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Le majordome du premier ministre

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 publié le 19 décembre 2014 à 15 h 26

Le premier ministre du Québec a un majordome. Je ne vous parle pas d’un de ses ministres, prêt à aller au front pour défendre son patron sans poser de questions. Je vous parle d’un majordome dans le sens de… majordome!

Dans le sens du Larousse : « maître d’hôtel chez un riche particulier » ou « intendant de la maison royale mérovingienne et chef de la domesticité ».

Vous avez bien lu! Un majordome.

Non seulement a-t-il un majordome, mais quand vous consultez la liste du personnel politique du premier ministre, le majordome apparaît au quatrième rang, avant le… directeur de cabinet (un des hommes les plus puissants de la colline Parlementaire)!

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Quelques explications

Cette situation particulière mérite des explications d’autant qu’aux dernières nouvelles, «majordome » ne rimait pas avec « austérité » ou « rigueur budgétaire ».

Cela mérite en effet des explications, mais il en existe peu. Quand on pose des questions dans l’entourage du premier ministre, on se fait dire des choses du genre : « Oh non, vous n’allez pas faire quelque chose là-dessus! » avec un air de désolation.

N’écoutant que mon courage, voici quelques données :

  • il semble que ce soit Jacques Parizeau, qui le premier, a eu besoin d’un majordome; c’était en 1994.
  • selon les souvenirs des gens du ministère du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre), tous les successeurs de M. Parizeau ont aussi eu un majordome.
  • il n’existe, semble-t-il, pas de description de tâches pour cet emploi. Mais on laisse entendre que le majordome rend service au premier ministre. Il fait pour lui des commissions, peut-être même s’occupe-t-il de certains repas, mais c’est flou.  Un genre d’homme à tout faire, disons.
  • impossible de savoir combien il gagne, à moins de faire une demande d’accès à l’information. On dit simplement que son salaire est payé par le Cabinet.
  • depuis huit ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, c’est la première fois que je vois la fonction de majordome dans la liste du personnel politique. C’est par souci de transparence que le gouvernement actuel a divulgué cette information, dit-on. À la bonne heure!
  • toutes les personnes consultées s’entendent par ailleurs pour dire que la fonction de majordome est importante au Cabinet du premier ministre. Et je les crois. On veut que le premier ministre consacre le plus de temps possible à gérer l’État!

Voilà, c’est tout ce qu’il est possible de savoir sur le majordome du premier ministre!

Là-dessus, Joyeux Noël et Bonne année à tous!

Catégorie: Québec

Le torchon brûle

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 publié le 11 décembre 2014 à 14 h 39

De l’avis de presque tous les commentateurs politiques, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est une étoile du gouvernement Couillard. Je l’ai moi-même qualifié de ministre efficace.

À preuve, il a réussi à signer le pacte fiscal avec les municipalités, leur faisant avaler au passage une compression de 300 millions de dollars dans leurs transferts financiers.

Le jour même où des centaines d’employés municipaux manifestaient dans les rues, il annonçait que le projet de loi 3, sur la réforme des régimes de retraite municipaux, serait adopté parce qu’il acceptait des amendements proposés par le Parti québécois.

Un ministre efficace, calme, rassembleur, capable de faire des compromis… jusqu’à hier.

Sa virulente sortie contre les maires de Longueuil et de Laval a outré et stupéfait les élus municipaux.

Ça se résume ainsi : comment ces villes peuvent-elles augmenter les impôts de 3,9 % (Longueuil) et 3,2 % (Laval) quand elles ont des surplus accumulés de 17,5 millions de dollars (Longueuil) et de 117 millions de dollars (Laval)? Pourquoi ne pigent-elles pas dans leurs surplus au lieu d’augmenter autant les impôts?

Qui a raison? Qui a tort? Vous savez comme moi que les enjeux politiques sont rarement noirs et blancs, ils sont en teintes de gris.

Selon les municipalités, les surplus servent à financer des projets d’infrastructure ou des dépenses imprévues (comme pour le déneigement, par exemple).

