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Une véritable enquête indépendante s’imposait dès le 15 mai, et pourtant, Québec a alors préféré confier à la SQ le soin d’enquêter… sur la SQ.

En confiant à ce corps policier le soin d’enquêter sur des allégations d’agressions sexuelles et d’abus de pouvoir portées contre des collègues de Val-d’Or par des femmes autochtones, comment le gouvernement pouvait-il vraiment espérer gagner leur confiance?

Et d’autant plus que leurs présumés agresseurs continuaient à patrouiller dans les rues de Val-d’Or?

Par ce choix, le gouvernement de Philippe Couillard – les ministres Lise Thériault et Geoffrey Kelley en tête – se condamnait à ne rien découvrir.

C’est tellement évident que la question subséquente est malheureusement inévitable : ce gouvernement et, notamment, la Sûreté du Québec, voulaient-ils vraiment en savoir davantage?

Dans le meilleur des cas, s’il est en gestion de crise aujourd’hui, ce gouvernement n’a que lui-même à blâmer.

Qui est responsable?

Philippe Couillard, montré du doigt par le chef Ghislain Picard, soutient que « toute la société est responsable » des événements de Val-d’Or.

Son ministre des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, considère pour sa part que la responsabilité des actes allégués de quelques policiers relève de « beaucoup de personnes ».

« Ça commence dans les communautés, ça commence avec le gouvernement fédéral, il y a des responsabilités partagées dans ce dossier […] de dire qu’il y a un responsable de 400 ans d’histoire, c’est vraiment inexact », a-t-il soutenu.

Ces propos sont franchement surprenants. Quels sont les éléments du reportage d’Enquête dont on pourrait imputer la responsabilité aux communautés autochtones, au gouvernement fédéral ou même à toute la société?

J’avais l’impression que ces allégations de plusieurs femmes autochtones mettaient seulement en cause le comportement de quelques policiers de la Sûreté du Québec.

Le directeur général de la SQ, Martin Prudhomme, n’a pas hésité lui non plus à vouloir minimiser ses propres responsabilités en affirmant qu’il n’y avait pas de crise à la SQ de Val-d’Or.

Mais alors, quelle peut bien être sa définition d’une crise?

Bref, si on en croit les responsables politiques et administratifs, tout le monde est responsable, sauf Québec.

Responsables de leur propre sort?

Il a été écrit et dit ces derniers jours qu’une partie de la responsabilité incombait aux chefs autochtones qui se sont montrés si fâchés mardi, en fin de journée, à Val-d’Or.

Bien sûr, ils ont des responsabilités, ce sont des représentants politiques. Mais, pour les agissements de la SQ, quelles responsabilités devrait-on leur imputer exactement?

Dans une perspective plus large, il est sans doute tentant de les rendre responsables des conditions de vie désastreuses qui sévissent dans bien des réserves autochtones. J’ai lu et entendu que certains chefs sont de mauvais administrateurs, que d’autres s’en mettent plein les poches et que des grands chefs de l’Assemblée des Premières Nations se baladeraient en Mercedes à Ottawa.

Ah bon. C’est assurément une grande désillusion pour ceux qui croyaient que les maux qui frappent notre société en général ne sévissaient pas parmi les Autochtones.

Et, en l’occurrence, il est bon de se rappeler que de la pauvreté, il y en a dans toutes les régions du Québec, et que ça n’empêche aucun ministre de se promener en limousine.

400 ans d’histoire…

La responsabilité individuelle est un concept fondamental, mais penser que l’histoire a commencé hier, qu’elle est donc sans conséquence, relève de la pensée magique.

À ceux qui se demandent de quelles injustices peuvent se plaindre les Autochtones, je leur suggère la lecture des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones.

La commission a désigné comme une tentative de « génocide culturel » la pratique des pensionnats pour Autochtones, qui s’est étalée sur un siècle, pour assimiler 150 000 enfants autochtones en les retirant de leur milieu familial.

Cette injustice s’ajoute à bien d’autres subies par ces peuples qui ont été littéralement dépossédés de leur pays, enfermés dans des réserves et dépouillés de droits politiques jusque dans les années 60.

Je conçois mal que l’on condamne des victimes comme étant responsables de leur propre sort, à tous égards, sans tenir compte de leur passé.

Il est vrai que depuis une quarantaine d’années, la situation a heureusement évolué et que les sociétés canadienne et québécoise conçoivent d’une tout autre manière le rôle des Premières Nations et leur rapport avec elles.

Cependant, cette collaboration relativement récente demeure marquée, de part et d’autre, par les préjugés, la méfiance et l’incompréhension.

L’inévitable impunité

Et c’est loin d’être terminé, puisque les événements de Val-d’Or sont déjà source de méfiance et d’incompréhension, alors que les préjugés affleurent déjà. Malheureusement, il suffit de regarder un peu au-delà des événements pour voir que la suite des choses n’amènera pas grand-chose de bon, au contraire.

Deux éventualités sont envisageables à l’issue de cette enquête policière sur des policiers.

1- La Direction des poursuites criminelles et pénales juge qu’il n’y a pas matière à porter des accusations parce que les preuves sont insuffisantes ou parce qu’il n’y a pas de possibilités raisonnables de faire condamner les policiers visés.

Une telle décision susciterait nécessairement de vives réactions.

2- La Direction des poursuites criminelles et pénales dépose des poursuites criminelles contre des policiers.

Les procès, qui se dérouleraient alors plusieurs années plus tard – ça semble être la règle dorénavant – mettraient en opposition des policiers à des femmes autochtones, consommatrices de drogues et d’alcool de leur propre aveu, « multipoquées » de la vie, qui auront grand-peine à se remémorer les dates précises des événements, et tout ça peut-être devant jury.

Je ne voudrais pas paraître exagérément pessimiste, mais c’est un euphémisme de dire qu’il sera très ardu pour la Couronne d’obtenir des condamnations. Il est déjà difficile de condamner des policiers avec des témoins solides et des éléments de preuves matérielles.

La voie juridique offre donc peu de perspectives encourageantes, quelle que soit la vérité dans cette affaire. Il est plus que probable qu’elle nourrira la méfiance, l’incompréhension et les préjugés, de part et d’autre.

Un peu d’espoir

La possibilité d’une enquête plus globale menée par Québec, mais complémentaire de celle d’Ottawa sur les femmes autochtones assassinées et disparues est une avenue qui s’inscrit à moyen et long terme.

Si le gouvernement Couillard s’extirpe du mode improvisation dans lequel il s’enfonce un peu plus chaque jour, il réussira peut-être à formuler un mandat conséquent pour cette éventuelle commission.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a proposé que cette commission enquête sur le traitement des Autochtones par le système de justice québécois, en y intégrant les interventions de la Direction de la protection de la jeunesse.

Cette recommandation, qui aurait obtenu l’aval de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, semble à première vue particulièrement adéquate.

