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Un an pour sceller ou inverser une tendance

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 publié le 19 octobre 2014 à 10 h 59

À un an des prochaines élections, si notre sondage confirme l’avance des libéraux dans les intentions de vote, il révèle tout autant les défis et écueils qui attendent les chefs fédéraux au cours de la prochaine année.

Stephen Harper et l’usure du pouvoir

La rentrée parlementaire devait être l’occasion pour le premier ministre Harper de renverser la tendance et de redonner un nouveau souffle à son gouvernement. Le moins qu’on peut dire, c’est qu’il demeure loin, très loin du compte.

Si notre sondage Ekos réalisé conjointement avec iPolitics confirme l’avance des libéraux dans les intentions de vote, il illustre à quel point l’effritement des appuis envers le Parti conservateur est profond.

Peu importe sous quel angle on regarde les intentions de vote, les conservateurs sont en mauvaise position. Ils sont troisièmes auprès des électeurs de moins de 44 ans, troisièmes auprès de l’électorat féminin, ils sont loin derrière leurs adversaires sur bien des terrains qui leur ont offert la clé de leur majorité en 2011, soit en Colombie-Britannique, mais surtout en Ontario, et auprès de l’électorat issu de la classe immigrante et des communautés culturelles.

Et contrairement à leurs adversaires libéraux et néo-démocrates, les conservateurs ne peuvent miser sur la popularité de leur chef. Avec une cote de désapprobation de 63 %, Stephen Harper est de loin le chef le plus impopulaire de tous. Après près de neuf ans à la tête du pays, l’usure du pouvoir fait mal. La question se pose : est-il en train de récolter le fruit des tactiques ultra-partisanes qui avaient jusqu’à récemment si bien servi les intérêts électoraux du Parti conservateur.

Cela dit, il faut le souligner, Stephen Harper n’a jamais été personnellement particulièrement populaire, la marche vers la victoire a toujours reposé davantage sur une stratégie électorale quasi scientifique que sur une vague d’appui et un engouement populaire. Lors des élections passées, il était au diapason des priorités de Canadiens. Cette fois-ci, c’est loin d’être certain.

Alors que les stratèges conservateurs misent sur d’importantes baisses d’impôts, seuls 16 % des Canadiens y voient la meilleure façon d’utiliser les nouveaux surplus que s’apprête à engranger le fédéral. C’est là un chiffre qui surprend, d’autant plus que les enjeux fiscaux, comme les taxes et la dette, demeurent un enjeu prioritaire pour l’électorat canadien.

Comment renverser la tendance? Les conservateurs auront besoin de l’aide d’une conjoncture politique qui ramènerait à l’avant-plan du débat politique leurs thèmes de prédilection, l’ordre public, la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme. D’où leurs efforts sur ces deux fronts dans le contexte de la lutte contre la menace que pose ici le groupe armé État islamique. Mais pour l’instant du moins, ces thèmes sont loin derrière d’autres enjeux comme la santé, l’éducation, l’éthique, les écarts de richesse dans notre société.

Le défi des conservateurs, c’est finalement de lutter contre le désir de changement au sein de l’électorat et sur lequel met à profit le chef libéral Justin Trudeau.

Justin Trudeau et le test de crédibilité

Pour toutes les critiques qu’il s’est attirées au cours des dernières semaines pour sa position sur l’Irak, pour sa blague déplacée sur le sujet, pour toutes les critiques qu’il s’attire depuis des mois pour son manque de contenu, Justin Trudeau continue de trôner en tête des intentions de vote à l’échelle du pays. C’est parfois à se demander s’il ne détient pas un brevet pour une nouvelle sorte de téflon politique.

Les données du sondage, réalisé par Ekos pour le compte de Radio-Canada et iPolitics, suggèrent que pour l’instant du moins, « l’effet Irak » demeure bien difficile à évaluer. Est-ce là le genre d’enjeu qui prend plus de temps à s’implanter au sein de l’électorat? Peut-être. Les stratèges libéraux l’espèrent certainement. Justin Trudeau a beau conserver son avance, la glace demeure mince par endroit.

Depuis le mois d’août, son taux d’approbation a chuté de 3 % pour se porter à 46 %, alors qu’à l’inverse la proportion des Canadiens qui n’apprécient pas sa performance a augmenté pour se porter à 37 %. Ce sont certes là des chiffres qu’envierait le premier ministre Harper. Mais la réalité demeure que le chef libéral a encore du travail à faire pour dissiper les doutes qui subsistent au sein de l’électorat quant à son leadership et à sa capacité de gouverner le pays.

