Billets classés sous « Charest »

Jeux de coulisses

par

 publié le 16 mars 2013 à 15 h 00

Les candidats à la succession de Jean Charest sont au fil d’arrivée, contents du travail accompli, mais un peu exténués. Vous ne l’avez peut-être pas remarqué parce que la course à la direction du PLQ n’a pas soulevé les passions, mais depuis six mois Raymond Bachand, Philippe Couillard et Pierre Moreau consacrent toutes leurs énergies ou presque à succéder à Jean Charest.

Alors, qui va gagner? Tout le monde, même ses adversaires, admet que Philippe Couillard est en avance. Qui est deuxième? Là, la réponse dépend de celui à qui vous posez la question. Pierre Moreau dit que c’est lui et Raymond Bachand dit que c’est lui. Peu importe, les deux font des prières pour qu’un deuxième tour soit nécessaire.

Et c’est là que ça pourrait devenir intéressant. Un deuxième tour de vote provoquerait un intense jeu de coulisses, de tractations, d’échanges et peut-être même de marchandage.

Logiquement, Pierre Moreau et Raymond Bachand devraient s’allier dans un deuxième tour parce que c’est leur seul espoir de gagner.

On voit mal un Raymond Bachand, exclu au premier vote, s’allier à Philippe Couillard vers qui il a dirigé ses attaques.

Mais si vous êtes Pierre Moreau et que vous êtes exclu au premier tour, vous faites quoi? Vous avez une communion d’idées avec Raymond Bachand, vous avez siégé avec lui au gouvernement, en principe vous êtes solidaire. Mais vous êtes aussi humain, vous voulez continuer à faire de la politique. Si vous ne croyez pas à la victoire de Raymond Bachand au deuxième tour, vous persistez dans la solidarité au risque de froisser Philippe Couillard ou vous vous rangez derrière M. Couillard pour devenir le « faiseur de roi » et avoir un rôle important sous la direction du nouveau chef?

Ne présumons de rien, mais la question se pose. Pour ça, par contre, il faut qu’il y ait un deuxième tour. Je nous le souhaite comme un amateur de hockey souhaite un septième match de la finale de la Coupe Stanley : pour l’émotion, l’intensité et le suspense.

Catégorie: Québec

Québec 2012 Jour 17 – L’affrontement

par

 publié le 18 août 2012 à 18 h 18

Jean Charest se trompe probablement lorsqu’il affirme qu’il sera la cible de toutes les attaques lors des débats télévisés. Bien sûr, il ne sera pas épargné. Face à un bilan de neuf ans, un vaste choix de sujets s’offre à ses adversaires et ceux-ci ne rateront pas l’occasion. Le rôle de Jean Charest, dans la perspective de ses adversaires, est celui d’un tremplin vers le pouvoir. À pieds joints, ils sauteront sur ce « tremplin » dans l’espoir de prendre un peu d’altitude avant le plongeon du 4 septembre.

Le chef libéral misera sur l’économie et dans une moindre mesure, sur la stabilité, en référence au conflit étudiant, mais aussi à la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Sur le plan stratégique, il y a une petite incertitude : aura-t-il l’attitude d’un premier ministre sortant qui se place au-dessus de la mêlée ou descendra-t-il dans l’arène pour attaquer directement ses adversaires? Un peu des deux, sans doute. Néanmoins, si on se fie aux publicités libérales et aux récentes déclarations du chef, Jean Charest sera en mode offensif et multipliera les contre-attaques.

François Legault sera confronté pendant ces débats au même dilemme avec lequel il a dû conjuguer durant la campagne. Il doit montrer qu’il propose un véritable changement. En contrepartie, ce changement ne doit pas apparaître trop douloureux et exiger trop de sacrifices. Les perturbations engendrées par les bouleversements qu’il propose et le coût de ses engagements électoraux seront son talon d’Achille. Sa force sera l’effet de nouveauté.