Catégorie: Québec

Le rêve canadien de Philippe Couillard

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 publié le 11 mai 2015 à 18 h 10

Le passage de Philippe Couillard à Toronto est la consécration d’une année d’efforts de la part du premier ministre du Québec. Dans son discours à l’Assemblée législative, il a souligné qu’il avait décidé, dans la foulée de l’élection de son gouvernement en avril 2014, d’approfondir les relations du Québec avec l’Ontario. Une volonté que la première ministre ontarienne Kathleen Wynne semble avoir accueillie avec empressement.

Ainsi, en un an, une entente sur des échanges d’électricité a été conclue et les négociations se poursuivent pour élargir le marché de l’énergie entre les deux provinces. Les deux « États fédérés » (M. Couillard utilise désormais cette expression abondamment) ont adopté des positions communes sur le projet de pipeline Énergie Est et sur la question des gaz à effet de serre avec, en prime, l’Ontario qui a annoncé son intention de se joindre au marché du carbone auquel participent déjà la Californie et le Québec.

Voilà que les deux provinces ont annoncé aujourd’hui la conclusion d’une entente de principe sur la question des contrats publics. À cela s’ajoute un certain intérêt affiché par le gouvernement Couillard envers la minorité franco-ontarienne et les francophones du reste du Canada en général (même si dans une cause concernant le Yukon, le Québec a été critiqué par ces communautés), ce qui est généralement bien perçu au Québec.

Philippe Couillard fait la démonstration qu’il a un plan, voire un rêve, et que ce rêve va probablement au-delà du rapprochement du Québec avec l’Ontario, et vise une plus grande intégration du Québec dans l’ensemble canadien.

Le premier ministre Couillard semble avoir convaincu sans difficulté Kathleen Wynne de l’intérêt de développer les liens entre les deux provinces pour redonner un poids politique et économique à ce que l’on appelle le « Canada central ».

Cette coordination Québec-Ontario paraît s’inscrire dans une volonté de rééquilibrer le rapport de force qui, ces dernières années, était à l’avantage de l’Ouest canadien, en raison du pétrole, certes, mais également en raison de la présence de la clientèle électorale de base du gouvernement conservateur à Ottawa. C’est donc aussi un rapport de force avec Ottawa que le Québec et l’Ontario parviennent à exercer en s’associant sur des questions communes.

Le caractère distinct du Québec

Cette nouvelle demande de Philippe Couillard aux partis fédéraux ressemble drôlement à un ajout de dernière minute dans le but de se donner un certain vernis nationaliste, dans le cadre d’une visite à Toronto, afin de se protéger un tant soit peu des attaques éventuelles des partis d’opposition au Québec.

Philippe Couillard semble croire sincèrement à cette notion de caractère distinct du Québec, mais il n’a jamais montré de véritable empressement à en assurer la reconnaissance, sans doute en raison des risques d’échec. Le premier ministre fait d’ailleurs preuve de très peu d’imagination lorsqu’il est question des demandes du Québec et se rabat simplement sur celles prônées par Robert Bourassa à l’époque de l’accord du lac Meech, qui ont été énoncées voilà déjà 30 ans.

C’est que la véritable priorité de Philippe Couillard semble être tout autre.

Briser l’indifférence

Le premier ministre est convaincu que l’avenir du Québec et son plein développement sont liés à son association avec le Canada. De là, il déplore sans doute les liens somme toute assez ténus qui existent entre les provinces (d’où cette nouvelle relation avec l’Ontario), malgré la création du Conseil de la fédération, une initiative de Jean Charest qui n’a donné finalement que peu de résultats.

Il est assez évident que Philippe Couillard se désole particulièrement de l’indifférence des Québécois envers le reste du Canada (et réciproquement), qui est souvent perçue comme une des conséquences du nationalisme québécois. Il voudrait pouvoir un jour donner tort à Jean-François Lisée qui a déjà qualifié le Canada de « corps étranger » au Québec.

Philippe Couillard ne se fait peut-être pas d’illusions sur sa capacité à briser l’indifférence qui règne entre les deux solitudes, mais il affiche une grande détermination à montrer que son administration, bien plus que toutes les précédentes, fera tout ce qui est en son pouvoir pour procéder à ce rapprochement entre le Québec et le reste du Canada.

Catégorie: Québec

Budget Leitao : le prix de l’encre noire

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 publié le 26 mars 2015 à 17 h 59

L’équilibre budgétaire ne pourra se réaliser que grâce à une croissance très limitée des dépenses de programmes (+1,2 %).  Il va de soi que le gel prévu des salaires de tous les employés de l’État contribue fondamentalement à l’atteinte de ces objectifs.

Il reste à voir si les négociations dans le secteur public pourront se conclure avec un gel des salaires pour les deux premières années. Si le gouvernement veut absolument atteindre cet objectif, il a probablement intérêt à préparer dès maintenant une loi spéciale. S’il y a une légère augmentation de salaire, disons de 1 %, ça change passablement la donne. Le gouvernement en est conscient, et il en a certainement tenu compte, même s’il doit nécessairement cacher son jeu, négociation oblige.

L’impulsion des réformes

Au-delà du gel des salaires, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, explique que cette faible croissance des dépenses est possible, car l’État québécois va se transformer sous l’impulsion des réformes du gouvernement Couillard. Il y a assurément une part de vérité à tout cela.

Par exemple, la fermeture des directions régionales en éducation permet des économies d’une dizaine de millions de dollars. Mais, pour autant, est-ce qu’une augmentation de 0,2 % du budget de l’éducation primaire, secondaire et postsecondaire sera simple et sans effet sur les services? Ce n’est pas du tout évident. L’enseignement supérieur, qui a fait des efforts de réduction de 70 millions de dollars au cours de l’année dernière, parviendra-t-il à effectuer une ponction supplémentaire de 30 millions?

Au ministère de la Santé, la croissance des dépenses prévue est de 1,4 %, mais la part la plus importante de cette augmentation des dépenses sera consacrée à la rémunération des médecins. Il faudra que la réforme du projet de loi 10 rapporte les 55 millions prévus et aussi que certains coûts de croissance, dont ceux des médicaments et des fournitures médicales, soient assumés par les établissements de santé et de services sociaux. Ce ne sont que des exemples, mais qui peut croire que ce sera facile?

En fait, nous ignorons vraiment ce qu’il en sera. Les partis d’opposition, les syndicats et différents groupes sociaux affirment qu’il est impossible que les services aux citoyens n’en souffrent pas.  Il est probable que les citoyens découvriront en cours d’année ce qu’il adviendra réellement. Une chose est certaine, si ce n’est pas impossible, ce sera extrêmement difficile.

