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La marée rouge vue de Québec

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 publié le 20 octobre 2015 à 18 h 04

À première vue, le premier ministre Couillard a de quoi se réjouir des résultats des élections fédérales. Justin Trudeau a indiqué qu’il voulait agir avec davantage d’ouverture dans sa façon de pratiquer le fédéralisme, et cela paraît relativement prometteur dans le dossier des changements climatiques.

À ce chapitre, les Couillard et Trudeau affichent une même détermination sur papier, bien que, concrètement, il n’est pas clair dans quelle mesure ces deux administrations réagiront concrètement aux projets de transport et d’exploitation des hydrocarbures au Québec et dans le reste du Canada.

Pour les transferts en santé, Justin Trudeau rejette l’approche unilatérale du gouvernement Harper et se dit prêt à discuter avec les provinces. Mais il insiste davantage, dans sa lettre qui répond aux demandes de Philippe Couillard, sur l’innovation que sur des injections importantes de fonds, comme le réclame Québec.

Dépassé sur sa gauche

Le plus évident de ces points de discorde entre les deux hommes est lié à l’économie et aux finances publiques. Philippe Couillard s’emploie à gratter les fonds de tiroir et réduit les dépenses en éducation bien en deçà de l’inflation tout en prétendant qu’il ne pratique pas une politique d’austérité. En revanche, Justin Trudeau plaide pour des déficits modestes pour relancer l’économie, avec un Ontario qui est parfaitement au diapason avec une politique économique expansionniste.

Philippe Couillard se fait aussi dépasser sur sa gauche par Justin Trudeau dans le dossier des retraites publiques (un régime plus généreux est envisagé en Ontario et peut-être ailleurs au Canada, mais pas au Québec). Quant au dossier de la marijuana, le PM du Québec est contre la légalisation et veut s’en tenir à la décriminalisation, sans parvenir à expliquer clairement son point de vue, même si quelques États américains sont déjà engagés sur la voie de la légalisation.

Moins libéral que les libéraux fédéraux

À propos du niqab, Justin Trudeau est limpide et rejette toute interdiction. Il l’a répété le soir de son élection. Pour sa part, Philippe Couillard se retrouve maintenant dans le rôle de celui qui veut interdire, peut-être au détriment de la Charte des droits et libertés, cette pièce de vêtement qui couvre le visage et le corps. En théorie, Philippe Couillard pourrait bénéficier sur cette question d’un appui populaire au Québec, bien que, jusqu’à présent, il n’y a que Mario Dumont qui soit parvenu à profiter bien temporairement (et il y a déjà 8 ans) du débat identitaire au Québec.

Et Philippe Couillard veut interdire le niqab – un outil d’oppression des femmes qui n’a rien à voir avec la religion, a-t-il répété en anglais au lendemain du scrutin fédéral – même s’il s’empêche d’interdire le tchador, qui couvre tout le corps, mais pas le visage. Doit-on comprendre que, pour cette raison, le tchador ne serait pas un outil d’oppression? Le tchador, dans l’esprit du premier ministre Couillard, serait-il une véritable pièce de vêtement à caractère religieux? Tout cela paraît bien spécieux, surtout à la lumière de décisions de la Cour suprême sur la liberté de religion.

À l’ombre d’Ottawa

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a jugé bon de se ranger aux côtés de Justin Trudeau, et tout indique qu’elle a remporté son pari sur tous les tableaux. Justin Trudeau deviendra premier ministre d’un gouvernement majoritaire avec forte représentation ontarienne.

Philippe Couillard ne peut pas en dire autant. La conséquence sera-t-elle que le Québec passera après l’Ontario à Ottawa? En tout cas, l’inverse paraît peu probable.

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau risque d’obtenir une partie appréciable de l’espace médiatique. Les nouveaux ministres fédéraux seront nécessairement plus présents que leurs prédécesseurs conservateurs. Dans certains cas, ça se fera au détriment des ministres libéraux québécois, qui seront moins sous les feux de la rampe.

L’éclat du nouveau premier ministre et de sa famille, qui prendront place au 24 Sussex, pourrait rendre bien terne un premier ministre Couillard qui n’affiche, pour le moment, que des ambitions comptables.

Les gouvernements libéraux à Québec ont rarement bénéficié de la présence d’un gouvernement rouge à Ottawa. Face au fils de Pierre Trudeau, le fédéraliste convaincu qu’est Philippe Couillard devra jauger la façon dont il commandera sa barque constitutionnelle, dont il se plaît à agiter les voiles, malgré qu’il sache qu’elle est toujours en cale sèche. Est-ce qu’un jour viendra où Philippe Couillard sera contraint de manifester des velléités nationalistes pour rassurer les Québécois à l’égard de Justin Trudeau et retrouver une place au soleil?

Tout nouveau, tout beau

Le nouveau premier ministre paraît promis à une lune de miel qui, par la force des choses, ne durera qu’un temps. Philippe Couillard sait bien qu’un jour ou l’autre, Justin Trudeau perdra du lustre, d’autant que son propre gouvernement a subi une importante métamorphose en une seule nuit, en raison de l’arrivée de Justin Trudeau.

