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Je n’ai jamais essayé et je ne le ferai pas. Mais j’imagine facilement que si on essaie de faire entrer une auto dans un garage trop petit, il va y avoir un problème. On réussira peut-être, mais à quel prix? Rétroviseurs arrachés, carrosserie bossée, peinture éraflée, etc.

Le budget 2015 est un peu comme une auto que le gouvernement a essayé de faire entrer dans un garage trop petit. Toutes ses décisions sont conditionnées par l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Augmentations minimalistes des budgets de la Santé et de l’Éducation, contrôle de l’augmentation des dépenses à 1,2 % (cible qu’aucun gouvernement dans l’histoire récente n’a atteinte), baisse d’impôts des entreprises en 2017 et abolition graduelle de la taxe santé à partir de 2017.

Alors dans quel état les missions fondamentales du gouvernement comme la santé et l’éducation ressortiront-elles de cet exercice d’équilibre budgétaire? Les syndicats brandissent le spectre de la diminution de services à la population. Le président du Conseil du trésor nous demande de lui faire confiance et dit que les réseaux trouveront de nouvelles façons de faire les choses.

La vérité, c’est que l’atteinte des objectifs dépend de tellement de facteurs, que seul le temps nous dira qui a raison. Il faudra que la boule de cristal du ministre des Finances, Carlos Leitao, ne soit pas trop embuée, que ses prévisions économiques se matérialisent. Il faudra que les négociations avec les employés du secteur public se concluent à l’intérieur des paramètres budgétaires du gouvernement (une loi spéciale en vue?).

Bref, l’auto est entrée dans le garage, on a hâte de voir comment elle en ressortira…

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Budget Leitao : le prix de l’encre noire

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 publié le 26 mars 2015 à 17 h 59

L’équilibre budgétaire ne pourra se réaliser que grâce à une croissance très limitée des dépenses de programmes (+1,2 %).  Il va de soi que le gel prévu des salaires de tous les employés de l’État contribue fondamentalement à l’atteinte de ces objectifs.

Il reste à voir si les négociations dans le secteur public pourront se conclure avec un gel des salaires pour les deux premières années. Si le gouvernement veut absolument atteindre cet objectif, il a probablement intérêt à préparer dès maintenant une loi spéciale. S’il y a une légère augmentation de salaire, disons de 1 %, ça change passablement la donne. Le gouvernement en est conscient, et il en a certainement tenu compte, même s’il doit nécessairement cacher son jeu, négociation oblige.

L’impulsion des réformes

Au-delà du gel des salaires, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, explique que cette faible croissance des dépenses est possible, car l’État québécois va se transformer sous l’impulsion des réformes du gouvernement Couillard. Il y a assurément une part de vérité à tout cela.

Par exemple, la fermeture des directions régionales en éducation permet des économies d’une dizaine de millions de dollars. Mais, pour autant, est-ce qu’une augmentation de 0,2 % du budget de l’éducation primaire, secondaire et postsecondaire sera simple et sans effet sur les services? Ce n’est pas du tout évident. L’enseignement supérieur, qui a fait des efforts de réduction de 70 millions de dollars au cours de l’année dernière, parviendra-t-il à effectuer une ponction supplémentaire de 30 millions?

Au ministère de la Santé, la croissance des dépenses prévue est de 1,4 %, mais la part la plus importante de cette augmentation des dépenses sera consacrée à la rémunération des médecins. Il faudra que la réforme du projet de loi 10 rapporte les 55 millions prévus et aussi que certains coûts de croissance, dont ceux des médicaments et des fournitures médicales, soient assumés par les établissements de santé et de services sociaux. Ce ne sont que des exemples, mais qui peut croire que ce sera facile?

En fait, nous ignorons vraiment ce qu’il en sera. Les partis d’opposition, les syndicats et différents groupes sociaux affirment qu’il est impossible que les services aux citoyens n’en souffrent pas.  Il est probable que les citoyens découvriront en cours d’année ce qu’il adviendra réellement. Une chose est certaine, si ce n’est pas impossible, ce sera extrêmement difficile.