Sur la forme, par contre, la menace du ministre de retenir des transferts d’argent aux municipalités qui se servent du pacte fiscal pour augmenter les impôts ressemble à de l’ingérence. Les villes jouissent d’une certaine autonomie, leurs dirigeants sont élus, elles ont un pouvoir de taxation. Comment le gouvernement de Philippe Couillard réagirait-il si le gouvernement fédéral menaçait de retenir des transferts parce que le gouvernement du Québec ne contrôle pas ses dépenses?

Les villes par contre sont dépendantes des transferts du gouvernement pour financer leurs activités. Et, récemment, elles s’en sont complètement remises au gouvernement pour régler le problème des déficits de leurs régimes de retraite.

Avouez par ailleurs qu’il y a un certain paradoxe à entendre le gouvernement Couillard s’en prendre à des villes qui augmentent les impôts quand lui-même augmente le fardeau fiscal de beaucoup de Québécois pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Bref, le torchon brûle, et ça prendra un ministre efficace pour éteindre le feu!

 

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Un gouvernement en mission

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 publié le 5 décembre 2014 à 13 h 54

Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec en compagnie du premier ministre Phillipe Couillard
Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec, en compagnie du premier ministre Phillipe Couillard

Le jeune gouvernement libéral de Philippe Couillard a déjà pris un coup de vieux.

Ceux qui ne l’aiment pas pourraient dire qu’il n’a jamais véritablement été jeune.

Il n’aura fallu que quelques mois pour que les premiers plis et les premières rides apparaissent. Le premier ministre Philippe Couillard expliquerait sans doute que la faute en incombe aux finances publiques.

D’ailleurs, le bureau du premier ministre a déjà accaparé les pouvoirs considérables que notre système politique lui accorde. Ainsi, il était omniprésent dans le dossier des services de garde.

Il y a tout de même quelques ministres qui subissent un peu moins l’emprise du bureau du premier ministre et qui sont parvenus à se distinguer.

Par exemple, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est jugé capable de porter ses dossiers jusque dans la zone des buts. Malgré des dérapages médiatiques, malgré des levées de boucliers, il parvient à faire cheminer ses réformes. Bien des Québécois considèrent qu’il est probablement le meilleur homme pour mener à bien ces réformes… même s’il n’est pas clair que celles qu’il propose vont améliorer sensiblement le système de santé. Le ministre Barrette est à l’aise avec les médias et il est déjà un parlementaire redouté par les partis d’opposition.

Le premier ministre veille tout de même au grain, comme il l’a fait avec le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau dans le dossier du projet de loi 3 sur les régimes de retraite dans les municipalités. Philippe Couillard lui a laissé peu de marge de manoeuvre, surtout au cours des premières semaines, en raison d’un Régis Labeaume hyperactif et d’un Denis Coderre, maire de Montréal, tout beau tout neuf.

Le ministre Moreau, qui a mené rondement la période de consultations, a réussi un coup de maître en annonçant une entente avec l’opposition officielle pour l’adoption du projet de loi 3, le jour même du « grand dérangement » syndical. Cela a semblé sonner le glas du combat politique pour la Coalition syndicale pour une libre négociation, qui se voit contrainte de s’en remettre aux tribunaux. Avant qu’une décision finale des juges n’intervienne, la renégociation des régimes de retraite sera terminée. Un retour en arrière sera-t-il vraiment possible?

Le ministre Moreau est aussi parvenu à éviter d’être la cible des critiques dans le dossier du pacte fiscal entre Québec et les municipalités.

Un bilan de l’action gouvernementale met obligatoirement en lumière l’influence, sur le gouvernement Couillard, du président du Conseil du Trésor Martin Coiteux. La recherche de l’équilibre budgétaire a mobilisé toute l’énergie de ce gouvernement depuis huit mois, et partout on retrouve les empreintes de l’ancien professeur de HEC Montréal.

Sa perspective sur les finances publiques s’est imposé comme la priorité politique de l’administration Couillard.

Une mauvaise nomination à la Direction des services informatiques est inscrite à son dossier et le président du Conseil du Trésor est moins doué qu’il ne semble le croire dans ses interventions auprès des médias et au Salon bleu.

