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La législature des lâcheurs

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 publié le 22 septembre 2015 à 16 h 44

Le député libéral de Beauce-Sud, Robert Dutil, s’en va. Il occupera un poste qui ressemble étrangement à celui qu’il a occupé de 2002 à 2008 au sein des entreprises familiales. Il a été ministre de la Sécurité publique sous Jean Charest, mais il n’a pas été nommé au Conseil des ministres par Philippe Couillard.

Le député péquiste de René-Lévesque et whip de l’aile parlementaire, Marjolain Dufour, a quitté ses fonctions « d’abord et avant tout » pour des raisons de santé, qu’il n’a pas jugé bon de préciser. Il venait de recevoir dans sa circonscription son chef, Pierre Karl Péladeau, qui avait annoncé quelques jours plus tard la composition de son cabinet fantôme, avec Harold Lebel au poste de whip.

L’ex-député libéral de Fabre Gilles Ouimet a abandonné son poste de député pour plusieurs raisons apparemment :

  1. Il n’a pas été nommé ministre.
  2. Il est devenu père pour la cinquième fois.
  3. Il a aussi postulé pour un poste de juge.

Marguerite Blais a délaissé ses fonctions de députée libérale de Saint-Henri-Sainte-Anne pour deux raisons :

  1. L’épreuve personnelle liée à la maladie et au décès de son mari.
  2. En manque de défis, elle aurait voulu être nommée ministre.

L’ancien député de Chauveau Gérard Deltell a voulu voir si les électeurs étaient prêts à le choisir pour occuper un siège au Parlement d’Ottawa.

L’ancien ministre libéral de l’Éducation et ex-député de Jean-Talon, Yves Bolduc, a démissionné après que sa mission au Conseil des ministres s’est trouvée en péril en raison de déclarations douteuses sur « les fouilles à nu respectueuses » dans les écoles.

L’ancienne députée péquiste de Richelieu Élaine Zakaïb a quitté sa fonction pour sauver de la faillite l’entreprise Jacob, qui a finalement fermé ses portes.

L’ancien député caquiste de Lévis Christian Dubé a préféré un autre emploi quelques mois après avoir été élu. Il a été recruté par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Un record en 45 ans

Depuis 1970, aucune législature n’a connu autant de démissions au cours de ses deux premières années d’activités.

Le poste de député d’arrière-ban ou de député de l’opposition n’offre-t-il pas suffisamment de défis? Si c’est le cas, les parlementaires doivent s’interroger très sérieusement sur leur définition de tâches.

Est-ce un problème de rémunération? Ce serait tout de même surprenant, puisque les candidats connaissent les conditions de rémunération des élus.

Lorsqu’on examine les motifs de ces démissions, il est difficile de ne pas constater que la fonction de simple député est devenue un emploi comme un autre, qui s’inscrit mal, pour certains, dans un plan de carrière.

Il semble y avoir un problème de perception à l’endroit de la fonction de député par ceux-là mêmes qui occupent cette fonction, ce qui serait franchement paradoxal. Le poste de député ne serait-il qu’une salle d’attente pour un poste de ministre ou une fonction attrayante dans un autre domaine?

Il est intéressant de noter que presque tous ces députés démissionnaires abandonnent des circonscriptions qui leur étaient acquises. En effet, leur élection en 2014 ne faisait guère de doute. Il est probable qu’ils tenaient pour acquise leur victoire électorale­.

D’ailleurs, tous ces démissionnaires donnent l’impression qu’ils tiennent pour acquis non seulement les électeurs, mais aussi les citoyens de leur circonscription, qui devront se passer d’un représentant politique à l’Assemblée nationale pendant plusieurs mois. C’est sans compter les contribuables québécois, qui devront payer les indemnités de départ de ces députés et de leurs employés ainsi que le coût des élections partielles.

Ce 41e Parlement prend les allures de la législature des lâcheurs, et c’est la dignité de la fonction de député qui en pâtit, de même que la réputation de ceux qui ont sollicité la confiance des Québécois pour ensuite aller voir ailleurs, moins de deux ans après l’avoir obtenue.

Catégorie: Québec

C’était le 5 novembre dernier.

Une onde de choc a secoué la colline du Parlement quand Justin Trudeau a expulsé de son caucus deux députés pour des allégations de faute personnelle.

Thomas Mulcair, ébranlé, se disait profondément attristé par ces allégations des plus sérieuses.

