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Déficit démocratique : le vote obligatoire?

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 publié le 18 juin 2014 à 14 h 11

Les remises en question de nos institutions et les questionnements sur les maux qui les affligent sont aussi nombreux que les engagements des chefs politiques de faire les choses « avec plus de respect », « autrement » ou « au-dessus des lignes de parti ».

Vous avez certainement entendu maints analystes commenter le cynisme et le désintéressement de la population, les plus jeunes en particulier, quant à la chose politique. La démocratie n’est pas sur son lit de mort, mais elle est sérieusement atteinte. Les médecins sont nombreux à son chevet, alors que les germes de tous ordres s’attaquent à son organisme.

Ces praticiens de la santé de la démocratie se retrouvent entre autres du côté des médias. On ne compte plus les éditoriaux, les chroniques et les commentaires. Les diagnostics tournent pas mal toujours autour des mêmes symptômes : cynisme, faible participation des plus jeunes, frustration, déconnexion, lien de confiance rompu, etc. Les prescriptions varient davantage.

L’apathie des citoyens

Une autre industrie en développement au Canada, celle des groupes de réflexion (ou si vous préférez les think-tanks), a aussi procédé à son examen périodique du patient présent dans toutes les salles d’attente, voire les urgences. Ces groupes sont différents des rassemblements de gens d’affaires comme les chambres de commerce, les Canadian Clubs de ce monde. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas tissé des liens avec le milieu de l’entreprise par l’entremise de leurs conseils d’administration ou comités de conseillers. On y retrouve aussi des gens près des partis politiques qui s’associent en mode « qui se ressemble s’assemble ».

Un membre d’un de ces groupes et professeur de l’Université d’Ottawa, Robert Asselin, s’attaque lui aussi au « mal » qu’il identifie comme le « malaise démocratique canadien ». Le professeur Asselin est conscient que son constat sur la légitimité politique plus fragile, les défaillances des institutions et la perte de confiance n’est pas unique en soi. Mais il insiste parce qu’il croit que ces tendances s’accentuent.

Il insiste aussi sur le fait que les politiciens et les journalistes ne doivent pas avoir le monopole de la discussion là-dessus. Le recul des citoyens a plusieurs effets, avant et après la prise de décisions qui les touchent dans leur vie de tous les jours. Avant, les décisions ne sont pas nécessairement appropriées. Et après, elles ne sont pas acceptées et sont contestées et souvent contournées, etc. Un peu le fameux problème de l’« acceptation sociale » dont on parle beaucoup ces temps-ci face à des projets controversés (pensez gaz de schiste, pétrole à Anticosti, Northern Gateway, etc.). Quand on n’a pas les décideurs en haute estime ou qu’on ne comprend pas leur rôle, leur importance, on a les décisions qu’on mérite, diraient certains.

Quels changements au Parlement?

Robert Asselin propose des changements à la façon de faire au Parlement : rôle et ressources des comités, plus de votes libres et une meilleure période des questions, dont une hebdomadaire à la britannique réservée au premier ministre. Du côté du Sénat, c’est aux nominations qu’il s’attaque avec la création d’un comité consultatif avec représentation égale des provinces, qui ferait les recommandations au premier ministre. Nulle part on ne touche à la fameuse Constitution.

Impossible de ne pas relier ces éléments à la vision de Justin Trudeau. Avec l’éducation, le renouveau démocratique constituait ses seules propositions de programme lors de son couronnem…. euh de la course à la direction de l’an dernier. M. Asselin ne s’en cache d’ailleurs pas, il est proche de M. Trudeau. Il a aussi oeuvré auprès des prédécesseurs de ce dernier (Paul Martin et Stéphane Dion).

Le vote et le modèle australien

Là où on sort des sentiers battus, c’est du côté des élections. M. Asselin se prononce contre la proportionnelle, pour la « préférentielle » et surtout, il dit : « Pourquoi pas le vote obligatoire? »

Il fait valoir qu’une trentaine de pays, dont l’Australie (hey! M. Harper!), le pratique. C’est ainsi que l’Australie obtient des taux de participation frisant les 95 %! Imaginez… mais est-ce simplement une statistique impressionnante à première vue qui ne signifie rien en réalité?

M. Asselin affirme que ça a des répercussions sur la « culture politique ». Les citoyens ont en commun des institutions qui régissent leur existence. Aller voter pour en choisir les membres aux quatre ans est bien le minimum auquel on puisse s’attendre. Et on est donc incités à suivre de plus près ceux qu’on choisit. L’Australie a pensé à tout. On peut être effectivement dans l’incapacité de voter, et des exemptions motivées existent. Obligation de voter ne veut pas dire de voter pour quelqu’un. On parle plutôt de se présenter au bureau de scrutin, quitte à annuler son vote. Sans quoi, il y a une petite amende.

