Billets classés sous « Gilles Duceppe »

Le putsch avorté

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 publié le 28 janvier 2012 à 15 h 58

Si une nouvelle preuve était nécessaire pour démontrer que Gilles Duceppe n’était pas réellement prêt à assumer à court terme la direction du Parti québécois, il suffit d’examiner la façon dont il a mené ce présumé putsch contre Pauline Marois.

Le 8 novembre dernier, Gilles Duceppe écrit une lettre à Pauline Marois pour affirmer qu’il ne souhaitait pas la remplacer à la tête du Parti québécois.

Le 11 décembre, l’ancien chef du Bloc québécois s’adresse aux militants de ce parti réunis à Montréal à l’occasion de l’élection d’un nouveau chef, Daniel Paillé.  Gilles Duceppe ne leur parle que quelques minutes et s’en tient aux défis du Bloc québécois.  Si Gilles Duceppe savait ce jour-là qu’il voulait devenir chef du Parti québécois, pourquoi ne pas avoir prononcé un discours d’une tout autre envergure, qui aurait balayé large et lui aurait permis de présenter une vision politique qui aurait tenu compte de cette nouvelle perspective?

Le 31 décembre, Gilles Duceppe est l’un des invités de l’émission Tout le monde en parle.  Profite-t-il de l’occasion, alors que plus de un million de Québécois sont devant leur petit écran, pour manifester son intérêt pour diriger le Parti québécois?  Non.  Pourtant, il est déjà prévu que le Conseil national du PQ, étape cruciale pour le leadership de Pauline Marois, aurait lieu dans un mois.

Mais, voilà, il y a une dizaine de jours, des proches de Gilles Duceppe soutiennent auprès de plusieurs médias que l’ancien chef bloquiste est désormais disponible pour succéder à Pauline Marois.

Quelques jours plus tard, des révélations sur l’usage des fonds de la Chambre des communes par le Bloc québécois font reculer Gilles Duceppe, qui affirme qu’il doit désormais se consacrer entièrement à la défense de son intégrité.  Ce désistement a mis un terme à la contestation du leadership de Pauline Marois, jusqu’aux prochaines élections.

Est-il possible que Gilles Duceppe, éprouvé par une magistrale défaite électorale il y a moins de huit mois, ne savait pas vraiment ce qu’il voulait?  Est-il possible que Gilles Duceppe n’était tout simplement pas prêt à prendre la relève de Pauline Marois?

Le manque d’empressement et de détermination de Gilles Duceppe dans cette affaire donne à ce présumé putsch toutes les allures d’un acte manqué.

Catégorie: Québec

PQ : gouverner ou se chicaner

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 publié le 26 janvier 2012 à 9 h 43

« Pour tenir et garder le cap, vous pouvez compter sur moi. » Trois jours seulement après que Gilles Duceppe eut fermé la porte à un éventuel retour en politique, Pauline Marois utilise déjà sa victoire contre les prétentions ratées de Duceppe pour unir ses militants et son caucus.

Le PQ doit faire vite. L’élection arrivera tôt ou tard. Il a peu de temps pour prouver à une opinion publique devenue sceptique que sa formation peut gouverner plutôt que de se chicaner continuellement.

Depuis 1995, le PQ a été dirigé par cinq chefs. Pour la même période, le PLQ n’en a eu que deux. En fait, sur la question de la stabilité, le seul avantage que possède Pauline Marois sur Jean Charest, c’est que sa crise des démissionnaires aura duré huit mois, alors que celle du chef du PLQ sur les allégations de corruption dans le monde de la construction s’est étalée sur plus de deux ans.

Pour unir ses troupes et surtout sa clientèle souverainiste, elle a décidé de battre du tambour contre Stephen Harper et son idéologie de droite. Cela a fonctionné lors de son discours devant les étudiants de l’Université de Montréal lundi (23 janvier) et lors de l’assemblée d’investiture de son député de Berthier, mercredi (25 janvier), à Saint-Jean-de-Matha. La chef péquiste espère maintenant rallier son parti derrière elle à son conseil national à Montréal en fin de semaine.

En politique, rien de mieux que d’identifier et de dénoncer l’ennemi commun pour unir les siens derrière soi.

Catégorie: Québec

Pauline Marois : terre en vue

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 publié le 18 décembre 2011 à 18 h 29

Pauline Marois a enfin la tête hors de l’eau, une première bouffée d’air en six mois.

Une fois la tête hors de l’eau, la rive n’est plus tout à fait hors d’atteinte.

Et Pauline Marois a montré qu’elle sait nager, qu’elle a du souffle.

 Les déchirements de son caucus ont donné lieu à d’incroyables péripéties. Les critiques sont venues de toutes parts et ont frappé sur tous les fronts. Pauline Marois n’a été épargnée de rien. Le fond, la forme, la performance dans les sondages, tout a été scruté, examiné, ausculté et presque tout a été retenu contre elle, avec raison la plupart du temps.

 Or, depuis le congrès à la direction du Bloc québécois, dimanche dernier, Pauline Marois peut enfin véritablement respirer. Et la victoire de Daniel Paillé n’y est pour rien.

Non, ce qui a fait la différence pour Pauline Marois, c’est le discours de Gilles Duceppe.

