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Gouvernement Harper : 2 ans de majorité

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 publié le 2 mai 2013 à 13 h 40

Il y a deux ans, Osama ben Laden était abattu. Oups, je m’égare… Stephen Harper atteignait la majorité; pas l’âge de la vraie majorité pour un politicien, plutôt celle en Chambre, après une défaite et deux minorités. Il en est aujourd’hui au point où il doit penser à sa réélection en octobre 2015 et, surtout, à ce qu’il fera d’ici là pour l’obtenir.

Le gouvernement Harper maintient le cap, il veut faire en sorte que l’économie sera le thème de la prochaine élection pour lui. Élimination du déficit mise en place par le dernier budget, réforme du marché du travail (formation de la main-d’œuvre, assurance-emploi, travailleurs étrangers, immigration économique) et des ententes commerciales importantes en négociation (Union européenne, Inde, Japon et Partenariat trans-Pacifique). Bref, des réussites éventuelles dont personne ne nie l’importance, mais qui ont leur limite électoralement parlant.

On ne fait pas de gros gains avec ce qu’on a fait, mais plutôt avec ce qu’on promet. À plus forte raison quand les réalisations ne touchent pas le quotidien des gens, et surtout compte tenu de la tranche de l’électorat que les conservateurs ont courtisé avec la baisse de la TPS, des crédits d’impôt pour les activités sportives et artistiques et le 100 $ par mois par enfant de moins de 6 ans.

Avec le même 40 % des voix et l’ajout de 30 sièges dans des endroits favorables en 2015, les conservateurs visent le même créneau. M. Harper a encore un gros atout : il est toujours considéré comme le meilleur gestionnaire de l’économie devant MM. Trudeau et Mulcair, même si 59 % des répondants à un récent sondage désapprouvaient son travail en général contre 32 % qui l’appuyaient. La thématique économique n’est donc pas surprenante dans le contexte. Aucune surprise non plus quant à l’angle d’attaque des conservateurs contre Justin Trudeau, quand on voit que M. Harper devance ses rivaux au chapitre de l’expérience et du jugement, toujours selon le sondage. M. Trudeau mène par ailleurs en ce qui concerne le partage des valeurs et son niveau de préoccupation pour les citoyens.

Deux ans et demi à écouler d’ici le scrutin prévu en octobre 2015. Cela donne amplement le temps à M. Harper d’accomplir des choses. Toutefois, le même temps est un facteur d’usure qu’il doit contrer en reprenant l’initiative du débat public. Depuis le début de l’année, ce sont davantage des choses comme les frasques de sénateurs conservateurs, l’agitation autochtone, la résistance de députés conservateurs et le dérapage du programme des travailleurs étrangers qui alimentent la discussion.

Reprendre l’initiative

Le budget Flaherty est, selon moi, la première de quatre étapes qui seront franchies cette année par le gouvernement Harper pour prendre le virage vers octobre 2015. Du point de vue des finances publiques, Jim Flaherty a mis le train sur les rails du déficit zéro à moins d’une détérioration soudaine de l’économie. Même là, attendez-vous à ce que M. Flaherty ou son successeur prenne tous les moyens nécessaires pour y arriver, même les plus douloureux. Déficit zéro/2015, un dogme.

Il faut maintenant regarnir le programme politique. Des 59 projets de loi déposés depuis l’élection de mai 2011, 36 ont été adoptés. Treize étaient des « automatiques » : crédits et budgets. Les faits saillants remontent au début du mandat : le C-10, l’omnibus sur la criminalité et l’abolition du registre des armes d’épaule qui ont tant fait jaser, etc. Cette année, seulement sept projets de loi ont reçu la sanction royale, dont deux sur les crédits, celui sur la lutte au terrorisme la semaine dernière et celui sur… la succession au trône d’Angleterre.

Bref, le gouvernement se cherche un peu. Prochaine étape donc, le congrès du Parti conservateur de la fin juin à Calgary. Cette rencontre devrait donner le ton quant aux attentes de la base, celle qui milite d’une part, et celle qui vote d’autre part. Les militants entretiennent certaines frustrations, notamment sur les dépenses qui montent encore trop vite, et les électeurs ciblés vont montrer au gouvernement sur quels boutons appuyer pour conserver leur soutien.

