« On n’est pas au neutre », a déclaré il y a quelques jours Jean Charest. Il est assez compréhensible que le chef libéral juge bon d’en informer les Québécois, car, à première vue, la limousine libérale ne déplace pas beaucoup d’air.
Le moteur tourne, il ronronne, il rugit même, il est en parfaite condition, mais l’auto, elle, ne donne pas l’impression d’avancer.
La tournée électorale de Jean Charest se déroule sans anicroche, en apparence.
Pourtant, cette campagne électorale est manifestement éprouvante pour le Parti libéral.
Et ce n’est pas un problème de forme, plus facile à résoudre, ce sont des problèmes de fond, de contenu, qui compliquent la vie du PLQ.
Le conflit étudiant
Parmi ces problèmes, l’usure du pouvoir est le plus évident, inutile d’en ajouter.
Le thème du conflit étudiant, que Jean Charest a voulu imposer dès le premier jour, s’est dissous à un point tel que le chef libéral a cessé d’en parler. Les votes pour un retour en classe donnent un caractère plus secondaire à cette question et le départ de Gabriel Nadeau-Dubois prive le Parti libéral d’une formidable tête de Turc. Il pourra être dit que le jeune homme aura réussi sa sortie mieux que d’autres.
De toute manière, sur ce thème, Jean Charest avait développé un argument peu convaincant, celui de la stabilité. Après les événements du printemps dernier, comment les troupes libérales veulent-elles convaincre les Québécois qu’elles peuvent garantir la stabilité?
Sept mois après le début de ce conflit, le sondage CROP-La Presse indique que Pauline Marois est jugée mieux placée que Jean Charest pour résoudre la crise étudiante.
L’intégrité et l’économie
L’autre thème de Jean Charest, la roue de secours du Parti libéral, c’est l’économie. En principe, c’est un excellent thème électoral, s’il ne traînait pas lui aussi son lot de casseroles.
D’abord, ça ramène à l’usure du pouvoir, qui est accompagné par l’usure du verbe. Ça fait longtemps, très longtemps, que Jean Charest parle d’économie aux Québécois. Du Plan Nord aussi.
Le premier ministre en a fait la promotion dans toutes les chambres de commerce du Québec. Populaire au sein de sa propre clientèle, ce thème ne parvient pas à élargir de façon significative la base électorale du Parti libéral, notamment dans les régions, si on en croit les quelques sondages publics qui ont abordé la question.
Dans le contexte actuel, il y a un problème particulier avec le thème de l’économie. Il est plus subtil, car il est confronté à un autre thème de la campagne électorale, celui de l’intégrité.
La corruption et la collusion sont des parasites du système économique. S’il y a des opérations à grande échelle pour siphonner illégalement les dollars des contribuables, il se pose alors une question de priorité. Est-ce l’économie? Ou est-ce la corruption qui, elle, menace l’économie?
La réponse est que les problèmes d’intégrité, s’ils ont l’ampleur que l’on soupçonne, sont aussi… une priorité économique.
Sujets d’inquiétude
Il était surprenant d’entendre Jean Charest, en début de campagne, interpeller les électeurs non francophones, en brandissant la menace d’un référendum s’ils n’allaient pas voter. Un parti qui s’inquiète du comportement de sa base électorale naturelle a certainement de nombreux sujets d’inquiétude.
Parmi ces sujets, certains s’inscrivent dans la campagne de façon inattendue. Par exemple, le début de l’enquête préliminaire de l’ancien ministre libéral Tony Tomassi a été fixé… au 4 septembre, jour du scrutin. Il s’agit d’un détail, mais peut-être aussi le signe que quand rien ne va, les choses n’ont pas nécessairement tendance à s’améliorer.
Faire passer le message
C’est un problème apparemment insoluble qui afflige le Parti libéral et son chef, Jean Charest. Ils conçoivent et transmettent efficacement leur message électoral, qui ne paraît pas se rendre à destination, c’est-à -dire l’électorat francophone. Leur campagne électorale prend les allures d’une partie parfaite qui ne serait pas suffisante pour leur assurer la victoire.
Les débats télévisés constituent désormais la meilleure (la seule?) occasion pour les libéraux dans cette campagne. Jean Charest est reconnu pour être redoutable en ces circonstances et il est craint par ses adversaires. En revanche, les attentes seront élevées et l’objectif ultime, l’obtention d’un quatrième mandat consécutif, paraît très éloigné.