Billets classés sous « Assemblée nationale »

La session de tous les défis

par

 publié le 9 février 2016 à 18 h 54

C’est un euphémisme de dire que la politique est remplie de défis. Le gouvernement veut stimuler la création de la richesse, il veut adopter des mesures qui viennent en aide aux plus vulnérables, et ainsi de suite. Les oppositions critiquent le gouvernement, elles dénoncent, elles proposent parfois des solutions. Elles préparent le terrain des prochaines élections en espérant convaincre l’électorat.

La session qui commence à Québec ne fait pas exception.

Le défi du gouvernement

Le premier ministre Couillard veut tourner la page sur l’austérité/rigueur budgétaire. Il veut passer à un discours de prospérité. Soit! Un des défis de la politique c’est que les « bottines doivent suivre les babines », bref que le gouvernement passe de la parole aux actes. Et pour ça, il faudra attendre le budget en mars, pour voir si bottines et babines sont synchronisées. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le gouvernement roule sur l’or, qu’il réinvestisse massivement dans les écoles et les mesures de solidarité. Mais il devrait pouvoir réinvestir… un peu. Combien? Comment? Rendez-vous en mars.

Le défi de Pierre Karl Péladeau

Le chef du Parti québécois en a des défis. Il doit préparer son parti pour les prochaines élections. Il doit se distinguer comme chef de l’opposition, un rôle ingrat puisqu’il n’a aucun autre pouvoir que celui de critiquer. Il doit coordonner les efforts de l’aile parlementaire de son parti. Il doit stimuler la flamme souverainiste, pas éteinte, mais qui a besoin de carburant.  Il doit assurer la cohésion de son parti. Mais d’abord et avant tout, il doit démontrer qu’il est premier ministrable, qu’il est capable d’avoir la confiance des Québécois. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt difficile.

Le défi de François Legault

La Coalition avenir Québec a tourné en rond en 2015. En 2016, François Legault cherchera à rassembler les déçus du PQ et du PLQ. Vaste défi. Son parti est devenu fédéraliste dans les faits, même s’il est nationaliste. Pas sûr que les souverainistes du PQ suivront, à moins qu’ils ne soient si déçus qu’ils voient dans la CAQ le seul moyen de bloquer le PLQ. Pour les convictions politiques, on repassera. Les sympathisants du PLQ pourraient-ils être déçus par le discours économique du premier ministre? Peut-être. Assez déçus pour faire le saut chez la deuxième opposition? Pas sûr. Bref, la CAQ doit mettre à profit le mécontentement des familles, des souverainistes, des gens d’affaires…

Le défi de Québec solidaire

Depuis sa création et l’élection de son premier député, Québec solidaire se présente un peu comme la conscience morale de l’Assemblée nationale, à la défense de la veuve et de l’orphelin. Depuis quelques semaines, par contre, c’est le Parti québécois, avec son équipe de recherche, qui est au front pour défendre les plus vulnérables. Ça illustre toute la complexité de la tâche d’un tiers parti, qui ne compte que trois députés et une petite équipe de recherche, aussi vaillante soit-elle. Les députés courent les commissions parlementaires, prennent position sur presque tous les sujets et, en fin de compte, dispersent leur énergie. C’est dur, mais probablement nécessaire, de concentrer ses efforts.

Catégorie: Québec

Applaudissements : jamais vu ça en 10 ans!

par

 publié le 11 septembre 2015 à 11 h 13

Ça fait 10 ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, et je n’avais jamais vu ça! Le ministre Jean-Marc Fournier a interrompu le point de presse du député péquiste Bernard Drainville pour lui dire qu’il était… d’accord avec lui!

D’accord sur quoi? D’accord pour interdire les applaudissements pendant la période de questions à l’Assemblée nationale.