Le budget et le congrès auront vraisemblablement permis de préparer le terrain pour l’autre étape, celle d’un probable discours du Trône à la rentrée en septembre, question de définir l’ordre du jour jusqu’à l’élection. De nouvelles mesures, mais aussi certains engagements de 2011, conditionnels au retour à l’équilibre budgétaire. Et là, on va remettre en vitrine deux articles qui vont attirer les regards de la clientèle : réduction des impôts grâce au partage des revenus pour les familles avec enfants de moins de 18 ans et le passage du plafond annuel de contribution aux comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) de 5000 $ à 10 000 $. Ça, ce sont les éléments anticipés. D’autres développements permettraient aussi à M. Harper et à ses troupes de diriger la discussion.

Je vois d’ici les tambours et les trompettes advenant la signature de l’entente qui tarde avec l’Union européenne. Attendez-vous à une avalanche de chiffres pour démontrer l’impact de cette entente. Et quels feux d’artifice le jour où le projet de pipeline Keystone XL serait approuvé par l’administration Obama!

L’usure à contrer

À l’élection de 2015, Harper aura été au pouvoir pendant presque 10 ans. Bien de l’eau aura coulé sous les ponts d’ici là, mais on sait déjà qu’il affrontera deux nouveaux adversaires fort différents l’un de l’autre. Surtout, dans le cas de Justin Trudeau, ce sera différent de ce qu’il a connu jusqu’ici. M. Harper ne peut même pas envisager de se battre sur le même terrain que M. Trudeau quant à l’attrait personnel. On a vu plus haut, avec le sondage, qu’il peut davantage se faire valoir sur le terrain de la compétence et de la fiabilité.

Si le rajeunissement de son gouvernement ne passe pas par lui, M. Harper peut miser sur celui de son équipe. On peut s’attendre à ce que le Cabinet soit différent à la rentrée de septembre. C’est tout d’abord le travail du chef de Cabinet, Nigel Wright, de vérifier si certains ministres n’ont pas l’intention d’être candidats en 2015. Pensez aux O’Connor, Toews et Flaherty notamment.

Évidemment, un remplacement immédiat de M. Flaherty aurait un effet domino important. Des ministres actuels, pas très âgés d’ailleurs, sont mûrs pour prendre du galon ou relever de nouveaux défis. Jason Kenney, James Moore et John Baird sont dans ce groupe. Et vient ensuite le véritable rafraîchissement. Aucune marge de manœuvre du côté du Québec, mais plusieurs autres recrues potentielles intéressantes, dont certaines ont fait leurs preuves en étant envoyées plus souvent qu’à leur tour dans ces panels politiques très populaires du côté du Canada anglais.

En haut, de gauche à droite : Kellie Leicht (Simcoe-Grey), Candice Bergen (Portage-Lisgar) et Shelly Glover (Saint-Boniface)
En bas, de gauche à droite : Chris Alexander (Ajax-Pickering), Michelle Rempel (Calgary Center-North) et Pierre Poilièvre (Nepean-Carleton)

Les Kelly Leitch, Michelle Rempel, Chris Alexander, Shelley Glover, Candice Bergen et Pierre Poilièvre vont rester près de leurs portables au cours des dernières semaines de la session! Des considérations de région et de sexe en plus des compétences détermineront leur avenir. Donc, le défi de Stephen Harper, à ce stade-ci de son mandat, en prévision d’octobre 2015 : mettre tout en place pour conserver son 40 % d’appui de 2011. Il devra aussi faire en sorte de ne pas provoquer, par ses politiques, trop de mécontentement dans la population, car un mouvement anti-Harper pourrait profiter à un de ses adversaires, peu importe lequel.

Catégorie: Québec

Vers une nouvelle aide internationale

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 publié le 24 novembre 2012 à 16 h 48

Il semble qu’il n’y ait pas que la politique étrangère du Canada qui sera dorénavant au service de l’économie, l’aide internationale aussi. C’est ce que laissent entrevoir les nouveaux objectifs en matière d’aide au développement.

« L’ACDI est résolue à renforcer la sécurité et la prospérité à long terme du Canada. »

Dans un discours prononcé vendredi à l’Economic Club de Toronto, le ministre Julian Fantino a expliqué les grandes lignes de cette nouvelle stratégie de l’ACDI sur la croissance économique.