« C’est le devoir de tous les députés de toutes les formations politiques d’agir pour faire en sorte que la colline parlementaire, comme tout lieu de travail, soit sécuritaire et libre de ces accrocs à la capacité de fonctionner », soulignait le chef du NPD.

« Le Parlement a besoin de lignes directrices et de procédures claires pour traiter des plaintes de ce type et d’une telle gravité. Cela fait partie du leadership que tous les Canadiens attendent de nous », ajoutait le chef libéral en demandant au président des Communes de faire la lumière sur les allégations.

Or, trois semaines plus tard, si ni l’un ni l’autre des deux chefs n’a dévié de sa position initiale, chacun est confronté au fait que leur appel à la confidentialité, au devoir de tous d’être à la hauteur du problème que représente le harcèlement, n’a pas été entendu.

La politique partisane a rapidement repris ses droits sur un enjeu qui devrait pourtant en être dépourvu.

D’une part, il y a les deux présumées victimes qui craignent sans cesse de voir leur nom être publié. De l’autre, il y a deux ex-députés libéraux qui n’ont pas eu l’occasion de se défendre. Mais surtout, entre les deux, il y a une armée de stratèges, de députés qui, pris dans la tornade politique et médiatique, conscients que leur chef joue une partie de leur avenir, alimentent la machine à rumeurs.

C’est cette pression qui a incité l’une des deux présumées victimes à se confier, contre la promesse que son nom ne sera pas révélé. Elle désirait avant tout reprendre un minimum de contrôle de sa vie qu’elle voyait au cœur des débats politiques depuis trois semaines.

Or, son témoignage a davantage incité certains à en raconter davantage, de nouveaux présumés détails ultraconfidentiels sur son histoire se sont retrouvés dans les médias. (Des détails, je me dois de le souligner, que Radio-Canada a choisi de ne pas diffuser parce qu’ils ne servent pas l’intérêt public).

Au moment où le climat devient de plus en plus toxique dans la bulle parlementaire d’Ottawa, ne serait-il pas propice à ce que tous prennent un pas de recul et trouvent le moyen de mettre leurs intérêts partisans de côté? Car il est difficile de croire que le sort des présumées victimes et le droit des deux ex-députés libéraux de se défendre aient été respectés et aient guidé le débat politique au cours des dernières semaines.

Certes, c’est la raison pour laquelle tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont renouvelé leur appel au président des Communes de mettre sur pied un processus confidentiel, indépendant juste et équitable pour faire la lumière sur ces allégations, tout comme se voient forcés de le faire bien des PDG d’entreprises confrontés à des situations semblables au Canada.

Le président des Communes a beau affirmer qu’il ne peut rien mettre en branle tant qu’il n’a pas reçu de plainte formelle et avoir mis à la disposition des députés en question les processus de médiation et de résolution de conflits qui existent pour les employés de la Chambre, la solution qu’il a avancée ne satisfait personne.

« On ne sait même pas comment déposer une plainte qui reste confidentielle, on ne sait même pas à qui on le fait, comment on procède », déplorent les présumées victimes.

Une analyse que partage d’ailleurs la whip du NPD, Nycole Turmel, qui attend toujours des explications du président des Communes quant aux experts externes ou les ressources qui sont offertes actuellement et qui pourraient être déployées pour se pencher sur les allégations formulées par les deux députées du NPD.

Donc, trois semaines après le début de cette troublante affaire, celui à qui tous donnent l’autorité morale d’agir, le président de la Chambre, avance encore à l’aveugle, à pas de tortue. Les fuites se multiplient et le débat sur la nature des allégations, qui devait être confidentiel, se fait sur la place publique.

Cet enjeu si délicat et si important semble être pris en otage par le climat partisan qui l’envenime.

C’est là un bien malheureux message qu’envoie la classe politique au reste de la société.

 

Catégorie: Ottawa

Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

Catégorie: Québec

Leçon de politique terrain pour les nouveaux élus

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 publié le 12 mai 2014 à 14 h 31

La leçon nous vient de Luc Berthold, ancien directeur de cabinet de la ministre déléguée aux Transports Julie Boulet, qui a témoigné à la commission Charbonneau.

M. Berthold a expliqué qu’il y avait deux types de députés : ceux qui connaissaient les règles du jeu et qui poussaient les dossiers de leur circonscription auprès du ministre et de son cabinet et auprès de la direction régionale du ministère et… il y avait les autres.