Il s’attend évidemment à un vif débat sur la question, notamment parce que le droit de vote est bien ce qu’il est, un droit, et qu’on a au Canada une Charte qui en traite. Il pourrait aussi avoir un certain mal avec ses amis libéraux, pour qui un droit individuel est important. Si le droit de vote en est un, comment concilier ça avec une obligation?

Voter, une obligation, comme payer ses impôts

Est-ce que M. Asselin prêche dans le désert avec le vote obligatoire? Moins qu’on pourrait le penser, il est intéressant de voir que cette question commence à faire son p’tit bonhomme de chemin chez ceux qui s’inquiètent de la dérive démocratique au pays.

Un commentateur en vue au Canada, Andrew Coyne, affirme qu’il faut voir le droit de vote comme le fait de payer ses impôts. Si les impôts étaient volontaires, bien des gens auraient le sens civique de continuer de les payer, mais une bonne couche de la population s’en abstiendrait. D’où l’obligation.

Même chose pour le vote écrit-il. Les partis politiques ne s’adressent actuellement avec leurs discours qu’à leurs clientèles respectives, des noyaux plus fermes, plus mobilisés, pour surpasser leurs adversaires. Est-il normal qu’on ne choisisse mathématiquement de ne parler qu’à une couche de la population quand on aspire à gouverner TOUS les Canadiens? C’est parce qu’on peut se passer de ceux qui ne votent pas que ça arrive, dit Coyne. Allez pour le vote obligatoire, et les partis ne pourraient plus se limiter dans leurs tentatives de persuasion.

Un devoir de citoyen?

Même son de cloche du côté d’intellectuels qui déplorent le manque de cohésion sociale au Canada. Michael Valpy est de ceux-là. Il confiait ses inquiétudes au sujet de l’impact de cette cohésion déficiente du tissu canadien, dont les fibres se relâchent, au Québec bien sûr, mais partout au Canada.

Dans la conclusion d’une série d’articles sur le sujet, un de ces penseurs se prononce pour le vote obligatoire. Il affirme que si on peut faire du devoir de juré une obligation, on peut faire du droit de vote un devoir de citoyen : « Avec les droits de la citoyenneté viennent les responsabilités de la citoyenneté. » Lars Osberg, de l’Université Dalhousie, fait remarquer que ce sont les jeunes qui ne participent actuellement pas au processus électoral qui vont vivre à l’avenir avec les décisions que prennent actuellement leurs aînés.

Vote obligatoire, hein? On verra à quelle vitesse l’idée va faire son chemin à l’intérieur des partis politiques. Mais on doit se rappeler qu’on vient tout juste de procéder, dans la douleur, à une réforme électorale qui a laissé un  drôle d’arrière-goût dans la bouche. Justement, comme le projet de loi C-23 du ministre Pierre Poilièvre a été concocté sans grande consultation extérieure, on y trouvait des correctifs à des problèmes évidents, mais pas vraiment d’idées nouvelles sur les grandes questions.

Tiens, ce serait peut-être une belle commande pour des sénateurs désoeuvrés! Je blague! Des non-élus qui se pencheraient sur l’obligation de voter, bof.

Catégorie: Ottawa, Québec

De gauche à droite : la chef du NPD Andrea Horwath, la chef libérale Kathleen Wynne
et le chef progressiste-conservateur Tim Hudak

 

La campagne électorale ontarienne se déroule pour le moment sur le thème de l’emploi et du coût de la vie. Il n’y aucun doute que c’est la préoccupation numéro un des Ontariens. Mais ça ne veut pas nécessairement dire que ce sera LA question à laquelle les électeurs vont répondre au moment de mettre une croix sur leur bulletin de vote.

« C’est l’économie, stupide!  » — James Carville

Ce conseil du stratège américain James Carville, donné à la campagne à la présidence de Bill Clinton en 1992, s’applique parfaitement à l’élection ontarienne actuelle.

L’économie de la province tarde à reprendre son rythme d’avant la récession. La croissance économique est anémique. La création d’emplois stagne. La qualité des emplois diminue. Le coût de la vie augmente. Beaucoup d’Ontariens ont l’impression de tirer le diable par la queue.

Les partis politiques misent gros sur ce sentiment. Tous maintiennent qu’ils ont LA solution pour relancer l’économie et donner un répit aux familles. Question de leur donner un peu d’espoir.

Mais c’est rarement l’espoir qui mène les électeurs à aller voter. « C’est l’économie, stupide! » n’était que le deuxième conseil sur la liste de James Carville à Bill Clinton. Le premier, c’était « le changement contre le statu quo ». Changement comme le « Are you better off than 4 years ago » de Ronald Reagan, le « Change that works for you » de Barack Obama. Ou stabilité comme « les deux mains sur le volant » de Jean Charest.

