier

Événement planifié, formel, l’audition, mercredi, du renvoi du gouvernement Harper à la Cour suprême sur la validité de la nomination du juge Marc Nadon pour occuper un des trois postes réservés au Québec sur le banc de ce même tribunal. La nomination suscite une confrontation avec le gouvernement du Québec. Son éventuelle confirmation n’apaiserait pas les choses.

En prime, nombreux sont ceux dans les milieux juridiques qui, au-delà du débat sur le pouvoir fédéral de nommer un juge de la Cour d’appel fédérale qui a quitté le Barreau du Québec il y a plus de 20 ans, se posent de sérieuses questions sur le calibre de l’individu lui-même. Valait-il la peine de faire tout ça pour Marc Nadon? Affronter le Québec, mais aussi d’autres provinces sur le principe? Marc Nadon en valait-il le coup à ce point? On le verra assez rapidement. Les juges du haut tribunal du pays sont surchargés de travail en l’absence de Marc Nadon, et ils ne devraient pas tarder à prendre une décision. Le juge Nadon sera donc confirmé ou pas. Il siégera, ou bien le gouvernement devra nommer quelqu’un d’autre.

Fin-janvier

Tout aussi planifiée, l’audition de trois appels qui touchent un aspect du programme conservateur de lutte à la criminalité : la fin du temps purgé avant sentence compté en double. La Loi sur l’adéquation de la peine et du crime a un nom nettement plus évocateur en anglais  : « Truth in sentencing Act » (pour de véritables peines, ou la fin de la « frime » dans les peines de prison).

C’est maintenant du un pour un, sauf exception à justifier. Vous avez purgé 30 jours avant votre condamnation, c’est 30 jours de moins à votre peine. Le fédéral est en appel là-dessus. En plus, on s’est aperçu ces derniers temps que certains juges réaffirment leur prérogative en matière de sentence en recourant systématiquement à l’exception et créditent aux condamnés 1,5 jour par jour purgé avant condamnation.

La même volonté d’affirmation des juges vaut pour certaines peines minimales imposées par le gouvernement Harper. Des juges refusent d’en appliquer certaines, les déclarant inconstitutionnelles. Des accusés ont eu gain de cause. Les gouvernements ontarien et canadien tentent d’interjeter appel encore une fois en Cour suprême.

Février

Meilleur exemple de prévisibilité, du moment sinon du contenu, le budget. Jim Flaherty en sera à son neuvième. Va-t-il confirmer dès lors qu’il atteindra son objectif du retour à l’équilibre l’année suivante?

On verra, mais on devrait sentir une accélération dans cette direction, sans pour autant que M. Flaherty n’y aille de nouvelles mesures ou d’initiatives qui viendraient faire la différence. M. Flaherty le répète ad nauseam, on « maintient le cap ». Si vous ne l’avez pas entendu au cours de la dernière année, vous viviez sous une roche! Les mesures populaires promises advenant l’élimination du déficit attendront l’an prochain, une année électorale.

Mars-avril

C’est aussi quelque part en mars ou avril, selon les procédures parlementaires, que le débat sur le pouvoir des députés de désavouer leur chef et de forcer la tenue d’une course à la direction reprendra. Que le projet de loi émane d’un simple député conservateur, Michael Chong, et qu’il suive de quelques mois une mini-révolte de ses collègues du caucus, ça braque les projecteurs sur le chef conservateur, le premier ministre Harper. Le fait que la poigne de M. Harper sur ses troupes ne soit plus aussi ferme est aussi mis en évidence.

Juin

C’est à ce moment que Michael Sona, alias Pierre Poutine, devrait subir son procès pour des appels trompeurs dans Guelph, au bénéfice du candidat conservateur en mai 2011. À compter du 2 juin, une dizaine de jours de témoignages vont attirer l’attention sur les pratiques du Parti conservateur, qui a mis Sona-Poutine en quarantaine.

Rappelons qu’Élections Canada poursuit des enquêtes dans quelques dizaines d’autres comtés, où des appels robotisés trompeurs auraient aussi été effectués. Tout ça, sans compter les accusations portées contre le député Dean DelMastro pour des dépenses électorales illégales. Son procès devrait commencer le 23 juin. Il a été expulsé du caucus conservateur depuis.

Décembre

C’est le 20 décembre qu’expirera le délai d’un an fixé par la Cour suprême au gouvernement fédéral s’il veut légiférer en matière de prostitution. Après cette date, les articles sur les maisons de débauche, la sollicitation dans les lieux publics et le fait de vivre des fruits de la prostitution seront tous rayés du Code criminel.

Comme le gouvernement a mené lui-même la bataille jusqu’en Cour suprême après deux défaites en instances inférieures, on peut supposer qu’il voudra maintenir certaines limites à ces activités. À défaut de la sécurité des prostituées, on a entendu beaucoup d’arguments tournant autour de la moralité et de la quiétude des communautés de ce côté-là du spectre politique. Tous les partis politiques seront interpellés sur cette question.

À SURVEILLER

Marijuana

Est-ce que Stephen Harper va bouger là-dessus? Après que Justin Trudeau et l’Association des chefs de police eurent placé le sujet à l’avant-scène de l’actualité, les conservateurs ont bien tenté d’en tirer avantage. La légalisation et la réglementation suggérées par Justin Trudeau sont vite devenues la « promotion de la marijuana auprès des enfants ». Justin Trudeau et Rob Ford, pas vraiment de différence aux yeux des MacKay et cie.

Mais M. Harper lit les sondages comme tout le monde. Interrogé sur sa propre consommation, il invoque son asthme et répond à la blague : « Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui fume du pot? »  Mais il entrouvre la porte. La suggestion des policiers de permettre l’imposition de simples contraventions pour les petites possessions personnelles fait son chemin. Reste à savoir si M. Harper voudra couper l’herbe… sous le pied de M. Trudeau.

Ottawa c. Québec : laïcité et suicide assisté

Est-ce que les partis fédéraux vont réussir à se tenir loin de ce débat sur la laïcité qui va s’animer de nouveau avec la commission parlementaire à Québec et, qui sait, une élection possible? Il faut se rappeler que MM. Harper et Mulcair n’ont pas fait preuve du même enthousiasme que Justin Trudeau l’été dernier lorsque la nouvelle a été publiée avant même que Bernard Drainville n’ait complété sa belle présentation, esquisses à l’appui. Le chef libéral est monté sur ses grands chevaux et, tel le preux chevalier des droits, s’est lancé, hallebarde en l’air, à l’assaut du gouvernement Marois.