Cette stratégie, en quelque sorte, transforme la philosophie de l’ACDI. Il ne s’agit plus seulement de lutter contre la pauvreté, mais également de faire de l’ACDI un agent de croissance économique dans les pays en développement. Car qui dit croissance, dit débouchés pour les entreprises canadiennes. C’est ainsi que le ministre Fantino explique que

« Lorsque nous aidons d’autres pays à stimuler leur économie, nous établissons des liens entre les entreprises canadiennes et certains des marchés connaissant la croissance la plus rapide du monde. »

Il ne s’agit pas ici pour le gouvernement d’abandonner l’aide humanitaire comme celle octroyée lors du tremblement de terre en Haïti, ou lors de grandes crises comme celle au Sahel, mais plutôt de redéfinir les priorités de l’aide au développement et les programmes à plus long terme pour permettre à ces pays de stabiliser leur gouvernance, de développer des cadres juridiques et réglementaires légitimes et à l’abri de l’arbitraire et de la corruption.

Tel que l’explique le ministre, « l’ACDI peut contribuer à renforcer la capacité de négocier avec d’autres pays, de mettre en œuvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d’autres partenaires, et aider les entreprises à profiter de ces accords ».

Essentiellement, le gouvernement conservateur propose que l’aide internationale soit elle aussi au service des intérêts économiques du Canada, un virage qui verrait l’Agence canadienne de développement international oeuvrer plus de concert avec le secteur privé. Je vous invite d’ailleurs à lire l’article du Globe and Mail sur cet aspect de la stratégie conservatrice.

Il ne faut pas se surprendre de ce virage, surtout à la lumière du document secret du cabinet sur la politique étrangère du Canada dont je vous expliquais les grandes lignes lundi.

Dans la logique de la stratégie exposée par le ministre Fantino, l’aide au développement devient ainsi la nouvelle tête de pont pour permettre au Canada de rétablir ses liens et son influence en Afrique, et se positionner pour éventuellement tirer profit de sa croissance économique.

C’est ainsi que le Canada continuera à financer les programmes de formation pour les femmes en Afrique, ou les cours de développement des affaires pour permettre aux jeunes entrepreneurs du Vietnam de faire rayonner leurs entreprises et ainsi faire vivre leurs communautés. Mais c’est la logique qui sous-tend cette aide qui se voit ainsi transformée.

Pour le gouvernement conservateur, il s’agit de moderniser l’aide au développement, la faire entrer dans le 21e siècle. Les sceptiques ne remettent pas tant en doute l’efficacité potentielle de cette approche, la crainte c’est que le Canada concentre ses efforts sur les problématiques de développement qui rapportent, plutôt que sur les autres plus complexes.

Catégorie: Ottawa

« Stephen Harper n’est pas un dictateur »

Cette affirmation ne vient ni d’un député néo-démocrate outré de voir les conservateurs imposer le bâillon sur l’immense projet de loi de mise en œuvre du budget, ni d’un militant écologiste inquiet de voir les limites que comptent imposer les conservateurs aux ONG environnementales.

Non.

L’affirmation vient d’Alissa Golob, porte-parole jeunesse de la Marche pour la vie. Avec des milliers d’autres, jeudi, elle a nettement l’intention de profiter d’une manifestation sur la colline du Parlement pour faire la preuve qu’elle ne se laissera pas distraire par l’interdit énoncé par Stephen Harper sur toute réouverture du débat sur l’avortement.

Cette Marche pour la vie annuelle n’est pas nouvelle. Elle en est à sa 15e édition et se veut le plus grand rassemblement pro-vie au pays.

Cette année, les organisateurs espèrent attirer plus de 20 000 personnes.

Ils sont plus mobilisés que jamais pour deux raisons.

Sans vouloir dévoiler le contenu des conversations privées qu’Allisa Golob et les militants du mouvement pro-vie ont eues avec de nombreux députés conservateurs, elle affirme que le caucus pro-vie encourage ses membres à poursuivre leur mobilisation, malgré la promesse de Stephen Harper de ne pas encourager ce débat.

Surtout, le mouvement pro-vie croit en quelque sorte avoir trouvé la clé pour convaincre la majorité des Canadiens qu’il est légitime de rouvrir le débat : le problème des avortements sélectifs, soit les femmes qui choisissent d’interrompre leur grossesse parce qu’elles sont enceintes d’une fille.

C’est un problème hautement documenté dans certains pays comme la Chine, l’Inde ou encore en Corée et au Vietnam. La crainte est que ces pratiques soient importées ici au Canada au sein de ces communautés. Un problème bien difficile à quantifier, mais auquel bien des médecins ont été confrontés, et que plusieurs chercheurs tentent de quantifier.