La colère et la peur

Le désir de changement politique est à son plus fort en Ontario depuis 10 ans. Selon les récents sondages, plus de 6 électeurs sur 10 croient que la province est sur la mauvaise voie. Et 7 électeurs sur 10 affirment qu’il est temps de se choisir un autre gouvernement.

Les conservateurs et les néo-démocrates misent donc sur cette colère pour gagner des électeurs. Colère contre les scandales de dépenses inappropriées (ORNGE, cyberSanté, l’annulation des centrales au gaz), colère contre les tentatives de camouflages de l’administration du gouvernement McGuinty, colère en raison des enquêtes criminelles en cours contre les libéraux.

Les libéraux, eux, misent sur la peur. Peur que les compressions et les mises à pied de fonctionnaires promises par le conservateur Tim Hudak ne nuisent aux services de santé, d’éducation, de garderie et à la reprise économique. Peur que l’inexpérience du NPD mène à une nouvelle récession, comme ça a été le cas sous Bob Rae dans les années 1990.

Mobiliser les électeurs

Cette dynamique semble pour le moment favoriser en partie les conservateurs. Voici pourquoi : les électeurs de droite sont les plus susceptibles d’être en colère contre les libéraux, donc plus susceptibles d’aller voter. Et beaucoup de « Red Tories » installés chez les libéraux pourraient se tourner vers Tim Hudak.

Par ailleurs, pour les électeurs plus à gauche, la peur d’un futur gouvernement conservateur est plus forte que la colère envers les libéraux. C’est pour séduire cette tranche de l’électorat que le parti de Kathleen Wynne a déposé un budget très progressiste juste avant le déclenchement des élections. C’est ce qui risque de faire mal aux néo-démocrates d’Andrea Horwath. Elle a forcé le déclenchement des élections en misant notamment sur les scandales. Mais pour ses électeurs traditionnels, l’enjeu ne résonne pas autant qu’elle le souhaiterait.

Les promesses de création d’emplois, ça fait appel au côté rationnel, à l’hémisphère gauche du cerveau. Mais c’est souvent le côté émotionnel, l’hémisphère droit, qui influe non seulement sur le choix des électeurs, mais aussi sur la volonté de se déplacer vers l’isoloir pour que ce choix compte. Un taux de participation élevé serait donc une mauvaise nouvelle pour les libéraux, et une bonne pour le PC et le NPD. Lors de la dernière élection ontarienne en 2011, à peine 49 % des électeurs se sont présentés aux urnes.

L’impondérable : pour le moment, il y a encore un électeur sur trois qui est indécis. Une semaine de campagne derrière nous, 29 jours à faire, c’est loin d’être terminé.

Catégorie: Ontario

Poing de rupture

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 publié le 14 avril 2014 à 17 h 35

Il n’y a rien de bien sorcier à analyser dans cette dernière campagne électorale.

Tous ont remarqué la candidature « poing levé » de Pierre Karl Péladeau à Saint-Jérôme. Tout le monde a vu la conviction avec laquelle il a annoncé son engagement, et tous ont mesuré l’impact potentiel de cette candidature. On a vu l’avenir du Québec défiler devant nos yeux : ça passait par un référendum et ça se terminait avec des « flags sur le hood ».

Il semble que Pauline Marois a vu ça aussi.

Ainsi, le surlendemain, le 11 mars à Mont-Mégantic à l’occasion d’une annonce sur le tourisme, elle a répondu à une question de ma collègue Marie-Hélène Tremblay sur les frontières d’un Québec indépendant. Non, il n’y aura pas de frontières ni de péage dans un Québec indépendant.

Un peu plus tard, à Bécancour : y aura-t-il un passeport québécois? L’absence de frontière visible « ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y aura pas de citoyenneté et pas de passeport », a répondu la chef du Parti québécois.

Le mercredi 12 mars au pavillon du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, vient une question sur la devise d’un Québec souverain. Ce sera le dollar canadien, a répondu avec aplomb Pauline Marois.

Ouf, la campagne électorale n’était vieille que d’une semaine. D’une certaine manière, elle a pris fin ce jour-là.

Mais personne ne l’avait tout à fait réalisé, et certainement pas Pauline Marois. Extrait du quotidien Le Devoir du 12 mars 2014 :

Pauline Marois n’est pas embêtée par l’attention médiatique accordée au projet de « pays du Québec » de sa formation politique, comparativement à celle accordée à son plan économique. « Ça ne me dérange pas du tout », a-t-elle dit. Elle y voit des enjeux concomitants. « Pouvoir mixer souveraineté et économie, c’est tout à fait plausible […] Nous pensons même que c’est un avantage au plan économique que de prendre en main notre propre destin. »

Pauline Marois et son équipe ont sans doute été transportées par l’enthousiasme pour évoquer ainsi le projet de souveraineté du Québec, sans prudence et surtout sans planification aucune.