Voyez par vous-même. Vous verrez M. Drainville être d’abord interrompu par son chef de cabinet qui doit lui dire quelque chose du genre : « Y a Jean-Marc Fournier dehors, il aimerait venir, il est d’accord avec nous. Qu’est-ce qu’on fait? » Puis M. Drainville, bon joueur, accepte que M. Fournier intervienne dans son point de presse.

En fait M. Drainville n’avait plus le choix. Il venait de faire un plaidoyer pour une meilleure collaboration entre partis, il venait de dénoncer « l’hyperpartisanerie », il ne pouvait pas refuser la demande de Jean-Marc Fournier!

 

Pour voir cet extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Mais sur le fond. Vraiment?  L’interdiction des applaudissements va-t-elle diminuer le cynisme?

D’accord, dans une atmosphère de confrontation entre oppositions et gouvernement, l’idée de se faire applaudir stimule peut-être l’effet de toge, l’enflure verbale, les mots acerbes. Tout ça disparaîtra sans applaudissements? Pas sûr!

Et voilà justement un symptôme du problème. Quand on réfléchit à la proposition de M. Drainville, on l’aborde avec un angle cynique! Il est si élevé le cynisme, en ce moment, que ma première réaction est justement celle-là : je doute!

Je me suis questionné publiquement en ondes en utilisant des expressions du genre : « Si le passé est garant de l’avenir, pas sûr qu’ils y arriveront », « Faudra voir si nos élus passent de la parole aux actes », « On verra» ou  « Je doute »!

En privé, je me suis dit qu’ils trouveraient bien un autre moyen de manifester leur approbation ou désapprobation en criant, en tapant sur leur bureau ou je ne sais quoi. Cynisme, quand tu nous tiens!

Alors, donnons la chance aux coureurs, mettons notre cynisme de côté. Applaudissons l’interdiction des applaudissements.

Prochaines étapes dans la guerre contre le cynisme? Que les ministres répondent vraiment aux questions de la période de questions, qu’ils s’arrangent pour tenir leurs promesses électorales et que nos élus laissent tomber la langue de bois. Vaste défi!

À lire : Vers la fin des applaudissements partisans à l’Assemblée nationale

Catégorie: Québec

Le remaniement qui n’a pas (encore) eu lieu

par

 publié le 24 juin 2015 à 14 h 33

On vous l’accorde d’emblée. Tous les correspondants parlementaires sont affligés de la même maladie : la « remaniementite aiguë ».

Les premiers symptômes apparaissent dès qu’un ministre fait une déclaration malhabile.

Ça commence par de simples discussions de corridors entre collègues. On évoque les difficultés et les maladresses. Ça peut durer quelque temps.

Si plusieurs relèvent un deuxième impair important, les discussions sont élargies aux gens qui gravitent autour du parti au pouvoir : le ministre X est-il menacé de passer à la trappe d’un remaniement ministériel? Règle générale, le gouvernement tente d’étouffer l’affaire, l’opposition souffle sur les braises.

Au troisième faux pas sérieux, la machine à rumeurs démarre. Pour vrai.

Les journalistes posent ouvertement la question au premier ministre : le ministre X a-t-il toujours votre confiance?

Si la réponse n’est pas clairement « oui », le doute est semé. Pour vrai.

De Bolduc…

La dernière fois que cela s’est produit, c’était avec l’ex-ministre de l’Éducation Yves Bolduc.

Il y a eu ses primes pour le suivi de nouveaux patients pendant qu’il siégeait à l’opposition. Puis, les livres que les bibliothèques scolaires ne pourraient plus se permettre d’acheter : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça », avait-il dit avant de s’excuser. Et le désormais célèbre coup de grâce : les fouilles à nu « respectueuses ».

Dans les heures qui ont suivi, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas répondu clairement « oui » à la « question qui tue ». Neuf jours plus tard, un mini-remaniement était confirmé.

… à Heurtel?