On peut dire que l’immense campagne de publicité des prochaines semaines, qui inondera les ondes et les différents magazines pour faire la promotion de ses mémoires politiques, tombe pile-poil. Le chef libéral espère ainsi consolider ses appuis, mais rejoindre surtout une tranche de l’électorat qui s’intéresse moins à la politique, ce 17 % qui n’a toujours pas d’opinion sur sa performance.

Avec ce livre intitulé Terrain d’entente, sur sa vie, ses souvenirs, Justin Trudeau espère jeter un éclairage très personnel sur les fondements de son engagement en politique. S’il refuse de dévoiler son programme, ses promesses, ses plans précis en vue de la prochaine campagne, il mise sur le fait que sa vision d’ensemble sur l’économie, les infrastructures, l’éducation, le rôle de l’État fédéral, le fédéralisme en 2015, sa façon de faire de la politique autrement, que ses prises de positions claires sur la marijuana, le Sénat, l’avortement, les pipelines, lui donnent les moyens de se définir et de définir son parti comme l’option anti-Harper.

Thomas Mulcair et le défi de s’imposer

Pour un parti qui aspire à prendre le pouvoir dans 12 mois, la côte est longue à remonter pour le NPD. Ce n’est pas pour rien que les néo-démocrates font le pari de dévoiler les plus gros éléments de leur plateforme électorale dès maintenant. Thomas Mulcair et ses troupes jouent le tout pour le tout. C’est que le NPD semble en moins mauvaise posture qu’il n’y paraît à première vue. Il est non seulement en bien meilleure posture qu’il ne l’était à un an des élections de 2011, mais sa marge de croissance demeure importante.

Pour commencer, il y a la popularité de Thomas Mulcair. Il a un taux d’approbation de 58 %. Les chiffres le confirment, plus les Canadiens le découvrent et le connaissent, plus ils l’apprécient. Sa performance solide en Chambre, tant au sujet du scandale du Sénat, que sur le front des dossiers épineux comme celui de l’Irak au cours des dernières semaines, a campé sa crédibilité auprès de l’électorat canadien.

Le problème, bien sûr, c’est que ce respect qu’il inspire comme chef de l’opposition ne veut pas dire que les Canadiens voient en lui un premier ministre potentiel. Surtout, cette cote d’appréciation ne s’est pas matérialisée par une hausse d’appui proportionnelle pour le parti qu’il dirige. Il est confronté au problème perpétuel du NPD, convaincre les Canadiens que son parti est capable de diriger le pays, convaincre  les Canadiens de mettre de côté leurs a priori.

Là où les néo-démocrates gardent espoir, c’est quand ils constatent que leur parti est le deuxième choix du plus grand nombre d’électeurs au pays. Selon l’analyse des sondeurs d’Ekos, 30 % des Canadiens placent le NPD au second rang dans l’échelle de leurs appuis, ce qui en fait le parti avec le plus important potentiel de croissance, certes. Mais dans cette joute électorale, être deuxième n’offre pas les clés du 24 Sussex. Le défi du NPD, c’est de créer les conditions pour changer cette dynamique.

Le NPD préférerait certainement être en meilleure posture à un an des élections. Mais pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, Thomas Mulcair et ses troupes semblent au moins escompter être en bonne position pour récupérer le vote anti-Harper si jamais les appuis du Parti libéral venaient à s’effriter.

Douze mois, c’est une éternité en politique. Justin Trudeau n’a pas fait ses preuves sous les projecteurs et la pression d’une campagne électorale nationale. Il a également montré qu’il n’est pas à l’abri de «s’auto-pelure-de-bananiser ». Qui sait si le jour ne viendra pas où les électeurs ne lui pardonneront pas un de ses faux pas. À un an des élections, c’est du moins ce qu’espèrent conservateurs et néo-démocrates.

Catégorie: Québec

Il y a Pierre Karl Péladeau et il y a… PKP

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 publié le 4 octobre 2014 à 19 h 02

Jean-François Lisée connaît très bien les médias et les journalistes. Il savait pertinemment que ses déclarations sur Pierre Karl Péladeau, la veille de la Conférence nationale des présidents du Parti québécois, relanceraient le débat et que les journalistes multiplieraient les questions pour alimenter la controverse.

