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Poing de rupture

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 publié le 14 avril 2014 à 17 h 35

Il n’y a rien de bien sorcier à analyser dans cette dernière campagne électorale.

Tous ont remarqué la candidature « poing levé » de Pierre Karl Péladeau à Saint-Jérôme. Tout le monde a vu la conviction avec laquelle il a annoncé son engagement, et tous ont mesuré l’impact potentiel de cette candidature. On a vu l’avenir du Québec défiler devant nos yeux : ça passait par un référendum et ça se terminait avec des « flags sur le hood ».

Il semble que Pauline Marois a vu ça aussi.

Ainsi, le surlendemain, le 11 mars à Mont-Mégantic à l’occasion d’une annonce sur le tourisme, elle a répondu à une question de ma collègue Marie-Hélène Tremblay sur les frontières d’un Québec indépendant. Non, il n’y aura pas de frontières ni de péage dans un Québec indépendant.

Un peu plus tard, à Bécancour : y aura-t-il un passeport québécois? L’absence de frontière visible « ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y aura pas de citoyenneté et pas de passeport », a répondu la chef du Parti québécois.

Le mercredi 12 mars au pavillon du parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, vient une question sur la devise d’un Québec souverain. Ce sera le dollar canadien, a répondu avec aplomb Pauline Marois.

Ouf, la campagne électorale n’était vieille que d’une semaine. D’une certaine manière, elle a pris fin ce jour-là.

Mais personne ne l’avait tout à fait réalisé, et certainement pas Pauline Marois. Extrait du quotidien Le Devoir du 12 mars 2014 :

Pauline Marois n’est pas embêtée par l’attention médiatique accordée au projet de « pays du Québec » de sa formation politique, comparativement à celle accordée à son plan économique. « Ça ne me dérange pas du tout », a-t-elle dit. Elle y voit des enjeux concomitants. « Pouvoir mixer souveraineté et économie, c’est tout à fait plausible […] Nous pensons même que c’est un avantage au plan économique que de prendre en main notre propre destin. »

Pauline Marois et son équipe ont sans doute été transportées par l’enthousiasme pour évoquer ainsi le projet de souveraineté du Québec, sans prudence et surtout sans planification aucune.

Ignorait-on combien ce sujet est délicat et sérieux pour tous les Québécois? Avait-on oublié au PQ la capacité de leurs adversaires pour mener des attaques efficaces contre l’article 1 du programme?

Et, une fois ces attaques lancées, quelle a été la réaction de Pauline Marois et des siens? Ils ont sonné la retraite. Ils n’ont plus parlé de souveraineté. Pierre Karl Péladeau n’a eu le droit d’ouvrir la bouche que pour parler d’économie. Et, après avoir cherché un peu, les stratèges péquistes ont tourné leurs canonnières vers l’intégrité du Parti libéral.

En traitant de cette façon le projet d’indépendance du Québec, le Parti québécois est parvenu à montrer ses moins bons côtés.

Il a d’abord traité ce sujet avec une légèreté, fleurant le triomphalisme, pour ensuite s’en distancier maladroitement, comme un apprenti sorcier qui craint de se brûler à nouveau.

Finalement, le Parti québécois a créé beaucoup de confusion autour de la question nationale. Au second débat, on attendait de voir comment Pauline Marois parviendrait à s’en dépêtrer, ce qu’elle a tenté de faire avec une formule alambiquée : « Non, il n’y aura pas de référendum… tant que les Québécois ne seront pas prêts. »

Pauline Marois avait perdu. Dès lors, ce que pouvait dire le chef libéral n’avait guère d’importance. Même sa déclaration abracadabrante sur le français au travail est devenue parfaitement secondaire.

Et cette défaite est venue parce que le Parti québécois et Pauline Marois ont misé en cours de campagne tout leur pécule sur un seul jeu : la candidature de Pierre Karl Péladeau.

Comme quoi, en politique, une main apparemment gagnante peut faire perdre la partie.

L’analyse de la campagne n’est pas très complexe, mais le travail de fond que le Parti québécois devra ensuite mener à bien promet déjà d’être douloureux.