Les députés de la première catégorie voyaient leur dossier mis sur le dessus de la pile, qu’ils soient du parti au pouvoir ou de l’opposition. Quant aux autres, ils attendaient que des fonctionnaires jugent leur dossier prioritaire.

Cet ancien directeur de cabinet a souligné, qu’en 2007-2008, les députés de l’Action démocratique du Québec ne défendaient pas leurs dossiers routiers. Résultat? Les députés libéraux et péquistes les plus actifs se sont discrètement partagé les budgets disponibles.

Il est assez clair que les deux grands partis connaissent tous les trucs et qu’ils en informent leurs députés.

La Coalition avenir Québec (CAQ), qui a succédé à l’ADQ, devrait en prendre note. À ce chapitre, l’équipe de François Legault a échoué à encadrer et à canaliser l’énergie de certains de ses députés.

L’exemple le plus évident et le plus lamentable est celui de Jacques Duchesneau. La CAQ ne pouvait pas perdre les services de celui qui lui a donné un véritable élan lors de la campagne électorale de 2012. Pour y parvenir, la direction de la CAQ aurait dû le chouchouter, tout en lui tenant les ouïes serrées.

Il est évident que Jacques Duchesneau n’était pas facile à encadrer. Il a un jugement politique chancelant, mais il est populaire, et, comme le papillon, il est attiré par la lumière. En politique, on ne laisse jamais seul ce genre de gaillard. Il faut lui donner la chance de s’épanouir en sécurité, sans qu’il s’approche trop du feu. Ça n’a pas été un succès. Il a été brûlé par l’affaire Boisclair. Cela en valait-il la peine?

Un autre exemple? Stéphane Le Bouyonnec. Un homme intelligent, que l’on dit très habile pour lire un rapport trimestriel. Tous les partis ont besoin de ce genre d’élus. Mais M. Le Bouyonnec avait la fâcheuse habitude de transformer ses interventions à la période des questions en festival de la métaphore. Ce n’était pas nécessaire. Et, pendant ce temps, la circonscription de M. Le Bouyonnec (La Prairie) était laissée à elle-même. Il a été balayé le 7 avril, alors que d’autres caquistes s’en sont bien tirés.

François Legault n’a qu’un objectif en tête pour le prochain scrutin, et c’est de former le prochain gouvernement. S’il veut y parvenir, il doit prendre soin de son caucus pour éviter les crises inutiles comme celles que Pauline Marois a vécues en 2011. Il doit aussi veiller sur ses députés-vedettes, pour éviter qu’ils s’ennuient ou qu’ils tombent dans le délire des grandeurs ou de la rancoeur.

La performance de François Legault lors du second débat des chefs a sauvé plusieurs députés caquistes du désastre. Mais plusieurs députés avaient laissé leur circonscription en friche sur le plan de l’organisation. Ils dépendaient entièrement des succès du chef.

François Legault et son équipe ont intérêt à inculquer une discipline et une méthode de travail aux nouveaux députés, afin de leur permettre de demeurer les représentants de leur circonscription. Il est toujours bon, semble-t-il, de composer de temps à autre le numéro du cabinet du ministre des Transports.

 

Catégorie: Québec

Neige = indiscipline?

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 publié le 27 novembre 2013 à 9 h 26

Rappelez-vous quand vous étiez écolier. Quand la première neige tombait, on lâchait notre fou. On faisait des bonshommes de neige, on se lançait des « mottes » de neige, on glissait, on s’amusait!

Que se passe-t-il à l’Assemblée nationale quand il neige? Nos députés se comportent presque comme des écoliers.

Bon, je vous entends, ce n’est pas JUSTE quand il neige qu’ils sont comme des écoliers! D’accord.

En tout cas, selon l’hypothèse du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, la neige excite beaucoup nos élus. C’est l’excuse qu’il a trouvée pour justifier les nombreuses fois où Pauline Marois a été interrompue mardi par des commentaires de députés libéraux.

Je vous laisse regarder un extrait tout en soumettant respectueusement au président Chagnon qu’il n’est tombé que 5 cm de neige mardi à Québec et qu’on en attendait 15 de plus d’ici mercredi!

Je n’ose pas imaginer à quoi ça va ressembler mercredi!

Catégorie: Québec