« Les avortements pour sélectionner le sexe de l’enfant sont la pire forme de discrimination, une discrimination qui tue », affirme le chercheur Steven Mosher, aujourd’hui militant pro-vie.

D’ailleurs, il n’y a pas que le mouvement pro-vie qui dénonce cet état de fait, un récent sondage d’Angus Reid révélait en janvier dernier que 60 % des Canadiens jugent qu’il devrait bel et bien y avoir des lois qui spécifient si une femme peut recourir à l’avortement simplement pour choisir le sexe du fœtus. C’est sans compter le débat qui a cours dans la communauté médicale.

En janvier dernier, un éditorial de l’Association médicale canadienne proposait d’interdire la divulgation du sexe du fœtus au moment de l’échographie avant la trentième semaine pour empêcher les avortements sélectifs. Si cette solution est jugée simpliste tant par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada que par le Collège des médecins, elle illustre bien le malaise éthique suscité par la pratique des avortements sélectifs.

De concert avec la motion du député Steven Woodworth sur la définition de l’être humain, la question des avortements sélectifs incarne le nouveau discours d’un mouvement pro-vie qui s’est modernisé et qui tente aujourd’hui de présenter son discours dans un cadre scientifique et éthique, plutôt que sur des bases strictement morales et religieuses.

C’est le nouveau visage d’un mouvement qui a bien l’intention de se faire entendre et de forcer à sa façon sinon une réouverture législative, du moins une reprise du débat sur le droit à l’avortement.

Catégorie: Ottawa

Dans son budget du 29 mars dernier, le gouvernement Harper nous explique en détail où il va réduire les dépenses et combien d’économies il va générer.

C’est ainsi qu’on apprend que l’Agence de procréation assistée est abolie pour réaliser 9,5 millions de dollars d’économies, Statistique Canada verra son budget amputé de 33,9 millions de dollars, l’École de la fonction publique de 23,6 millions de dollars… et j’en passe.

Un plan minutieux, détaillé, direz-vous.

Transparent même?

Pas tout à fait. Car on est silencieux sur la plus importante réforme de tout le budget, celle qui aura un effet direct sur le plus grand nombre de Canadiens. Je parle bien sûr de la sécurité de la vieillesse. Le gouvernement prévoit qu’entre 2023 et 2029, l’âge auquel les Canadiens auront accès à ces prestations et au supplément de revenu garanti passera de 65 à 67 ans. Là, pas un mot, pas un chiffre pour montrer que la réforme proposée va bel et bien rendre le système « viable » et générer des économies nécessaires.

La raison? Eh bien! ça dépend à qui vous posez la question. Au ministère des Finances et au ministère des Ressources humaines, on ne tient pas le même discours.

Le ministre Jim Flaherty explique que c’est « dans tellement longtemps que ça ne cadre pas dans nos prévisions budgétaires habituelles ».

Curieux qu’il ne soit pas nécessaire de parler des économies qui seront générées en 2023, quand le ministre, pour justifier sa réforme, cite depuis le mois de janvier les projections de l’actuaire en chef du Canada. Ce dernier estime que la sécurité de la vieillesse coûtera 108 milliards de dollars en 2030 (le fait que ni l’actuaire en chef ni le directeur parlementaire du budget ne conclut que le système actuel n’est pas viable est un autre débat…).

Et quand on demande au bureau de la ministre Diane Finley, responsable de la sécurité de la vieillesse, quel sera l’impact des réformes proposées sur le coût du programme à long terme, on nous répond qu’on n’est pas prêt à parler de ça en ce moment.

Vraiment?

Pourtant, le gouvernement ne cesse d’évoquer les projections à long terme pour dire que le programme n’est pas viable. Ne serait-il pas important de prouver qu’en reportant à 67 ans l’accès à la sécurité de la vieillesse, le plus important programme social au pays redeviendra viable?

Difficile de croire que les chiffres sont impossibles à calculer quand des économistes de l’Université Laval ont justement réussi à le faire. Leur étude montre que la réforme annoncée fera passer le poids de la sécurité sociale de 3,1 % du PIB à 2,8 % en 2030. Mais surtout, là où le bât blesse, c’est qu’ils estiment que non seulement cette réforme fera passer le taux de pauvreté chez les 65 à 66 ans de 5 à 25 %, mais surtout que 20 % des économies générées par la réforme vont se traduire par des coûts additionnels pour les provinces, des coûts que le gouvernement fédéral s’est engagé à rembourser.