Cette question du maintien des services et des programmes sociaux ne se pose pas que pour l’année en cours, mais également pour les prochaines années. Le gouvernement prévoit une évolution de la croissance des dépenses qui sera inférieure à l’augmentation du PIB nominal. Ce ne sera peut-être pas impossible, mais ce sera encore plus difficile, compte tenu de l’effort que cela demandera dans le temps.

 Et la relance?

Si on en croit les prévisions de création d’emplois, après cinq ans de gouvernement libéral, ce ne seront pas 250 000 emplois qui seront créés, mais environ 175 000. Cet engagement du PLQ semble être passé à la trappe, et il ne peut plus être considéré comme un objectif, ni même une cible.

Le ministre Leitao s’en défend en soutenant que les prévisions de création d’emplois inscrites dans ce budget sont modérées. Cet élément tend à démontrer que le gouvernement Couillard compte, à court et moyen terme, sur des facteurs économiques sur lesquels il n’a aucun contrôle (prix du pétrole, valeur du dollar canadien et reprise aux États-Unis) pour relancer l’économie québécoise. Mais, même là, ça ne lui suffit pas pour respecter ses engagements électoraux.

Catégorie: Québec

D’une lubie à un projet mal ficelé

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 publié le 24 février 2015 à 17 h 32

La consigne du silence imposée aux ministres qui n’auraient pas été adéquatement informés par le bureau du premier ministre n’y aurait rien changé.

Non, puisque le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau avait consulté le Conseil des ministres le 10 décembre 2014 avant de faire sa sortie contre les maires de Laval et de Longueuil.

M. Moreau, qui craignait peut-être qu’on lui attribue la paternité de cette taxe, a donc obtenu l’appui de ses collègues et du premier ministre pour annoncer ensuite à la presse parlementaire qu’il allait rembourser les contribuables de ces deux villes et réduire d’autant les transferts à ces municipalités.

Pourquoi?

Parce que ces deux maires ont osé dire qu’une partie des hausses d’impôts fonciers était attribuable aux compressions annoncées dans le nouveau pacte fiscal entre Québec et le monde municipal.

Or, cela aura pris deux mois et demi au ministre et au gouvernement pour commencer à mettre de côté ce qui n’était ni plus ni moins qu’une lubie. Il reste maintenant au ministre Moreau à faire marche arrière avec la Ville de Laval et son maire Marc Demers, après avoir vaguement sauvé la face avec la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire.

Cette décision n’avait guère de sens parce que le ministre, en plus de remettre en cause la liberté d’expression de deux maires, créait un impossible précédent, puisque d’autres municipalités n’avaient plus qu’à dénoncer le pacte fiscal pour que Québec indemnise leurs contribuables pour les hausses d’impôts fonciers.

Ça n’avait guère de sens (voire aucun), et pourtant l’ensemble du Conseil des ministres avait donné son approbation à cette idée. Cela montre que le ministre Moreau exerçait, en décembre, un ascendant certain sur ses collègues, dont le premier ministre, et d’autre part, qu’en politique, il arrive parfois qu’on l’échappe. Vraiment.

Pas de taxe Moreau et pas de taxe Poëti

Une lubie est une « fantaisie soudaine » nous dit le dictionnaire Larousse. Ce n’est pas de cela qu’on parle avec ce projet d’impôts fonciers supplémentaires pour les nouveaux résidents qui habitent à proximité des services de transport en commun. Dans ce cas, le gouvernement réfléchit à cette approche depuis plusieurs mois, mais moins de 12 heures après la publication de la primeur de ma collègue Julie Dufresne, le ministre des Transports Robert Poëti a fait marche arrière.

Il semble que le gouvernement Couillard se soit effarouché lui-même en réalisant que ce projet risquait de se transformer en « taxe Poëti » dans l’esprit des citoyens.

Un projet de ce genre doit être manipulé avec soin. Il exige d’être expliqué et justifié avec des arguments solides. L’argument du ministre Poëti, qui a évoqué l’économie d’un second véhicule pour les familles qui vivent à proximité du transport en commun, ne trouve pas sa place dans cette catégorie.

D’autres arguments, venus d’ailleurs, ont touché davantage la cible. Pourquoi imposer plus les citoyens qui font les bons choix (de s’établir à proximité du transport en commun) et qui, en outre, ont déjà payé une plus-value à l’achat avec, à l’avenant, des impôts fonciers plus élevés? Qui est à l’origine des problèmes de circulation à Montréal, ceux qui vivent près des transports en commun et qui les empruntent ou ceux qui font la navette en voiture de la banlieue jusqu’en ville? D’autant que Québec s’oppose au projet fédéral d’imposer un péage sur le nouveau pont sur le Saint-Laurent.

On le voit, pour le moment, le projet est mal ficelé, mais il est aussi possible que ce soit simplement une mauvaise idée.

Le premier ministre Couillard a jugé nécessaire d’intervenir pour mettre un terme aux ambitions du ministre Poëti et de remettre le tout entre les mains de la Ville de Montréal, en affirmant que si Montréal veut de nouveaux pouvoirs, même de taxation, le maire Denis Coderre pourra les demander au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau.

Toutefois, cela ne règle en rien les coûts associés à l’expansion des services de transport en commun, qui relève du gouvernement du Québec et non pas des villes qui, elles, financent surtout le fonctionnement des transports collectifs.

Dans ces deux dossiers, le gouvernement libéral s’empresse déjà de montrer qu’il passe à autre chose. Néanmoins, cela laisse présager des négociations particulièrement intéressantes sur le statut de métropole entre les ministres Moreau et Poëti et le maire de Montréal, Denis Coderre. Le gouvernement Couillard pourrait avoir l’occasion de manifester plus de cohésion et de cohérence dans ses interventions. Pour le bien-être de Montréal et de sa région, souhaitons que cette fois, il ne l’échappe pas.

Catégorie: Québec

Les voies de l’austérité

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 publié le 17 février 2015 à 13 h 07

Jeudi dernier, une manifestation syndicale était prévue vers 16 h devant l’Assemblée nationale. Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux convoque les médias à la salle de presse à 15 h 30 pour adresser un message aux Québécois et aux manifestants :

« Le gouvernement est totalement, mais parfaitement conscient de tous les efforts qu’on demande, qui sont des efforts importants, qui sont des efforts qui ne sont pas nécessairement faciles pour personne. On est tout à fait conscients de ça. Mais je réitère que c’est un effort qu’on demande à tous, que c’est un effort national qui est demandé à tout le monde. »

Il n’est pas si clair que tous les groupes participent aux efforts du gouvernement. Certainement pas tous de façon égale. Ceux qui sont dans le secteur public, ou qui en dépendent, souffrent davantage. Cela paraît évident.

Pour les personnes morales, les corporations, c’est une toute autre chose.

La participation fiscale des entreprises semble être un sujet devenu tabou (ou désuet?) face à l’argument de la concurrence des entreprises d’une juridiction à l’autre. Il est tout de même troublant de constater que les entreprises contribuent environ pour 10 % des revenus autonomes du gouvernement du Québec. Le reste est assumé par les particuliers.