Catégorie: Québec

Un mustang dans la course

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 publié le 15 mars 2014 à 21 h 03
Il y a un effet PKP. La candidature de l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau donne un formidable coup de fouet à cette campagne électorale qui s’emballe et fonce droit dans la question nationale. Il y a un effet PKP. L’attention du public est captée et perçoit en majorité une victoire probable du Parti québécois (PQ), ce qui risque de mobiliser davantage les électeurs qui ne veulent pas du Parti québécois au pouvoir.
Alors, oui, il y a un effet PKP, mais il ne se traduit pas de la façon dont on aurait pu le penser dans les sondages. Pas pour le PQ, pas maintenant et peut-être pas plus tard dans cette campagne.
Pauline Marois a déclaré samedi que la candidature de Pierre Karl Péladeau ajoute de la crédibilité au projet souverainiste. Une déclaration parmi d’autres sur ce thème censé être secondaire à la campagne du PQ.

La campagne électorale s’inscrit désormais selon le tracé fédéraliste-souverainiste. C’est d’autant plus facile que tout le monde connaît le chemin, les yeux fermés, même en dormant.

Cela ne laisse environ que 40 % des électeurs à l’écurie à laquelle appartient le PQ.

Québec solidaire (QS) continue d’y revendiquer un box et bénéficierait légèrement de l’effet PKP.

La candidature de PKP paraît bonne sur le front gauche pour QS, mais nettement défavorable sur le front de la souveraineté pour l’équipe de Françoise David. À cet égard, la candidature de Pierre Karl Péladeau est probablement très rassembleuse.

Ce n’est pas si différent pour l’écurie fédéraliste que se partagent le Parti libéral (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ). Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les fédéralistes sont plus nombreux. Leur problème, c’est d’être regroupés dans certaines circonscriptions à des niveaux de concentration records.

La menace accrue d’une victoire péquiste a permis à Philippe Couillard de lancer un appel très efficace pour un retour au bercail des fédéralistes qui avaient trouvé refuge auprès de la CAQ de François Legault.

Il y a un effet PKP pour la CAQ, déjà mal en point, qui perd sur tous les plans. Parce que la souveraineté revient sur le tapis et que la CAQ a fait le choix de n’offrir aucune réponse à la question nationale. Et parce que Pierre Karl Péladeau était un modèle pour la CAQ, glorifié de cette aura de l’homme d’affaires qui a affronté les syndicats. Des habits qu’il refuse désormais de porter.

Il y a un effet PKP pour les fédéralistes qui se regroupent et se mobilisent. Sans surprise, on entend sonner le tocsin, ici et là.

Il est impossible de nier que ce candidat, fougueux et imprévisible comme le mustang (n’a-t-il pas quelques manières altières qui tiennent du cheval?), ne bouleverse pas complètement la campagne. Wikipédia dit du mustang qu’il est très indépendant, extrêmement frugal et résistant. Peut-être.

Mais il est inévitablement calculateur. La séquence des événements depuis au moins un an tend à démontrer que cette décision a fait l’objet d’une (pas) assez minutieuse planification.

Il m’est impossible de croire que Pierre Karl Péladeau a pris cette décision il y a deux semaines. Les faits montrent tout autre chose.

Et, franchement, je vois mal comment lui en tenir rigueur. Ce n’est simple pour personne d’annoncer sa candidature pour un parti politique. Ça devient très compliqué pour un homme dans sa situation.

Ce qui aurait été maladroit de la part de M. Péladeau, c’est de ne pas préparer de longue main cette transition du secteur privé vers le service public. On voit même qu’il aurait pu y consacrer une attention encore plus rigoureuse, afin de mieux saisir les difficultés particulières liées aux fonctions qu’il pourrait convoiter.

Pierre Karl Péladeau change véritablement la dynamique de cette campagne électorale.

C’est déjà considérable pour un seul homme.

C’est autre chose de changer véritablement le Québec.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

Jour 6 : Péladeau, la bombe à fragmentation

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 publié le 10 mars 2014 à 19 h 27

Une bombe à fragmentation explose, non pas au niveau du sol, mais à une certaine altitude et libère des fragments incandescents ou explosifs dans un rayon très large. Ce genre de bombe fait des victimes et provoque des destructions sur une large superficie. Certains des fragments n’explosent pas immédiatement et peuvent tuer ou blesser des années plus tard.

Je préfère apporter cette précision à la métaphore de la bombe pour la candidature de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois. Ce n’est pas une arme atomique, puisqu’elle ne détruit pas tout sur son passage, ce n’est pas non plus l’engin explosif classique qui détruit un endroit donné à un moment précis.

Pierre Karl Péladeau est plutôt l’équivalent d’une bombe à fragmentation, notamment parce que le territoire touché par cette candidature est vaste. À preuve, c’est tout le Canada qui se sent interpellé. Si Stephen Harper était inquiet il y a quelques jours, il a de bien meilleures raisons aujourd’hui de prévoir des plans de contingence, même si la prudence s’impose, car cette campagne électorale est loin d’être terminée.

