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Mauvaise nouvelle pour Joe Oliver

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 publié le 13 janvier 2015 à 12 h 04

Le ministre canadien des Finances, Joe Oliver, en pleins préparatifs budgétaires, a entendu deux fois plutôt qu’une un message qu’il ne voulait pas entendre ce matin. Le retour à l’équilibre budgétaire n’est pas pour l’an prochain à moins que le gouvernement Harper n’annonce de nouvelles mesures pour l’atteindre.

Par nouvelles mesures, on n’entend évidemment pas des mesures populaires comme le fractionnement du revenu des familles ou encore la hausse de la prestation mensuelle pour la garde d’enfants, des mesures coûteuses annoncées cet automne et qui contribuent maintenant au maintien des finances publiques fédérales dans le rouge. On pense plutôt à de nouvelles restrictions dans les dépenses, puisqu’il n’est pas question d’aller chercher des revenus supplémentaires en impôts ou taxes pour ce gouvernement.

Vous aurez deviné que la chute des prix du pétrole vient gâcher la planification budgétaire et politique du gouvernement Harper.

Le premier message vient de deux anciens hauts fonctionnaires, qui concluent que les bonnes conditions économiques en 2014 pourraient bien générer un léger surplus pour l’année en cours qui prend fin le 31 mars, contrairement à ce que soutiennent toujours MM. Harper et Oliver. Ces derniers ne prévoient un retour à l’encre noire au bas des prévisions que l’an prochain.

Les deux experts contredisent aussi les deux politiciens là-dessus puisque, malgré une croissance économique réelle de 2,5 % en 2015, la croissance nominale attendue de 3,7 % qui établit l’assiette fiscale du ministère des Finances ne sera pas au rendez-vous. Donc, des revenus bien en deçà des attentes et toujours un déficit, contrairement aux prévisions, et surtout aux espoirs, des conservateurs .

Tout ça, disent-ils, même si la baisse des prix du pétrole a des effets bénéfiques sur d’autres secteurs économiques dans certaines régions du pays, on pense évidemment aux provinces centrales avec leurs industries manufacturières.

Le deuxième vient de la Banque TD dont le patron du service de recherche, Craig Alexander, fait partie de la douzaine d’économistes qui rencontrent le ministre depuis des années pour l’aider à établir ce qu’on appelle, aux Finances, la « moyenne des prévisions du secteur privé ». C’est cette moyenne qui sert ensuite de base aux calculs des gens des Finances pour prévoir les revenus et les dépenses de l’État fédéral… et son bilan par le fait même, surplus, déficit, équilibre?

Donc, je vous épargne le gros des chiffres, mais la TD a développé un modèle de prévisions des finances fédérales dans lequel elle a introduit des prévisions d’évolution des prix du pétrole pour les prochaines années.

Au lieu d’un surplus de 1,9 milliard de dollars l’an prochain, l’année cible des conservateurs et année électorale, la TD en arrive maintenant à un léger déficit de 2,3 milliards de dollars et un autre de moins de un milliard l’année suivante. Report de deux ans donc de cet équilibre budgétaire tant recherché.

Plusieurs implications politiques à tout ça, pour le gouvernement Harper au premier chef. Comment présenter ça dans le prochain budget Oliver et miser là-dessus pour faire campagne en se présentant comme seul garant d’une économie et de finances publiques saines? Tout le capital de crédibilité économique du gouvernement Harper a été mis là-dessus. Pas sur une baisse à un certain niveau du taux de chômage, l’atteinte d’un taux de croissance quelconque ou un autre indicateur de bonne performance. Uniquement sur le déficit zéro grâce à des dépenses bien gérées et des impôts maintenus bas.

Ça élimine à peu près la possibilité de présenter dans le même budget Oliver les dernières mesures populaires promises en 2011, le doublement du plafond des comptes d’épargne libres d’impôts (CELI) et l’introduction du crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes.

Dans la même veine, ça vient aussi toucher les deux autres partis fédéraux en ce qu’il leur reste beaucoup moins de marge pour leurs engagements électoraux, un bon exemple étant le programme national de garderies du NPD ou les infrastructures de M. Trudeau. Des choix difficiles pour tout le monde, réels pour le gouvernement, théoriques pour ses vis-à-vis.

