Billets classés sous « budget fédéral »

Thérapie de groupe conservatrice

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 publié le 6 mai 2013 à 8 h 30

Les agences de publicité du pays ont jusqu’au 16 mai pour répondre à l’appel d’offres du gouvernement Harper en ce qui concerne la prochaine vague de messages vantant les mérites du Plan d’action économique du gouvernement du Canada. Le Plan d’action était initialement, rappelons-le, le budget de relance du ministre Flaherty présenté en catastrophe en janvier 2009 après une prorogation tout aussi en catastrophe le mois précédent. Ledit Plan d’action devait durer deux ans et comportait des dépenses de stimulation de l’économie de près de 50 milliards de dollars que le gouvernement Harper minoritaire s’est résolu à adopter face à la coalition PLC-NPD appuyée par le Bloc québécois.

Bref, les conservateurs sont retombés sur leurs pattes économiques et revendiquent non seulement la paternité du plan initial, mais prolongent le plaisir en maintenant l’appellation « Plan d’action », budget après budget, même si les mesures prises n’ont plus du tout l’envergure de celles annoncées en 2009.

On ne connaît pas le budget de la nouvelle campagne qui pourrait s’étendre sur les trois prochaines années, mais il convient de se rappeler qu’Ottawa a déjà consacré environ 100 millions de dollars à vanter le Plan d’action aux Canadiens, à hauteur d’environ 20 millions de dollars par année. Ça donne une indication. Mais, le plus intéressant, c’est qu’à part présenter les mesures budgétaires, la campagne « servira en outre à renforcer la confiance des consommateurs dans l’économie canadienne et l’orientation du pays »… Bref, un p’tit remontant pour le moral des Canadiens au cas où tous ne seraient pas convaincus que ça va si bien, même si « le Canada se remet de la crise plus vite que les autres pays du G8 » et que « plus de 900 000 emplois ont été créés depuis le creux de la récession ».

Décidément, les conservateurs se préoccupent beaucoup du moral des Canadiens. On a abondamment parlé des paradis fiscaux ces dernières semaines à la suite des révélations de l’émission Enquête. Une investigation menée conjointement avec des médias d’autres pays, à partir de dossiers coulés à un groupe international de journalistes d’enquête. Imaginez que le comité des finances de la Chambre des communes se penchait justement sur le sujet depuis quelques années et qu’il a finalement abouti à un rapport il y a une dizaine de jours. Néo-démocrates et libéraux y proposaient quelques gestes concrets pour serrer la vis à ceux qui utilisent les paradis fiscaux illégalement, mais les conservateurs étaient beaucoup moins empressés. Heureusement, en attendant, ils s’occupent du moral des Canadiens. La septième de 11 recommandations se lit comme suit :

Que le gouvernement fédéral continue de maintenir le moral des contribuables en faisant diffuser des messages clairs sur les efforts déployés pour assurer l’équité et la transparence du régime fiscal.

Ça coûtera ce que ça coûtera, quelques dizaines de millions par année, mais votre moral est entre bonnes mains!

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RIP Kevin Page

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 publié le 25 mars 2013 à 16 h 14

Kevin Page, le premier Directeur parlementaire du budget (DPB), est officiellement à la recherche d’un emploi depuis lundi matin pendant que le gouvernement Harper lui cherche encore un remplaçant. Le processus a été amorcé tellement tard que c’est la supérieure immédiate de M. Page, la bibliothécaire du Parlement, Sonia L’Heureux, qui va assurer l’intérim.  Mme L’Heureux a la réputation d’être une gestionnaire compétente et efficace, mais inutile de préciser qu’elle a zéro expérience budgétaire au sens des finances publiques fédérales.

On le sait, M. Page a été une épine au pied du gouvernement conservateur dès la création de ce nouveau bureau. À la confrontation sur les réelles dépenses en Afghanistan en 2008 ont succédé une série de divergences ou d’écarts sur les pensions, le coût de la lutte à la criminalité avec un couronnement spectaculaire par le vérificateur général qui lui donnait raison dans le dossier des chasseurs F-35. En fait, le jour même du dépôt du budget Flaherty jeudi dernier, les avocats de M. Page étaient en Cour fédérale pour obtenir une opinion sur son pouvoir d’obtenir du gouvernement fédéral les documents détaillant l’impact des coupes du budget précédent dans la machine gouvernementale.

Donc, le récent budget sera scruté par Mme L’Heureux, mais aussi, bien sûr, par la douzaine de spécialistes du bureau du DPB. En fait, le DPB compte 14 spécialistes et…. trois stagiaires!!! Pour vous donner une idée, à Washington, le Congressional Budget Office (CBO), sur lequel certains voulaient calquer le mandat de Kevin Page, compte 235 employés à temps plein sans compter les consultations extérieures.

On verra à quelle vitesse Mme L’Heureux publiera son évaluation du budget Flaherty et si elle se présentera en comité pour défendre ses conclusions. Surtout qu’elle est un peu prise par la chasse au successeur de M. Page, son futur employé… À surveiller également de ce côté, maintiendra-t-elle le mandat passé aux avocats en Cour fédérale pour obtenir les documents nécessaires pour évaluer les coupes de 5,2 milliards de dollars sur trois ans annoncées l’an dernier.

M. Page, quant à lui, ne retournera vraisemblablement pas à la fonction publique fédérale d’où il a été extrait pour être nommé premier DPB. Dans sa dernière entrevue à nos collègues de la CBC, il a commenté l’intérim par la bibliothécaire plutôt que par un de ses adjoints à lui et le retard à lui trouver un successeur permanent en faisant part de sa crainte de voir le gouvernement Harper tranquillement «asphyxier» la fonction de DPB.

Ah oui, l’offre d’emploi, si ça vous intéresse, demande précision, objectivité et rigueur, quelqu’un de non partisan et qui a « l’expérience de la négociation et de l’obtention du consensus sur des questions complexes auprès de divers intervenants ayant des objectifs concurrents… » Veut-on troquer le chien de garde pour un chien de compagnie???

 

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Vers le budget, suite…

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 publié le 6 février 2013 à 15 h 41

Je vous entretenais avant-hier de ce qui était essentiellement le lancement de la saison budgétaire. Une saison qui était loin de démarrer en lion, si on la compare à l’an dernier. Le premier ministre Harper était alors allé présenter sa liste d’épicerie budgétaire à Davos dès la mi-janvier. Pensions, évaluation environnementale, immigration, R&D, etc. Les journalistes de la tribune de la presse parlementaire se précipitaient aussitôt sur les éléments de son discours comme des piranhas sur l’animal en détresse qui se débat dans l’eau trouble. C’était à qui obtiendrait le premier une confirmation des mesures précises du budget sur les intentions dévoilées à Davos.

En prime, les ministres Finley, Oliver, Kenney et Goodyear avaient tous prononcé des discours dans les semaines précédant le budget, fournissant chacun des indications plus précises sur la direction que s’apprêtait à prendre le gouvernement dans leur domaine respectif.

Le ministre des Finances ne semble pas vouloir ouvrir la porte à la spéculation cette année, si l’on se fie au discours prudent qu’il vient de prononcer devant l’Economic Club d’Ottawa. Jim Flaherty donne essentiellement une chronologie commentée, certains diront embellie, des événements depuis son arrivée à la tête du ministère des Finances, il y a sept ans jour pour jour aujourd’hui.

Sur l’avenir? Ses intentions budgétaires? Rien si ce n’est qu’il dégonfle le premier ballon d’essai de la saison paru dans le Globe & Mail d’hier sur l’intention prêtée au gouvernement Harper de s’engager dans un plan à très long terme de dépenses d’infrastructures qui se ferait de concert avec les municipalités et même le secteur privé. Aucune somme ni aucun échéancier n’étaient mentionnés. En deux lignes aujourd’hui, M. Flaherty affirme qu’aucune décision du genre n’est prise et que toute décision sera prise dans le contexte de la situation budgétaire actuelle qui n’est pas rose. L’opposition l’accuse d’ailleurs déjà de jeter une douche froide sur une fuite qu’il aurait lui-même orchestrée.

En fait, plutôt que de laisser miroiter des intentions quant aux incertitudes économiques, M. Flaherty est plus clair sur ce qu’il ne fera pas. Il ne se lancera pas dans des programmes de dépenses risquées ou sans fin qui accroîtraient le déficit. Il n’infligera pas de nouveaux impôts ou taxes aux Canadiens.

Voilà où l’on en est. Toujours pas de date pour ce budget, mais on semble s’engager sur la voie des attentes réduites, quitte à faire plus si la situation le nécessite.

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Projet de loi mammouth : tome 2

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 publié le 21 septembre 2012 à 10 h 31

La réforme des pensions des députés et des sénateurs ne fera pas l’objet d’un examen à part et sera incluse dans le tout prochain projet de loi omnibus sur la mise en application du budget… et tutti quanti. C’est le ministre Tony Clement qui l’a confirmé hier en réponse aux demandes de l’opposition. Le gouvernement Harper a essuyé les dénonciations de tous bords tous côtés le printemps dernier, mais juge probablement qu’il n’en a pas souffert. À en juger par les sondages, il n’en a pas bénéficié non plus, il faut le dire, si ce n’est qu’il a évité ce qu’il voit comme un inconvénient ou un mal qui n’est même plus nécessaire, un débat de fond sur des décisions politiques importantes. Aussi revient-il avec cette version revue, corrigée et, si la rumeur est vraie, augmentée du projet de loi budgétaire!

Et les dénonciations recommencent par anticipation, et un des premiers à se mettre dans la file est justement le quotidien souvent perçu comme un allié éditorial objectif du gouvernement conservateur, le National Post. Dans un éditorial intitulé « Le retour du projet budgétaire bouffi », le journal rappelle les nombreux éléments attendus dans ce projet de loi qui n’ont rien à voir avec le budget. Il ajoute que le Parlement n’est pas un de ces pythons géants qui avalent une antilope d’un coup et qui sont rassasiés pour une semaine; il faut lui donner du temps pour bien digérer les matières qui l’alimentent, dans l’intérêt public. Et le journal conclut que les débats approfondis, inévitablement plus longs, il est vrai, constituent une « façon plus juste et plus transparente de gouverner, un bien petit sacrifice à consentir à un gouvernement qui n’a rien à cacher ».

Première d’une longue série de dénonciations à prévoir, intéressant de voir qu’elle vient de ce côté-là du spectre politique.

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Pensions : un mystérieux rapport

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 publié le 30 mai 2012 à 14 h 08

Une déception, mais pas nécessairement de surprise. On sait que le ministre des Finances Jim Flaherty n’a pas encore fourni de chiffres sur les économies réalisées quand le passage de l’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse de 65 à 67 ans sera terminé en 2030. Curieusement, les données actuarielles lui permettent de conclure que le programme ne sera pas « viable ».

Ces données montrent qu’il coûtera en 2030 108 milliards de dollars, mais les actuaires ne lui auraient pas donné les chiffres sur les économies. Tout au plus, M. Flaherty laisse-t-il échapper un « c’est dans cet ordre-là », quand la question du journaliste évoque l’hypothèse d’une « économie de 10 milliards de dollars M. le ministre? »

C’est son patron qui avait un peu mis le feu aux poudres de ce débat dans son discours de Davos, en rappelant les mesures pour limiter les hausses de dépenses pour les soins de santé et en ajoutant : « Nous devons faire la même chose pour notre système de soutien à la retraite. »

M. Harper abordait l’épineux sujet pour la première fois, du moins aussi clairement. Plusieurs lui ont rappelé qu’il avait raté l’occasion de l’évoquer pendant la toute récente campagne électorale. On peut maintenant penser que ce n’était pas la première occasion ratée, même si le gouvernement semblait très bien savoir où il s’en allait.

Des collègues anglophones ont rappelé que la volonté des conservateurs d’assurer la viabilité financière de l’État fédéral date en fait de 2007 et, à la lecture de leur engagement du budget 2007 (notamment de publier le rapport qui en a découlé), on comprend bien que le soutien au revenu de retraite était déjà dans la ligne de mire. Le plan budgétaire, page 167, contenait le paragraphe suivant :

À titre de complément à l’objectif consistant à éliminer la dette nette du pays, le gouvernement publiera un rapport exhaustif sur la viabilité des finances publiques et l’équité intergénérationnelle, qui accompagnera la Mise à jour économique et financière de 2007. Le rapport offrira une vaste analyse des changements démographiques actuels et futurs et des répercussions de ces changements sur les perspectives économiques et financières à long terme du Canada. La décision de publier ce rapport sur la viabilité des finances publiques tient au fait que, selon le gouvernement, le maintien de finances publiques viables à tous les ordres de gouvernement constitue une condition essentielle à la réalisation de l’équité entre les générations et à une croissance économique forte et soutenue.

Visiblement, on a changé d’avis sur « la décision de publier ce rapport ». On a eu droit à des budgets chaque année depuis 2007, même chose pour les mises à jour économique et financière, sans oublier les deux élections, et on n’a pas entendu parler des intentions du gouvernement conservateur avant Davos.

La réponse à la demande d’accès à l’information que nous venons de recevoir le confirme. Nous n’avons pu obtenir copie que d’échanges de courriels entre fonctionnaires et le bureau du ministre Flaherty. Ils confirment certes l’existence du rapport et d’un chapitre sur « les implications du vieillissement de la population », mais ils maintiennent le secret sur le contenu du rapport lui-même. 

On invoque les exclusions de la loi d’accès prévues pour les avis et recommandations au ministre ou au Cabinet. Mais il reste que, s’il confirmait le péril en la demeure à la Sécurité de la vieillesse, le gouvernement aurait intérêt à nous le montrer ce rapport, non? Ou le ministre pourrait s’appuyer sur ce rapport pour nous fournir les chiffres sur les économies post-2030…

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Dans son budget du 29 mars dernier, le gouvernement Harper nous explique en détail où il va réduire les dépenses et combien d’économies il va générer.

C’est ainsi qu’on apprend que l’Agence de procréation assistée est abolie pour réaliser 9,5 millions de dollars d’économies, Statistique Canada verra son budget amputé de 33,9 millions de dollars, l’École de la fonction publique de 23,6 millions de dollars… et j’en passe.

Un plan minutieux, détaillé, direz-vous.

Transparent même?

Pas tout à fait. Car on est silencieux sur la plus importante réforme de tout le budget, celle qui aura un effet direct sur le plus grand nombre de Canadiens. Je parle bien sûr de la sécurité de la vieillesse. Le gouvernement prévoit qu’entre 2023 et 2029, l’âge auquel les Canadiens auront accès à ces prestations et au supplément de revenu garanti passera de 65 à 67 ans. Là, pas un mot, pas un chiffre pour montrer que la réforme proposée va bel et bien rendre le système « viable » et générer des économies nécessaires.

La raison? Eh bien! ça dépend à qui vous posez la question. Au ministère des Finances et au ministère des Ressources humaines, on ne tient pas le même discours.

Le ministre Jim Flaherty explique que c’est « dans tellement longtemps que ça ne cadre pas dans nos prévisions budgétaires habituelles ».

Curieux qu’il ne soit pas nécessaire de parler des économies qui seront générées en 2023, quand le ministre, pour justifier sa réforme, cite depuis le mois de janvier les projections de l’actuaire en chef du Canada. Ce dernier estime que la sécurité de la vieillesse coûtera 108 milliards de dollars en 2030 (le fait que ni l’actuaire en chef ni le directeur parlementaire du budget ne conclut que le système actuel n’est pas viable est un autre débat…).

Et quand on demande au bureau de la ministre Diane Finley, responsable de la sécurité de la vieillesse, quel sera l’impact des réformes proposées sur le coût du programme à long terme, on nous répond qu’on n’est pas prêt à parler de ça en ce moment.

Vraiment?

Pourtant, le gouvernement ne cesse d’évoquer les projections à long terme pour dire que le programme n’est pas viable. Ne serait-il pas important de prouver qu’en reportant à 67 ans l’accès à la sécurité de la vieillesse, le plus important programme social au pays redeviendra viable?

Difficile de croire que les chiffres sont impossibles à calculer quand des économistes de l’Université Laval ont justement réussi à le faire. Leur étude montre que la réforme annoncée fera passer le poids de la sécurité sociale de 3,1 % du PIB à 2,8 % en 2030. Mais surtout, là où le bât blesse, c’est qu’ils estiment que non seulement cette réforme fera passer le taux de pauvreté chez les 65 à 66 ans de 5 à 25 %, mais surtout que 20 % des économies générées par la réforme vont se traduire par des coûts additionnels pour les provinces, des coûts que le gouvernement fédéral s’est engagé à rembourser.

Donc, dans un contexte de vieillissement de la population, est-ce que la réforme proposée par le gouvernement Harper est la meilleure solution possible au problème de viabilité du programme de la sécurité de la vieillesse? Est-ce qu’il existe d’autres solutions?

De toute évidence, en refusant de dévoiler ses chiffres, le gouvernement refuse d’alimenter le débat. Mais il n’y échappera pas.

Un autre bel exemple de transparence.

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Le supplice de la goutte

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 publié le 11 avril 2012 à 21 h 08

C’est au compte-gouttes que le portrait des vastes compressions dans la fonction publique prend forme, mais il demeure bien incomplet. La raison est aussi simple que complexe, tout dépend.

Au moins 5561 avis reçus cette semaine, plus de 1000 la semaine dernière. Si, à ce jour, plus de 6500 fonctionnaires de l’Alliance de la fonction publique ont reçu un avis comme quoi leur emploi est à risque, il est impossible de savoir combien de ces employés perdront vraiment leur emploi, telles sont les règles des conventions collectives.

Pour s’y retrouver, voici un exemple. Si, dans un département donné, le gouvernement veut supprimer 5 postes, mais que 30 personnes effectuent la même tâche, alors les 30 personnes recevront un avis. Un processus de rationalisation sera mis en place pour déterminer quels seront les cinq perdants. Ce processus de rationalisation peut durer des mois. Et, surtout, chaque ministère et chaque agence du gouvernement ont leurs règles.

C’est ainsi que le vice-président de l’Alliance, Larry Rousseau, s’inquiète du stress et du moral de ses membres. En effet, la fonction publique est à l’aube d’une longue période d’incertitude.

« Jamais dans toute l’histoire de l’Alliance de la fonction publique n’avons-nous vu tant d’avis sortir si rapidement à la suite de la sortie d’un budget », déplore Larry Rousseau.

Le président du Conseil du Trésor affirme plutôt que le gouvernement agit rapidement par compassion : « La première chose que nous voulons faire, c’est justement de procéder le plus rapidement possible pour éviter que les gens vivent une incertitude douloureuse », affirme Tony Clement.

N’empêche, le syndicat est convaincu que le gouvernement sait exactement combien des 6500 fonctionnaires ayant reçu un avis de « licenciement potentiel » finiront par perdre leur emploi. Après tout, voilà des mois que le Cabinet étudie les scénarios de compressions très précis qu’a présentés chaque ministère.

Du côté du gouvernement, on ne se formalise pas de ces reproches, on affirme que 70 % des compressions visent à mettre fin aux dédoublements et au gaspillage. Surtout, le bureau de Tony Clement affirme que tout au long de la préparation du budget, le gouvernement a sollicité l’appui et les recommandations des grands syndicats, et que ceux-ci n’ont pas répondu à l’appel.

La réalité demeure. Tant que le portrait des compressions reste aussi nébuleux, il est bien difficile de saisir exactement quels services à la population seront touchés. Il est d’autant plus aisé pour le gouvernement conservateur de tenter de convaincre les Canadiens que l’impact sera négligeable.

Voici comment se répartissent les 5561 avis envoyés cette semaine aux fonctionnaires menacés de perdre leur emploi :
Ministère de l’Agriculture : 689
Développement économique : 45
Transport Canada : 33
Bureau du Conseil privé : 104
Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada : 106
Patrimoine Canada : 258
Conseil du Trésor : 54
Travaux publics et services gouvernementaux : 87
Ressources naturelles : 192
Secrétariat des conférences intergouvernementales canadiennes : 2
Agence canadienne de développement international : 534
Agence spatiale canadienne : 7
Commission des libérations conditionnelles du Canada : 16
Industrie Canada : 156
Citoyenneté et immigration Canada : 339
Affaires étrangères et commerce international : 21
Environnement : 137
Sécurité publique : 71
Agence de santé publique du Canada : 483
Santé Canada : 715
Agence des services frontaliers : 1137
Ressources humaines : 114

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Après avoir parlé de mesures « modérées », voici que le ministre Jim Flaherty nous dit, au sortir de sa rencontre prébudgétaire avec les économistes du secteur privé, qu’il ne faut pas s’attendre à des mesures draconiennes dans son budget du 29 mars, en parlant des réductions de dépenses.

Vous vous souvenez de cette fourchette de 4 à 8 milliards de dollars (5 à 10 % des dépenses compressibles du gouvernement), si on exclut en plus les transferts aux individus et aux provinces, soit un peu plus de 80 milliards de dollars.

Si draconien veut toujours dire d’une excessive sévérité, ça laisse quand même pas mal de place pour des restrictions qui visent, rappelle le ministre, à mettre le Canada sur la voie de l’élimination du déficit en 2015, mais surtout sur celle d’un assainissement à long terme des finances publiques.

Et, à écouter M. Flaherty et les économistes, on comprend que le terme « pas draconien » est utilisé de manière très relative.

— Pour M. Flaherty, ça veut entre autres dire « des pinottes », par rapport à l’ensemble du budget de son gouvernement qu’il chiffre à environ 265 milliards de dollars, mais aussi par rapport à l’économie dans son ensemble qui frisera les 1700 milliards de dollars. À noter que sa référence pour les mesures d’austérité draconiennes sont la Grèce et surtout la Grande-Bretagne, où le gouvernement Cameron a entamé des coupes d’en moyenne 19 % dans ses ministères et agences.

— Pour les économistes présents, même des compressions de 8 milliards de dollars ne seraient pas draconiennes, dans la mesure où le déficit chute déjà plus vite que prévu. Et ce ne serait pas grave si ces coupes étaient étalées sur une ou deux années de plus, et si elles ne représentaient que des décimales de point de pourcentage du PIB à terme.

Et M. Flaherty semble avoir entendu ce qu’il voulait entendre quand la plupart des économistes n’ont pas partagé le point de vue de deux agences de cotation de crédit qui avertissaient récemment son gouvernement de ne pas y aller trop radicalement dans l’austérité pour ne pas tirer le tapis sous les pieds de la reprise.

À bientôt pour la suite de ces préparatifs budgétaires « psychologiques ».

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Jim Flaherty, le 29 février 2012

Le 29 mars, c’est la date à encercler sur votre calendrier si vous avez des attentes envers le prochain budget fédéral, que vous soyez un contribuable responsable, un utilisateur ou un bénéficiaire de services fédéraux, un futur retraité à moyen terme ou… un employé fédéral à quelques titres que ce soit.

En annonçant la date, le ministre Jim Flaherty avait l’air à la fois satisfait de la tournure des choses et rassurant d’une certaine façon. Il a parlé de réductions de dépenses « modérées » compte tenu de la taille du budget, 265 millions de dollars, et il a offert comme exemple le récent exercice d’austérité de la Grande-Bretagne et le redressement radical des finances publiques sous son prédécesseur, Paul Martin, en 1995-1996, pour dire qu’« on n’est pas dans ces ordres de grandeur ».

M. Flaherty a aussi insisté sur le fait qu’il faut aller au-delà du Plan d’action pour la réduction du déficit et il a utilisé une expression que vous allez entendre fréquemment dans sa bouche dans les semaines qui mènent au 29 mars : son budget sera un budget « pour les emplois et la croissance ». Il y a fort à parier qu’on retrouvera cette phrase aussi sur la page couverture des documents budgétaires, beaucoup plus positive et prometteuse qu’« éliminons le déficit »…

Donc, pour ceux qui ont l’intention de suivre la démarche budgétaire d’ici le 29 mars, les fuites, les ballons d’essai, etc., voici ce que vous devez garder en tête comme point de départ du côté des finances publiques :

- Jim Flaherty maintient qu’on est sur la bonne voie pour éliminer le déficit « à moyen terme », l’année cible des prévisions demeurant 2015-2016 pour l’instant.

- Le déficit prévu cette année, 31 milliards de dollars, on est à 17,7milliards de dollars avec trois mois à faire dans l’année financière, attendez-vous à un déficit final avoisinant les 25 milliards de dollars.

- En conclusion, comme M. Flaherty prévoyait un déficit de 26,4 milliards de dollars pour l’an prochain, on risque fort d’être une année en avance sur son calendrier d’élimination du déficit.

De quoi expliquer donc la mine assurée et rassurante du ministre hier… Malgré les incertitudes dues à des facteurs que le Canada ne contrôle pas. Est-ce que la tendance actuelle fera en sorte que les coupes seront plus proches des 5 % que des 10 %? Le ministre n’a pas voulu s’aventurer, précisant en plus que tous les détails des réductions ne seront pas dans le budget.

Ah oui, j’oubliais presque… à surveiller également ce que le gouvernement Harper fera, à plus long terme, avec la Sécurité de la vieillesse.

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