Les répercussions à sa candidature ne sont pas seulement immédiates. Il y a les effets à court terme sur la campagne électorale, et ils semblent dévastateurs pour François Legault, de la Coalition avenir Québec, qui perd ce qui ressemblait le plus à un allié objectif. Et pour le chef libéral, Philippe Couillard, cela affaiblit ses attaques contre le PQ dans les dossiers économiques et ses offensives contre le projet de souveraineté du Québec.

À moyen terme, la dynamique interne du Parti québécois se trouve passablement transformée. Il y a un dauphin désormais. Pauline Marois a reconnu, lors de l’annonce à Saint-Jérôme, qu’elle offrait un tremplin politique à Pierre Karl Péladeau. Ainsi, les fragments de la bombe Péladeau pourraient continuer à faire des victimes, bien après les élections, cette fois parmi les candidats potentiels à la succession de Pauline Marois.

À long terme, il n’est pas impossible que Pierre Karl Péladeau ait un impact sur l’avenir politique du Québec. La détermination qu’il affiche, son caractère volontaire et son adhésion sans ambiguïté au projet souverainiste, associés à son prestige, pourraient faire de lui un redoutable chef du camp du « Oui ».

Mais bien avant d’en arriver là, Pierre Karl Péladeau devra faire ses preuves. Les gens d’affaires éprouvent souvent des difficultés à faire le passage dans le service public actif. Le monde politique est certainement aussi impitoyable que le monde des affaires et, en plus, les codes sont très différents et très spécifiques.

Un des premiers défis de M.Péladeau – et il est considérable – est lié à l’empire médiatique Québecor. S’il veut en conserver la propriété, par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard, et accéder éventuellement à des fonctions ministérielles, il y a un problème. Et pour ce qui est des fonctions de premier ministre (M. Péladeau n’a pas nié son intérêt), le problème prendrait encore plus d’ampleur.

Il est plutôt rare que les barons de la presse se lancent eux-mêmes en politique active. Confier des pouvoirs politiques et médiatiques à une seule personne offre un potentiel considérable de conflits d’intérêts.

Selon le code de déontologie, un ministre doit se retirer des discussions du conseil s’il a des intérêts personnels en jeu.

Par exemple, sur la politique du prix unique du livre, M. Péladeau devrait-il se retirer des discussions d’un conseil des ministres parce que Québecor est propriétaire des librairies Archambault? Réponse de Pierre Karl Péladeau à l’animateur de Radio-Canada Michel C. Auger : « Nous sommes libraires et nous sommes éditeurs, la politique du prix du livre unique peut nous favoriser et nous défavoriser [...] Je m’apparais être éventuellement une personne-ressource très intéressante pour participer au débat, et ce n’est pas parce que je participe au débat que je prends la décision. »

M. Péladeau a finalement indiqué qu’il se retirerait des délibérations si ses collègues ministres le lui demandaient.

Catégorie: Élections Québec 2014

Jour 3 : retour aux plans de match?

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 publié le 7 mars 2014 à 20 h 23

Il y a eu des turbulences le jour du lancement de la campagne électorale. Mais en ce troisième jour, les caravanes des chefs semblent avoir trouvé leur vitesse de croisière et à s’en tenir à leurs plans de match.

Mais, malgré les meilleures planifications, il y a souvent des embûches et des imprévus.

Pauline Marois a annoncé plusieurs nouvelles candidatures, dont Gyslaine Desrosiers (ex-présidente de l’Ordre des infirmières), Diane Lamarre (présidente de l’Ordre des pharmaciens) et Martine Desjardins (ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec). Trois candidates d’origine maghrébine ont aussi fait une forte impression, Yasmina Chouakri, Évelyne Abitbol et Leila Mahiout, bien qu’elles mèneront campagne dans des circonscriptions traditionnellement libérales. Ça, c’était le plan de match. La publication des statistiques sur le chômage (-25 500 emplois) est venue assombrir cette journée de la chef péquiste, qui a essuyé un barrage de critiques des partis d’opposition. Les prochaines données sur l’emploi seront publiées le 4 avril prochain, trois jours avant le scrutin.