Ainsi, Jean-François Lisée croit que Pierre Karl Péladeau ne devrait pas être à la fois l’actionnaire de contrôle de Québecor et le chef du Parti québécois. Ce serait « une bombe à retardement » pour le Parti québécois qui se rendrait vulnérable face à ses adversaires, selon le député de Rosemont. Pierre Karl Péladeau a aussitôt réagi sur Facebook et a refusé d’envisager de se départir de ses actions.

Jean-François Lisée adopte une stratégie différente des autres candidats potentiels en montant au filet. Le sondage Léger Marketing qui ne lui accordait que 2 % d’appuis l’a peut-être convaincu de passer à l’offensive. Pourtant, aucun des autres candidats n’a fait mieux que 7 %, sinon, bien sûr, Pierre Karl Péladeau. Ce dernier a décroché un stratosphérique 53 %, avant même d’avoir re-levé le poing.

Est-ce à dire que Jean-François Lisée joue le tout pour le tout? Tandis que les Drainville, Ouellet, Marceau et Cloutier miseraient à la fois sur la direction du parti et, en cas de défaite, sur l’espoir de se rendre indispensable auprès du nouveau chef?

Ces stratégies et ces manoeuvres semblent vouées à se heurter à une implacable réalité : le candidat Pierre Karl Péladeau jouit d’une telle avance qu’il n’y a qu’une seule personne qui peut le mener à sa perte et cette personne, c’est… PKP. Son manque d’expérience politique, son tempérament que l’on dit bouillant, son ancienne vie de patron de presse qui multipliait les lock-out et ses propos parfois imprécis pourraient contribuer à sa chute.

C’est ce que ses adversaires peuvent espérer de mieux.

Sinon, aux yeux des militants du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau possède d’extraordinaires qualités. Homme d’affaires prospère, souverainiste et nationaliste économique, fils d’un homme d’affaires prospère, souverainiste et aimé de tous, il est aussi un des artisans du monde du spectacle québécois, auquel il s’intègre avec l’appui de sa femme qui est une vedette du petit écran. Pierre Karl Péladeau est également un mécène très actif pour la culture québécoise.

Le fait qu’il soit l’actionnaire de contrôle de Québecor est en général jugé comme un atout par bien des militants de la base du PQ, qui voit finalement en lui le seul qui puisse à la fois vaincre les libéraux de Philippe Couillard et mener le Québec aux Nations unies. Qui dit mieux?

Il fallait voir l’accueil chaleureux et empressé que les militants lui ont réservé à Sherbrooke samedi. Il est intéressant de lire les commentaires des citoyens sur ses entrées Facebook. Ils sont tout simplement dithyrambiques. Il est fascinant aussi de voir la crainte qu’il provoque chez ses adversaires libéraux, caquistes et solidaires, qui jugent bon de réagir à ses rares interventions.

Bien sûr, Pierre Karl Péladeau peut perdre. Mais s’il perd, ce sera essentiellement de sa faute. Ce n’est pas Pierre Karl Péladeau et les autres, non, c’est plutôt Pierre Karl Péladeau et… PKP. Les autres, les Cloutier, Drainville, Lisée, Marceau, Ouellet, ne compteront véritablement que si PKP trébuche ET tombe dans un précipice.

Rappelons-nous qu’un grave accident de vélo n’aura pas suffi à le faire vaciller. Au contraire, l’homme est revenu le plus rapidement possible à l’Assemblée nationale. Il a ainsi envoyé un message parfaitement clair aux autres aspirants-chefs. Il sera de la course quoiqu’il arrive, à n’en pas douter.

Et il est désormais évident que cette course à la direction du Parti québécois est bel et bien lancée.

Catégorie: Québec

La définition de PKP

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 publié le 1 octobre 2014 à 18 h 50

En politique, il existe un principe incontournable quand un adversaire redoutable se dresse à l’horizon : « définis ton adversaire avant qu’il ne se définisse lui-même ».

Souvenez-vous du mot  « girouette » utilisé si souvent par Jean Charest pour décrire Mario Dumont de l’ADQ, que le président de l’Assemblée nationale avait été obligé de le mettre à l’index, de l’interdire en tant que propos non parlementaire.

C’est en appliquant ce principe qu’on peut analyser les discussions de corridors sur celui qu’on appelle maintenant simplement PKP : Pierre Karl Péladeau.