Françoise David, c’est le côté blé entier de Québec solidaire, et c’est pour ça que le parti l’a choisi, plutôt qu’Amir Khadir, pour participer à ce débat. Mme David est là pour se montrer rassurante et pour expliquer le plus simplement possible son programme à des électeurs qui le connaissent peu. Ce débat est une occasion en or pour Québec solidaire et pour sa coporte-parole qui mène une bataille acharnée dans Gouin pour vaincre le péquiste Nicolas Girard.

Pauline Marois doit faire la preuve qu’elle a la trempe pour devenir première ministre. C’est son principal défi. Pour le reste, elle jouera de prudence et tentera d’esquiver les attaques sur la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Elle doit aussi s’assurer d’avoir le ton juste et d’employer le vocabulaire approprié sur les délicates questions identitaires. Le Parti québécois est en tête selon les sondages, donc c’est probablement Pauline Marois qui sera la cible des principales attaques. Quoique Jean Charest ne négligera pas François Legault qui paraît faire des gains au détriment du PLQ.

Catégorie: Élections Québec, Québec, Québec 2012

L’anglais de François Legault

par

 publié le 9 février 2012 à 14 h 41

Une vidéo peu flatteuse de François Legault parlant anglais circule sur Internet. Il bafouille, cherche ses mots et parle franglais. Scandale? Non. Rigolo? Oui.

François Legault parle anglais, pas comme Jean Charest, mais mieux que Pauline Marois. Il ne rejette jamais une question de nos collègues anglophones. Oui, il cherche ses mots, mais qui ne le fait pas dans sa langue seconde?

Avec cette vidéo, certains se sont demandé si un politicien devait être bilingue pour diriger le Québec. Est-ce vraiment un débat? Après tout, Jean Chrétien a dirigé le pays sans vraiment maîtriser aucune des deux langues officielles.

Et à ce jeu-là, Jean Charest mélange souvent le masculin et le féminin en français. Personne ne le lui a reproché.

La maîtrise de l’anglais de Pauline Marois a soulevé la moquerie. Sachez qu’elle s’est beaucoup améliorée ces derniers mois.

Alors, si vous voulez rigoler un peu, regardez la vidéo, mais prenons-la pour ce qu’elle est : une drôle de vidéo, sans plus…

Catégorie: Québec

Les alchimistes libéraux

par

 publié le 9 février 2012 à 12 h 44

L’aile parlementaire du Parti libéral du Québec, réunie en caucus à Victoriaville, fait face à un considérable défi à quelques jours de ce qui sera sans doute la dernière reprise des travaux à l’Assemblée nationale avant le déclenchement d’élections.

Ce défi, ce n’est pas tant l’arrivée de la Coalition avenir Québec au Salon bleu, non, c’est surtout de vaincre le persistant sentiment d’insatisfaction de plus de 70 % des Québécois à l’égard du gouvernement libéral.

Jean Charest est chef du PLQ depuis près de 14 ans et premier ministre du Québec depuis 8 ans. Tout au long de son mandat actuel, il a été contraint de composer avec des allégations de corruption et de collusion dans l’octroi des contrats publics.

Les libéraux devront jouer aux alchimistes et transformer cette usure du pouvoir qui les afflige en une garantie de stabilité économique et de maintien de la paix sociale.  C’est l’équivalent politique de la transformation du plomb en or.  Et les élus libéraux, Jean Charest au premier titre, devront parvenir à faire passer le message parmi l’électorat francophone, s’ils veulent gagner autre chose que les banquettes de l’opposition après le prochain scrutin.

Dans le contexte actuel, est-ce possible?

Catégorie: Québec

Quatre députés et un mariage

par

 publié le 14 décembre 2011 à 21 h 30

On a vu les mariés, voici le contrat de mariage.