Le gouvernement Couillard apparaît tout à coup plus beige et sans vertu progressiste, comme si l’on se rendait compte davantage de certains plis du gouvernement du PLQ que l’on associait jusqu’à présent au gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Catégorie: Québec

Étudiants : droit de grève ou de boycottage?

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 publié le 17 avril 2015 à 13 h 09

D’un point de vue juridique, la question du droit de grève des étudiants paraît très simple. Il n’existe pas.

Malgré que le droit d’association soit une liberté fondamentale, les associations étudiantes ne peuvent prétendre à des actions collectives, selon nombre de jugements de la Cour supérieure du Québec depuis les événements de 2012.

Le juge Robert Mongeon, dans sa décision du 1er avril 2015 sur la demande d’injonction de l’UQAM, écrit : « Je suis d’avis […] que le droit de « grève » dont les Étudiants tentent de se prévaloir se résume à leur droit de boycotter leurs cours. Ils ne peuvent en aucune façon empêcher ceux et celles qui le désirent d’assister à leurs cours. »

Et le juge Mongeon cite un autre juge, Gaétan Dumas, qui écrivait en 2012 que « le mouvement de boycottage des cours organisé par les associations étudiantes s’apparente à tout autre boycottage qui pourrait être organisé contre un fabricant de jus de raisin ou d’un magasin à grande surface ».

Faut-il ainsi comprendre que le droit d’association des étudiants se limiterait tout simplement… au droit d’association? Il est vrai qu’à la lecture de la loi 32 sur l’accréditation et le financement des associations d’étudiants, cette conclusion paraît assez évidente. Les étudiants ont le droit de se réunir, de créer une association, de recueillir des cotisations et de changer d’accréditation. Point.

Mais n’y a-t-il pas ici un vice de logique si on retient l’argument de tous ces juges? Le droit d’association ne serait-il qu’une coquille vide de sens, qui n’aurait aucune portée collective au-delà du droit de s’associer? D’autant que cette liberté ne vient pas seule, puisqu’elle est accompagnée des libertés de pensée, de croyance, de conscience, d’expression et de réunion pacifique.

D’autre part, qu’en est-il de l’usage, de la pratique implantée depuis une cinquantaine d’années au Québec? Des grèves étudiantes, il y en a eu, du secondaire à l’université. Au Québec, et ailleurs. Est-ce que les tribunaux peuvent faire abstraction complète de cette réalité sociale? Il semble que oui.

Le droit de grève seulement pour les travailleurs?

Des juges, de nombreux observateurs et bien des citoyens soulignent que le droit de grève ne concerne que les salariés. En fait, on sert aux étudiants les mêmes arguments que l’on soumettait aux travailleurs avant qu’ils n’obtiennent le droit de grève. Un travailleur ne pouvait pas faire la grève. Son lien professionnel découlait d’une entente privée et le travailleur ne bénéficiait, pour l’essentiel, que des droits que voulait bien lui accorder son employeur. S’il n’était pas content, le travailleur n’avait qu’à « boycotter » son employeur.

Les travailleurs ont défié les lois et les pouvoirs en place pour avoir le droit de s’associer, et ils les ont défiés aussi pour obtenir et exercer le droit de grève qui en découle. Leurs luttes ont forcé la classe politique, malgré les juges et le monde patronal, à leur reconnaître des droits qui n’existaient pas.

Le juge Mongeon, dans sa décision du 1er avril, se permet même de mettre en garde le gouvernement contre le « risque » que le droit de grève représente : « Si le Législateur considérait d’accorder un tel droit (de grève) aux Étudiants, il faudrait qu’il le fasse de façon très explicite et qu’il compose avec le risque que le détenteur d’un tel pouvoir puisse à tout moment lui dicter sa vision des choses sous peine de paralysie de tout l’enseignement postsecondaire ou universitaire du Québec. »

Ce conseil, qui paraît de nature plus politique que juridique, pourrait bien être inversé. Interdire le droit de grève par des voies législatives risque tout autant d’aboutir, en réaction, à une paralysie de tout l’enseignement postsecondaire. Pour le moment, ce sont les tribunaux qui interdisent à la pièce le droit de grève des étudiants avec des injonctions réclamées par des institutions d’enseignement et des étudiants.

Il est clair qu’il y a des risques à encadrer, dans un sens ou dans l’autre, le droit de grève des étudiants. Il y a aussi des risques à ne pas agir, on le voit aujourd’hui.

Dans le domaine du travail, en reconnaissant le droit de grève, l’État s’est empressé d’encadrer ce nouveau droit. Malgré les risques, et surtout en raison de la violence associée aux conflits de travail, les gouvernements des pays occidentaux ont préféré cette voie.

La violence est assurément déplorable, et celle que l’on a vue à l’UQAM l’est absolument. Les cagoules et les masques, même à notre époque où nous sommes désormais filmés et fichés à la moindre occasion, sont déplorables, détestables et répréhensibles. Une lutte dans une société démocratique mérite d’être menée pacifiquement et à visage découvert. Et lorsqu’il y a saccage et intimidation, les autorités policières sont appelées en renfort. Cela s’inscrit dans l’ordre des choses. Mais en réalité, cet ordre se transforme inévitablement en escalade, jusqu’à l’essoufflement de l’une des parties.