Alors, même si on retire quelques avantages fiscaux aux entreprises, la contribution des entreprises au budget de l’État étant devenue marginale, il est difficile de mesurer l’effort réel du secteur privé dans tout ce processus.

Et, même parmi les entreprises, celles qui écopent le plus sont celles des secteurs économiques qui dépendent davantage des subventions gouvernementales, comme les productions cinéma, télévision et multimédia.

Aux institutions financières, on ne parviendra à soutirer qu’une somme de 129 millions de dollars au maximum par année avec une « surtaxe temporaire ». Le gouvernement Couillard semble avoir trouvé gênant de constater que le budget de juin n’exigeait aucun effort aux banques qui engrangent des profits mirifiques.

Voici un extrait du Point sur la situation économique et financière du Québec de décembre 2014 : « À l’instar des autres secteurs de l’économie qui voient leur aide fiscale diminuer, un effort sera demandé aux institutions financières jusqu’au 31 mars 2017. »

Ainsi, les banques profitent d’une surtaxe — j’ignorais que les banques étaient « surtaxées » — temporaire, donc accompagnée d’une date de péremption. Nos classes dirigeantes font parfois preuve d’une imagination fertile dont les citoyens aimeraient certainement profiter plus souvent. Mais, en attendant, poursuivons avec Martin Coiteux :

« Il y a une raison pour laquelle on demande cet effort national et qu’on demande cet effort, donc, à tous : presque 11 milliards d’intérêts, cette année, sur une dette de plus de 200 milliards de dollars. C’est 11 milliards de dollars qui n’est pas disponible, ni pour de la rémunération d’employés du secteur public ni pour aucun programme dont les Québécois pourraient être les bénéficiaires. »

Il est exact que Québec va verser cette année 10 milliards 831 millions de dollars au service de la dette, ce qui représente 11,2 % des revenus. Dans une perspective historique, c’est très raisonnable, et cela s’explique par les faibles taux d’intérêt. Avant 2008 et jusqu’au début des années 80, le service de la dette représentait de 12 à 16 % des revenus du gouvernement du Québec.

Qu’est-ce que ça signifie? Que ça fait déjà longtemps que c’est ainsi et, quoi que nous fassions, nous assumerons pendant encore longtemps un service de la dette qui va représenter au moins 10 % des revenus. À très long terme, cela pourrait changer, mais pour y parvenir, il ne faudrait pas seulement planifier des remboursements de la dette, il faudrait d’abord arrêter de rempiler les prêts, avec l’entretien et la construction des infrastructures.

Donc, payer comptant. Ce n’est pas impossible, mais, au mieux, ce n’est pas pour demain. Alors, ces 11 milliards de dollars ne seront pas disponibles, pendant longtemps, pour autre chose que le paiement des intérêts sur la dette.  Martin Coiteux :

« Si on ne faisait pas cet effort national qu’on demande à tous, cette année, on aurait 5 milliards de déficit. Et l’an prochain, on aurait plus de 7 milliards de déficit. »

Ces données, fondées sur les demandes de budget des ministères, ne contribuent en rien au débat sur les finances publiques. Ces déficits hypothétiques ne sont pas pertinents parce qu’ils occultent les informations sur les déficits réels. Comme d’autres, mais cela n’excuse rien, ce gouvernement a choisi d’utiliser des chiffres douteux comme arguments pour assurer son pouvoir plutôt que des chiffres authentiques pour animer un véritable débat démocratique.

Le vérificateur général par intérim (depuis environ trois ans), Michel Samson, a accepté de s’en mêler en juin dernier. Il a fondé son analyse sur cette base discutable des demandes des ministères au Conseil du Trésor. Aux yeux de l’opposition officielle, il s’est largement discrédité en agissant de la sorte. L’aile parlementaire du Parti québécois ne semble pas avoir l’intention d’accorder à Michel Samson son nécessaire appui pour une nomination en bonne et due forme.

Poursuivons avec le président du Conseil du Trésor qui explique le processus qui suit l’austérité, c’est-à-dire l’objectif, la finalité de l’austérité.

« Ce cycle antiprospérité, qui est lié à une dépense excessive, on doit le briser […] Parce que, si on contrôle bien nos finances publiques après cet effort qu’on demande à tous, bien, on va commencer à retrouver la liberté aussi de commencer à baisser cette pression fiscale, permettre à nos entreprises d’investir davantage et d’innover davantage, permettre à nos citoyens de consommer davantage, permettre donc d’avoir une économie beaucoup plus dynamique et prospère. Et ultimement d’avoir les recettes fiscales que nous n’avons pas aujourd’hui, avec lesquelles on va être capables de se payer les programmes que l’on veut collectivement, la justice sociale que l’on veut collectivement et améliorer les conditions d’existence de tout le monde, y compris, bien entendu, des employés du secteur public. »

Ne retrouvons-nous pas une recette maintes fois évoquée? Réduire les taxes et les impôts afin de créer davantage de croissance, afin de générer un accroissement des revenus de l’État, malgré une assiette fiscale plus petite.

Il n’est pas dit que ça fonctionne, sinon que tout ça n’advient pas dans l’absolu, au grand bonheur du gouvernement libéral.

Les nouvelles conditions économiques comptent parmi les meilleurs alliés de l’administration Couillard. La baisse du prix du baril de pétrole, qui a entraîné dans son sillage le dollar canadien, combinée à une reprise robuste aux États-Unis, pourrait se révéler une bénédiction pour l’économie québécoise.

Une mobilisation incertaine

Si ces facteurs se confirment et se révèlent déterminants, si l’économie redémarre et si la croissance n’est pas assommée par l’austérité, la contestation sociale pourrait bien en pâtir.

En outre, les revendications des groupes qui subissent les effets des compressions ne s’arriment pas facilement :

  • Voyons-nous les parents de la classe moyenne qui ont des enfants en  service de garde subventionné se mobiliser, organiser des manifestations?
  • Les étudiants vont-ils lancer un vaste mouvement de grève pour dénoncer l’austérité?
  • Est-ce que les employés du secteur public sont prêts à débrayer dans la foulée de leurs négociations collectives?
  • Les employés municipaux sont-ils toujours en mode protestation?

Québec solidaire a affirmé son soutien sans équivoque à ceux qui s’opposent aux mesures d’austérité, mais la porte-parole Françoise David semble bien consciente de la fragilité des liens qui les unissent.

Le printemps étudiant 2012 fait rêver les groupes sociaux et si une mobilisation importante n’est toujours pas exclue, la situation est très différente. Les conditions économiques des étudiants étaient beaucoup plus précaires que celles des employés du secteur public provincial et municipal et des parents visés par les hausses de tarifs en garderie.

