Billets classés sous « Gouvernement Harper »

Thérapie de groupe conservatrice

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 publié le 6 mai 2013 à 8 h 30

Les agences de publicité du pays ont jusqu’au 16 mai pour répondre à l’appel d’offres du gouvernement Harper en ce qui concerne la prochaine vague de messages vantant les mérites du Plan d’action économique du gouvernement du Canada. Le Plan d’action était initialement, rappelons-le, le budget de relance du ministre Flaherty présenté en catastrophe en janvier 2009 après une prorogation tout aussi en catastrophe le mois précédent. Ledit Plan d’action devait durer deux ans et comportait des dépenses de stimulation de l’économie de près de 50 milliards de dollars que le gouvernement Harper minoritaire s’est résolu à adopter face à la coalition PLC-NPD appuyée par le Bloc québécois.

Bref, les conservateurs sont retombés sur leurs pattes économiques et revendiquent non seulement la paternité du plan initial, mais prolongent le plaisir en maintenant l’appellation « Plan d’action », budget après budget, même si les mesures prises n’ont plus du tout l’envergure de celles annoncées en 2009.

On ne connaît pas le budget de la nouvelle campagne qui pourrait s’étendre sur les trois prochaines années, mais il convient de se rappeler qu’Ottawa a déjà consacré environ 100 millions de dollars à vanter le Plan d’action aux Canadiens, à hauteur d’environ 20 millions de dollars par année. Ça donne une indication. Mais, le plus intéressant, c’est qu’à part présenter les mesures budgétaires, la campagne « servira en outre à renforcer la confiance des consommateurs dans l’économie canadienne et l’orientation du pays »… Bref, un p’tit remontant pour le moral des Canadiens au cas où tous ne seraient pas convaincus que ça va si bien, même si « le Canada se remet de la crise plus vite que les autres pays du G8 » et que « plus de 900 000 emplois ont été créés depuis le creux de la récession ».

Décidément, les conservateurs se préoccupent beaucoup du moral des Canadiens. On a abondamment parlé des paradis fiscaux ces dernières semaines à la suite des révélations de l’émission Enquête. Une investigation menée conjointement avec des médias d’autres pays, à partir de dossiers coulés à un groupe international de journalistes d’enquête. Imaginez que le comité des finances de la Chambre des communes se penchait justement sur le sujet depuis quelques années et qu’il a finalement abouti à un rapport il y a une dizaine de jours. Néo-démocrates et libéraux y proposaient quelques gestes concrets pour serrer la vis à ceux qui utilisent les paradis fiscaux illégalement, mais les conservateurs étaient beaucoup moins empressés. Heureusement, en attendant, ils s’occupent du moral des Canadiens. La septième de 11 recommandations se lit comme suit :

Que le gouvernement fédéral continue de maintenir le moral des contribuables en faisant diffuser des messages clairs sur les efforts déployés pour assurer l’équité et la transparence du régime fiscal.

Ça coûtera ce que ça coûtera, quelques dizaines de millions par année, mais votre moral est entre bonnes mains!

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Le virage vers l’Asie du gouvernement Harper est un pari qui est loin d’être gagné et qui pourrait le forcer à faire les compromis auxquels il s’est toujours opposé par principe sur la scène internationale.

C’est là une des grandes conclusions qui émerge d’un document secret du cabinet intitulé « plan pour la politique étrangère du Canada » et dont CBC a obtenu copie.

Ce document permet de jeter un nouveau regard sur les choix du premier ministre à l’étranger au cours de la dernière année, de sa seconde visite en Inde, à son saut de puce aux Philippines en passant par son périple au Sénégal et en République démocratique du Congo le mois dernier.

On peut y lire que la politique étrangère du Canada au 21e siècle sera axée avant tout sur l’économie, mais que face à la transformation géopolitique majeure à laquelle le monde est confronté, la place du Canada au sein des grandes institutions internationales de demain n’est plus garantie.

Un constat sévère est ainsi dressé pour les décideurs du gouvernement.

« La situation est sérieuse : les relations du Canada avec de nouvelles économies, en commençant par l’Asie, doivent être approfondies, et comme pays, nous devons devenir plus pertinents pour nos partenaires », peut-on lire dans le document. Il conclut également que le Canada a trop souvent tardé à s’imposer dans ces marchés émergents, un retard qu’il n’est plus possible de perpétrer.

