Billets classés sous la catégorie « Québec »


PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie: Québec

Retour au Salon bleu

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 publié le 17 septembre 2014 à 15 h 41

Les travaux ont repris à l’Assemblée nationale, et le ministre Bolduc est la cible des tirs croisés de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois.

Les oppositions lui reprochent d’avoir encaissé une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de nouveaux patients, en plus de ses honoraires de médecin et de sa rémunération et des autres avantages dont il bénéficie comme député.

Voici quelques-unes des lignes de défense d’Yves Bolduc, qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation.

Sur la pénurie de médecins de famille :

Je travaillais le samedi puis le dimanche. En passant, si les médecins faisaient comme moi, probablement qu’il y en aurait moins de pénurie également. »

Sur le travail de député :

« M. le Président, je me demande pour qui se prend le député de La Peltrie. Je vis dans mon comté, je magasine dans mon comté. En passant, quand les gens voulaient me voir, ils avaient des rendez-vous assez rapidement. M. le Président, les gens qui veulent nous rencontrer peuvent nous rencontrer. Puis, dans le comté de Jean-Talon, on était très présents. Je les rencontre sur la rue. »

Et sur le fond de la question, le ministre Bolduc juge qu’il n’y avait pas vraiment de problème. Le problème, selon Yves Bolduc, a été la réaction populaire, la polémique que cette affaire a causée :

« Par contre, compte tenu du tollé que ça a causé et reconnaissant qu’il y avait un problème de perception et, de bonne foi, j’ai remboursé un montant équivalent et j’ai fait un don à deux organismes communautaires. J’ai assumé les responsabilités, je me suis occupé des patients. Je suis très fier, comme médecin, de dire : « Oui, il fallait aider nos patients. » Mais, M. le Président, pour moi, ce dossier est clos. J’ai fait les remboursements nécessaires. »

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a été questionnée sur le départ du directeur général de la Sûreté du Québec, qui est retourné à la direction de la sécurité d’Hydro-Québec. La ministre Thériault tolère mal de ne pas avoir toute l’attention du Salon bleu lorsqu’elle parle :

« Oui. M. le Président, évidemment, puisqu’on commence une nouvelle session, je pense que c’est important que les députés écoutent au moins les réponses des ministres. Ça permettrait peut-être de se faire une vraie tête, plutôt que de partir avec des préjugés ou des peut-être que. [...] Et, M. le Président, je vous demanderais de rappeler la leader à l’ordre parce qu’elle n’arrête pas de m’interrompre, et il n’y a que moi qui ai la parole. Et je considère que la question du député, elle était très pertinente, et je veux bien y répondre, mais je veux bien qu’on écoute également ce que je dis, M. le Président. »

Terminons ce florilège par une courte déclaration du ministre de la Santé Gaétan Barrette (qui est certainement en lice pour le titre de roi de la passerelle que décerne ma collègue Martine Biron), à propos des négociations avec les fédérations de médecins :

« La négociation, M. le Président, suit son cours comme elle le doit et elle se terminera selon… de la façon qu’elle se terminera. »

De toute évidence, le ministre n’est pas convaincu que cette négociation se terminera dans l’harmonie.

Catégorie: Québec

Le bûcher des vanités

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 publié le 15 septembre 2014 à 17 h 13

« Les événements de la vie de toutes sortes ont enlevé toute trace de vanité en moi. Je suis là pour le travail que j’ai à faire. » – Philippe Couillard, Manoir Richelieu, La Malbaie, le 5 septembre 2014

Nous savons désormais que le « travail » que le premier ministre s’est donné, c’est celui d’éliminer le déficit structurel. Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, se fait d’ailleurs un devoir de répéter qu’il y a maintenant un consensus au Québec sur l’existence de ce déficit et sur la nécessité de le faire disparaître.

Cela ouvre un vaste champ de questions. En voici quelques-unes :

1- Le gouvernement Couillard saura-t-il où trouver l’argent?

C’est le plus difficile. Et tout part de là. Il serait question de 3 milliards de dollars. C’est probablement un minimum si l’objectif est d’éradiquer le déficit. Pour ce qui est du « structurel », ça signifie qu’il faudra que ces réductions budgétaires se répètent année après année. Il est difficile d’imaginer que Martin Coiteux puisse dénicher cette somme sans toucher à la santé ni à l’éducation, tout en conservant tels quels les services aux citoyens. Des programmes seront révisés, certes, mais il est bien possible que cela s’accompagne de compressions paramétriques – tous les ministères et organismes voient leur budget réduit d’un même pourcentage – pour atteindre les objectifs fixés.

2- Le gouvernement Couillard gardera-t-il le cap?

Ce sera aussi très difficile. La pression populaire peut devenir intense. Les groupes sociaux et les syndicats sont en état d’alerte. Les syndicats des employés municipaux sont déjà confrontés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite. Philippe Couillard montre beaucoup de détermination. Sa déclaration citée plus haut en fait foi. Martin Coiteux est profondément engagé au plan idéologique dans cette opération, si l’on en juge par ses prises de position avant de devenir ministre.

En principe, ce nouveau gouvernement est en bonne position pour agir. Il vient d’être élu et même s’il a été quasi muet sur ces questions en campagne électorale, une bonne partie de l’électorat paraît disposé à le suivre, mais jusqu’à quel point? En outre, les syndicats, les groupes sociaux et les partis d’opposition ne sont pas particulièrement en position de force, bien que cela puisse évoluer très rapidement.

3- Qu’en sera-t-il du « flair politique » du premier ministre?

Philippe Couillard n’a pas fait la démonstration qu’il était capable de mesurer rapidement l’impact politique d’un événement, malgré son expérience de ministre. Il est peut-être bien entouré, ce qui reste à voir, mais rien ne remplace le sens politique dont doit faire preuve le premier ministre. Cela peut éviter bien des difficultés, comme « la grosse tempête dans un petit verre d’eau » concernant la polémique créée par les 215 000 $ qu’Yves Bolduc a reçus pour prendre de nouveaux patients au moment où il était député de l’opposition. Philippe Couillard a montré là, et en d’autres occasions, qu’il n’était pas en phase avec la population. Lorsqu’on veut procéder à de vastes réformes, le pouvoir politique a intérêt à entendre et à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la population. Sinon, les risques de dérapages sont importants.

4- À quoi ressemblera l’État québécois après cette série de compressions?

Un État « recentré » sur ses missions « prioritaires ». C’est un joli concept. Mais pour le moment, le gouvernement Couillard n’a pas précisé ce que ça voulait dire. La santé, l’éducation, la justice font certainement partie des fonctions vitales de l’État québécois. Mais qu’en est-il de la culture, de l’immigration, de l’agriculture, des transports, de l’environnement? On voit bien qu’il n’est pas si facile de définir les missions « non prioritaires ». Oserait-on affirmer que les affaires autochtones ne sont pas prioritaires? L’emploi et la solidarité sociale? L’énergie et les ressources naturelles? Ah, pourquoi pas les relations internationales? D’autant qu’Ottawa est responsable de la politique étrangère. Pourtant, il n’aura suffi que d’une rumeur qui voulait transformer ce ministère en secrétariat pour calmer les ardeurs des pourfendeurs de fonds publics.

Le nouveau premier ministre a les allures d’un homme qui s’est donné une mission, et il laisse entendre que personne ne pourra l’en détourner. Pour le moment, les Québécois semblent être à l’écoute, attentifs et ouverts. Maintenant que Philippe Couillard a expliqué que l’État québécois doit être réformé, il est temps désormais de commencer à leur expliquer quelle forme il entend donner à cette nouvelle mouture de l’État québécois.

Car, pour le moment et malgré une campagne électorale, nous n’en savons rien.

Catégorie: Québec

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

Catégorie: Québec

Si vous avez lu les aventures d’Harry Potter, vous savez qu’il y a un nom-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : Voldemort!

Si vous suivez la politique canadienne, vous savez qu’il y a un mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : constitution!

En fin de semaine, une déclaration de Philippe Couillard a suscité toutes sortes de réactions, sans même qu’il ne prononce le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne. Peut-être pas chez vous entre vos travaux extérieurs, un dernier BBQ avec les amis ou la famille et une bonne bouteille de vin.

Mais des réactions de la classe politico-médiatique…

Qu’est-ce que M. Couillard a dit sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne?

Il a dit : « … à l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. »

Traduction : pacte = constitution.

L’interprétation est plus délicate, parce que le terme « réaffirmé » est flou à souhait. « Réaffirmé », ça veut dire quoi?