Il se dresse comme le candidat le plus sérieux à la direction du Parti québécois. Certains parlent d’un rouleau compresseur qui ne laissera rien l’arrêter sur son passage. En tout cas, ses adversaires politiques semblent entendre le moteur du rouleau compresseur.

Le libéral Martin Coiteux l’a traité d’irresponsable parce qu’il a dénoncé les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Le chef de la CAQ, François Legault, s’est demandé à voix haute si PKP n’était pas devenu marxiste-léniniste parce qu’il défend le « modèle québécois ».

« Irresponsable », « marxiste-léniniste », cela commence à ressembler à des tentatives de définir l’adversaire politique.

Pendant ce temps, le principal intéressé tente lui-même de se définir. Défenseur du modèle québécois, pourfendeur de l’austérité, et ainsi de suite.

Quelle étiquette lui collera à la peau quand il se lancera dans la course à la succession de Pauline Marois?

Catégorie: Québec

L’exercice de relations publiques

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 publié le 30 septembre 2014 à 11 h 55

La trentaine de citoyens qui s’étaient déplacés lundi soir pour assister au premier forum citoyen de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise à Lévis semblaient très heureux de pouvoir débattre de tarifs et de crédits d’impôt. Instauration de péages sur les ponts, abolition des droits de scolarité… les idées et les débats n’ont pas manqué.

À l’extérieur de l’hôtel où se tenait le forum, toutefois, un nombre équivalent de citoyens ne se sont pas gênés pour condamner ce qu’ils tiennent déjà pour un « exercice bidon ». Plusieurs manifestants ont aussi dénoncé l’ « austérité » à laquelle le gouvernement Couillard aurait choisi de condamner le Québec, mélangeant visiblement la colonne des dépenses avec celle des revenus, autour de laquelle est essentiellement centré le mandat de la commission.

Même à l’intérieur de l’enceinte, un participant a exprimé d’entrée de jeu des réserves semblables quant à la valeur de l’exercice : « Qu’est-ce qui nous dit que le gouvernement va tenir compte de nos conseils? Le gouvernement Bouchard ne l’a pas fait en 1996 », a-t-il déclaré. Trois heures plus tard, l’exercice s’est conclu sur le même genre de mise en garde d’une participante : « Je suis venue en n’y croyant pas vraiment, et je n’y crois pas plus maintenant », s’est-elle exclamée.

Pour le fiscaliste Luc Godbout, qui préside les travaux de cette commission, le défi est là : convaincre les Québécois que les conclusions du rapport qu’il remettra ne sont pas écrites d’avance, que les citoyens seront véritablement écoutés. C’est là en fait non seulement le défi de sa commission, mais aussi celui de sa proche cousine, la Commission de révision permanente des programmes, et même, pourrait-on dire, celui du gouvernement Couillard dans son ensemble.

Si certains sont prêts à croire que « tout est sur la table », comme le claironne le gouvernement, plusieurs demeurent sceptiques, à commencer par les groupes sociaux. Amir Khadir, qui était sur place, n’a pas manqué de faire un lien entre le scepticisme ambiant et la crise de confiance envers les institutions qui s’observe depuis quelques années déjà.

Au-delà même du contexte sociopolitique, il semble y avoir, à leur face même, une contraction entre les prétentions de ces commissions et celles des membres du gouvernement. Alors que les premières nous disent pouvoir examiner sans réserve toutes les possibilités pour réformer la fiscalité et les services publics, le gouvernement et son premier ministre répètent sans cesse que les services publics actuels dépassent la capacité de payer des Québécois, qu’il faut faire des choix, même si cela est douloureux.

Le scepticisme quant à la marge de manœuvre réelle de ces commissions ne se dissipera pas facilement. En fait, tant que cette contradiction perdurera, plusieurs risquent de continuer de ne voir dans ces travaux rien de plus qu’un vaste exercice de relations publiques.

Catégorie: Québec

Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

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Le facteur du gouvernement

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 publié le 26 septembre 2014 à 17 h 42

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est devenu le facteur du gouvernement. Celui qui livre le message, celui qui livre la marchandise.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le premier ministre Couillard affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ira au bout de ses ambitions, qu’il réformera en profondeur les programmes et la fiscalité du Québec. Il n’est pas le premier politicien à nous le promettre. Il ne serait pas le premier à ne pas tenir parole.

Vous avez donc raison d’être sceptiques et de douter.