En conclusion, remarquez qu’aucun des auteurs des prévisions de ce matin ne sonne l’alarme devant le maintien de légers déficits pendant une année ou deux de plus. Ils sont insignifiants économiquement et n’auront à peu près pas d’impact sur le ratio dette/PIB. Ils ne réclament donc pas des mesures ponctuelles pour assurer à tout prix ce retour à l’équilibre promis pour l’an prochain, ça peut attendre. Il ne faudrait au contraire pas prendre de décisions hâtives et mal avisées pour atteindre un objectif purement politique à très court terme, disent-ils.

Du côté du ministre Oliver, on maintient ce matin l’objectif d’équilibre budgétaire en 2015. Et on répète que les politiques économiques du gouvernement Harper fonctionnent, puisqu’elles sont axées sur l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

Catégorie: Québec

Québec : la situation est loin de s’améliorer

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 publié le 28 août 2014 à 14 h 03

Les indicateurs économiques ne sont pas encourageants.

L’Institut de la statistique révèle que la croissance du produit intérieur brut était de 0,1 % en mai dernier. C’est tout de même mieux qu’en avril dernier, où on notait un ralentissement économique (-0,2 %). Depuis le début de l’année 2014, la croissance par rapport à 2013 n’a été que de 1,2 % au Québec. Au Canada, pour la même période, la croissance a atteint 2,2 %.

Du côté de l’emploi, de juillet 2013 à juillet 2014, il s’est créé 16 400 emplois. C’est modeste, surtout si on tient compte du fait que l’emploi à temps plein a reculé et que les nouveaux emplois sont à temps partiel. Et depuis le début de 2014, le portrait est franchement mauvais avec une perte sèche de 25 000 emplois.

De même, les dépenses en immobilisations non résidentielles du secteur privé devraient baisser en 2014.

Parmi les rares bonnes nouvelles, soulignons la hausse de 3,3 % des ventes au détail au Québec et une croissance des exportations internationales de 6,6 % au cours des six premiers mois de 2014.

La situation budgétaire

Du côté des finances publiques québécoises, ça ne va pas très bien non plus. Les données des deux premiers mois de l’année financière (avril et mai 2014) viennent d’être rendues publiques. Ce sont des données parcellaires et préliminaires. Il faut éviter de tirer des conclusions hâtives. Ces données sont néanmoins utiles comme signal de tendances.

Alors, qu’en est-il?

Les revenus autonomes du gouvernement ont augmenté de 2,2 %. Dans le dernier budget, le ministre Carlos Leitao a misé sur une augmentation des revenus de 3,6 %. C’est loin du compte.

Pour ce qui est des dépenses de programmes, elles ont augmenté de 3 % pour les deux premiers mois de l’année financière par rapport à la même période l’an dernier. L’objectif du ministre Leitao est de 1,8 % de croissance des dépenses pour l’ensemble de l’année. Le ministère des Finances a bon espoir de parvenir à cet objectif.

Le déficit après deux mois atteint près de 1 milliard de dollars, à peu près le même montant que l’an dernier à la même période. Le déficit prévu cette année est de 2,4 milliards de dollars. En 2013-2014, il a été de 3,1 milliards de dollars.

C’est donc dans ce contexte que le gouvernement Couillard entreprend son périple pour l’assainissement des dépenses publiques. Le risque étant que ces mesures d’austérité, selon plusieurs observateurs, pourraient nuire davantage à l’économie et avoir un effet négatif sur les revenus de l’État québécois.

Catégorie: Québec

Ouvrir la porte à l’austérité

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 publié le 4 juin 2014 à 20 h 30

Si j’étais le vérificateur général, je dirais probablement que le premier budget du gouvernement Couillard est ambitieux.

Je vous rappelle que dans le dictionnaire du VG, « ambitieux » veut dire que les cibles budgétaires sont difficiles à atteindre.

Ces cibles du budget Leitao sont de limiter la croissance des dépenses globales à 1,9 % et 1,3 % pendant les deux prochaines années. Une seule fois, ces dernières années, on est passé « proche » de cette cible. Les dépenses avaient augmenté de 2,5 % et c’est le… PQ qui était au pouvoir!

Le contrôle des dépenses est le pivot du retour à l’équilibre budgétaire, prévu l’an prochain. Cette année, 90 % des efforts budgétaires dépendent des restrictions des dépenses. Ce sera 95 % l’an prochain.