On en était presque là avec l’actuel ministre de l’Environnement David Heurtel. Son chemin de croix a commencé avec le certificat d’autorisation délivré à TransCanada pour entreprendre des forages exploratoires en vue de construire un port pétrolier à Cacouna, là où se trouve une pouponnière de bélugas.

En septembre, son ministère est rappelé à l’ordre par la cour qui ordonne l’arrêt immédiat des travaux. En décembre, le premier ministre signe lui-même l’arrêt de mort du port pétrolier à cet endroit. Ce n’est jamais très bon signe quand le premier ministre doit lui-même intervenir…

Une enquête interne rendue publique il y a quelques jours sur le processus d’octroi du certificat de forage a de nouveau écorché le ministre. Elle révèle que les fonctionnaires qui ont permis de le délivrer ont omis d’indiquer que « le béluga est une espèce en péril et qu’il est probablement en voie de disparition ».

Le rapport indique aussi, et surtout, que la direction du ministère et le cabinet du ministre « ont été avisés par le biais de notes ministérielles ou de fiches d’informations fréquemment pendant le processus ». Le ministre Heurtel a reconnu qu’il aurait dû avoir une meilleure compréhension du dossier avant que le certificat ne soit délivré. Pire, à La Presse, il a même fait cet aveu : « Cacouna, je l’ai échappé! Mais est-ce que je dois payer toute ma vie pour ça? »

Le député Sylvain Gaudreault, porte-parole péquiste en Environnement, a carrément demandé le départ de David Heurtel. « Il a renoncé à sa responsabilité ministérielle. Ce principe est fondamental dans notre droit parlementaire. La seule chose que le premier ministre doit faire, c’est de le tasser dans le remaniement qui s’en vient. »

On était là à un doigt de la question qui tue au premier ministre.

Double victoire

En une seule soirée, un événement a mis fin à toutes les rumeurs, temporairement du moins : la double victoire des libéraux lors des élections partielles dans les circonscriptions de Jean-Talon et, surtout, dans Chauveau. Que Sébastien Proulx conserve la première allait pratiquement de soi. Mais que Véronyque Tremblay, en plus, ravisse à la CAQ une circonscription phare, c’était comme Noël en juin.

Du coup, Philippe Couillard pouvait se montrer triomphant, parader fièrement avec ses deux nouveaux élus, et interpréter – à tort ou à raison – ces victoires comme une caution des Québécois pour poursuivre son exercice de redressement des finances publiques. Un coup de baguette magique n’aurait pas été aussi efficace. Pourquoi changer une combinaison gagnante, d’autant qu’on peut partir pour les vacances sur cette belle image. Le remaniement ministériel peut attendre… pour l’instant.

Une querelle révélée

David Heurtel a une nouvelle fois fait la manchette la fin de semaine dernière. Cette fois, le Journal de Québec a révélé qu’il était à couteaux tirés avec son adjointe parlementaire, Marie-Claude Nichols, députée de Vaudreuil. Une querelle aurait éclaté devant témoins au Conseil des ministres, à un point tel qu’elle aurait songé à renoncer à ses fonctions. La principale intéressée n’a pas répondu à nos appels. Au bureau du premier ministre, on nous dit qu’il s’agit « d’une tempête dans un verre d’eau » et que « le dossier est clos ».

Mais des sources nous indiquent qu’ils sont plusieurs, au caucus libéral, à avoir eu un conflit avec le ministre de l’Environnement. Sa personnalité dérange. Sa façon de faire aussi.

Des groupes environnementaux se disent en froid avec lui, pendant que, sous le couvert de l’anonymat, des gens qui doivent collaborer avec son cabinet parlent de relations tendues.

Le ministre Heurtel ne sera pas du lancement de la stratégie maritime, lundi prochain, alors qu’il figurait parmi les ministres invités lors de la première convocation. La conférence de presse a été reportée en raison du décès de Jacques Parizeau. À son cabinet, on explique qu’il ne pourra pas faire acte de présence parce qu’il prendra plutôt part à une mission en France.

