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Élections en Ontario : 10 choses à retenir

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 publié le 20 juin 2014 à 10 h 17

La première ministre réélue Kathleen Wynne (en rouge) en compagnie de ses parents à droite, et de sa conjointe, à gauche.

Le Parti libéral de Kathleen Wynne a remporté l’élection du 12 juin et formera un gouvernement majoritaire pour les quatre prochaines années. Le Conseil des ministres sera assermenté mardi prochain. En attendant, voici 10 choses à retenir et à surveiller après cette élection (sans ordre particulier) :

1. Ontario : province ouverte et tolérante
Les Ontariens ont élu pour la première fois une femme comme première ministre (en retard sur d’autres provinces, c’est vrai). Mais Kathleen Wynne devient également la première chef de gouvernement élue ouvertement gaie de tout le Commonwealth. Sans que ce soit un enjeu durant la campagne. Vous souvenez-vous d’André Boisclair?

2. La chance du débutant
C’est la première fois en 43 ans qu’un chef de parti recrue remporte une majorité en Ontario (depuis Bill Davis en 1971). La recrue conservatrice Frank Miller a remporté une minorité en 1985, avant d’être renversée trois mois plus tard par une alliance libérale/néo-démocrate. Au Québec, Jean Charest, Jacques Parizeau et Pauline Marois ont également échoué à leur première tentative. Philippe Couillard a réussi, tout comme Christy Clark en Colombie-Britannique et Alison Redford en Alberta.

3. Dynastie en formation
C’est la concrétisation d’une dynastie libérale en Ontario. Après ce mandat de quatre ans, les libéraux auront été au pouvoir pendant 15 ans (de 2003 à 2018). Ils ont également réussi à changer de chef en cours de mandat et à se faire réélire. Du jamais vu en Ontario depuis la « Big Blue Machine » conservatrice, qui a gouverné la province pendant 42 ans de 1943 à 1985.

Tim Hudak annonce sa démission comme chef conservateur le soir de sa défaite.

4. Déclin de l’idéologie de droite
Non seulement les conservateurs font chou blanc pour une quatrième élection d’affilée depuis l’ère de Mike Harris (1995-2003), mais ils sont depuis incapables de faire une percée convaincante dans la ville de Toronto. La capitale leur échappe, le pouvoir aussi. Au total, la « droite » a été au pouvoir en Ontario pendant seulement 8 des 30 dernières années. En contrepartie, au fédéral, le PCC détient présentement 73 des 106 sièges.

5. « Back to the future? »
Certains y voient un signe que l’économie ontarienne en transition entraîne une transformation de l’échiquier politique. Mais il faut également se rappeler que la fameuse « Big Blue Machine » au pouvoir pendant 42 ans était idéologiquement beaucoup plus centriste,  plus « Red Tories » que les récentes incarnations du PC sous Mike Harris ou Tim Hudak. La course à la direction à venir sera l’occasion pour les membres de décider s’ils veulent réaffirmer l’adjectif « progressiste » dans le Parti progressiste-conservateur.

6. Gauche caviar c. New Labour
Le NPD a perdu des circonscriptions torontoises qu’il détenait depuis des décennies, au profit des libéraux. La tendance plus populiste du NPD, sous la gouverne de la chef Andrea Horwath, lui a cependant permis de faire des gains dans des régions ouvrières à l’extérieur de Toronto (Windsor, Oshawa, Sudbury). Il faudra voir au cours des prochains mois si la base socialiste et urbaine du NPD va déserter le parti, ou se rallier à sa chef et adopter la nouvelle vision, qui poursuit la transformation entreprise sous Jack Layton au fédéral.

La chef du NPD Andrea Horwath devant la statue de Jack Layton à Toronto.


7. Stimulus économique
Avec une majorité en main, les libéraux ont les coudées franches pour investir des milliards de dollars dans le transport en commun, la création d’emploi, la santé et l’éducation, et pour mettre sur pied un régime de retraite ontarien semblable à la Régie des rentes du Québec.

8. …mais contrainte budgétaire
L’Ontario doit également éponger un déficit de 12,5 milliards de dollars. Le budget qui sera déposé le 2 juillet contiendra des compressions importantes (un total de 3G$/3 ans) dans la fonction publique et le secteur parapublic. Et une réforme en profondeur des régimes de retraite publics. Comme au Québec, il faut s’attendre à un soulèvement des syndicats au cours des prochains mois.

L’ex-premier ministre Dalton McGuinty témoigne au comité parlementaire.