Bien sûr, tous les partis fédéraux ont fini par se ranger derrière la protection de la liberté religieuse prévue par la Charte canadienne des droits et libertés. M. Mulcair a tenté de démonter M. Trudeau en évoquant un appui financier à ceux qui contesteraient la charte Drainville devant les tribunaux.

Les trois chefs vont être appelés à prendre position, mais le seul qui serait concrètement mêlé au dossier serait M. Harper pour peu que quelqu’un conteste la constitutionnalité de la charte Drainville et mette en cause le gouvernement fédéral comme gardien de la charte canadienne.

Sur le suicide assisté, deux fronts pour Ottawa. La Cour suprême vient d’accepter de se pencher de nouveau sur la question, 21 ans après la cause Sue Rodriguez. Le droit et la société ont considérablement changé depuis. Dans des dossiers émanant de la Colombie-Britannique, Ottawa a obtenu gain de cause en appel après avoir défendu sans succès le Code criminel, qui interdit l’aide au suicide, mais pas le suicide comme tel.

Au Québec, on s’attend à l’adoption du projet de loi qui autorise et balise « l’aide médicale à mourir », expression qui masque la véritable pratique qu’on veut permettre. Le gouvernement Harper s’est tenu loin, très loin, de ce débat. La ministre de la Santé Rona Ambrose dit ne pas vouloir permettre le suicide assisté en modifiant le Code criminel, et elle invite plutôt les provinces à agir dans ce domaine à l’intérieur de leurs compétences en matière de soins de santé.

Là encore, le fédéral pourrait être entraîné dans la tourmente judiciaire si un des groupes qui continuent de s’opposer au projet Hivon s’avisait d’aller devant les tribunaux et de demander au fédéral de défendre, dans ce cas-ci, son Code criminel.

Saupoudrez quelques annonces sur le pont Champlain, une querelle Ottawa-Québec sur la subvention canadienne à l’emploi, etc. Tout ça et bien plus en 2014, sauf, en principe, des élections fédérales!

Catégorie: Ottawa

Rob Ford, le conservateur

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 publié le 15 novembre 2013 à 10 h 54

Il est intéressant de voir les réactions et les propos des membres du gouvernement Harper devant la déchéance graduelle de leur ami, parce que c’est comme ça que plusieurs qualifient Rob Ford. C’est d’autant plus intéressant quand on voit comment les mêmes individus en remettent sur Justin Trudeau au sujet de sa consommation et surtout de sa position sur la marijuana.

Le dernier en date à ce chapitre est Peter MacKay. Avant-hier, il a, semble-t-il, un peu étiré les propos du chef libéral devant des étudiants manitobains pour mieux s’en prendre à lui. M. MacKay jongle également avec l’idée de serrer encore la vis aux conducteurs en état d’ébriété avec de nouvelles peines minimales obligatoires. Son prédécesseur à la Justice en avait en plus imposé de nouvelles pour plusieurs délits reliés à la drogue. Deux secteurs qui ne sont pas étrangers aux comportements qu’on reproche à M. Ford, en passant.

M. Trudeau est donc rapidement condamné par M. MacKay et ses collègues, mais disons que la réaction est beaucoup plus mesurée devant les frasques et les infractions, pour la plupart admises, de M. Ford.

Il faut dire que l’exemple vient de haut, du grand patron lui-même, qui a arrimé sa machine politique à celle du maire Ford, alors récemment élu maire de Toronto, à l’été 2011. L’arrimage était d’ailleurs tout aussi personnel que politique, du moins si on se fie à la présentation faite par Rob Ford lui-même. Le BBQ conservateur du 2 août 2011 a permis à M. Ford de nous apprendre qu’il s’était trouvé un « nouveau partenaire de pêche », qui venait de l’emmener dans le nord de l’Ontario pour lui permettre de sortir du lac un magnifique achigan. Ce partenaire n’était nul autre que M. Harper qui, trois mois plus tôt, avait acquis sa première majorité au Parlement face à la vague néo-démocrate et à l’effondrement des libéraux.

Une fois sur la tribune, M. Harper y est allé d’une envolée sur sa récente élection, celle de M. Ford et celle à venir, du moins l’espérait-il, des conservateurs de Tim Hudak à Queen’s Park. On était à trois mois d’une élection ontarienne. M. Harper de dire :

« On a commencé à nettoyer le gâchis de la gauche au niveau fédéral dans la région. Rob est en train de s’en charger au municipal, et on doit maintenant compléter le tour du chapeau et le faire au provincial également. »

M. Hudak a perdu son élection face à un Dalton McGuinty devenu minoritaire. M. Harper a ainsi raté le tour du chapeau conservateur tant souhaité.

Mais revenons au Rob Ford d’aujourd’hui. M. Harper n’a pas eu « l’occasion » de commenter les derniers développements. Disons qu’il ne l’a pas vraiment cherché non plus. Vous vous rappelez que j’ai fait état des restrictions imposées aux médias à Calgary. En fait,  quelques minutes après que le chef de police de Toronto eut confirmé l’existence de la fameuse vidéo montrant M. Ford fumant du crack, l’horaire de M. Harper était modifié. On éliminait une séance de prise d’images sur son arrivée au congrès de son parti à Calgary. Pas un point de presse, mais quand même une occasion perdue de lancer une question sur le sujet du jour au premier ministre.

Ses ministres ont pour leur part adopté l’approche de la belle compréhension dont je parlais plus haut, à savoir que M. Ford avait besoin d’aide dans les circonstances.

Le croisé antidrogue autoproclamé Peter MacKay estime qu’« en tant qu’être humain », il souhaitait que Rob Ford obtienne de l’aide, que ce sont de « tristes événements pour la ville de Toronto ». Joe Oliver laissait le soin au conseil municipal de gérer l’affaire, pendant que Tony Clement disait prier pour M. Ford.