On ne peut pourtant pas s’empêcher de se demander pourquoi le premier ministre procède à une annonce qui lui est aussi chère – il veut faire de la stratégie maritime son héritage – sans son ministre de l’Environnement, inévitablement concerné par la question du transport maritime sur le fleuve Saint-Laurent.

On ne peut surtout pas s’empêcher de se demander, dans les circonstances, combien de temps encore David Heurtel peut s’accrocher avant de forcer, en partie, le prochain remaniement.

Catégorie: Québec

La schizophrénie des solidaires

par

 publié le 13 juin 2015 à 18 h 54

Québec solidaire soufflera ses 10 chandelles en février prochain. Dix ans pour une formation politique, c’est assurément l’âge de raison, voire l’âge adulte.

Néanmoins, il semble que ce n’est pas pour autant un gage de maturité politique. Le plus récent bilan du parti dressé par la porte-parole Françoise David n’en faisait certainement pas la démonstration.

Aux questions des journalistes sur la possibilité d’une alliance électorale avec le Parti québécois en 2018, Françoise David n’a pas voulu fermer la porte. On ne se sabordera pas, mais on est ouvert au dialogue, a-t-elle dit pour l’essentiel. Des « alliances ponctuelles » seraient possibles.

Pourtant, c’est la même femme qui a déjà déclaré qu’elle refuserait de s’asseoir aux côtés de Pierre Karl Péladeau. « Une candidature odieuse », avait affirmé la porte-parole de QS en mars 2014.

Que l’opinion de Françoise David à l’égard de Pierre Karl Péladeau se soit améliorée, maintenant que celui-ci est devenu chef du Parti québécois, n’a rien de trop étonnant. Ce qui l’est beaucoup plus, c’est que la porte-parole de Québec solidaire, presque 10 ans après la création de son parti, n’écarte pas clairement l’idée de créer une alliance électorale avec une autre formation politique.

Au-delà du principe, il ne fait pas de doute que forger une alliance, sur la base d’un partage de circonscriptions, se révélerait désavantageux pour les deux partis, particulièrement pour Québec solidaire, compte tenu des nouvelles règles liées au financement des partis politiques.

C’est aussi un message troublant, empreint de confusion, que Françoise David envoie à ses troupes et aux électeurs québécois.

Québec solidaire n’est-il qu’un autre parti du genre Option nationale? Québec solidaire n’est-il qu’une succursale « de gauche » du Parti québécois?

Cette constante valse-hésitation est peut-être une conséquence du statut de Françoise David, qui est la porte-parole des solidaires et non pas la chef de son parti. Est-ce que cela justifie son incapacité à défendre l’autonomie de son parti? Il semble que oui.

Pour ajouter à la confusion, les députés solidaires affichent une étrange posture politique à l’égard du PQ et du PLQ.

À l’occasion de ce bilan des travaux parlementaires, le communiqué de presse de Québec solidaire attaquait de front le gouvernement Couillard. Cependant, en point de presse, après avoir énoncé la ligne de presse d’usage qui s’en prenait aux libéraux, Françoise David a lancé plusieurs de ses flèches vers le Parti québécois. Comme d’habitude, diraient d’ailleurs les péquistes qui le rendent bien aux élus solidaires.

Cette impression que les députés solidaires sont davantage préoccupés par le Parti québécois que par le parti au pouvoir est confortée de deux autres façons. Les questions de Québec solidaire à l’Assemblée nationale sont rarement formulées, tel que le veut la tradition, comme des critiques de l’action du gouvernement. QS cherche plutôt à mettre de l’avant ses propres positions.

Par ailleurs, de manière très opportune, le premier ministre Philippe Couillard ne manque pas une occasion d’encenser le travail de la députée de Gouin. Le chef libéral sait bien que les solidaires sont peu susceptibles de gruger le vote libéral, mais qu’en revanche ceux-ci sont en mesure de réduire les chances du Parti québécois de remporter une majorité parlementaire.