Pour montrer sa détermination, il lui fallait un porteur de ballon, un facteur. Un ministre qui ne reculera pas, qui ne déviera pas de l’objectif. Ce ministre, il l’a trouvé. Il s’appelle Gaétan Barrette.

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Je l’ai moi-même traité de « girouette » quand il est passé de la CAQ au PLQ. Mais comme soldat politique, il a parfaitement rempli sa mission.

Il a arraché une entente avec les médecins et a posé le premier jalon du grand chambardement de l’État québécois en déposant un projet de loi. Il a dû prendre un chemin tortueux avec les médecins, et son projet de loi ne passera probablement pas comme une lettre à la poste. Mais le message est livré : le gouvernement est sérieux.

Le bulldozer ouvre le chemin et trace la voie. Les ministres qui doutaient de la détermination de leur gouvernement (il y en a) devront suivre.

On se demande quand même ce qui restera debout une fois que tous les ministres auront suivi le bulldozer…

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PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie: Québec

Retour au Salon bleu

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 publié le 17 septembre 2014 à 15 h 41

Les travaux ont repris à l’Assemblée nationale, et le ministre Bolduc est la cible des tirs croisés de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois.

Les oppositions lui reprochent d’avoir encaissé une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de nouveaux patients, en plus de ses honoraires de médecin et de sa rémunération et des autres avantages dont il bénéficie comme député.

Voici quelques-unes des lignes de défense d’Yves Bolduc, qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation.

Sur la pénurie de médecins de famille :

Je travaillais le samedi puis le dimanche. En passant, si les médecins faisaient comme moi, probablement qu’il y en aurait moins de pénurie également. »

Sur le travail de député :

« M. le Président, je me demande pour qui se prend le député de La Peltrie. Je vis dans mon comté, je magasine dans mon comté. En passant, quand les gens voulaient me voir, ils avaient des rendez-vous assez rapidement. M. le Président, les gens qui veulent nous rencontrer peuvent nous rencontrer. Puis, dans le comté de Jean-Talon, on était très présents. Je les rencontre sur la rue. »

Et sur le fond de la question, le ministre Bolduc juge qu’il n’y avait pas vraiment de problème. Le problème, selon Yves Bolduc, a été la réaction populaire, la polémique que cette affaire a causée :

« Par contre, compte tenu du tollé que ça a causé et reconnaissant qu’il y avait un problème de perception et, de bonne foi, j’ai remboursé un montant équivalent et j’ai fait un don à deux organismes communautaires. J’ai assumé les responsabilités, je me suis occupé des patients. Je suis très fier, comme médecin, de dire : « Oui, il fallait aider nos patients. » Mais, M. le Président, pour moi, ce dossier est clos. J’ai fait les remboursements nécessaires. »

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a été questionnée sur le départ du directeur général de la Sûreté du Québec, qui est retourné à la direction de la sécurité d’Hydro-Québec. La ministre Thériault tolère mal de ne pas avoir toute l’attention du Salon bleu lorsqu’elle parle :

« Oui. M. le Président, évidemment, puisqu’on commence une nouvelle session, je pense que c’est important que les députés écoutent au moins les réponses des ministres. Ça permettrait peut-être de se faire une vraie tête, plutôt que de partir avec des préjugés ou des peut-être que. [...] Et, M. le Président, je vous demanderais de rappeler la leader à l’ordre parce qu’elle n’arrête pas de m’interrompre, et il n’y a que moi qui ai la parole. Et je considère que la question du député, elle était très pertinente, et je veux bien y répondre, mais je veux bien qu’on écoute également ce que je dis, M. le Président. »

Terminons ce florilège par une courte déclaration du ministre de la Santé Gaétan Barrette (qui est certainement en lice pour le titre de roi de la passerelle que décerne ma collègue Martine Biron), à propos des négociations avec les fédérations de médecins :

« La négociation, M. le Président, suit son cours comme elle le doit et elle se terminera selon… de la façon qu’elle se terminera. »

De toute évidence, le ministre n’est pas convaincu que cette négociation se terminera dans l’harmonie.