Pour ajouter aux difficultés, une partie des employés du secteur de la santé se retrouveront en période de maraudage, au moment même des négociations collectives. Ça pose un sérieux défi pour la solidarité intersyndicale.

Une mobilisation d’une grande ampleur est toujours envisageable, mais le printemps approche. Et, pour l’instant, les opposants ne sont pas parvenus à coordonner leurs efforts.

Carlos Leitao et l’Institut économique de Montréal

Le ministre des Finances est un économiste prévisionniste réputé. Mais au plan idéologique, Carlos Leitao s’est montré assez discret jusqu’à présent. Lors de la présentation en commission parlementaire de l’Institut économique de Montréal sur le projet de loi 28, il a donné une idée plus précise sur sa façon de voir les choses :

« J’appuie beaucoup vos commentaires, c’est un peu rafraîchissant. Nous avons entendu beaucoup de groupes. Votre opinion diffère de celles qu’on a entendues avant. Je dois vous dire que c’est beaucoup plus proche de ce que moi je pense. De ce côté-là, on finit en beauté, on dirait. »

Pourtant, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui ont aussi témoigné lors de ces consultations, sont réputés pour être bien campés à droite, mais moins que l’Institut économique de Montréal, il est vrai. Les représentants de l’Institut venaient notamment de proposer au ministre Leitao que les policiers soient secondés par des civils ou par des entreprises pour les aider à assumer leurs tâches de nature administrative.

Si certains voulaient croire que Carlos Leitao pourrait tempérer les ardeurs du gouvernement Couillard, ils peuvent mesurer aujourd’hui l’ampleur de cette illusion.

Catégorie: Québec

Rentrée politique dans un climat social tendu à Québec

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 publié le 10 février 2015 à 17 h 54

Le ministre de la Santé s’est placé littéralement à l’avant-plan de cette rentrée parlementaire avec ce bâillon pour forcer l’adoption de son projet de loi sur la réforme des structures.

Et c’est lourd de sens.

On l’a vu, presque tous les groupes du domaine de la santé ont dénoncé la réforme du ministre. Il ne reste qu’un homme debout après l’adoption sous le bâillon du projet de loi, et c’est le ministre Barrette. Pourquoi? Parce que Gaétan Barrette a acquis quelque chose d’extrêmement précieux, et c’est la confiance, pleine et entière, du premier ministre et de son bureau.

J’oserais dire que le ministre Barrette les a transcendés.

C’est d’autant plus évident que M. Couillard pensait tout autrement que son ministre actuel il n’y a pas si longtemps, en décembre 2011.

Le premier ministre Philippe Couillard a autorisé le ministre Gaétan Barrette à réaliser son plan, son oeuvre. Leurs destins, à tous les deux, sont désormais liés. Ils se sont tatoués.

« Je viens d’écrire la première lettre de mon nom, a affirmé vendredi soir le ministre de la Santé. En 2018, les gens verront la signature au complet et ils jugeront. »

Car ce projet de loi n’est pas son dernier . Le 10 est adopté, maintenant c’est au tour du projet de loi 20, sur la tâche des médecins et la procréation assistée, et ensuite la mise en place du financement à l’activité dans les établissements de santé.

Et Yves Bolduc?

Est-ce que le ministre de l’Éducation obtiendra la même marge de manœuvre que son confrère pour réaliser sa réforme? Le ministre Bolduc et son gouvernement ne se sont pas illustrés pour le mieux dans le dossier des élections scolaires ni dans le projet de redécoupage et de fusions des commissions scolaires. Quelles sont les intentions réelles du gouvernement, quels sont les objectifs qu’ils recherchent?

MM. Bolduc et Couillard se contentent pour l’instant de professer des généralités sur l’élimination de la bureaucratie et le lien essentiel entre l’enseignant et l’élève. Des déclarations qui ne donnent aucun indice sur leurs intentions et qui ne permettent pas d’alimenter le débat public. Est-ce que le gouvernement Couillard entend mener cette réforme sans plus de consultations préalables que pour celle de la santé?

La consécration de Martin Coiteux

Le point de vue du président du Conseil du Trésor sur les finances publiques s’est révélé dominant au sein du gouvernement Couillard depuis les élections du 7 avril, et cela ne devrait pas changer au cours des prochains mois. Toutefois, après le budget, une fois l’équilibre atteint, il se pourrait que son influence diminue rapidement.

Martin Coiteux devra continuer à surveiller de près les dépenses de l’État. Mais si le gouvernement Couillard veut ensuite consacrer des efforts importants à la relance économique, ce n’est pas le président du Conseil du Trésor qui sera en première ligne.

La radicalisation, la sécurité et la neutralité de l’État

Philippe Couillard cherche à gagner du temps dans le dossier de la neutralité religieuse de l’État. En retardant le dépôt d’un projet de loi au mois de juin, il veut éviter d’unir contre sa proposition les cinq candidats à la direction du PQ. M. Couillard préfère de loin les laisser se disputer sur cette question. Lorsque la course sera terminée et que le nouveau chef des troupes péquistes aura probablement énoncé ses propres choix dans ce dossier, le premier ministre croit sans doute qu’il aura les coudées un peu plus franches. Il reste à voir si la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, parviendra à jouer efficacement un rôle de rempart au cours des prochains mois.

En matière de sécurité – la nouvelle priorité de Philippe Couillard – c’est la ministre de l’Immigration Kathleen Weil qui dirige le travail. Maintenant que le mot intégrisme religieux est devenu tabou, le gouvernement avance à pas feutrés dans un dossier dont les concepts évoluent au gré des événements et des réflexions du premier ministre. Et il n’est pas facile à suivre.

Le jour de la tragédie de Saint-Jean-sur-Richelieu, le premier ministre disait craindre une dérive sécuritaire. Après Charlie Hebdo, la sécurité est devenue l’ultime priorité. La seule chose qui paraît désormais certaine, c’est que le gouvernement Couillard n’interdira pas les symboles religieux pour les employés de l’État.

La relance économique

Malgré une mesure annoncée ce matin, la relance économique ne sera pas réellement à l’ordre du jour avant le budget. Le projet de loi pour permettre à la Caisse de dépôt et placement d’investir dans les infrastructures québécoises pourrait toutefois être présenté assez rapidement. Néanmoins, la chute du dollar canadien et du prix du baril de pétrole, combinée à une reprise aux États-Unis, devrait à la fois faciliter l’atteinte de l’équilibre budgétaire et ouvrir la voie à une croissance plus robuste, sans que cela n’exige trop d’efforts supplémentaires de la part de Québec.

Les oppositions

Il y aura les oppositions dans le Salon bleu et les oppositions à l’extérieur du parlement, dans la rue. Dans les deux cas, il ne sera pas facile de faire dévier le gouvernement de sa course.