Pour y arriver, le gouvernement veut notamment diminuer les dépenses administratives, réviser les programmes, réviser la fiscalité, diminuer les montants consentis à des organismes. Ces efforts correspondent à des milliards de dollars cette année et l’an prochain.

Le ministre Leitao parle d’un budget de transition, prudent et sérieux. Il ajoute même une note d’espoir, évoquant un proverbe portugais (M. Leitao est originaire du Portugal) : « L’espoir entre toujours par la porte que l’on a laissée ouverte. »

À première vue, la porte que M Leitao a ouverte aujourd’hui, c’est celle de l’austérité.

Catégorie: Québec

Le bon père de famille

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 publié le 3 juin 2014 à 18 h 37

Le vérificateur général du Québec a déposé son analyse des finances publiques à l’Assemblée nationale.

Il fait deux constats :

– si rien n’est fait, le déficit du gouvernement en 2014-2015 atteindrait 5,673 milliards de dollars plutôt que 1,75 milliard tel qu’annoncé dans le budget Marceau;

– si rien n’est fait, la croissance des dépenses de programmes ne sera pas de 2 % tel qu’annoncé dans le budget Marceau, mais de 6,7 %.

Ces augmentations de déficit et de croissance des dépenses sont évidemment théoriques. En cours d’année, le gouvernement fait des arbitrages et refuse des demandes de dépenses pour atteindre ses objectifs. C’est d’ailleurs la défense invoquée par l’ancien ministre des Finances Nicolas Marceau.

Mais au-delà des chiffres, le vérificateur général reproche au gouvernement Marois de ne pas avoir été transparent avec les Québécois. Il aurait dû, selon lui, leur dire qu’il devait trouver 4 milliards de dollars pour atteindre ses objectifs. Il laisse aussi entendre que, non seulement il aurait dû parler des 4 milliards, mais en plus il aurait dû dire comment il l’aurait trouvé.

Le VG refuse de dire que le gouvernement a caché des informations, il dit plutôt que le portrait présenté était « très incomplet ». Rappelez-vous, le vérificateur pèse toujours ses mots. Quand les cibles budgétaires sont irréalistes, il dit qu’elles sont « ambitieuses ».

Bref, le vérificateur général aurait voulu que le gouvernement se comporte en bon père de famille. Vous savez, le père de famille qui sait que ses enfants veulent aller à Disneyland, le père de famille qui sait qu’il faut changer l’auto, le père de famille qui aimerait bien un nouveau barbecue, mais le père de famille qui sait qu’il n’a pas les moyens et qui sait que s’il veut tout ça, il devra faire des choix.

Ce bon père serait transparent avec sa famille. Il lui expliquerait les enjeux des décisions à venir et des choix à faire.

Le vérificateur pense que le gouvernement Marois n’a pas été un bon père de famille. La bonne nouvelle pour le PQ, c’est que le rapport du VG ne vivra que 24 heures dans l’espace public. Demain, c’est le premier budget du gouvernement Couillard qui attirera toute l’attention!

Catégorie: Québec

La fiscalité fédérale et la classe moyenne

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 publié le 29 mai 2014 à 16 h 54

Certains ministres du gouvernement Harper en étaient venus à développer des symptômes aigus d’allergies lors de la publication du rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB). Le pharmacien du cabinet Harper n’a sans doute pas eu de prescription d’antihistaminiques mardi avec la publication d’un rapport sur l’impact des changements fiscaux mis en place depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

Le rapport n’a eu que peu de couverture, des articles succincts ici et là. Même le ministre des Finances Joe Oliver, qui avait pourtant une sortie ce jour-là, n’a pas profité de l’occasion. Tambours, trompettes, feux d’artifice, il me semblait que le gouvernement était devenu assez habile pour attirer l’attention sur ce genre de constat.

Au moment où la bataille d’octobre de 2015 semble vouloir cibler la fameuse classe moyenne, voici ce que conclut Jean-Denis Fréchette dans son rapport :

– Un échantillon d’une quinzaine de mesures fiscales importantes montre que, cette année, ces changements laissent 30 milliards de dollars de plus dans les poches des Canadiens.

– En dollars absolus, ceux qui gagnent le plus économisent bien sûr davantage, mais le caractère progressif de plusieurs des mesures fait en sorte que les moins nantis et la classe moyenne inférieure sont les plus grands bénéficiaires en proportion de leurs revenus.

– En prime, il y a des effets secondaires pour les trésors provinciaux, qui engrangent des revenus fiscaux additionnels de 1,7 milliard cette année.