Donc, dans un contexte de vieillissement de la population, est-ce que la réforme proposée par le gouvernement Harper est la meilleure solution possible au problème de viabilité du programme de la sécurité de la vieillesse? Est-ce qu’il existe d’autres solutions?

De toute évidence, en refusant de dévoiler ses chiffres, le gouvernement refuse d’alimenter le débat. Mais il n’y échappera pas.

Un autre bel exemple de transparence.

Catégorie: Ottawa

Le supplice de la goutte

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 publié le 11 avril 2012 à 21 h 08

C’est au compte-gouttes que le portrait des vastes compressions dans la fonction publique prend forme, mais il demeure bien incomplet. La raison est aussi simple que complexe, tout dépend.

Au moins 5561 avis reçus cette semaine, plus de 1000 la semaine dernière. Si, à ce jour, plus de 6500 fonctionnaires de l’Alliance de la fonction publique ont reçu un avis comme quoi leur emploi est à risque, il est impossible de savoir combien de ces employés perdront vraiment leur emploi, telles sont les règles des conventions collectives.

Pour s’y retrouver, voici un exemple. Si, dans un département donné, le gouvernement veut supprimer 5 postes, mais que 30 personnes effectuent la même tâche, alors les 30 personnes recevront un avis. Un processus de rationalisation sera mis en place pour déterminer quels seront les cinq perdants. Ce processus de rationalisation peut durer des mois. Et, surtout, chaque ministère et chaque agence du gouvernement ont leurs règles.

C’est ainsi que le vice-président de l’Alliance, Larry Rousseau, s’inquiète du stress et du moral de ses membres. En effet, la fonction publique est à l’aube d’une longue période d’incertitude.

« Jamais dans toute l’histoire de l’Alliance de la fonction publique n’avons-nous vu tant d’avis sortir si rapidement à la suite de la sortie d’un budget », déplore Larry Rousseau.

Le président du Conseil du Trésor affirme plutôt que le gouvernement agit rapidement par compassion : « La première chose que nous voulons faire, c’est justement de procéder le plus rapidement possible pour éviter que les gens vivent une incertitude douloureuse », affirme Tony Clement.

N’empêche, le syndicat est convaincu que le gouvernement sait exactement combien des 6500 fonctionnaires ayant reçu un avis de « licenciement potentiel » finiront par perdre leur emploi. Après tout, voilà des mois que le Cabinet étudie les scénarios de compressions très précis qu’a présentés chaque ministère.

Du côté du gouvernement, on ne se formalise pas de ces reproches, on affirme que 70 % des compressions visent à mettre fin aux dédoublements et au gaspillage. Surtout, le bureau de Tony Clement affirme que tout au long de la préparation du budget, le gouvernement a sollicité l’appui et les recommandations des grands syndicats, et que ceux-ci n’ont pas répondu à l’appel.

La réalité demeure. Tant que le portrait des compressions reste aussi nébuleux, il est bien difficile de saisir exactement quels services à la population seront touchés. Il est d’autant plus aisé pour le gouvernement conservateur de tenter de convaincre les Canadiens que l’impact sera négligeable.

Voici comment se répartissent les 5561 avis envoyés cette semaine aux fonctionnaires menacés de perdre leur emploi :
Ministère de l’Agriculture : 689
Développement économique : 45
Transport Canada : 33
Bureau du Conseil privé : 104
Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada : 106
Patrimoine Canada : 258
Conseil du Trésor : 54
Travaux publics et services gouvernementaux : 87
Ressources naturelles : 192
Secrétariat des conférences intergouvernementales canadiennes : 2
Agence canadienne de développement international : 534
Agence spatiale canadienne : 7
Commission des libérations conditionnelles du Canada : 16
Industrie Canada : 156
Citoyenneté et immigration Canada : 339
Affaires étrangères et commerce international : 21
Environnement : 137
Sécurité publique : 71
Agence de santé publique du Canada : 483
Santé Canada : 715
Agence des services frontaliers : 1137
Ressources humaines : 114

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La Cour suprême, les juges et le NPD

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 publié le 18 octobre 2011 à 8 h 14

Il fallait écouter, et surtout voir le député néo-démocrate Yvon Godin commenter la nomination des deux nouveaux juges à la Cour suprême pour saisir l’ampleur du malaise qui règne au NPD.

Le problème n’est pas la compétence des juges Andromache Karakatsanis et Michael Moldaver, mais que ce dernier n’est pas bilingue.