9. Le « Watergate » ontarien
Des enquêtes criminelles de la police provinciale sont toujours en cours. Des anciens bras droits de l’ex-pm libéral Dalton McGuinty sont soupçonnés d’avoir effacé le contenu d’ordinateurs du gouvernement, afin d’éliminer des documents compromettants en lien avec l’annulation de deux centrales au gaz qui a coûté 1 milliard aux contribuables. À surveiller pour voir si ça mènera à des accusations.

10. Transparence ou limiter les dégâts?
Cette controverse des centrales au gaz faisait l’objet d’une enquête d’un comité parlementaire. Elle a été interrompue par la dissolution de la chambre. Kathleen Wynne a déjà promis de reconstituer le comité pour l’écriture du rapport. Mais des témoins-clés qui devaient comparaître pourraient ne jamais le faire. Pourquoi? Avant les élections, les partis d’opposition contrôlaient les procédures au comité. Maintenant, ce sont les libéraux majoritaires qui décident. Les libéraux voudront-ils essayer de limiter les dégâts, ou au contraire, feront-ils preuve de transparence?

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Sondages: pour s’y retrouver un peu

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 publié le 16 mai 2014 à 18 h 54

Je suis confus.

Les résultats des sondages publiés par les différentes firmes depuis le début de la campagne sont tellement incohérents quand on les compare les uns aux autres que j’en perds mon latin. Mercredi, les libéraux menaient par huit points. Jeudi, les progressistes-conservateurs menaient par huit points. Aujourd’hui, les libéraux mènent par sept points.

Cependant, au-delà des intentions de vote en général, le sondage Ekos de vendredi dénote plusieurs tendances intéressantes. Tous les tableaux sont disponibles ici, marge d’erreur et tout.  Voici mon analyse, à chaud.

D’abord les mauvaises nouvelles :

– Inquiétant pour les libéraux : ils semblent perdre du terrain dans les banlieues de Toronto et dans le sud-ouest de l’Ontario, des bastions traditionnels.

– Inquiétant pour le NPD : il semble perdre la fidélité des cousins fédéraux. 20 % des électeurs qui ont voté NPD au fédéral songe à voter libéral au provincial. Sans cet appui, difficile de faire des gains dans des régions comme la banlieue de Toronto, ou de maintenir les sièges dans Niagara-Falls et London-Ouest.

– Inquiétant pour le PC : Tim Hudak ne passe pas auprès de la gent féminine. Seulement 24 % des femmes voteraient PC, contre 40% qui voteraient libéral, et 25 % NPD. Le PC mène par contre chez les hommes, 38 % PC, 34 % LIB, 17 % NPD.

Puis les bonnes nouvelles :

– Encourageant pour le PC : en tête dans toutes les régions, sauf Toronto et le nord de la province.

– Encourageant pour les libéraux : ils semblent toujours avoir la cote auprès des immigrants, des femmes et dominent complètement à Toronto, où est situé environ un siège sur cinq.

–  Encourageant pour le NPD : il semble prendre de l’élan dans le Sud-Ouest, où plusieurs luttes à trois sont à prévoir et où des gains leur sont possibles.

 À noter :

– Le nombre d’indécis reste élevé, à 20 %. (Pourquoi? Ce que j’en pense ici.)

– Les verts et les autres partis marginaux recueillent ensemble 12 % d’appui. C’est plutôt élevé, un peu hors norme. Ça représente sûrement des indécis ou des électeurs qui veulent cacher leur véritable choix.

Il y aura d’autres sondages au cours de la campagne, je ne vais pas tous les commenter. Mais avec 1111 répondants, joints tant au téléphone à la maison qu’au cellulaire, ce dernier Ekos est le plus sérieux jusqu’à maintenant.

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Élections ontariennes : crise d’identité

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 publié le 16 mai 2014 à 10 h 54

Les Ontariens iront aux urnes le 12 juin.

L’économie de l’Ontario est en pleine transformation. C’est aussi vrai pour l’échiquier politique. Au cours des derniers mois, les chefs des principaux partis semblent tous avoir été frappés par une crise identitaire.

Auditionner pour le bon rôle

Prenez par exemple le chef progressiste-conservateur. En 2011, Tim Hudak a perdu l’élection parce que, de son propre aveu, il avait « auditionné pour le poste de chef de l’opposition » en passant trop de temps à critiquer le plan de ses adversaires, et pas assez de temps à présenter son propre plan.

Cette fois-ci, Tim Hudak ne parle que de son plan (ou presque) de créer 1 million d’emploi en huit ans. Il n’a pas peur de dire tout haut qu’il va éliminer 100 000 emplois dans le secteur public, annuler un rabais sur les droits de scolarité, couper dans les services publics, dont l’éducation. C’est la méthode des sirops Buckley : ça a mauvais goût, mais c’est efficace.