Est-ce le genre de munition dont pourra se servir le Parti conservateur pour défendre son bilan sur le plan fiscal en campagne? Si le gouvernement ne s’en est pas vanté, il faut aussi noter que les partis d’opposition, si prompts habituellement à s’emparer de ce genre de rapport, l’ont eux aussi laissé sur le coin du bureau ou placé dans la corbeille de leurs courriels.

Donc, sur les 30 milliards que le trésor fédéral ne vient pas chercher cette année, 13,3 d’entre eux viennent de la baisse de deux points du taux de la TPS. Si elle prive le fédéral de revenus, cette baisse de taux arrose les provinces de 580 millions supplémentaires.

Évidemment, pour les ménages, les gains en dollars absolus suivent les dépenses et les revenus. Mais le DPB qualifie la mesure de « hautement progressive » quand on regarde son impact en proportion des revenus. Les ménages avec 20 % des revenus les plus bas en bénéficient deux fois plus que les 20 % à l’autre bout de l’échelle des revenus.

Quelques autres faits saillants qui témoignent de la progressivité des mesures fiscales du gouvernement Harper :

– Championne de la redistribution vers le bas : la Prestation fiscale pour le revenu de travail instaurée en 2007. Elle profite aux plus bas revenus en dollars absolus ET en proportion du revenu. Ceux qui gagnent entre 2000 $ et 36 000 $ empochent 60 % de tous les gains.

– Quand on parle de la classe moyenne, on pense aux familles avec enfants. Si le crédit d’impôt pour enfants est très légèrement régressif, la Prestation fiscale et le Supplément de la prestation nationale pour enfants sont de leur côté très progressif. Leurs ajustements rapportent 1,1 milliard aux familles. Et 50 % des travailleurs à plus bas revenu, sous les 49 000 $, récoltent 80 % de la somme.

Un bémol intéressant pour les conservateurs, mais les partis d’opposition devraient aussi en prendre bonne note. Vous vous souvenez des doutes du regretté Jim Flaherty sur le bien-fondé du fractionnement du revenu des familles. M. Flaherty et quelques études concluaient que les familles les mieux nanties en profiteraient de manière disproportionnée. Il faut savoir que le fractionnement du revenu est déjà offert aux retraités sur leurs revenus de pension et que son utilisation confirme les soupçons. Les ménages à revenus moyens et élevés en bénéficient davantage, car il faut qu’il y ait un certain écart de revenu pour qu’un des conjoints puisse refiler de ses revenus à l’autre.

Bref, plusieurs constats intéressants, éducatifs, pour l’électorat comme pour les politiciens qui vont le courtiser dans 16 mois. En plus, peut-être quelques fausses conceptions remises en question. Dommage que le rapport n’ait pas attiré l’attention plus qu’il ne le faut.

Catégorie: Ottawa

Loi sur l’équilibre budgétaire, et puis après…

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 publié le 10 février 2014 à 8 h 22

Jim Flaherty devrait confirmer dans son budget de demain sa prévision d’un retour à l’équilibre budgétaire pour l’année financière 2015-2016. À moins qu’il ne souffre d’un élan soudain de transparence et se laisse aller à le prévoir dès cette année, comme il est fort possible que cela arrive de toute façon.

Ses déficits des dernières années ont été plus bas que prévus, et sa mise à jour de la mi-novembre prévoyait un déficit de seulement 5,5 milliards de dollars pour l’année 2014-2015 qui commence le 1er avril prochain. Cette somme inclut un ajustement en fonction du risque sur les revenus de 3 milliards qui pourrait bien ne pas servir. Et hop! on n’est plus qu’à 2,5 milliards.

Ajouter à cela une petite enchère qui pourrait être payante, celle des fréquences de 700 MHz (la précédente avait rapporté plus de 4 milliards), et une vente d’actifs annoncée, mais pas comptée dans la mise à jour et…

Tout indique que Jim Flaherty ne prévoira pas le déficit zéro cette année, mais qu’il le prendra bien s’il lui tombe du ciel. Il disait justement vendredi, après avoir essayé ses nouveaux souliers, qu’il ne croyait pas en la manipulation des chiffres dans le simple but d’arriver à la prévision souhaitée.

De toute façon, l’équilibre budgétaire ne fait plus de doute, la question est plutôt quand? Et même après qu’on aura eu la réponse, cette année ou l’an prochain, c’est plutôt la perspective à long terme des finances publiques qui est significative.