Or, le NPD réclame depuis des années que le bilinguisme soit enchâssé comme critère incontournable dans la nomination des juges à la Cour suprême, le député Yvon Godin a même fait adopter un projet de loi aux Communes en ce sens, un projet de loi qui est mort au Sénat.

Yvon Godin a beau être indigné du choix d’un juge unilingue anglophone, son propre parti a donné son aval à la nomination du juge Michael Moldaver.

En effet, le député néo-démocrate Joe Comartin était membre du comité spécial mis sur pied pour évaluer les candidatures et offrir des recommandations au premier ministre.

Ce comité formé de cinq députés devait évaluer la liste des candidats soumis par le ministère de la Justice et s’entendre sur une liste réduite de six candidats à soumettre au premier ministre.

Entre deux conservateurs et un libéral, le néo-démocrate avait voix au chapitre et a fait son choix.

Joe Comartin a beau affirmer aujourd’hui qu’il n’est pas d’accord avec la nomination du juge Micheal Moldaver parce que celui-ci n’est pas bilingue, il refuse d’expliquer pourquoi il  a accepté de soumettre sa candidature au premier ministre.

Joe Comartin est tenu au secret, c’était la condition de sa participation aux délibérations du comité spécial.

Est-ce qu’en coulisse le NPD a préféré un juge non bilingue à une autre candidature jugée trop idéologique? Possible.

N’empêche, aujourd’hui le NPD en est réduit à dénoncer l’unilinguisme d’un candidat qu’il a appuyé.

« La loi ne prescrit pas le bilinguisme pour les juges de la Cour suprême, donc nous ne pouvions pas écarter une candidature sur ce critère-là », se bornent à répéter les stratèges néo-démocrates.

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Rentrée prévisible

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 publié le 19 septembre 2011 à 11 h 18
En politique, la rentrée parlementaire c’est un peu comme la rentrée à l’école. Du jour au lendemain, toute la vie de la classe politique et de la presse parlementaire devient régie par l’horaire relativement précis des activités parlementaires, période des questions à 14 h, réunions des caucus le mercredi matin, réunions des comités parlementaires.
 
Mais cet automne, la comparaison avec l’école semble encore plus réaliste. Car tout comme à l’école, la classe politique sait précisément ce qui s’en vient. Il s’agit de compter le nombre de fois où le leader parlementaire du gouvernement, Peter van Loan, a répété l’expression « nous allons remplir nos engagements » pour saisir à quel point la priorité du gouvernement Harper c’est de profiter de son statut majoritaire et d’aller de l’avant avec toutes les mesures législatives qu’il a été incapable de faire adopter dans le passé.
 
En voici un aperçu :
 
- Le projet de loi omnibus sur la criminalité. Il s’appellera le projet de loi pour rendre nos rues et nos communautés plus sûres et regroupera entre autres les initiatives contre le crime organisé lié aux drogues, l’élimination du pardon pour les crimes graves, la peine minimale obligatoire pour les agressions sexuelles contre les enfants et une refonte de la justice pour les jeunes contrevenants qui commettent des crimes violents.
 
- L’abolition du registre des armes de chasse.
 
- L’abolition du monopole de la Commission canadienne du blé.
 
- La réforme du Sénat.
 
- La refonte de la distribution des sièges aux Communes pour tenir compte de l’augmentation de la population dans certaines provinces.
 
- La refonte de la loi sur le droit d’auteur.
 
- La loi pour lutter contre l’immigration clandestine.
 
- La refonte des règles sur les investissements étrangers au Canada.
 
Et si pour la première fois le premier ministre fait face à trois partis d’opposition sans chef, la réalité c’est que de toute façon, disposant de la majorité, le gouvernement Harper a toute la marge de manoeuvre nécessaire pour faire adopter ses réformes.
 
Là où la marche est haute pour l’opposition, c’est que pour la première fois en sept ans, celle-ci devra réapprendre à s’opposer efficacement au pouvoir et à bloquer les initiatives du gouvernement. Pour ceux qui en doutent, ça se fait…
 
Rappelez-vous les années Mulroney ou les années Chrétien. Deux gouvernements majoritaires qui, par moments, ont dû mettre de l’eau dans leur vin, diluer ou amender certains projets de loi majeurs, justement parce que l’opposition avait su mobiliser l’électorat.
 
Il s’agit de voir si CETTE opposition en sera capable. Mais attention, depuis le temps que les conservateurs attendent, l’humeur n’est pas au compromis.
 

Catégorie: Ottawa