Billets classés sous « F-35 »

Avions de chasse : toutes les options? Vraiment?

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 publié le 26 février 2013 à 16 h 55

Le Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs vient de lancer un appel d’offres afin de trouver une firme qui fera une évaluation indépendante de la prochaine mise à jour des coûts du cycle de vie des F-35. Cette mise à jour de la Défense nationale est attendue plus tard cette année. La ministre des Travaux publics Rona Ambrose annonçait le 12 décembre dernier que « nous recommençons à zéro et nous prenons le temps d’effectuer une évaluation complète de tous les avions chasseurs disponibles. » Pour ceux qui avaient compris que le fameux « reset », la réinitialisation, signifiait que le F-35 n’était plus la solution privilégiée et que ses quatre concurrents partent sur le même pied que lui, ça demande une explication.

Parallèlement à ce suivi du côté des F-35, le Secrétariat, qui n’est plus celui des F-35, a entrepris les démarches auprès des cinq fournisseurs potentiels avec une « lettre à l’industrie », dont Lockheed Martin, développeur du F-35, qui est traité comme les autres sur cet aspect. Presque passée inaperçue le 27 décembre, la lettre a été suivie le 25 janvier d’une « ébauche de demande d’engagement de l’industrie » et d’une ébauche de questionnaire sur les capacités des chasseurs disponibles. Le même jour, le Secrétariat annonçait l’octroi d’un contrat de 162 000 $ à Samson & Associates pour s’assurer que les démarches entreprises depuis juin dernier sont conformes aux nouvelles attentes.

Et c’est trois semaines plus tard, le 14 février, qu’on annonçait l’appel d’offres sur la prochaine mise à jour annuelle des coûts du F-35. Comme ce qu’a fait KPMG l’automne dernier, pour la modique somme de 700 000 $. L’entreprise a confirmé la somme de 45 milliards de dollars sur l’ensemble du cycle de vie des F-35. Mais cette démarche « F-35 », parallèlement à l’examen de toutes les options, n’est pas contradictoire, encore moins inexplicable, selon les responsables au Secrétariat et chez la ministre Ambrose.

On ne fait que suivre l’engagement pris dans le plan en sept points présenté en catastrophe le 3 avril dernier, vous vous souvenez, le jour où le vérificateur général Michael Ferguson a mis du plomb dans l’aile du programme des F-35 tel que piloté par Peter MacKay. Les points 3 et 7 du plan promettaient des mises à jour annuelles évaluées de manière indépendante. Le fait qu’on ait décidé de retourner à la case départ et d’examiner toutes les options ne semble rien changer à ça, et il ne faut apparemment pas conclure pour autant que le F-35 a toujours la cote du gouvernement Harper. On examine toutes les options, assure-t-on.

Même le vérificateur général recommandait ces mises à jour, que le gouvernement Harper refusait jusqu’alors de dévoiler nous fait-on remarquer. On peut rappeler ici au gouvernement Harper que, tant qu’à y être, M. Ferguson estimait aussi que le processus a été tordu pour contourner l’appel d’offres concurrentiel. Est-ce à dire que c’est vers ça que l’on se dirige maintenant? À suivre…

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Le Secrétariat des chasseurs… sous le radar!

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 publié le 25 janvier 2013 à 20 h 37

Décidément, les gens du Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs sont des gens discrets. 15 h 06 et 15 h 37, vendredi, ce sont les heures de publication par la Tribune parlementaire des deux plus récents communiqués sur les prochaines étapes vers le choix du futur chasseur des Forces canadiennes.

Dans un cas, on annonce l’envoi de l’ébauche du questionnaire qui servira à évaluer les appareils existants ou à être développés aux cinq entreprises qui les fabriquent. On attendra leurs commentaires et on leur enverra la version finale du questionnaire afin qu’elles y répondent. Le tout est surveillé par le nouveau panel de quatre experts indépendants mis sur pied à la mi-décembre quand on a appuyé sur le bouton « reset » pour réinitialiser le programme.

Dans le cas de l’autre communiqué, qui annonce l’octroi du contrat à Samson & Associates pour examiner le processus d’achat avant et après juin 2012, c’est assez confus. Pour la somme de 161 950 $, la firme devra entre autres dire si les correctifs apportés après la publication du fameux rapport du vérificateur général sont appropriés.