« Les gens doivent savoir à quoi s’attendre quand nous serons au pouvoir. Pas d’intentions cachées. Les Ontariens s’attendent à ce que leurs leaders soient francs et honnêtes », dit-il. Cette fois, il auditionne pour le poste de premier ministre.

 De médiatrice à antagoniste

À l’inverse, c’est la première ministre sortante Kathleen Wynne qui, par moment, semble auditionner pour le poste de « critique en chef ». Celle qui s’est pourtant fait élire à la tête du Parti libéral en raison de son côté de bonne médiatrice a décidé de faire campagne, jusqu’à maintenant, en passant à l’offensive. La chef libérale attaque le gouvernement fédéral dans le dossier des régimes de retraite. Elle attaque le PC ontarien pour ses politiques « fractionnistes et rétrogrades ». Elle attaque le NPD pour son « dangereux » manque d’expérience.  Elle a même fait un détour par Walkerton (vous vous souvenez : eau potable contaminée, sept morts, des milliers de malades) pour ramener à la mémoire des Ontariens le symbole de l’ère du gouvernement Harris, l’effet des compressions et de la déréglementation. Prochain arrêt des libéraux, l’Hôpital Montfort?

 De sociale-démocrate à pragmatiste

De son côté, Andrea Horwath, la chef du NPD, semble vouloir prendre un (mini) virage à droite. Parfois, on dirait même qu’elle emprunte des idées au maire de Toronto, Rob Ford. Elle a promis de faire la lutte au gaspillage en créant un ministère de l’Épargne, responsable des compressions gouvernementales. Elle courtise les petites et moyennes entreprises en leur promettant des réductions d’impôts. Elle s’oppose aux projets d’amélioration du transport en commun, si ça veut dire faire payer plus les contribuables. Elle est devenue la grande défenseure du portefeuille des Ontariens contre les hausses d’impôts.

Indécis

Avec 27 jours à faire dans la campagne, environ 30 % des Ontariens ne savent toujours pas pour qui voter. Il y a 20 % d’indécis, et 8 % qui envisagent de ne pas aller voter ou d’annuler leur vote. C’est vrai, la campagne est jeune. Mais c’est aussi vrai que les chefs de parti semblent être en pleine métamorphose idéologique. Si les chefs en sont à revoir leurs propres croyances politiques, c’est aussi normal que l’électeur ne sache pas à quel saint se vouer.

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De gauche à droite : la chef du NPD Andrea Horwath, la chef libérale Kathleen Wynne
et le chef progressiste-conservateur Tim Hudak

 

La campagne électorale ontarienne se déroule pour le moment sur le thème de l’emploi et du coût de la vie. Il n’y aucun doute que c’est la préoccupation numéro un des Ontariens. Mais ça ne veut pas nécessairement dire que ce sera LA question à laquelle les électeurs vont répondre au moment de mettre une croix sur leur bulletin de vote.

« C’est l’économie, stupide!  » — James Carville

Ce conseil du stratège américain James Carville, donné à la campagne à la présidence de Bill Clinton en 1992, s’applique parfaitement à l’élection ontarienne actuelle.

L’économie de la province tarde à reprendre son rythme d’avant la récession. La croissance économique est anémique. La création d’emplois stagne. La qualité des emplois diminue. Le coût de la vie augmente. Beaucoup d’Ontariens ont l’impression de tirer le diable par la queue.

Les partis politiques misent gros sur ce sentiment. Tous maintiennent qu’ils ont LA solution pour relancer l’économie et donner un répit aux familles. Question de leur donner un peu d’espoir.

Mais c’est rarement l’espoir qui mène les électeurs à aller voter. « C’est l’économie, stupide! » n’était que le deuxième conseil sur la liste de James Carville à Bill Clinton. Le premier, c’était « le changement contre le statu quo ». Changement comme le « Are you better off than 4 years ago » de Ronald Reagan, le « Change that works for you » de Barack Obama. Ou stabilité comme « les deux mains sur le volant » de Jean Charest.

La colère et la peur

Le désir de changement politique est à son plus fort en Ontario depuis 10 ans. Selon les récents sondages, plus de 6 électeurs sur 10 croient que la province est sur la mauvaise voie. Et 7 électeurs sur 10 affirment qu’il est temps de se choisir un autre gouvernement.