Ignorait-on combien ce sujet est délicat et sérieux pour tous les Québécois? Avait-on oublié au PQ la capacité de leurs adversaires pour mener des attaques efficaces contre l’article 1 du programme?

Et, une fois ces attaques lancées, quelle a été la réaction de Pauline Marois et des siens? Ils ont sonné la retraite. Ils n’ont plus parlé de souveraineté. Pierre Karl Péladeau n’a eu le droit d’ouvrir la bouche que pour parler d’économie. Et, après avoir cherché un peu, les stratèges péquistes ont tourné leurs canonnières vers l’intégrité du Parti libéral.

En traitant de cette façon le projet d’indépendance du Québec, le Parti québécois est parvenu à montrer ses moins bons côtés.

Il a d’abord traité ce sujet avec une légèreté, fleurant le triomphalisme, pour ensuite s’en distancier maladroitement, comme un apprenti sorcier qui craint de se brûler à nouveau.

Finalement, le Parti québécois a créé beaucoup de confusion autour de la question nationale. Au second débat, on attendait de voir comment Pauline Marois parviendrait à s’en dépêtrer, ce qu’elle a tenté de faire avec une formule alambiquée : « Non, il n’y aura pas de référendum… tant que les Québécois ne seront pas prêts. »

Pauline Marois avait perdu. Dès lors, ce que pouvait dire le chef libéral n’avait guère d’importance. Même sa déclaration abracadabrante sur le français au travail est devenue parfaitement secondaire.

Et cette défaite est venue parce que le Parti québécois et Pauline Marois ont misé en cours de campagne tout leur pécule sur un seul jeu : la candidature de Pierre Karl Péladeau.

Comme quoi, en politique, une main apparemment gagnante peut faire perdre la partie.

L’analyse de la campagne n’est pas très complexe, mais le travail de fond que le Parti québécois devra ensuite mener à bien promet déjà d’être douloureux.

Catégorie: Québec

Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Jour 6 : Péladeau, la bombe à fragmentation

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 publié le 10 mars 2014 à 19 h 27

Une bombe à fragmentation explose, non pas au niveau du sol, mais à une certaine altitude et libère des fragments incandescents ou explosifs dans un rayon très large. Ce genre de bombe fait des victimes et provoque des destructions sur une large superficie. Certains des fragments n’explosent pas immédiatement et peuvent tuer ou blesser des années plus tard.

Je préfère apporter cette précision à la métaphore de la bombe pour la candidature de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois. Ce n’est pas une arme atomique, puisqu’elle ne détruit pas tout sur son passage, ce n’est pas non plus l’engin explosif classique qui détruit un endroit donné à un moment précis.

Pierre Karl Péladeau est plutôt l’équivalent d’une bombe à fragmentation, notamment parce que le territoire touché par cette candidature est vaste. À preuve, c’est tout le Canada qui se sent interpellé. Si Stephen Harper était inquiet il y a quelques jours, il a de bien meilleures raisons aujourd’hui de prévoir des plans de contingence, même si la prudence s’impose, car cette campagne électorale est loin d’être terminée.

Les répercussions à sa candidature ne sont pas seulement immédiates. Il y a les effets à court terme sur la campagne électorale, et ils semblent dévastateurs pour François Legault, de la Coalition avenir Québec, qui perd ce qui ressemblait le plus à un allié objectif. Et pour le chef libéral, Philippe Couillard, cela affaiblit ses attaques contre le PQ dans les dossiers économiques et ses offensives contre le projet de souveraineté du Québec.

À moyen terme, la dynamique interne du Parti québécois se trouve passablement transformée. Il y a un dauphin désormais. Pauline Marois a reconnu, lors de l’annonce à Saint-Jérôme, qu’elle offrait un tremplin politique à Pierre Karl Péladeau. Ainsi, les fragments de la bombe Péladeau pourraient continuer à faire des victimes, bien après les élections, cette fois parmi les candidats potentiels à la succession de Pauline Marois.

À long terme, il n’est pas impossible que Pierre Karl Péladeau ait un impact sur l’avenir politique du Québec. La détermination qu’il affiche, son caractère volontaire et son adhésion sans ambiguïté au projet souverainiste, associés à son prestige, pourraient faire de lui un redoutable chef du camp du « Oui ».

Mais bien avant d’en arriver là, Pierre Karl Péladeau devra faire ses preuves. Les gens d’affaires éprouvent souvent des difficultés à faire le passage dans le service public actif. Le monde politique est certainement aussi impitoyable que le monde des affaires et, en plus, les codes sont très différents et très spécifiques.

Un des premiers défis de M.Péladeau – et il est considérable – est lié à l’empire médiatique Québecor. S’il veut en conserver la propriété, par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard, et accéder éventuellement à des fonctions ministérielles, il y a un problème. Et pour ce qui est des fonctions de premier ministre (M. Péladeau n’a pas nié son intérêt), le problème prendrait encore plus d’ampleur.

Il est plutôt rare que les barons de la presse se lancent eux-mêmes en politique active. Confier des pouvoirs politiques et médiatiques à une seule personne offre un potentiel considérable de conflits d’intérêts.

Selon le code de déontologie, un ministre doit se retirer des discussions du conseil s’il a des intérêts personnels en jeu.

Par exemple, sur la politique du prix unique du livre, M. Péladeau devrait-il se retirer des discussions d’un conseil des ministres parce que Québecor est propriétaire des librairies Archambault? Réponse de Pierre Karl Péladeau à l’animateur de Radio-Canada Michel C. Auger : « Nous sommes libraires et nous sommes éditeurs, la politique du prix du livre unique peut nous favoriser et nous défavoriser [...] Je m’apparais être éventuellement une personne-ressource très intéressante pour participer au débat, et ce n’est pas parce que je participe au débat que je prends la décision. »

M. Péladeau a finalement indiqué qu’il se retirerait des délibérations si ses collègues ministres le lui demandaient.

Catégorie: Élections Québec 2014

Jour 3 : retour aux plans de match?

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 publié le 7 mars 2014 à 20 h 23

Il y a eu des turbulences le jour du lancement de la campagne électorale. Mais en ce troisième jour, les caravanes des chefs semblent avoir trouvé leur vitesse de croisière et à s’en tenir à leurs plans de match.

Mais, malgré les meilleures planifications, il y a souvent des embûches et des imprévus.

Pauline Marois a annoncé plusieurs nouvelles candidatures, dont Gyslaine Desrosiers (ex-présidente de l’Ordre des infirmières), Diane Lamarre (présidente de l’Ordre des pharmaciens) et Martine Desjardins (ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec). Trois candidates d’origine maghrébine ont aussi fait une forte impression, Yasmina Chouakri, Évelyne Abitbol et Leila Mahiout, bien qu’elles mèneront campagne dans des circonscriptions traditionnellement libérales. Ça, c’était le plan de match. La publication des statistiques sur le chômage (-25 500 emplois) est venue assombrir cette journée de la chef péquiste, qui a essuyé un barrage de critiques des partis d’opposition. Les prochaines données sur l’emploi seront publiées le 4 avril prochain, trois jours avant le scrutin.

Philippe Couillard a annoncé les détails d’une stratégie maritime. Un plan qui exige 3 milliards de dollars d’investissements publics pour permettre 4 milliards de dollars d’investissements privés. Le chef libéral multiplie les annonces de stimulation économique soutenues par l’État. Chacune de ses annonces rend plus urgente la publication du cadre financier du PLQ, question d’y voir clair parmi tous ces engagements. De cette stratégie maritime, qui s’étale sur près de 50 pages, le risque est élevé que les électeurs retiennent surtout les accusations de plagiat lancées par François Legault, qui estime que cette stratégie ressemble beaucoup à son Projet Saint-Laurent. Il était aussi très étrange de voir Philippe Couillard entouré d’une dizaine d’hommes, et d’aucune femme, lors de son annonce. Une image très étrange en cette veille de la Journée internationale des femmes.

François Legault a proposé une charte des contribuables, dont il parle depuis quelques semaines. Pour l’essentiel, il s’agit de ne pas hausser les taxes, tarifs et impôts au-delà de l’augmentation du coût de la vie. Ainsi, le chef caquiste rejette la hausse des tarifs des garderies de 9 $ en deux ans, prévue dans le budget Marceau. Ça demeure étonnant pour un parti qui proposait des hausses d’impôts substantielles en 2012 et qui ne remettait pas en cause l’importante hausse de tarifs d’électricité prévue par les libéraux à l’époque.

Françoise David a dénoncé le sous-financement des organismes communautaires, en rappelant que si on veut véritablement aider les femmes, il serait logique de financer adéquatement les organismes qui leur viennent en aide. La porte-parole de Québec solidaire a aussi dénoncé le fait que Mme Marois n’entend pas rétablir la parité entre les hommes et les femmes au conseil des ministres. Québec solidaire s’engage encore une fois à avoir au moins autant de femmes que d’hommes parmi ses candidats.

Catégorie: Élections Québec 2014

Couillard 2.0

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 01

Philippe Couillard a saisi à bras-le-corps le premier jour de campagne et c’est lui qui a rapporté le drapeau à la maison. De toute évidence, le chef libéral a voulu donner un sérieux coup de barre pour ramener un PLQ qui paraît en dérive en raison des égarements de son capitaine.

Avec ses attaques cinglantes et au vitriol, soutenu par un style direct, Philippe Couillard a surpris les Québécois.

En soirée, avec des militants de Québec, il a prononcé son discours sans télésouffleur, à l’aide de notes inscrites sur une couple de feuilles qu’il a à peine consultées. Son niveau de langage était nettement plus familier qu’à l’habitude. Des anglicismes, qu’il ne faisait jamais entendre, se sont glissés ici et là. Le député d’Outremont a beaucoup parlé de hockey, il a rappelé son expérience de défenseur et il a même évoqué d’anciennes blessures.

Si bien que le fil blanc avec lequel Philippe Couillard a cousu son allocution était particulièrement visible. Néanmoins, ça fonctionne.

Philippe Couillard

 

On est loin de ce discours où Philippe Couillard a présenté, en guise d’introduction, un échantillon de la pensée de Michel de Montaigne à son auditoire.

Depuis quelques mois, le chef libéral a aussi cessé de dire qu’on ne le changera pas. Non, on voit plutôt qu’il est précisément en train de changer et c’est bien normal. C’est une erreur de croire qu’on peut espérer devenir premier ministre sans passer par un inévitable processus de transformation.

Il est évident que Philippe Couillard bénéficie depuis quelque temps de conseils très professionnels en matière de communication. Depuis son élection comme chef du PLQ, il a commis, sur une base régulière, bon nombre d’erreurs sur le plan de la communication. Petites et grosses. Bien sûr, il en commet encore, mais il est beaucoup plus rare qu’elles se répètent.

Cette version 2.0 de Philippe Couillard soulève des questions. D’abord, est-elle crédible? Est-ce le véritable Philippe Couillard qui parle ainsi aux Québécois?

D’autre part, ses attaques paraissent bien féroces pour une première journée de campagne. Est-ce qu’il met trop, trop rapidement? Dans ce cas, la réponse est claire, et c’est oui.

Mais il est aussi très clair que le plan de communication actuel menait le PLQ droit vers les récifs.

Pour sa part, François Legault s’est montré, pour une deuxième journée de suite, sous son meilleur jour. Il était détendu, il maîtrisait son message. Et malgré le dur coup qu’il a encaissé, le départ inattendu de la députée Hélène Daneault, il a fait bonne figure.

Le point de presse de Françoise David, qui était accompagnée d’Amir Khadir et d’Andrès Fontecilla, a paru terne. Debout devant les caméras, sans lutrin, les trois solidaires semblaient un peu mal à l’aise. François David a dit les mots qu’il fallait, mais à l’image du slogan de Québec solidaire, ses propos semblaient surtout venir de la tête et pas tellement du cœur.

De son côté, Pauline Marois a lu une déclaration sur son télésouffleur avant d’aller à la rencontre du lieutenant-gouverneur. Et, surprise, elle n’a pas daigné accorder une conférence de presse aux journalistes de l’Assemblée nationale.

Cette décision de ne pas répondre aux questions des médias nationaux le jour du déclenchement des élections est la démonstration d’une mauvaise compréhension des responsabilités liées à la fonction de premier ministre. Répondre aux questions de la presse est l’une des principales façons pour la classe politique de rendre des comptes à la population.

Comment l’équipe de Pauline Marois a-t-elle pu imaginer qu’il n’était pas opportun pour la première ministre de répondre aux questions de la presse le jour où elle demande la dissolution de l’Assemblée nationale et qu’elle précipite le Québec en campagne électorale?

C’était peut-être une bonne stratégie de communication, même si j’en doute. Le problème, c’est que la question ne se posait pas ainsi. Ce n’était pas une question de communication. C’était une question de responsabilité et de devoir de la première ministre à l’égard de ses concitoyens.

Catégorie: Élections Québec 2014

Observations préélectorales

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 publié le 14 février 2014 à 12 h 09

Il suffit de jauger quelques instants l’humeur de l’Assemblée nationale pour comprendre que des élections sont imminentes.

Une analyse de Michel Pepin

En réalité, c’est comme le serpent qui se mord la queue : la possibilité d’élections à court terme entraîne une détérioration du climat au Parlement et cette détérioration est telle qu’elle rend presque nécessaire la tenue d’élections.

Bref, les Québécois iront bientôt voter, à moins d’un improbable changement de cap. Les dénégations inévitables de la première ministre n’ont rien de convaincant.

Cette proximité des élections a des effets tangibles dans les partis.

Le chef libéral monte le ton. Philippe Couillard réclame un budget avant les élections, mais cache à peine son intention de le dénigrer dès son dépôt.