Mais il ne suffit pas de signer des accords et faire des visites officielles. Le document secret souligne à quel point il est impératif pour le Canada de se tisser des liens stratégiques. Et le défi est de taille.

« Soyons honnêtes avec nous-mêmes, notre influence et notre crédibilité avec certains de ces nouveaux pouvoirs émergents ne sont pas aussi importantes qu’elles devraient ou pourraient l’être. »

Mais attention, « pays émergents » ne se limite pas aux pays d’Asie que courtise déjà le gouvernement Harper, celui-ci doit ratisser plus large.

Et ironiquement, alors qu’à son arrivée au pouvoir le gouvernement conservateur avait détourné son regard des priorités traditionnelles du Canada pour se concentrer sur les Amériques, six ans plus tard, le plan pour la politique étrangère souligne à quel point après l’Asie, l’Afrique s’impose comme un marché au sein duquel le Canada doit s’imposer.

En effet, le document secret évoque la classe moyenne africaine, qui affiche la plus forte croissance du monde. Avec l’importance de leurs richesses naturelles, bien des pays d’Afrique ont le potentiel de concurrencer les grandes économies de demain, comme le Brésil et la Chine.

Bien sûr, ces efforts pour s’imposer dans ces pays forceront le Canada à composer avec les problèmes de gouvernance et de respect des droits de la personne auxquels ils sont confrontés.

Si le Canada ne doit pas renoncer à la « souveraineté éclairée » que vante le premier ministre Harper et à la promotion des valeurs démocratiques même lorsqu’il peut sembler isolé, la concurrence pour gagner la faveur des économies est féroce, et les grands idéaux du gouvernement pourraient se voir ébranlés.

« Pour réussir, nous devrons poursuivre des relations politiques de concert avec nos intérêts économiques, même dans les cas où ces intérêts et nos valeurs politiques ne concordent pas. »

On est loin des commentaires de Stephen Harper qui, à la veille d’un sommet de l’APEC en 2006, avait affirmé au sujet de la Chine : « Je ne crois pas que les Canadiens veulent que nous renoncions à nos valeurs canadiennes si importantes, notre foi dans la démocratie, la liberté, les droits de la personne. Ils ne veulent pas que nous renoncions à nos principes juste pour des questions de gros sous. »

Mais les temps changent, et face aux nouvelles réalités économiques, le Canada n’a pas le choix, semble-t-il.

« Les conséquences sont grandes. En tant qu’économie ouverte, la prospérité future du Canada est liée au succès de ces pays émergents. »

Malgré l’accent placé sur les pays émergents, le plan souligne également à quel point les États-Unis demeurent un allié et un marché incontournable pour le Canada. La réalité est que le commerce bilatéral entre les deux pays a atteint 708,8 milliards de dollars l’an dernier. Ainsi, 73,7 % des exportations du Canada ont pris la route des États-Unis.

En guise de réaction, au bureau du ministre des Affaires étrangères, on affirme que l’on ne commente pas les documents qui font l’objet de fuite. Le porte-parole de John Baird a toutefois tenu à souligner par courriel que « le Canada continue à poursuivre une politique étrangère fondée sur les intérêts et les valeurs du Canada ». Il ajoute également que depuis 2006, le gouvernement Harper a signé neuf accords de libre-échange et est en voie d’en négocier une douzaine d’autres, ce qui, écrit-il,  permet d’ouvrir de nouveaux marchés, augmenter les exportations canadiennes et créer des emplois.

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Keystone ou le « ni-ni » de Thomas Mulcair

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 publié le 7 novembre 2012 à 18 h 18

Avec la réélection de Barack Obama, l’avenir du projet d’oléoduc Keystone XL qui doit acheminer le pétrole albertain jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique revient à l’avant-plan des discussions bilatérales entre le Canada et les États-Unis.

L’espoir du gouvernement Harper c’est que maintenant que l’administration Obama est en quelque sorte libérée des considérations politiques et partisanes inhérentes à une campagne électorale présidentielle, elle jugera le projet au mérite et finira par donner son feu vert. Un débat qui va inévitablement relancer celui sur les politiques énergétiques du gouvernement Harper ici au pays.

