Billets classés sous la catégorie « Québec »


L’exercice de relations publiques

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 publié le 30 septembre 2014 à 11 h 55

La trentaine de citoyens qui s’étaient déplacés lundi soir pour assister au premier forum citoyen de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise à Lévis semblaient très heureux de pouvoir débattre de tarifs et de crédits d’impôt. Instauration de péages sur les ponts, abolition des droits de scolarité… les idées et les débats n’ont pas manqué.

À l’extérieur de l’hôtel où se tenait le forum, toutefois, un nombre équivalent de citoyens ne se sont pas gênés pour condamner ce qu’ils tiennent déjà pour un « exercice bidon ». Plusieurs manifestants ont aussi dénoncé l’ « austérité » à laquelle le gouvernement Couillard aurait choisi de condamner le Québec, mélangeant visiblement la colonne des dépenses avec celle des revenus, autour de laquelle est essentiellement centré le mandat de la commission.

Même à l’intérieur de l’enceinte, un participant a exprimé d’entrée de jeu des réserves semblables quant à la valeur de l’exercice : « Qu’est-ce qui nous dit que le gouvernement va tenir compte de nos conseils? Le gouvernement Bouchard ne l’a pas fait en 1996 », a-t-il déclaré. Trois heures plus tard, l’exercice s’est conclu sur le même genre de mise en garde d’une participante : « Je suis venue en n’y croyant pas vraiment, et je n’y crois pas plus maintenant », s’est-elle exclamée.

Pour le fiscaliste Luc Godbout, qui préside les travaux de cette commission, le défi est là : convaincre les Québécois que les conclusions du rapport qu’il remettra ne sont pas écrites d’avance, que les citoyens seront véritablement écoutés. C’est là en fait non seulement le défi de sa commission, mais aussi celui de sa proche cousine, la Commission de révision permanente des programmes, et même, pourrait-on dire, celui du gouvernement Couillard dans son ensemble.

Si certains sont prêts à croire que « tout est sur la table », comme le claironne le gouvernement, plusieurs demeurent sceptiques, à commencer par les groupes sociaux. Amir Khadir, qui était sur place, n’a pas manqué de faire un lien entre le scepticisme ambiant et la crise de confiance envers les institutions qui s’observe depuis quelques années déjà.

Au-delà même du contexte sociopolitique, il semble y avoir, à leur face même, une contraction entre les prétentions de ces commissions et celles des membres du gouvernement. Alors que les premières nous disent pouvoir examiner sans réserve toutes les possibilités pour réformer la fiscalité et les services publics, le gouvernement et son premier ministre répètent sans cesse que les services publics actuels dépassent la capacité de payer des Québécois, qu’il faut faire des choix, même si cela est douloureux.

Le scepticisme quant à la marge de manœuvre réelle de ces commissions ne se dissipera pas facilement. En fait, tant que cette contradiction perdurera, plusieurs risquent de continuer de ne voir dans ces travaux rien de plus qu’un vaste exercice de relations publiques.

Catégorie: Québec

Une conception étriquée du service public

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 publié le 29 septembre 2014 à 17 h 08

Est-ce qu’Élaine Zakaïb ou Christian Dubé auraient démissionné s’ils avaient occupé un poste de ministre?

À mon avis, ils n’auraient pas pris la décision de quitter leurs fonctions. Or, le message que ces deux députés démissionnaires envoient est très clair : la fonction de député d’opposition n’est pas vraiment importante, d’autres défis méritent davantage leurs précieuses énergies.

Les partis politiques, dans ces deux cas, ne sont pas responsables de cette situation. Ils auraient préféré garder en leur sein ces députés de bonne réputation. Et conserver leurs sièges.

Moins de six mois après avoir été élus, ces deux députés jugent acceptable de demander à leurs électeurs de se soumettre à une nouvelle campagne électorale et d’engendrer des dépenses d’environ un demi-million de dollars pour tous les Québécois.

En agissant de la sorte, ils réduisent la fonction de député de l’opposition à un malheureux accident de parcours qui s’inscrit mal sur la feuille de route des ambitieux. Ils font l’étrange démonstration qu’ils n’étaient pas faits pour être députés, même s’ils sont parvenus à occuper cette fonction avec un certain mérite.

Ils démontrent qu’ils avaient une certaine conception du service public. Une conception qui donnait finalement au public un rôle plutôt secondaire. Et il vouait un caractère très relatif à l’engagement et au sens du devoir.

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Le facteur du gouvernement

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 publié le 26 septembre 2014 à 17 h 42

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est devenu le facteur du gouvernement. Celui qui livre le message, celui qui livre la marchandise.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le premier ministre Couillard affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ira au bout de ses ambitions, qu’il réformera en profondeur les programmes et la fiscalité du Québec. Il n’est pas le premier politicien à nous le promettre. Il ne serait pas le premier à ne pas tenir parole.

Vous avez donc raison d’être sceptiques et de douter.