Cette question du maintien des services et des programmes sociaux ne se pose pas que pour l’année en cours, mais également pour les prochaines années. Le gouvernement prévoit une évolution de la croissance des dépenses qui sera inférieure à l’augmentation du PIB nominal. Ce ne sera peut-être pas impossible, mais ce sera encore plus difficile, compte tenu de l’effort que cela demandera dans le temps.

 Et la relance?

Si on en croit les prévisions de création d’emplois, après cinq ans de gouvernement libéral, ce ne seront pas 250 000 emplois qui seront créés, mais environ 175 000. Cet engagement du PLQ semble être passé à la trappe, et il ne peut plus être considéré comme un objectif, ni même une cible.

Le ministre Leitao s’en défend en soutenant que les prévisions de création d’emplois inscrites dans ce budget sont modérées. Cet élément tend à démontrer que le gouvernement Couillard compte, à court et moyen terme, sur des facteurs économiques sur lesquels il n’a aucun contrôle (prix du pétrole, valeur du dollar canadien et reprise aux États-Unis) pour relancer l’économie québécoise. Mais, même là, ça ne lui suffit pas pour respecter ses engagements électoraux.

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Les sympathisants sont venus par centaines. Les 450 sièges du Théâtre du Cégep de Trois-Rivières n’ont pas suffi, et nombre d’entre eux ont dû s’entasser dans une salle attenante. De toute évidence, ils étaient curieux de voir de la performance des candidats et surtout, reconnaissons-le, celle du favori Pierre Karl Péladeau. Les journalistes, nombreux, étaient dans le même état d’esprit.

L’interrogation sous-jacente était bien simple : Pierre Karl Péladeau est-il à la hauteur de cette avance appréciable que lui accordent les sondages? Est-ce que M. Péladeau « mérite » d’être le favori?

Ce statut de favori, le député de Saint-Jérôme le doit à un bon nombre de facteurs : il est le fils de Pierre Péladeau, il est riche, il a été le patron d’une grande entreprise, il est actionnaire de contrôle d’un empire médiatique populaire et sa conjointe, Julie Snyder, est une animatrice et une femme d’affaires connue et douée.

Mais Pierre Karl Péladeau est-il véritablement le meilleur candidat? Hier, a-t-il montré qu’il était plus fort que ses adversaires? Non.

Bernard Drainville a été plus habile que lui. Le député de Marie-Victorin a été meilleur stratège et meilleur communicateur.

Il n’est pas non plus parvenu à déclasser Martine Ouellet, même si la députée de Vachon cherchait à trop en dire, en trop peu de temps.

Alexandre Cloutier n’a pas été très convaincant hier, mais il sait gagner la sympathie du public.

Pierre Céré a été mordant et un peu plus positif qu’à l’habitude. Les militants péquistes apprennent à le connaître.

Non, Pierre Karl Péladeau n’a pas offert la meilleure performance des candidats. Sa performance a été honorable, sans plus. Il a parfois mal paru en refusant de répondre aux questions de ses adversaires.

Pourtant, il n’est pas le premier politicien à esquiver certaines questions, loin de là. La différence est dans la manière. M. Péladeau le fait de façon maladroite et sans manifester une volonté sérieuse de transparence.

Dans le contexte de cette course à la direction, il est possible que cela soit sans conséquence. Les autres candidats sont confrontés au fait que, pour un très grand nombre de militants, Pierre Karl Péladeau est l’incarnation du chef qui peut faire du Québec un pays. Pour beaucoup d’entre eux, il est le candidat de la dernière chance. C’est une image très forte.

Dans un contexte de campagne électorale, cela pourrait rendre Pierre Karl Péladeau autrement plus vulnérable. Bernard Drainville en paraît très conscient et, tout en cherchant à se mettre en valeur, il a voulu dans ce débat mettre en évidence les failles de son principal adversaire, comme éventuel chef de l’opposition et comme candidat au poste de premier ministre.

Cela n’a probablement pas suffi à éroder de façon importante le statut de favori de Pierre Karl Péladeau, mais M. Drainville a marqué quelques points et, accessoirement, il a surpassé sans difficulté Alexandre Cloutier qui, depuis quelques semaines, semblait avoir fait sa place au deuxième rang. Somme toute, une bonne soirée pour le député de Marie-Victorin, bien que ses gains demeurent théoriques pour l’instant.