Le Parti québécois devra mener de front son travail d’opposition officielle et gérer sa course à la direction. Sur le fond, le PQ ne conteste pas l’objectif d’équilibrer le budget en 2015-2016, il devra donc se contenter de dénoncer les moyens employés par le gouvernement pour atteindre le déficit zéro et déplorer le manque de mesures destinées à la relance économique.

La Coalition avenir Québec (CAQ) est dans la même situation et devrait formuler sensiblement le même type de critiques contre le gouvernement libéral. François Legault semble aussi prêt à dépenser beaucoup d’énergie pour discréditer le favori dans la course à la direction du PQ. Les sondages montrent qu’une victoire de Pierre Karl Péladeau pourrait amputer une part appréciable des appuis de la CAQ.

Des syndiqués du secteur public, des élus et des citoyens des régions, des groupes communautaires, des parents avec des enfants en garderie, des médecins, des employés municipaux et des étudiants notamment dénoncent l’approche libérale ou protestent contre des mesures précises. Des manifestations auront lieu cette semaine. Il est difficile de voir si la grogne populaire se transformera en vague de contestation. Pour le moment, tous ces groupes avancent en rangs dispersés.

Catégorie: Québec

Le chemin de croix de Philippe Couillard

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 publié le 30 janvier 2015 à 17 h 21

Philippe Couillard poursuit ses tergiversations sur la laïcité depuis des mois, depuis au moins une année en fait, puisque c’est fin janvier 2014 que Philippe Couillard a expulsé de son caucus celle qui était à ce moment la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin.

Les voies sinueuses qu’emprunte Philippe Couillard ne sont cependant pas impénétrables. Essayons de voir comment et où il tente d’amener les Québécois.

Le choix des mots

Le premier ministre insiste sur le vocabulaire qui devrait être employé pour évoquer ces questions.

Ce n’est pas la première fois dans ce débat. Loin de là. La « Charte des valeurs » de Bernard Drainville était un exemple de créativité et de marketing politique. Même l’expression « accommodement raisonnable » constitue une trouvaille intéressante lorsqu’on cherche à fabriquer des consensus.

Alors, M. Couillard délaisse désormais le terme « laïcité » au profit de la « neutralité religieuse » lorsque vient le temps de préciser l’action éventuelle de son gouvernement. D’emblée, qu’on soit d’accord ou pas, il faut accorder le mérite au premier ministre d’employer une notion qui est déjà bien présente dans ce débat.

Quelle est la différence?

Le philosophe belge Vincent de Coorebyter, dans ce texte, cherche à répondre précisément à cette question. Il explique que si on pousse l’effort de clarté à la limite, « on peut résumer la différence entre neutralité et laïcité comme une différence entre liberté et émancipation ».

Il juge que les deux concepts sont presque semblables au plan juridique, mais que les modèles de société qui en découlent sont bien différents.

La laïcité est souvent identifiée à l’Europe continentale et la neutralité religieuse de l’État au monde anglo-saxon. La laïcité emprunte souvent la voie des interdictions de symboles religieux, surtout parmi les employés de l’État, tandis que les juridictions qui s’inscrivent davantage dans le sens de la neutralité religieuse cherchent à limiter les interventions de l’État qui pourraient être perçues comme une atteinte à la liberté religieuse.

Lutter contre la radicalisation et non pas contre l’intégrisme

Pourtant, la lutte contre l’intégrisme était, il n’y a pas si longtemps, la priorité de Philippe Couillard. Maintenant que le premier ministre juge que l’intégrisme est acceptable, car il constitue un choix personnel, il montre du doigt la radicalisation comme la source de tous les maux.

Radicalisation est un mot fourre-tout. La radicalisation ne mène pas nécessairement à la violence, mais cela semble implicite dans les propos du premier ministre.

Alors que M. Couillard demande aux journalistes et aux Québécois de ne pas mélanger ces concepts distincts, il est difficile de ne pas constater qu’il est lui-même responsable d’une certaine confusion en passant d’un terme à l’autre et d’une priorité à l’autre, au fil des mois.

Mais, puisque l’objectif réel de Philippe Couillard est désormais de lutter contre la violence politique ou religieuse, dans quelle mesure pourra-t-il véritablement agir?

Le Code criminel relève du gouvernement fédéral. Les services de renseignements sont sous la coupe d’Ottawa. La Sûreté du Québec et le SPVM sont appelés à collaborer, mais, franchement, qu’est-ce que le premier ministre pourra faire concrètement pour éviter la radicalisation et pour faire face aux groupes et individus déjà radicalisés? Bref, qu’est-ce que Québec pourrait accomplir qu’Ottawa n’aurait pas fait? Les réponses ne sont pas évidentes et le gouvernement Couillard a seulement indiqué qu’il envisageait d’agir par l’entremise du Code civil.

La neutralité religieuse, le défunt projet de loi 94 et les droits fondamentaux

Lors de la conférence de presse à l’issue du caucus libéral, mardi dernier, Philippe Couillard a vanté les mérites de l’ancien projet de loi 94, qui avait été présenté par le gouvernement de Jean Charest. Ce projet de loi, qui comptait seulement 10 articles, exigeait que les services gouvernementaux soient donnés et reçus à visage découvert. Le projet de loi encadrait aussi les accommodements (tous les accommodements, pas seulement religieux, mais aussi pour les personnes handicapées par exemple) en rappelant qu’ils doivent respecter la Charte québécoise des droits (égalité homme-femme, neutralité religieuse) et qu’ils ne doivent pas imposer une contrainte excessive (par exemple des coûts élevés) à l’administration.

Lors de ce même point de presse, il a soutenu, en anglais, que son projet de loi, contrairement à celui du Parti québécois, sera légal et constitutionnel et que, d’aucune manière, il n’inclura des mesures discriminatoires.

Si le projet de loi 94 constitue un point de départ pour M. Couillard, il aurait avantage à consulter le mémoire de la Commission québécoise des droits de la personne qui met en doute la pertinence de ce projet de loi et propose une série d’amendements. Cette commission a pour mandat de faire la promotion et d’assurer le respect des droits énoncés dans la Charte québécoise des droits de la personne. Le gouvernement Charest n’a pas cherché à suivre les recommandations de la Commission. Le gouvernement Couillard sera-t-il plus attentif?

Quel sera le bon moment ?

Pour ce qui est de l’échéancier, Philippe Couillard a trituré plusieurs pages du calendrier. Au bout du compte, il a finalement indiqué qu’un projet de loi sur la neutralité religieuse pourrait être déposé en juin.

Ces questions sont délicates pour le Parti libéral, car ses clientèles électorales ont des points de vue divergents sur la laïcité. Les sondages montrent que les francophones sont plus interventionnistes que les anglophones. Ce n’est rien pour encourager le gouvernement Couillard à agir rapidement. Comme il a promis d’intervenir de toute façon, pourquoi ne pas le faire le plus tôt possible?

