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Le débat à travers les candidats

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 publié le 21 mars 2014 à 12 h 50

C’est classique, lors de chaque élection, tous les partis se vantent d’avoir réuni la meilleure équipe. Or, les débats télévisés sont, sans le moindre doute, l’affaire exclusive de chefs. Peu de candidats ont la chance (ou la malchance, c’est selon) d’y voir leur nom être spécifiquement mentionné. Ceux à qui cela arrive appartiennent habituellement au groupe des candidats vedettes. Voici donc une lecture du premier débat de cette campagne à travers les noms des candidats qui ont été cités.

Réjean Hébert
Pauline Marois a cité le nom de son ministre de la Santé sortant en réponse à une question de Françoise David pour dire à quel point ce dernier était un homme plein de compassion qui faisait tout ce qu’il pouvait pour soutenir les personnes âgées.

Gaétan Barrette et Yves Bolduc
À l’inverse, ce n’est pas le chef libéral qui a cité le nom de son candidat vedette, Gaétan Barrette, pressenti pour occuper le poste de ministre de la Santé si le PLQ est élu. C’est plutôt Pauline Marois qui a évoqué son nom, afin de mieux le qualifier de « lobbyiste ». Les médecins, soutient la chef péquiste, sont partis avec la caisse en se négociant de faramineuses augmentations de salaire. La chef péquiste a aussi nommé Yves Bolduc, qu’elle a placé dans la même catégorie que Gaétan Barrette.

Pierre Karl Péladeau
La chef péquiste a par contre elle aussi vu un de ses candidats vedettes être attaqué par ses adversaires. Philippe Couillard a insisté pour dire que la mise en place d’une fiducie sans droit de regard n’était pas suffisante pour garantir l’indépendance des salles de presse de Québecor si le patron du groupe accédait à un éventuel cabinet péquiste.

Christian Dubé
C’est au chapitre de l’économie que François Legault a nommé un des seuls candidats – sinon le seul – dont il a parlé durant la soirée. Christian Dubé, a dit le chef caquiste, a déjà redressé des entreprises, et il sera donc capable de faire le ménage dont le Québec a besoin. François Legault a également soutenu qu’il était le seul chef à compter dans ses rangs autant de gens d’affaires ayant réellement créé des emplois dans le secteur privé.

Carlos Leitao
Des trois membres de son trio économique, c’est Carlos Leitao que Philippe Couillard a choisi de nommer. Il a fait référence à son candidat vedette dans Robert-Baldwin pour vanter la solidité de son équipe économique.

Fatima Houda-Pepin
Le candidat dont l’évocation a fait le plus grand bruit est sans l’ombre d’un doute Fatima Houda-Pepin. Pauline Marois a cité le nom de la candidate pour servir une réplique cinglante à Philippe Couillard. « Il y a une seule femme que j’ai vue perdre son emploi au Québec [à cause de la charte des valeurs], c’est Fatima Houda-Pepin », a lancé la chef péquiste au chef libéral.

Jean-François Lisée
À son tour, Philippe Couillard a tenté d’embarrasser Pauline Marois, en faisant référence à des propos tenus le jour même par Jean-François Lisée, un peu comme Jean Charest l’avait fait en 2003 en servant à Bernard Landry des propos de Jacques Parizeau. « On est heureux de l’entendre parfois, M. Lisée, qui a dit au cours des dernières heures qu’il invitait Mme David à se joindre au Parti québécois de façon à garantir qu’il puisse y avoir un référendum au cours du prochain mandat », a lancé Philippe Couillard. L’effet n’a cependant pas été le même qu’en 2003, Pauline Marois endossant rapidement les propos de son candidat vedette.

Bernard Drainville
Le nom de celui qui a porté le projet de charte des valeurs a aussi été mentionné au passage par les adversaires de Pauline Marois pour souligner l’absence de volonté alléguée du Parti québécois de faire des compromis afin d’adopter une charte plus « consensuelle » que celle présentée l’automne dernier.

Finalement, il semble que c’est l’équipe du Parti québécois qui ait fait le plus parler d’elle durant ce débat, ce qui n’est pas étonnant vu qu’il s’agit du gouvernement sortant. Mais cela ne veut pas dire que l’équipe péquiste s’en sorte à meilleur compte, plusieurs des références ayant été faites par ses adversaires pour mieux accabler Pauline Marois.

Catégorie: Élections Québec 2014, Québec

L’entêtement des conservateurs pro-vie

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 publié le 1 février 2013 à 12 h 13

Chaque fois qu’un député conservateur parle d’avortement, Stephen Harper doit dire et redire que son gouvernement n’a aucune intention de rouvrir ce débat. Il a encore dû le faire jeudi dernier, en raison d’une lettre envoyée à la GRC par trois députés conservateurs d’arrière-ban.

Les députés Maurice Vellacott, Leon Benoit et Wladyslaw Lizon ont signé cette lettre datée du 23 janvier, et ils citent des statistiques gouvernementales. Entre 2000 et 2009, disent-ils, 491 avortements subis après 20 semaines de grossesse ont d’abord donné lieu à une naissance vivante. Donc, si les bébés décèdent après être sortis complètement du ventre de leur mère, il devrait y avoir 491 enquêtes ou accusations de meurtre en lien avec ces morts.

On ne sait pas encore ce que fera la GRC de cette lettre, mais l’affaire a soulevé un tollé en Chambre. Interrogé, le premier ministre a dit :  « Je crois que tous les députés en cette Chambre, qu’ils soient d’accord ou pas, comprennent que l’avortement est légal au Canada. Ce gouvernement, et je m’inclus là-dedans, a indiqué très clairement qu’il n’a pas l’intention de changer la loi à ce sujet. » Il a fait cette déclaration sans cependant rappeler à l’ordre ses trois députés.

Ce refus de dénoncer les députés pourrait-il être perçu par ces derniers comme une forme d’encouragement à poursuivre le combat? La question peut se poser, car depuis septembre c’est la troisième fois que des députés conservateurs entreprennent des actions concrètes dans ce délicat dossier.

En septembre 2012, la Chambre a dû se prononcer sur une motion du député conservateur Stephen Woodworth. La motion 312 visait à créer un comité spécial pour définir ce qu’est un être humain. Pour les détracteurs, cette motion n’était qu’une façon détournée de rouvrir le débat sur l’avortement. Même si le premier ministre s’est ouvertement prononcé contre la motion, 91 députés ont voté pour, dont la ministre de la Condition féminine, Rona Ambrose, et d’autres ministres influents, comme Jason Kenney, Peter Van Loan et Julian Fantino. La motion a tout de même été rejetée par 203 députés.

Toutefois, le jour même, un autre député conservateur, Mark Warawa, déposait une autre motion, la motion 408. Le député veut faire condamner par la Chambre les avortements sélectifs. Des couples, désireux d’avoir un garçon, choisiraient l’avortement si le foetus est de sexe féminin. Encore là, l’opposition croit que c’est un moyen détourné de relancer le débat sur l’avortement. Le vote sur cette motion se tiendra au printemps.

Donc, la motion Woodworth, la motion Warawa et la lettre des députés Vellacott, Benoit et Lizon sont trois événements distincts en moins de cinq mois. Ces députés savent sans doute qu’ils n’auront jamais l’appui de Stephen Harper, mais peut-être savent-ils aussi que leurs actions ne seront jamais condamnées…

Catégorie: Ottawa

Le caillou dans le soulier de Stephen Harper

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 publié le 21 septembre 2012 à 14 h 41

Chaque fois qu’ils en ont l’occasion, Stephen Harper et ses ministres disent et redisent qu’il n’est pas question de rouvrir le débat sur l’avortement… sous aucune condition.

Pourtant, le doute persiste. Pourquoi? À cause, notamment, de députés comme Stephen Woodworth. Il fait partie de ces élus qui n’ont pas l’ambition de gravir les échelons et devenir ministres. Woodworth est un député d’arrière-ban et le restera toujours. Alors, il peut y aller avec ses convictions profondes, quitte à indisposer son chef et son parti.

La motion 312  vise à créer un comité qui se pencherait sur la définition de ce qu’est un être humain. Plusieurs ont interprété cette motion comme une tentative de rouvrir le débat sur l’avortement. Même si cette histoire fait couler beaucoup d’encre depuis des mois, il faut rappeler que tout le débat en Chambre sur cette motion se limite à deux heures. Une heure le 26 avril dernier, une heure aujourd’hui, avant de passer au vote mercredi prochain, le 26 septembre.