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La tension entre journalistes et politiciens est une chose courante. Elle est même souhaitable. De cette tension naît parfois la vérité. De cette tension jaillit parfois le fond de la pensée des politiciens.

Il arrive souvent que nous devions répéter la même question, une, deux, trois ou quatre fois avant d’obtenir une réponse qui va au-delà de la langue de bois.

Dans les points de presse officiels, la règle généralement acceptée est que les journalistes posent deux questions. Nous aimerions évidemment en poser plus, mais nous comprenons que tous nos collègues veulent aussi en poser, alors nous acceptons la règle avec résignation. Les politiciens se prêtent aussi parfois à l’exercice d’une entrevue en tête à tête où nous nous sentons comme un affamé devant un buffet.

Ce qui nous amène à Pierre Karl Péladeau. Dans son dernier point de presse, où il divulguait les contours de son programme économique, M. Péladeau a voulu limiter à une le nombre de questions par journaliste.

Ça a donné lieu à ce moment un peu surréaliste de 3 minutes, où le langage corporel de M. Péladeau parle tout autant que les mots qu’il prononce.

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CHUM : « détricotage » politique

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 publié le 9 mars 2015 à 18 h 39

Je ne sais pas si Philippe Couillard est bon en tricot. J’espère pour lui qu’il est bon en « détricotage politique ».

Parce que c’est un peu cela qu’il a entrepris en essayant de convaincre le directeur général démissionnaire du CHUM, Jacques Turgeon, de revenir dans ses fonctions. Il s’attaque à un beau tricot, tout plein de mailles, gracieuseté de son ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Y a-t-il eu ingérence du ministre? Y a-t-il eu abus de pouvoir? Y a-t-il eu intimidation? Pourquoi M. Barrette est-il intervenu dans la gestion du CHUM? Faisait-il confiance à la direction de l’hôpital? J’avoue, je suis perdu dans les mailles du tricot, incapable de trouver les réponses, la vérité.

Ce que je peux vous dire par contre, c’est qu’à partir du moment où le cabinet du premier ministre s’en mêle, c’est parce que c’est sérieux. Il y a une crise au CHUM. Il y a une tourmente politique qui deviendra une crise si d’autres administrateurs, dans d’autres établissements de santé, décident de claquer la porte. Autant mettre le couvercle sur la marmite tout de suite.

En même temps, M. Couillard ne voudra pas ralentir les ardeurs de son ministre « bulldozer ». Parce qu’il faut l’admettre : Philippe Couillard a fait le choix de brasser le pommier du réseau de la santé, au risque que quelques pommes qui tombent écrasent des orteils au passage. Gaétan Barrette a encore beaucoup de travail. Il doit appliquer la loi 10, faire adopter le projet de loi 20 sur les quotas imposés aux médecins et appliquer le financement des hôpitaux selon le nombre de patients traités. Et, pour y arriver, le premier ministre a besoin de Gaétan Barrette.

Voilà de quoi compliquer votre « détricotage politique », M. Couillard…

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CHUM : l’inutile gâchis

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 publié le 9 mars 2015 à 16 h 08

Il y a deux versions contradictoires dans le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) : celle du ministre de la Santé Gaétan Barrette et celle de l’ex-directeur général du CHUM, Jacques Turgeon.

M. Turgeon affirme que le ministre et son sous-ministre ont réclamé qu’il  nomme le candidat de leur choix comme chef de département de chirurgie de l’hôpital qu’il dirige, à défaut de quoi il ne deviendrait pas le prochain PDG du CHUM. Pour sa part, M. Barrette soutient qu’il a seulement suggéré le nom d’un candidat, celui qui était déjà en poste, afin d’assurer la stabilité au CHUM d’ici le déménagement en 2016.

Il est impossible de savoir ce qui s’est réellement dit lors de ces conversations. Ça nous contraint à essayer de comprendre ce qui s’est véritablement passé en portant notre attention au fil des événements.

Le ministre a rencontré le directeur général le lundi 2 mars. Il est clair que le principal sujet de conversation a été la nomination du chef de département de chirurgie du CHUM.

Pourquoi le ministre intervient-il à ce moment précis, puisque le second processus de nomination n’était pas encore terminé? La période pour soumettre sa candidature ne prend fin que dans quelques semaines.