Catégorie: Québec

Le bûcher des vanités

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 publié le 15 septembre 2014 à 17 h 13

« Les événements de la vie de toutes sortes ont enlevé toute trace de vanité en moi. Je suis là pour le travail que j’ai à faire. » – Philippe Couillard, Manoir Richelieu, La Malbaie, le 5 septembre 2014

Nous savons désormais que le « travail » que le premier ministre s’est donné, c’est celui d’éliminer le déficit structurel. Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, se fait d’ailleurs un devoir de répéter qu’il y a maintenant un consensus au Québec sur l’existence de ce déficit et sur la nécessité de le faire disparaître.

Cela ouvre un vaste champ de questions. En voici quelques-unes :

1- Le gouvernement Couillard saura-t-il où trouver l’argent?

C’est le plus difficile. Et tout part de là. Il serait question de 3 milliards de dollars. C’est probablement un minimum si l’objectif est d’éradiquer le déficit. Pour ce qui est du « structurel », ça signifie qu’il faudra que ces réductions budgétaires se répètent année après année. Il est difficile d’imaginer que Martin Coiteux puisse dénicher cette somme sans toucher à la santé ni à l’éducation, tout en conservant tels quels les services aux citoyens. Des programmes seront révisés, certes, mais il est bien possible que cela s’accompagne de compressions paramétriques – tous les ministères et organismes voient leur budget réduit d’un même pourcentage – pour atteindre les objectifs fixés.

2- Le gouvernement Couillard gardera-t-il le cap?

Ce sera aussi très difficile. La pression populaire peut devenir intense. Les groupes sociaux et les syndicats sont en état d’alerte. Les syndicats des employés municipaux sont déjà confrontés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite. Philippe Couillard montre beaucoup de détermination. Sa déclaration citée plus haut en fait foi. Martin Coiteux est profondément engagé au plan idéologique dans cette opération, si l’on en juge par ses prises de position avant de devenir ministre.

En principe, ce nouveau gouvernement est en bonne position pour agir. Il vient d’être élu et même s’il a été quasi muet sur ces questions en campagne électorale, une bonne partie de l’électorat paraît disposé à le suivre, mais jusqu’à quel point? En outre, les syndicats, les groupes sociaux et les partis d’opposition ne sont pas particulièrement en position de force, bien que cela puisse évoluer très rapidement.

3- Qu’en sera-t-il du « flair politique » du premier ministre?

Philippe Couillard n’a pas fait la démonstration qu’il était capable de mesurer rapidement l’impact politique d’un événement, malgré son expérience de ministre. Il est peut-être bien entouré, ce qui reste à voir, mais rien ne remplace le sens politique dont doit faire preuve le premier ministre. Cela peut éviter bien des difficultés, comme « la grosse tempête dans un petit verre d’eau » concernant la polémique créée par les 215 000 $ qu’Yves Bolduc a reçus pour prendre de nouveaux patients au moment où il était député de l’opposition. Philippe Couillard a montré là, et en d’autres occasions, qu’il n’était pas en phase avec la population. Lorsqu’on veut procéder à de vastes réformes, le pouvoir politique a intérêt à entendre et à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la population. Sinon, les risques de dérapages sont importants.

4- À quoi ressemblera l’État québécois après cette série de compressions?

Un État « recentré » sur ses missions « prioritaires ». C’est un joli concept. Mais pour le moment, le gouvernement Couillard n’a pas précisé ce que ça voulait dire. La santé, l’éducation, la justice font certainement partie des fonctions vitales de l’État québécois. Mais qu’en est-il de la culture, de l’immigration, de l’agriculture, des transports, de l’environnement? On voit bien qu’il n’est pas si facile de définir les missions « non prioritaires ». Oserait-on affirmer que les affaires autochtones ne sont pas prioritaires? L’emploi et la solidarité sociale? L’énergie et les ressources naturelles? Ah, pourquoi pas les relations internationales? D’autant qu’Ottawa est responsable de la politique étrangère. Pourtant, il n’aura suffi que d’une rumeur qui voulait transformer ce ministère en secrétariat pour calmer les ardeurs des pourfendeurs de fonds publics.

Le nouveau premier ministre a les allures d’un homme qui s’est donné une mission, et il laisse entendre que personne ne pourra l’en détourner. Pour le moment, les Québécois semblent être à l’écoute, attentifs et ouverts. Maintenant que Philippe Couillard a expliqué que l’État québécois doit être réformé, il est temps désormais de commencer à leur expliquer quelle forme il entend donner à cette nouvelle mouture de l’État québécois.

Car, pour le moment et malgré une campagne électorale, nous n’en savons rien.

Catégorie: Québec

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

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