Billets classés sous « conservateurs »

Rob Ford, le conservateur

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 publié le 15 novembre 2013 à 10 h 54

Il est intéressant de voir les réactions et les propos des membres du gouvernement Harper devant la déchéance graduelle de leur ami, parce que c’est comme ça que plusieurs qualifient Rob Ford. C’est d’autant plus intéressant quand on voit comment les mêmes individus en remettent sur Justin Trudeau au sujet de sa consommation et surtout de sa position sur la marijuana.

Le dernier en date à ce chapitre est Peter MacKay. Avant-hier, il a, semble-t-il, un peu étiré les propos du chef libéral devant des étudiants manitobains pour mieux s’en prendre à lui. M. MacKay jongle également avec l’idée de serrer encore la vis aux conducteurs en état d’ébriété avec de nouvelles peines minimales obligatoires. Son prédécesseur à la Justice en avait en plus imposé de nouvelles pour plusieurs délits reliés à la drogue. Deux secteurs qui ne sont pas étrangers aux comportements qu’on reproche à M. Ford, en passant.

M. Trudeau est donc rapidement condamné par M. MacKay et ses collègues, mais disons que la réaction est beaucoup plus mesurée devant les frasques et les infractions, pour la plupart admises, de M. Ford.

Il faut dire que l’exemple vient de haut, du grand patron lui-même, qui a arrimé sa machine politique à celle du maire Ford, alors récemment élu maire de Toronto, à l’été 2011. L’arrimage était d’ailleurs tout aussi personnel que politique, du moins si on se fie à la présentation faite par Rob Ford lui-même. Le BBQ conservateur du 2 août 2011 a permis à M. Ford de nous apprendre qu’il s’était trouvé un « nouveau partenaire de pêche », qui venait de l’emmener dans le nord de l’Ontario pour lui permettre de sortir du lac un magnifique achigan. Ce partenaire n’était nul autre que M. Harper qui, trois mois plus tôt, avait acquis sa première majorité au Parlement face à la vague néo-démocrate et à l’effondrement des libéraux.

Une fois sur la tribune, M. Harper y est allé d’une envolée sur sa récente élection, celle de M. Ford et celle à venir, du moins l’espérait-il, des conservateurs de Tim Hudak à Queen’s Park. On était à trois mois d’une élection ontarienne. M. Harper de dire :

« On a commencé à nettoyer le gâchis de la gauche au niveau fédéral dans la région. Rob est en train de s’en charger au municipal, et on doit maintenant compléter le tour du chapeau et le faire au provincial également. »

M. Hudak a perdu son élection face à un Dalton McGuinty devenu minoritaire. M. Harper a ainsi raté le tour du chapeau conservateur tant souhaité.

Mais revenons au Rob Ford d’aujourd’hui. M. Harper n’a pas eu « l’occasion » de commenter les derniers développements. Disons qu’il ne l’a pas vraiment cherché non plus. Vous vous rappelez que j’ai fait état des restrictions imposées aux médias à Calgary. En fait,  quelques minutes après que le chef de police de Toronto eut confirmé l’existence de la fameuse vidéo montrant M. Ford fumant du crack, l’horaire de M. Harper était modifié. On éliminait une séance de prise d’images sur son arrivée au congrès de son parti à Calgary. Pas un point de presse, mais quand même une occasion perdue de lancer une question sur le sujet du jour au premier ministre.

Ses ministres ont pour leur part adopté l’approche de la belle compréhension dont je parlais plus haut, à savoir que M. Ford avait besoin d’aide dans les circonstances.

Le croisé antidrogue autoproclamé Peter MacKay estime qu’« en tant qu’être humain », il souhaitait que Rob Ford obtienne de l’aide, que ce sont de « tristes événements pour la ville de Toronto ». Joe Oliver laissait le soin au conseil municipal de gérer l’affaire, pendant que Tony Clement disait prier pour M. Ford.

Le plus affecté est un ami personnel de M. Ford et de sa famille, Jim Flaherty. Le ministre des Finances refoulait tant bien que mal ses larmes et a pris beaucoup de temps avant que les mots ne sortent de sa bouche lorsqu’il a été interrogé en marge de consultations prébudgétaires. « M. Ford doit prendre ses propres décisions, sa famille doit être là pour l’aider, je leur souhaite bonne chance, c’est tout ce que je peux dire », a-t-il déclaré.

On attend maintenant de voir comment le premier ministre Harper se positionnera au sujet de son allié politique régional de Toronto, allié qui semble encore avoir un certain appui d’une clientèle électorale qu’il partage avec les conservateurs de M. Harper, à preuve, le BBQ d’août 2011. La « Ford Nation » est aux aguets.

Ça pourrait à la rigueur arriver à la période des questions, si le sujet est jugé recevable. Ou encore si les étudiants en marketing ou les présidents de chambre de commerce, qui ont la permission de poser des questions au premier ministre ces temps-ci, se risquent sur le sujet. Pour ce qui est de la presse, elle devra visiblement s’armer de patience, car M. Harper ne se précipite pas beaucoup devant les caméras lorsqu’elles sont accompagnées d’un microphone.

Catégorie: Ottawa

Gouvernement Harper : la compassion à géométrie variable

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 publié le 8 novembre 2013 à 12 h 50

Malgré les déboires à répétition du maire de Toronto, Rob Ford, ses amis conservateurs de la scène fédérale continuent de le soutenir, de l’épauler. Personne ne demande sa démission, personne ne l’a condamné.

Le président du Conseil du Trésor Tony Clement a affirmé qu’il priait pour Rob Ford. Pas plus tard que la semaine dernière, le député conservateur ontarien Parm Gill a qualifié Rob Ford de « great mayor », un grand maire.

Et que dire du ministre des Finances Jim Flaherty. Il est devenu excessivement émotif, au bord des larmes, quand il a été interrogé jeudi sur les déboires de son ami Rob Ford. Constatez par vous-même le désarroi du ministre Flaherty :

Avoir de la compassion n’est pas un défaut, loin de là. Le problème, c’est quand cette compassion ne s’applique qu’aux amis. Alors qu’ils sont des partisans de la ligne dure en ce qui concerne l’application de la loi et de l’ordre, les conservateurs de Stephen Harper sont, entre eux, très indulgents. Il faut des preuves en béton avant que ce gouvernement laisse tomber un des siens.

Pensons simplement à l’affaire des appels robotisés illégaux ou au député Dean Del Mastro, longtemps soutenu par Stephen Harper malgré des dépenses illégales lors des dernières élections. Et que dire de la crise du Sénat. Les sénateurs Wallin, Brazeau et Duffy ont été appuyés par le gouvernement jusqu’à ce que cette histoire devienne indéfendable.

Quand les contrevenants ne sont pas les amis du gouvernement, c’est une tout autre affaire. Pensez, par exemple, à ces militants canadiens de Greenpeace, détenus en Russie depuis le 19 septembre. Les familles d’Alexandre Paul et de Paul Ruzycki sont venues supplier le gouvernement d’intervenir la semaine dernière à Ottawa. Leur appel est resté sans réponse.

Rappelez-vous également la position sans compromis du gouvernement Harper dans le dossier des sites de supervision pour les gens qui s’injectent de la drogue. Plusieurs estiment que les conservateurs veulent punir et non pas aider les utilisateurs de drogue. Justin Trudeau, qui a pris position en faveur de la légalisation de la marijuana, fait l’objet d’attaques quotidiennes des conservateurs en Chambre.

Sans oublier les propos du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu qui, en février 2012, suggérait que chaque personne condamnée pour meurtre devrait avoir une corde pour se pendre dans sa cellule. Dans un autre registre, plusieurs ont condamné la réforme de l’assurance-emploi. Pour eux, cette réforme est très dure envers les chômeurs et manque nettement de compassion envers les travailleurs saisonniers.

Autrement dit, les conservateurs de Stephen Harper semblent avoir de la compassion, mais pour les amis seulement. C’est ce qu’on appelle la compassion à géométrie variable…

Catégorie: Ottawa

Gérer par communiqués

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 publié le 11 octobre 2013 à 11 h 06

Le gouvernement Harper n’a jamais été un modèle de communications. Même s’il a été élu par la population, même s’il doit répondre publiquement de ses actions, ce gouvernement semble de moins en moins enclin à rendre des comptes ou, tout simplement, à occuper l’espace public. Depuis quelques mois, les conservateurs privilégient, sur à peu près tous les sujets, la publication de laconiques communiqués.

Voici quatre exemples récents.

Parlons de ces deux Canadiens détenus en Égypte pendant plusieurs semaines. Qu’a fait le gouvernement Harper pour régler le dossier, pour dénouer l’impasse? Les Canadiens sont en droit de savoir ce qu’un gouvernement fait pour aider ses ressortissants en difficulté à l’étranger. Voici ce que disait la ministre Lynne Yelich pendant la détention des deux hommes :

« Le 29 septembre 2013 — La ministre d’État (Affaires étrangères et consulaires), l’honorable Lynne Yelich, a fait aujourd’hui la déclaration suivante :

Nous avons été déçus aujourd’hui d’apprendre que le Dr Loubani et M. Greyson vont demeurer en détention.

Le Canada continue de demander que cette situation soit résolue de façon rapide et positive; en l’absence d’une confirmation des accusations qui pèsent contre eux, il réclame une fois de plus leur libération.

Le ministre Baird et moi-même sommes en étroite communication avec des représentants égyptiens et nous avons eu plusieurs échanges avec ces derniers; aussi, nos représentants de l’ambassade au Caire continuent de tenir des rencontres régulières avec de hauts responsables du gouvernement égyptien sur ce dossier.


Le bien-être du Dr Loubani et de M. Greyson est notre priorité absolue. Nos représentants consulaires continuent de pouvoir les rencontrer et nous sommes en communication régulière avec l’avocat des Canadiens et leurs familles. »

Puis, après sept semaines de détention, les deux hommes sont relâchés. Leur statut demeure incertain pendant une semaine, car ils ne peuvent quitter l’Égypte. Que s’est-il passé? Y a-t-il eu des tractations entre les deux gouvernements? Voici ce que la ministre s’est limitée à dire :

« Le 11 octobre 2013 — La ministre d’État (Affaires étrangères et consulaires), l’honorable Lynne Yelich, a fait aujourd’hui la déclaration suivante :


Le Canada se joint aux familles de MM. Loubani et Greyson pour célébrer leur retour au Canada.


Je remercie le gouvernement de l’Égypte de son aide inestimable dans ce dossier et d’avoir donné un accès consulaire régulier aux deux Canadiens.


Je tiens à remercier également l’ambassadeur du Canada en Égypte de même que son équipe consulaire qui ont fourni un soutien et une assistance continus à MM. Loubani et Greyson, ainsi qu’à leurs familles.


Je rappelle aux Canadiens de consulter voyage.gc.ca afin de se renseigner sur les lois locales avant de voyager à l’étranger. »

Autre exemple :

Alors que le débat sur le suicide assisté prend de plus en plus d’ampleur au pays, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique a, dans une décision partagée, maintenu l’interdiction du suicide assisté. Plusieurs croient que le ministre de la Justice aurait dû expliquer clairement la position de son gouvernement, répondre aux multiples questions que suscite ce jugement. Or, le ministre MacKay a choisi de réagir par le communiqué suivant :

« La décision prise aujourd’hui par la Cour d’appel de la Colombie-Britannique renforce l’avis du gouvernement que les dispositions du Code criminel qui interdisent aux professionnels de la santé ou à qui que ce soit d’autre de donner des conseils en vue d’aider quelqu’un à se suicider ou d’aider quelqu’un à se suicider sont valide sur le plan constitutionnel. Les lois au sujet de l’euthanasie et du suicide assisté servent à protéger tous les Canadiens, notamment les plus vulnérables. »

L’homme d’affaires Paul Desmarais est décédé cette semaine. Toute la classe politique a réagi. Les anciens premiers ministres Jean Chrétien, Paul Martin, Brian Mulroney se sont exprimés publiquement. Stephen Harper revenait d’Indonésie. A-t-il délégué un ministre senior pour parler au nom du gouvernement? Non. Il a publié un communiqué :

« Le premier ministre Stephen Harper a fait aujourd’hui la déclaration suivante au sujet du décès de l’honorable Paul Desmarais :


Au nom de tous les Canadiens, Laureen et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de Paul Desmarais.


M. Desmarais, un des hommes d’affaires du Canada qui a le mieux réussi, était connu pour son leadership, son intégrité, sa vision d’envergure internationale et son profond attachement à son pays. Il participait aussi activement au milieu des services communautaires, ainsi qu’à ceux de l’éducation et des arts.


En 1968, M. Desmarais a pris le contrôle de la société Power Corporation du Canada. Il a dirigé cette entreprise à titre de président du conseil et de chef de la direction, de 1968 à 1996, puis à titre de président du comité exécutif du conseil. Il a aussi été le président fondateur du conseil d’administration du Conseil commercial Canada-Chine.