Le lendemain, le 3 mars, le ministre Barrette communique à nouveau avec le DG Jacques Turgeon, cette fois par téléphone. Encore une fois, il a été question de cette nomination.

Le dialogue ne paraît pas avoir été fructueux, car le 4 mars c’est le sous-ministre de la Santé, Michel Fontaine, qui intervient auprès de M. Turgeon, toujours à propos de la sélection du chef de département de chirurgie du CHUM.

Le lendemain, le 5 mars, le directeur général du CHUM Jacques Turgeon démissionne.

Pourquoi le ministre a-t-il insisté? Quelle était l’urgence? Pourquoi a-t-il demandé à son sous-ministre d’intercéder à nouveau auprès de Jacques Turgeon? Qu’est-ce qui explique ces interventions au début du mois de mars, alors que le premier processus de sélection avait été révoqué et que le second n’était pas rendu à terme? Jamais le ministre Barrette n’a éclairci cette question.

Alors, posons-nous la question : que se passait-il au début de la semaine dernière qui faisait que cette affaire devait être résolue dans les plus brefs délais?

En fait, il se passait que Québec s’apprêtait à nommer dans les jours suivants tous les présidents-directeurs généraux du secteur de la santé au Québec, dans la foulée de l’adoption de la loi 10. Ces nominations ont été annoncées le vendredi 6 mars. Cette information, qui est cruciale dans ce contexte, tend à montrer que la version du directeur général Jacques Turgeon est plus crédible que celle du ministre Gaétan Barrette.

Si le ministre ne voulait que recommander la nomination d’un candidat au département de chirurgie, il pouvait très bien intervenir plus tard, après avoir nommé Jacques Turgeon comme PDG. Mais non, le ministre a choisi d’intervenir avant cette nomination et ainsi mettre de la pression sur M. Turgeon. Comme si le ministre voulait conserver un levier, un pouvoir de négociation à l’encontre du directeur général  (le ministre n’est-il pas le premier à évoquer ses talents de négociateur?) qui persistait dans son refus d’agréer au choix du ministre.

Je ne vois pas d’autres explications qui permettraient de comprendre les interventions répétées et rapprochées du ministre et du sous-ministre de la Santé auprès du directeur général du CHUM à ce sujet.

Bien sûr, le ministre Barrette a indiqué qu’il entendait nommer Jacques Turgeon au poste de PDG du CHUM. Mais si Gaétan Barrette était parfaitement sérieux dans son intention, il aurait dû éviter d’intervenir avec insistance auprès de M. Turgeon, dans les jours et les heures qui précédaient l’annonce officielle de sa nomination.

En agissant de la sorte et à ces moments précis, M. Barrette a ouvert lui-même la porte à ces accusations d’intervention politique, d’abus de pouvoir, voire de chantage, qui s’avèrent dommageables pour sa réputation.

En outre, il appert que le ministre a commis ce qui est assurément et au minimum une grave imprudence dans un dossier secondaire, au beau milieu d’une tempête avec le corps médical sur des réformes majeures en santé. En raison de son inexpérience, il s’est mis lui-même en péril, de même que les réformes qu’il cherche à réaliser.

Au premier ministre maintenant de tenter de réparer l’inutile gâchis du ministre Barrette.

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Un ministre efficace et effacé

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 publié le 27 février 2015 à 19 h 24

Efficacité et discrétion, ce sont deux qualités recherchées par un premier ministre quand il forme son Conseil des ministres.

Vous allez me dire : « Et la compétence, elle? » Je vous répondrais : « Bien sûr, la compétence, mais en politique, la compétence ne garantit pas un poste de ministre! » Il y a aussi la géographie (le candidat vient-il d’une ville ou d’une région?), le sexe, les liens avec le premier ministre, le passé (trouble ou immaculé), bref…

Mais quand un ministre est efficace et effacé, il fait le bonheur de son patron. D’abord, parce qu’il atteint les objectifs fixés. Et aussi, parce qu’il ne mettra pas le gouvernement et le premier ministre dans l’embarras.

Le nouveau ministre de l’Éducation François Blais est exactement comme ça.

Efficacité : c’est un novice en politique (en fait presque, il a été doyen de la Faculté des sciences sociales et candidat défait au poste de recteur de l’Université Laval), mais lors de son bref passage au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il a mené ses réformes avec doigté, sans faire de vagues.