Demandez à Thomas Mulcair ce qu’il en pense, voici la réponse : « Au lieu de faire la folie d’exporter à un si bas prix, ayons comme principe et comme priorité de déménager nos ressources pétrolières d’ouest en est, toujours sous réserve d’une analyse environnementale rigoureuse. »

Les critiques sont nombreuses. Le chef du NPD reproche au projet Keystone de mener à l’exportation de 40 000 emplois au pays. Comme le gouvernement Harper mise tant sur l’exportation des ressources naturelles brutes vers les États-Unis, Mulcair lui reproche du même souffle de se préoccuper davantage de la sécurité énergétique de nos voisins du sud que de la nôtre.

Mais le chef du NPD est-il en faveur du projet, si jamais son parti prenait le pouvoir? Est-ce qu’un gouvernement du NPD continuerait d’aller de l’avant?

« Nous, on prioriserait de bouger nos produits pétroliers d’ouest en est », affirme M. Mulcair.

Mais encore… Dirait-il oui ou non à Keystone? Est-ce possible de privilégier le développement des ressources pétrolières ici au pays tout en allant de l’avant avec le projet Keystone?

« La priorité d’un gouvernement néo-démocrate ça serait double. Un, s’occuper de notre propre sécurité énergétique pour l’avenir. Deux, veiller à faire l’ajout d’emplois ici pour nos propres richesses », dit Thomas Mulcair, ajoutant que de toute façon, le dossier est maintenant entre les mains du gouvernement américain.

À vrai dire, Thomas Mulcair refuse de se prononcer précisément sur cette question de l’oléoduc Keystone et préfère avancer que le NPD privilégie la mise en oeuvre d’un système de transport du pétrole au Canada, qui permettrait de relancer l’industrie du raffinage et surtout de créer des emplois ici au pays.

Sur l’avenir de Keystone, Thomas Mulcair a donc développé sa propre logique du « ni-ni », la non-ingérence, non-indifférence.

La logique du NPD est simple : pourquoi se laisser embarquer dans un débat sur le controversé pipeline dont l’avenir dépend davantage des gouvernements américains, quand il est plus avantageux de proposer une politique énergétique alternative pour l’ensemble du pays dans l’avenir?

Cela étant dit, on ne pourra pas reprocher à Thomas Mulcair d’esquiver entièrement cet enjeu épineux. Il a tout de même accepté de répondre à des questions sur le sujet pendant une bonne vingtaine de minutes mercredi midi.

 

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Ah! la science…. quand on en a besoin!

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 publié le 24 septembre 2012 à 10 h 30

Encore trois jours, et nous serons fixés sur les appuis qu’a réussi à récolter le député conservateur Stephen Woodworth à sa motion qui vise à obtenir à terme la redéfinition de l’être humain au sens du Code criminel. En un mot, M. Woodworth veut qu’un comité des Communes se penche sur la question avec l’aide d’experts. Selon lui, ça permettrait de tenir compte des progrès médicaux des derniers siècles, car la définition actuelle date de 400 ans. Que dit cette définition qui vise à déterminer s’il y a infanticide? Voici l’article désuet du Code criminel selon le député Woodworth :

  • 223. (1) Un enfant devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère :
    • a) qu’il ait respiré ou non;
    • b) qu’il ait ou non une circulation indépendante;
    • c) que le cordon ombilical soit coupé ou non.
    • Note marginale : Fait de tuer un enfant

      (2) Commet un homicide quiconque cause à un enfant, avant ou pendant sa naissance, des blessures qui entraînent sa mort après qu’il est devenu un être humain.

    • S.R., ch. C-34, art. 206.

    Et pour justifier la modernisation? La SCIENCE, disent les Woodworth et cie. Voici un échantillon de discours en Chambre vendredi dernier – dans tous les cas, il s’agit de députés conservateurs (les caractères gras sont de moi) :

    Stella Amblee

    « Les Canadiens méritent mieux que cela de notre part. Ils méritent un peu plus de courage. Les Canadiens s’attendent à ce que nous nous intéressions davantage aux faits avérés. »

    « Toutefois, cette définition d’un être humain est-elle sensée sur le plan médical et scientifique au 21e siècle? »

    « Les Canadiens et la Chambre devraient entendre des experts à ce sujet. D’après ce que j’ai appris sur le développement d’un enfant avant sa naissance, il me semble que celui-ci est un être humain bien avant le moment de sa naissance. »

    « Si les données scientifiques nous apprennent que la définition juridique que nous donnons au concept d’être humain est erronée, avons-nous raison de faire la sourde oreille? »

    « Comment peut-on s’opposer à la tenue d’une démarche respectueuse visant à étayer une disposition législative aussi importante par des faits? »

    David Anderson

     « Les réponses ont des conséquences pour les Canadiens et le système de justice du Canada. La motion M-312 demande aux dirigeants du pays, les parlementaires, d’examiner les preuves et demande si elles confirment ou infirment la teneur du paragraphe 223(1). »

    Mark Warawa

     « Le député de Kitchener-Centre prétend que nous devrions nous tourner vers l’avenir. Il faut examiner ce qui se passe ailleurs dans le monde et mener une étude fondée sur la science et les meilleurs faits disponibles.»