Pas de quoi écrire à sa mère, n’empêche que la ministre Rona Ambrose, en plus de rappeler sans arrêt qu’aucune somme n’a été dépensée pour l’acquisition de chasseurs jusqu’à maintenant, nous a promis un processus plus ouvert et transparent. Le Secrétariat voudrait passer sous le radar qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Deux communiqués publiés le vendredi après 15 h, tandis que la lettre envoyée à l’industrie, aux cinq mêmes fabricants en fait, a été publiée le 27 décembre, en plein congé des Fêtes. Et c’est sans oublier que le dépôt de son rapport d’étape, le 12 décembre, avec la mise à jour des coûts à 45 milliards de dollars, a eu lieu le dernier jour de séance aux Communes, ce qui ne laissait plus d’occasion à l’opposition pour poser des questions, congé des Fêtes oblige.

On ne cache rien, enfin, on nous en assure, mais on n’est pas non plus dans la grande ouverture, la transparence. Un conseiller en information bien intentionné serait peut-être de mise. À moins que…

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La valse des F-35

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 publié le 7 décembre 2012 à 16 h 27

La valse des F-35

Le gouvernement Harper a sa façon de gérer les mauvaises nouvelles, et tout indique que le rapport de la firme KPMG est une de ces mauvaises nouvelles. En septembre dernier, KPMG a eu pour mandat d’analyser les coûts reliés au programme d’achat de 65 chasseurs F-35 pour remplacer les vieux CF-…

Lors de l’annonce en 2010, le gouvernement parlait d’un montant de 9 milliards pour l’achat des appareils, 16 milliards quand on inclut l’entretien pour la durée de vie des appareils. Or, deux sons de cloche donnaient un avis différent. Le vérificateur général Michael Ferguson parlait d’une facture globale de 25 milliards, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, de 29 milliards.

Le gouvernement a en main le rapport de KPMG et il y a eu quelques fuites. Parmi ces fuites, un chiffre renversant… la facture pourrait grimper jusqu’à 40 milliards de dollars. Voilà une facture qui serait bien dure à avaler pour les contribuables, à qui le gouvernement parle de compressions budgétaires importantes.

Alors, il ne faut pas s’étonner qu’au lendemain de la diffusion de ces informations, les partis d’opposition soient montés aux barricades. Même si le ministre de la Défense, Peter MacKay, était en Chambre, c’est le député conservateur Jacques Gourde qui répondait aux questions. À 13 reprises en Chambre, M. Gourde a donné, presque invariablement, la réponse suivante :

M. Jacques Gourde (secrétaire parlementaire de la ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, pour les Langues officielles et pour l’Agence de développement économique pour les régions du Québec, PCC) :  « Monsieur le Président, nous sommes déterminés à mener à terme notre plan en sept points et notre démarche exhaustive et transparente pour remplacer la flotte vieillissante des CF-18 du Canada. Le gouvernement fera le point publiquement avant la fin des travaux parlementaires. »

La fin des travaux parlementaires, c’est jeudi prochain. Il faut donc s’attendre à une mise au point du gouvernement qui, grâce aux fuites du rapport, a déjà pu contrôler une partie des dommages. Mais le gouvernement Harper n’aime pas perdre la face. Et lors de l’annonce initiale, il avait déclaré que le F-35 de la firme Lougheed-Martin était la seule option, d’où l’inutilité d’aller en appel d’offres.

Peut-il maintenant faire table rase et reprendre entièrement le processus et laisser d’autres firmes déposer leur soumission? Peut-être, mais ce serait alors un aveu d’échec, à moins de parler de l’explosion des coûts et du contexte économique. Il reste quelques jours au gouvernement pour peaufiner sa stratégie de communication et présenter un plan plus digeste pour les contribuables canadiens.

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Les coûts des F-35 : nouveau report

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 publié le 22 novembre 2012 à 18 h 53

Je vous invitais à la rentrée parlementaire à la plus grande patience au sujet de l’engagement du gouvernement Harper de fournir, 60 jours après les estimations américaines, une mise à jour des coûts des chasseurs F-35. La ministre Rona Ambrose avait déjà dilué l’engagement en affirmant qu’il fallait en fait une évaluation indépendante en plus des documents américains.

Je vous épargne le calendrier des reports et des rapports pour vous dire que la plus récente échéance, fin-novembre, vient d’être encore une fois remise au 7 février prochain. Par qui? Par la majorité conservatrice au Comité des comptes publics qui déposait mercredi son rapport accompagné d’opinions dissidentes des deux partis d’opposition.