Effacé : il ne court pas après l’attention des médias, vous ne le verrez pas donner d’entrevues aux caméras de surveillance de l’Assemblée nationale. Disons que ça réduit le risque de dérapage. Disons aussi qu’à l’Emploi et à la Solidarité sociale, les corvées médiatiques étaient rares. Mais quand il les a faites, il les a bien faites. Reste à voir comment il résistera à l’attention quotidienne du ministère de l’Éducation.

Parce qu’il faut le dire, il a du pain sur la planche, M. Blais : fusions des commissions scolaires, élimination des élections scolaires, négociations avec les enseignants, vision de l’école pour 2020-2025… Il ne chômera pas et ce ne sera pas facile!

Philippe Couillard pense avoir trouvé celui qui calmera le monde de l’éducation. On verra quelle note il recevra dans quelques mois…

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D’une lubie à un projet mal ficelé

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 publié le 24 février 2015 à 17 h 32

La consigne du silence imposée aux ministres qui n’auraient pas été adéquatement informés par le bureau du premier ministre n’y aurait rien changé.

Non, puisque le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau avait consulté le Conseil des ministres le 10 décembre 2014 avant de faire sa sortie contre les maires de Laval et de Longueuil.

M. Moreau, qui craignait peut-être qu’on lui attribue la paternité de cette taxe, a donc obtenu l’appui de ses collègues et du premier ministre pour annoncer ensuite à la presse parlementaire qu’il allait rembourser les contribuables de ces deux villes et réduire d’autant les transferts à ces municipalités.

Pourquoi?

Parce que ces deux maires ont osé dire qu’une partie des hausses d’impôts fonciers était attribuable aux compressions annoncées dans le nouveau pacte fiscal entre Québec et le monde municipal.

Or, cela aura pris deux mois et demi au ministre et au gouvernement pour commencer à mettre de côté ce qui n’était ni plus ni moins qu’une lubie. Il reste maintenant au ministre Moreau à faire marche arrière avec la Ville de Laval et son maire Marc Demers, après avoir vaguement sauvé la face avec la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire.

Cette décision n’avait guère de sens parce que le ministre, en plus de remettre en cause la liberté d’expression de deux maires, créait un impossible précédent, puisque d’autres municipalités n’avaient plus qu’à dénoncer le pacte fiscal pour que Québec indemnise leurs contribuables pour les hausses d’impôts fonciers.

Ça n’avait guère de sens (voire aucun), et pourtant l’ensemble du Conseil des ministres avait donné son approbation à cette idée. Cela montre que le ministre Moreau exerçait, en décembre, un ascendant certain sur ses collègues, dont le premier ministre, et d’autre part, qu’en politique, il arrive parfois qu’on l’échappe. Vraiment.

Pas de taxe Moreau et pas de taxe Poëti

Une lubie est une « fantaisie soudaine » nous dit le dictionnaire Larousse. Ce n’est pas de cela qu’on parle avec ce projet d’impôts fonciers supplémentaires pour les nouveaux résidents qui habitent à proximité des services de transport en commun. Dans ce cas, le gouvernement réfléchit à cette approche depuis plusieurs mois, mais moins de 12 heures après la publication de la primeur de ma collègue Julie Dufresne, le ministre des Transports Robert Poëti a fait marche arrière.

Il semble que le gouvernement Couillard se soit effarouché lui-même en réalisant que ce projet risquait de se transformer en « taxe Poëti » dans l’esprit des citoyens.

Un projet de ce genre doit être manipulé avec soin. Il exige d’être expliqué et justifié avec des arguments solides. L’argument du ministre Poëti, qui a évoqué l’économie d’un second véhicule pour les familles qui vivent à proximité du transport en commun, ne trouve pas sa place dans cette catégorie.

D’autres arguments, venus d’ailleurs, ont touché davantage la cible. Pourquoi imposer plus les citoyens qui font les bons choix (de s’établir à proximité du transport en commun) et qui, en outre, ont déjà payé une plus-value à l’achat avec, à l’avenant, des impôts fonciers plus élevés? Qui est à l’origine des problèmes de circulation à Montréal, ceux qui vivent près des transports en commun et qui les empruntent ou ceux qui font la navette en voiture de la banlieue jusqu’en ville? D’autant que Québec s’oppose au projet fédéral d’imposer un péage sur le nouveau pont sur le Saint-Laurent.