Philippe Couillard a annoncé les détails d’une stratégie maritime. Un plan qui exige 3 milliards de dollars d’investissements publics pour permettre 4 milliards de dollars d’investissements privés. Le chef libéral multiplie les annonces de stimulation économique soutenues par l’État. Chacune de ses annonces rend plus urgente la publication du cadre financier du PLQ, question d’y voir clair parmi tous ces engagements. De cette stratégie maritime, qui s’étale sur près de 50 pages, le risque est élevé que les électeurs retiennent surtout les accusations de plagiat lancées par François Legault, qui estime que cette stratégie ressemble beaucoup à son Projet Saint-Laurent. Il était aussi très étrange de voir Philippe Couillard entouré d’une dizaine d’hommes, et d’aucune femme, lors de son annonce. Une image très étrange en cette veille de la Journée internationale des femmes.

François Legault a proposé une charte des contribuables, dont il parle depuis quelques semaines. Pour l’essentiel, il s’agit de ne pas hausser les taxes, tarifs et impôts au-delà de l’augmentation du coût de la vie. Ainsi, le chef caquiste rejette la hausse des tarifs des garderies de 9 $ en deux ans, prévue dans le budget Marceau. Ça demeure étonnant pour un parti qui proposait des hausses d’impôts substantielles en 2012 et qui ne remettait pas en cause l’importante hausse de tarifs d’électricité prévue par les libéraux à l’époque.

Françoise David a dénoncé le sous-financement des organismes communautaires, en rappelant que si on veut véritablement aider les femmes, il serait logique de financer adéquatement les organismes qui leur viennent en aide. La porte-parole de Québec solidaire a aussi dénoncé le fait que Mme Marois n’entend pas rétablir la parité entre les hommes et les femmes au conseil des ministres. Québec solidaire s’engage encore une fois à avoir au moins autant de femmes que d’hommes parmi ses candidats.

Catégorie: Élections Québec 2014

Couillard 2.0

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 publié le 6 mars 2014 à 7 h 01

Philippe Couillard a saisi à bras-le-corps le premier jour de campagne et c’est lui qui a rapporté le drapeau à la maison. De toute évidence, le chef libéral a voulu donner un sérieux coup de barre pour ramener un PLQ qui paraît en dérive en raison des égarements de son capitaine.

Avec ses attaques cinglantes et au vitriol, soutenu par un style direct, Philippe Couillard a surpris les Québécois.

En soirée, avec des militants de Québec, il a prononcé son discours sans télésouffleur, à l’aide de notes inscrites sur une couple de feuilles qu’il a à peine consultées. Son niveau de langage était nettement plus familier qu’à l’habitude. Des anglicismes, qu’il ne faisait jamais entendre, se sont glissés ici et là. Le député d’Outremont a beaucoup parlé de hockey, il a rappelé son expérience de défenseur et il a même évoqué d’anciennes blessures.

Si bien que le fil blanc avec lequel Philippe Couillard a cousu son allocution était particulièrement visible. Néanmoins, ça fonctionne.

Philippe Couillard

 

On est loin de ce discours où Philippe Couillard a présenté, en guise d’introduction, un échantillon de la pensée de Michel de Montaigne à son auditoire.

Depuis quelques mois, le chef libéral a aussi cessé de dire qu’on ne le changera pas. Non, on voit plutôt qu’il est précisément en train de changer et c’est bien normal. C’est une erreur de croire qu’on peut espérer devenir premier ministre sans passer par un inévitable processus de transformation.

Il est évident que Philippe Couillard bénéficie depuis quelque temps de conseils très professionnels en matière de communication. Depuis son élection comme chef du PLQ, il a commis, sur une base régulière, bon nombre d’erreurs sur le plan de la communication. Petites et grosses. Bien sûr, il en commet encore, mais il est beaucoup plus rare qu’elles se répètent.

Cette version 2.0 de Philippe Couillard soulève des questions. D’abord, est-elle crédible? Est-ce le véritable Philippe Couillard qui parle ainsi aux Québécois?

D’autre part, ses attaques paraissent bien féroces pour une première journée de campagne. Est-ce qu’il met trop, trop rapidement? Dans ce cas, la réponse est claire, et c’est oui.

Mais il est aussi très clair que le plan de communication actuel menait le PLQ droit vers les récifs.

Pour sa part, François Legault s’est montré, pour une deuxième journée de suite, sous son meilleur jour. Il était détendu, il maîtrisait son message. Et malgré le dur coup qu’il a encaissé, le départ inattendu de la députée Hélène Daneault, il a fait bonne figure.