    « Cela m’attriste de constater que le discours est parfois si virulent qu’il n’est pas fondé sur la logique. Peut-être est-ce par peur de la vérité et de ce que les études pourraient révéler. »

    « Pourquoi le Canada a-t-il les mêmes politiques que la Corée du Nord? Voilà ce que révélerait une étude à ce sujet. »

    « Nous devons prendre des décisions et édicter des lois sur le fondement de la logique, de la science et de la vérité. »

     

    Stephen Woodworth

     « Nous devons nous imprégner des nouvelles connaissances pour les mettre au service de la défense des droits universels de la personne. »

    « Ce serait un triomphe de leadership que de faire valoir que la définition de l’être humain ne doit pas demeurer figée dans le temps, à l’abri de la lumière jetée par de nouvelles connaissances, de toute gouvernance démocratique et de l’esprit du dialogue ouvert. »

    Vérification faite, aucun de ces députés n’a exprimé de réserves dans le passé sur les politiques du gouvernement Harper sur le questionnaire long du recensement, les émissions de gaz à effet de serre, la lutte à la criminalité et la détention, les jeunes contrevenants, des dossiers où la science et l’épreuve des faits ont souvent été évoquées par les opposants à ces politiques.

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Le carré noir du C-38

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 publié le 4 juin 2012 à 16 h 55

Après le carré rouge, le carré vert, le carré blanc, les parlementaires d’opposition ont leur carré noir à Ottawa.

Ils l’arborent tous fièrement, mardi, en cette journée de mobilisation « Silence on parle », pour dénoncer les manoeuvres jugées antidémocratiques du gouvernement conservateur dans tout le débat entourant l’adoption du projet de loi C-38.

Pour dénoncer le manque de transparence du gouvernement conservateur, qui, d’un seul coup législatif, tente d’abroger et de modifier une soixantaine de lois, sans qu’on en saisisse vraiment toutes les nuances et conséquences, une douzaine d’organismes environnementaux ont transformé leurs pages d’accueil sur Internet en « page noire de dénonciation ».

« Les changements proposés aux lois canadiennes ont pour effet d’affaiblir la réglementation environnementale et de réduire au silence ceux qui cherchent à défendre ces lois », peut-on lire sur les pages de Greenpeace, de la fondation Suzuki, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, d’Equiterre et d’autres.

L’opposition, bien sûr, s’est mise de la partie.

« À cause des conservateurs, le Canada est tourné en ridicule et vu comme un obstacle en matière d’environnement », a lancé le chef du NPD aux Communes, avant que Bob Rae renchérisse en affirmant que « non seulement c’est une attaque à l’environnement, c’est une attaque à la liberté ».

Le gouvernement a dépêché des ministres aux quatre coins du pays pour plaider que les réformes proposées ne font que simplifier un cafouillis réglementaire et trouvent le juste équilibre entre protection de l’environnement et développement économique.

« L’économie et l’environnement, ça se complète, ce n’est pas une alternative. Il y a moyen de simplifier les choses, il y a moyen d’éviter la duplication et d’instaurer des mesures coercitives pour les projets qui ont un impact sur l’environnement », a expliqué le ministre Christian Paradis à Montréal.

Bien consciente que le gouvernement ne cédera pas à la pression, bien déterminé qu’il soit à faire adopter son budget et toutes les réformes qui s’y rattachent, de l’assurance-emploi à la sécurité de la vieillesse en passant par la réforme des évaluations environnementales d’ici la fin de la session parlementaire, la chef du parti vert emprunte la voix de la procédure parlementaire.