Flaherty et son gouvernement ont décidé de s’en occuper à leur façon avec l’annonce dans le discours du Trône d’octobre dernier de faire de l’équilibre budgétaire un quasi-dogme, plus précisément une loi. Le Canada se joindra donc à la liste des pays, provinces ou États américains qui se sont dotés de telles lois et qui ont continué d’enregistrer des déficits ou des surplus.

Il y a toujours des échappatoires dans ces législations qui justifient qu’on s’écarte de l’équilibre dans un sens ou dans l’autre, mais surtout dans celui du déficit. L’engagement pris dans le discours du Trône semble lui aussi laisser entrevoir des portes de sortie. Il suffit de bien lire le paragraphe :

« Il ira même plus loin. Notre gouvernement enchâssera dans la loi la démarche qu’il a entreprise avec prudence et succès. Notre gouvernement déposera un projet de loi sur l’équilibre budgétaire. Celui-ci exigera l’adoption de budgets équilibrés en temps normal et fixera un calendrier précis pour le retour à l’équilibre budgétaire en cas de crise économique. »

Selon les définitions qu’on adoptera de certains termes, il restera une marge de manoeuvre. L’expression « temps normal », par exemple, est assez subjective et ouverte merci. À partir de quel moment sommes-nous en « crise économique »? On parle d’« adopter » des budgets équilibrés, on les présente et on les adopte en jouant sur quelques chiffres tout en sachant qu’en fin d’exercice l’équilibre prévu ne se matérialisera pas. M. Flaherty disait justement vendredi qu’il n’y croyait pas et, surtout, qu’il l’avait vu ailleurs et que ça n’avait pas fonctionné. Il est bien placé pour en parler, puisqu’il a été ministre d’un gouvernement conservateur ontarien qui a précisément fait ça en 2003.

Si la loi parle de « budgets équilibrés », est-ce comme on l’entend habituellement, tout inclus? Ou seulement le budget d’exploitation? On inclut la dette? Tous les transferts?

Vous avez compris que les futurs gouvernements auront les mains un peu attachées politiquement, mais qu’ils pourront « violer » la loi. Le Québec a une telle loi depuis 1996, la Colombie-Britannique depuis 1991, plusieurs autres provinces depuis le milieu des années 90. Et toutes ces provinces ont enregistré des déficits depuis. Aux États-Unis, les présidents Bush, Clinton et Reagan ont légiféré pour rétablir les finances publiques avec des plans de cinq ans. Seul Clinton y est parvenu grâce à un boom économique imprévu.

Ça, c’est pour la marge de manoeuvre qui va toujours rester là dans les faits. Les experts nous disent qu’au-delà de la sémantique et de la politique, le principal problème avec les lois sur l’équilibre budgétaire, c’est qu’elles amènent les gouvernements à prendre des décisions à court terme qui peuvent être nuisibles sur le plan économique.

Un rappel : qui dit « équilibre budgétaire » dans une loi dit aucun déficit et… aucun surplus non plus! Il est donc facile d’imaginer en période de forte croissance des revenus gouvernementaux en hausse, des dépenses de soutien social en baisse et un surplus anticipé au bout du compte. Comment élimine-t-on le surplus? En réduisant les impôts? En lançant de nouveaux programmes de dépenses? Des mesures de stimulation, même de surstimulation dans ce cas-ci, alors qu’à peu près tous les économistes vous diraient de tempérer l’économie.

Même problème de courte vue dans le scénario inverse. L’économie ralentit, la perspective de rentrées fiscales moindres laisse planer une menace déficitaire, que fait-on? Le ministre ne veut pas, ou ne peut pas, c’est la loi, présenter un budget déficitaire. Il va chercher des revenus, hausse les impôts ou les taxes? Ou il coupe dans ces dépenses? Ou les deux? Des mesures restrictives qui vont amplifier le ralentissement?

Heureusement, on n’en est pas là et on n’y arrivera probablement jamais. Pas parce que MM. Harper et Flaherty ne rempliront pas leur engagement sur cette loi, mais plutôt parce que les gouvernements qui les suivront feront comme ceux du reste de la planète soumis à ce genre de politique. Il y aura une certaine pression publique et politique pour modérer ses transports du côté des dépenses. Mais, advienne que pourra, quand les temps durs ou même des imprévus arriveront, il y aura une porte de sortie. Le consensus se construit rapidement autour du fait qu’on laisse aux gouvernements les moyens et la marge de manoeuvre pour minimiser l’impact des soubresauts économiques sur les finances gouvernementales. Et c’est vrai dans un sens ou dans l’autre, face aux déficits ou aux surplus importants ou persistants.