Le metteur en scène de l’action gouvernementale, le leader parlementaire du gouvernement Jean-Marc Fournier, est de ceux qui ont toujours les yeux sur la balle. En plus de ses responsabilités à l’Assemblée nationale, il est l’un des trois membres du comité des priorités, qui est le principal comité du Conseil des ministres. Les deux autres membres de ce comité sont le premier ministre Couillard et la vice-première ministre Lise Thériault.

M. Fournier, bien que candidat libéral dans Saint-Laurent, a passé la campagne électorale dans l’autobus de campagne du chef libéral. Il a été son conseiller rapproché pendant 35 jours. Aujourd’hui, il est le véritable numéro deux de ce gouvernement. Il est au sommet de son art au Salon bleu et avec la presse parlementaire.

Le chef d’orchestre de ce gouvernement en mission pour le rétablissement des finances publiques, le premier ministre Philippe Couillard, a enregistré une performance en nuances. Il a fait preuve de la dignité qui convient à un premier ministre et il s’est révélé un parlementaire très habile.

En revanche, son caucus a manifesté publiquement son malaise à l’égard de certaines de ses politiques, dont les services de garde et la réforme scolaire. Et les déficiences de son flair politique se sont fait sentir à l’occasion de son périple en Chine et en Islande. Il sera intéressant de voir si le premier ministre persistera dans sa volonté de s’exprimer en anglais seulement à l’étranger lorsque l’interprétation simultanée ne sera pas disponible.

Ses premières réactions concernant le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada ont aussi montré son manque de sensibilité politique. Il lui aura fallu une fuite qui a mené à la publication de la stratégie de relations publiques de TransCanada pour provoquer un changement d’attitude.

Et l’opposition?

Le chef de l’opposition, Stéphane Bédard

Le chef de l’opposition, Stéphane Bédard

LLa première année de mandat d’un nouveau gouvernement majoritaire est rarement une période aisée pour les partis d’opposition. Cette fois ne fait pas exception.

Le Parti québécois est en restructuration depuis la défaite électorale et passera encore plusieurs mois à débattre d’ici l’élection d’un nouveau chef. Dans ce contexte, le chef par intérim Stéphane Bédard fait ce qu’il peut pour maintenir la fragile unité de son caucus et rendre le gouvernement Couillard redevable de ses actions.

La Coalition avenir Québec a de la difficulté à trouver ses marques depuis le scrutin. Son chef, François Legault, doit composer avec un gouvernement qui a décidé d’essayer la plupart de ses recettes, ce qui le contraint à chipoter sur les détails : pas assez de cet ingrédient ou un peu trop de celui-là.

La victoire de François Paradis dans Lévis est à la fois une bonne acquisition et un baume après la démission de Christian Dubé. La possibilité que Pierre Karl Péladeau devienne chef du Parti québécois va demeurer un sujet d’inquiétude majeur pour la CAQ.

L’arrivée de Manon Massé parmi la députation de Québec solidaire est un ajout positif pour le parti de gauche, mais aussi pour l’Assemblée nationale. Il demeure, compte tenu de son petit nombre d’élus, que l’action de Québec solidaire parvient rarement à faire la différence.

Catégorie: Québec

PKP : ce que ça annonce

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 publié le 2 décembre 2014 à 16 h 57

Il y a d’abord cette impression que l’annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau pousse sur les lignes de côté tous les autres candidats de cette course à la succession. Sa personnalité, son expérience, sa réputation contribuent à cette impression.

La teneur de son propos l’alimente aussi.

En affichant une telle ferveur souverainiste, Pierre Karl Péladeau affadit les prises de position de ses adversaires, qui paraissent désormais se résumer à un calendrier référendaire.

En ignorant les autres prétendants au poste de chef du PQ et en concentrant ses attaques contre le premier ministre Philippe Couillard, le député de Saint-Jérôme cherche à montrer qu’il est déjà ailleurs et qu’il a déterminé le véritable adversaire de son parti et de son projet d’indépendance.

En ne faisant aucun cas de la Coalition avenir Québec, l’actionnaire de contrôle du groupe Québecor veut montrer qu’il est le mieux placé pour occuper l’espace politique que s’est créé François Legault.

Ce discours recelait donc des qualités au plan stratégique, même s’il n’était ni gracieux ni élégant. Lorsqu’il s’appuie sur un texte, Pierre Karl Péladeau est un orateur crispé, qui se rabat sur des phrases courtes énoncées sur un ton qui ne varie guère. Il peine à faire usage de son charme et, ce qui en ressort, ce sont surtout les aspects abrasifs de sa personnalité.

Sans texte, comme lors de sa présentation à l’Université de Montréal la semaine dernière, sa performance était bien différente, mais certainement pas meilleure. Il passait d’un sujet à l’autre, par soubresauts et en ordre dispersé, comme si son cerveau avait besoin d’évacuer un trop-plein. Le fil de son discours semblait soumis davantage à l’humeur qu’à la raison. Le message qu’il entendait transmettre aux étudiants n’était pas évident, sinon qu’il voulait se faire connaître, à la manière d’un amoureux maladroit qui se montre trop bavard lorsque vient le temps de faire valoir ses qualités.

L’héritier de Pierre Péladeau aura le temps d’améliorer ses prestations publiques au cours des prochains mois.

En revanche, sur le fond, ses interventions marquent déjà les esprits, particulièrement lorsqu’il affirme qu’il n’a aucun intérêt pour la gestion d’une province au sein de la fédération canadienne. Il est tout de même possible que ce discours soit seulement destiné aux membres du Parti québécois, dont il sollicite l’appui. S’il parvient, le cas échéant, à conquérir les membres du Parti québécois, M. Péladeau infléchira-t-il son discours? Est-ce que la souveraineté demeurera au centre de son programme?

Pierre Karl Péladeau a affirmé dimanche qu’il était désormais exclu pour le Parti québécois de partir en campagne en dissimulant sa bannière.

Il est plus clair que jamais que la présence de Pierre Karl Péladeau sur la scène politique québécoise n’a rien de banal. En devenant candidat, Pierre Karl Péladeau a franchi une autre étape dans la longue ascension qu’il s’impose, et dont l’objectif ultime est de bouleverser l’ordre politique québécois et canadien.

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Le roi de la passerelle (2)

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 publié le 1 décembre 2014 à 14 h 37

Rien n’est plus important pour un gouvernement que de savoir communiquer. « Faire passer le message » est primordial. Tous les jours, les journalistes de la colline Parlementaire font subir le test aux ministres qui traversent la passerelle vers le Salon bleu.

L’ancien gouvernement péquiste était reconnu pour son grand nombre de spécialistes en communication.

Le nouveau gouvernement libéral a aussi ses personnalités.

Certains libéraux ont même réussi à pousser l’art oratoire à un niveau de subtilité insoupçonné. Ils savent répondre aux questions de façon sélective. Ils peuvent tourner autour du pot et tenir les journalistes sur les dents pendant de très longues minutes, tout en esquivant les questions embarrassantes.

Le ministre Jean-Marc Fournier, alter ego politique du gouvernement, est passé maître dans cet art. Le ministre Pierre Moreau, qui a des velléités aux plus hautes fonctions, est d’une redoutable efficacité.

Ils ont, sans doute, appris de leur ancien chef. Jean Charest est sûrement un de ceux qui ont inventé le style.

Il y a aussi les communicateurs nés. C’est le cas du ministre des Transports Robert Poëti, qui a été initié aux « scrums » (mêlées de presse) il y a belle lurette. Ancien policier à la Sûreté du Québec, il a été un porte-parole efficace. La ministre Christine St-Pierre, ex-journaliste politique, ne se fait pas prier pour répondre aux questions. Même chose pour le responsable des Ressources naturelles, Pierre Arcand. On découvre aussi la verve gracieuse de la nouvelle venue Hélène David, qui réussit très bien à déjouer les questions pièges.

Le trio économique semble adorer parler aux journalistes. Jacques Daoust, que plusieurs surnomment amicalement « le monarque », ne se lasse pas de parler de développement économique. Martin Coiteux le ferait aussi abondamment, si seulement son attaché de presse lui permettait de répondre à plus de trois questions d’affilée.

Mais le favori reste Carlos Leitao, qui éblouit la tribune de la presse par sa candeur. Malgré les efforts des attachés politiques pour encadrer ses déclarations, le ministre des Finances n’intègre toujours pas (au plus grand bonheur des journalistes) la langue de bois.

D’autres ont non seulement dû être aidés, ils doivent s’adapter.

La ministre de la Famille Francine Charbonneau, qui a fait les délices de la chronique Mots et maux de la politique de mon collègue du Devoir, répond maintenant de l’entourage du premier ministre. Chaque intervention devant les médias est travaillée. Elle tente de faire de gros efforts pour éviter les fautes de français et formuler des phrases complètes.

Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc, qui a multiplié les gaffes l’été dernier et qui est connu pour son caractère jovial, a visiblement reçu la consigne de se donner un air militaire. C’est certainement à regret qu’il marche maintenant très vite, les yeux sur son but, devant les journalistes qui, avidement, tentent de le questionner en courant derrière lui.

David Heurtel, le ministre de l’Environnement, qui, au point de départ, donnait l’impression d’être un franc-tireur de la communication, s’avère plutôt un spécialiste de l’esbroufe.

Ajoutons aussi la vice-première ministre. Mal préparée, elle a également connu des heures difficiles. Elle s’est embourbée, deux fois plutôt qu’une, en tentant d’expliquer ses décisions, laissant les journalistes dans un brouillard complet. Un recul… Alors que Lise Thériault s’est fait un nom quand elle a montré son aplomb à l’endroit de la FTQ.

Alors, qui donc au sein de ce gouvernement peut aspirer au titre de roi ou reine de la passerelle?

Le premier ministre aurait certainement été un bon choix, mais ses points de presse sont ultra-organisés. Il s’installe dans le cadre de la porte du caucus et peut ainsi se sauver s’il ne veut plus répondre aux journalistes.

Il reste donc le ministre de la Santé, qui se fait une réelle joie de répondre à toutes les questions. L’exercice le comble au point où il cherche les micros et les caméras. Il peut même se livrer à deux ou trois mêlées de presse par jour… avec les mêmes journalistes! Le ministre a de l’humour et il sait donner aux journalistes de très bons « clips ».

Si bien qu’après avoir sacré, en 2013, l’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert roi de la passerelle, c’est maintenant à son successeur de jouir de ce titre.

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Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

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Au buffet de l’austérité

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 publié le 25 novembre 2014 à 11 h 26

La stratégie n’est pas très subtile : publier un dimanche matin à 10 h le rapport de la commission Robillard sur la révision des programmes quelques jours à peine après que le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter le tarif quotidien des garderies.

C’est la stratégie de l’amputation : votre médecin vous dit qu’il doit vous amputer la jambe, il n’enlève que le pied. Vous vous dites que c’est terrible, mais que ça aurait pu être pire.

La commission Robillard propose d’augmenter à 35 $, pour tout le monde, le tarif quotidien des garderies? Le gouvernement le plafonne à 20 $. Et même si « fiscalement » le 35 $ est plus avantageux, le 20 $ apparaît moins élevé que 35 $.

La commission Robillard propose de réduire de 1,3 milliard de dollars les transferts aux municipalités? Le gouvernement les réduit de 300 millions (pour l’instant). « Ça aurait pu être pire. »

Le problème de la politique du « moindre mal », c’est qu’elle éloigne le gouvernement de son objectif de trouver 3 milliards de dollars pour équilibrer les finances publiques. La commission Robillard propose des économies de 2,3 milliards de dollars. Le gouvernement ne va pas aussi loin. Il faudra bien qu’il trouve l’argent quelque part.

Santé et éducation?

L’argent se trouve en santé et en éducation. Ce sont les deux plus grosses dépenses du gouvernement. Des ministères « trop complexes » pour être évalués rapidement, selon Lucienne Robillard. Mais ça viendra, dans quelques mois. Politiquement ce sera délicat parce que les Québécois tiennent à leur réseau de santé et à leur système d’éducation.

En attendant, le gouvernement ne fera pas de cadeaux de Noël. Il multipliera les annonces « difficiles » d’ici les Fêtes.

Au lieu de servir un énorme buffet difficile à digérer, comme l’a fait la commission Robillard, il présentera ses plats un à un, vous les offrira en petites bouchées pour éviter l’indigestion, mais surtout pour éviter de provoquer trop de mécontentement dans toutes les couches de la société.

Et il semble qu’en janvier et février, nous aurons droit à une espèce de Boxing Day de « bonnes nouvelles » (investissements et autres).

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L’idéologie derrière la réforme des services de garde

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 publié le 24 novembre 2014 à 14 h 35

Le premier ministre Philippe Couillard a reconnu qu’il y avait une démarche idéologique de son gouvernement avec l’instauration des nouveaux tarifs et des nouvelles règles pour les services de garde.

Selon M.Couillard, cette idéologie est celle de la véritable justice sociale.

En réalité, l’intention ou l’idéologie qui guide cette réforme vise de toute évidence à freiner l’expansion des centres de la petite enfance (CPE), qui sont l’équivalent d’une extension du secteur parapublic.

D’abord, parce que la nouvelle structure tarifaire proposée par le gouvernement Couillard pourrait encourager les ménages à revenus élevés à migrer vers des services de garde non subventionnés.

Puis, les nouvelles règles de financement des immobilisations pour les CPE seront beaucoup plus exigeantes. Pour un nouveau CPE, Québec paie actuellement 95 % des immobilisations. Il n’en paierait plus que 50 % selon la nouvelle proposition, et la différence devrait provenir du milieu. Il paraît évident que ça risque de limiter l’expansion des CPE pour favoriser les places subventionnées en garderie privée et en milieu familial qui sont moins onéreuses, ou encore les garderies non subventionnées.

Cette mesure soulève aussi des questions sur la capacité des milieux défavorisés ou des milieux en secteur rural à mettre sur pied de nouveaux centres de la petite enfance. Ces régions comptent moins de ressources financières et moins d’institutions avec lesquelles un partenariat pourrait être conclu.

Il y a également des interrogations sur les autres mesures « d’optimisation » des services de garde. Dans trois ans, les économies liées à « l’optimisation » atteindront 130 millions de dollars. Tant le ministère de la Famille que le cabinet de la ministre Charbonneau et le bureau du premier ministre se sont montrés avares de précisions sur la façon dont on dégagera cette somme.

La réduction des places « fantômes » (que les parents paient seulement pour « garantir » la place de leur enfant, sans qu’elle soit occupée) et des subventions aux immobilisations y contribueraient, mais la part la plus substantielle proviendrait surtout de « l’organisation du travail ».

La commission Robillard ne cachait pas que sa proposition de hausse de tarifs des services de garde visait à favoriser la concurrence entre les secteurs public et privé. Ce qui est tout de même ironique, c’est qu’à l’issue de l’exercice, les parents auraient subi une moins grosse augmentation avec la proposition de la commission Robillard (35 millions de dollars de moins par année).

C’est le crédit d’impôt d’Ottawa qui ferait la différence : Québec prévoit aller chercher 20 millions d’Ottawa, tandis que la Commission permanente de révision des programmes propose une grille de tarifs qui permettraient de recueillir environ 150 millions.

Que ce soit avec le gouvernement Couillard ou la commission Robillard, il est clair que l’idéologie qui prévaut va au-delà de faire payer davantage les parents, elle va au-delà de la notion d’utilisateur-payeur. Cette idéologie vise aussi à limiter l’expansion du service public dans les services de garde.

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Le pouvoir aux écoles?

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 publié le 20 novembre 2014 à 9 h 52

Les élections scolaires ont été un échec lamentable avec un taux de participation inférieur à 5 %.

En réaction, que prévoit faire le ministre de l’Éducation Yves Bolduc?

Réduire le nombre de commissions scolaires.

Pour réaliser des économies? Non, pas vraiment. Il s’agit plutôt de donner plus de pouvoir aux écoles, dit le ministre.

Vingt millions de dollars ont été dépensés pour tenir des élections scolaires qui étaient une catastrophe annoncée.

Ces élections ont produit un gâchis que le gouvernement Couillard veut maintenant utiliser comme prétexte pour procéder à une réforme dont il n’a jamais parlé en campagne électorale.

À bien y songer, peut-être que la Coalition avenir Québec avait une approche plus saine (et plus économique) d’annuler les élections et ensuite de procéder à une réforme du système d’éducation. D’autant que la CAQ aurait eu la légitimité d’agir, puisqu’elle avait affiché ses couleurs bien avant la campagne électorale.

Il est maintenant question à Québec d’abolir les élections et les postes de commissaires scolaires.

Néanmoins, sans élections scolaires, comment justifie-t-on le maintien de la taxe scolaire?

Québec pourrait décider d’aller chercher les mêmes sommes, mais par un autre procédé.

Cela demeure une opération assez risquée pour un gouvernement de refondre ou de déplacer une taxe, d’autant que la tentation pourrait être forte d’aller en chercher un peu plus dans le porte-monnaie des contribuables.

Enfin, qu’est-ce que ça signifie concrètement de donner plus de pouvoirs aux écoles?

Le concept a quelque chose de très séduisant. Mais que signifie-t-il?

Est-ce que chaque école aura sa liste de professeurs remplaçants? Est-ce que chaque école choisira ses professeurs spécialistes et ses professionnels? Est-ce que les professeurs auront un mot à dire sur les programmes d’enseignement? Est-ce que les conseils d’établissement pourraient s’arroger des pouvoirs qu’ils n’ont pas actuellement? Quels seront les nouveaux rôles des directions d’école?

Le pouvoir aux écoles, très bien, mais quels pouvoirs?

Le Parti libéral de Philippe Couillard a choisi de tenir les Québécois dans l’ignorance à l’égard de son projet de réforme globale du système d’éducation, à moins que nous assistions à une improvisation pure et simple.

Dans les deux cas, il y a lieu d’être inquiet.

On ne peut qu’espérer dorénavant que Québec prenne le temps de procéder à une consultation élargie et à une réflexion approfondie avant de bouleverser le système d’éducation pendant plusieurs années.

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Bisbilles en coulisse

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 publié le 18 novembre 2014 à 16 h 34

Ça grince, c’est certain.

Une rencontre spéciale du caucus libéral dédiée à la question des tarifs des services de garde est un signe indéniable d’un niveau d’inquiétude élevé parmi les élus libéraux.

Ça grince chez les libéraux, et c’est très rare.

L’entrevue du ministre de l’Économie Jacques Daoust, au quotidien Le Devoir, est une autre démonstration que les projets du gouvernement Couillard ne passent pas facilement, même au sein du Conseil des ministres!

Lorsqu’un ministre prend le soin d’expliquer qu’il n’exprime pas la position de son gouvernement, mais plutôt la sienne, dans un dossier qui est au cœur de l’actualité, c’est le signe qu’il y a des fissures.

Lorsque le premier ministre se sent obligé d’affirmer au Salon bleu que c’est « l’harmonie totale » au sein de son gouvernement, et que les ministres Daoust et Coiteux (président du Conseil du Trésor) jugent nécessaire de se serrer la main en public, c’est qu’il y a des dissensions.

Des fissures et des dissensions, c’est normal. Tous les conseils des ministres vivent des désaccords. Ce qui étonne, c’est que ces fissures deviennent visibles. Pour un gouvernement libéral, sans être inédit, c’est peu fréquent.

Alors, qu’est-ce que ça signifie? D’abord que mener de front des compressions budgétaires et des réformes majeures de structures (en santé et bientôt en éducation), c’est éprouvant, et encore plus particulièrement pour un nouveau gouvernement.

C’est aussi un signe de l’ampleur de ces compressions budgétaires, et surtout de l’importance de la hausse des tarifs des services de garde qui était envisagée par le gouvernement Couillard.

Par ailleurs, ça soulève un point d’interrogation sur la capacité du premier ministre Philippe Couillard non seulement d’assurer la bonne humeur de son caucus, mais, d’abord et avant tout, de maintenir la cohésion dans son Conseil des ministres.

Catégorie: Québec