Ça veut dire que M. Couillard veut rouvrir la Constitution, y réintégrer le Québec d’ici le 150e anniversaire du Canada en 2017?

Ça veut dire rappeler que le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution et que c’est une tache historique?

Hier, M. Couillard a « précisé » sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne : « Tant mieux si on fait avancer ce dossier, mais ce n’est pas une priorité quotidienne pour nous. »

Traduction : dossier = constitution.

Interprétation : M. Couillard réalise que le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne suscite, dans la sphère politico-médiatique, une réaction épidermique.

Interprétation finale : comme bien des fédéralistes, M. Couillard pense que l’absence de signature du Québec au bas de la Constitution est une tache historique. Il pense qu’elle doit être effacée. Mais il réalise qu’il n’y a pas d’appétit, que les options pour effacer cette tache (débat constitutionnel ou indépendance) n’émeuvent pas la population actuellement.

Bref, ça veut dire qu’en 2017, pariez que rien n’aura changé…

Catégorie: Ottawa, Québec

Gérer les ballons d’essai

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 52

Savez-vous ce qu’est un ballon d’essai en politique?

C’est quand « quelqu’un » veut tester une idée, une hypothèse et qu’il décide de la faire « couler » sur la place publique. Ce « quelqu’un » observe ensuite les réactions.

Des ballons d’essai, on va en avoir tout plein cet automne, au Québec. « Tel programme est menacé de disparaître. » « Tel ministère est en péril. » « Le gouvernement veut abolir telle subvention. »

La nouvelle de ce matin dans Le Devoir concernant la possible disparition du ministère des Relations internationales tombait probablement (même si je n’en ai pas la preuve) dans la catégorie des ballons d’essai.

« Quelqu’un » qui étudie l’hypothèse voulait observer les réactions. Ou « quelqu’un » qui est contre l’hypothèse voulait soulever un mouvement de protestation.

La réponse du premier ministre m’a surpris : il n’est « pas question de diminuer le rayonnement international du Québec ». Pour un plaidoyer fort pour le ministère des Relations internationales, on repassera!

Ça veut dire quoi, « ne pas diminuer le rayonnement international du Québec »? Ça prend un ministère pour faire ça? Ou un simple secrétariat, moins gros, avec moins d’employés?

Et, quand on y pense, qu’est-ce que le premier ministre peut répondre d’autre?

S’il dit que le ministère va disparaître, il court-circuite sa commission sur la révision des programmes. Il lance le message que les dés sont pipés d’avance.

S’il dit que le ministère ne disparaîtra pas, il envoie le message que « tout » n’est pas sur la table, contrairement à ce qu’il nous dit depuis des semaines. Que le travail d’analyse ne sera pas fait jusqu’au bout, que des décisions sont déjà prises, sans analyse profonde.

Dans les deux cas, peu importe la réponse, M. Couillard s’expose à devoir réagir, le jour même, à n’importe quel ballon politique. Le message aux fonctionnaires, sous-ministres et groupes de pression est le suivant : « Vous voulez lancer des ballons d’essai? Allez-y, je vais commenter. »

Il n’est pas gardien de soccer, M. Couillard, il est premier ministre.

Et en ce sens, sa réponse, bien qu’évasive, est peut-être la seule qu’il pouvait donner… aujourd’hui.

Catégorie: Québec

Grandeur et misère de la CAQ

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 34

La démission du député caquiste de Lévis, Christian Dubé, est un véritable coup dur pour le parti de François Legault. C’est d’abord une perte parce qu’il était considéré comme un parlementaire efficace, qui pouvait parler intelligemment d’économie et de finances publiques, même s’il se permettait à l’occasion d’utiliser des arguments populistes.

Ce qui est plus embêtant pour la coalition, c’est qu’en raison du départ de M.Dubé quelques mois après les élections, il va devenir difficile aux élus de la CAQ de faire la leçon aux autres parlementaires en quelque autre matière.

La CAQ tente désespérément de minimiser l’importance de cette affaire. Le problème, c’est que le député de Chauveau, Gérard Deltell, pourrait être tenté de faire le saut dans l’arène fédérale dans les prochains mois. Lorsqu’on lui a demandé s’il s’engageait à terminer son mandat, M. Deltell se contente de répondre « c’est mon intention», ce qui est bien loin d’un engagement formel.

Les prochaines élections au Québec n’auraient lieu qu’à l’automne 2018 et, d’ici là, la CAQ cherchera à remplacer le Parti québécois en se présentant aux Québécois comme un parti nationaliste, responsable sur le plan fiscal.

Pour remplacer le PQ, François Legault part chasser sur ses terres. Après avoir dénoncé en campagne électorale la cimenterie de Port-Daniel, l’énergie éolienne en Gaspésie et les projets de minicentrales hydroélectriques, le chef de la CAQ constate que les électeurs des régions se sont montrés méfiants à l’égard de son parti.

Un « New Deal » pour les régions

Aujourd’hui, M.Legault propose un « New Deal » pour venir en aide aux régions. Un « New Deal » sans argent supplémentaire toutefois. L’enveloppe budgétaire demeurerait la même. Ce sont les critères des projets retenus qui seraient différents.

La Coalition avenir Québec veut surtout que chaque emploi coûte moins cher au gouvernement, et que ces projets offrent une chance raisonnable de rentabilité.

Ce « New Deal », qui s’ajoute au Projet Saint-Laurent, illustre surtout l’intention de la CAQ de devenir un véritable parti provincial, qui couvrirait l’ensemble du territoire québécois. Pour l’instant, la CAQ est un parti qui se concentre dans l’axe Québec-Montréal, complètement absent des régions dites ressources. L’ironie, c’est que l’île de Montréal est vierge, elle aussi, de tout député caquiste.

Ce « New Deal » est aussi la preuve que le troisième parti d’opposition poursuit sa quête pour établir des thèmes séduisants pour les électeurs.

La place du Québec au Canada

Si la Coalition veut prendre la place du PQ, en le tassant par la droite, elle devra s’interroger sur la place du Québec au sein du Canada. Sinon, qu’est-ce qui distinguerait réellement la CAQ du Parti libéral?

François Legault est nationaliste (encore souverainiste, soutenait Jean Charest), mais comment cela devrait-il se traduire dans les prises de position de la CAQ?

Jusqu’à présent, la CAQ a refusé de miser sur cet enjeu, en délaissant complètement cette question aux deux principaux partis. Si elle veut remplacer le PQ et battre le PLQ au prochain scrutin, la Coalition peut difficilement continuer à ignorer cette question.

Pour ajouter aux défis de la CAQ, le Parti libéral semble déterminé à mettre en oeuvre un programme que la CAQ n’aurait pas renié (et que le PLQ n’a jamais véritablement annoncé en campagne électorale). Ainsi, la seconde opposition risque d’éprouver de sérieuses difficultés à formuler une critique efficace des projets du gouvernement Couillard.

François Legault attaquera probablement Philippe Couillard sur l’incapacité de son gouvernement à relancer l’économie québécoise. Mais ces attaques pourraient mettre aussi en lumière un des paradoxes de la CAQ : ce parti veut assainir les finances publiques tout en relançant l’économie grâce au soutien du gouvernement. Une sorte d’État providence en équilibre budgétaire. Le « New Deal » de François Legault illustre ce paradoxe.

Ça confirme aussi que la CAQ est prête à jouer sur tous les tableaux pour se hisser au pouvoir. Mais, à vouloir vendre le Projet St-Laurent, un « New Deal » pour les autres régions et même le Plan Nord, la Coalition avenir Québec cherche à faire plaisir à tout le monde au risque de ne jamais définir sa propre personnalité.

Catégorie: Québec

Ces coins où on ne va jamais

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 publié le 4 septembre 2014 à 10 h 07

Confession de départ : je n’aime pas le froid. En fait, je déteste avoir froid. Déjà que je trouve que les gens qui vivent au nord du 50e parallèle (Winnipeg, Regina, Calgary, Edmonton) sont courageux, je n’arrive pas à m’imaginer vivre au-delà du 60e

Alors, la tournée dans le Grand Nord du premier ministre Harper a eu ceci de révélateur que la réalité de la vie là-haut ressemble à la réalité de la vie ici. Bien sûr, il n’a pas fait grand froid. Au contraire, c’était encore l’été partout où nous sommes allés, de Whitehorse, au Yukon, à Iqaluit, au Nunavut, en passant par Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que Cambridge Bay, Pond Inlet et Arctic Bay, au Nunavut. Un été qui confine les Inuits à la terre, ce qu’ils n’aiment pas particulièrement, mais un été qui permet aussi aux gens d’organiser leurs vies d’hiver.




À Iqaluit comme à Pond Inlet, on voyait, au large, le navire qui livre les sea lifts, ces montagnes de denrées que les habitants commandent l’été et qui durent toute l’année. Au-delà des produits secs et des conserves qui sont donc livrés en ce moment, il sera toujours possible de faire venir de la viande, des fruits et des légumes frais par avion ou par service postal pendant la saison froide. Mais le sea lift est essentiel à l’organisation de la vie. Et c’est le moment où les nouvelles voitures arrivent! En fait, je ne devrais pas écrire « voitures », puisque je n’en ai vu que de rares avec traction aux quatre roues. Sinon, c’est le paradis du camion et du VUS.

L’autre découverte de cette visite, c’est à quel point les communautés sont isolées. Tous les liens passent par le bateau et l’avion. À Arctic Bay, on m’a expliqué que tout est plus facile une fois la glace venue, que de véritables autoroutes se dessinent et que la vie se transforme. Dans ma conception des choses, le froid isole et renferme, alors que là-haut ça semble être l’équivalent de la liberté et des grands espaces.

À Arctic Bay toujours, j’ai eu, en attendant que le premier ministre et son entourage arrivent, une conversation captivante avec les infirmières du Nunavut. Ces femmes n’ont pas froid aux yeux (je sais… mauvais jeu de mots) et font des séjours de quelques mois au village, suivis de quelques mois de congé, tellement le travail est intense. Chapeau à Irene Svoboda, infirmière en santé mentale, qui exerce ce métier depuis 13 ans. Le fléau, pour elle, c’est le suicide. Toutes les communautés où elle a travaillé sont aux prises avec les mêmes problèmes : violences physiques, psychologiques et sexuelles, abus d’alcool et de drogue.

Ce sont tout de même les enfants d’Arctic Bay qui ont été la plus belle source de lumière, malgré les nuages bas; la touche de couleur dans une journée, où l’on a presque vu de la neige au mois d’août.

En note finale, les photos jointes en témoignent, je dois dire que la vie dans le Nord se déroule dans les paysages les plus impressionnants que j’aie jamais vus. Et pourtant, il y en a de beaux endroits sur la planète, en commençant par le Québec qui m’a vue grandir. Mais c’est la majesté des paysages du Grand Nord, en particulier de l’Arctique, qui impressionne. L’île de glace dont on s’est approchés tout doucement en zodiac dans Eclipse Sound, les glaciers en face de Pond Inlet, le passage du Nord-Ouest sous les nuages bas dans Admiralty Inlet, la falaise de granit rose longée au début du jour.

On n’a que le mot « grandiose » en tête, sauf quand on y regarde de plus près et qu’on voit que la pollution est au rendez-vous là aussi, plus voyante peut-être parce qu’il n’y a nulle part où l’enfouir. Le « consommer-jeter » semble aussi sauvage que la nature. J’ose à peine imaginer l’hiver.

J’en reviens donc avec une vision plus contrastée d’une région où il n’est pas inimaginable de vivre, au contraire.

Catégorie: Ottawa, Québec

Automne chaud

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 publié le 3 septembre 2014 à 7 h 44

Les vacances sont finies. Je ne suis pas le seul à retourner au bureau à en juger par le trafic ce matin. Oui, oui, amis montréalais! Il y a du trafic à Québec. Rien de comparable à votre enfer, je vous l’accorde, mais quand même.

Pare-chocs à pare-chocs pour entrer en ville, la pression monte, j’ai si hâte de retrouver le bureau…

Il est toujours aussi « bien climatisé », ce bureau que je retrouve. D’ailleurs, l’humidité n’est pas censée partir en septembre? En tout cas, il fait (encore) chaud.

Remarquez, peut-être que cette chaleur vient du bureau du premier ministre, dans l’immeuble à deux pas de celui de la Tribune de la presse.

Parce que le gouvernement de M. Couillard va avoir un automne chaud, que l’humidité continue ou non de s’accrocher. N’en doutez pas…

Déjà, les employés municipaux sont rouges de colère à cause de la réforme de leurs régimes de retraite. Ils veulent rallier les fonctionnaires provinciaux, les employés d’universités et autres syndiqués « publics » à leur cause.

Et puis, l’exercice de « réingénierie » commence.

« Quoi?, dites-vous. Réingénierie? »

Oui oui, « réingénierie », c’est un vieux terme qui date de 2003.

À l’époque, le premier ministre Charest voulait faire à peu près la même chose que ce que le gouvernement de Philippe Couillard veut faire en… 2014. M. Charest avait reculé quand le parvis de l’Assemblée nationale devenait un lieu de manifestations quotidiennes.

« Réingénierie », c’est un mot qu’on n’utilise plus. Mais dans le fond, c’est la même chose.

Aujourd’hui, le président du Conseil du Trésor dit qu’il faut faire le « ménage » dans les programmes, dans la façon de faire du gouvernement. Ce terme-là, il ne vient pas de Jean Charest, il vient de François Legault, de la CAQ. Il aurait dû enregistrer les droits sur ce mot-là.

Peu importe la sémantique, le gouvernement prépare le terrain. Consultation publique sur le web, consultations en privé des « intervenants du milieu » (lire groupes de pression), travaux de deux commissions, une sur les programmes, l’autre sur la fiscalité.

Les choix seront difficiles. On verra si le gouvernement va jusqu’au bout de ses convictions, s’il remet en question le « modèle québécois » en éliminant certains programmes. Mais une chose est sûre, les décisions feront grincer des dents, provoqueront la colère, feront monter la pression, feront monter la chaleur…

L’automne sera chaud, je vous dis…

Catégorie: Québec

Québec : la situation est loin de s’améliorer

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 publié le 28 août 2014 à 14 h 03

Les indicateurs économiques ne sont pas encourageants.

L’Institut de la statistique révèle que la croissance du produit intérieur brut était de 0,1 % en mai dernier. C’est tout de même mieux qu’en avril dernier, où on notait un ralentissement économique (-0,2 %). Depuis le début de l’année 2014, la croissance par rapport à 2013 n’a été que de 1,2 % au Québec. Au Canada, pour la même période, la croissance a atteint 2,2 %.

Du côté de l’emploi, de juillet 2013 à juillet 2014, il s’est créé 16 400 emplois. C’est modeste, surtout si on tient compte du fait que l’emploi à temps plein a reculé et que les nouveaux emplois sont à temps partiel. Et depuis le début de 2014, le portrait est franchement mauvais avec une perte sèche de 25 000 emplois.

De même, les dépenses en immobilisations non résidentielles du secteur privé devraient baisser en 2014.

Parmi les rares bonnes nouvelles, soulignons la hausse de 3,3 % des ventes au détail au Québec et une croissance des exportations internationales de 6,6 % au cours des six premiers mois de 2014.

La situation budgétaire

Du côté des finances publiques québécoises, ça ne va pas très bien non plus. Les données des deux premiers mois de l’année financière (avril et mai 2014) viennent d’être rendues publiques. Ce sont des données parcellaires et préliminaires. Il faut éviter de tirer des conclusions hâtives. Ces données sont néanmoins utiles comme signal de tendances.

Alors, qu’en est-il?

Les revenus autonomes du gouvernement ont augmenté de 2,2 %. Dans le dernier budget, le ministre Carlos Leitao a misé sur une augmentation des revenus de 3,6 %. C’est loin du compte.

Pour ce qui est des dépenses de programmes, elles ont augmenté de 3 % pour les deux premiers mois de l’année financière par rapport à la même période l’an dernier. L’objectif du ministre Leitao est de 1,8 % de croissance des dépenses pour l’ensemble de l’année. Le ministère des Finances a bon espoir de parvenir à cet objectif.

Le déficit après deux mois atteint près de 1 milliard de dollars, à peu près le même montant que l’an dernier à la même période. Le déficit prévu cette année est de 2,4 milliards de dollars. En 2013-2014, il a été de 3,1 milliards de dollars.

C’est donc dans ce contexte que le gouvernement Couillard entreprend son périple pour l’assainissement des dépenses publiques. Le risque étant que ces mesures d’austérité, selon plusieurs observateurs, pourraient nuire davantage à l’économie et avoir un effet négatif sur les revenus de l’État québécois.

Catégorie: Québec