Le plus affecté est un ami personnel de M. Ford et de sa famille, Jim Flaherty. Le ministre des Finances refoulait tant bien que mal ses larmes et a pris beaucoup de temps avant que les mots ne sortent de sa bouche lorsqu’il a été interrogé en marge de consultations prébudgétaires. « M. Ford doit prendre ses propres décisions, sa famille doit être là pour l’aider, je leur souhaite bonne chance, c’est tout ce que je peux dire », a-t-il déclaré.

On attend maintenant de voir comment le premier ministre Harper se positionnera au sujet de son allié politique régional de Toronto, allié qui semble encore avoir un certain appui d’une clientèle électorale qu’il partage avec les conservateurs de M. Harper, à preuve, le BBQ d’août 2011. La « Ford Nation » est aux aguets.

Ça pourrait à la rigueur arriver à la période des questions, si le sujet est jugé recevable. Ou encore si les étudiants en marketing ou les présidents de chambre de commerce, qui ont la permission de poser des questions au premier ministre ces temps-ci, se risquent sur le sujet. Pour ce qui est de la presse, elle devra visiblement s’armer de patience, car M. Harper ne se précipite pas beaucoup devant les caméras lorsqu’elles sont accompagnées d’un microphone.

Catégorie: Ottawa

Suspension des sénateurs : lendemain de veille

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 publié le 6 novembre 2013 à 12 h 59

Trois suspensions plus tard, la vie reprend son cours sur la colline du Parlement, du moins un peu…

L’opposition a bien sûr l’intention de continuer à harceler le premier ministre Harper sur son rôle et sur celui de son entourage dans l’affaire Duffy-Wright et de maintenir l’histoire en vie. Connaissant le premier ministre, malgré ses changements de version, ce ne sont pas MM. Mulcair et Trudeau qui vont le faire bouger. Comme depuis le début de cette affaire, ce sont des développements survenus ailleurs qui ont forcé Stephen Harper à faire « évoluer » sa version des événements :  fuites, documents de cour, sorties-chocs de certains, admissions de certains autres…

M. Harper a cependant perdu une répartie présente dans à peu près toutes ses réponses depuis deux semaines :  à savoir que les fautifs doivent être punis, que le Sénat doit prendre ses responsabilités, etc. C’est fait, les suspensions sont en vigueur, passons à d’autres répliques. Le premier ministre peut toujours continuer d’accuser les libéraux d’avoir voulu protéger les sénateurs fautifs, en leur offrant une audience en comité avant de les suspendre.

Outre les questions quotidiennes en Chambre donc, il reste dans le paysage le vérificateur général, qui se penche sur l’ensemble des dépenses de tous les sénateurs. S’il y a irrégularité, le nouveau préfet de discipline du Sénat, Claude Carignan, a promis de les sanctionner également.

Aussi à l’horizon, la GRC qui enquête sur les allocations litigieuses des trois sénateurs suspendus, entre autres, ainsi que sur l’angle Wright-Duffy. Fraude et abus de confiance au menu. On apprend incidemment que certains dossiers ont été remis par les enquêteurs à la Couronne, qui doit maintenant décider du dépôt d’éventuelles accusations.

En l’absence de développement de ce côté, il va falloir que les véritables débats remontent à la surface.

Le projet de loi omnibus du gouvernement sur le budget fait son petit bonhomme de chemin sans qu’on se rende compte que la moitié de son contenu va beaucoup plus loin que le dernier budget. L’entente avec l’Union européenne est aussi passée à la moulinette de la crise au Sénat, tout comme le discours du Trône. Le gouvernement Harper aimerait probablement qu’on parle davantage de ces deux derniers dossiers.

Et que dire de ce rapport d’Environnement Canada sur le bilan annuel des émissions de gaz à effet de serre? Déposé il y a deux semaines, il montrait en gros que le Canada ne se dirige pas vers l’atteinte de ses objectifs de réduction des GES pour 2020, loin de là. Encore hier, le commissaire à l’environnement a déposé un rapport passé inaperçu. Le gouvernement fédéral tient un langage en matière de conservation et de parcs nationaux, mais ne suit pas avec les actions qui s’imposent.

Bref, vous le voyez, la crise autour du Sénat a envoyé dans le dalot des enjeux qui méritent plus d’attention de la part du gouvernement, de l’opposition, mais surtout des Canadiens. On verra si le vote de mardi soir va être suivi d’un essoufflement certain souhaité par le premier ministre Harper et ses troupes.

Catégorie: Ottawa

D’un discours du Trône à l’autre

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 publié le 15 octobre 2013 à 10 h 38

 

Différence de prix des biens entre les États-Unis et le Canada, factures de téléphonie cellulaire, cartes de crédit, Sénat à réformer ou à abolir, enfants à protéger des agresseurs… Autant de thèmes qui devraient revenir dans le nouveau discours du Trône de ce gouvernement, qui a comme priorités, rappelons-le, l’économie et la création d’emploi.

Ce n’est pas dans le genre de la maison d’intervenir beaucoup dans l’économie au sens où on l’entend habituellement, cependant. Le ministre Jim Flaherty s’est bouché le nez le temps de deux budgets et de dépenser près de 50 milliards de dollars en stimulations de toutes sortes, pour ensuite fermer le robinet dès que possible. Chassez le naturel et il revient au galop. Comme meilleurs moyens de soutenir la croissance, M. Flaherty et le gouvernement Harper sont revenus à la recherche du déficit zéro (surtout par des coupes dans la machine gouvernementale) et au maintien d’impôts bas. Ajoutez à cela quelques mesures relatives à la main-d’œuvre et aux ressources naturelles et vous avez le portrait de l’action de ce gouvernement pour SA priorité : l’emploi.

La récente entente avec deux provinces pour un organisme national de réglementation des valeurs mobilières aura un impact quand même limité. Les quatre derniers budgets s’analysaient dans le fond en environ cinq minutes chacun.

Mais il n’y a pas que les budgets dans la vie, il y a aussi les discours du Trône, qui nous donnent une idée plus large de l’action gouvernementale et qui permettent peut-être d’avoir une idée plus juste de son bilan.