Les militants du Bloc ont pu voir que leur ancien chef n’était ni prêt ni intéressé, à court terme, à diriger le Parti québécois. Celui qui les a quittés le 2 mai au soir a prononcé un discours frugal, centré sur les intérêts immédiats du Bloc, qui n’aura duré que quelques minutes. Gilles Duceppe étant l’un des orateurs politiques les plus doués et les plus expérimentés du Québec, les bloquistes étaient en droit d’espérer une présentation nutritive et inspirante. Ils ont été laissés sur leur faim, sans doute avec l’impression d’un rendez-vous manqué.

 Ce discours représentait une occasion inespérée pour Gilles Duceppe, six semaines avant la tenue du Conseil national du Parti québécois. Pour cette raison, d’une manière ou d’une autre, ce discours envoyait un signal et celui-ci était limpide.

 Huit mois après la défaite, M. Duceppe a montré qu’il ne l’avait pas assumée, ni digérée et encore moins comprise. Son apparente assurance avait quelque chose de factice et elle cachait mal cette fragilité qu’on a vue apparaître le soir des élections fédérales. Il est évident que Gilles Duceppe ne veut, ni ne peut remplacer Pauline Marois d’ici le prochain scrutin. À moins que Gilles Duceppe n’ait caché son jeu, ce à quoi il ne nous a pas habitués.

 Ainsi, le mois prochain, les participants au Conseil national du PQ feront face au même contexte que les délégués du congrès d’avril dernier. Une seule option sera envisageable, miser sur la continuité, garder le cap avec Pauline Marois, advienne que pourra.

Au congrès d’avril, Gilles Duceppe avait été accueilli en héros par les délégués péquistes, deux semaines avant qu’il ne subisse une débâcle. À cette époque, Gilles Duceppe n’était pas disponible. Le lendemain, Pauline Marois obtenait la confiance de 93 % des délégués.

 Au prochain Conseil national, Gilles Duceppe ne sera pas non plus disponible et les participants devront en faire le constat. D’autant que Gilles Duceppe était un « tout inclus », qui aurait été opérationnel après une courte période d’adaptation pour affronter Jean Charest et François Legault. Un oiseau rare.

Alors, si Gilles Duceppe ne manifeste pas davantage d’intérêt d’ici le conseil national, les militants péquistes devront se rendre à l’évidence et assurer leur soutien à Pauline Marois, dans une posture qui pourrait prendre des airs d’unanimité. Les délégués reconnaîtront aussi que Pauline Marois paraît avoir eu le dessus, à l’usure, sur son aile parlementaire tourmentée et dorénavant effilochée.

 Sans Gilles Duceppe, Pauline Marois est la seule qui peut désormais diriger les destinées du PQ aux prochaines élections. Il n’existe plus d’option populaire à Pauline Marois.

Les sondages demeurent mauvais pour le PQ et il est bien possible que Pauline Marois ne sera jamais en mesure de les faire bouger en sa faveur. Néanmoins, le prochain scrutin se déroulera dans un contexte qui rend ses résultats imprévisibles. C’est sur cette imprévisibilité que les délégués du Conseil national du PQ seront invités à fonder leurs espoirs. C’est un argument que Pauline Marois et son équipe évoquent, en rappelant sur un ton nostalgique les sondages du printemps dernier qui donnait 40 % au PQ… sans François Legault.

Un temps révolu. François Legault existe.

Néanmoins, grâce à l’apparent forfait de Gilles Duceppe, Pauline Marois a la tête enfin sortie de l’eau et peut apercevoir une rive au loin.

Terre en vue, donc. Ne serait-ce qu’une île déserte.

Catégorie: Élections Québec, Québec

Campagne de peur?

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 publié le 26 mars 2011 à 22 h 38

Coalition ultra-centralisatrice-séparatiste?

Majorité conservatrice?

Mépris de la démocratie?

Un gouvernement contre les intérêts du Québec?

Voilà les menaces qu’ont fait planer Stephen Harper, Michael Ignatieff, Jack Layton et Gilles Duceppe ce matin, au moment où ils donnaient le coup d’envoi de leurs campagnes respectives.

Le chef conservateur a même fait de cette menace de coalition le fondement de son plaidoyer pour convaincre les Canadiens de lui accorder finalement la majorité qu’il convoite depuis tant d’années.

L’ironie de cette stratégie, c’est que son principal adversaire au Québec a sauté sur l’occasion pour ressusciter les tractations qu’il avait eues avec Stephen Harper et Jack Layton en octobre 2004 pour donner une leçon de démocratie parlementaire au premier ministre de l’époque, Paul Martin, et ainsi nourrir la menace qu’il laisse planer sur l’électorat québécois : une majorité conservatrice. 

Entre le meneur conservateur et les trois partis d’opposition, deux thèmes s’affrontent : la coalition contre la majorité.

Pour Stephen Harper, peu importe si son rival libéral a nettement écarté ce scénario, le risque d’une coalition postélectorale plane. Il ébranle les règles de base de la démocratie et met en péril la stabilité économique du pays.

Pour Gilles Duceppe, une majorité conservatrice serait carrément néfaste pour les intérêts du Québec. 

À en juger par le ton de cette première journée, cette élection se transformera-t-elle en campagne de peur? Est-ce la tactique qu’ont trouvée les chefs pour mobiliser l’électorat?

Il est certes trop tôt pour l’affirmer, mais on semble bien loin du chandail bleu poudre et du ton rassurant qu’affichait Stephen Harper lors de la campagne de 2008!

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa