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Le chemin de croix de Philippe Couillard

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 publié le 30 janvier 2015 à 17 h 21

Philippe Couillard poursuit ses tergiversations sur la laïcité depuis des mois, depuis au moins une année en fait, puisque c’est fin janvier 2014 que Philippe Couillard a expulsé de son caucus celle qui était à ce moment la députée de La Pinière, Fatima Houda Pepin.

Les voies sinueuses qu’emprunte Philippe Couillard ne sont cependant pas impénétrables. Essayons de voir comment et où il tente d’emmener les Québécois.

Le choix des mots

Le premier ministre insiste sur le vocabulaire qui devrait être employé pour évoquer ces questions.

Ce n’est pas la première fois dans ce débat. Loin de là. La « Charte des valeurs » de Bernard Drainville était un exemple de créativité et de marketing politique. Même l’expression « accommodement raisonnable » constitue une trouvaille intéressante lorsqu’on cherche à fabriquer des consensus.

Alors, M. Couillard délaisse désormais le terme « laïcité » au profit de la « neutralité religieuse » lorsque vient le temps de préciser l’action éventuelle de son gouvernement. D’emblée, qu’on soit d’accord ou pas, il faut accorder le mérite au premier ministre d’employer une notion qui est déjà bien présente dans ce débat.

Quelle est la différence?

Le philosophe belge Vincent de Coorebyter qui, dans ce texte, cherche à répondre précisément à cette question. Il explique que si on pousse l’effort de clarté à la limite « on peut résumer la différence entre  » neutralité  » et  » laïcité  » comme une différence entre liberté et émancipation ».

Il juge que les deux concepts sont presque semblables au plan juridique, mais que les modèles de société qui en découlent sont bien différents.

La laïcité est souvent identifiée à l’Europe continentale et la neutralité religieuse de l’État au monde anglo-saxon. La laïcité emprunte souvent la voie des interdictions de symboles religieux, surtout parmi les employés de l’État, tandis que les juridictions qui s’inscrivent davantage dans le sens de la neutralité religieuse cherchent à limiter les interventions de l’État qui pourraient être perçues comme une atteinte à la liberté religieuse.

Lutter contre la radicalisation et non pas contre l’intégrisme

Pourtant, la lutte contre l’intégrisme était, il n’y a pas si longtemps, la priorité de Philippe Couillard. Maintenant que le premier ministre juge que l’intégrisme est acceptable, car il constitue un choix personnel, il montre du doigt la radicalisation comme la source de tous les maux.

Radicalisation est un mot fourre-tout. La radicalisation ne mène pas nécessairement à la violence, mais cela semble implicite dans les propos du premier ministre.

Alors que M.Couillard demande aux journalistes et aux Québécois de ne pas mélanger ces concepts distincts, il est difficile de ne pas constater qu’il est lui-même responsable d’une certaine confusion en passant d’un terme à l’autre et d’une priorité à l’autre, au fil des mois.

Mais, puisque l’objectif réel de Philippe Couillard est désormais de lutter contre la violence politique et/ou religieuse, dans quelle mesure pourra-t-il véritablement agir?

Le Code criminel relève du gouvernement fédéral. Les services de renseignements sont sous la coupe d’Ottawa. La Sûreté du Québec et le SPVM sont appelés à collaborer, mais, franchement, qu’est-ce que le premier ministre pourra faire concrètement pour éviter la radicalisation et pour faire face aux groupes et individus déjà «radicalisés»? Bref, qu’est-ce que Québec pourrait accomplir qu’Ottawa n’aurait pas fait? Les réponses ne sont pas évidentes et le gouvernement Couillard a seulement indiqué qu’il envisageait d’agir par le biais du Code civil.

La neutralité religieuse, le défunt projet de loi 94 et les droits fondamentaux

Lors de la conférence de presse à l’issue du caucus libéral, mardi dernier, Philippe Couillard a vanté les mérites de l’ancien projet de loi 94, qui avait été présenté par le gouvernement de Jean Charest. Ce projet de loi, qui comptait seulement 10 articles, exigeait que les services gouvernementaux soient donnés et reçus à visage découvert. Le projet de loi encadrait aussi les accommodements (tous les accommodements, pas seulement religieux, mais aussi pour les personnes handicapées par exemple) en rappelant qu’ils doivent respecter la Charte québécoise des droits (égalité homme-femme, neutralité religieuse) et qu’ils ne doivent pas imposer une contrainte excessive (par exemple des coûts élevés) à l’administration.

Lors de ce même point de presse, il a soutenu, en anglais, que son projet de loi, contrairement à celui du Parti québécois, sera légal et constitutionnel et que, d’aucune manière, il n’inclura des mesures discriminatoires.

Si le projet de loi 94 constitue un point de départ pour M.Couillard, il aurait avantage à consulter le mémoire de la Commission québécoise des droits de la personne qui met en doute la pertinence de ce projet de loi et propose une série d’amendements. Cette commission a pour mandat de faire la promotion et d’assurer le respect des droits énoncés dans la Charte québécoise des droits de la personne. Le gouvernement Charest n’a pas cherché à suivre les recommandations de la Commission. Le gouvernement Couillard sera-t-il plus attentif?

Quel sera le bon moment ?

Pour ce qui est de l’échéancier, Philippe Couillard a trituré plusieurs pages du calendrier. Au bout du compte, il a finalement indiqué qu’un projet de loi sur la neutralité religieuse pourrait être déposé en juin.

Ces questions sont délicates pour le Parti libéral, car ses clientèles électorales ont des points de vue divergents sur la laïcité. Les sondages montrent que les francophones sont plus interventionnistes que les anglophones. Ce n’est rien pour encourager le gouvernement Couillard à agir rapidement. Mais, puisqu’il a promis d’intervenir de toute façon, pourquoi ne pas le faire le plus tôt possible?

La réponse est assez simple : la course à la direction au Parti québécois. Philippe Couillard ne voit probablement aucune raison de livrer en pâture son éventuel projet de loi  aux candidats péquistes qui, pour une fois, trouveraient le moyen de parler d’une seule voix pour dénoncer les intentions libérales. Non, les stratèges libéraux ont tout intérêt à ce que les péquistes continuent à débattre, dans l’espoir qu’ils en viennent à entre-déchirer sur ce thème délicat, parmi d’autres. Pas question de donner une occasion au Parti québécois de créer davantage d’unité dans ses rangs.

Une fois que le nouveau chef du PQ sera élu et qu’il aura énoncé ses propositions en matière de laïcité, la tâche pourrait alors se révéler un peu plus aisée pour le gouvernement Couillard.

P.S. Pour une rare fois, comme je le mentionnais récemment dans ce blogue, Philippe Couillard a utilisé l’expression « islam radical » lundi dernier à son retour d’Europe. De toute évidence, le premier ministre voulait éviter de stigmatiser une communauté en n’utilisant pas le mot islam et ses déclinaisons dans un contexte négatif. En revanche, cela pouvait donner l’impression que le chef libéral était incapable d’identifier un problème tout de même réel et, en conséquence, de ne pas être en mesure d’y faire face.

Catégorie: Québec

La justice n’a pas de prix

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 publié le 28 janvier 2015 à 19 h 05

Si le gouvernement accepte la demande de la commission Charbonneau de prolonger son mandat jusqu’à la fin novembre, la CEIC aura duré quatre ans et coûté entre 40 et 50 millions de dollars. C’est long, c’est cher.

Mais la justice a-t-elle un prix?

C’est probablement la question que le premier ministre Couillard se posera en étudiant la demande de la commissaire France Charbonneau.

Les Québécois veulent que la commission aille au fond des choses. Ils veulent qu’elle puisse faire son travail dans un environnement serein. Ils veulent savoir s’ils se sont fait avoir par la collusion et la corruption. Justice ne sera peut-être pas rendue avec la commission, ce sera aux tribunaux de rendre justice, mais au moins on sera allé jusqu’au bout.

Ça, c’est pour le côté « justice ». Ajoutez l’ingrédient « politique » et je vois mal comment le gouvernement pourrait refuser.

Si le gouvernement refuse, le PLQ sera accusé de vouloir lui mettre des bâtons dans les roues, d’autant plus qu’il est dans la ligne de mire de la commission.

D’ailleurs, en sortant du Conseil des ministres,  Jean-Marc Fournier a affirmé que ce qui compte, c’est la qualité du rapport, pas l’échéancier.

Alors, il est plus que probable que le gouvernement accepte. Mais il le fera sous pression.

À partir du moment où la demande de la Commission a été rendue publique, le gouvernement a perdu son pouvoir de négociation avec elle. Si la demande était restée en circuit fermé, il aurait pu négocier une prolongation de quatre mois au lieu de sept, par exemple. Maintenant, s’il n’accorde pas les sept mois de prolongation, il donnera l’impression de lui nuire…

Catégorie: Québec

Commission Charbonneau : la seule option de Québec

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 publié le 28 janvier 2015 à 15 h 25

La commission Charbonneau réclame à Québec une prolongation de sept mois de son mandat. Comment le gouvernement Couillard devrait-il réagir à cette requête?

Pour répondre à cette question, je vous soumets les éléments suivants :

  • Le parti qui forme le gouvernement, le Parti libéral, fait l’objet d’un blâme de la commission Charbonneau.
  • Le précédent premier ministre libéral, Jean Charest, serait aussi blâmé par la commission.
  • Pendant des années, le précédent gouvernement libéral a refusé de mettre sur pied une commission d’enquête sur les contrats publics dans l’industrie de la construction.
  • Lorsque le gouvernement Charest a finalement accepté de mettre sur pied une commission d’enquête, le premier décret qu’il a adopté ne prévoyait pas qu’elle serait créée en vertu de la loi sur les commissions d’enquête. Ainsi, cette « patente à gosses », comme l’avait qualifié le député péquiste Stéphane Bergeron, n’aurait pas permis de contraindre des témoins à se présenter devant la commission, tandis que les commissaires n’auraient bénéficié d’aucune immunité judiciaire.
  • Depuis le début des travaux de la commission Charbonneau, les ténors libéraux n’ont cessé de répéter qu’il fallait la laisser accomplir son travail.
  • La commission Charbonneau aurait émis une centaine d’avis de blâme à des organismes et à des individus. La règle de droit veut que les groupes et les personnes visés aient l’occasion de présenter leurs versions des faits avant la publication du rapport de la commission.
  • La commission est loin d’être irréprochable, mais il apparaît que la société québécoise a déjà profité de ses travaux et que le Québec comprend mieux maintenant l’ampleur et la mécanique du système de corruption et de collusion.
  • La commission Charbonneau n’est pas gratuite, elle coûte plus d’un million de dollars par mois, mais elle a sans doute permis de réaliser des économies importantes à l’État québécois.
  • C’est finalement un mandat de quatre ans que la commission réclame. C’est long. Néanmoins, l’importance des problèmes identifiés paraît justifier un tel délai.

 

Dans ce contexte, quels pourraient être les arguments du premier ministre Philippe Couillard pour refuser cette demande de prolongation de mandat?

En cas de refus, le gouvernement libéral pourrait bien soulever un véritable tollé, qu’il n’a aucun intérêt à provoquer.

Catégorie: Québec

Le pari de l’imprévu

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 publié le 20 janvier 2015 à 19 h 52

Une mission à l’étranger est toujours un pari un peu risqué pour un premier ministre. Imaginez la sensation. Un peu comme pendant une campagne électorale, des caméras se braquent sur vous jour après jour, du matin au soir. Des journalistes vous suivent pas à pas, vous photographient, épient pratiquement chacun de vos gestes, les décortiquent. Tout comme chacun des mots que vous prononcez, d’ailleurs.

Après tout, c’est vous qui représentez le Québec sur la scène internationale. Pendant ces quelques jours, vous êtes son image. Vos paroles, diplomatiquement parlant, sont les siennes. Rien de moins.

Pour ajouter à la pression, vous changez de continent. Trois facteurs de stress majeur s’additionnent : le long vol et son inconfort, le décalage horaire et, surtout, le terrain méconnu.

En fait, seuls des responsables au ministère des Relations internationales, votre entourage proche et quelques-uns de vos conseillers – qu’on appelle « advances » dans le jargon politico-journalistique – connaissent le parcours que vous allez suivre. Un parcours d’une précision presque chirurgicale.

Les advances vous diront où marcher, où vous arrêter pour prendre la pose, dans quelle direction vous diriger pour rencontrer tel politicien ou tel diplomate. Ils vous ont organisé un horaire planifié à la minute près, et vous avez intérêt à le suivre religieusement… enfin… rigoureusement, parce que sinon c’est toute la journée qui peut déraper. Imaginez alors les manchettes.

Continuons l’exercice. Vous avez mis, avec votre entourage, des semaines, sinon des mois à planifier cette mission. Dans certains cas, il a fallu faire des pieds et des mains pour obtenir un entretien. Il ne durera peut-être que 15 minutes, mais simplement l’avoir, c’est un exploit. Vous aimeriez donc qu’on en parle. Qu’on mette en lumière les efforts déployés.

À vrai dire, vous ne voyez même pas comment il est possible que toutes ces démarches ne fassent pas l’objet de reportages. Ne serait-ce que pour que ceux qui vous ont élu voient à quel point vous ne faites pas que des compressions dans votre quête vers l’atteinte de l’équilibre budgétaire.

Vous essayez aussi d’attirer les investissements étrangers, de donner du corps et de la substance à vos grands projets dont vous parlez depuis la campagne électorale pour qu’enfin, vous puissiez dire que oui, vous avez redressé les finances publiques.

Puis arrive l’imprévu. Celui  que les advances auraient voulu visualiser quand ils ont planifié le scénario du pire. L’une de ces personnes m’a déjà dit : « Notre rôle, c’est de prévoir l’imprévu. » Mais ils ne pouvaient, d’aucune façon, prévoir celui-là.

Pour cette mission en Europe de Philippe Couillard qui se terminera avec le Forum économique de Davos, ce scénario de l’imprévu, c’est celui d’un attentat terroriste, planifié selon les premières indications par des extrémistes djihadistes, et déjoué avec fracas exactement là où le premier ministre se dirigeait 48 heures plus tard, en Belgique.

L’événement est à ce point explosif, sans mauvais jeu de mots, qu’il incite les dirigeants belges à déployer l’armée en renfort aux policiers en raison des menaces à la sécurité, du jamais vu en Belgique en 30 ans. Si vous êtes le premier ministre, vous savez pertinemment que ni vous ni les journalistes ne pourrez les ignorer. Les médias locaux ne parlent que de ça, ouvrent le débat sur la suite des choses. Ils recueillent les opinions des auditeurs sur la question.

Évidemment, ceux que vous devez rencontrer sur place songent à décommander, puis résistent, pour montrer que la vie continue. Mais pour vous, c’est d’autant plus un scénario du pire. Lorsqu‘ils prennent la parole, ils mettent à l’ordre du jour, parce qu’ils sont touchés au cœur de leur propre identité, le sujet qui risque à nouveau de diviser la population chez vous, soit le rôle fondamental de l’État dans la lutte au radicalisme.

Si au moins vous aviez de nouveaux contrats à rendre publics, des entreprises qui sont prêtes à dire devant les caméras qu’elles souhaitent investir chez vous, à créer des emplois sur votre territoire. Si vous pouviez sortir tambours et trompettes pour annoncer le fruit de vos longues démarches. Si vous pouviez entériner une entente…

Mais ce n’était pas l’objectif de cette mission, et vous le saviez. Ici, vous veniez entretenir des relations et peut-être, au mieux, semer la graine d’un partenariat, tisser le début d’amitiés politiques, trouver des investissements à long terme. Vous le saviez, mais pas nécessairement les contribuables.

Alors, vous avez beau avoir multiplié les rencontres à un rythme si effréné que même les journalistes peinaient à vous suivre, n’avoir dormi que quelques petites heures par nuit puis, recommencé le lendemain. À court terme, tous ces efforts ne vous permettront pas de prouver hors de tout doute que vous êtes un grand bâtisseur. Pas encore.

Ils n’auront pas pu éclipser le débat qui fait rage. Ils n’auront pas donné tout l’éclat que vous auriez espéré pour cette mission. La politique est un métier bien ingrat. Mince consolation, s’il en est une : sans ce contexte hors du commun, la visibilité médiatique aurait sans aucun doute été encore plus limitée.

Le premier ministre Philippe Couillard le reconnaît lui-même. Ce type de mission coûte cher. Assez pour ne pas inviter de ministre à l’accompagner. Mais en période d’austérité, il faut bien savoir choisir ses batailles. Le jeu en vaut-il la chandelle? En fin de compte, ce sera aux Québécois d’en juger.

Mais Philippe Couillard, lui, l’a clairement dit lundi. À son avis, le Québec doit rester actif, avoir sa voix à l’échelle planétaire. Une voix qu’il a bien l’intention de continuer à porter, même si parfois elle est assourdie par le bruit des bottes des soldats, ou de ceux qui critiquent les sommes que le gouvernement y investit.

Catégorie: Québec

Course au PQ : tout repose sur les débats

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 publié le 20 janvier 2015 à 14 h 29

En politique, les favoris redoutent les débats, par crainte d’en sortir plus meurtris que grandis. Il suffit d’une déclaration malheureuse, d’une mauvaise réaction ou, encore, d’un adversaire supérieur et mieux avisé pour plomber une candidature. Dans cette course à la direction au Parti québécois, il va de soi que les débats seront d’une importance capitale pour tous les candidats.

Pour vaincre celui que tous reconnaissent comme le favori dans cette course, les autres candidats devront mettre en valeur toutes leurs compétences et leurs idées et espérer, aussi, que Pierre Karl Péladeau commette des erreurs, trébuche et laisse tomber la couronne.

Un débat politique est un moment idéal où sont réunies les conditions qui peuvent conduire à un renversement de tendance.  Ainsi, chaque détail aura son importance.

Le nombre de débats : le candidat Péladeau n’en veut pas plus que deux, tandis que tous les autres candidats en réclament cinq, au minimum.

La formule : elle sera cruciale. Et avec six candidats, il ne sera pas facile de permettre de véritables discussions, sans verser dans la cacophonie. Dans quelle mesure des échanges directs et spontanés seront-ils possibles? Normalement, le meneur va préférer un débat étroitement encadré, dans le but d’éviter le plus possible les mauvaises surprises. Le choix de la formule inclut une variété de détails dont la sélection des sujets, la durée des débats, les dates, les villes, les lieux, le décor, le mobilier.  Il faut aussi choisir une personne pour animer ces affrontements.

Ces débats auront de l’impact en fonction des moyens et de l’ampleur de leur diffusion, quoique s’ils offrent une matière intéressante, ils devraient parvenir à capter l’attention. S’ils sont sans relief, prévisibles et soporifiques, on peut deviner que ce sera à l’avantage du favori.

 Malgré tout, il sera très difficile pour les Céré, Cloutier, Drainville, Lisée et Ouellet de faire tourner le vent, si ce n’est que le député de Saint-Jérôme, qui paraît enclin à commettre des bévues, pourrait leur venir en aide.

Pierre Karl Péladeau s’est souvent retrouvé dans l’embarras en raison de son inexpérience en politique. Ses talents de communicateur laissent aussi à désirer, et il montre les signes d’un caractère primesautier. Ces lacunes handicapent M. Péladeau, qui peine à organiser une défense efficace contre ceux qui dénoncent la possibilité que l’actionnaire de contrôle du groupe médiatique Québecor puisse diriger un des principaux partis politiques du Québec.

Cela représente autant d’occasions pour ses adversaires politiques. Et c’est à l’occasion des débats que les autres prétendants au trône péquiste pourront profiter au maximum de ses failles. Ils devront toutefois porter des coups décisifs, car l’avance de M. Péladeau semble, pour le moment, insurmontable. Au moins trois facteurs rendront cette tâche déjà ardue particulièrement difficile.

D’abord, Pierre Karl Péladeau est un homme intelligent. S’il se montre également discipliné, déterminé et disposé à s’améliorer, il devrait être en mesure de se préparer adéquatement pour éviter un knock-out.

À titre de favori, Pierre Karl Péladeau sera la principale cible des attaques, mais il est possible, pour considérations futures, que certains de ses adversaires évitent de malmener celui qui a de sérieuses possibilités de remporter cette course à la direction.

Le troisième facteur, qui viendra compliquer la vie aux adversaires du favori, c’est que même si les débats peuvent se révéler décisifs, ils ne le sont pas toujours. Par exemple, le chef libéral Philippe Couillard avait commis un impair assez grave avec une déclaration maladroite sur le français au travail lors du débat des chefs, ce qui n’a pas empêché l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire.

Aujourd’hui, aucun des adversaires de Pierre Karl Péladeau ne paraît en mesure de le vaincre. Néanmoins, ils n’ont pas de meilleur choix que de miser sur ces affrontements pour espérer faire chuter le prétendant.

Catégorie: Québec

De la fumée dans le tunnel

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 publié le 18 janvier 2015 à 3 h 25

Il était un peu passé midi quand le téléphone a sonné. Au bout du fil, le responsable des médias pour la mission de Philippe Couillard en Europe :

- On ne pourra pas se rendre à Bruxelles : les trains de Londres à la Belgique sont annulés.

- LES trains…?

- Tous les trains!

- Pourquoi?

- On ne sait pas. Il y a eu de la fumée dans le tunnel sous la Manche, c’est ce qu’ils nous ont dit à la gare, c’est tout ce qu’on sait. On cherche un moyen pour se rendre.

Vite, sur le site de la BBC. Fumée : confirmée. Cause : pour l’instant inconnue.

Sur le site d’Eurostar, pas beaucoup plus d’explications : « Aucun train ne peut circuler aujourd’hui », annonce sans plus de détails l’entreprise sur son site web.

Dans le contexte actuel, il n’en faut pas plus pour imaginer le pire : la Belgique est sur un pied d’alerte depuis l’attentat déjoué il y a deux jours, et l’armée vient de déployer 300 militaires près des sites sensibles après ces opérations antiterroristes. En première page du quotidien londonien The Guardian ce matin : « Les policiers au plus haut niveau d’alerte terroriste. » La France, elle, pleure encore les disparus de la tuerie au Charlie Hebdo.

Et c’est exactement comme ça que ça se passe, qu’on se met à craindre qu’un nouvel attentat soit survenu et que tout à coup, on soit peut-être trop près des premières loges.

Finalement, on saura plus tard que la fumée dans le tunnel a été déclenchée par une navette qui transportait des camions. Un bête accident, semble-t-il, mais avec un très mauvais sens du timing. Cela a forcé des milliers de voyageurs, journalistes inclus, à trouver une autre façon de se rendre à Paris et à Bruxelles.

« It’s good business », nous a dit un employé de compagnie aérienne à l’aéroport d’Heathrow. C’est vrai. Mais les voyageurs, eux, ne la trouvent pas drôle. Leurs déplacements sont plus compliqués, leurs rendez-vous manqués. Samedi, par exemple, on a vite compris, même s’il était impossible d’avoir la ligne du transporteur ferroviaire, qu’il fallait laisser tomber le train prévu en soirée.

Il a d’abord été envisagé de louer une voiture et de prendre le traversier, mais le temps manquait et l’opération était complexe. Alors, il a fallu trouver un billet d’avion à un prix décent, au moment où des milliers de voyageurs se battaient pour les mêmes sièges que nous.

Pour la Belgique, les vols étaient complets. Et ceux qui pouvaient monter à bord des avions revoyaient en boucle aux nouvelles, en attendant le décollage, les images des longues files d’attente à la gare, et les commentaires de voyageurs qui commencent à trouver la situation préoccupante. En fait, partout où nous sommes allés à Londres, dans les cafés, les taxis, les restos… partout on nous a parlé d’attentats, des menaces potentielles à la sécurité, d’extrémisme et aussi de laïcité et du rôle de l’État.

Que Philippe Couillard le veuille ou non, le sujet restera à l’ordre du jour. Et il sera toujours aussi délicat. Il peut espérer que les esprits se calment avant de demander le dépôt du projet de loi sur la neutralité de l’État, et on peut comprendre qu’il craigne les dérapages, les amalgames, les glissements qui pourraient aggraver la situation. Mais il ne faut pas s’étonner que le sujet le rattrape dans le cadre de sa mission en sol européen.

C’est désormais avec ce contexte qu’il doit composer. C’est vrai ici, et ce sera probablement vrai au Québec. Chez nous aussi, il y aura de la fumée dans un tunnel. Peut-être de plus en plus de fumée.

Et pour la petite histoire, pas d’inquiétude, nous sommes arrivés à Bruxelles. Et nous avons célébré l’événement en réalisant notre rêve du jour : manger des frites et boire de la bière belge comme nous l’avions planifié avant toutes nos péripéties.

Catégorie: Québec

Y a-t-il un fantôme dans la garderie?

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 publié le 15 janvier 2015 à 21 h 03

Le projet de loi 27 sur les places fantômes dans les services de garde a commencé tout croche et, maintenant que les consultations publiques se sont amorcées, ça ne s’arrange pas du tout.

En novembre, deux jours après avoir déposé son projet de loi, la ministre Francine Charbonneau lâchait déjà du lest sur la question des sanctions contre les parents qui contribueraient aux places fantômes. Malgré ce que la ministre a déclaré, le projet de loi est demeuré le même. Et, bien sûr, les critiques reprennent de plus belle. À l’unisson.

Le problème, si on en croit l’implacable mémoire de la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, c’est que le projet de loi dans son ensemble ne permettra d’atteindre aucun des objectifs que le gouvernement Couillard s’est fixés et surtout pas de récupérer à terme 130 millions de dollars comme le prévoit Québec.

Oui, tout le monde le reconnaît, les places fantômes existent, même si tous ne s’entendent pas sur la nature et l’ampleur du phénomène. En conséquence, il n’est pas facile de déterminer les économies potentielles d’une chasse aux places fantômes.

Oui, tous constatent qu’il y a un problème de services de garde à temps partiel, et que le mode de financement y est certainement pour quelque chose. Tous constatent aussi, évidemment, qu’il manque au moins 20 000 places subventionnées et que cela crée une telle pression sur les parents qu’ils sont prêts à accepter de participer à la supposée « fraude » des places fantômes.

Dans ce contexte, un réexamen du système de services de garde paraît nécessaire. Or, le gouvernement Couillard semble seulement préoccupé par la question des coûts. En tout cas, avec la chasse aux places fantômes et les hausses importantes de tarif, il n’intervient que sur cet aspect du dossier.

La ministre Charbonneau évoque de la « fraude » pour justifier un projet de loi qui imposerait de sérieuses amendes aux parents. Il est difficile de ne pas y voir une proposition qui a quelque chose d’odieux, de malhabile et de maladroit.

D’autant que si l’on parle de fraude dans les services de garde, il y a probablement lieu d’être pas mal plus inquiet de ce qui s’est passé sous la précédente administration libérale, avec l’octroi de places subventionnées dans le secteur privé, que des agissements des familles québécoises qui se démènent pour trouver une garderie à un prix raisonnable pour leurs enfants.

Comme les moyens proposés dans le projet de loi 27 semblent assez clairement inadéquats, et la ministre le reconnaît au moins en partie, pourquoi persévérer, sinon pour simplement sauver la face?

Si le gouvernement Couillard, par un heureux hasard, trouvait une table à dessin où déposer ce projet de loi bancal, pourquoi ne pas prendre le temps de réfléchir à une réforme globale et cohérente?

Ce gouvernement a choisi de redresser, en toute urgence, les finances publiques québécoises, même s’il n’avait pas été limpide à ce sujet en campagne électorale. Ce n’est certainement pas un motif suffisant pour procéder à une réforme à la hâte qui, en plus de ne pas permettre les économies espérées, pourrait nuire à un programme qui connaît sa part de succès.

Et, si le gouvernement est pressé, pourquoi perdre un temps précieux à étudier un projet de loi qui paraît rater la cible?

Catégorie: Québec

Le gouvernement Couillard ne s’en cache pas. L’entente conclue avec la Caisse de dépôt et placement permet à Québec de développer de coûteux projets d’infrastructures sans alourdir d’autant la dette publique.

Au moment où le gouvernement Couillard justifie l’élimination du déficit de 2,3 milliards de dollars par la nécessité de juguler la dette du Québec, de l’autre main, il dépense 11 milliards de dollars en infrastructures, qui sont directement imputés à la dette.

Une situation qui, à mon avis, menait Québec vers une impasse pour réaliser son plan de réduction de la dette. Selon ce plan, la dette brute devrait passer de 55 % à 45 % du produit intérieur brut d’ici 10 ans. Avec des dépenses importantes en infrastructures, cela paraissait impossible. Et même si cette entente avec la Caisse va de l’avant, cela ne sera pas évident, surtout si la faible croissance économique persiste.

Un moyen pour relancer l’économie

Un autre facteur qui explique la volonté du gouvernement libéral de conclure cette entente avec la Caisse, c’est l’absence d’éléments de relance économique dans les cartons de Québec.

Le chef libéral Philippe Couillard avait promis en campagne électorale d’accroître de 15 milliards de dollars sur 10 ans les investissements en infrastructures. Sans surprise, une fois élu, le premier ministre a fait marche arrière. Le plan de réduction de la dette aurait été irrémédiablement compromis et le ministère des Finances a convaincu le nouveau gouvernement que cela risquait de ne pas plaire aux agences de notation.

Le problème, c’est que le gouvernement libéral n’a plus rien en main pour relancer une croissance anémique. Le Plan Nord est au point mort en raison du prix des métaux et la Stratégie maritime en est à ses balbutiements. De plus, Québec s’apprête à réduire ses investissements dans les infrastructures.

Dans ce contexte, l’entente avec la Caisse de dépôt et placement ressemble à une bouée de sauvetage.

Le retour en douce des PPP

Bien que la Caisse soit un organisme public, les projets d’infrastructures seront réalisés et gérés avec d’autres partenaires qui seront, eux, issus du secteur privé. L’entité corporative qui sera créée avec la Caisse se comportera comme une entreprise privée, avec la volonté de réaliser des profits. En ce sens, c’est bel et bien un retour des partenariats public-privé qui s’annonce avec cette entente.

L’indépendance de la Caisse

Le principe de l’indépendance de la Caisse veut qu’elle doive décider elle-même de ce qui est utile pour atteindre les objectifs de son mandat, soit d’obtenir de bons rendements pour les fonds des Québécois qu’elle gère et de contribuer au développement économique du Québec. À très court terme, je ne crois pas que son indépendance est en péril. À moyen et long terme, cela pourrait être une tout autre chose.

La question des tarifs dans le transport collectif peut aisément devenir un sujet politique brûlant. En fait, chaque nouveau projet d’infrastructure publique développé par la Caisse au Québec risque fort de l’entraîner chaque fois davantage sur le terrain politique. Les intérêts convergents et les liens entre la Caisse et Québec deviendront de plus en plus importants. Les citoyens en viendront à demander des comptes à la Caisse, et pas seulement sur des questions de rendements financiers.

Avec cette entente, la Caisse met le doigt dans un engrenage politique. Malgré les assurances de son PDG Michael Sabia, cela aura nécessairement des effets transformateurs pour l’institution. Et il est évident que ces transformations iront dans le sens d’un rapprochement important avec le pouvoir politique.

La rentabilité des transports collectifs

Michael Sabia rappelle que la Caisse fait de l’argent à l’étranger avec des projets de transports collectifs et qu’il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement au Québec. L’argument porte, mais il est utile de se rappeler que les utilisateurs du transport en commun au Québec paient environ 35 % de la facture. Personne ne fait de profit avec cela, au contraire, tout le monde paie, mais cela fait partie du contrat social.

Le transport interurbain par autocar ne va pas très bien non plus au Québec. Des transporteurs veulent se retirer des liens déficitaires en région.

Le train ne va pas beaucoup mieux. Regardez ce qui se passe en Gaspésie. Le projet de train de l’Ouest avec service à l’aéroport Trudeau est attrayant, mais ceux qui connaissent l’autobus 747, qui n’échappe pas aux embouteillages il est vrai, savent qu’on peut se rendre à l’aéroport pour le prix d’un passage régulier de la Société de transports de Montréal.

En cas de problème

Que se passera-t-il si des projets tournent mal? Si la rentabilité n’est pas assurée, si les coûts de réalisation explosent ou si la gestion se révèle déficiente? Encore là, la réalité politique pourrait rapidement rattraper les dirigeants de la Caisse de dépôt, puisqu’il sera normal que les citoyens leur demandent des comptes, ainsi qu’au gouvernement, sur la gestion de la Caisse.

Étrangement, en mettant le pied sur le territoire québécois dans le dossier des infrastructures, la Caisse de dépôt et placement du Québec fait son entrée dans un nouveau monde, avec des règles différentes et où règnent des attentes beaucoup plus élevées.

Dès lors, la Caisse de dépôt et placement risque de se voir irrémédiablement transformée, pour le meilleur et pour le pire.

Catégorie: Québec

« Charlie » Couillard

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 publié le 12 janvier 2015 à 15 h 50

Le premier ministre a été prompt à condamner les crimes de ceux qu’il a qualifiés de « chevaliers de l’obscurantisme ». Et il s’est dit certain que la lumière allait l’emporter, au bénéfice des sociétés démocratiques. Philippe Couillard s’est aussi réjoui du fait que les quotidiens québécois n’avaient pas hésité à publier des exemples des caricatures controversées de Charlie Hebdo.

Sa condamnation a été claire et limpide, sans détour ni circonvolution, en assimilant cette attaque contre la liberté d’expression à une agression dirigée contre toutes les sociétés démocratiques. Des propos qu’il a tenus dimanche dans la foulée d’une marche de soutien à Québec.

En revanche, ça se complique lorsqu’il est question d’une loi sur la neutralité ou la laïcité de l’État.

« Il ne faut surtout pas faire d’amalgame entre les deux sujets. D’ailleurs, la République française est un pays où les dispositions législatives sont, comme vous le savez, assez strictes et ça n’a pas empêché ces événements tragiques de se passer. Alors, c’est un problème qui va bien au-delà de ces questions et il faut justement éviter à tout prix de faire un lien entre la coexistence de notre communauté musulmane et de l’ensemble des Québécois et ces événements. Oui, on va agir, comme on l’a dit, à un moment où les esprits seront un peu à distance de ces événements-là pour justement éviter une autre conséquence tragique de ces événements qui seraient de glisser vers la stigmatisation ou l’exclusion d’une partie des Québécois. » – Philippe Couillard

Des propos qui sont à l’image de Philippe Couillard : une vision profondément libérale de la société où la moindre possibilité d’ostraciser un groupe minoritaire est perçue comme un crime grave et, pour qui, une simple impression d’exclusion d’une communauté aurait surtout pour effet de nourrir l’action des radicaux.

Islam, islamique, islamiste

D’ailleurs, il est intéressant de noter que Philippe Couillard n’a pas employé l’appellation « islamiste » en parlant de ces radicaux. En fait, je constate que le premier ministre n’emploie jamais cette expression. J’ai réécouté ses déclarations du 21 octobre, à la suite du meurtre d’un militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu. Même s’il estimait alors qu’il y avait un lien entre cette attaque et l’intervention canadienne contre le groupe armé État islamique, M. Couillard était parvenu à ne jamais prononcer le mot islamique au cours de ce point de presse.

Une révision sommaire des articles consacrés au chef libéral confirme sa répugnance à faire un lien entre des individus qui se sont radicalisés et la religion islamique. Il semble prendre un soin particulier à ne jamais employer le mot « islam » ou l’une de ses déclinaisons dans un contexte négatif.

Cela peut sembler accessoire, mais je crois tout le contraire. C’est ancré profondément au coeur des convictions du premier ministre et ce ne sera pas sans effet sur la rédaction d’une loi sur la neutralité de l’État, qui encadrerait les accommodements religieux et qui viserait à lutter contre l’intégrisme religieux.

Un projet de loi retardé

Bien que les principes de ce projet de loi soient déjà connus, le gouvernement Couillard en reporte la présentation depuis des mois. Même avec l’expulsion de Fatima Houda-Pepin du caucus libéral, la question demeure délicate à l’interne. Néanmoins, le principal défi ce sera de convaincre les Québécois du bien-fondé de l’approche du gouvernement libéral.

Si on en juge par l’ampleur du débat causé par la Charte des valeurs de l’ancien ministre Bernard Drainville, il serait étonnant que cela soit simple.

Le premier ministre craint l’amalgame au détriment de la communauté musulmane et préfère laisser tomber la poussière soulevée par les assassinats à Charlie Hebdo avant de déposer ce projet de loi. Il avait tenu les mêmes propos dans la foulée des meurtres de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa.

Son argument est probablement sincère, mais il omet un élément stratégique dont le chef du PLQ est nécessairement conscient. Sa position sur la neutralité de l’État, qui semble déjà assez différente de celle d’un grand nombre de Québécois, risque de paraître bien bénigne, voire inefficace, dans la foulée d’un attentat comme celui de Charlie Hebdo.

Cela dit, dans quelques semaines, cela fera huit ans que la commission Bouchard-Taylor a été mise sur pied par le gouvernement du Québec et deux projets de loi sur cette question ont eu le temps de mourir au feuilleton.

Il est possible qu’il y ait toujours urgence dans ce dossier, peut-être même plus que jamais, mais il paraît difficile de reprocher quelques mois de retard au premier ministre, pourvu que son gouvernement concocte un projet de loi qui fera véritablement oeuvre utile.

Catégorie: Québec

Politique québécoise : l’événement de 2014

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 publié le 1 janvier 2015 à 8 h 46

J’ai d’abord préparé une liste des événements de 2014. Bon. Une grosse année politique, bien sûr, en raison des élections, mais les listes d’événements ont un goût suranné que d’autres mitonnent mieux que moi.

J’aurais pu néanmoins vous rappeler que Nicolas Marceau, alors ministre des Finances pour le Parti Québécois, a déposé un budget en février 2014, dont il n’est franchement plus utile de se souvenir, puisqu’il n’a jamais été adopté. C’était beaucoup d’énergie dépensée inutilement, d’autant qu’il a fallu en préparer un autre après la victoire du Parti libéral. Imaginez les conséquences pour le ministère des Finances. Imaginez les coûts pour les médias. Rappelons-nous du temps perdu à en gloser, bien que nous sachions tous que des élections pouvaient rendre tout cela nul et non avenu.

De cette liste, je me suis mis à songer à ce qui avait constitué véritablement l’événement politique au Québec en 2014. J’ai réalisé que la réponse semblait aller de soi pour bon nombre de mes collègues qui ont désigné le résultat des élections québécoises (ou plus précisément la défaite du Parti québécois) comme l’événement qui aurait marqué la scène politique au Québec, voire au Canada.

Je comprends ce choix, il s’impose, il est l’évidence.

Je ne le partage pas pour autant.

La signification et l’importance des élections 2014

Il a souvent été question d’un troisième référendum sur la souveraineté, d’un troisième « Non » contre le projet d’indépendance du Québec qui se serait fait entendre le 7 avril.

Le projet et le parti d’une seule génération ont, de nouveau, été évoqués.

Un Parti québécois à l’agonie a parfois été mentionné.

Est-ce véritablement de cela qu’il s’agit? Est-ce véritablement ce qui s’est passé?

Le Parti québécois est-il mort, ou condamné à l’échafaud, par le principal fait du vote d’avril 2014?

La souveraineté a-t-elle été balayée pour de bon de l’échiquier politique québécois?

Les causes de la défaite péquiste

La profession de foi de Pierre Karl Péladeau, en forme de poing levé, a déclenché une cascade de réactions et de déclarations, dont celles de Pauline Marois sur les contours d’un Québec souverain. De là, la campagne du PQ a dérapé, d’autant que cette étonnante candidature a contribué à une mobilisation plus importante des adversaires à la cause souverainiste.

Il a été question de référendum, néanmoins personne ne prétendra que la question de la souveraineté a fait l’objet d’un débat sérieux au cours de cette campagne électorale. On a plutôt assisté à la défaite d’un parti qui s’est montré trop confiant et qui n’a pas vu venir la tempête qu’il a lui-même créée. Le parti s’est emmêlé dans ses stratégies, comme avec la Charte des valeurs, un projet controversé, mais populaire, que le gouvernement Marois a eu l’audace de présenter. Cependant, le PQ n’a pas osé ou su véritablement la défendre en campagne électorale.

Il en aura payé un lourd tribut, en perdant des alliés précieux, sans chercher à tirer les bénéfices d’une nouvelle clientèle électorale qui manifestait de l’ouverture à l’égard de cette vision de la laïcité.

Une première étape

Dès l’annonce de sa candidature le 9 mars dernier à Saint-Jérôme, il était évident que M. Péladeau se lançait dans une nouvelle carrière et qu’il n’entendait pas se contenter d’un poste de député ou même de ministre. Sa candidature à la direction du PQ est peut-être venue plus vite que prévu, mais elle était déjà parfaitement prévisible.

On ne peut donc se contenter de mesurer l’importance de l’entrée en politique de M. Péladeau à la seule aune des élections de 2014, sa portée va bien au-delà de cet événement.

Le syndrome du sauveur

À tort ou à raison, l’actionnaire de contrôle du groupe Québecor et bientôt le mari de l’animatrice et productrice Julie Snyder est perçu comme celui qui pourrait tirer le Parti québécois du marasme dans lequel il se trouve.

D’une part, cela veut dire que le PQ, bien que mal en point, peut récupérer et que le résultat électoral du 7 avril ne lui a pas porté un coup fatal.

D’autre part, en raison de cette perception de « sauveur » du parti, ça veut aussi dire que la candidature de M. Péladeau risque de peser très lourd sur l’avenir de cette formation politique. Que cela se termine par un échec, qui serait alors  retentissant, ou une victoire sans surprise, le Parti québécois sortira transformé par la candidature du député de Saint-Jérôme.

Vers 2018

Et si Pierre Karl Péladeau devient chef du Parti québécois en mai prochain, cela trace la voie à un affrontement aux élections de 2018 qui pourrait se révéler bien plus déterminant pour ce parti et pour le projet de souveraineté du Québec que le vote de 2014.

Ainsi, le reste du Canada commettrait une erreur de croire que les dernières élections ont scellé le sort des indépendantistes québécois.

Aujourd’hui, on voit mieux jusqu’à quel point la singularité de cette candidature – celle de l’actionnaire de contrôle du principal empire médiatique, culturel et sportif du Québec qui est aussi un membre du « star system » qu’il a contribué à mettre sur pied – va bouleverser l’échiquier politique, d’une façon ou d’une autre, dans la victoire ou dans la défaite.

Or, si l’on doit désigner l’événement politique le plus important de l’année au Québec, je constate que le scrutin de 2014 a été fortement influencé, directement et indirectement, par la candidature de Pierre Karl Péladeau. Je constate aussi que le résultat du 7 avril 2014 ne paraît pas si déterminant et qu’en réalité il ouvre plutôt la voie aux prochaines élections, qui devraient avoir lieu en octobre 2018, en raison notamment de l’entrée en politique de M. Péladeau.

Ce scrutin de 2018 saura peut-être mériter ce prélude qu’a été le vote de 2014, car, vue d’ici, la prochaine campagne semble déjà comporter des enjeux énormes pour les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale.

Et, il faut le reconnaître, l’entrée en politique de Pierre Karl Péladeau le 9 mars 2014 y est pour beaucoup. À mon avis, c’est l’événement politique de l’année, car il aura semé une bonne dose d’incertitude et pour un bon moment dans l’ordre établi de la vie politique québécoise et canadienne, que même la défaite du Parti québécois n’est pas parvenue à dissiper réellement.

Catégorie: Québec