Les conservateurs et les néo-démocrates misent donc sur cette colère pour gagner des électeurs. Colère contre les scandales de dépenses inappropriées (ORNGE, cyberSanté, l’annulation des centrales au gaz), colère contre les tentatives de camouflages de l’administration du gouvernement McGuinty, colère en raison des enquêtes criminelles en cours contre les libéraux.

Les libéraux, eux, misent sur la peur. Peur que les compressions et les mises à pied de fonctionnaires promises par le conservateur Tim Hudak ne nuisent aux services de santé, d’éducation, de garderie et à la reprise économique. Peur que l’inexpérience du NPD mène à une nouvelle récession, comme ça a été le cas sous Bob Rae dans les années 1990.

Mobiliser les électeurs

Cette dynamique semble pour le moment favoriser en partie les conservateurs. Voici pourquoi : les électeurs de droite sont les plus susceptibles d’être en colère contre les libéraux, donc plus susceptibles d’aller voter. Et beaucoup de « Red Tories » installés chez les libéraux pourraient se tourner vers Tim Hudak.

Par ailleurs, pour les électeurs plus à gauche, la peur d’un futur gouvernement conservateur est plus forte que la colère envers les libéraux. C’est pour séduire cette tranche de l’électorat que le parti de Kathleen Wynne a déposé un budget très progressiste juste avant le déclenchement des élections. C’est ce qui risque de faire mal aux néo-démocrates d’Andrea Horwath. Elle a forcé le déclenchement des élections en misant notamment sur les scandales. Mais pour ses électeurs traditionnels, l’enjeu ne résonne pas autant qu’elle le souhaiterait.

Les promesses de création d’emplois, ça fait appel au côté rationnel, à l’hémisphère gauche du cerveau. Mais c’est souvent le côté émotionnel, l’hémisphère droit, qui influe non seulement sur le choix des électeurs, mais aussi sur la volonté de se déplacer vers l’isoloir pour que ce choix compte. Un taux de participation élevé serait donc une mauvaise nouvelle pour les libéraux, et une bonne pour le PC et le NPD. Lors de la dernière élection ontarienne en 2011, à peine 49 % des électeurs se sont présentés aux urnes.

L’impondérable : pour le moment, il y a encore un électeur sur trois qui est indécis. Une semaine de campagne derrière nous, 29 jours à faire, c’est loin d’être terminé.

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La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, signale à mots couverts son désir d'élections printanières
La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne

Les chances que le gouvernement libéral minoritaire soit défait après un vote sur le budget ce printemps sont aujourd’hui considérablement plus grandes.

Si on compare la politique au patinage artistique (pourquoi pas!), la première ministre Kathleen Wynne n’a pas obtenu une très bonne carte de pointage dans son programme court, les élections partielles de jeudi. Ça s’annonce mal pour le programme long, les générales.

Les conservateurs ont gardé la circonscription de Thornhill, en banlieue de Toronto. Les libéraux ont perdu Niagara Falls, très syndicaliste, au profit du NPD.

Pour se défendre, les libéraux diront que ce ne sont que des partielles, qui ne reflètent en rien l’humeur de la population en général, et que si des élections provinciales avaient lieu bientôt, le résultat serait différent. Tout cela est vrai.

Mais ça n’éclipse en rien l’importance que revêtaient ces partielles, tant pour le gouvernement libéral que pour les conservateurs et les néo-démocrates.

Sinon comment expliquer la multitude d’événements publics de la première ministre, au cours des dernières semaines, dans les circonscriptions en jeu? Les millions de dollars annoncés pour un nouvel hôpital et l’industrie du vin dans le Niagara?

Il est clair que les libéraux comptaient sur la popularité de Kathleen Wynne pour marquer le plus de points possible. L’équipe a envoyé son joueur étoile dans la mêlée et a quand même perdu la partie. Dans la défaite, toute l’équipe est à blâmer, mais les joueurs qui étaient sur la patinoire portent une part accrue de responsabilité. Ça ne donne pas l’image d’une gagnante aux yeux de l’électorat.

J’irais même plus loin. Depuis la dernière élection générale, il y a eu neuf partielles :
LIB : -4 sièges
PC : +0 siège
NPD : +4 sièges *(voir ci-dessous)

Trois constats :

– Les libéraux minoritaires de Kathleen Wynne semblent en perte de vitesse. Leur plan pour créer de l’emploi est mince. Leur idée d’augmenter taxes ou impôts pour financer le transport en commun ne génère pas beaucoup de sympathie auprès du public (et les deux chefs d’opposition sont contre).

– Le PC fait du surplace : la rhétorique antisyndicale du chef Tim Hudak semble nuire à son parti, et sa promesse de créer un million d’emplois en huit ans s’il est élu ne semble pas résonner auprès du public.