La réponse est assez simple : la course à la direction au Parti québécois. Philippe Couillard ne voit probablement aucune raison de livrer en pâture son éventuel projet de loi aux candidats péquistes qui, pour une fois, trouveraient le moyen de parler d’une seule voix pour dénoncer les intentions libérales. Non, les stratèges libéraux ont tout intérêt à ce que les péquistes continuent à débattre, dans l’espoir qu’ils en viennent à s’entre-déchirer sur ce thème délicat, parmi d’autres. Pas question de donner une occasion au Parti québécois de créer davantage d’unité dans ses rangs.

Une fois que le nouveau chef du PQ sera élu et qu’il aura énoncé ses propositions en matière de laïcité, la tâche pourrait alors se révéler un peu plus aisée pour le gouvernement Couillard.

P.-S. Pour une rare fois, comme je le mentionnais récemment dans ce blogue, Philippe Couillard a utilisé l’expression « islam radical » lundi dernier à son retour d’Europe. De toute évidence, le premier ministre voulait éviter de stigmatiser une communauté en n’utilisant pas le mot islam et ses déclinaisons dans un contexte négatif. En revanche, cela pouvait donner l’impression que le chef libéral était incapable d’identifier un problème tout de même réel et, en conséquence, de ne pas être en mesure d’y faire face.

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Commission Charbonneau : la seule option de Québec

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 publié le 28 janvier 2015 à 15 h 25

La commission Charbonneau réclame à Québec une prolongation de sept mois de son mandat. Comment le gouvernement Couillard devrait-il réagir à cette requête?

Pour répondre à cette question, je vous soumets les éléments suivants :

  • Le parti qui forme le gouvernement, le Parti libéral, fait l’objet d’un blâme de la commission Charbonneau.
  • Le précédent premier ministre libéral, Jean Charest, serait aussi blâmé par la commission.
  • Pendant des années, le précédent gouvernement libéral a refusé de mettre sur pied une commission d’enquête sur les contrats publics dans l’industrie de la construction.
  • Lorsque le gouvernement Charest a finalement accepté de mettre sur pied une commission d’enquête, le premier décret qu’il a adopté ne prévoyait pas qu’elle serait créée en vertu de la loi sur les commissions d’enquête. Ainsi, cette « patente à gosses », comme l’avait qualifié le député péquiste Stéphane Bergeron, n’aurait pas permis de contraindre des témoins à se présenter devant la commission, tandis que les commissaires n’auraient bénéficié d’aucune immunité judiciaire.
  • Depuis le début des travaux de la commission Charbonneau, les ténors libéraux n’ont cessé de répéter qu’il fallait la laisser accomplir son travail.
  • La commission Charbonneau aurait émis une centaine d’avis de blâme à des organismes et à des individus. La règle de droit veut que les groupes et les personnes visés aient l’occasion de présenter leurs versions des faits avant la publication du rapport de la commission.
  • La commission est loin d’être irréprochable, mais il apparaît que la société québécoise a déjà profité de ses travaux et que le Québec comprend mieux maintenant l’ampleur et la mécanique du système de corruption et de collusion.
  • La commission Charbonneau n’est pas gratuite, elle coûte plus d’un million de dollars par mois, mais elle a sans doute permis de réaliser des économies importantes à l’État québécois.
  • C’est finalement un mandat de quatre ans que la commission réclame. C’est long. Néanmoins, l’importance des problèmes identifiés paraît justifier un tel délai.

 

Dans ce contexte, quels pourraient être les arguments du premier ministre Philippe Couillard pour refuser cette demande de prolongation de mandat?

En cas de refus, le gouvernement libéral pourrait bien soulever un véritable tollé, qu’il n’a aucun intérêt à provoquer.

Catégorie: Québec

Le pari de l’imprévu

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 publié le 20 janvier 2015 à 19 h 52

Une mission à l’étranger est toujours un pari un peu risqué pour un premier ministre. Imaginez la sensation. Un peu comme pendant une campagne électorale, des caméras se braquent sur vous jour après jour, du matin au soir. Des journalistes vous suivent pas à pas, vous photographient, épient pratiquement chacun de vos gestes, les décortiquent. Tout comme chacun des mots que vous prononcez, d’ailleurs.

Après tout, c’est vous qui représentez le Québec sur la scène internationale. Pendant ces quelques jours, vous êtes son image. Vos paroles, diplomatiquement parlant, sont les siennes. Rien de moins.

Pour ajouter à la pression, vous changez de continent. Trois facteurs de stress majeur s’additionnent : le long vol et son inconfort, le décalage horaire et, surtout, le terrain méconnu.

En fait, seuls des responsables au ministère des Relations internationales, votre entourage proche et quelques-uns de vos conseillers – qu’on appelle « advances » dans le jargon politico-journalistique – connaissent le parcours que vous allez suivre. Un parcours d’une précision presque chirurgicale.

Les advances vous diront où marcher, où vous arrêter pour prendre la pose, dans quelle direction vous diriger pour rencontrer tel politicien ou tel diplomate. Ils vous ont organisé un horaire planifié à la minute près, et vous avez intérêt à le suivre religieusement… enfin… rigoureusement, parce que sinon c’est toute la journée qui peut déraper. Imaginez alors les manchettes.

Continuons l’exercice. Vous avez mis, avec votre entourage, des semaines, sinon des mois à planifier cette mission. Dans certains cas, il a fallu faire des pieds et des mains pour obtenir un entretien. Il ne durera peut-être que 15 minutes, mais simplement l’avoir, c’est un exploit. Vous aimeriez donc qu’on en parle. Qu’on mette en lumière les efforts déployés.

À vrai dire, vous ne voyez même pas comment il est possible que toutes ces démarches ne fassent pas l’objet de reportages. Ne serait-ce que pour que ceux qui vous ont élu voient à quel point vous ne faites pas que des compressions dans votre quête vers l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Vous essayez aussi d’attirer les investissements étrangers, de donner du corps et de la substance à vos grands projets dont vous parlez depuis la campagne électorale pour qu’enfin, vous puissiez dire que oui, vous avez redressé les finances publiques.

Puis arrive l’imprévu. Celui  que les advances auraient voulu visualiser quand ils ont planifié le scénario du pire. L’une de ces personnes m’a déjà dit : « Notre rôle, c’est de prévoir l’imprévu. » Mais ils ne pouvaient, d’aucune façon, prévoir celui-là.

Pour cette mission en Europe de Philippe Couillard qui se terminera avec le Forum économique de Davos, ce scénario de l’imprévu, c’est celui d’un attentat terroriste, planifié selon les premières indications par des extrémistes djihadistes, et déjoué avec fracas exactement là où le premier ministre se dirigeait 48 heures plus tard, en Belgique.