Pour montrer sa détermination, il lui fallait un porteur de ballon, un facteur. Un ministre qui ne reculera pas, qui ne déviera pas de l’objectif. Ce ministre, il l’a trouvé. Il s’appelle Gaétan Barrette.

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Je l’ai moi-même traité de « girouette » quand il est passé de la CAQ au PLQ. Mais comme soldat politique, il a parfaitement rempli sa mission.

Il a arraché une entente avec les médecins et a posé le premier jalon du grand chambardement de l’État québécois en déposant un projet de loi. Il a dû prendre un chemin tortueux avec les médecins, et son projet de loi ne passera probablement pas comme une lettre à la poste. Mais le message est livré : le gouvernement est sérieux.

Le bulldozer ouvre le chemin et trace la voie. Les ministres qui doutaient de la détermination de leur gouvernement (il y en a) devront suivre.

On se demande quand même ce qui restera debout une fois que tous les ministres auront suivi le bulldozer…

Catégorie: Québec

PKP et Facebook

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 publié le 18 septembre 2014 à 11 h 25

Depuis le départ de Pauline Marois, Pierre Karl Péladeau s’est fait on ne peut plus discret, même si personne ne doute qu’il se lancera dans la course à la direction du Parti québécois. Le député de Saint-Jérôme n’a pratiquement accordé aucune entrevue dans les médias nationaux, et il s’est refusé à tout commentaire au sujet de la course à la succession de Pauline Marois. « On n’annoncera rien tant et aussi longtemps que les règles de la course ne seront pas connues », fait valoir un de ses proches.

Or, si Pierre Karl Péladeau s’est montré discret dans les médias, il est très actif sur Facebook. Loin des longues analyses sociopolitiques qu’on peut lire sur le blogue de Jean-François Lisée, les entrées de M. Péladeau sur sa page Facebook sont, à l’image de l’homme, ciblées et directes.

L’ancien PDG de Québecor s’y affiche comme un fier nationaliste économique. Il blâme le gouvernement Couillard pour sa mollesse à défendre les sièges sociaux situés au Québec. Il s’en prend aussi au projet d’oléoduc d’Enbridge. Non sans ironie, il dénonce « cette entreprise dont le respect le plus élémentaire semble être absent envers les citoyens et n’être redevable qu’à leurs actionnaires [sic] ».

Les écrits de M. Péladeau ne font pas dans la dentelle : son ton est direct, parfois incisif. Ainsi qualifie-t-il le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand de « soldat », tout en l’accusant d’être « au service des intérêts de l’industrie canadienne des hydrocarbures ».

Dans un autre registre, Pierre Karl Péladeau fait écho aux mouvements indépendantistes qui animent la Catalogne et l’Écosse. Il écrit : « L’indépendance est à l’ordre du jour en Europe afin que ces nations puissent s’épanouir et s’enrichir davantage. » Sa page fait aussi la part belle au voyage qu’il a effectué l’été dernier au Royaume-Uni, et à celui qu’il a entrepris en Écosse à quelques jours du référendum.

En vrac, Pierre Karl Péladeau se prononce contre les compressions à Radio-Canada, contre l’abolition des cégeps, contre les nouvelles restrictions sur la pêche imposées par le gouvernement fédéral aux pêcheurs des Îles-de-la-Madeleine.

À ces commentaires politiques s’entremêlent des entrées sur sa vie de député et des photos de famille. Julie Snyder y occupe une place prépondérante : on la voit dans des soirées mondaines, en vacances aux Îles-de-la-Madeleine et même au mariage de l’une de ses anciennes collaboratrices.

Le fils du couple, Thomas, est aussi bien visible. Son père confie lui avoir donné une leçon de « parlementarisme britannique » lors de leur passage à Londres. On le voit aussi en vacances au Mont-Tremblant et on apprend même qu’il fréquente une école publique de l’île de Montréal.

Ceux qui se demandent où Pierre Karl Péladeau loge et qui ont hâte de le voir sortir de son silence médiatique peuvent donc d’ici là se rabattre sur sa page Facebook. Ils apprendront à mieux cerner le personnage, d’autant plus que le nouveau député s’y montre très actif, laissant rarement passer une journée sans y ajouter son grain de sel.

Bien sûr, on pourra toujours dire que tous ces messages que le député de Saint-Jérôme se donne la peine d’écrire ne signifient pas qu’il ait un intérêt pour la course à la direction du Parti québécois… Mais voudrait-il préparer le terrain pour une éventuelle candidature qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Catégorie: Québec

Retour au Salon bleu

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 publié le 17 septembre 2014 à 15 h 41

Les travaux ont repris à l’Assemblée nationale, et le ministre Bolduc est la cible des tirs croisés de la Coalition avenir Québec et du Parti québécois.

Les oppositions lui reprochent d’avoir encaissé une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de nouveaux patients, en plus de ses honoraires de médecin et de sa rémunération et des autres avantages dont il bénéficie comme député.

Voici quelques-unes des lignes de défense d’Yves Bolduc, qui est aujourd’hui ministre de l’Éducation.