Le 7 février, 10 mois se seront écoulés depuis la publication du rapport-choc du vérificateur général qui montrait que le gouvernement avait sciemment caché une bonne partie des coûts des F-35, plus de 10 milliards de dollars en fait.  Le gouvernement avait publié le jour même son fameux plan en sept points, créant le Secrétariat des F-35, devenu depuis le Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs. Ottawa avait aussi promis la fameuse mise à jour des coûts, les vrais cette fois. Le gouvernement faisait presque un mea culpa, sauf Peter MacKay qui comparait l’achat d’un avion de chasse à celui d’une fourgonnette.

Bref, prochaine date à encercler sur le calendrier : le 7 février 2013. En attendant, notez que le vérificateur général australien vient de publier son évaluation actuelle des coûts par appareil : 131,4 millions de dollars en 2012. Un prix unitaire qui descendra au fur et à mesure que la production s’accroîtra. Le gouvernement Harper parlait officiellement de 70 à 75 millions par appareil lors de son annonce de juillet 2010, mais on sait maintenant qu’il ne nous disait pas tout.

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F-35 : un autre grand classique…

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 publié le 1 novembre 2012 à 12 h 55

Les annonces faites le vendredi dans les dossiers controversés ne surprennent plus sur la colline du Parlement. Il faut dire que cette fois, le gouvernement Harper n’a pas attendu la fermeture des bureaux. C’est un peu avant l’heure du midi que le Secrétariat national d’approvisionnement en chasseurs – oui, oui, celui que le gouvernement avait initialement appelé le Secrétariat du F-35 le jour même de la publication du rapport dévastateur du vérificateur général, en avril – a annoncé une autre étude sur le sujet. Je dis « une autre » parce qu’après deux appels d’offres, on a déjà passé un contrat de 643 000 $ avec KPMG pour obtenir une mise à jour indépendante du coût du programme, j’en avais parlé début septembre.

Dans ce cas-ci, on demande à une firme qu’on va engager en décembre pour au plus 200 000 $ un « examen indépendant des mesures prises jusqu’en juin 2012 dans le cadre du processus de remplacement des appareils CF-18 ». Ah bon, je pensais que c’est exactement ce que le Vérificateur général avait fait jusqu’au dépôt de son rapport du 3 avril.

Est-ce que la nouvelle étude ne couvre que la période du 3 avril à juin? On précise dans le communiqué que la nouvelle étude « ne vise pas à remettre en question le travail du vérificateur général, car le gouvernement a accepté ses constatations et sa recommandation ». Remarquez que ce n’est pas ce que j’avais compris en écoutant Peter MacKay…  J’ai posé la question au Secrétariat — ou à Travaux Publics Canada, car il ne semble pas y avoir de mur entre les deux — et on répond qu’il n’y a « pas de date de départ prescrite ». C’est la firme qui fera l’examen qui décidera des documents requis pour se pencher sur « les deux premières phases et les six étapes énoncées dans le rapport du vérificateur général ».

La conclusion qui s’impose : on va en effet revenir sur le travail fait par le vérificateur général, puisque les deux premières phases dont parle la nouvelle commande ont commencé respectivement en 1997 et en 2006 et sont amplement couvertes, et critiquées, dans son rapport.

Il faut croire que le vérificateur général n’était pas encore assez clair dans le rapport qui, lui, n’a rien coûté au gouvernement. À moins que quelqu’un, quelque part, ne veuille acheter du temps? En tout cas, depuis qu’on commence à soupçonner les vrais coûts des F-35 et qu’on suit le développement de l’appareil, on se rend compte que les coûts grimpent encore, les difficultés techniques continuent d’apparaître et, surtout, les pays participants et futurs acheteurs remettent en question leur engagement à les acquérir, quand ils n’ont pas déjà réduit leur commande.

La prochaine étape, qui pourrait arriver ce mois-ci, est le dévoilement de la mise à jour des coûts promise pour juillet, mais qu’on a retardé sous prétexte qu’on voulait une autre étude indépendante là-dessus.

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Coûts des F-35 : ne retenez pas votre souffle!

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 publié le 11 septembre 2012 à 11 h 36

Le gouvernement Harper vient discrètement d’octroyer un contrat à la firme KPMG pour mettre à jour l’ensemble des coûts des chasseurs F-35 et pour suggérer une méthode afin d’estimer les coûts sur toute la vie utile des appareils.