– Seul le NPD semble faire des gains. La chef Andrea Horwath mise sur une approche populiste, protectrice du portefeuille des travailleurs. Son discours s’est légèrement modifié pour inclure récemment les « PME créatrices d’emplois ». Mais ses politiques publiques (son grand « master plan ») demeurent floues.

Kathleen Wynne vient de souffler sa première bougie comme première ministre (elle a été assermentée le 11 février 2013). À quel point (prix) veut-elle rester plus longtemps pour asseoir son autorité et se construire un bilan à défendre?

Le PC veut défaire le gouvernement à tout prix depuis deux ans et demi. Mais Tim Hudak est-il encore prêt à faire le grand saut quand son parti semble au neutre? (Réponse : oui)

Le NPD a préféré négocier des amendements aux deux derniers budgets pour « obtenir des améliorations pour les travailleurs ». Andrea Horwath en a-t-elle assez de se faire « voler » ses idées par les libéraux? Assez pour déclencher des élections en votant contre le budget?

Pour ceux qui doutent encore de la possibilité d’une élection provinciale ce printemps…

La chef libérale s’est lancée dans une tournée effrénée de la province la semaine dernière. Quatorze villes en quatre jours. Le genre de rythme qu’on voit durant une campagne. Une tournée organisée et payée par le Parti libéral, et non par le gouvernement. Avec des membres du personnel de la première ministre, qui ont pris congé de leur poste au gouvernement pour travailler pour le Parti libéral durant cette tournée. Le genre d’arrangement logistique qu’on voit aussi en campagne.

Clairement, comme les partielles, cette tournée était aussi une répétition générale pour un scrutin provincial à venir. Ou peut-être juste une façon pour le gouvernement de jouer du muscle pour dissuader l’opposition. On en aura un avant-goût avec la reprise des travaux à Queen’s Park mardi prochain. Et on sera fixé lors du dépôt du budget.

L’audace de son contenu sera un indicateur du niveau d’intérêt des libéraux pour un scrutin printanier.

*9 élections partielles depuis 2011.
Kitchener-Waterloo : PC -1, NPD +1
Vaughan : LIB conserve (0)
Ottawa-Sud : LIB conserve (0)
Etobicoke-Lakeshore : LIB -1, PC +1
Scarborough-Guildwood : LIB conserve (0)
London-Centre : LIB -1, NPD +1
Windsor-Tecumseh : LIB -1, NPD +1
Thornhill : PC conserve (0)
Niagara Falls : LIB -1, NPD +1

Catégorie: Ontario

Le chef conservateur Tim Hudak fait un virage à 180 degrés. Fini l’obstruction à Queen’s Park. Il souhaite maintenant collaborer avec le gouvernement libéral minoritaire. 

Les libéraux ontariens accusent souvent leurs adversaires conservateurs d’utiliser des politiques et des stratégies empruntées au Tea Party américain. Mais pendant qu’aux États-Unis des élus républicains affiliés au Tea Party se retrouvent au centre de l’impasse budgétaire qui paralyse le gouvernement, ici, en Ontario, les conservateurs semblent vouloir abandonner leurs tactiques dilatoires.

Les conservateurs parlent d’un Tim Hudak 2.0. Fini l’obstruction systématique des travaux à Queen’s Park. Fini le mantra « Nous allons défaire le gouvernement ».  L’heure est à la coopération. Le PC est maintenant prêt à collaborer avec les libéraux minoritaires pour faire adopter une série de projets de loi à saveur économique ou sociale le printemps prochain.

Peut-être parce que les conservateurs veulent imiter le NPD, pour qui la collaboration semble avoir porté ses fruits. Le gouvernement ontarien adopte certaines idées du NPD et sa chef Andrea Horwath a gagné en popularité.

Mais le changement de ton du Parti conservateur pourrait aussi être une stratégie à long terme en deux temps bien orchestrée.

Au congrès conservateur à London, Tim Hudak s’est prêté à deux séances de questions-réponses avec ses militants. Parmi les commentaires provenant de ces derniers :

« Il faut adoucir l’image de notre parti auprès du public. Nous sommes vus comme le parti sans âme, trop axé sur les affaires. Les autres partis s’approprient complètement l’image de la compassion et ça nuit à notre popularité. »

« Il faut cesser de taper sur la tête des syndicats. Ils représentent la classe moyenne, et on ne peut gagner sans l’appui de la classe moyenne. »

Voilà le coeur du problème des conservateurs.  Le virage à droite entamé par Mike Harris dans les années 90 ne semble plus suffire. Les «Red Tories » ont déserté le parti. Le PC plafonne dans les intentions de vote à 36-37 % depuis la dernière élection, malgré un gouvernement libéral impopulaire. Pour espérer former un gouvernement majoritaire, les conservateurs doivent gagner beaucoup plus de sièges à Toronto ou dépasser la barre des 40 %.

