Le règne du gouvernement Harper n’a jamais été sous le signe de la transparence. Depuis 2006, le bureau du premier ministre contrôle les communications d’une main de fer, tant celles des élus que celles des fonctionnaires. La semaine qui se termine est une démonstration parfaite de cette culture du secret. Elle montre également qu’à tant vouloir contrôler, le gouvernement sème parfois la confusion.
Voici quelques exemples. D’abord, l’affaire Boisvenu. Dans la tourmente qui secoue le Sénat, des informations ont placé le sénateur sur la sellette. Pierre-Hugues Boisvenu a réclamé des allocations de logement, alors qu’il n’y aurait pas eu droit. Et il aurait embauché comme adjointe sa nouvelle conjointe, ce qui contreviendrait aux règles du Sénat. Depuis que cette histoire a été dévoilée, le sénateur est devenu invisible, lui qui était pourtant le sénateur le plus accessible.
La stratégie de communication des conservateurs a été d’envoyer d’autres sénateurs à la rescousse de M. Boisvenu. Les sénateurs Carignan, Dagenais et Demers sont tous venus défendre leur collègue avec des informations contradictoires. L’accès à des comités du Sénat a été interdit à plusieurs journalistes, même s’ils étaient publics. Bref, plutôt que jouer la carte de la transparence, le gouvernement a plutôt tenté d’étouffer l’affaire. Résultat : il y a encore de nombreuses zones d’ombre dans cette histoire.
Il y a aussi l’histoire du rapport d’un comité sur la francisation dans les entreprises qui relèvent de la juridiction fédérale. Au-delà des conclusions du comité, il faut savoir que jusqu’à tout récemment, le gouvernement disait que le comité n’avait toujours pas été formé. Or, il a annoncé l’existence du comité, composé de trois sous-ministres, la veille du dévoilement du rapport. Les partis d’opposition ont crié au scandale, affirmant que tout le processus s’est fait en secret, ce qui est contraire à l’esprit de ce genre d’exercice. Peut-être les conclusions sont-elles valables, mais jamais les élus et les médias n’ont été informés de la formation et de la composition dudit comité.
Et que dire du budget fédéral. L’an dernier, le ministre des Finances Jim Flaherty a annoncé le 29 février que le budget 2012 serait présenté le 29 mars… Un mois de préavis. Chaque année, le gouvernement laisse filtrer des indices aux médias, pour lesquels le budget est un événement qui exige énormément d’organisation. Cette année, c’est un peu le jeu du chat et de la souris. À trois semaines de la fin de l’année financière, le ministre Flaherty refuse toujours de dire quand le budget sera déposé.
Finalement, le gouvernement utilise de plus en plus une technique de communication qui en fait sourciller plusieurs. Il convoque souvent les médias à des conférences de presse sans préciser le sujet! Il n’est pas rare de recevoir un avis qui ressemble à ceci : le ministre untel convoque les médias à tel endroit à telle heure et « il fera une annonce importante »!!! Parfois, des attachés de presse donnent quelques indices sur le sujet qui sera abordé, d’autres non.
Vraisemblablement, la stratégie est la suivante : les médias viendront, de crainte de manquer une grosse histoire. Inutile de dire que les annonces en question ne sont pas toujours importantes. Mais fondamentalement, le problème est le suivant : le gouvernement veut court-circuiter l’aspect éditorial d’une couverture et s’assurer que, peu importe le sujet, les médias seront là . La stratégie n’est pas nécessairement bonne, car plusieurs de ces histoires ne sont jamais diffusées. Mais sachez cependant que les médias y gaspillent beaucoup de temps et d’énergie!

