Le défi auquel les députés du NPD sont confrontés est déjà grand. Mais, soudainement, ils doivent s’adonner à un jeu d’équilibre encore plus périlleux : camper leur crédibilité comme opposition officielle, tout en s’investissant dans une course à la direction déterminante pour l’avenir du parti.
Pas surprenant que l’horaire des deux prochains jours de réunion du caucus soit chargé.
La chef par intérim Nycole Turmel commencera par établir des règles claires pour guider la conduite de son équipe pendant la course, un guide de conduite pour s’assurer que le caucus ne s’entredéchire pas.
Si le président du caucus affirme que ce n’est pas dans la tradition du NPD de se laisser aller à des guerres intestines, la réalité est que jamais le parti n’aura vécu une course à la direction où l’enjeu aura été aussi important. Chef de l’opposition officielle, l’espoir de devenir premier ministre. Donc oui, peu importe la bonne volonté de tout un chacun, le risque de déchirements cette fois-ci est bien réel, et on le sent déjà en coulisse.
La réalité c’est que le NPD doit trouver une façon que la course à la direction ne devienne pas source de distraction. Car cette session parlementaire est cruciale pour le parti, qui aurait bien de la difficulté à se remettre d’un échec cuisant face à un premier ministre conservateur qui a le champ libre comme rarement dans l’histoire.
Au cours des prochains jours, les députés devront endosser la double stratégie que le parti a développée: gagner la joute parlementaire et consolider les gains auprès de l’électorat. C’est pratiquement une feuille de route vers les élections de 2015.
Gagner la joute parlementaire, ça veut dire avoir un caucus très discipliné, toujours prêt à réagir intelligemment et efficacement aux grandes priorités du gouvernement conservateur, que ce soit au chapitre de la loi et l’ordre ou de son action économique.
Ça veut aussi dire présenter le NPD comme une option potentielle. Donc, ne pas laisser le champ libre aux conservateurs et plutôt occuper le terrain politique avec des idées, des propositions concrètes, tenter de définir le discours politique national. À surveiller ici : les propositions du NPD sur les pensions, la santé et le registre des armes à feu par exemple.
Mais tous savent que la joute parlementaire ne suffit par pour faire en sorte que les résultats des dernières élections ne deviennent pas un simple accident de parcours. Le NPD veut alors se donner les moyens de transformer les appuis soudains du 2 mai dernier en appuis fermes.
Ce n’est pas une mince tâche, surtout au Québec. Car le parti doit maintenant joindre les 1,6 million d’électeurs, mais surtout la base des groupes syndicaux, environnementaux et sociaux qui l’ont appuyé, et développer une vraie relation de confiance. Voilà le mandat de l’équipe de liaison mise sur pied au bureau de Montréal.
La course
Quant à la course à la direction, Thomas Mulcair fait durer le suspens. Le député d’Outremont affirme qu’il est en train de bâtir son équipe, récolter les appuis et qu’il doit terminer ce travail de préparation avant de confirmer s’il va ou non se lancer dans la course à la succession de Jack Layton.
Difficile de s’imaginer comment un député aussi influent pourrait dire non. Mais la barre demeure haute à plusieurs chapitres.
D’une part, son adversaire Brian Topp, qui était jusqu’à hier président du parti, part avec la longueur d’avance plus qu’imposante que lui donne l’appui d’Ed Broadbent. Il ne faut pas se tromper, cet appui est plus que symbolique, il vient avec l’immense autorité morale de cet ancien chef. Et dans un parti comme le NPD qui se décrit encore comme un « mouvement », c’est là un avantage majeur. Donc pour gagner cette course, Thomas Mulcair aura du terrain à rattraper auprès de l’establishment du NPD ailleurs au pays.
D’autre part, si Thomas Mulcair peut compter sur l’appui d’une partie importante du caucus québécois, avant de se lancer, il doit avoir les moyens de faire la preuve rapidement qu’il n’est pas que le « candidat du Québec ». Ce qui explique l’accent qu’il met sur la consolidation de son équipe d’un océan à l’autre.
Si Brian Topp a lancé sa campagne avec un coup d’éclat comme l’appui d’Ed Broadbent, Thomas Mulcair devra faire de même. Il lui s’agit maintenant de trouver comment égaler le coup d’envoi de son rival.