Sur le projet de charte des valeurs, M. Couillard ne se contente plus d’affirmer que ce projet passe à côté du principal enjeu, soit la lutte contre l’intégrisme. Non, il en a ajouté, mercredi soir, devant des militants à Québec. Il a prédit que la charte, une fois adoptée, pourrait devenir un outil de propagande pour les intégristes : « C’est du gaz qu’on donne aux intégristes quand on renvoie des femmes à la maison », selon Philippe Couillard.

En guise d’esquive, Philippe Couillard a soutenu jeudi que ce n’était pas la première fois qu’il lançait une telle attaque contre le projet de charte des valeurs.

Incapable d’en trouver une trace, j’ai réclamé une référence à l’attaché de presse du chef libéral. Je l’attends encore.

Les libéraux et les caquistes multiplient les attaques dans le dossier BLF qui met en cause la famille de la première ministre, bien qu’ils n’ont pas été en mesure d’ajouter le moindre fait nouveau aux révélations de la commission Charbonneau.

En revanche, il faut reconnaître qu’il y a des éléments étranges dans ce dossier BLF. La rencontre entre Michel Arsenault, qui était président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), et Pauline Marois au club privé 357c à Montréal est troublante. Elle est survenue quelques heures après une conversation téléphonique (enregistrée par les autorités policières) entre Michel Arsenault et Jean Lavallée (qui était président de la FTQ-Construction) à ce sujet.

De quoi a-t-il été question pendant cette rencontre? Pas de réponse claire de la première ministre, pas plus que de Michel Arsenault.

D’autres questions s’adressent au Fonds de solidarité, dont ce financement de 30 ¢ sous les 3 millions de dollars. Si le financement avait atteint cette limite, c’est le conseil d’administration du Fonds de solidarité de la FTQ qui aurait dû décider de l’opportunité de cet investissement, qui s’est révélé jusqu’à présent déficitaire pour cet organisme.

Mais pas de déficit, au contraire, pour Claude Blanchet, le mari de la première ministre, si l’on tient compte des frais de gestion qu’il a perçus au sein de l’entreprise BLF. On entend aussi les libéraux chuchoter que ça donnait du travail au fils de la première ministre, qui s’occupait de la location des logements.

Le leader du gouvernement, Stéphane Bédard, a rétorqué en interrogeant ses vis-à-vis sur le silence des avocats de leurs partis politiques à la commission Charbonneau. S’il y avait un problème, pourquoi n’ont-ils pas posé ou suggéré des questions aux procureurs de la commission Charbonneau?

Par ailleurs, que penser de cette intervention plus que douteuse du bureau du ministre des Finances Nicolas Marceau auprès d’un attaché politique de la Coalition avenir Québec (CAQ)?

Le bureau de M. Marceau a reconnu que « les questions de la CAQ sur le salissage contre la famille de Mme Marois » ont été évoquées comme un facteur qui a empêché une collaboration entre le gouvernement et la CAQ pour une réforme de la gouvernance du Fonds de solidarité de la FTQ.

De toute évidence, il y a en a qui agissent désormais comme si tout était permis.

La CAQ ne laisse pas sa place, en évoquant le cas d’un ancien entrepreneur péquiste, aujourd’hui décédé, qui a été mentionné dans une affaire de fausse facturation à la commission Charbonneau. Le chef de la CAQ, François Legault, a jugé bon de demander à la première ministre si le PQ comptait rembourser les contributions politiques de 11 000 $ que le défunt a versées au cours de son existence.

Avis aux intéressés : ne pas se surprendre que les scandales à titre posthume se retrouvent près de la rubrique nécrologique.

Je note aussi que le gouvernement Marois a réclamé la publication immédiate de tous les mémoires de consultation sur le projet de charte des valeurs. Puisque la dissolution de l’Assemblée nationale mettrait un terme à la consultation, ce serait un moindre mal pour le gouvernement, si tous les mémoires étaient rendus publics avant les élections. Le Parti libéral et la CAQ s’y sont opposés.

Cimenterie à Port-Daniel, exploration pétrolière dans l’île d’Anticosti, blitz d’annonces en Mauricie, et un budget très bientôt. Les journalistes ont intérêt à préparer leurs valises et, surtout, à apporter beaucoup de vêtements de rechange.

Cela pourrait être salissant.

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La Mauricie, la rebelle

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 publié le 4 février 2014 à 11 h 50

Le caucus du Parti québécois qui débute cette semaine à Shawinigan sera l’occasion pour le gouvernement de multiplier les annonces, notamment celles à caractère économique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le PQ a choisi de tenir son caucus en Mauricie.

Sur le plan strictement électoral, la région n’est pas sans intérêt avec ses cinq circonscriptions, auxquelles on peut aussi additionner celles du Centre-du-Québec. La Mauricie est un terreau fertile pour tout parti aspirant à former le gouvernement, ou encore, à obtenir une majorité.