La Coalition avenir Québec ne semble pas payer un prix élevé pour mettre la main sur les actifs de l’Action démocratique du Québec : 4 députés, 2500 membres avec quelques associations de comté, près de 800 000 $ de revenus annuels et une dette d’environ 600 000 $.

Le projet-pilote en santé privée ne soulèvera probablement pas de tollé et le programme de 100 $ par semaine par enfant pour pallier les places subventionnées en services de garde sera évalué avant d’être inclus dans le programme de la Coalition.

François Legault a franchi une étape délicate avec cette fusion que devront confirmer les membres de l’ADQ. Il serait étonnant que ça dérape. En réalité, les Deltell, Bonnardel, Roy et Grondin ont déjà fait le saut. Ne reste que les Caire, Picard, Ratthé et Charette, qui n’attendent que ça.

Pendant ce temps, au Parti québécois, Pauline Marois a dû être particulièrement soulagée en regardant le discours de Gilles Duceppe avant le dévoilement du vote à la direction du Bloc québécois. Un discours bref et sans relief d’un homme qui semblait fatigué, désintéressé et pressé d’en finir. C’est l’ombre de Gilles Duceppe qui s’est adressé aux militants bloquistes.

Impossible de voir là un homme qui veut et qui croit à la possibilité de prendre la tête du Parti québécois et d’engager une lutte épique avec Jean Charest et François Legault. Pauline Marois a toute la chance désormais de survivre au prochain Conseil national de son parti, à la fin janvier à Montréal. Cela prendrait une véritable révolution pour l’obliger à démissionner, ce qui ne se produira probablement pas.

Au Parti libéral, Jean Charest prend des postures de boxeur, mais pour l’instant ses coups ne portent guère. L’opération fusion de la Coalition avenir Québec peut séduire l’électorat francophone du Parti libéral et c’est la raison pour laquelle Jean Charest cherche à en souligner les contradictions. Il tente de définir François Legault comme un souverainiste de gauche. Une tentative un peu maladroite, d’autant qu’il en a parlé comme un homme de droite il y a quelques mois à peine.

Jean Charest est-il en état de panique comme le prétend François Legault? Pour le moment, il n’en est pas là. On voit tout de même monter la tension. Avec des déclarations sans lien avec le programme de François Legault, le premier ministre montre involontairement une attitude inquiète. La période des Fêtes permettra aux libéraux de réviser entièrement leur stratégie.

Québec solidaire a adopté des mesures importantes lors de son congrès en fin de semaine dernière à Montréal, qui auront besoin d’être défendues avec autant de vigueur que de rigueur. La formation politique de gauche devra être attentive aux détails de ses propositions. Les principes ne suffisent pas.

Un programme de revenu minimum garanti est une initiative majeure qui viendrait en principe bouleverser les programmes sociaux actuels, même si Québec solidaire en a adopté une version édulcorée dont l’efficacité et l’intérêt restent à être démontrés.

Il est normal que ce tiers parti fasse comme les autres et affiche un haut degré d’optimisme, voire de jovialité dans le cadre d’un congrès. Mais 9 % des votes dans Bonaventure est honorable, sans plus. 7500 membres après 6 ans d’existence, ça n’a rien d’une panacée. Et le programme politique qui est encore incomplet montre que les négociations internes sont ardues et même fastidieuses au sein de cette organisation. Phénomène intéressant, ce congrès, qui réunissait au moins 400 délégués, comptait surtout des gens dans la vingtaine et des plus de cinquante ans.

Les intentions de Jean-Martin Aussant et d’Option nationale ne sont pas claires. Le parti fondé en juin paraît recruter au sein des universités, parmi les étudiants et les professeurs. La campagne de financement d’Option nationale est d’ailleurs présidée par le politologue Denis Monière qu’on n’imaginait pas nécessairement dans ce rôle.

Ce parti veut-il être dans la course aux prochaines élections ou attend-il simplement que le Parti québécois se réforme pour rentrer au bercail? Selon toute apparence, les élections vont être déclenchées avant que le PQ ne change son programme sur la question de la souveraineté.