Ses accomplissements ont valu à M. Desmarais de nombreuses décorations, notamment le titre de compagnon de l’Ordre du Canada, en 1987, d’officier de l’Ordre national du Québec, en 1988, et son assermentation à titre de membre du Conseil privé du Canada, en 1992. En 2008, la France lui a décerné la Grand-Croix de l’Ordre national de la Légion d’honneur. En 2007, il a reçu le Prix d’excellence pour le leadership au Canada de l’Université d’Ottawa, qui a aussi nommé un de ses bâtiments en son honneur.


On se souviendra de M. Desmarais comme d’un chef d’entreprise unique, qui a amélioré la vie des Canadiens, par les emplois qu’il a créés et par son travail caritatif. »

Même pour les bonnes nouvelles, ce gouvernement refuse de faire des déclarations publiques. Alice Munro est devenue la première Canadienne à recevoir le prix Nobel de littérature. Culturellement, c’est un événement majeur dans l’histoire du pays. Le premier ministre ou sa ministre du patrimoine ont-ils rendu un hommage à Mme Munro? Oui, mais seulement avec un communiqué…

Le premier ministre Stephen Harper a fait aujourd’hui la déclaration suivante après avoir appris que l’auteure canadienne Alice Munro avait remporté le prix Nobel de littérature de cette année :

« Au nom de tous les Canadiens, j’aimerais féliciter Alice Munro d’être la première Canadienne à remporter la distinction internationale la plus prestigieuse en littérature.


Les Canadiens sont énormément fiers de cet accomplissement remarquable, qui est le point culminant d’une vie d’écriture exceptionnelle.


Mme Munro est une géante de la littérature canadienne, et ce prix Nobel renforce davantage la place que le Canada occupe dans les rangs des pays qui ont chez eux les meilleurs écrivains du monde.


Je suis convaincu que l’ensemble de l’œuvre exceptionnelle de Mme Munro et cet accomplissement monumental inciteront les écrivains canadiens de tous les niveaux à travailler à l’atteinte de l’excellence dans le domaine littéraire et à suivre leur passion pour l’écriture. »

Alors, voilà. En évitant de se présenter sur la place publique pour répondre aux questions, le gouvernement s’assure de bien contrôler son message et de ne pas avoir à répondre aux questions sur d’autres sujets qu’il estime délicats ou inconfortables. Mais faut-il vraiment se contenter d’un gouvernement qui parle de moins en moins et gère les communications du pays à coups de communiqués?

Catégorie: Ottawa

Le chef conservateur Tim Hudak fait un virage à 180 degrés. Fini l’obstruction à Queen’s Park. Il souhaite maintenant collaborer avec le gouvernement libéral minoritaire. 

Les libéraux ontariens accusent souvent leurs adversaires conservateurs d’utiliser des politiques et des stratégies empruntées au Tea Party américain. Mais pendant qu’aux États-Unis des élus républicains affiliés au Tea Party se retrouvent au centre de l’impasse budgétaire qui paralyse le gouvernement, ici, en Ontario, les conservateurs semblent vouloir abandonner leurs tactiques dilatoires.

Les conservateurs parlent d’un Tim Hudak 2.0. Fini l’obstruction systématique des travaux à Queen’s Park. Fini le mantra « Nous allons défaire le gouvernement ».  L’heure est à la coopération. Le PC est maintenant prêt à collaborer avec les libéraux minoritaires pour faire adopter une série de projets de loi à saveur économique ou sociale le printemps prochain.

Peut-être parce que les conservateurs veulent imiter le NPD, pour qui la collaboration semble avoir porté ses fruits. Le gouvernement ontarien adopte certaines idées du NPD et sa chef Andrea Horwath a gagné en popularité.

Mais le changement de ton du Parti conservateur pourrait aussi être une stratégie à long terme en deux temps bien orchestrée.

Au congrès conservateur à London, Tim Hudak s’est prêté à deux séances de questions-réponses avec ses militants. Parmi les commentaires provenant de ces derniers :

« Il faut adoucir l’image de notre parti auprès du public. Nous sommes vus comme le parti sans âme, trop axé sur les affaires. Les autres partis s’approprient complètement l’image de la compassion et ça nuit à notre popularité. »

« Il faut cesser de taper sur la tête des syndicats. Ils représentent la classe moyenne, et on ne peut gagner sans l’appui de la classe moyenne. »

Voilà le coeur du problème des conservateurs.  Le virage à droite entamé par Mike Harris dans les années 90 ne semble plus suffire. Les «Red Tories » ont déserté le parti. Le PC plafonne dans les intentions de vote à 36-37 % depuis la dernière élection, malgré un gouvernement libéral impopulaire. Pour espérer former un gouvernement majoritaire, les conservateurs doivent gagner beaucoup plus de sièges à Toronto ou dépasser la barre des 40 %.

Pourtant, depuis la dernière élection il y deux ans, Tim Hudak maintenait la ligne dure : menace de défaire les libéraux, position antisyndicale, politiques sociales empruntées au Tea Party américain. Mais ce Tim Hudak ne parlait pas à l’électorat en général. Il parlait à ses militants, en tournée dans toutes les circonscriptions pour fouetter les troupes et aussi pour remplir les coffres. Sa mission est accomplie. Les dons politiques entrent à la pelle, soit 4,6 millions déjà cette année, presque autant que les 5 millions des libéraux.

La base maintenant mobilisée, les conservateurs passent à la seconde phase de leur stratégie :  l’opération de séduction de l’électorat.

 

Catégorie: Ontario

La pire semaine du gouvernement Harper

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 publié le 24 mai 2013 à 15 h 35

Chaque gouvernement a ses hauts et ses bas. Mais cette semaine, le gouvernement Harper a connu un bas historique. Sa pire performance depuis son élection en janvier 2006. Quelle semaine horrible au cours de laquelle rien n’est allé correctement.

Au terme d’un épisode déjà pas facile la semaine dernière, celui qui vient de s’écouler a commencé de bien mauvaise façon. Dimanche matin, au milieu d’une fin de semaine de trois jours, le bureau du premier ministre a annoncé le départ de son chef de cabinet, Nigel Wright, celui-là même que Stephen Harper louangeait sans réserve depuis que l’histoire du chèque personnel de 90 000 $ à Mike Duffy avait fait la manchette.

Le bureau du premier ministre n’avait sûrement pas la naïveté de croire que cette histoire du week-end n’aurait pas de suite, mais jamais il n’aurait cru que le raz-de-marée aurait une telle amplitude.

Des questions sans réponse

Les travaux à la Chambre des communes ont repris mardi, mais le premier ministre n’y était pas parce qu’il quittait le pays pour une tournée au Pérou et en Colombie. Il a donc cru bon parler à son caucus avant de partir. Il a toutefois limité son discours à des banalités. M. Harper était choqué par cette histoire de chèque au sénateur Duffy, mais il a laissé vides toutes les autres cases.

Que savait-il de cette affaire? Était-il au courant que son chef de cabinet avait épongé les dettes du sénateur Duffy, à même ses fonds personnels? Est-ce qu’il y a eu des interventions de son bureau pour atténuer les blâmes contre le sénateur Duffy?

Le premier ministre a sauté dans l’avion sans répondre aux questions. Pendant ce temps, en Chambre, le parti au pouvoir a passé un mauvais quart d’heure. Chaque jour a apporté son lot de nouvelles informations, toutes plus incriminantes les unes que les autres.

Pire encore, elles visaient tout l’entourage immédiat du premier ministre, du chef de cabinet, Nigel Wright, jusqu’à la sénatrice Carolyn Stewart-Olsen qui, avant sa nomination au Sénat, a longtemps accompagné Stephen Harper comme attachée de presse, tant au Reform party qu’au Parti conservateur. Mme Stewart-Olsen est soupçonnée d’avoir adouci un rapport très négatif à l’endroit de Mike Duffy. Les partis d’opposition se demandent si l’ordre ne venait pas d’en haut.

La crise au Sénat a des échos en Amérique du Sud

Et pendant que rien n’allait à Ottawa, la situation n’était pas beaucoup plus rose à Lima et à Cali. Le voyage sud-américain de Stephen Harper a été totalement éclipsé par la crise au Sénat et c’est à l’étranger que le premier ministre a dû répondre aux questions inconfortables. Il a réitéré qu’il ignorait tout de cette histoire jusqu’à la semaine dernière et que, peut-être, a-t-il tardé avant d’accepter la démission de son chef de cabinet.

Au moment où M. Harper se démène pour défendre l’intégrité de son bureau, voilà que nous apprenons que la GRC pose des questions, demandent des documents au Sénat afin de savoir s’il y a matière à enquêter sur les dépenses des sénateurs Mike Duffy, Patrick Brazeau et Mac Harb.

Bref, le gouvernement conservateur n’a jamais passé une aussi mauvaise semaine. Stephen Harper revient de voyage et tentera de reprendre le contrôle de la situation. Mais ce sera difficile, car les histoires tordues ne cessent de s’accumuler. L’accalmie ne viendra peut-être pas avant la pause estivale.