D’ailleurs, cette évidence explique sans doute la raison pour laquelle les députés solidaires privilégient les attaques contre l’opposition officielle péquiste, plutôt que de viser sans relâche le gouvernement libéral. Or, cette attitude électoraliste sied mal avec la volonté de Québec solidaire de faire de la politique autrement.

En quoi les attaques de Québec solidaire (de même que celles de la CAQ) contre le PQ (qui en font autant) profitent réellement aux Québécois? Le travail des partis d’opposition est normalement consacré à la critique (si possible constructive) du travail et des orientations du gouvernement.

Naturellement, les partis d’opposition sont parfaitement libres de se disputer entre eux, même à trois ans des prochaines élections. Il est aussi légitime pour ces partis de rappeler sans cesse aux Québécois que leur offre politique est différente des autres et de la mettre en valeur. Il n’empêche qu’ils ont une obligation absolue de demander quotidiennement au gouvernement de rendre des comptes.

Un éventuel (et encore hypothétique) appui des libéraux envers un projet de loi de QS qui vise à empêcher l’expulsion des aînés de leur logement ne peut justifier la moindre clémence des solidaires à l’égard du gouvernement Couillard.

Mais pour ce qui est de ses rapports avec le Parti québécois, les élus de Québec solidaire semblent souffrir de schizophrénie.

D’une part, sa porte-parole ne rejette pas l’idée d’une alliance électorale avec le PQ, tandis que d’autre part toutes les occasions sont bonnes pour attaquer l’opposition officielle et son nouveau chef dans l’espoir d’élargir sa base électorale.

Il est bien difficile de réconcilier ces deux attitudes.

Les résultats électoraux plutôt décevants de Québec solidaire depuis 18 mois (malgré l’élection d’une troisième députée) montrent peut-être que les Québécois peinent à comprendre ses cheminements.

Catégorie: Québec

Le retour de PKP, un symbole de force

par

 publié le 28 mai 2014 à 14 h 27

Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau
Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau

Alors que les médecins estimaient qu’il mettrait des semaines à s’en remettre, Pierre Karl Péladeau a fait son entrée à l’Assemblée nationale lundi, moins de 10 jours après un grave accident de vélo qui lui a causé de multiples fractures.

Même s’il n’était là officiellement que pour faire son entrée à titre de nouveau député de Saint-Jérôme, plusieurs n’ont pu s’empêcher d’y voir un symbole de force. Moins de deux jours après sa sortie de l’hôpital, alors qu’on croyait initialement qu’il ne serait pas là de toute la session parlementaire, PKP ne recule devant rien et se présente à l’Assemblée nationale en fauteuil roulant!

Dans les rangs péquistes, on s’est étonné de l’abondance d’encouragements et de souhaits de prompt rétablissement que le nouveau député a reçus dans les jours après son accident. Sur la page Facebook du Parti québécois, on n’a pu s’empêcher de remarquer que la nouvelle le concernant avait reçu plus de clics que bien des annonces du précédent gouvernement de Pauline Marois.

Un député qui, il y a quelques jours encore, n’était pas très chaud à l’idée de voir Pierre Karl Péladeau briguer le poste de chef du Parti québécois confiait, la semaine dernière, avoir été surpris de la réaction populaire. Le retour rapide du député en chambre risque de l’avoir surpris encore davantage. Et si, malgré son passé, Pierre Karl Péladeau était capable de susciter la sympathie populaire? Déjà, en campagne électorale, plusieurs observateurs avaient été surpris de voir les électeurs se précipiter pour lui serrer la main et se faire photographier en sa compagnie.