Fier de sa majorité fraîchement acquise, le gouvernement Harper n’y était pas allé par quatre chemins lors de son plus récent discours, en 2011. Il balayait les frustrations de la minorité : abolition du registre des armes d’épaule, de la Commission canadienne du blé et serrage de vis du côté des crimes violents, contre les enfants ou contre les aînés, en plus de mieux outiller les citoyens pour se défendre et arrêter les criminels. Une série de petites mesures ciblées, comme le crédit d’impôt pour les activités artistiques, sont aussi venues séduire certaines clientèles. La recherche a été réorientée du Conseil national de la recherche vers le secteur privé, la création du Bureau de la liberté religieuse à l’étranger a été mentionnée, etc. Le gouvernement a donc donné suite à un train de mesures annoncées le 3 juin 2011.

Ensuite, quelques « E » pour échecs notables : accord avec l’Union européenne en 2012? Avec l’Inde en 2013? Attirer les investissements étrangers? Stratégie pour l’économie numérique? Plan de conservation nationale? Une « place centrale » réservée aux Autochtones?

Enfin, des réalisations quelque peu déformées, disons, par rapport aux intentions. Par exemple, les transferts protégés aux provinces, 6 % maintenus pour la croissance du transfert en santé, avec négociations sur le renouvellement de l’accord de 2004 et une entente distincte avec le Québec. Rien de tout cela dans le très peu élégant décret du ministre Flaherty à ses collègues des provinces entre l’apéro et l’entrée d’un lunch à Victoria, ce qui  n’a pas aidé à sa digestion.

On parlait aussi amplement des retraités dans le discours, mais pas de la hausse de 65 à 67 ans de l’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse.

Il était également question d’améliorer la réglementation et l’évaluation environnementale pour les projets relatifs aux ressources naturelles en « collaboration avec les provinces ». Réglementation et évaluation voulaient surtout dire accélération, nécessaire dans certains cas, et simplification. Ceux qui ne peuvent pas être entendus aux audiences sur le renversement du pipeline d’Enbridge viennent de comprendre. Rien sur les changements climatiques dans le discours de 2011, rien pour décevoir les attentes, devenues inexistantes. Avec une nouvelle ministre qui s’interroge à voix haute sur les données scientifiques qui montrent le réchauffement de la planète, il n’est pas évident de penser qu’on va en entendre beaucoup parler mercredi non plus.

En gros donc, la recette du discours de demain offrira un ingrédient principal nouveau, le consommateur, saupoudré d’un peu de nordicité et épicé de quelques notes de nouveau patriotisme. Ce plat de résistance législatif reposera sur une sauce éprouvée pour lier le tout, la lutte à la criminalité, assaisonnée d’un brin d’économie et d’emploi. L’opposition va s’occuper du dessert pour couronner le tout, pas trop sucré, mais parfumé de scandales au Sénat, où sera justement lu le discours.

Catégorie: Ottawa

Le Denis Lebel nouveau

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 publié le 3 octobre 2013 à 14 h 05

Quel point de presse du ministre de l’Infrastructure Denis lebel, mercredi, aux abords du Saint-Laurent!

On invitait la presse pour la première pelletée de terre du pont-jetée temporaire de l’île des Sœurs, mais on indiquait également que le ministre Lebel « ferait le point sur le projet du nouveau pont pour le Saint-Laurent ».

Je me pinçais presque en entendant le ministre annoncer en rafale la publication du rapport final d’évaluation environnementale, que des travaux pressants devaient être effectués sur les poutres du pont Champlain et qu’un rapport d’ingénierie concluait à une détérioration plus rapide que prévu de ces « poutres de rive » et que des sommes « substantielles » devraient être ajoutées pour maintenir le pont en opération de manière sécuritaire.

Petite cachotterie du ministre, il n’a pas voulu préciser le montant d’argent supplémentaire. Il faut reconnaître que le demi-milliard de dollars en question était mentionné à au moins deux reprises dans le rapport d’ingénierie qu’il a publié.

 

En prime, traduisant un certain sentiment d’urgence, M. Lebel a ajouté que l’échéancier 2021 devra être réévalué, dans le sens de devancé. Il a précisé entre autres que même dans le cas de la « qualité architecturale » la décision qui sera prise devra tenir compte de cette volonté d’y aller rondement avec la construction de la nouvelle structure. Je ne sais pas ce qui va arriver avec le concours envisagé pour le design, mais bon, on comprend qu’on se dirige vers un choix de structure à complexité limitée.

Vous comprendrez mon étonnement devant l’ouverture du ministre et l’abondance d’information fournie (les rapports sont accessibles en ligne sur les sites de Transports Canada ou de la société fédérale qui gère le pont Champlain), si je vous rappelle les balbutiements, pour ne pas dire bafouillages, de M. Lebel dans le dossier.

On était en juillet 2011, il n’y a pas si longtemps. À Montréal, pour annoncer une subvention dans le secteur de l’aérospatiale, M. Lebel se fait plutôt interroger après l’annonce sur les rapports et études qu’il a en main sur l’état et sur l’avenir du pont Champlain en décrépitude évidente. Et là, la m…. frappe le ventilateur (pour utiliser une expression chère à mes collègues anglophones).

M. Lebel exprime des doutes, voire de la méfiance, sur l’utilisation de telles données par ses adversaires sans doute, mais aussi par le commun des mortels… et les journalistes. « Lorsqu’on rend publiques des informations qui sont traitées par des personnes qui ne sont pas des connaisseurs du sujet, ça peut créer des émois que je ne veux pas créer. » Il en remettait une petite couche : « Ce n’est pas le temps de créer quelque chose aujourd’hui qui va insécuriser la population. »

Quoi? Les documents sont-ils si alarmants que ça? Après tout, nos collègues d’Enquête et de La Presse avaient déjà déterré quelques rapports inquiétants, ce qui avait justement amené le gouvernement fédéral à demander de nouvelles expertises. M. Lebel a immédiatement tenté de redresser la barre : « Et je ne suis pas en train de dire qu’il y a dans le rapport des choses insécurisantes… » Mais il venait précisément de susciter l’émoi qu’il voulait éviter.

Dès le lendemain, Transports Canada publiait l’étude de préfaisabilité sur le remplacement du pont Champlain pour calmer la donne, même si certains se demandaient si d’autres documents restaient confidentiels.

Visiblement, M. Lebel et ses conseillers dans ce dossier ont compris la leçon depuis l’annonce trois mois plus tard du projet de remplacement du pont Champlain. Toutes les étapes sont publicisées, en chair et en os, ainsi qu’en ligne. Comme quoi la transparence, même un peu forcée, n’a jamais fait de mal à personne.

Catégorie: Ottawa

Conservateurs = consommateurs?

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 publié le 27 septembre 2013 à 14 h 39

La « classe moyenne » est dans la ligne de mire de tous les partis fédéraux. Justin Trudeau a de la difficulté à prononcer une phrase sans y inclure l’expression consacrée, peu importe l’endroit ou l’heure de la journée. Le NPD vous dira qu’il s’en préoccupe depuis toujours. Jack Layton en a beaucoup parlé pendant la dernière campagne et le parti a un historique de conférences de presse et de projets de loi de ses députés qui remplirait un plein tiroir de filière, oups… toute une clé USB de 2 Go.

Les conservateurs ne sont pas en reste. À preuve, cette série de crédits d’impôts ou de déductions très ciblés, déjà en vigueur ou promis, pour l’activité physique des enfants, puis des adultes, les laissez-passer de transport en commun, l’achat d’outils, les activités artistiques, les aidants naturels, la rénovation domiciliaire. N’en jetez plus, la cour est pleine. La baisse de 2 % du taux de la TPS profite à tout le monde, mais on s’entend que la « classe moyenne » était particulièrement sensible au message sinon aux effets concrets de la mesure.

Mais là, tout indique que les conservateurs vont pousser la démarche un peu plus loin. Ça se voit d’ailleurs déjà dans au moins un grand secteur de consommation : la téléphonie cellulaire. Il circule aussi dans la capitale fédérale que le gouvernement Harper va prendre le parti de David (le consommateur) face à une escouade de Goliath. Après tout, c’est le même consommateur qui fait face aux Bell, Telus et Rogers, ainsi qu’aux lignes aériennes et aux banques. On s’attend à ce que le discours du Trône du mois prochain fasse part des intentions du gouvernement Harper dans ces deux derniers secteurs. L’offensive est déjà commencée en ce qui concerne les télécommunications mobiles, on y reviendra plus loin.

Dans le cas des lignes aériennes, le collègue John Ivison du National Post parlait d’une quasi-charte (décidément…) des droits des passagers. Du côté des banques, le ministre Flaherty ne se gêne pas pour leur dicter une ligne de conduite sur les pratiques hypothécaires et on connaît ses inquiétudes face à l’endettement des ménages au pays. Émetteurs de cartes de crédit, soyez à l’écoute le 16 octobre autour de 17 h, en direct du Sénat.

Il faut dire que le dernier budget Flaherty donnait déjà pas mal le ton « consommateur » en début d’année. On y parlait justement d’un « code exhaustif » pour les consommateurs dans le secteur financier. Surtout, bien plus terre-à-terre comme mesure, M. Flaherty éliminait des tarifs douaniers sur les vêtements pour enfants et les articles de sport en avertissant littéralement les grossistes, distributeurs et marchands qu’il s’attendait à ce que le consommateur, en fin de compte, voie toute la différence dans le prix des biens en question.

Pour s’en assurer, le 7 août dernier, le ministère des Finances annonçait l’octroi d’un contrat à la firme Nielsen afin que celle-ci exerce une surveillance sur ce transfert, en principe, de près de 80 millions de dollars vers les porte-monnaie des familles canadiennes. Dans la même veine, un rapport du Sénat sur les différences de prix entre les États-Unis et le Canada ne restera pas lettre morte, des commandes sont passées dans l’appareil gouvernemental. Un autre paragraphe dans le discours du Trône? Pourquoi pas?

Et si vous avez encore des doutes sur l’orientation que veut se donner le gouvernement Harper, vous n’avez qu’à voir comment il traite les trois grands (méchants???) des télécommunications depuis le début de l’été. Le ton du ministre James Moore, fraîchement débarqué à l’Industrie, devant les hauts cris et les accusations de favoritisme de Bell, Telus et Rogers avec l’arrivée appréhendée du géant américain Verizon dans leur cour, était fort révélateur.

Même après le retrait de Verizon et la confirmation qu’aucun gros joueur étranger ne menacerait les trois plus gros fournisseurs canadiens de services sans-fil, le gouvernement s’acharne. Ça doit être clair. Il faut que les utilisateurs de portables dans tout le pays ne doutent pas de quel côté de la clôture se trouve le gouvernement Harper.

 

Les quotidiens du pays publiaient samedi dernier une pleine page de publicité pas nuancée pour deux sous. En résumé, le message, c’est que le trio Bell/Telus/Rogers utilise sa domination du marché pour vous extorquer de l’argent et répand des commérages sur l’industrie pour la préserver.

 

La publicité vous envoie à un site web d’Industrie Canada qui ressemble fort pour ce qui est de l’argumentaire à un autre, propriété du Parti conservateur, le tout, assorti, on est en 2013 après tout, d’un compte Twitter du ministère.

 

 

 

La frontière entre les ressources gouvernementales et partisanes est un peu floue, en tout cas, on peut certainement parler d’une belle communauté de pensée!!!

Avec ce blitz, cette guerre de tranchées médiatique, les dirigeants de Bell, Telus et Rogers goûtent en fait à un traitement dont Stéphane Dion et Michael Ignatieff pourraient leur parler longtemps! Et les PDG de banques et de compagnies aériennes vont y penser deux fois avant d’entreprendre une guerre de relations publiques avec le gouvernement fédéral.

J’ai bien hâte de voir comment le même gouvernement défendra un autre groupe de consommateurs qui a aussi ses accès d’impatience face aux pratiques des grosses entreprises. Je parle des automobilistes qui ont toujours de la difficulté à s’expliquer et, surtout, à avaler les brusques variations du prix de l’essence.

À deux ans des prochaines élections fédérales, ça donne une bonne idée de la thématique qui risque de guider tous les partis d’ici là. Le tout, évidemment, agrémenté des accidents de parcours de l’actualité comme les enquêtes sur les sénateurs ou la personne du bureau du premier ministre, les crises internationales ou les querelles Ottawa-Québec pour ne donner que ces exemples-là.

 

Catégorie: Ottawa, Québec

L’économie et l’emploi, vraiment?

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 publié le 16 septembre 2013 à 14 h 14

Vous avez sans doute remarqué que le premier ministre Harper et les membres de son Cabinet ne ratent jamais une occasion de rappeler que leur priorité est l’économie et la création d’emplois. Le sous-entendu, qui ne l’est pas toujours, étant que ce n’est pas le cas pour les autres partis politiques. Par exemple, Justin Trudeau néglige l’économie quand il prend le temps de se prononcer en faveur de la légalisation de la marijuana, selon les conservateurs. Ou encore le gouvernement Marois ne s’occupe pas des vraies priorités en planchant sur une charte des valeurs.

M. Harper et ses ministres font des annonces, répondent à la presse. Le leitmotiv : « Notre gouvernement a comme priorité l’économie et la création d’emplois. » Dans notre jargon, c’est la « cassette » derrière laquelle se réfugient les politiciens quand ils ne veulent pas répondre ou quand ils veulent gagner un peu de temps pour faire démarrer la bonne cassette sur le véritable sujet de la question posée. Pour certains, c’est devenu un réflexe tellement ils ont bien appris la leçon. À la rigueur, vous demanderiez à certains ministres ce qu’ils ont mangé pour déjeuner ou à quoi ils ont occupé leur week-end et la réponse commencerait par : « La priorité de notre gouvernement est… »

Donc, prorogation oblige, à un mois maintenant du discours du Trône qui lancera la nouvelle session parlementaire, on peut se demander comment le gouvernement Harper va, avec des projets et des politiques, respecter sa grande priorité. Pas évident, compte tenu de son inclination naturelle en ce qui concerne l’intervention dans l’économie, au moment où celle du Canada montre des signes de reprise de plus en plus timides.

Le taux de chômage, à 7,1 %, semble frapper un plancher, un point au-dessus du taux d’avant la crise de 2008-2009. Le Canada n’est plus dans les 10 meilleurs élèves en matière de productivité, et en juin, le taux annualisé de croissance était négatif, à –0,5 %.

Grosse conciliation donc pour M. Harper et son ministre des Finances, Jim Flaherty. On maintient le cap sur l’élimination du déficit dans deux ans avec des revenus qui n’augmenteront pas très vite et surtout en contrôlant de manière serrée les dépenses. M. Harper s’est encore fait l’apôtre de la responsabilité budgétaire il y a deux semaines à Saint-Pétersbourg auprès de ses collègues du G20, citant encore le Canada en exemple et laissant entendre que l’atteinte de cet objectif en soi est gage de reprise économique. Les deux hommes font la sourde oreille à ceux qui craignent qu’une austérité trop dogmatique nuise à la relance.

Dans ce contexte-là, ça prend un discours du Trône qui justifie la prorogation et le report de la rentrée parlementaire d’un mois et qui contient des mesures importantes, assez visibles pour être des actifs en campagne, en octobre 2015. En tout cas, c’est comme ça qu’on se fait réélire habituellement! Le gouvernement Harper pourrait bien annoncer de nouveau deux promesses électorales de 2011 qui dépendent du déficit zéro. Il pourrait mettre en place dans le budget 2015, juste avant l’élection prévue en octobre. Ces deux mesures sont certainement plus palpables pour les contribuables, les familles notamment.

Je parle du fractionnement du revenu pour les conjoints parents d’enfants de moins de 18 ans et de la multiplication par deux du plafond pour les contributions au CELI, ces comptes d’épargne libres de tout impôt. Dans le premier cas en particulier, le gouvernement pourrait parler de baisses d’impôt sur le revenu à grande échelle. Nombreuses sont les familles dont les conjoints ont des écarts de revenu et qui paieraient moins d’impôt si le conjoint avec le revenu le plus élevé pouvait transférer, aux seules fins d’impôt, une part de ses revenus qui seraient donc taxés à moindre taux.

Mais on n’en est pas là, pour l’instant. Le gouvernement conservateur ne sort pas vraiment des sentiers battus. Il revient à la charge avec une mesure qu’il avait mise en place pendant deux ans au creux de la crise économique. Discrètement, Jim Flaherty a en effet annoncé la semaine dernière le gel, pour les trois prochaines années, du taux de cotisation à l’assurance-emploi, une mesure qui priverait le trésor public d’environ 3 milliards de dollars au cours des trois prochaines années, mais qui ne mettrait pas en péril le déficit zéro attendu en 2015-2016. Perçues comme un boulet pour l’embauche dans beaucoup d’entreprises, ces cotisations vont être « vendues » comme une forme de baisse d’impôt. Et les employés en bénéficieraient également. Pas vraiment le genre de mesure qui va faire une réelle différence en élection cependant.

En fait, un des problèmes du gouvernement Harper est qu’il n’a que peu de contrôle sur les deux plus importants dossiers économiques sur lesquels il mise. C’est l’administration Obama qui va décider du sort du pipeline Keystone. Et M. Harper a tendu la main au président américain en lui envoyant une lettre le mois dernier. Il lui offrait certaines concessions sur les émissions au Canada pour lui faciliter la vente d’un éventuel OUI aux troupes démocrates et surtout aux écologistes qui le soutiennent. Ensuite, l’avenir économique du Canada dépend du commerce, répètent souvent les ténors économiques conservateurs. Là encore, quand on négocie avec des partenaires aussi complexes que les deux douzaines de pays de l’Union européenne ou la douzaine du Partenariat Trans-Pacifique, on ne peut prédire le moment ou le contenu d’éventuelles ententes.

En attendant le discours du Trône du 16 octobre, restez aux aguets. On n’est jamais à l’abri d’un ou deux ballons d’essai!

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Un remaniement… et après???

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 publié le 10 juillet 2013 à 13 h 24

Les signes annonciateurs du remaniement ministériel attendu à mi-mandat du gouvernement Harper se sont multipliés ces derniers jours. Des ministres annoncent qu’ils ne se représenteront pas, plus de deux ans avant la prochaine élection (Ablonczy et Menzies), un autre, malade, dit ne pas vouloir être du prochain cabinet (Ashfield). Puis, celui de l’Environnement dit qu’il resterait simple député s’il était dégommé (Kent). Et, enfin, Vic Toews annonçait lundi son départ pour le lendemain sans qu’on nomme un ministre intérimaire à la Sécurité publique.