Pourtant, depuis la dernière élection il y deux ans, Tim Hudak maintenait la ligne dure : menace de défaire les libéraux, position antisyndicale, politiques sociales empruntées au Tea Party américain. Mais ce Tim Hudak ne parlait pas à l’électorat en général. Il parlait à ses militants, en tournée dans toutes les circonscriptions pour fouetter les troupes et aussi pour remplir les coffres. Sa mission est accomplie. Les dons politiques entrent à la pelle, soit 4,6 millions déjà cette année, presque autant que les 5 millions des libéraux.

La base maintenant mobilisée, les conservateurs passent à la seconde phase de leur stratégie :  l’opération de séduction de l’électorat.

 

Catégorie: Ontario

Élections partielles, véritable test

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 publié le 6 juillet 2013 à 8 h 05

Un bulletin de vote devant une urne électorale

Quatre cent vingt mille! 420 000 chanceux d’entre vous auront le droit de voter aux cinq élections complémentaires en Ontario le 1er août. Ce n’est pas rien. C’est presque 5 % des électeurs potentiels de la province. C’est la plus grosse mobilisation pour des partielles en Ontario depuis les années 1970*. Donc, une miniélection générale.

Une miniélection, ça sert à quoi? À roder la machine électorale. Tant pour la mécanique interne (organisations, bénévoles, financement) que pour voir si la rhétorique du parti tiendra la route en public.

Libéraux

C’est le premier test électoral pour Kathleen Wynne comme chef libérale et première ministre. A-t-elle bien réussi à se distancer de Dalton McGuinty? L’étiquette « nouveau et amélioré » qu’elle souhaite accoler à son parti réussit-elle vraiment à redorer le blason libéral?

Kathleen Wynne a dit lors de son assermentation qu’elle voulait mettre l’accent sur l’emploi. C’est le thème que les libéraux tenteront d’imposer comme fil conducteur dans les cinq partielles. Ça ne sera pas facile, surtout avec deux des courses à Windsor et à London, capitales canadiennes du chômage à 9,4 % et 9,2 %.

Kathleen Wynne veut également réformer la façon dont le transport en commun et le réseau routier sont financés. Elle jongle avec plusieurs idées, comme hausser la taxe de vente harmonisée, créer des péages, augmenter la taxe sur l’essence. Des ballons d’essais qui seront au cœur des débats dans les partielles de Toronto, Scarborough-Guildwood et Etobicoke-Lakeshore, deux circonscriptions où les embouteillages et le manque de transport en commun exaspèrent les électeurs.

Conservateurs

Pour le chef Tim Hudak, le défi est de faire une percée à Toronto. Ça fait 10 ans que le Parti progressiste-conservateur n’arrive pas à faire une brèche dans ce château fort libéral, qui contient quelques poches de résistances néo-démocrates.

Sans siège à Toronto, les conservateurs n’ont jamais formé le pouvoir. Le parti de Mike Harris a gagné en 1995 et en 1999 justement en courtisant l’électorat torontois et, surtout, celui de sa banlieue. Sans conservateur à Toronto, les chances pour Tim Hudak de devenir un jour premier ministre sont extrêmement minces.

 Une victoire dans l’une des deux partielles torontoises permettrait au parti de mettre un pied dans la porte en vue des prochaines élections générales. Cet objectif semble être à portée de main dans Etobicoke-Lakeshore, avec son candidat-vedette Doug Holyday, actuel maire adjoint de Toronto et ancien maire d’Etobicoke dans les années 1980.

Les conservateurs voudront aussi rappeler les scandales récents (centrales au gaz, Ornge, destruction illégale de documents) de ce qu’ils appellent le gouvernement Wynne-McGuinty. Ça pourrait les aider à remporter la circonscription d’Ottawa-Sud, laissée vacante par la démission de l’ex-premier ministre.

Cette « miniélection » sera aussi un test pour Tim Hudak. Il a perdu l’élection générale en 2011. Il a également perdu un siège jugé sûr dans une partielle en 2012. S’il revient bredouille une troisième fois, la grogne au sein du caucus contre son leadership ne va pas se calmer de si tôt.