L’événement est à ce point explosif, sans mauvais jeu de mots, qu’il incite les dirigeants belges à déployer l’armée en renfort aux policiers en raison des menaces à la sécurité, du jamais vu en Belgique en 30 ans. Si vous êtes le premier ministre, vous savez pertinemment que ni vous ni les journalistes ne pourrez les ignorer. Les médias locaux ne parlent que de ça, ouvrent le débat sur la suite des choses. Ils recueillent les opinions des auditeurs sur la question.

Évidemment, ceux que vous devez rencontrer sur place songent à décommander, puis résistent, pour montrer que la vie continue. Mais pour vous, c’est d’autant plus un scénario du pire. Lorsqu‘ils prennent la parole, ils mettent à l’ordre du jour, parce qu’ils sont touchés au cœur de leur propre identité, le sujet qui risque à nouveau de diviser la population chez vous, soit le rôle fondamental de l’État dans la lutte au radicalisme.

Si au moins vous aviez de nouveaux contrats à rendre publics, des entreprises qui sont prêtes à dire devant les caméras qu’elles souhaitent investir chez vous, à créer des emplois sur votre territoire. Si vous pouviez sortir tambours et trompettes pour annoncer le fruit de vos longues démarches. Si vous pouviez entériner une entente…

Mais ce n’était pas l’objectif de cette mission, et vous le saviez. Ici, vous veniez entretenir des relations et peut-être, au mieux, semer la graine d’un partenariat, tisser le début d’amitiés politiques, trouver des investissements à long terme. Vous le saviez, mais pas nécessairement les contribuables.

Alors, vous avez beau avoir multiplié les rencontres à un rythme si effréné que même les journalistes peinaient à vous suivre, n’avoir dormi que quelques petites heures par nuit puis, recommencé le lendemain. À court terme, tous ces efforts ne vous permettront pas de prouver hors de tout doute que vous êtes un grand bâtisseur. Pas encore.

Ils n’auront pas pu éclipser le débat qui fait rage. Ils n’auront pas donné tout l’éclat que vous auriez espéré pour cette mission. La politique est un métier bien ingrat. Mince consolation, s’il en est une : sans ce contexte hors du commun, la visibilité médiatique aurait sans aucun doute été encore plus limitée.

Le premier ministre Philippe Couillard le reconnaît lui-même. Ce type de mission coûte cher. Assez pour ne pas inviter de ministre à l’accompagner. Mais en période d’austérité, il faut bien savoir choisir ses batailles. Le jeu en vaut-il la chandelle? En fin de compte, ce sera aux Québécois d’en juger.

Mais Philippe Couillard, lui, l’a clairement dit lundi. À son avis, le Québec doit rester actif, avoir sa voix à l’échelle planétaire. Une voix qu’il a bien l’intention de continuer à porter, même si parfois elle est assourdie par le bruit des bottes des soldats, ou de ceux qui critiquent les sommes que le gouvernement y investit.

Catégorie: Québec

De la fumée dans le tunnel

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 publié le 18 janvier 2015 à 3 h 25

Il était un peu passé midi quand le téléphone a sonné. Au bout du fil, le responsable des médias pour la mission de Philippe Couillard en Europe :

– On ne pourra pas se rendre à Bruxelles : les trains de Londres à la Belgique sont annulés.

– LES trains…?

– Tous les trains!

– Pourquoi?

– On ne sait pas. Il y a eu de la fumée dans le tunnel sous la Manche, c’est ce qu’ils nous ont dit à la gare, c’est tout ce qu’on sait. On cherche un moyen pour se rendre.

Vite, sur le site de la BBC. Fumée : confirmée. Cause : pour l’instant inconnue.

Sur le site d’Eurostar, pas beaucoup plus d’explications : « Aucun train ne peut circuler aujourd’hui », annonce sans plus de détails l’entreprise sur son site web.

Dans le contexte actuel, il n’en faut pas plus pour imaginer le pire : la Belgique est sur un pied d’alerte depuis l’attentat déjoué il y a deux jours, et l’armée vient de déployer 300 militaires près des sites sensibles après ces opérations antiterroristes. En première page du quotidien londonien The Guardian ce matin : « Les policiers au plus haut niveau d’alerte terroriste. » La France, elle, pleure encore les disparus de la tuerie au Charlie Hebdo.

Et c’est exactement comme ça que ça se passe, qu’on se met à craindre qu’un nouvel attentat soit survenu et que tout à coup, on soit peut-être trop près des premières loges.

Finalement, on saura plus tard que la fumée dans le tunnel a été déclenchée par une navette qui transportait des camions. Un bête accident, semble-t-il, mais avec un très mauvais sens du timing. Cela a forcé des milliers de voyageurs, journalistes inclus, à trouver une autre façon de se rendre à Paris et à Bruxelles.

« It’s good business », nous a dit un employé de compagnie aérienne à l’aéroport d’Heathrow. C’est vrai. Mais les voyageurs, eux, ne la trouvent pas drôle. Leurs déplacements sont plus compliqués, leurs rendez-vous manqués. Samedi, par exemple, on a vite compris, même s’il était impossible d’avoir la ligne du transporteur ferroviaire, qu’il fallait laisser tomber le train prévu en soirée.

Il a d’abord été envisagé de louer une voiture et de prendre le traversier, mais le temps manquait et l’opération était complexe. Alors, il a fallu trouver un billet d’avion à un prix décent, au moment où des milliers de voyageurs se battaient pour les mêmes sièges que nous.

Pour la Belgique, les vols étaient complets. Et ceux qui pouvaient monter à bord des avions revoyaient en boucle aux nouvelles, en attendant le décollage, les images des longues files d’attente à la gare, et les commentaires de voyageurs qui commencent à trouver la situation préoccupante. En fait, partout où nous sommes allés à Londres, dans les cafés, les taxis, les restos… partout on nous a parlé d’attentats, des menaces potentielles à la sécurité, d’extrémisme et aussi de laïcité et du rôle de l’État.

Que Philippe Couillard le veuille ou non, le sujet restera à l’ordre du jour. Et il sera toujours aussi délicat. Il peut espérer que les esprits se calment avant de demander le dépôt du projet de loi sur la neutralité de l’État, et on peut comprendre qu’il craigne les dérapages, les amalgames, les glissements qui pourraient aggraver la situation. Mais il ne faut pas s’étonner que le sujet le rattrape dans le cadre de sa mission en sol européen.

C’est désormais avec ce contexte qu’il doit composer. C’est vrai ici, et ce sera probablement vrai au Québec. Chez nous aussi, il y aura de la fumée dans un tunnel. Peut-être de plus en plus de fumée.

Et pour la petite histoire, pas d’inquiétude, nous sommes arrivés à Bruxelles. Et nous avons célébré l’événement en réalisant notre rêve du jour : manger des frites et boire de la bière belge comme nous l’avions planifié avant toutes nos péripéties.

Catégorie: Québec