Je dis discrètement, mais j’ajoute que l’annonce en a été faite le jour où on expulsait les diplomates iraniens et on fermait notre ambassade à Téhéran, tout en nommant cinq sénateurs. Bref, de quoi attirer l’attention ailleurs, on s’entend. L’appel d’offres avait en plus été relancé ou prolongé à des fins d’ajustements.

Il faut rappeler ici que le jour où le vérificateur général a lâché sa bombe sur les coûts réels du F-35, connus du gouvernement Harper, le gouvernement répondait avec un plan en sept points. Ce plan comprenait la création du fameux Secrétariat du F-35 et  la promesse de fournir une mise à jour des coûts 60 jours après réception des mises à jour des autorités américaines.

Les nouveaux chiffres des États-Unis sont arrivés en mai, de sorte qu’on attendait les plus récents chiffres canadiens en juillet. Mais la ministre Rona Ambrose, des Travaux publics, a indiqué dès le mois de juin que l’échéance ne tenait plus. Pourquoi? Parce qu’elle affirme avoir toujours dit qu’elle publierait des coûts à jour seulement après vérification indépendante. Cherchez bien, et vous ne trouverez cela nulle part dans le plan en sept points du gouvernement pour redresser la barre du navire à la dérive du processus d’acquisition du F-35.

Bilan : des chiffres attendus en juillet, puis en octobre, ne devraient maintenant être fournis pour examen aux députés et surtout aux Canadiens qu’à la fin novembre, si KPMG peut remplir la commande d’ici là. Ça fera probablement en sorte que le comité pertinent ne pourra pas les examiner avant le début de l’an prochain, après l’ajournement de deux mois des Fêtes.

La controverse entourant le F-35 s’est pas mal estompée. À peu près personne, sauf les initiés, n’attend les chiffres avec ce qui pourrait être qualifié d’impatience. Donc, pas grand monde ne risque de mourir d’asphyxie en retenant son souffle.

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Peter MacKay et la nouveauté

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 publié le 13 avril 2012 à 14 h 09

Peter MacKay doit se dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est avec cette attitude pleine de détermination qu’il défendait plus tôt cette semaine à Halifax le plan en sept points de son gouvernement pour revoir la gestion du projet d’acquisition des chasseurs F-35.

Davantage de supervision, de discussion et de transparence pour le Parlement et les Canadiens, disait le ministre, compte tenu de la « nouvelle » façon de comptabiliser l’ensemble des coûts des grands projets d’acquisition d’équipements militaires déterminée par le vérificateur général dans son rapport dévastateur de la semaine dernière.

Nouvelle façon? M. MacKay a indiqué de différentes manières qu’il s’agit d’une nouvelle méthode ou façon de faire des affaires, d’une nouvelle façon de calculer ou encore de nouveaux critères. Décidément, le nouveau VG Michael Ferguson innove dès son premier rapport!

En point de presse, M. MacKay souligne qu’il est prêt à se soumettre au souhait du VG de présenter l’ensemble des coûts, en tenant compte des salaires du personnel, du carburant… et même des lacets de bottine.

Voulant sans doute se faire pédagogue, il demande à une ex-collègue de la colline d’Ottawa maintenant à Halifax si, en achetant sa nouvelle fourgonnette, elle budgéterait, en plus des 20 000 $ de la facture à l’achat, les pleins d’essence, l’huile, le lave-vitre pour les 15 à 20 années de durée de vie du véhicule… et un salaire pour elle-même comme conductrice, tant qu’à y être. Wow, quand et où Peter MacKay trouvera-t-il une fourgonnette qui va durer de 15 à 20 ans, me direz-vous? C’est qu’il voulait une durée qui approche le cycle de vie des chasseurs F-35, pour faciliter la comparaison.

Pour ce qui est de la nouveauté imposée par le nouveau VG,  le rapport de Michael Ferguson prend plutôt le relais de celui de Sheila Fraser  à propos des achats d’hélicoptères Cyclone et Chinook, publié en 2010. Mme Fraser y déplorait que « les coûts liés à des éléments clés comme le soutien en service et le personnel aient été omis ». Pour le Chinook, elle disait qu’il fallait s’assurer « que des fonds suffisants soient disponibles à long terme », parce que la « Défense nationale créait une nouvelle capacité en partant de zéro »! 