Dans ce cas-ci, tout indique que c’est le mouvement étudiant qui est en train de s’essouffler, mais il est absolument certain que ce n’est que partie remise. Et il est très probable que cette escalade politico-juridico-policière reprendra de plus belle.

Éclaircir la situation

En théorie, il est possible d’interdire formellement le droit de grève aux étudiants. C’est dans la pratique que cette interdiction devient problématique.

Un encadrement du droit de grève ne serait pas simple non plus à mettre en oeuvre. Mais pour s’assurer d’un certain nombre de pratiques, comme le vote secret, un préavis minimal de convocation ou le respect d’un quorum, l’État pourrait rendre imputables les représentants d’associations étudiantes et couper les vivres aux associations récalcitrantes, comme il a été fait avec les organisations syndicales.

De toute façon, avec la législation actuelle, tous ceux qui veulent imposer leur autorité n’y parviennent pas : ni les tribunaux, ni la police, ni le gouvernement, ni les recteurs. Si le mouvement étudiant ne s’amenuisait pas par lui-même, cette incapacité d’agir se serait révélée encore davantage.

Les associations étudiantes sont là pour de bon, et des grèves, il y en aura d’autres. Et face à un même problème, des moyens identiques ont toutes les chances de produire le même résultat.

La reconnaissance du droit de grève des étudiants, accompagnée de certaines balises, aurait l’avantage d’éclaircir la situation. Mais ce gouvernement, comme d’autres avant lui, souhaite-t-il véritablement rendre les choses plus claires?

Le rapport de force s’en trouverait également transformé, car il deviendrait difficile pour Québec d’ignorer les associations étudiantes en grève, comme l’a fait le gouvernement Charest pendant de nombreuses semaines en 2012.

Même au Parti québécois, qui privilégie actuellement la reconnaissance du droit de grève, il n’est pas si évident que c’est la voie qui serait retenue. Le point de vue du favori dans la course à la direction, Pierre Karl Péladeau, qui soutient que le droit de grève existe de facto et que la démocratie étudiante appartient aux étudiants, tend à montrer qu’il ne s’empresserait pas, lui non plus, de modifier les lois actuelles.

 

Catégorie: Québec

Les voies de l’austérité

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 publié le 17 février 2015 à 13 h 07

Jeudi dernier, une manifestation syndicale était prévue vers 16 h devant l’Assemblée nationale. Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux convoque les médias à la salle de presse à 15 h 30 pour adresser un message aux Québécois et aux manifestants :

« Le gouvernement est totalement, mais parfaitement conscient de tous les efforts qu’on demande, qui sont des efforts importants, qui sont des efforts qui ne sont pas nécessairement faciles pour personne. On est tout à fait conscients de ça. Mais je réitère que c’est un effort qu’on demande à tous, que c’est un effort national qui est demandé à tout le monde. »

Il n’est pas si clair que tous les groupes participent aux efforts du gouvernement. Certainement pas tous de façon égale. Ceux qui sont dans le secteur public, ou qui en dépendent, souffrent davantage. Cela paraît évident.

Pour les personnes morales, les corporations, c’est une toute autre chose.

La participation fiscale des entreprises semble être un sujet devenu tabou (ou désuet?) face à l’argument de la concurrence des entreprises d’une juridiction à l’autre. Il est tout de même troublant de constater que les entreprises contribuent environ pour 10 % des revenus autonomes du gouvernement du Québec. Le reste est assumé par les particuliers.

Alors, même si on retire quelques avantages fiscaux aux entreprises, la contribution des entreprises au budget de l’État étant devenue marginale, il est difficile de mesurer l’effort réel du secteur privé dans tout ce processus.

Et, même parmi les entreprises, celles qui écopent le plus sont celles des secteurs économiques qui dépendent davantage des subventions gouvernementales, comme les productions cinéma, télévision et multimédia.

Aux institutions financières, on ne parviendra à soutirer qu’une somme de 129 millions de dollars au maximum par année avec une « surtaxe temporaire ». Le gouvernement Couillard semble avoir trouvé gênant de constater que le budget de juin n’exigeait aucun effort aux banques qui engrangent des profits mirifiques.

Voici un extrait du Point sur la situation économique et financière du Québec de décembre 2014 : « À l’instar des autres secteurs de l’économie qui voient leur aide fiscale diminuer, un effort sera demandé aux institutions financières jusqu’au 31 mars 2017. »

Ainsi, les banques profitent d’une surtaxe — j’ignorais que les banques étaient « surtaxées » — temporaire, donc accompagnée d’une date de péremption. Nos classes dirigeantes font parfois preuve d’une imagination fertile dont les citoyens aimeraient certainement profiter plus souvent. Mais, en attendant, poursuivons avec Martin Coiteux :

« Il y a une raison pour laquelle on demande cet effort national et qu’on demande cet effort, donc, à tous : presque 11 milliards d’intérêts, cette année, sur une dette de plus de 200 milliards de dollars. C’est 11 milliards de dollars qui n’est pas disponible, ni pour de la rémunération d’employés du secteur public ni pour aucun programme dont les Québécois pourraient être les bénéficiaires. »

Il est exact que Québec va verser cette année 10 milliards 831 millions de dollars au service de la dette, ce qui représente 11,2 % des revenus. Dans une perspective historique, c’est très raisonnable, et cela s’explique par les faibles taux d’intérêt. Avant 2008 et jusqu’au début des années 80, le service de la dette représentait de 12 à 16 % des revenus du gouvernement du Québec.