Pierre Karl Péladeau avait assurément hâte de faire ses premiers pas comme député, mais la hâte avec laquelle il s’est empressé de revenir ne peut qu’alimenter les spéculations voulant qu’il se lance rapidement dans la course à la direction du Parti québécois. Que sa présence soit ou non le résultat d’un calcul stratégique, il reste qu’un retour si rapide à l’Assemblée nationale est un geste fort pour la suite des choses. Malgré l’adversité, le député ne s’en laissera pas imposer. Que ses éventuels adversaires à la course à la direction du Parti québécois se le tiennent pour dit.

Catégorie: Québec

Philippe Couillard tente une nouvelle stratégie

par

 publié le 13 février 2014 à 12 h 04

Philippe Couillard
Philippe Couillard

BILLET D’HUGO LAVALLÉE – Plusieurs auront remarqué le ton plus incisif adopté par Philippe Couillard depuis le début de la semaine. En chambre, le chef libéral n’a pas hésité à lancer des flèches à Pauline Marois. « La première ministre pourra poser des questions quand elle sera de retour de ce côté de la Chambre. » « Je répète la question parce que la première ministre […] ne répond pas à ma question. » Telles sont des phrases que l’on a pu entendre ces derniers jours.

Le chef libéral admet lui-même publiquement que, même s’il continuera « de respecter les personnes », il entend dorénavant adopter « un ton ferme ». Dans l’entourage de Philippe Couillard, on reconnaît avoir tiré une leçon des critiques qui se sont multipliées ces dernières semaines à propos des louvoiements du chef libéral.

« M. Couillard réfléchissait parfois à haute voix, explique un proche. On lui a fait comprendre que les Québécois ne veulent pas entendre leurs leaders politiques remuer des idées, ou expliquer leur parcours intellectuel. Ils veulent entendre des positions claires. »

On comprend en filigrane que le discours de Philippe Couillard était parfois empesé par des détours intellectuels contre-productifs sur le plan de la communication. Mais, prévient-on, c’est justement l’intelligence du chef libéral qui lui permettra de reprendre l’initiative : il ne répétera pas les mêmes erreurs.

La question du budget

D’autres encore auront aussi remarqué que Philippe Couillard a lourdement insisté sur la nécessité pour le gouvernement de présenter un budget en bonne et due forme avant le déclenchement des prochaines élections.

En coulisse, toutefois, on explique ne pas tenir si fort à ce qu’un budget soit déposé. En fait, les libéraux estiment qu’ils seront avantagés quoi qu’il advienne.

Si le gouvernement dépose un budget, le PLQ pourra mettre en doute la valeur des chiffres en rappelant le scénario de 2003. Pauline Marois, ministre des Finances, avait alors déposé avant les élections un budget équilibré qui s’était avéré déficitaire quelques mois plus tard.

Et si le gouvernement ne dépose pas de budget, la partie sera encore plus facile, puisque les Libéraux auront beau jeu pour accuser le Parti québécois de vouloir « cacher les chiffres ».

Dans un cas comme dans l’autre, le PLQ estime pouvoir sortir gagnant de l’épisode budgétaire… qu’il ait lieu ou non.

Catégorie: Québec

Tous les jours, à 13 h 30, je participe avec mes collègues Simon Durivage et Denis Ferland à une chronique qui s’appelle « Sur les collines » à RDI.

On parle à bâtons rompus de politique, de ce qui se passe à Québec et à Ottawa. C’est décontracté.

Pour ajouter à l’ambiance, nos patrons nous demandent d’être au Parlement, dans les corridors ou dans le hall d’entrée, question d’être là où l’action se passe. C’est bien beau lorsqu’il y a des travaux à l’Assemblée. Les députés vont et viennent, on sent l’effervescence. Mais hors session, disons qu’à part les visites guidées pour les touristes, il n’y pas beaucoup d’action.

Si bien que j’ai été un peu surpris de voir le ministre Bernard Drainville faire une apparition « ostentatoire » sur la colline Parlementaire jeudi.