Catégorie: Ottawa

Les « révoltés » conservateurs

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 publié le 27 mars 2013 à 9 h 58

Eh ben! Des députés conservateurs se plaignent que leur propre préfet de discipline, le whip, brime leur droit de parole à la Chambre des communes! Ils tiennent tellement à leur petite minute de gloire, ces déclarations quotidiennes communément appelées ici les « articles 31 », que l’un d’eux a demandé au président de la Chambre de statuer sur le réel pouvoir de leur whip. Le whip décide de la rotation de ceux qui ont le droit de parole chaque jour et du contenu de ces déclarations.

Évidemment, le whip en question — et le NPD pense un peu la même chose — estime que ce sont les affaires internes de chaque caucus, que le président, l’arbitre ultime en Chambre, n’a pas à s’en mêler. On peut faire le parallèle avec l’arbitre au hockey qui ne décide pas quel joueur est sur la glace et en quelles circonstances. Le fait qu’une déclaration touchant à l’épineuse question de l’avortement ait entraîné ce « soulèvement » assaisonne politiquement toute l’affaire. Le patron suprême n’étant pas le whip, mais bien le premier ministre, on comprend que Stephen Harper en a un peu assez de voir cette marmite, sur laquelle il veut mettre le couvercle, laisser trop souvent passer de la vapeur aux ouvertures.

Cela dit, il est quand même assez ironique de voir ces députés conservateurs, pro-vie pour la plupart, ruer dans les brancards pour le sacro-saint droit des députés, en tant qu’individus élus et non pas comme représentants d’un parti ou du gouvernement, de s’exprimer librement en Chambre. On se demande où ils étaient lorsque le même gouvernement a imposé des bâillons à répétition sur un certain projet de loi C-10 sur la lutte à la criminalité ou encore quand on a débattu, que dis-je, discuté, à la vapeur des quelque 800 pages, des deux mégaprojets de loi budgétaires l’an dernier.

Encore plus récemment, pendant cette même période des articles 31, durant laquelle ils réclament leur pleine liberté, des dizaines d’entre eux ont pris la précieuse minute pour dénoncer la prétendue « taxe sur le carbone de 21 milliards de dollars » du NPD. Leurs déclarations étaient tellement semblables qu’on ne peut douter de la véritable source, soit  ce même bureau du whip dont ils veulent maintenant prendre leur distance.

Disons qu’on parle d’un droit à géométrie variable si je comprends bien…

Catégorie: Ottawa

Vers le budget, suite…

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 publié le 6 février 2013 à 15 h 41

Je vous entretenais avant-hier de ce qui était essentiellement le lancement de la saison budgétaire. Une saison qui était loin de démarrer en lion, si on la compare à l’an dernier. Le premier ministre Harper était alors allé présenter sa liste d’épicerie budgétaire à Davos dès la mi-janvier. Pensions, évaluation environnementale, immigration, R&D, etc. Les journalistes de la tribune de la presse parlementaire se précipitaient aussitôt sur les éléments de son discours comme des piranhas sur l’animal en détresse qui se débat dans l’eau trouble. C’était à qui obtiendrait le premier une confirmation des mesures précises du budget sur les intentions dévoilées à Davos.

En prime, les ministres Finley, Oliver, Kenney et Goodyear avaient tous prononcé des discours dans les semaines précédant le budget, fournissant chacun des indications plus précises sur la direction que s’apprêtait à prendre le gouvernement dans leur domaine respectif.

Le ministre des Finances ne semble pas vouloir ouvrir la porte à la spéculation cette année, si l’on se fie au discours prudent qu’il vient de prononcer devant l’Economic Club d’Ottawa. Jim Flaherty donne essentiellement une chronologie commentée, certains diront embellie, des événements depuis son arrivée à la tête du ministère des Finances, il y a sept ans jour pour jour aujourd’hui.

Sur l’avenir? Ses intentions budgétaires? Rien si ce n’est qu’il dégonfle le premier ballon d’essai de la saison paru dans le Globe & Mail d’hier sur l’intention prêtée au gouvernement Harper de s’engager dans un plan à très long terme de dépenses d’infrastructures qui se ferait de concert avec les municipalités et même le secteur privé. Aucune somme ni aucun échéancier n’étaient mentionnés. En deux lignes aujourd’hui, M. Flaherty affirme qu’aucune décision du genre n’est prise et que toute décision sera prise dans le contexte de la situation budgétaire actuelle qui n’est pas rose. L’opposition l’accuse d’ailleurs déjà de jeter une douche froide sur une fuite qu’il aurait lui-même orchestrée.