Au printemps, comme se tenait la première heure de débat en Chambre, Woodworth disait qu’il ne fallait pas aller au-delà de ce qu’annonçait cette motion; qu’il s’agissait surtout d’une mise à jour de cette définition. Cinq mois plus tard, au moment où il est quasiment assuré de perdre son vote, il radicalise son discours, admet qu’il veut aller plus loin et carrément reprendre le débat sur le droit à l’avortement, ce qui donne évidemment des munitions à tous ces groupes de pression qui croient que les conservateurs ont des intentions cachées.

Monsieur Woodworth a d’ailleurs tenu des propos controversés cette semaine, en comparant le droit à l’avortement à l’euthanasie des personnes handicapées pendant le régime nazi en Allemagne!

Mercredi prochain donc, même s’il s’agit d’un vote libre, la motion 312 devrait être battue. Même Stephen Woodworth s’attend à ce verdict.

Cet épisode aura indisposé le gouvernement et sera chose du passé. Mais ce ne sera sûrement pas la fin de l’histoire. Il y a d’autres députés d’arrière-ban, plus à droite, qui reviendront avec des projets de loi privés ou des motions qui tiennent compte de l’opinion d’une partie de l’électorat conservateur, mais qui ramènent dans l’actualité des sujets que la plupart des Canadiens croient clos.

Stephen Harper aura alors d’autres cailloux dans son soulier…

Catégorie: Ottawa

Québec 2012 Jour 23 – Le pouvoir des débats

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 publié le 23 août 2012 à 15 h 09

S’il y a une chose que ces débats ont apprise aux Québécois, c’est que les trois chefs de parti dans cette course au pouvoir possèdent les qualités minimales pour devenir premier ministre.

En revanche, il y a plusieurs choses que les Québécois ne savent pas à l’issue de ces échanges.

Ils ne savent pas s’il y aura un référendum sur la souveraineté du Québec et, le cas échéant, à quel moment il aura lieu, advenant l’élection du Parti québécois.

Les Québécois ignorent également si les changements proposés par la Coalition avenir Québec sont viables aux plans financier et social.

Les électeurs ne connaissent pas vraiment les intentions du Parti libéral pour les cinq prochaines années, puisque Jean Charest n’en a guère parlé au cours des trois débats auxquels il a participé.

Cela dit, les Québécois ont pu tirer profit de ce débat et de ces trois face à face. Ils ont notamment fait davantage connaissance avec Françoise David de Québec solidaire. Ils ont vu les forces et les faiblesses des chefs et des programmes politiques.

Il convient cependant de garder à l’esprit que le meilleur débatteur ne fait pas nécessairement le meilleur premier ministre.

Quelle est votre appréciation de ces quatre affrontements, qu’avez-vous appris? Et, selon vous, quel chef a fait plus belle figure? Est-ce que ces débats auront un effet sur votre vote?

Catégorie: Québec 2012

Elizabeth May avait rendez-vous avec la cour ce matin. Elle conteste la décision du consortium des diffuseurs de l’exclure des débats des chefs, alors qu’elle y était en 2008. La Cour d’appel fédérale devra trancher rapidement, puisque les débats auront lieu la semaine prochaine.

Mais on peut profiter de cette occasion pour s’interroger sur le processus qui a mené à cette exclusion.

Le consortium des diffuseurs (les réseaux SRC/CBC, TVA, CTV, Global) a pris cette décision derrière des portes closes en invoquant une règle : l’invitation aux débats ne vaut que pour les chefs de partis représentés aux Communes.  Une règle variable, puisqu’elle n’avait pas été invoquée en 2008 pour Mme May.

La dernière fois, le consortium avait d’abord affirmé que trois partis refusaient de participer aux débats si la chef du Parti vert y était. Ce qui était faux… Le Bloc québécois n’a jamais menacé de ne pas participer au débat. Sous la pression publique, Stephen Harper et Jack Layton ont cédé.

Le consortium explique maintenant qu’il s’agit d’un exercice de programmation. On veut un débat le plus attrayant possible, qui attire l’électeur, plutôt que le repousser. Exercice de journalisme également, puisque c’est encore le consortium qui décide des animateurs et des sujets abordés.

Mais est-ce que le consortium devrait avoir ce pouvoir de décider seul de la participation aux débats? Un processus plus objectif, neutre et transparent s’impose.

En 2011, les débats des chefs sont devenus incontournables. D’autant plus essentiels que la baisse du taux de participation des dernières élections démontre bien les difficultés d’attirer l’attention des citoyens même en période électorale. 

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa