Billets classés sous « avortement »

L’entêtement des conservateurs pro-vie

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 publié le 1 février 2013 à 12 h 13

Chaque fois qu’un député conservateur parle d’avortement, Stephen Harper doit dire et redire que son gouvernement n’a aucune intention de rouvrir ce débat. Il a encore dû le faire jeudi dernier, en raison d’une lettre envoyée à la GRC par trois députés conservateurs d’arrière-ban.

Les députés Maurice Vellacott, Leon Benoit et Wladyslaw Lizon ont signé cette lettre datée du 23 janvier, et ils citent des statistiques gouvernementales. Entre 2000 et 2009, disent-ils, 491 avortements subis après 20 semaines de grossesse ont d’abord donné lieu à une naissance vivante. Donc, si les bébés décèdent après être sortis complètement du ventre de leur mère, il devrait y avoir 491 enquêtes ou accusations de meurtre en lien avec ces morts.

On ne sait pas encore ce que fera la GRC de cette lettre, mais l’affaire a soulevé un tollé en Chambre. Interrogé, le premier ministre a dit :  « Je crois que tous les députés en cette Chambre, qu’ils soient d’accord ou pas, comprennent que l’avortement est légal au Canada. Ce gouvernement, et je m’inclus là-dedans, a indiqué très clairement qu’il n’a pas l’intention de changer la loi à ce sujet. » Il a fait cette déclaration sans cependant rappeler à l’ordre ses trois députés.

Ce refus de dénoncer les députés pourrait-il être perçu par ces derniers comme une forme d’encouragement à poursuivre le combat? La question peut se poser, car depuis septembre c’est la troisième fois que des députés conservateurs entreprennent des actions concrètes dans ce délicat dossier.

En septembre 2012, la Chambre a dû se prononcer sur une motion du député conservateur Stephen Woodworth. La motion 312 visait à créer un comité spécial pour définir ce qu’est un être humain. Pour les détracteurs, cette motion n’était qu’une façon détournée de rouvrir le débat sur l’avortement. Même si le premier ministre s’est ouvertement prononcé contre la motion, 91 députés ont voté pour, dont la ministre de la Condition féminine, Rona Ambrose, et d’autres ministres influents, comme Jason Kenney, Peter Van Loan et Julian Fantino. La motion a tout de même été rejetée par 203 députés.

Toutefois, le jour même, un autre député conservateur, Mark Warawa, déposait une autre motion, la motion 408. Le député veut faire condamner par la Chambre les avortements sélectifs. Des couples, désireux d’avoir un garçon, choisiraient l’avortement si le foetus est de sexe féminin. Encore là, l’opposition croit que c’est un moyen détourné de relancer le débat sur l’avortement. Le vote sur cette motion se tiendra au printemps.

Donc, la motion Woodworth, la motion Warawa et la lettre des députés Vellacott, Benoit et Lizon sont trois événements distincts en moins de cinq mois. Ces députés savent sans doute qu’ils n’auront jamais l’appui de Stephen Harper, mais peut-être savent-ils aussi que leurs actions ne seront jamais condamnées…

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Le débat sur l’avortement… loin d’être clos

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 publié le 28 septembre 2012 à 11 h 08

Le jour même où la Chambre des communes votait sur la motion 312 de Stephen Woodworth dans le but de créer un comité qui se pencherait sur la définition de ce qu’est un être humain, un autre député d’arrière-ban déposait une nouvelle motion.

Cette fois, il s’agit de la motion 408, présentée par le conservateur Mark Warawa.

Officiellement, il s’agit d’une motion pour condamner la discrimination envers les femmes qui subissent des avortements sélectifs.

M. Warawa dit avoir été bouleversé par un reportage de la CBC qui montrait que dans certaines communautés culturelles, des femmes passent des échographies pour connaître le sexe de l’enfant à naître. Si le foetus est de sexe féminin, de nombreux couples choisissent l’avortement parce qu’ils préfèrent avoir un garçon.

Cette pratique est largement condamnée… par tous les partis politiques, des associations de médecins, des groupes féministes.

Avec une condamnation non équivoque, le Parlement, dit le député conservateur, doit envoyer un message fort qui contribuerait à mettre fin à ces avortements sélectifs.

Le problème, c’est que plusieurs estiment que cette motion est une autre façon de rouvrir un débat plus large sur l’avortement.

Si le Parlement se prononce sur les avortements sélectifs, estime le NPD, la porte serait grande ouverte pour que les députés aient à se prononcer sur d’autres types d’avortements et ainsi rouvrir le débat.

Il faut d’ailleurs savoir que M. Warawa était un ardent défenseur de la motion 312 et a déclaré plusieurs fois en Chambre que le Canada se comparait à la Corée du Nord pour ce qui est de son manque d’empressement à prendre la défense des enfants à naître.

En temps normal, les partis d’opposition voteraient les yeux fermés pour condamner les avortements sélectifs.

Mais dans le contexte actuel, ils se méfient des conservateurs, estimant que cette motion fait partie d’une stratégie générale qui a pour but de relancer toute l’affaire.

Ils préféreraient donc que la question des avortements sélectifs ne se discute pas au Parlement, mais se règle avec des campagnes d’éducation et de sensibilisation auprès des communautés.

Alors ceux et celles qui s’opposent aux avortements sélectifs, mais qui s’opposent aussi à la réouverture du débat sur l’avortement sont dans une position très inconfortable et devront trouver une façon de se sortir de ce guêpier…

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Ah! la science…. quand on en a besoin!

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 publié le 24 septembre 2012 à 10 h 30

Encore trois jours, et nous serons fixés sur les appuis qu’a réussi à récolter le député conservateur Stephen Woodworth à sa motion qui vise à obtenir à terme la redéfinition de l’être humain au sens du Code criminel. En un mot, M. Woodworth veut qu’un comité des Communes se penche sur la question avec l’aide d’experts. Selon lui, ça permettrait de tenir compte des progrès médicaux des derniers siècles, car la définition actuelle date de 400 ans. Que dit cette définition qui vise à déterminer s’il y a infanticide? Voici l’article désuet du Code criminel selon le député Woodworth :

  • 223. (1) Un enfant devient un être humain au sens de la présente loi lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère :
    • a) qu’il ait respiré ou non;
    • b) qu’il ait ou non une circulation indépendante;
    • c) que le cordon ombilical soit coupé ou non.
    • Note marginale : Fait de tuer un enfant

      (2) Commet un homicide quiconque cause à un enfant, avant ou pendant sa naissance, des blessures qui entraînent sa mort après qu’il est devenu un être humain.

    • S.R., ch. C-34, art. 206.

    Et pour justifier la modernisation? La SCIENCE, disent les Woodworth et cie. Voici un échantillon de discours en Chambre vendredi dernier – dans tous les cas, il s’agit de députés conservateurs (les caractères gras sont de moi) :

    Stella Amblee

    « Les Canadiens méritent mieux que cela de notre part. Ils méritent un peu plus de courage. Les Canadiens s’attendent à ce que nous nous intéressions davantage aux faits avérés. »

    « Toutefois, cette définition d’un être humain est-elle sensée sur le plan médical et scientifique au 21e siècle? »

    « Les Canadiens et la Chambre devraient entendre des experts à ce sujet. D’après ce que j’ai appris sur le développement d’un enfant avant sa naissance, il me semble que celui-ci est un être humain bien avant le moment de sa naissance. »

    « Si les données scientifiques nous apprennent que la définition juridique que nous donnons au concept d’être humain est erronée, avons-nous raison de faire la sourde oreille? »

    « Comment peut-on s’opposer à la tenue d’une démarche respectueuse visant à étayer une disposition législative aussi importante par des faits? »

    David Anderson

     « Les réponses ont des conséquences pour les Canadiens et le système de justice du Canada. La motion M-312 demande aux dirigeants du pays, les parlementaires, d’examiner les preuves et demande si elles confirment ou infirment la teneur du paragraphe 223(1). »

    Mark Warawa

     « Le député de Kitchener-Centre prétend que nous devrions nous tourner vers l’avenir. Il faut examiner ce qui se passe ailleurs dans le monde et mener une étude fondée sur la science et les meilleurs faits disponibles

    « Cela m’attriste de constater que le discours est parfois si virulent qu’il n’est pas fondé sur la logique. Peut-être est-ce par peur de la vérité et de ce que les études pourraient révéler. »

    « Pourquoi le Canada a-t-il les mêmes politiques que la Corée du Nord? Voilà ce que révélerait une étude à ce sujet. »

    « Nous devons prendre des décisions et édicter des lois sur le fondement de la logique, de la science et de la vérité. »

     

    Stephen Woodworth

     « Nous devons nous imprégner des nouvelles connaissances pour les mettre au service de la défense des droits universels de la personne. »

    « Ce serait un triomphe de leadership que de faire valoir que la définition de l’être humain ne doit pas demeurer figée dans le temps, à l’abri de la lumière jetée par de nouvelles connaissances, de toute gouvernance démocratique et de l’esprit du dialogue ouvert. »

    Vérification faite, aucun de ces députés n’a exprimé de réserves dans le passé sur les politiques du gouvernement Harper sur le questionnaire long du recensement, les émissions de gaz à effet de serre, la lutte à la criminalité et la détention, les jeunes contrevenants, des dossiers où la science et l’épreuve des faits ont souvent été évoquées par les opposants à ces politiques.

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Le caillou dans le soulier de Stephen Harper

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 publié le 21 septembre 2012 à 14 h 41

Chaque fois qu’ils en ont l’occasion, Stephen Harper et ses ministres disent et redisent qu’il n’est pas question de rouvrir le débat sur l’avortement… sous aucune condition.

Pourtant, le doute persiste. Pourquoi? À cause, notamment, de députés comme Stephen Woodworth. Il fait partie de ces élus qui n’ont pas l’ambition de gravir les échelons et devenir ministres. Woodworth est un député d’arrière-ban et le restera toujours. Alors, il peut y aller avec ses convictions profondes, quitte à indisposer son chef et son parti.

La motion 312  vise à créer un comité qui se pencherait sur la définition de ce qu’est un être humain. Plusieurs ont interprété cette motion comme une tentative de rouvrir le débat sur l’avortement. Même si cette histoire fait couler beaucoup d’encre depuis des mois, il faut rappeler que tout le débat en Chambre sur cette motion se limite à deux heures. Une heure le 26 avril dernier, une heure aujourd’hui, avant de passer au vote mercredi prochain, le 26 septembre.

Au printemps, comme se tenait la première heure de débat en Chambre, Woodworth disait qu’il ne fallait pas aller au-delà de ce qu’annonçait cette motion; qu’il s’agissait surtout d’une mise à jour de cette définition. Cinq mois plus tard, au moment où il est quasiment assuré de perdre son vote, il radicalise son discours, admet qu’il veut aller plus loin et carrément reprendre le débat sur le droit à l’avortement, ce qui donne évidemment des munitions à tous ces groupes de pression qui croient que les conservateurs ont des intentions cachées.

Monsieur Woodworth a d’ailleurs tenu des propos controversés cette semaine, en comparant le droit à l’avortement à l’euthanasie des personnes handicapées pendant le régime nazi en Allemagne!

Mercredi prochain donc, même s’il s’agit d’un vote libre, la motion 312 devrait être battue. Même Stephen Woodworth s’attend à ce verdict.

Cet épisode aura indisposé le gouvernement et sera chose du passé. Mais ce ne sera sûrement pas la fin de l’histoire. Il y a d’autres députés d’arrière-ban, plus à droite, qui reviendront avec des projets de loi privés ou des motions qui tiennent compte de l’opinion d’une partie de l’électorat conservateur, mais qui ramènent dans l’actualité des sujets que la plupart des Canadiens croient clos.

Stephen Harper aura alors d’autres cailloux dans son soulier…

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« Stephen Harper n’est pas un dictateur »

Cette affirmation ne vient ni d’un député néo-démocrate outré de voir les conservateurs imposer le bâillon sur l’immense projet de loi de mise en œuvre du budget, ni d’un militant écologiste inquiet de voir les limites que comptent imposer les conservateurs aux ONG environnementales.

Non.

L’affirmation vient d’Alissa Golob, porte-parole jeunesse de la Marche pour la vie. Avec des milliers d’autres, jeudi, elle a nettement l’intention de profiter d’une manifestation sur la colline du Parlement pour faire la preuve qu’elle ne se laissera pas distraire par l’interdit énoncé par Stephen Harper sur toute réouverture du débat sur l’avortement.

Cette Marche pour la vie annuelle n’est pas nouvelle. Elle en est à sa 15e édition et se veut le plus grand rassemblement pro-vie au pays.

Cette année, les organisateurs espèrent attirer plus de 20 000 personnes.

Ils sont plus mobilisés que jamais pour deux raisons.

Sans vouloir dévoiler le contenu des conversations privées qu’Allisa Golob et les militants du mouvement pro-vie ont eues avec de nombreux députés conservateurs, elle affirme que le caucus pro-vie encourage ses membres à poursuivre leur mobilisation, malgré la promesse de Stephen Harper de ne pas encourager ce débat.

Surtout, le mouvement pro-vie croit en quelque sorte avoir trouvé la clé pour convaincre la majorité des Canadiens qu’il est légitime de rouvrir le débat : le problème des avortements sélectifs, soit les femmes qui choisissent d’interrompre leur grossesse parce qu’elles sont enceintes d’une fille.

C’est un problème hautement documenté dans certains pays comme la Chine, l’Inde ou encore en Corée et au Vietnam. La crainte est que ces pratiques soient importées ici au Canada au sein de ces communautés. Un problème bien difficile à quantifier, mais auquel bien des médecins ont été confrontés, et que plusieurs chercheurs tentent de quantifier.

« Les avortements pour sélectionner le sexe de l’enfant sont la pire forme de discrimination, une discrimination qui tue », affirme le chercheur Steven Mosher, aujourd’hui militant pro-vie.

D’ailleurs, il n’y a pas que le mouvement pro-vie qui dénonce cet état de fait, un récent sondage d’Angus Reid révélait en janvier dernier que 60 % des Canadiens jugent qu’il devrait bel et bien y avoir des lois qui spécifient si une femme peut recourir à l’avortement simplement pour choisir le sexe du fœtus. C’est sans compter le débat qui a cours dans la communauté médicale.

En janvier dernier, un éditorial de l’Association médicale canadienne proposait d’interdire la divulgation du sexe du fœtus au moment de l’échographie avant la trentième semaine pour empêcher les avortements sélectifs. Si cette solution est jugée simpliste tant par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada que par le Collège des médecins, elle illustre bien le malaise éthique suscité par la pratique des avortements sélectifs.

De concert avec la motion du député Steven Woodworth sur la définition de l’être humain, la question des avortements sélectifs incarne le nouveau discours d’un mouvement pro-vie qui s’est modernisé et qui tente aujourd’hui de présenter son discours dans un cadre scientifique et éthique, plutôt que sur des bases strictement morales et religieuses.

C’est le nouveau visage d’un mouvement qui a bien l’intention de se faire entendre et de forcer à sa façon sinon une réouverture législative, du moins une reprise du débat sur le droit à l’avortement.

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