En fait, plutôt que de laisser miroiter des intentions quant aux incertitudes économiques, M. Flaherty est plus clair sur ce qu’il ne fera pas. Il ne se lancera pas dans des programmes de dépenses risquées ou sans fin qui accroîtraient le déficit. Il n’infligera pas de nouveaux impôts ou taxes aux Canadiens.

Voilà où l’on en est. Toujours pas de date pour ce budget, mais on semble s’engager sur la voie des attentes réduites, quitte à faire plus si la situation le nécessite.

Catégorie: Ottawa

Compte à rebours vers le budget

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 publié le 4 février 2013 à 18 h 09

Le bulletin de santé du ministre Jim Flaherty a attiré l’attention sur les préparatifs budgétaires en cours. Nous sommes à quelques semaines du dépôt du budget : plus de la moitié de ceux des 25 dernières années ont été déposés en février, plusieurs autres au tout début de mars. Bref, ça s’en vient à grands pas, alors que très peu de signaux ont été envoyés, par exemple un discours comme celui de M. Harper à Davos l’an dernier, quelques fuites calculées comme ballon d’essai, ou autres.

Peu d’indications sont fournies par le gouvernement Harper sur ses priorités à l’intérieur de LA priorité qu’est l’économie. Difficile de déduire quoi que ce soit des messages non codés, mais pas clairs pour autant, que le premier ministre Harper et son homme de confiance envoient à l’occasion. Même si l’on se défend de faire preuve de complaisance, on constate qu’une bonne part des déclarations portent sur la belle performance canadienne dans les circonstances et comparativement à la situation globale… Ça vous semble du réchauffé?

La récente visite de M. Flaherty au Forum économique mondial de Davos était annoncée en mentionnant qu’il irait y « souligner le leadership du Canada sur les plans économique et budgétaire ». Mais le discours ou les déclarations qu’il a pu y faire en leçon au reste du monde ne sont pas sur le site du ministère des Finances. Son patron n’est pas en reste. M. Harper a lancé la session avec une allocution à ses troupes à laquelle nous étions exceptionnellement conviés. Au moins 900 000 emplois créés depuis le creux de la crise, la meilleure illustration d’un pays qui « continue à évoluer avec succès au sein d’une économie mondiale qui demeure très fragile ». M. Harper reconnaît l’incertitude du moment, mais s’en tient à la continuité quand il parle des moyens à prendre, soit mieux former les travailleurs, déceler les technologies de la croissance, éliminer la paperasse inutile et, vous l’avez deviné, maintenir les impôts bas.

Encore lundi après-midi à la période des questions, le ministre associé à M. Flaherty, Ted Menzies, invoquait les conclusions de l’OCDE et du FMI sur les bons résultats du Canada qu’il attribuait au plan d’action économique du gouvernement conservateur. Est-ce que M. Menzies essayait de convaincre un député de l’opposition? Même pas. Dans la catégorie « on est jamais si bien servi que par soi-même », c’est un député conservateur qui, avec la « question plantée » du jour, demandait des « comptes » au gouvernement. Le député citait les louanges du Chicago Tribune et mentionnait que notre système bancaire se porte bien, que le secteur domiciliaire est en santé et que les dépenses publiques sont maîtrisées.

Le secteur bancaire? Sa solidité vient de choix faits il y a des décennies et d’ajustements effectués par les gouvernements Chrétien et Mulroney. Le secteur domiciliaire? Rappelons que ce sont les conservateurs qui avaient permis à leur arrivée au pouvoir, en 2006, la hausse à 40 ans de la période maximale pour l’amortissement des prêts hypothécaires assurables pour ensuite, il est vrai, la ramener graduellement à 25 ans l’an dernier, devant le péril de l’endettement des ménages.

Si vous êtes en mal de pool maintenant que le Super Bowl est passé, mais vraiment en manque, vous pouvez toujours parier sur la date du budget en tenant compte de ce que je mentionnais plus haut. Pour ce qui est de deviner le type de soutien à l’économie ou encore les sommes qui y seront consacrées… Bonne chance!