Le point de presse de Françoise David, qui était accompagnée d’Amir Khadir et d’Andrès Fontecilla, a paru terne. Debout devant les caméras, sans lutrin, les trois solidaires semblaient un peu mal à l’aise. François David a dit les mots qu’il fallait, mais à l’image du slogan de Québec solidaire, ses propos semblaient surtout venir de la tête et pas tellement du cœur.

De son côté, Pauline Marois a lu une déclaration sur son télésouffleur avant d’aller à la rencontre du lieutenant-gouverneur. Et, surprise, elle n’a pas daigné accorder une conférence de presse aux journalistes de l’Assemblée nationale.

Cette décision de ne pas répondre aux questions des médias nationaux le jour du déclenchement des élections est la démonstration d’une mauvaise compréhension des responsabilités liées à la fonction de premier ministre. Répondre aux questions de la presse est l’une des principales façons pour la classe politique de rendre des comptes à la population.

Comment l’équipe de Pauline Marois a-t-elle pu imaginer qu’il n’était pas opportun pour la première ministre de répondre aux questions de la presse le jour où elle demande la dissolution de l’Assemblée nationale et qu’elle précipite le Québec en campagne électorale?

C’était peut-être une bonne stratégie de communication, même si j’en doute. Le problème, c’est que la question ne se posait pas ainsi. Ce n’était pas une question de communication. C’était une question de responsabilité et de devoir de la première ministre à l’égard de ses concitoyens.

Catégorie: Élections Québec 2014

Observations préélectorales

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 publié le 14 février 2014 à 12 h 09

Il suffit de jauger quelques instants l’humeur de l’Assemblée nationale pour comprendre que des élections sont imminentes.

Une analyse de Michel Pepin

En réalité, c’est comme le serpent qui se mord la queue : la possibilité d’élections à court terme entraîne une détérioration du climat au Parlement et cette détérioration est telle qu’elle rend presque nécessaire la tenue d’élections.

Bref, les Québécois iront bientôt voter, à moins d’un improbable changement de cap. Les dénégations inévitables de la première ministre n’ont rien de convaincant.

Cette proximité des élections a des effets tangibles dans les partis.

Le chef libéral monte le ton. Philippe Couillard réclame un budget avant les élections, mais cache à peine son intention de le dénigrer dès son dépôt.

Sur le projet de charte des valeurs, M. Couillard ne se contente plus d’affirmer que ce projet passe à côté du principal enjeu, soit la lutte contre l’intégrisme. Non, il en a ajouté, mercredi soir, devant des militants à Québec. Il a prédit que la charte, une fois adoptée, pourrait devenir un outil de propagande pour les intégristes : « C’est du gaz qu’on donne aux intégristes quand on renvoie des femmes à la maison », selon Philippe Couillard.

En guise d’esquive, Philippe Couillard a soutenu jeudi que ce n’était pas la première fois qu’il lançait une telle attaque contre le projet de charte des valeurs.

Incapable d’en trouver une trace, j’ai réclamé une référence à l’attaché de presse du chef libéral. Je l’attends encore.

Les libéraux et les caquistes multiplient les attaques dans le dossier BLF qui met en cause la famille de la première ministre, bien qu’ils n’ont pas été en mesure d’ajouter le moindre fait nouveau aux révélations de la commission Charbonneau.

En revanche, il faut reconnaître qu’il y a des éléments étranges dans ce dossier BLF. La rencontre entre Michel Arsenault, qui était président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), et Pauline Marois au club privé 357c à Montréal est troublante. Elle est survenue quelques heures après une conversation téléphonique (enregistrée par les autorités policières) entre Michel Arsenault et Jean Lavallée (qui était président de la FTQ-Construction) à ce sujet.

De quoi a-t-il été question pendant cette rencontre? Pas de réponse claire de la première ministre, pas plus que de Michel Arsenault.

D’autres questions s’adressent au Fonds de solidarité, dont ce financement de 30 ¢ sous les 3 millions de dollars. Si le financement avait atteint cette limite, c’est le conseil d’administration du Fonds de solidarité de la FTQ qui aurait dû décider de l’opportunité de cet investissement, qui s’est révélé jusqu’à présent déficitaire pour cet organisme.

Mais pas de déficit, au contraire, pour Claude Blanchet, le mari de la première ministre, si l’on tient compte des frais de gestion qu’il a perçus au sein de l’entreprise BLF. On entend aussi les libéraux chuchoter que ça donnait du travail au fils de la première ministre, qui s’occupait de la location des logements.