Qu’est-ce que ça signifie? Que ça fait déjà longtemps que c’est ainsi et, quoi que nous fassions, nous assumerons pendant encore longtemps un service de la dette qui va représenter au moins 10 % des revenus. À très long terme, cela pourrait changer, mais pour y parvenir, il ne faudrait pas seulement planifier des remboursements de la dette, il faudrait d’abord arrêter de rempiler les prêts, avec l’entretien et la construction des infrastructures.

Donc, payer comptant. Ce n’est pas impossible, mais, au mieux, ce n’est pas pour demain. Alors, ces 11 milliards de dollars ne seront pas disponibles, pendant longtemps, pour autre chose que le paiement des intérêts sur la dette.  Martin Coiteux :

« Si on ne faisait pas cet effort national qu’on demande à tous, cette année, on aurait 5 milliards de déficit. Et l’an prochain, on aurait plus de 7 milliards de déficit. »

Ces données, fondées sur les demandes de budget des ministères, ne contribuent en rien au débat sur les finances publiques. Ces déficits hypothétiques ne sont pas pertinents parce qu’ils occultent les informations sur les déficits réels. Comme d’autres, mais cela n’excuse rien, ce gouvernement a choisi d’utiliser des chiffres douteux comme arguments pour assurer son pouvoir plutôt que des chiffres authentiques pour animer un véritable débat démocratique.

Le vérificateur général par intérim (depuis environ trois ans), Michel Samson, a accepté de s’en mêler en juin dernier. Il a fondé son analyse sur cette base discutable des demandes des ministères au Conseil du Trésor. Aux yeux de l’opposition officielle, il s’est largement discrédité en agissant de la sorte. L’aile parlementaire du Parti québécois ne semble pas avoir l’intention d’accorder à Michel Samson son nécessaire appui pour une nomination en bonne et due forme.

Poursuivons avec le président du Conseil du Trésor qui explique le processus qui suit l’austérité, c’est-à-dire l’objectif, la finalité de l’austérité.

« Ce cycle antiprospérité, qui est lié à une dépense excessive, on doit le briser […] Parce que, si on contrôle bien nos finances publiques après cet effort qu’on demande à tous, bien, on va commencer à retrouver la liberté aussi de commencer à baisser cette pression fiscale, permettre à nos entreprises d’investir davantage et d’innover davantage, permettre à nos citoyens de consommer davantage, permettre donc d’avoir une économie beaucoup plus dynamique et prospère. Et ultimement d’avoir les recettes fiscales que nous n’avons pas aujourd’hui, avec lesquelles on va être capables de se payer les programmes que l’on veut collectivement, la justice sociale que l’on veut collectivement et améliorer les conditions d’existence de tout le monde, y compris, bien entendu, des employés du secteur public. »

Ne retrouvons-nous pas une recette maintes fois évoquée? Réduire les taxes et les impôts afin de créer davantage de croissance, afin de générer un accroissement des revenus de l’État, malgré une assiette fiscale plus petite.

Il n’est pas dit que ça fonctionne, sinon que tout ça n’advient pas dans l’absolu, au grand bonheur du gouvernement libéral.

Les nouvelles conditions économiques comptent parmi les meilleurs alliés de l’administration Couillard. La baisse du prix du baril de pétrole, qui a entraîné dans son sillage le dollar canadien, combinée à une reprise robuste aux États-Unis, pourrait se révéler une bénédiction pour l’économie québécoise.

Une mobilisation incertaine

Si ces facteurs se confirment et se révèlent déterminants, si l’économie redémarre et si la croissance n’est pas assommée par l’austérité, la contestation sociale pourrait bien en pâtir.

En outre, les revendications des groupes qui subissent les effets des compressions ne s’arriment pas facilement :

  • Voyons-nous les parents de la classe moyenne qui ont des enfants en  service de garde subventionné se mobiliser, organiser des manifestations?
  • Les étudiants vont-ils lancer un vaste mouvement de grève pour dénoncer l’austérité?
  • Est-ce que les employés du secteur public sont prêts à débrayer dans la foulée de leurs négociations collectives?
  • Les employés municipaux sont-ils toujours en mode protestation?

Québec solidaire a affirmé son soutien sans équivoque à ceux qui s’opposent aux mesures d’austérité, mais la porte-parole Françoise David semble bien consciente de la fragilité des liens qui les unissent.

Le printemps étudiant 2012 fait rêver les groupes sociaux et si une mobilisation importante n’est toujours pas exclue, la situation est très différente. Les conditions économiques des étudiants étaient beaucoup plus précaires que celles des employés du secteur public provincial et municipal et des parents visés par les hausses de tarifs en garderie.

Pour ajouter aux difficultés, une partie des employés du secteur de la santé se retrouveront en période de maraudage, au moment même des négociations collectives. Ça pose un sérieux défi pour la solidarité intersyndicale.

Une mobilisation d’une grande ampleur est toujours envisageable, mais le printemps approche. Et, pour l’instant, les opposants ne sont pas parvenus à coordonner leurs efforts.

Carlos Leitao et l’Institut économique de Montréal

Le ministre des Finances est un économiste prévisionniste réputé. Mais au plan idéologique, Carlos Leitao s’est montré assez discret jusqu’à présent. Lors de la présentation en commission parlementaire de l’Institut économique de Montréal sur le projet de loi 28, il a donné une idée plus précise sur sa façon de voir les choses :

« J’appuie beaucoup vos commentaires, c’est un peu rafraîchissant. Nous avons entendu beaucoup de groupes. Votre opinion diffère de celles qu’on a entendues avant. Je dois vous dire que c’est beaucoup plus proche de ce que moi je pense. De ce côté-là, on finit en beauté, on dirait. »

Pourtant, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui ont aussi témoigné lors de ces consultations, sont réputés pour être bien campés à droite, mais moins que l’Institut économique de Montréal, il est vrai. Les représentants de l’Institut venaient notamment de proposer au ministre Leitao que les policiers soient secondés par des civils ou par des entreprises pour les aider à assumer leurs tâches de nature administrative.

Si certains voulaient croire que Carlos Leitao pourrait tempérer les ardeurs du gouvernement Couillard, ils peuvent mesurer aujourd’hui l’ampleur de cette illusion.

Catégorie: Québec

Le gouvernement Couillard ne s’en cache pas. L’entente conclue avec la Caisse de dépôt et placement permet à Québec de développer de coûteux projets d’infrastructures sans alourdir d’autant la dette publique.

Au moment où le gouvernement Couillard justifie l’élimination du déficit de 2,3 milliards de dollars par la nécessité de juguler la dette du Québec, de l’autre main, il dépense 11 milliards de dollars en infrastructures, qui sont directement imputés à la dette.

Une situation qui, à mon avis, menait Québec vers une impasse pour réaliser son plan de réduction de la dette. Selon ce plan, la dette brute devrait passer de 55 % à 45 % du produit intérieur brut d’ici 10 ans. Avec des dépenses importantes en infrastructures, cela paraissait impossible. Et même si cette entente avec la Caisse va de l’avant, cela ne sera pas évident, surtout si la faible croissance économique persiste.

Un moyen pour relancer l’économie

Un autre facteur qui explique la volonté du gouvernement libéral de conclure cette entente avec la Caisse, c’est l’absence d’éléments de relance économique dans les cartons de Québec.

Le chef libéral Philippe Couillard avait promis en campagne électorale d’accroître de 15 milliards de dollars sur 10 ans les investissements en infrastructures. Sans surprise, une fois élu, le premier ministre a fait marche arrière. Le plan de réduction de la dette aurait été irrémédiablement compromis et le ministère des Finances a convaincu le nouveau gouvernement que cela risquait de ne pas plaire aux agences de notation.

Le problème, c’est que le gouvernement libéral n’a plus rien en main pour relancer une croissance anémique. Le Plan Nord est au point mort en raison du prix des métaux et la Stratégie maritime en est à ses balbutiements. De plus, Québec s’apprête à réduire ses investissements dans les infrastructures.

Dans ce contexte, l’entente avec la Caisse de dépôt et placement ressemble à une bouée de sauvetage.

Le retour en douce des PPP

Bien que la Caisse soit un organisme public, les projets d’infrastructures seront réalisés et gérés avec d’autres partenaires qui seront, eux, issus du secteur privé. L’entité corporative qui sera créée avec la Caisse se comportera comme une entreprise privée, avec la volonté de réaliser des profits. En ce sens, c’est bel et bien un retour des partenariats public-privé qui s’annonce avec cette entente.

L’indépendance de la Caisse

Le principe de l’indépendance de la Caisse veut qu’elle doive décider elle-même de ce qui est utile pour atteindre les objectifs de son mandat, soit d’obtenir de bons rendements pour les fonds des Québécois qu’elle gère et de contribuer au développement économique du Québec. À très court terme, je ne crois pas que son indépendance est en péril. À moyen et long terme, cela pourrait être une tout autre chose.

La question des tarifs dans le transport collectif peut aisément devenir un sujet politique brûlant. En fait, chaque nouveau projet d’infrastructure publique développé par la Caisse au Québec risque fort de l’entraîner chaque fois davantage sur le terrain politique. Les intérêts convergents et les liens entre la Caisse et Québec deviendront de plus en plus importants. Les citoyens en viendront à demander des comptes à la Caisse, et pas seulement sur des questions de rendements financiers.

Avec cette entente, la Caisse met le doigt dans un engrenage politique. Malgré les assurances de son PDG Michael Sabia, cela aura nécessairement des effets transformateurs pour l’institution. Et il est évident que ces transformations iront dans le sens d’un rapprochement important avec le pouvoir politique.

La rentabilité des transports collectifs

Michael Sabia rappelle que la Caisse fait de l’argent à l’étranger avec des projets de transports collectifs et qu’il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement au Québec. L’argument porte, mais il est utile de se rappeler que les utilisateurs du transport en commun au Québec paient environ 35 % de la facture. Personne ne fait de profit avec cela, au contraire, tout le monde paie, mais cela fait partie du contrat social.

Le transport interurbain par autocar ne va pas très bien non plus au Québec. Des transporteurs veulent se retirer des liens déficitaires en région.