On le voit, pour le moment, le projet est mal ficelé, mais il est aussi possible que ce soit simplement une mauvaise idée.

Le premier ministre Couillard a jugé nécessaire d’intervenir pour mettre un terme aux ambitions du ministre Poëti et de remettre le tout entre les mains de la Ville de Montréal, en affirmant que si Montréal veut de nouveaux pouvoirs, même de taxation, le maire Denis Coderre pourra les demander au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau.

Toutefois, cela ne règle en rien les coûts associés à l’expansion des services de transport en commun, qui relève du gouvernement du Québec et non pas des villes qui, elles, financent surtout le fonctionnement des transports collectifs.

Dans ces deux dossiers, le gouvernement libéral s’empresse déjà de montrer qu’il passe à autre chose. Néanmoins, cela laisse présager des négociations particulièrement intéressantes sur le statut de métropole entre les ministres Moreau et Poëti et le maire de Montréal, Denis Coderre. Le gouvernement Couillard pourrait avoir l’occasion de manifester plus de cohésion et de cohérence dans ses interventions. Pour le bien-être de Montréal et de sa région, souhaitons que cette fois, il ne l’échappe pas.

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Contrôle du message… et des questions

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 publié le 24 février 2015 à 16 h 57

On a beaucoup parlé de la nouvelle consigne de Philippe Couillard à ses ministres. Ils doivent dorénavant attendre d’avoir reçu les « lignes de presse » de son Cabinet avant de s’adresser aux médias.

Quelques jours après avoir imposé cette consigne, le premier ministre ne se doutait probablement pas qu’il serait lui-même appelé à « contrôler » la question d’un journaliste.

Ça s’est passé lors du passage à Québec du président de l’Islande, Olafur Ragnar Grimmsson. Ça commence par l’aveu d’un collègue journaliste qui juge son anglais trop approximatif pour poser une question au président islandais.

La suite se trouve dans cet extrait :

Malgré une question potentiellement embarrassante, le premier ministre a fidèlement servi d’interprète.

Le président Grimsson le lui a bien rendu en répondant que des États fédérés (comme le Québec ou des États américains) jouissaient d’assez d’autonomie politique pour conclure des ententes avec des pays comme le sien.

Mais à une question précédente sur les aspects négatifs de l’indépendance, M. Grimsson a répondu que l’indépendance n’est jamais négative, surtout quand un peuple (comme le sien) prend sa destinée économique en main.

On présume que M. Couillard aurait aussi souhaité pouvoir « contrôler » la réponse de son invité.

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Un gouvernement fauché

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 publié le 23 février 2015 à 19 h 30

Je vous laisse décider si nous sommes en période d’austérité ou de rigueur budgétaire.

Dans ce débat qui fait rage, une chose est sûre : le gouvernement est fauché.

Si fauché, en fait, qu’il doit demander à la Caisse de dépôt et placement de financer des projets d’infrastructures comme le système léger sur rail du nouveau pont Champlain ou le train de l’Ouest pour relier Montréal à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau.

Si fauché, qu’il veut maintenant donner aux villes le pouvoir de taxer les immeubles en fonction de leur proximité au transport en commun. Votre maison fraîchement construite est près d’une station de métro? Vous paierez plus de taxes municipales.

Pourquoi? Parce que vous bénéficiez d’un meilleur service, qu’il faut financer. On appelle cela « la captation de la plus-value foncière ».

Évidemment, vous pourriez argumenter que votre maison vaut déjà plus cher et que, par conséquent, vous payez déjà plus de taxes municipales, justement parce que vous habitez près d’une station de métro. Peine perdue, le gouvernement est fauché.

Il argumentera qu’il faut bien les financer, ces services. Et si des résidents bénéficient de meilleurs services, pourquoi ne paieraient-ils pas un peu plus cher? Et si leur maison a une plus grande valeur de revente, ils seront gagnants en fin de compte.

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au gouvernement de manquer d’imagination. Il va toutefois arriver un moment où les augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, des garderies subventionnées et des taxes scolaires commenceront à peser lourd sur le moral du contribuable…

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