Elizabeth May demande au président des Communes de déclarer le projet de loi C-38 irrecevable. Elle plaide que le C-38 est incomplet parce qu’il ne respecte pas l’esprit d’un projet de loi omnibus, qui doit contenir un thème central et non pas une multitude de mesures disparates. (Si vous désirez lire l’intégrale de l’intervention d’Elizabeth May, mon collègue Aaron Wherry, du Maclean’s, l’a mise en ligne sur son blogue)

La démarche semble assez crédible pour que néo-démocrates et libéraux aient demandé le droit de participer à ce débat au président de la Chambre avant qu’il ne prenne la question en délibéré.

Une nouvelle brèche donc dans l’armure déjà bosselée des conservateurs sur la question.

La question atterrira sur le bureau du président de la Chambre. Mais si le passé est garant de l’avenir, l’opposition ne devra pas retenir son souffle, d’autant plus que ce n’est pas la première fois que le gouvernement Harper et même d’autres auparavant déposent un projet de loi omnibus sur le budget.

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Le supplice de la goutte

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 publié le 11 avril 2012 à 21 h 08

C’est au compte-gouttes que le portrait des vastes compressions dans la fonction publique prend forme, mais il demeure bien incomplet. La raison est aussi simple que complexe, tout dépend.

Au moins 5561 avis reçus cette semaine, plus de 1000 la semaine dernière. Si, à ce jour, plus de 6500 fonctionnaires de l’Alliance de la fonction publique ont reçu un avis comme quoi leur emploi est à risque, il est impossible de savoir combien de ces employés perdront vraiment leur emploi, telles sont les règles des conventions collectives.

Pour s’y retrouver, voici un exemple. Si, dans un département donné, le gouvernement veut supprimer 5 postes, mais que 30 personnes effectuent la même tâche, alors les 30 personnes recevront un avis. Un processus de rationalisation sera mis en place pour déterminer quels seront les cinq perdants. Ce processus de rationalisation peut durer des mois. Et, surtout, chaque ministère et chaque agence du gouvernement ont leurs règles.

C’est ainsi que le vice-président de l’Alliance, Larry Rousseau, s’inquiète du stress et du moral de ses membres. En effet, la fonction publique est à l’aube d’une longue période d’incertitude.

« Jamais dans toute l’histoire de l’Alliance de la fonction publique n’avons-nous vu tant d’avis sortir si rapidement à la suite de la sortie d’un budget », déplore Larry Rousseau.

Le président du Conseil du Trésor affirme plutôt que le gouvernement agit rapidement par compassion : « La première chose que nous voulons faire, c’est justement de procéder le plus rapidement possible pour éviter que les gens vivent une incertitude douloureuse », affirme Tony Clement.

N’empêche, le syndicat est convaincu que le gouvernement sait exactement combien des 6500 fonctionnaires ayant reçu un avis de « licenciement potentiel » finiront par perdre leur emploi. Après tout, voilà des mois que le Cabinet étudie les scénarios de compressions très précis qu’a présentés chaque ministère.

Du côté du gouvernement, on ne se formalise pas de ces reproches, on affirme que 70 % des compressions visent à mettre fin aux dédoublements et au gaspillage. Surtout, le bureau de Tony Clement affirme que tout au long de la préparation du budget, le gouvernement a sollicité l’appui et les recommandations des grands syndicats, et que ceux-ci n’ont pas répondu à l’appel.

La réalité demeure. Tant que le portrait des compressions reste aussi nébuleux, il est bien difficile de saisir exactement quels services à la population seront touchés. Il est d’autant plus aisé pour le gouvernement conservateur de tenter de convaincre les Canadiens que l’impact sera négligeable.

Voici comment se répartissent les 5561 avis envoyés cette semaine aux fonctionnaires menacés de perdre leur emploi :
Ministère de l’Agriculture : 689
Développement économique : 45
Transport Canada : 33
Bureau du Conseil privé : 104
Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada : 106
Patrimoine Canada : 258
Conseil du Trésor : 54
Travaux publics et services gouvernementaux : 87
Ressources naturelles : 192
Secrétariat des conférences intergouvernementales canadiennes : 2
Agence canadienne de développement international : 534
Agence spatiale canadienne : 7
Commission des libérations conditionnelles du Canada : 16
Industrie Canada : 156
Citoyenneté et immigration Canada : 339
Affaires étrangères et commerce international : 21
Environnement : 137
Sécurité publique : 71
Agence de santé publique du Canada : 483
Santé Canada : 715
Agence des services frontaliers : 1137
Ressources humaines : 114

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L’effet « robocall »

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 publié le 12 mars 2012 à 18 h 13

Dans tout le débat sur l’affaire des appels trompeurs, une question demeure toujours sans réponse. Les appels automatisés visant à harceler des électeurs, et ceux les dirigeant vers les mauvais bureaux de scrutin ont-ils bel et bien eu un impact sur la participation des Canadiens à l’élection du 2 mai dernier?