C’est une question de jours donc, pas de semaines. Que fait M. Harper avec un groupe restreint de collaborateurs pour éviter les fuites? Qu’a-t-il en tête quand il entrevoit sa nouvelle équipe ministérielle?

Quatre grands critères jouent généralement dans la formation d’un cabinet au Canada. La région ou la province des candidats-ministres, leurs compétences ou certaines caractéristiques, leur sexe et aussi leur âge. Quelques exemples qui ne toucheront pas les quatre ministres du Québec, que voulez-vous, ils ne sont que quatre et il y a cinq conservateurs au total. Tout au plus des discussions sur les responsabilités qu’on va confier à ceux qui sont déjà là.

Par ailleurs, prenons Michelle Rempel, jeune femme certainement à 33 ans, de Calgary, et excellente communicatrice. Elle semble être capable de faire ses devoirs si on se fie à la façon dont elle parle d’environnement à titre de secrétaire parlementaire du ministre, et surtout si on l’a vue ces derniers mois dans plusieurs débats sur les réseaux anglais pour défendre le gouvernement Harper frappé par diverses controverses. Que du positif, sauf peut-être le fait qu’elle soit albertaine, une province déjà très représentée au cabinet, mais quelques départs viennent de lui ouvrir la porte. Même chose pour James Rajotte, un autre albertain efficace, plein de qualité, plafonné auparavant, sa province d’origine ne lui nuira peut-être plus.

Autre exemple, Shelly Glover, le Manitoba n’a plus de ministre avec le départ de Toews. Femme, expérience intéressante de policière, bilingue et d’origine métisse. Cela apporte une certaine diversité autour de la table. Seul hic dans son cas, de récents démêlés avec Élection Canada, mais ça semblait vouloir s’arranger.

À l’inverse, un ministre comme Peter Kent pourrait se voir montrer la sortie parce qu’il a attiré les foudres de beaucoup de gens et des environnementalistes sur le gouvernement Harper. En plein front, il porte l’étampe du fossoyeur de Kyoto au Canada. En plus de ça, à 70 ans ce mois-ci, il pourrait faire les frais d’un rajeunissement attendu.

Bref, vous le voyez, on pourrait défiler une liste de recrues intéressantes en fonction de ces critères et établir des catégories comme celles de ministres méritants, premiers de classe, points d’interrogation, etc. Mais une fois le remaniement annoncé, on pourra quand même se demander, pis après? Et ce, peu importe qui va où, qui arrive au cabinet, qui en sort.

Les ministres sont essentiellement des messagers, encore davantage dans ce gouvernement que dans certains autres. Si on change les messagers sans changer le message… Même en jouant sur le message avec un discours du Trône à l’automne, est-ce que les nouveaux ministres auront plus de marge de manoeuvre que leurs prédécesseurs?

Et bien au-delà de la question de l’équipe, il y a celle du chef d’équipe. M. Harper est LE visage de ce gouvernement. Les communications gouvernementales l’ont consacré en utilisant l’expression « gouvernement Harper » après avoir abandonné le « nouveau gouvernement du Canada ». Le gouvernement Harper se retrouve dans la situation actuelle principalement à la suite d’événements qui touchent le premier ministre et son entourage immédiat. C’est le bureau du premier ministre qui est en cause ces temps-ci, qu’on parle du Sénat, de l’affaire Wright-Duffy ou des contestations internes. On n’en est pas à réparer les dégâts causés par des ministres comme Bev Oda ou Maxime Bernier.

Très vite donc, on devrait voir les limites de l’impact d’un remaniement ministériel. Après quelques journées d’analyses et de commentaires, les projecteurs vont être braqués à nouveau sur M. Harper et ses collaborateurs. C’est encore plus vrai pour ce qui est de l’élection prévue en octobre 2015. À ce moment-là également, les électeurs vont se prononcer sur le leadership de M. Harper bien plus que sur son cabinet.

En attendant, dès la rentrée de septembre, il y a fort à parier que l’opposition va ramener dans l’actualité les déboires des conservateurs autour du Sénat. Et il y a surtout cet élément sur lequel personne n’a de contrôle, une enquête policière qui étend ses ramifications. À ça en particulier, un remaniement ne changera pas grand-chose.

 

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Plan d’action ou de réaction?

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 publié le 8 mai 2013 à 12 h 34

Décidément, pour la troisième fois en moins de deux semaines, le gouvernement Harper doit annoncer des mesures (déjà annoncées) pour calmer le jeu dans un dossier placé sous les projecteurs par l’actualité. Maxime Bernier et sa collègue du revenu, Gail Shea, parlent de « nouvelles mesures » pour traquer les utilisateurs de paradis fiscaux.

Ils se sont présentés ce midi dans le foyer de la Chambre, une semaine après que le vérificateur général, encore lui, eut révélé que l’Agence de Mme Shea cherchait encore à collecter 29 milliards de dollars en impôts et taxes détectés et non contestés, mais surtout un mois après que mes collègues d’Enquête eurent dévoilé l’existence de données sur des dizaines de milliers de personnes qui tentent d’éviter le fisc de leurs pays respectifs, dont 450 Canadiens.

Après avoir en vain réclamé les données de Radio-Canada, puis du consortium international de journalistes d’enquête qui les a en main, Mme Shea s’est résolue à faire une annonce formelle de « nouvelles mesures »… contenues dans le dernier budget Flaherty.

Elle suivait les traces de MM. Kenney et MacKay. Le premier avait au moins le mérite d’admettre que les révélations au sujet de l’utilisation douteuse de travailleurs temporaires étrangers par la RBC n’étaient justement pas « étrangères » à son annonce d’ajustements au programme. Il faut aussi préciser que le gouvernement Harper avait le programme dans sa ligne de mire depuis quelques mois, à la suite d’autres informations sur son utilisation hors-norme. Il reste que le moment est opportun, puisqu’on réduit la pression des dénonciations sur le gouvernement.

Peter MacKay est moins humble que son collègue Kenney. Comme dans le cas des chasseurs
F-35 l’an dernier, M. MacKay fait comme si le rapport du vérificateur général, encore lui, sur le système de recherche et de sauvetage en perdition n’était pour rien dans son annonce de nouvelles mesures deux jours après le dépôt du rapport en question. Il est vrai que les mesures prises par M. MacKay ne règlent en rien les graves lacunes soulevées par son ami Michael Ferguson, mais sa sortie, à Halifax, après deux jours de hauts cris en Chambre et dans l’Atlantique, visait là aussi à calmer le jeu.