Une région ressources?

On dit souvent que la Mauricie est une région ressources. Avec ses barrages hydroélectriques, son industrie forestière et son passé industriel, la Mauricie correspond, sur le plan de son tissu économique à tout le moins, à l’idée qu’on se fait d’une région ressources.

Or, sur le plan électoral, la Mauricie ne se comporte pas comme les autres régions ressources que sont le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie, l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec. Lors des dernières élections, le Parti québécois a raflé toutes les circonscriptions de ces régions, sans exception. En Mauricie toutefois, le PQ a dû se contenter d’une demi-victoire, ne faisant élire que deux députés.

En 2007, le même scénario s’était produit : le Parti québécois avait tout raflé ou presque dans les régions ressources, sauf en Mauricie, où c’est l’ADQ qui avait remporté la mise.

En 2003 et en 2008, lorsque le Parti libéral a obtenu une majorité, la Mauricie a appuyé une majorité de députés libéraux, alors que les autres régions ressources ont réparti leurs appuis entre le PQ et le PLQ, avec un léger avantage pour le PQ.

Circonscriptions électorales

Pour synthétiser ces observations, on peut dire que lorsque le Parti québécois fait le plein de circonscriptions dans les régions ressources, il ne peut pas nécessairement compter sur la Mauricie.

Ce qui nous mène à la question de l’heure : la charte des valeurs.

Les conseillers de Pauline Marois soutiennent, sans vouloir nous montrer leurs chiffres, que la charte recueille un appui considérable en Mauricie, là où s’était justement déroulé un épisode de la crise des accommodements en 2006, l’affaire Hérouxville.

Au gouvernement, on compte donc sur cet enjeu pour faire en sorte que la Mauricie imite les autres régions ressources et donne au Parti québécois sa majorité.

Dans les autres partis, on souhaite sans doute que la Mauricie continue de se comporter… en région ressources rebelle.

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Espoirs péquistes

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 publié le 27 janvier 2014 à 15 h 42

Malgré la publication de deux sondages favorables au Parti québécois la semaine dernière, on ne semble pas vouloir, dans l’entourage de la première ministre, plonger le Québec immédiatement en campagne électorale.

En coulisse, on chuchote que quelques semaines de délai ne peuvent que consolider l’avance péquiste qui se dessine. Une lecture des événements qui repose sur un souhait et une prédiction.

D’abord, le gouvernement veut revenir en Chambre, ne serait-ce que quelques jours ou quelques semaines, afin de clore certains dossiers et de mettre de l’avant de nouvelles orientations législatives. Notamment au menu : un projet de loi à caractère municipal, qui réglerait certaines questions relatives aux régimes de retraite.

Un retour en Chambre permettrait aussi l’adoption d’un certain nombre de projets de loi, chers au gouvernement, dont celui sur les soins en fin de vie.

Comparer Couillard à Ignatieff

Ensuite, le gouvernement fait le pari que le Parti libéral continuera à s’enfoncer. Les péquistes font l’analyse suivante : Philippe Couillard deviendra pour le PLQ ce que Michael Ignatieff a été pour le PLC, soit « un intellectuel déconnecté qui a toujours raison », pour reprendre les mots d’un conseiller proche de Pauline Marois.

On fait aussi valoir dans les rangs péquistes que le chef libéral fera les frais de tous les scandales à caractère éthique qui ont ébranlé le Québec ces dernières années, comme Michael Ignatieff a dû vivre avec le passif du scandale des commandites.

Aussi, on présume que Philippe Couillard, qui avait promis de faire de la politique autrement, ne sera pas à l’aise en campagne, dans le rôle de celui qui doit constamment attaquer. « Il y aura un problème de casting », prédit-on.

Paradoxalement, à en croire l’analyse péquiste, Philippe Couillard semble victime des mêmes problèmes qui ont autrefois affligé Pauline Marois. Elle a été une excellente ministre de la Santé et de l’Éducation, se plaisait-on à répéter à l’époque, tout en émettant des doutes sur sa capacité à devenir première ministre.

Dans ce cas-ci, c’est un peu le même scénario qui se reproduit. On répète inlassablement que Philippe Couillard a été « un excellent ministre de la Santé », mais on s’interroge sur son flair politique comme chef de parti.

Si les péquistes s’appuient sur cette comparaison pour se conforter dans l’idée qu’ils remporteront la prochaine bataille, ils devraient tout de même se rappeler qu’à la fin, Pauline Marois a tout de même réussi à devenir première ministre.

Quant à penser que le PLQ portera seul le poids de tous les scandales éthiques qui ont ébranlé le Québec, les écoutes électroniques entendues la semaine dernière à la commission Charbonneau ont montré que le PQ n’est pas à l’abri de toute éclaboussure.

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