S’il faut attendre la fin des enquêtes que mène actuellement Élections Canada avant d’avoir une réponse définitive à cette question clé, une économiste de l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique tente un début de réponse. En effet, Anke S. Kessler a tenté de mesurer l’impact de ces appels trompeurs sur la participation électorale dans un rapport de recherche intitulé : Does misinformation demobilize the electorate? Measuring the impact of alleged robocalls in the 2011 Canadian election. (Est-ce que la désinformation a démotivé l’électorat? Mesure de l’effet des présumés appels trompeurs à l’élection canadienne de 2011)

Son analyse du taux de participation dans les bureaux de scrutin à l’échelle du pays, comparé à celui dans 27 des circonscriptions touchées par des appels trompeurs, accrédite la thèse qu’il y aurait bel et bien eu une démobilisation de l’électorat dans les circonscriptions. Donc, qu’on peut croire à un effet « robocall ».

Dans les circonscriptions prétendument ciblées par les appels trompeurs, elle évalue qu’en moyenne le taux de participation dans les bureaux de scrutins à majorité non conservatrice est inférieur de 3 % à celui dans les bureaux de scrutins comparables à l’échelle du pays. Anke Kessler évalue que les tactiques de dissuasion auraient eu pour effet qu’entre 1000 et 2500 personnes auraient ainsi renoncé à exercer leur droit de vote.

Son analyse s’arrête là. Car l’économiste insiste aussi sur le fait que son analyse ne permet pas de tirer quelque conclusion que ce soit sur QUI est responsable, ou même d’établir s’il y a bel et bien eu un stratagème formel pour dissuader les Canadiens de voter.

« Il est important de noter que mes conclusions ne peuvent pas prouver qu’il y ait eu inconduite ou qu’un geste illégal ait été fait », écrit-elle. Anke Kessler ajoute surtout que son « analyse et ses résultats ne sont pas faits pour remettre en question les résultats dans une circonscription donnée ».

C’est une analyse strictement statistique, mais une analyse qui risque fort d’alimenter le débat sur toute cette affaire.

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Polytechnique et le malaise des conservateurs

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 publié le 6 décembre 2011 à 18 h 22

Le 6 décembre a toujours été une journée difficile pour les conservateurs.

Cette année, le malaise était double.

Ce 22e anniversaire passera toujours à l’histoire comme l’année de l’abolition du registre des armes d’épaules.

Certains députés conservateurs ont beau trouver désolant que cette journée de commémoration soit récupérée par plusieurs groupes en faveur du contrôle des armes, la réalité demeure qu’au Québec, ce registre est devenu dans l’esprit populaire un symbole des tristes leçons de Polytechnique. Et les familles des victimes ont toujours été à l’avant-plan de la bataille pour le registre.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les députés conservateurs n’ont pas été invités à participer à la cérémonie de commémoration sur les marches du Parlement, une cérémonie disons-le qui a davantage pris les allures d’un appel à la mobilisation pour sauver le registre.

Cette année donc, à l’ombre des photos des 14 victimes de Marc Lépine, il ne restait que les 14 roses à la mémoire de ces femmes fauchées dans la fleur de l’âge et la colère de toutes ces familles. Cette « rage » était exprimée par Suzanne Laplante-Edwards,  qui vit l’abolition du registre comme un affront à la mémoire de sa fille.

Cette année donc, pour plusieurs, la minute de silence aux Communes ne suffisait pas.

La vidéo du vote du 1er novembre sur l’adoption en deuxième lecture du projet de loi C-19 sur l’abolition du registre n’a fait que mettre de l’huile sur le feu.

On y voit le député conservateur de Lethbridge Jim Hillyer faire semblant de dégainer une arme en signe de victoire.

« Indécent, insultant », les députés d’opposition manquaient de mots pour exprimer leur indignation.

Les conservateurs manquaient de mots pour exprimer leur malaise.

Le président du caucus conservateur au Québec, Jacques Gourde, a certes affirmé que son collègue albertain devrait présenter des excuses, mais au bureau du premier ministre Harper on offre pour seule réaction un « pas de commentaires ».

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