Le train ne va pas beaucoup mieux. Regardez ce qui se passe en Gaspésie. Le projet de train de l’Ouest avec service à l’aéroport Trudeau est attrayant, mais ceux qui connaissent l’autobus 747, qui n’échappe pas aux embouteillages il est vrai, savent qu’on peut se rendre à l’aéroport pour le prix d’un passage régulier de la Société de transports de Montréal.

En cas de problème

Que se passera-t-il si des projets tournent mal? Si la rentabilité n’est pas assurée, si les coûts de réalisation explosent ou si la gestion se révèle déficiente? Encore là, la réalité politique pourrait rapidement rattraper les dirigeants de la Caisse de dépôt, puisqu’il sera normal que les citoyens leur demandent des comptes, ainsi qu’au gouvernement, sur la gestion de la Caisse.

Étrangement, en mettant le pied sur le territoire québécois dans le dossier des infrastructures, la Caisse de dépôt et placement du Québec fait son entrée dans un nouveau monde, avec des règles différentes et où règnent des attentes beaucoup plus élevées.

Dès lors, la Caisse de dépôt et placement risque de se voir irrémédiablement transformée, pour le meilleur et pour le pire.

Catégorie: Québec

Le majordome du premier ministre

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 publié le 19 décembre 2014 à 15 h 26

Le premier ministre du Québec a un majordome. Je ne vous parle pas d’un de ses ministres, prêt à aller au front pour défendre son patron sans poser de questions. Je vous parle d’un majordome dans le sens de… majordome!

Dans le sens du Larousse : « maître d’hôtel chez un riche particulier » ou « intendant de la maison royale mérovingienne et chef de la domesticité ».

Vous avez bien lu! Un majordome.

Non seulement a-t-il un majordome, mais quand vous consultez la liste du personnel politique du premier ministre, le majordome apparaît au quatrième rang, avant le… directeur de cabinet (un des hommes les plus puissants de la colline Parlementaire)!

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Quelques explications

Cette situation particulière mérite des explications d’autant qu’aux dernières nouvelles, « majordome » ne rimait pas avec « austérité » ou « rigueur budgétaire ».

Mais il en existe peu. Quand on pose des questions dans l’entourage du premier ministre, on se fait dire avec un air de désolation des choses du genre : « Oh non, vous n’allez pas faire quelque chose là-dessus! »

N’écoutant que mon courage, voici quelques données :

  • Il semble que ce soit Jacques Parizeau, qui le premier, a eu besoin d’un majordome; c’était en 1994.
  • Selon les souvenirs des gens du ministère du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre), tous les successeurs de M. Parizeau ont aussi eu un majordome.
  • Il n’existe, semble-t-il, pas de description de tâches pour cet emploi. Mais on laisse entendre que le majordome rend service au premier ministre. Il fait pour lui des commissions, peut-être même s’occupe-t-il de certains repas, mais c’est flou.  Un genre d’homme à tout faire, disons.
  • Impossible de savoir combien il gagne, à moins de faire une demande d’accès à l’information. On dit simplement que son salaire est payé par le Cabinet.
  • Depuis huit ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, c’est la première fois que je vois la fonction de majordome dans la liste du personnel politique. C’est par souci de transparence que le gouvernement actuel a divulgué cette information, dit-on. À la bonne heure!
  • Toutes les personnes consultées s’entendent par ailleurs pour dire que la fonction de majordome est importante au Cabinet du premier ministre. Et je les crois. On veut que le premier ministre consacre le plus de temps possible à gérer l’État!

Voilà, c’est tout ce qu’il est possible de savoir sur le majordome du premier ministre!

Là-dessus, Joyeux Noël et Bonne année à tous!

Catégorie: Québec

Gérer les ballons d’essai

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 52

Savez-vous ce qu’est un ballon d’essai en politique?

C’est quand « quelqu’un » veut tester une idée, une hypothèse et qu’il décide de la faire « couler » sur la place publique. Ce « quelqu’un » observe ensuite les réactions.

Des ballons d’essai, on va en avoir tout plein cet automne, au Québec. « Tel programme est menacé de disparaître. » « Tel ministère est en péril. » « Le gouvernement veut abolir telle subvention. »

La nouvelle de ce matin dans Le Devoir concernant la possible disparition du ministère des Relations internationales tombait probablement (même si je n’en ai pas la preuve) dans la catégorie des ballons d’essai.

« Quelqu’un » qui étudie l’hypothèse voulait observer les réactions. Ou « quelqu’un » qui est contre l’hypothèse voulait soulever un mouvement de protestation.

La réponse du premier ministre m’a surpris : il n’est « pas question de diminuer le rayonnement international du Québec ». Pour un plaidoyer fort pour le ministère des Relations internationales, on repassera!

Ça veut dire quoi, « ne pas diminuer le rayonnement international du Québec »? Ça prend un ministère pour faire ça? Ou un simple secrétariat, moins gros, avec moins d’employés?

Et, quand on y pense, qu’est-ce que le premier ministre peut répondre d’autre?

S’il dit que le ministère va disparaître, il court-circuite sa commission sur la révision des programmes. Il lance le message que les dés sont pipés d’avance.

S’il dit que le ministère ne disparaîtra pas, il envoie le message que « tout » n’est pas sur la table, contrairement à ce qu’il nous dit depuis des semaines. Que le travail d’analyse ne sera pas fait jusqu’au bout, que des décisions sont déjà prises, sans analyse profonde.