Le gouvernement est plus que discret et se croise surtout les doigts en espérant que certaines lueurs d’espoir en provenance des États-Unis perçues dans de récentes prévisions se matérialisent et tirent l’économie canadienne vers le haut. En 2008, c’était un peu l’inverse, le gouvernement Harper espérait que l’ampleur de la crise financière américaine, puis mondiale, aurait un impact plus limité ici. Un exposé économique incendiaire et une prorogation d’urgence plus tard, il déposait un budget catastrophe en janvier 2009, avec près de 50 milliards de dollars sur deux ans en dépenses de stimulation de l’économie, ce dont il se félicite aujourd’hui.

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Un député conservateur recrue trop candide

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 publié le 23 mai 2012 à 14 h 46

Nouvellement élu l’an dernier dans Kootenay-Columbia, en Colombie-Britannique, le conservateur David Wilks a cru bon de publier une mise au point réitérant son appui au mégaprojet de loi C-38 sur le budget, après avoir exprimé de sérieuses réserves devant des électeurs mécontents à Revelstoke mardi. On ne sait pas si c’est dans les habitudes pour ce genre de rencontre, mais quelqu’un filmait la discussion.

C’est que M. Wilks a dit sincèrement partager les préoccupations d’une dame qui participait à la rencontre quant à la large portée du projet de loi. Le député y allait ensuite d’une explication sur « comment ça fonctionne à Ottawa », sur les votes dictés par le whip, sur le fait que les députés ont constaté l’ampleur du projet de loi budgétaire en même temps que tout le monde et que, de toute façon, un seul député ne pouvait rien changer. La majorité est telle, dit-il, qu’il faudrait une douzaine de conservateurs qui se lèvent pour qu’un blocage puisse fonctionner. Et « il n’y aucune chance que ça arrive », a conclu M. Wilks.

Une belle candeur de la part de ce jeune retraité de la GRC devenu propriétaire d’une salle de quilles et de billard, dont le bureau a réussi à publier une superbe mise au point bilingue en moins de temps qu’il faut pour dire « C-38 »…

Catégorie: Ottawa

Jim Flaherty, le 29 février 2012

Le 29 mars, c’est la date à encercler sur votre calendrier si vous avez des attentes envers le prochain budget fédéral, que vous soyez un contribuable responsable, un utilisateur ou un bénéficiaire de services fédéraux, un futur retraité à moyen terme ou… un employé fédéral à quelques titres que ce soit.

En annonçant la date, le ministre Jim Flaherty avait l’air à la fois satisfait de la tournure des choses et rassurant d’une certaine façon. Il a parlé de réductions de dépenses « modérées » compte tenu de la taille du budget, 265 millions de dollars, et il a offert comme exemple le récent exercice d’austérité de la Grande-Bretagne et le redressement radical des finances publiques sous son prédécesseur, Paul Martin, en 1995-1996, pour dire qu’« on n’est pas dans ces ordres de grandeur ».

M. Flaherty a aussi insisté sur le fait qu’il faut aller au-delà du Plan d’action pour la réduction du déficit et il a utilisé une expression que vous allez entendre fréquemment dans sa bouche dans les semaines qui mènent au 29 mars : son budget sera un budget « pour les emplois et la croissance ». Il y a fort à parier qu’on retrouvera cette phrase aussi sur la page couverture des documents budgétaires, beaucoup plus positive et prometteuse qu’« éliminons le déficit »…

Donc, pour ceux qui ont l’intention de suivre la démarche budgétaire d’ici le 29 mars, les fuites, les ballons d’essai, etc., voici ce que vous devez garder en tête comme point de départ du côté des finances publiques :

- Jim Flaherty maintient qu’on est sur la bonne voie pour éliminer le déficit « à moyen terme », l’année cible des prévisions demeurant 2015-2016 pour l’instant.

- Le déficit prévu cette année, 31 milliards de dollars, on est à 17,7milliards de dollars avec trois mois à faire dans l’année financière, attendez-vous à un déficit final avoisinant les 25 milliards de dollars.

- En conclusion, comme M. Flaherty prévoyait un déficit de 26,4 milliards de dollars pour l’an prochain, on risque fort d’être une année en avance sur son calendrier d’élimination du déficit.

De quoi expliquer donc la mine assurée et rassurante du ministre hier… Malgré les incertitudes dues à des facteurs que le Canada ne contrôle pas. Est-ce que la tendance actuelle fera en sorte que les coupes seront plus proches des 5 % que des 10 %? Le ministre n’a pas voulu s’aventurer, précisant en plus que tous les détails des réductions ne seront pas dans le budget.

Ah oui, j’oubliais presque… à surveiller également ce que le gouvernement Harper fera, à plus long terme, avec la Sécurité de la vieillesse.

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