Parlant de financement, tous les partis mettent les bouchées doubles pour recueillir des fonds d’ici la nouvelle année. Il y a un nouveau plafond, 1000 $ par année par électeur, et une nouvelle procédure : les contributions transitent désormais par le directeur général des élections.

En toute logique, les sommes récoltées par les partis seraient en baisse. Plusieurs ont noté que François Legault a lancé son parti à la mi-novembre, sans doute dans l’espoir d’amasser le plus d’argent possible pour l’année fiscale 2011.

Catégorie: Québec

Brouillard sur la colline Parlementaire

par

 publié le 22 novembre 2011 à 13 h 09

Lorsque François Legault a lancé ses consultations politiques en février 2011, l’ancien ministre péquiste a entrepris une véritable opération de reconfiguration de la scène politique québécoise. François Legault savait ce qu’il voulait faire, il avait un plan, mais il pouvait difficilement mesurer l’importance des bouleversements qu’il allait provoquer.

Alors, aujourd’hui, neuf mois plus tard, où en est le Québec? 

À première vue, le paysage politique québécois est nimbé d’un épais brouillard. 

Tous les partis politiques et tous les élus de l’Assemblée nationale, presque sans exception, avancent à tâtons. 

Qui, parmi les 125 parlementaires, sait ce qui l’attend? Seulement une poignée d’entre eux, moins d’une vingtaine, peuvent affirmer sans trop de craintes qu’ils auront leur siège au Salon bleu dans 12 ou 24 mois. Il n’y a que les députés qui représentent des circonscriptions avec un électorat à prépondérance anglophone qui ne paraissent pas menacés. Ce sont, en l’occurrence, des députés libéraux, qui forment le noyau dur du Parti libéral du Québec. Un noyau que même François Legault, dans les meilleures circonstances, ne peut entamer.

Les autres députés du Parti libéral, ceux qui représentent des circonscriptions à prépondérance francophone, ne peuvent être aussi optimistes. Selon les données des sondages, la Coalition de François Legault exerce un attrait considérable sur l’électorat francophone. 

Tous les députés du Parti québécois sont ainsi menacés, particulièrement ceux de la grande région de Montréal. Dans les régions, il faut tenir compte de la force des candidats, quoiqu’une vague pourrait aisément emporter avec elles les enjeux locaux, comme on l’a vu le 2 mai avec l’élection de 59 députés néo-démocrates. 

Québec solidaire perd jusqu’à 25 % de son électorat aux mains de la Coalition avenir Québec, si on en croit les intentions de vote actuelles. Amir Khadir a de bonnes chances de conserver la circonscription de Mercier, mais ce sera pour Françoise David, l’autre porte-parole de QS, tout un défi de remporter Gouin, un siège bien instable occupé actuellement par le péquiste Nicolas Girard. Dans une course entre trois principaux partis, le 4e joueur, Québec solidaire, risque de souffrir de cette nouvelle configuration. Leurs électeurs les moins convaincus risquent de vouloir participer à cette lutte à trois avec leur vote. 

L’Action démocratique du Québec a toutes les chances de disparaître, par voie d’alliance ou par la force des choses. Les députés qui composent son aile parlementaire peuvent espérer, sous l’aile de la Coalition, conserver leurs sièges, pourvu que ce passage s’effectue sans trop de heurts et qu’ils ne se voient pas accoler l’étiquette peu enviable de vire-capot. 

Les députés qui ont quitté le caucus du Parti québécois vivent une période difficile, et la suite des choses ne sera pas plus aisée. Benoît Charrette est une exception, puisqu’il envisage de rallier la Coalition, ce qui pourrait se faire assez rapidement. Les anciens adéquistes Marc Picard et Éric Caire tenteront d’en faire autant. 

