Billets classés sous « course à la direction »

Le persécuté

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 publié le 31 octobre 2014 à 10 h 41

« Vous semblez obnubilés », a lancé Stéphane Bédard aux journalistes au sujet de Pierre Karl Péladeau mercredi. Pressé de questions sur la situation de conflit d’intérêts dans laquelle se serait ou non placé PKP, le chef intérimaire du Parti québécois n’a pas caché son agacement. Il s’en est également aussi pris au leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, qu’il accuse d’être « obsédé » par le député de Saint-Jérôme.

Il est vrai que les journalistes se sont montrés, ce midi-là, particulièrement insistants envers le chef intérimaire, sans compter l’intérêt qu’ils ont démontré jusqu’à présent à disséquer les moindres prises de parole de PKP depuis son entrée en fonction. À cela s’ajoutent l’empressement des autres formations politiques présentes à l’Assemblée nationale à braquer les projecteurs sur PKP et leur insistance à vouloir tenir un débat sur l’indépendance des médias.

Si le chef péquiste intérimaire se montre publiquement agacé, on fait peu de cas en coulisse de toutes les critiques dont fait l’objet le favori à la succession de Pauline Marois. En fait, plusieurs militants péquistes voient plutôt d’un bon œil toute l’attention – même négative – que l’on porte au député vedette de leur formation politique. Pour nombre d’entre eux, c’est le signe que PKP est le mieux placé pour devenir chef du PQ.

Il y a bien sûr cette idée, ouvertement exprimée dans les rangs péquistes, ou sinon, tacitement sous-entendue, que c’est la crainte qu’inspire Pierre Karl Péladeau qui incite ses adversaires à s’acharner sur lui. C’est là la meilleure démonstration, croit-on, qu’il doit être choisi chef.

À cela s’ajoute l’idée, voire l’espoir, que Pierre Karl Péladeau devienne une sorte de martyr ou de souffre-douleur, accablé pour son appui à la souveraineté du Québec. Plus PKP sera critiqué, plus on semblera s’acharner sur lui, plus ce dernier sera à même de poser en persécuté et d’engranger des appuis populaires, estime-t-on dans les rangs péquistes.

On fait aussi le pari qu’il vaut mieux épuiser immédiatement toutes les questions que peut susciter son éventuelle accession aux postes de chef de l’opposition officielle et de premier ministre. Dans la mesure où le débat aura été fait, on pense qu’il sera plus difficile pour les adversaires de PKP de susciter l’indignation sur ces sujets une fois qu’il aura, le cas échéant, accédé à de nouvelles fonctions.

En 2005, les péquistes avaient fait en quelque sorte le même pari : ils s’étaient imaginé que les révélations ayant entouré la consommation de cocaïne passée d’André Boisclair, en pleine course à la direction, l’immuniseraient contre des attaques sur ce sujet une fois qu’il serait devenu chef. Ils faisaient erreur. Dans les mois après son accession à la tête du PQ, André Boisclair avait été poursuivi par les mêmes allégations, Jean Charest ne se privant pas pour rappeler les « erreurs de jugement » et pour souligner le « manque de maturité » dont aurait fait preuve le chef péquiste.

Catégorie: Québec

PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie: Québec

Ce dimanche se tiendra à Vancouver le premier de cinq débats afin que sympathisants et membres du Parti libéral du Canada choisissent un successeur à Michael Ignatieff.

Personne ne le dit officiellement, mais au Parti libéral, tous voulaient éviter deux scénarios catastrophiques. Le premier, une course qui ressemble à un couronnement. Une course au cours de laquelle personne ne rivalise vraiment avec le candidat vedette, Justin Trudeau dans ce cas précis.

Deuxième scénario à éviter, une course comme celle du NPD. Trop de candidats, trop d’inconnus qui n’ont aucune chance et qui se servent de cette tribune uniquement pour se faire connaître, ou pour stratégiquement se placer dans une bonne position au sein du parti. Il en coûtait 15 000 $ pour s’inscrire dans la course à la direction du NPD. Au début de la campagne, il y avait neuf candidats. Sept se sont rendus jusqu’au bout. Tout ça a donné lieu à une course terne et à un interminable congrès en mars dernier à Toronto.

Alors, les libéraux voulaient éviter ce scénario. Ils ont donc établi que le coût d’entrée dans la course serait de 75 000 $, ce qui est cher payé pour quelqu’un qui ne cherche qu’à se faire connaître. Ils souhaitaient donc une course à trois… quatre peut-être, mais pas plus.

Or, le Parti libéral se trouve dans la même position que le NPD. Neuf candidats sont officiellement inscrits dans la course à la direction, et parmi ceux-ci, de parfaits inconnus du grand public.

Il y a bien sûr Justin Trudeau et Marc Garneau, deux députés du Québec très connus dans le pays. Il y a aussi l’ex-ministre Martin Cauchon et l’ex-députée Martha Hall-Finlay, qui sont relativement connus, tout comme la députée Joyce Murray. Mais il faut aussi ajouter à cette liste Deborah Coyne, David Bertschi, Karen McCrimmon et George Takach. Personne ne met en doute les qualités de ces candidatures, mais personne ne croit aux chances d’au moins six des neuf candidats.

La plupart des observateurs croient que la lutte se fera entre Justin Trudeau, Marc Garneau et Martin Cauchon, et que seule une campagne désastreuse empêcherait Justin Trudeau de devenir chef du Parti libéral. Or, il y aura neuf candidats pour le premier débat.

Officiellement, tout le monde au Parti libéral dira que la démocratie sera bien servie, que les neuf candidats contribueront à un débat d’idées. Mais dans la réalité, personne au Parti libéral ne se réjouit de cette situation. Le premier débat risque d’être cacophonique ou ennuyant. La dynamique d’un bon débat n’implique jamais neuf participants. Les organisateurs libéraux doivent donc se croiser les doigts pour que quelques candidats se désistent rapidement…

Catégorie: Ottawa