  Néo-démocrates

Andrea Horwath est la chef qui semble avoir le moins à perdre. La circonscription de Windsor-Tecumseh semble dans la poche pour son candidat Percy Hadfield, le conseiller municipal et ancien journaliste bien connu de la CBC. Son parti semble aussi bien placé pour donner des sueurs froides aux libéraux dans London-Ouest, où une lutte à trois est à prévoir.

Andrea Horwath est aussi la chef qui, pour le moment, a le message le plus flou à présenter aux électeurs. Le NPD ne cesse d’accuser le gouvernement d’être corrompu et malhonnête. De rappeler que deux enquêtes policières sont en cours dans les dossiers des documents effacés et des services d’ambulances aériennes. Mais Horwath a quand même soutenu le gouvernement minoritaire lors d’un vote de défiance sur le budget, en juin, lui permettant de survivre et d’éviter le déclenchement d’élections générales. Un « pas de deux » un peu chancelant, un équilibre difficile à maintenir et qui pourrait l’envoyer pirouetter en dehors de la piste.

Grain de sel

Évidemment, les élections complémentaires sont toujours à prendre avec un grain de sel. Elles offrent la possibilité d’un vote de protestation contre le gouvernement. Mais les résultats font plus souvent foi de la force du candidat local et de son organisation. Un candidat plus « faible » ne peut pas se fier à une forte campagne provinciale de son chef pour lui donner un coup de main localement. Mais quand on a une miniélection, avec 5 % des électeurs, dans quatre des plus grandes villes de la province, qui se prononcent tous en même temps… 420 000 personnes, même en plein cœur de l’été, ne peuvent pas toutes se tromper.

* Il y a eu 16 élections partielles en même temps au fédéral, le 16 octobre 1978. Sept avaient lieu en Ontario.

Catégorie: Ontario

À qui profitent les élections partielles estivales?

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 publié le 4 juillet 2013 à 13 h 49

Une « mini élection » en Ontario cet été. Cinq élections complémentaires auront lieu le 1er août pour pourvoir les sièges laissés vacants par des ministres et ex-ministres libéraux.

Une autre activité s’ajoute à la saison des barbecues, dans quatre grandes villes de l’Ontario. Entre la piscine, la plage, le camping, les terrasses et les festivals, certains se sentiront peut-être (peut-être!) obligés de jaser politique. Cinq élections partielles le 1er août, « une miniélection », selon le ministre libéral Glen Murray.

Déjà, les partis d’opposition et l’organisme indépendant Démocracie sous surveillance sont montés aux barricades. Selon eux, demander aux Ontariens de se déplacer pour aller aux urnes et de penser politique, alors qu’ils sont à la plage ou au camping, c’est une tricherie, un abus de démocratie, une tentative de limiter le taux de participation et de favoriser le parti du député sortant, tous des libéraux…

C’est vrai, le taux de participation est généralement plus bas durant des élections partielles. Mais est-ce que les élections estivales favorisent toujours le parti au pouvoir? L’histoire récente en Ontario et au Québec semble montrer le contraire.

Ontario 1990

« Une élection estivale n’était peut-être pas une si mauvaise idée après tout ». C’est le cri de victoire lancé par le chef du NPD Bob Rae après avoir défait le gouvernement libéral de David Peterson en 1990. Les libéraux majoritaires étaient à mi-mandat. Ils ont déclenché des élections anticipées pour profiter d’une vague de sympathie et devancer la tempête économique qui se profilait à l’horizon. Ça s’est retourné contre eux.
Opposition 1 – Parti au pouvoir 0

Québec 1994

Le premier ministre libéral Daniel Johnson déclenche des élections générales en août. Taux de participation record de près de 82 %. Le PQ de Jacques Parizeau remporte une majorité.
Opposition 2 – Parti au pouvoir 0

Québec 2012

Jean Charest, disait-on, essayait de profiter du début des classes au postsecondaire pour limiter le droit de vote des étudiants en colère contre la loi 178 et les droits de scolarité. Résultat : le PQ de
Pauline Marois défait les libéraux, mais obtient seulement une minorité.
Opposition 3 – Parti au pouvoir 0

Cependant, il y a une différence entre des élections générales l’été et des élections complémentaires.

Partielles l’été

La dernière partielle tenue en été en Ontario a eu lieu en 2009 dans la circonscription torontoise de St. Pauls. Le ministre libéral Michael Bryant démissionne. Le candidat vedette des libéraux l’emporte.
Opposition 3 – Parti au pouvoir 1

Partielles en général

Si on regarde les cinq plus récentes élections complémentaires en Ontario, tenues en septembre et en février, les libéraux ont conservé trois sièges, le PC a conservé un siège et le NPD a ravi un siège au PC.
Opposition 5 – Parti au pouvoir 4

En résumé, une élection estivale ne favorise pas nécessairement le gouvernement. Mais, en général, les partielles favorisent souvent le parti qui détenait déjà la circonscription.