Mais « la bande des quatre », les Aussant, Curzi, Lapointe et Beaudoin, aura des choix à faire. Les deux femmes ne se représenteront peut-être pas. Les deux hommes ont d’autres ambitions, apparemment. Jean-Martin Aussant a fondé un nouveau parti et Pierre Curzi ne sait plus trop comment miser sur sa popularité pour faire avancer les causes qui lui tiennent à cœur. 

Il y a aussi le cas de René Gauvreau, député de Groulx, expulsé du caucus péquiste pour mauvaise gestion de son bureau de circonscription, qui ne paraît pas en excellente position pour convaincre ses électeurs de renouveler son mandat.

Le sort des chefs

Le sort des chefs de partis n’est pas plus clair. Gérard Deltell a le choix d’être chef de presque rien ou de devenir un sous-chef d’un plus grand ensemble.

On ne peut douter de la détermination de Pauline Marois à rester en poste. Il n’est pas certain toutefois qu’elle en a la capacité. Peut-elle encore inspirer ses troupes et ses députés pour entreprendre la prochaine joute? 

Amir Khadir et Françoise David, leur titre officiel est porte-parole de Québec solidaire, seront au rendez-vous, bien sûr, de même que François Legault, chef autoproclamé de la Coalition avenir Québec.

Jean Charest montre les signes d’un homme qui veut aller au combat, une attitude qu’il se doit d’afficher, il en va de son autorité. Le premier ministre n’a plus que quelques semaines pour prendre une décision. S’il quitte la vie politique, le chef du PLQ doit laisser à son parti le temps d’élire un successeur qui, lui aussi, aura besoin de temps pour se faire connaître. Puisqu’il a l’intérêt de son parti à cœur, on saura donc bientôt à quoi s’en tenir avec Jean Charest, maintenant qu’approche le début de la quatrième année de son mandat. 

Jean Charest a beaucoup à perdre s’il fonce dans cette course à trois. Pour l’emporter, majoritaire ou minoritaire, le Parti libéral doit conserver une emprise sur l’électorat francophone. Le niveau de difficulté de ces élections pourrait encourager Jean Charest à se lancer dans la mêlée. Il est au sommet de sa forme, voire plus à l’aise, lorsque les échanges sont vigoureux. L’ennui, c’est que la meilleure des éventualités électorales risque de prendre les allures d’une victoire à la Pyrrhus. Si victoire il y a.

Dès lors que la démission de Jean Charest est évoquée, il est question de sa succession, de l’absence de succession. Certes, des noms circulent : Raymond Bachand, il y a peu de doutes, Lyne Beauchamp peut-être, Jean-Marc Fournier, possible, ou Pierre Moreau, avec un peu d’imagination. Ils ne sont pas nombreux autour de la table, celle du Conseil des ministres, à pouvoir aspirer à prendre les commandes, et il n’est pas sûr que parmi ceux-là, il y a un esprit qui gagne l’intérêt et l’adhésion des Québécois.   

Est-ce que le vide derrière Jean Charest, dont la longévité a découragé les plus prometteurs, compte parmi les facteurs qui influenceront le premier ministre? C’est faire appel à un sens du devoir et du sacrifice que l’on ne peut guère exiger d’un homme politique, mais il n’est pas impossible qu’il en tienne compte.

La démission de Jean Charest est l’événement le plus susceptible d’empêcher la tenue d’élections générales dès ce printemps.  Si Jean Charest reste, la fenêtre du printemps paraît idéale, avant le début des audiences publiques de la commission Charbonneau. Si Jean Charest démissionne, c’est le Parti libéral qui sera à la recherche d’un chef ce printemps. Et le Québec attendrait, peut-être un an de plus, avant de se prononcer sur le sort de ses élus à l’Assemblée nationale. D’ici à ce que se lève véritablement un vent électoral, cette zone de brouillard risque de maintenir son emprise sur la colline Parlementaire.