Le gouvernement Harper est d’ailleurs le meilleur exemple de la réalité économique et politique qui rattrape les gouvernements, peu importe leurs penchants ou la loi. C’est le bras tordu dans le dos que M. Flaherty a finalement accepté en 2009 de se lancer dans un plan de dépenses de stimulation en période de crise, 47 milliards sur deux ans, pour ensuite éliminer le déficit record de 55,6 milliards sur une période de cinq ans.

Une loi sur l’équilibre budgétaire n’aurait rien changé à tout ça.

Catégorie: Ottawa

Les retraites, nouvel avertissement

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 publié le 28 novembre 2013 à 8 h 52

Un rapport de l’OCDE passé presque inaperçu mercredi, sauf les mentions qu’en ont faites mes collègues de l’économie, contenait un message digne d’intérêt pour les futurs retraités et nos décideurs politiques. Les retraités canadiens dépendent déjà moins des régimes publics et davantage de sources personnelles de revenus pour assurer leurs vieux jours. Nos personnes âgées ont également de plus en plus tendance à se rapprocher du seuil de pauvreté, même s’ils s’en tirent encore mieux que ceux des autres pays industrialisés. Bref, il faut penser à long terme dans ce domaine et, quel hasard, les ministres des Finances du pays doivent se rencontrer avant les Fêtes. Les provinces ont déjà eu des discussions sur le Régime de pensions du Canada cet automne. Leur vis-à-vis fédéral sera mis au parfum sur tout ça.

Jim Flaherty semble conscient de la nécessité de mettre à jour le Régime de pensions du Canada pour permettre aux futurs retraités de maintenir un niveau de vie décent, mais il estime que les ajustements peuvent attendre. Il disait concevoir, au début du mois à Toronto, qu’il soit dans l’intérêt à long terme des Canadiens de bonifier le RPC. Pour lui, les contributions nécessaires de la part des employés et des employeurs sont des taxes à l’embauche qu’on ne peut pas se permettre en ce moment.

Durant leurs rencontres des trois derniers mois, les provinces ont envisagé des façons de prévoir un mécanisme d’ajustement au plus tôt, de façon à pouvoir mettre le tout en branle dès que les conditions économiques le permettront. Il convient de rappeler que ce sont des réticences provinciales qui, il y a trois ans, avaient freiné M. Flaherty. Ce dernier avait alors décidé de se concentrer sur les nouveaux régimes de pension agréés collectifs, qui offrent une autre option aux épargnants.

Quelques détails maintenant sur les conclusions de l’OCDE, qui militent en faveur d’une réflexion plus tôt que tard, et qui proposent surtout d’aller plus loin que le simple, pour ne pas dire simpliste, passage de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Le rapport Panorama des pensions 2013 montre que trois fois plus de retraités américains que canadiens vivent sous le seuil de pauvreté. Cependant, le nombre de retraités pauvres est à la baisse dans la plupart des pays de l’OCDE, alors qu’il s’est accru au Canada au cours des cinq dernières années. Ainsi, au pays, plus de 120 000 retraités additionnels ont joint ce groupe.

Le gouvernement Harper se targue de maintenir les transferts aux particuliers, malgré les compressions actuelles. Ça inclut évidemment le RPC, la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Autre hic, ces prestations comptent pour 39 % du revenu des retraités au Canada, contre 59 % en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE. Vous aurez compris qu’à l’inverse, les régimes non gouvernementaux (REER, régimes d’employeurs, etc.) occupent une plus grande part ici, soit 42 % des revenus contre une moyenne de 18 % pour l’ensemble. Compte tenu du fait qu’on est dans une grande remise en question des fameux régimes à prestations déterminées, cette portion de l’équation sera mise à mal au cours des prochaines années.

De la matière à réflexion, à prévision, à planification sinon à action pour le ministre Flaherty et ses homologues provinciaux lors de leur rencontre prochaine. Et je ne vous parle même pas des problèmes de capitalisation des régimes de retraite ces temps-ci!

Catégorie: Ottawa