Qu’est-ce que ça signifie pour les trois partis? Et quels seront les principaux enjeux des cinq partielles de cet été? On s’en reparle dans un autre blogue bientôt. J’ai ma petite idée là-dessus, mais j’aimerais bien entendre la vôtre… Alors, à vos claviers!

Catégorie: Ontario

Judo politique (prise 2)

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 publié le 30 mai 2013 à 22 h 18

La première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne survit à son premier vote de confiance.

La chef du NPD Andrea Horwath, 3e parti à Queen’s Park, maintient les libéraux minoritaires au pouvoir. Pour le moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au moment où la tourmente à l’hôtel de ville de Toronto continue d’attirer toute l’attention, le gouvernement minoritaire de Kathleen Wynne vient de survivre à un vote de défiance. 

En situation de gouvernement minoritaire, avoir la balance du pouvoir peut être une arme à double tranchant pour un parti politique. Parlez-en au NPD ontarien. Les néo-démocrates viennent d’appuyer les libéraux minoritaires pour faire adopter la motion sur le budget. Le gouvernement de Kathleen Wynne a donc survécu à son premier vote de défiance (et survivra fort probablement aux deux prochains, si le NPD tient parole).

Le prix de cet appui? La chef du NPD Andrea Horwath a obtenu plusieurs concessions dans des dossiers qui lui étaient chers : de meilleurs soins à domicile, de l’aide aux jeunes chômeurs, une réduction de 15 % des primes d’assurance auto, un nouveau chien de garde pour surveiller les dépenses du gouvernement. Les députés du NPD se donnent des tapes dans le dos et crient victoire, « On s’est retroussé les manches, on a travaillé à un compromis qui favorise les Ontariens », dit Gilles Bisson, leader parlementaire du NPD.

Sauf que…

Sauf que Kathleen Wynne vient de s’approprier les idées néo-démocrates et de leur accoler une étiquette « libérale ». Elle en prend possession. Ce sont maintenant ses réalisations, qu’elle va promouvoir auprès des Ontariens et, dans une éventuelle campagne, auprès des électeurs.  Pourquoi le NPD accepte-t-il de se « faire voler » ses idées? « Il ne s’agit pas de marquer des points politiques, dit la chef du NPD Andrea Horwath, mais plutôt de marquer des points pour les plus démunis. »

Un peu d’histoire

En 1985, le chef libéral David Peterson est devenu premier ministre avec l’appui du NPD et de son chef de l’époque, Bob Rae. Dans une entente formelle de deux ans, le NPD a soutiré des gains (projets de loi sur l’équité salariale, le plafonnement des dépenses électorales). En échange, Bob Rae accepte de ne pas faire tomber le gouvernement libéral. Lors de l’élection suivante, les libéraux ont gagné une énorme majorité (95 des 130 sièges). Le NPD perdait des plumes (19 sièges).

En 1975 et en 1977, les conservateurs minoritaires de Bill Davis sont restés en vie pendant six ans. Notamment en mettant de l’avant des idées populaires chez les néo-démocrates de Stephen Lewis et de Michael Cassidy (en santé publique et en éducation). Récompense : une majorité conservatrice en 1981. Le NPD perd alors 12 sièges.

(Au fédéral, différentes circonstances ont donné une majorité aux conservateurs de Stephen Harper et une promotion comme chef de l’opposition officielle pour Jack Layton et son NPD. La « vague orange » au Québec aidant.)

La chef Andrea Horwath espère probablement que les électeurs se souviendront que ses néo-démocrates se sont « battus pour les Ontariens » pour forcer la main des libéraux dans plusieurs dossiers. Plusieurs chefs néo-démocrates ont été échaudés dans le passé. Mais Andrea Horwath semble ne pas craindre l’eau froide.

Catégorie: Ontario

Judo politique

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 publié le 24 mai 2013 à 14 h 49

Judo : Art martial. La voie de la souplesse. Utiliser la force et la vitesse de l’adversaire pour le déséquilibrer et l’envoyer au sol.

Les libéraux minoritaires en Ontario sont en train d’appliquer une prise de judo politique au Nouveau Parti démocratique. Dans les négociations budgétaires pour éviter la chute de son gouvernement, la première ministre Kathleen Wynne a utilisé la force et l’élan d’Andrea Horwath, pour les transformer en faiblesse.

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