Le leader du gouvernement, Stéphane Bédard, a rétorqué en interrogeant ses vis-à-vis sur le silence des avocats de leurs partis politiques à la commission Charbonneau. S’il y avait un problème, pourquoi n’ont-ils pas posé ou suggéré des questions aux procureurs de la commission Charbonneau?

Par ailleurs, que penser de cette intervention plus que douteuse du bureau du ministre des Finances Nicolas Marceau auprès d’un attaché politique de la Coalition avenir Québec (CAQ)?

Le bureau de M. Marceau a reconnu que « les questions de la CAQ sur le salissage contre la famille de Mme Marois » ont été évoquées comme un facteur qui a empêché une collaboration entre le gouvernement et la CAQ pour une réforme de la gouvernance du Fonds de solidarité de la FTQ.

De toute évidence, il y a en a qui agissent désormais comme si tout était permis.

La CAQ ne laisse pas sa place, en évoquant le cas d’un ancien entrepreneur péquiste, aujourd’hui décédé, qui a été mentionné dans une affaire de fausse facturation à la commission Charbonneau. Le chef de la CAQ, François Legault, a jugé bon de demander à la première ministre si le PQ comptait rembourser les contributions politiques de 11 000 $ que le défunt a versées au cours de son existence.

Avis aux intéressés : ne pas se surprendre que les scandales à titre posthume se retrouvent près de la rubrique nécrologique.

Je note aussi que le gouvernement Marois a réclamé la publication immédiate de tous les mémoires de consultation sur le projet de charte des valeurs. Puisque la dissolution de l’Assemblée nationale mettrait un terme à la consultation, ce serait un moindre mal pour le gouvernement, si tous les mémoires étaient rendus publics avant les élections. Le Parti libéral et la CAQ s’y sont opposés.

Cimenterie à Port-Daniel, exploration pétrolière dans l’île d’Anticosti, blitz d’annonces en Mauricie, et un budget très bientôt. Les journalistes ont intérêt à préparer leurs valises et, surtout, à apporter beaucoup de vêtements de rechange.

Cela pourrait être salissant.

Catégorie: Québec

La Mauricie, la rebelle

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 publié le 4 février 2014 à 11 h 50

Le caucus du Parti québécois qui débute cette semaine à Shawinigan sera l’occasion pour le gouvernement de multiplier les annonces, notamment celles à caractère économique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le PQ a choisi de tenir son caucus en Mauricie.

Sur le plan strictement électoral, la région n’est pas sans intérêt avec ses cinq circonscriptions, auxquelles on peut aussi additionner celles du Centre-du-Québec. La Mauricie est un terreau fertile pour tout parti aspirant à former le gouvernement, ou encore, à obtenir une majorité.

Une région ressources?

On dit souvent que la Mauricie est une région ressources. Avec ses barrages hydroélectriques, son industrie forestière et son passé industriel, la Mauricie correspond, sur le plan de son tissu économique à tout le moins, à l’idée qu’on se fait d’une région ressources.

Or, sur le plan électoral, la Mauricie ne se comporte pas comme les autres régions ressources que sont le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie, l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec. Lors des dernières élections, le Parti québécois a raflé toutes les circonscriptions de ces régions, sans exception. En Mauricie toutefois, le PQ a dû se contenter d’une demi-victoire, ne faisant élire que deux députés.

En 2007, le même scénario s’était produit : le Parti québécois avait tout raflé ou presque dans les régions ressources, sauf en Mauricie, où c’est l’ADQ qui avait remporté la mise.

En 2003 et en 2008, lorsque le Parti libéral a obtenu une majorité, la Mauricie a appuyé une majorité de députés libéraux, alors que les autres régions ressources ont réparti leurs appuis entre le PQ et le PLQ, avec un léger avantage pour le PQ.

Circonscriptions électorales

Pour synthétiser ces observations, on peut dire que lorsque le Parti québécois fait le plein de circonscriptions dans les régions ressources, il ne peut pas nécessairement compter sur la Mauricie.

Ce qui nous mène à la question de l’heure : la charte des valeurs.

Les conseillers de Pauline Marois soutiennent, sans vouloir nous montrer leurs chiffres, que la charte recueille un appui considérable en Mauricie, là où s’était justement déroulé un épisode de la crise des accommodements en 2006, l’affaire Hérouxville.

Au gouvernement, on compte donc sur cet enjeu pour faire en sorte que la Mauricie imite les autres régions ressources et donne au Parti québécois sa majorité.