C’était sympathique et drôle et c’est juste pour vous faire sourire en peu.

Bonne fin de semaine!

Catégorie: Québec

Au cours des deux prochains mois, dans l’immense Salon rouge de l’Assemblée nationale, le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne rencontrera tous ceux au Québec qui veulent se faire entendre sur le projet de charte des valeurs.

Oui, tous.

Depuis que ce sujet a fait son apparition en août dernier, la majorité des Québécois ont compris qu’il est risqué d’aborder la question de la charte des valeurs avec le premier venu.

C’est pourtant bel et bien ce que le ministre Drainville fera pendant au moins 200 heures de consultations.

« Je l’aborde avec ouverture et fermeté. Ouverture parce qu’il faut être prêt à attraper au vol les bonnes idées qui pourraient nous être proposées. Et fermeté, sur les principes et valeurs que nous défendons, que ce projet de charte porte. »

Les principes énoncés dans le projet de loi 60, dont l’interdiction de symboles religieux pour les employés de l’État, sont du jamais vu en Amérique du Nord. L’interdiction explicite des signes religieux n’est ni dans la culture ni dans la tradition nord-américaine.

« Notre rapport à la religion catholique colore en partie la proposition de charte », suggère Bernard Drainville pour expliquer ce qui distingue le Québec des juridictions qui l’entourent. Tout comme les liens avec la France, ajoute-t-il. Et aussi une réflexion menée depuis des années au sein du Parti québécois, notamment sous l’influence de Louise Beaudoin.

Cette charte des valeurs est dénoncée par ses opposants comme une attaque frontale aux droits et libertés. Le sociologue Gérard Bouchard a aussi accusé le gouvernement Marois de faire preuve de démagogie, de mentir pour défendre sa cause.

« Je ne reconnais pas Gérard Bouchard dans les propos qu’il tient ce matin, a répliqué Bernard Drainville. Il nous a habitué à une élévation intellectuelle que je ne retrouve pas dans ce texte-là… On frise l’attaque personnelle dans certains propos qu’il tient. Je l’invite à se ressaisir. »

Le ministre Drainville croit en outre que l’ancien député Yves Michaud allait trop loin en proposant aux adversaires de la charte de quitter le pays.

Quels risques?

Le ministre considère que « ce projet est une nécessité vitale pour notre société ». Si le gouvernement s’abstenait d’agir, il y aurait des conséquences, croit le ministre.

« Les cas d’accommodements religieux déraisonnables vont se multiplier à l’avenir… produisant des frictions, des frustrations. »

Le climat social en pâtirait si le gouvernement québécois n’intervenait pas, selon lui.

« Il y a une partie de ce que l’on propose qui vise à prévenir une escalade, une détérioration du climat social, qui vise à prévenir des tensions. »

Le facteur électoral

Bernard Drainville affirme qu’il souhaite l’adoption du projet de loi 60. Il dit ne pas tenir compte du calendrier électoral, qui pourrait néanmoins en entraver l’adoption.

« S’il n’y a pas d’élections, je pense que le processus pourra se poursuivre et on devra s’asseoir avec la CAQ et essayer d’en venir à une entente qui permette l’adoption de la charte. »

Avec les consultations sur ce projet de charte et le dépôt d’un budget déficitaire, les prochaines semaines se dérouleront sous le signe de l’incertitude à l’Assemblée nationale.

La façon dont le ministre Drainville mènera ces consultations aura une influence indéniable, mais totalement imprévisible, sur le sort de ce gouvernement minoritaire.

Pour écouter l’entrevue avec Bernard Drainville sur votre téléphone mobile, cliquez ici.

Catégorie: Québec

Neige = indiscipline?

par

 publié le 27 novembre 2013 à 9 h 26

Rappelez-vous quand vous étiez écolier. Quand la première neige tombait, on lâchait notre fou. On faisait des bonshommes de neige, on se lançait des « mottes » de neige, on glissait, on s’amusait!