Catégorie: Québec

Fournier : « L’évolution… évolue… »

par

 publié le 10 novembre 2011 à 21 h 39

 Le ministre de la Justice, dans notre système parlementaire, doit incarner l’indépendance propre au troisième pouvoir, le judiciaire.

Ce ministre au statut unique et de grande valeur, doit être réservé dans ses propos, tout en retenue et ne jamais donner l’impression qu’il veut ou peut influencer les juges dans le cadre de leur fonction. C’est le seul ministre du Cabinet qui peut tenir tête au premier ministre s’il le juge à propos.

Ce gouvernement a tenu une Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges (commission Bastarache), ce premier ministre a dû démissionner en janvier 1990, alors qu’il était ministre conservateur de la Condition physique et du Sport amateur, pour avoir tenu une conversation inappropriée avec un juge… Nous voilà malgré tout, encore une fois, au coeur d’une controverse sur l’indépendance judiciaire.

Le premier ministre Charest a voulu créer une commission d’enquête en contournant la Loi sur les commissions d’enquête, il a dû revenir sur sa décision.

Le ministre de la Justice a défendu plus d’une fois cette commission façonnée au goût du premier ministre. Jean-Marc Fournier a même soutenu, le dimanche 23 octobre (lors du congrès du PLQ), que la juge Charbonneau devrait d’abord établir sa preuve avant de demander les pleins pouvoirs. Voilà un ministre déculotté par la demande de la juge Charbonneau qui a exigé lundi (7 novembre) les pleins pouvoirs. France Charbonneau porte maintenant sur ses épaules l’indépendance de sa fonction.

Bonne chance, Madame la juge!

 

Catégorie: Québec

Le dernier congrès

par

 publié le 24 octobre 2011 à 19 h 00

Une chose est sûre, c’était le dernier congrès du Parti libéral du Québec avant les prochaines élections. 

Mais était-ce aussi le dernier congrès de Jean Charest comme chef du PLQ? 

Dans son discours de clôture du congrès, dimanche, Jean Charest a dit tout le contraire. Il veut développer le Plan Nord, il veut inaugurer le CHUM! 

Que d’ambitions pour un premier ministre dont le mandat actuel aura été marqué par les allégations de collusion et de corruption! 

La persévérance est certainement l’une des grandes qualités de Jean Charest. Le premier ministre transformera-t-il cette qualité en un handicap pour le Parti libéral, qui pourrait souffrir de sa présence pour un cinquième scrutin?

 Le premier ministre a deux ans devant lui avant de déclencher des élections. 

En revanche, il lui reste beaucoup moins de temps pour décider s’il demeurera à la tête du PLQ. Quelques mois à peine. D’ici la fin janvier, ce serait la fenêtre idéale pour son parti, quoique M. Charest pourrait prolonger sa réflexion jusqu’en mars. 

Mon collègue Gilbert Lavoie, du quotidien Le Soleil, disait que le premier ministre pourrait prendre une décision dans les six premiers mois de 2012. À mon avis, juin 2012, c’est bien trop tard. Le nouveau chef du PLQ n’aurait plus assez de marge de manœuvre. 

Jean Charest a peut-être l’intention de rester dans ses fonctions. Il l’affirme et le répète. Il est évident que l’homme aime la joute électorale, et c’est un adversaire redoutable dans les débats. Il a certainement envie d’en découdre avec François Legault. 

Néanmoins, que Jean Charest pourrait-il bien gagner à être de nouveau candidat? Il aime le travail de premier ministre, il l’a dit encore en fin de semaine. Est-ce que cela lui suffit pour courir le risque d’une défaite? Les sondages peuvent changer, l’attrait pour François Legault pourrait diminuer. Mais le temps commence à presser pour le premier ministre, s’il songe à quitter son poste. 

Assurer le développement du Plan Nord, au gré des besoins des compagnies privées, est-il un argument qui peut convaincre ce politicien de carrière de mettre en péril ce qui lui reste de lustre?