Ça ne vous rappelle pas un certain avion de chasse?

Deux recommandations de Mme Fraser que je résume : la Défense doit prendre exemple sur les hélicoptères pour s’assurer que pour les prochains grands projets, « l’ampleur des modifications ou des travaux de développements » soit prise en compte dans l’évaluation des risques, du calendrier et… des coûts. Elle ajoute que la Défense nationale devrait commencer à estimer les coûts liés au cycle de vie complet et présenter ces coûts aux décideurs. Dans les deux cas, la Défense nationale a coché la case « Recommandation acceptée ».

En fait, on comprend à la lecture du rapport Ferguson que ces recommandations et les étapes du processus d’acquisition ont été suivies d’une certaine façon, un peu à la sauvette dans certains cas, escamotées dans d’autres, certainement pas dans l’ordre prévu, et que les communications sur le dossier étaient à la va-comme-je-te-pousse entre le ministère et le gouvernement, et ensuite entre le gouvernement, le Parlement et le public. Mais bon… on a maintenant un plan en sept points pour gérer les « nouvelles » exigences.

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Kevin Page, la consécration?

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 publié le 12 avril 2012 à 12 h 37

Le nom du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, rebondit dans l’actualité depuis une dizaine de jours, plus d’un an après la publication d’un rapport dans lequel il évaluait les « coûts de propriété totaux » du programme des chasseurs F-35 à environ 29 milliards de dollars sur 30 ans.

Son rapport, publié le 10 mars 2011, tombait pile. Les Communes débattaient à ce moment-là des fameuses motions pour outrage au Parlement, qui ont mené deux semaines plus tard au renversement du gouvernement Harper et à l’élection du 2 mai.

Une des motions portait justement sur le refus du gouvernement de dévoiler ce que l’opposition voyait comme les coûts réels du programme des F-35, le gouvernement discréditant Kevin Page et maintenant son chiffre de 15 milliards de dollars.

La publication, la semaine dernière, du rapport du vérificateur général nous apprend ceci : les chiffres de M. Page étaient tout près de la réalité, et le gouvernement avait en main des chiffres beaucoup plus élevés que ceux qu’il publiait en réponse à M. Page.

Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (archives)Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page (archives)

Kevin Page occupe un poste de directeur parlementaire du budget créé en 2006 par les conservateurs. Ces derniers voulaient ainsi faire montre de transparence, en lien avec leur projet de loi sur la responsabilité, qui se voulait entre autres un ménage après le scandale des commandites.

M. Page est vite devenu une épine dans le pied du gouvernement, en raison de ses rapports synchronisés avec le débat politique du jour. 

  • On s’interroge sur le coût des mesures sur la loi et l’ordre du ministre Nicholson? Kevin Page publie son évaluation sur le coût d’une mesure, celle du temps purgé avant condamnation compté en double, beaucoup plus coûteuse que ne l’admet le gouvernement Harper. 
  • M. Harper parle à Davos du péril qui guette en 2030 le programme de la sécurité de la vieillesse? M. Page publie une étude allant à l’encontre du constat de M. Harper sur la « viabilité » du programme au-delà de 2030. 
  • Et on a parlé plus haut de son rapport sur les F-35…

Bref, des rapports qui ont eu l’heur de déplaire au gouvernement d’une part, mais qui ont aussi laissé paraître une certaine politisation de sa fonction, contrairement au cas du vérificateur général, toujours perçu comme neutre et placé sur un piédestal après le passage d’une dénommée Sheila Fraser.

Le VG, comme on l’appelle ici, est nommé pour 10 ans. Un poste inamovible et non renouvelable, ce qui élimine toute influence politique.

M. Page a été nommé en 2008. Il s’agit là d’un poste amovible, pour un mandat d’au plus cinq ans et qui est renouvelable. Ce qui pourrait entraîner une certaine complaisance s’il tenait à son emploi, mais disons qu’on ne peut certainement pas l’en accuser. 

Le VG a un budget de 100 millions de dollars, M. Page, 2,8 millions de dollars. Le VG a 600 employés, Kevin Page en a 14… et 3 stagiaires-étudiants!

Avec l’imprimatur, à rebours, avec un an de retard, du vérificateur général, M. Page n’a peut-être pas sauvé son emploi, mais il a peut-être donné un début d’indépendance à son poste, qui relève de la Bibliothèque du Parlement.

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