Dans les autres partis, on souhaite sans doute que la Mauricie continue de se comporter… en région ressources rebelle.

Catégorie: Québec

Espoirs péquistes

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 publié le 27 janvier 2014 à 15 h 42

Malgré la publication de deux sondages favorables au Parti québécois la semaine dernière, on ne semble pas vouloir, dans l’entourage de la première ministre, plonger le Québec immédiatement en campagne électorale.

En coulisse, on chuchote que quelques semaines de délai ne peuvent que consolider l’avance péquiste qui se dessine. Une lecture des événements qui repose sur un souhait et une prédiction.

D’abord, le gouvernement veut revenir en Chambre, ne serait-ce que quelques jours ou quelques semaines, afin de clore certains dossiers et de mettre de l’avant de nouvelles orientations législatives. Notamment au menu : un projet de loi à caractère municipal, qui réglerait certaines questions relatives aux régimes de retraite.

Un retour en Chambre permettrait aussi l’adoption d’un certain nombre de projets de loi, chers au gouvernement, dont celui sur les soins en fin de vie.

Comparer Couillard à Ignatieff

Ensuite, le gouvernement fait le pari que le Parti libéral continuera à s’enfoncer. Les péquistes font l’analyse suivante : Philippe Couillard deviendra pour le PLQ ce que Michael Ignatieff a été pour le PLC, soit « un intellectuel déconnecté qui a toujours raison », pour reprendre les mots d’un conseiller proche de Pauline Marois.

On fait aussi valoir dans les rangs péquistes que le chef libéral fera les frais de tous les scandales à caractère éthique qui ont ébranlé le Québec ces dernières années, comme Michael Ignatieff a dû vivre avec le passif du scandale des commandites.

Aussi, on présume que Philippe Couillard, qui avait promis de faire de la politique autrement, ne sera pas à l’aise en campagne, dans le rôle de celui qui doit constamment attaquer. « Il y aura un problème de casting », prédit-on.

Paradoxalement, à en croire l’analyse péquiste, Philippe Couillard semble victime des mêmes problèmes qui ont autrefois affligé Pauline Marois. Elle a été une excellente ministre de la Santé et de l’Éducation, se plaisait-on à répéter à l’époque, tout en émettant des doutes sur sa capacité à devenir première ministre.

Dans ce cas-ci, c’est un peu le même scénario qui se reproduit. On répète inlassablement que Philippe Couillard a été « un excellent ministre de la Santé », mais on s’interroge sur son flair politique comme chef de parti.

Si les péquistes s’appuient sur cette comparaison pour se conforter dans l’idée qu’ils remporteront la prochaine bataille, ils devraient tout de même se rappeler qu’à la fin, Pauline Marois a tout de même réussi à devenir première ministre.

Quant à penser que le PLQ portera seul le poids de tous les scandales éthiques qui ont ébranlé le Québec, les écoutes électroniques entendues la semaine dernière à la commission Charbonneau ont montré que le PQ n’est pas à l’abri de toute éclaboussure.

Catégorie: Québec

Qu’est-ce que ça prend pour déclencher des élections?

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 publié le 10 décembre 2013 à 12 h 06

La semaine dernière, un député péquiste m’a demandé ce que ça prenait pour déclencher les élections. C’est aussi la question à laquelle tenteront de répondre les proches conseillers de Pauline Marois cette semaine dans une série de rencontres prévue entre la fin des travaux parlementaires et le départ de Pauline Marois pour l’Europe.

Après avoir fermé la fenêtre électorale de l’automne, pour reprendre l’expression consacrée, le gouvernement cherche à en ouvrir une nouvelle cet hiver. Encore faut-il une bonne raison de déclencher des élections, comme l’avait lui-même fait remarquer le vice-premier ministre François Gendron l’automne dernier. Il n’en voyait pas à l’époque, mais c’est précisément pour en trouver une que se réunit l’entourage de Pauline Marois cette semaine.

Déjà, pour préparer le terrain, les ministres du gouvernement Marois ont reçu la consigne de « tourner » sur le thème de la politique de la ruralité durant tout le mois de janvier, c’est-à-dire de décliner dans les régions et les circonscriptions les implications concrètes de cette politique à laquelle tiennent particulièrement les maires et les élus locaux.

Dans les officines du gouvernement, on prévient toutefois que les annonces à venir n’auront pas l’ampleur de celles qui ont parsemé l’automne politique. C’est que l’argent est devenu plus rare. Qu’à cela ne tienne, aucun effort ne sera ménagé pour donner de la visibilité au gouvernement durant la relâche parlementaire.

Puis, début février, un caucus des députés du Parti québécois à Shawinigan permettra de répéter, sur un terrain qu’on souhaite électoralement fertile – la Mauricie –, le scénario de la fin de l’été dernier, où les péquistes avaient annoncé pour plus de 15 millions de dollars en investissements en Gaspésie, en marge de leur caucus de Carleton-sur-Mer. Pour le reste, on chuchote déjà que le caucus de Shawinigan aura, sur le plan stratégique, la même importance qu’a eue le Conseil des ministres spécial du lac Taureau l’automne dernier. Ce sera l’occasion, dit-on, de statuer définitivement sur la stratégie électorale à retenir.

Pour le reste, les scénarios sont encore flous. Ils dépendront en bonne partie des sondages, mais aussi de la réponse que donneront les conseillers de la première ministre à la question posée d’entrée de jeu : qu’est-ce ça prend pour déclencher des élections?

Pour l’instant, les options sont nombreuses. Se laisser défaire sur le budget en est une, mais ce ne serait pas le scénario de référence. Alors quoi? Faire du vote sur la charte des valeurs une question de confiance dans l’espoir d’être défait? Proroger la session parlementaire et présenter un nouveau discours inaugural qui entraînerait forcément la confiance de la Chambre? Ou encore, évoquer directement le blocage parlementaire et demander carrément au lieutenant-gouverneur la dissolution de l’Assemblée nationale?

La décision ne se prendra pas avant les fêtes, mais la fenêtre électorale pourrait s’ouvrir plus tôt que tard au retour en février.

Catégorie: Québec

Philippe Couillard annonce qu'il sera candidat à l'élection partielle dans Outremont le 9 décembre prochain.
Philippe Couillard annonce qu’il sera candidat à l’élection partielle dans Outremont le 9 décembre prochain.

Les électeurs des circonscriptions de Viau et d’Outremont sont appelés aux urnes le 9 décembre prochain. La plupart des observateurs décrivent ces deux circonscriptions comme des châteaux forts libéraux. L’étiquette est méritée au regard des résultats des élections passées. Mais cette réalité ne doit pas nous empêcher de voir que les choses changent dans ces deux circonscriptions montréalaises.

La circonscription d’Outremont, particulièrement, n’a pas été redécoupée depuis 1992. Il est ainsi permis de mettre en perspective les résultats qu’ont obtenus les libéraux ces 20 dernières années. Selon les données du Directeur général des élections, les majorités obtenues par les candidats du PLQ lors des élections générales y sont en constante régression depuis les élections de 1994. Même chose pour l’appui en pourcentage, sauf pour un léger rebond en 2008. Le nombre de voix de majorité recueillies par le Parti libéral y est passé de 9528 en 1994 à 4830 en 2012. L’appui pour ce qui est du pourcentage durant la même période est passé de 62,1 % à 41,5 %.

Les données dans Viau sont à prendre avec un peu plus de circonspection, puisque la circonscription a fait l’objet d’un léger redécoupage en 2001, mais la tendance qu’on y observe est similaire. La majorité libérale est passée de 9483 à 5888 de 1994 à 2012, et le pourcentage d’appui, de 63,1 % à 47,3 %.

Une part de ces diminutions est sans contredit attribuable à la fragmentation du vote dont sont victimes tous les grands partis. D’ailleurs, le Parti québécois a aussi vu durant la même période ses appuis diminuer dans ces deux circonscriptions, quoique de façon beaucoup moins marquée. Mais il ne faut pas sous-estimer l’incidence que peuvent avoir, dans certains quartiers, l’évolution du tissu social et le renouvellement des cohortes d’électeurs sur les résultats électoraux. Car la tendance n’est pas uniforme : plusieurs autres châteaux forts libéraux, notamment dans l’ouest de l’île de Montréal, résistent mieux, et n’ont vu s’effriter que marginalement l’appui que récoltent leurs candidats ces 20 dernières années.

Bien sûr, les libéraux peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles. Ils n’ont pas à craindre une défaite dans Viau ou dans Outremont, ni aux prochaines élections partielles ni aux prochaines élections générales. Mais la tendance devrait à tout le moins inciter les stratèges libéraux à s’interroger.

Pourcentage de voix obtenues par les libéraux dans Outremont et Viau
Pourcentage de voix obtenues par les libéraux dans Outremont et Viau

Catégorie: Élections partielles, Québec