Ces trois dossiers sont, à part l’élection de Justin Trudeau à la tête des libéraux, les dossiers qui ont fait le plus jaser sur la colline du Parlement, mais aussi dans tout le pays au cours du dernier mois. Le gouvernement Harper pouvait difficilement les ignorer et voyait bien qu’il fallait réagir.

Réaction, réaction, réaction, c’est là le défi dont je parlais dans un blogue récent sur les deux ans du gouvernement Harper et la nécessité pour lui de reprendre l’initiative du débat public pour relancer son gouvernement. À noter qu’en plus des trois dossiers mentionnés ci-haut, l’arrivée de M. Trudeau place aussi pas mal le gouvernement Harper en mode réaction à ce qu’on peut voir sur la place publique.

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Il y a budget… et budget

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 publié le 13 mars 2013 à 10 h 52

C’est la saison du budget à Ottawa, ou plutôt des budgets. Ça suscite une certaine confusion, mais aussi un débat qui a donné lieu à de vives accusations la semaine dernière. C’est la publication d’un article fort critique de l’ensemble du processus budgétaire par deux anciens hauts fonctionnaires qui a apporté de l’eau au moulin de l’opposition. Avec une maîtrise éprouvée, le gouvernement Harper a procédé de la manière habituelle : laisser le message de côté pour abattre le messager d’une rafale d’accusations de partisanerie. On y reviendra plus loin, mais regardons tout d’abord LES budgets.

Au cas où vous attendez encore avec impatience de connaître le prochain budget Flaherty, sachez que vous pouvez prendre votre mal en patience en feuilletant les quelque 437 pages d’un autre document, le Budget des dépenses 2013-2014, parties I et II, publié le 25 février dernier. Le seul hic, c’est que c’est un peu une perte de temps, puisque le dépôt du budget viendra rendre désuètes ces intentions de dépenses du gouvernement Harper. Pour bien illustrer le dysfonctionnement, revenons sur l’exemple de l’an dernier, comme le dossier est complet.

Les ministres responsables, Tony Clement et Jim Flaherty, nous ont fourni des chiffres très variés au sujet des dépenses prévues. Ainsi, le 28 février 2012, le Conseil du Trésor publiait ce même Budget principal des dépenses, prévoyant des déboursés de 251,9 milliards de dollars. Un mois plus tard, le 29 mars, M. Flaherty déposait un budget tablant sur des dépenses de programmes de 245 milliards de dollars, et en ajoutant les frais de la dette, un total de 276 milliards de dollars. Quel est le bon chiffre? C’est ce que se demandent bien des gens, à commencer par les députés qui doivent se prononcer sur le budget dans son ensemble par principe, mais aussi ensuite sur les crédits votables, point par point. Pire, au final, aucun de ces trois chiffres n’est bon. Le Conseil du Trésor vient de mettre à jour les dépenses : 259 milliards de dollars pour l’année financière qui prend fin dans trois semaines.

Qu’est-ce qu’il y a à retenir de tous ces chiffres? Pas nécessairement les chiffres, mais plutôt le fait qu’il y en a quatre différents et que le processus semble inversé. Le Budget principal des dépenses déposé obligatoirement avant le 1er mars, dont vous venez peut-être de découvrir l’existence en même temps que sa pertinence très limitée, est en fait une prévision de dépenses basées sur les prévisions économiques de l’automne précédent. Il est déposé sans tenir compte des nouvelles décisions que prend le gouvernement dans le budget du ministre des Finances. Ses calculs sont donc désuets d’une part parce que basés sur de vieilles données, et il ignore la réalité des décisions politiques, comme celle de l’an dernier sur les fameuses coupes de 5,2 milliards de dollars sur trois ans du côté du  fonctionnement.

La même chose est en train de se produire cette année. M. Clement était fier de clamer le 25 février qu’il prévoyait des dépenses de 252,5 milliards de dollars en 2013-2014, mais le chiffre est basé sur les prévisions de novembre dernier, et il y a de fortes chances que le budget de son collègue Flaherty vienne davantage le modifier. Est-ce grave? N’y a-t-il pas toujours des imprévus? Probablement, mais il reste que les parlementaires débattront pendant des heures de ces crédits quasi fictifs en Chambre et en comité. Et ce n’est qu’un des problèmes soulevés par MM. DeVries et Clark dans leur document de réflexion intitulé « Rétablir l’intégrité du processus budgétaire ». L’un est un ancien directeur des politiques fiscales, l’autre, un ancien sous-ministre aux Finances. Les deux ont occupé des fonctions sous les gouvernements Mulroney et Chrétien. Ils examinent en détail ce qui pourrait être fait pour corriger les lacunes qui datent des gouvernements précédents, mais qui ont atteint leur point culminant avec les récents mégaprojets de loi budgétaires.

Interpellé par l’opposition sur le sujet en Chambre le 5 mars, le premier ministre Harper s’en est pris aux auteurs du document :

Monsieur le Président, comme le ministre des Finances l’a déclaré, il serait prématuré de conjecturer sur la teneur du budget. Le gouvernement a bien sûr mené de vastes consultations partout au pays.

Quant au bilan du gouvernement concernant la transparence des comptes, plutôt que de citer le texte partisan dont parle le chef du Parti libéral, permettez-moi de citer le très impartial Institut C.D. Howe, qui s’est penché sur la question et a déclaré que non seulement…

Monsieur le Président, l’Institut C.D. Howe a publié récemment un rapport très détaillé qui démontre que non seulement les comptes publics sous notre gouvernement sont les plus transparents de toute l’histoire, mais aussi que le gouvernement actuel est plus transparent que tout autre ordre de gouvernement supérieur au pays.

Il semble que Peter DeVries ait été accrédité à une reprise par le Parti libéral comme spécialiste pour participer à un huis clos budgétaire et analyser le budget conservateur pour le PLC, ce qui anéantit bien sûr sa longue carrière dans la fonction publique fédérale sous des gouvernements conservateurs et libéraux et toute l’expérience qui vient avec… sans parler de la crédibilité de son collègue Clark.

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