Dans les deux cas, peu importe la réponse, M. Couillard s’expose à devoir réagir, le jour même, à n’importe quel ballon politique. Le message aux fonctionnaires, sous-ministres et groupes de pression est le suivant : « Vous voulez lancer des ballons d’essai? Allez-y, je vais commenter. »

Il n’est pas gardien de soccer, M. Couillard, il est premier ministre.

Et en ce sens, sa réponse, bien qu’évasive, est peut-être la seule qu’il pouvait donner… aujourd’hui.

Catégorie: Québec

Les lignes du jour!

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 publié le 29 mai 2014 à 14 h 05

Tous les jours, le gouvernement envoie à ses députés ce qu’on appelle « les lignes du jour ». Il s’agit des commentaires que les députés, mais surtout les ministres, doivent faire quand ils sont questionnés sur des sujets d’actualité.

À notre grand bonheur, aujourd’hui, ces « lignes » ont été envoyées par erreur aux journalistes parlementaires.

Rare plongeon dans les coulisses du message politique du gouvernement :

Deuxième séance du conseil des ministres

  • Il s’agit simplement d’un conseil des ministres pour permettre de compléter une discussion entamée hier, et pour laquelle nous avions besoin d’informations additionnelles.

Enjeux liés de près ou de loin au budget

  • Je n’ai aucun commentaire à formuler avant le dépôt du budget, mercredi prochain.

Privatisation SAQ et d’Hydro-Québec

  • La situation des finances publiques est sérieuse, il est nécessaire que nous redressions la situation, mais la privatisation de nos sociétés d’État n’est pas une solution au déficit structurel des finances publiques.
  • Le premier ministre a été clair hier et a fermé la porte à la privatisation des deux sociétés d’État.


Négociations avec les médecins (même si on questionne sur une loi spéciale)

  • Nous sommes en communication régulière avec les fédérations, d’autres rencontres sont prévues.
  • (conflit d’intérêts) : Les canaux de communication sont toujours ouverts et vous avez constaté que la FMSQ ne me voit pas en conflit d’intérêts.
  • Je ne suis plus membre de la FMSQ, car je n’avais pas renouvelé mon adhésion à l’Association des radiologistes du Québec.
  • Nous ne ferons pas de négociations sur la place publique.

 

Report du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État

  • Le premier ministre a confié à la ministre de la Justice le mandat d’élaborer une loi sur la neutralité religieuse de l’État, l’encadrement des accommodements et la lutte contre l’intégrisme.
  • Il s’agit d’une des priorités de notre gouvernement.
  • Nous souhaitons soumettre à l’Assemblée ce projet de loi le plus rapidement possible. D’ailleurs, nous sommes déjà au travail dans ce dossier.
  • Cependant, nous allons prendre le temps de bien faire les choses.
  • Vous comprendrez également que, compte tenu de la durée de la présente session et du menu législatif déjà fort chargé, il est plus réaliste de penser que nous serons en mesure de présenter ce projet de loi aux parlementaires cet automne.

RER – hydroliennes

  • Depuis notre arrivée, nous avons demandé d’arrêter tous déboursés le temps que l’on étudie attentivement le dossier.
  • Cette étude n’est toujours pas terminée, mais nous comptons terminer celle-ci dans les prochaines semaines.
  • Cela étant dit, je ne ferai aucun autre commentaire sur le dossier, considérant le fait que l’un des dirigeants s’adresse présentement aux tribunaux et que Investissement-Québec est impliqué dans les prétentions du demandeur.
  • Voici un autre exemple d’un projet mal ficelé par la PQ, qui a manifestement agi par électoralisme plutôt que dans l’intérêt des Québécois.

 

Modulation des tarifs de garde en fonction du revenu

  • Nous voulons protéger les familles d’un choc tarifaire.
  • Nous nous sommes engagés à l’indexation, pour cette année.
  • Néanmoins, nous avons reçu le mandat de la population québécoise de procéder à une gestion rigoureuse des finances publiques.
  • C’est pourquoi le programme, comme tous les autres programmes du gouvernement, fera l’objet d’une étude du comité de révision des programmes et du comité portant sur la fiscalité.

 

Processus nomination juges Cour Suprême

  • La Cour suprême du Canada s’est penchée sur le processus de sélection.
  • Le jugement de la Cour est venu clarifier les paramètres du processus de sélection des juges de la Cour suprême.
  • Il garantit également la représentation du Québec au sein du plus haut tribunal du pays.
  • Nous nous assurons de faire valoir les intérêts du Québec en participant activement au processus. Il s’agit d’une priorité pour la ministre de la Justice.
  • La ministre a d’ailleurs eu plusieurs échanges à ce sujet avec son homologue fédéral.
  • Nous avons fait appel au secrétariat à la sélection des candidats à la fonction de juge, qui a été mis en place par notre gouvernement en 2012, afin de recommander les meilleurs candidats.

Catégorie: Québec

Le message : l’austérité?

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 publié le 23 avril 2014 à 20 h 46

Après des jours de supputations, d’analyses, de tergiversations et de pronostics, le premier ministre Philippe Couillard a présenté son conseil des ministres.