Catégorie: Québec

Le rapport de cette commission d’enquête ne pourra formuler de blâme, selon le décret adopté par le Conseil des ministres. Pourquoi? Réponse du premier ministre Jean Charest : « Dans la jurisprudence, pis dans les règles des commissions, on veut protéger les commissaires de poursuites possibles, alors sur recommandation du ministère de la Justice, on a inclus effectivement cette disposition. »

Est-ce bien là, la seule protection dont jouiront les commissaires, celle de ne pas formuler de blâme?

Pourtant, le premier ministre a ajouté : « Il n’y a rien dans le décret qui interdit de nommer des gens. Ils ont une large discrétion dans ce qu’ils peuvent faire. »

Donc, faut-il comprendre que les commissaires pourront nommer des individus dans leur rapport, mais que s’ils le font, ils devront en assumer les risques, sans protection judiciaire?

Dans la Loi sur les commissions d’enquête, l’article 16, adopté en 1964, assure une protection pleine et entière aux commissaires qui « jouissent de la même immunité et des mêmes privilèges que les juges de la Cour supérieure, pour tout acte fait ou omis dans l’exécution de leurs devoirs ».

Mais puisque cette commission n’a pas été créée en vertu de la Loi sur les commissions d’enquête, ces commissaires ne profiteront pas de cette protection.

Cela n’a pas empêché Jean Charest de rappeler aux commissaires qu’ils pourront nommer des individus s’ils le jugent bon.

Cet encouragement paraîtrait bien plus crédible si le premier ministre avait jugé bon de l’assortir d’une protection juridique réelle.

Catégorie: Québec

Après le rapport, le témoin Duchesneau

par

 publié le 28 septembre 2011 à 9 h 14

Jacques Duchesneau a donné beaucoup de matière. Le directeur de l’Unité anticollusion a évoqué aussi bien des problèmes systémiques que des anecdotes croustillantes.

Il a été limpide sur la perte d’expertise au sein du ministère des Transports, rendue possible par la réingénierie de l’État. Il a été savoureux lorsqu’il a évoqué les transferts en argent liquide les vendredis après-midi à Montréal pour alimenter des chantiers de construction, des sous-traitants et, peut-être, ce n’est pas tout à fait clair, des caisses électorales.

Cinq heures de témoignage permettent de dire bien des choses.

Jacques Duchesneau a souligné la gravité des faits qu’il révèle dans son rapport et l’étendue du problème, même s’il se refuse à toute généralisation. Mais il a aussi manifesté de l’optimisme sur la possibilité de vaincre la collusion et de surmonter cette crise. 

Néanmoins, M. Duchesneau est convaincu qu’une commission d’enquête publique constitue la véritable réponse au « système » dont la mécanique a été exposée par son unité. Même s’il croit que cette commission d’enquête devrait mener une partie de ses travaux à huis clos, Jacques Duchesneau a été clair en affirmant que c’est une commission d’enquête publique qui doit être mise en place. 

Quelle sera la réaction du premier ministre Jean Charest? Si on en juge par le travail mené par les députés libéraux à la commission parlementaire, désespérément à la recherche de toute autre solution que la commission d’enquête publique pour vaincre ce système de collusion, il est peu probable que Jean Charest fasse volte-face. 

La pression sera pourtant forte, très forte, à la limite du tenable pour le premier ministre, en raison de la puissance et de la densité du témoignage de Jacques Duchesneau. 

Il convient de se rappeler que Jean Charest refuse de déclencher cette commission d’enquête depuis plus de deux ans, malgré qu’une large majorité de Québécois la réclame. Jean Charest a déjà payé le prix de son refus et il paraît résolu d’assumer son choix jusqu’au bout.

Ainsi, le nom de Jacques Duchesneau ne ferait que s’ajouter à une très longue liste de Québécois. Une si longue liste, qu’il y a déjà longtemps que Jean Charest a cessé de la lire.

Catégorie: Québec