Que se passe-t-il à l’Assemblée nationale quand il neige? Nos députés se comportent presque comme des écoliers.

Bon, je vous entends, ce n’est pas JUSTE quand il neige qu’ils sont comme des écoliers! D’accord.

En tout cas, selon l’hypothèse du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, la neige excite beaucoup nos élus. C’est l’excuse qu’il a trouvée pour justifier les nombreuses fois où Pauline Marois a été interrompue mardi par des commentaires de députés libéraux.

Je vous laisse regarder un extrait tout en soumettant respectueusement au président Chagnon qu’il n’est tombé que 5 cm de neige mardi à Québec et qu’on en attendait 15 de plus d’ici mercredi!

Je n’ose pas imaginer à quoi ça va ressembler mercredi!

Catégorie: Québec

L’épreuve du pouvoir

par

 publié le 20 juin 2013 à 9 h 57

Pauline Marois à l'Assemblée nationale, le 7 décembre.

Pauline Marois a dilapidé une partie de son capital politique au cours des neuf premiers mois de son mandat. Les élus du Parti québécois (PQ) ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils sont les seuls responsables de leurs malheurs. La première ministre a elle-même reconnu qu’elle n’avait pas su orchestrer les initiatives de ses ministres.

Il est aussi facile de constater un manque de souci évident dans les détails. Et, à cet égard, la faute en incombe aux ministres et au personnel qui entoure la première ministre. En fait, personne ne parvient à échapper au blâme au sein du PQ. Personne ne sort indemne de cette épreuve du pouvoir. Le PQ doit désormais craindre de se retrouver au troisième rang dans les intentions de vote, derrière la Coalition avenir Québec.

La position des libéraux

La démission de Jean Charest a créé tout un vide à l’Assemblée nationale. La commotion a été encore plus importante au Parti libéral. Le nouveau chef, Philippe Couillard, tente aujourd’hui de combler le vide en secouant les structures internes.

M. Couillard semble lui-même se transformer au fil des semaines. Pendant la course à la direction, il paraissait se ranger dans un camp plus nationaliste que celui de Jean Charest, alors que ces derniers jours, il a montré le visage d’un fervent fédéraliste.

En gardant ses distances avec l’Assemblée nationale, le nouveau chef libéral parvient à rester au-dessus de la mêlée. L’ennui, c’est qu’il paraît également loin de son aile parlementaire. Cela a donné lieu à quelques notes discordantes au cours des derniers jours entre ses propres positions et celles des élus libéraux.

Les questions nationale, linguistique et identitaire sont à la fois une force et une faiblesse du Parti libéral de Philippe Couillard. Le principal point d’interrogation est encore et toujours l’impact de la commission Charbonneau sur le Parti libéral d’ici les prochaines élections.

De la CAQ à Québec solidaire

De son côté, la Coalition avenir Québec ne semble toujours pas avoir fait son nid politique. Ce parti demeure difficile à cadrer, son étiquette est encore en voie de définition. Le Projet Saint-Laurent prend forme tranquillement et devrait contribuer à chasser le flou entourant ce parti. Les attaques du chef de la CAQ, François Legault, contre le gouvernement Marois sont souvent bancales et parfois menées avec imprécision.

Pour sa part, Québec solidaire continue son travail patient. L’arrivée de Françoise David à l’Assemblée nationale n’a toutefois pas donné la visibilité espérée à son parti.

Par ailleurs, la démission de Jean-Martin Aussant à la direction d’Option nationale offre un certain soulagement au Parti québécois et à Québec solidaire. La survie de ce parti est désormais remise en question.

Malgré la lune de miel des libéraux et l’inconsistance des péquistes, aucun des partis n’est véritablement en situation de force ou de faiblesse extrême. Il semble que tout demeure possible d’ici les prochaines élections.

Catégorie: Québec