D’abord les chiffres :

Ministres : 26

Femmes : 8

Sans expérience ministérielle : 14

Surreprésentation des régions de Montréal et Québec : 80 % des ministres viennent de ces deux régions.

Mais au-delà des chiffres, ce sont les mots du premier ministre qu’il faut retenir ce soir :

« L’heure n’est plus aux mesures marginales ou cosmétiques, le moment des décisions difficiles est venu. »

« Le bateau est au quai, la traversée sera rude, mais je sais que nous arriverons à destination. »

Ces deux phrases donnent le ton. Sans le dire, M. Couillard annonce le début de ce qui pourrait être une ère d’austérité faite de décisions douloureuses pour redresser les finances publiques.

Les services seront-ils touchés? Les tarifs augmenteront-ils? Des employés seront-ils mis à pied? On peut se poser la question.

Ces questions, le ministre des Finances Carlos Leitao et le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux devront se les poser. Et ils perdront probablement quelques heures de sommeil ces prochaines semaines à tenter d’y répondre.

Pas sûr que les Québécois aimeront les réponses…

Catégorie: Québec

Des élections, des enjeux

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 publié le 4 mars 2014 à 20 h 32

Quand vous vous lèverez, mercredi matin, le paysage de votre ville, de votre village aura changé. De drôles de décorations auront, comme par enchantement, poussé sur les poteaux. Vous y verrez des gens souriants, qui vous demanderont de voter pour eux.

En matinée, la première ministre Pauline Marois demandera au lieutenant-gouverneur de dissoudre le Parlement. Ce ne sera qu’une formalité. Malgré une loi prévoyant des élections à date fixe, on voit mal le représentant de la reine au Québec refuser.

Mais pourquoi doit-on avoir des élections?

Mme Marois parlera de blocage, de l’incapacité de son gouvernement d’agir, de faire adopter les politiques qu’il veut.

Nous, les analystes, nous décortiquerons ses raisons, nous jugerons qu’elles sont bonnes ou mauvaises. Ces questionnements dureront une journée ou deux, après on regardera en avant et on attendra de nos partis politiques qu’ils présentent des solutions aux problèmes de la province.

Quatre enjeux à surveiller :

1- l’économie : on attend de notre gouvernement qu’il stimule l’économie, qu’il crée de la richesse et des emplois. La gestion des finances publiques sera un enjeu important, même si nous nous sommes habitués aux déficits.

2- la santé : on peste contre les longues listes d’attente, les sales maladies qu’on peut attraper dans les hôpitaux. Mais comme pour les finances publiques, on se résigne. Au point où on ne croit plus vraiment les remèdes proposés par nos politiciens.

3- l’intégrité : ce sera la deuxième élection où on en parlera beaucoup. Qui lave plus blanc que blanc? Qui est le plus intègre? Qui défend le mieux les intérêts des Québécois que les intérêts de son parti?

4- l’identité : une nouvelle venue, avec la charte des valeurs. Faut-il interdire les signes religieux ostentatoires dans la fonction publique? Qui défend le mieux les «valeurs québécoises?» Quelles sont ces valeurs?

Ça va durer 33 jours, en espérant qu’au bout de l’exercice, nous aurons des réponses…

Et vous, pourquoi pensez-vous qu’on doive avoir des élections?

Catégorie: Québec

Rapport Charbonneau : rester sur son appétit

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 publié le 28 janvier 2014 à 17 h 19

C’est avec une certaine excitation que nous avons appris mardi matin que le rapport d’étape de la commission Charbonneau allait être publié.

Nous allions savoir ce que la commissaire Charbonneau pense de tout ce qu’elle a entendu depuis plus de deux ans. Les magouilles de Montréal et de Laval, les entrepreneurs malhonnêtes, la collusion, la corruption. On s’attendait à des recommandations pour commencer à nettoyer la place, faire le ménage et s’assurer qu’on ne se fait plus avoir avec les contrats publics dans la construction.

Faut croire que nos attentes étaient trop élevées!

Au risque de déplaire à Mme Charbonneau, le rapport se résume à deux citations :

1- sur les constats : « La commission n’est pas en mesure de faire des constats spécifiques qui reposent sur un portrait des faits, puisque les faits qui composent ces portraits exigent un jugement sur la preuve qui ne peut encore être validement porté. »

2- sur les pistes de solution :  « La commission estime devoir s’abstenir de faire état de pistes de solution ou de recommandations à ce stade-ci de ses travaux. Elle considère en effet que la solidité, l’efficacité et la crédibilité des pistes de solution et des recommandations reposent sur un certain nombre de conditions qui ne sont pas encore réunies au moment où s’écrit le présent rapport d’étape. »

C’est un peu comme si Mme Charbonneau disait au gouvernement : ­« C’est bien beau un rapport d’étape, mais je n’ai rien à dire parce que c’est prématuré! »

Le gouvernement avait accepté de prolonger de 18 mois le mandat de la commission à condition que le rapport fasse des constats et des recommandations. Le ministre de la Justice Bertrand St-Arnaud disait même que le gouvernement voulait « poser d’autres gestes en matière d’intégrité » avant 2015 ou 2016 à la lumière du rapport.

Bon, alors, on fait quoi?

Il va falloir être patient, je pense bien…

Catégorie: Québec