Sur la pénurie de médecins de famille :

Je travaillais le samedi puis le dimanche. En passant, si les médecins faisaient comme moi, probablement qu’il y en aurait moins de pénurie également. »

Sur le travail de député :

« M. le Président, je me demande pour qui se prend le député de La Peltrie. Je vis dans mon comté, je magasine dans mon comté. En passant, quand les gens voulaient me voir, ils avaient des rendez-vous assez rapidement. M. le Président, les gens qui veulent nous rencontrer peuvent nous rencontrer. Puis, dans le comté de Jean-Talon, on était très présents. Je les rencontre sur la rue. »

Et sur le fond de la question, le ministre Bolduc juge qu’il n’y avait pas vraiment de problème. Le problème, selon Yves Bolduc, a été la réaction populaire, la polémique que cette affaire a causée :

« Par contre, compte tenu du tollé que ça a causé et reconnaissant qu’il y avait un problème de perception et, de bonne foi, j’ai remboursé un montant équivalent et j’ai fait un don à deux organismes communautaires. J’ai assumé les responsabilités, je me suis occupé des patients. Je suis très fier, comme médecin, de dire : « Oui, il fallait aider nos patients. » Mais, M. le Président, pour moi, ce dossier est clos. J’ai fait les remboursements nécessaires. »

La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault a été questionnée sur le départ du directeur général de la Sûreté du Québec, qui est retourné à la direction de la sécurité d’Hydro-Québec. La ministre Thériault tolère mal de ne pas avoir toute l’attention du Salon bleu lorsqu’elle parle :

« Oui. M. le Président, évidemment, puisqu’on commence une nouvelle session, je pense que c’est important que les députés écoutent au moins les réponses des ministres. Ça permettrait peut-être de se faire une vraie tête, plutôt que de partir avec des préjugés ou des peut-être que. [...] Et, M. le Président, je vous demanderais de rappeler la leader à l’ordre parce qu’elle n’arrête pas de m’interrompre, et il n’y a que moi qui ai la parole. Et je considère que la question du député, elle était très pertinente, et je veux bien y répondre, mais je veux bien qu’on écoute également ce que je dis, M. le Président. »

Terminons ce florilège par une courte déclaration du ministre de la Santé Gaétan Barrette (qui est certainement en lice pour le titre de roi de la passerelle que décerne ma collègue Martine Biron), à propos des négociations avec les fédérations de médecins :

« La négociation, M. le Président, suit son cours comme elle le doit et elle se terminera selon… de la façon qu’elle se terminera. »

De toute évidence, le ministre n’est pas convaincu que cette négociation se terminera dans l’harmonie.

Catégorie: Québec

Le bûcher des vanités

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 publié le 15 septembre 2014 à 17 h 13

« Les événements de la vie de toutes sortes ont enlevé toute trace de vanité en moi. Je suis là pour le travail que j’ai à faire. » – Philippe Couillard, Manoir Richelieu, La Malbaie, le 5 septembre 2014

Nous savons désormais que le « travail » que le premier ministre s’est donné, c’est celui d’éliminer le déficit structurel. Le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, se fait d’ailleurs un devoir de répéter qu’il y a maintenant un consensus au Québec sur l’existence de ce déficit et sur la nécessité de le faire disparaître.

Cela ouvre un vaste champ de questions. En voici quelques-unes :

1- Le gouvernement Couillard saura-t-il où trouver l’argent?

C’est le plus difficile. Et tout part de là. Il serait question de 3 milliards de dollars. C’est probablement un minimum si l’objectif est d’éradiquer le déficit. Pour ce qui est du « structurel », ça signifie qu’il faudra que ces réductions budgétaires se répètent année après année. Il est difficile d’imaginer que Martin Coiteux puisse dénicher cette somme sans toucher à la santé ni à l’éducation, tout en conservant tels quels les services aux citoyens. Des programmes seront révisés, certes, mais il est bien possible que cela s’accompagne de compressions paramétriques – tous les ministères et organismes voient leur budget réduit d’un même pourcentage – pour atteindre les objectifs fixés.

2- Le gouvernement Couillard gardera-t-il le cap?

Ce sera aussi très difficile. La pression populaire peut devenir intense. Les groupes sociaux et les syndicats sont en état d’alerte. Les syndicats des employés municipaux sont déjà confrontés au projet de loi 3 sur les régimes de retraite. Philippe Couillard montre beaucoup de détermination. Sa déclaration citée plus haut en fait foi. Martin Coiteux est profondément engagé au plan idéologique dans cette opération, si l’on en juge par ses prises de position avant de devenir ministre.

En principe, ce nouveau gouvernement est en bonne position pour agir. Il vient d’être élu et même s’il a été quasi muet sur ces questions en campagne électorale, une bonne partie de l’électorat paraît disposé à le suivre, mais jusqu’à quel point? En outre, les syndicats, les groupes sociaux et les partis d’opposition ne sont pas particulièrement en position de force, bien que cela puisse évoluer très rapidement.

3- Qu’en sera-t-il du « flair politique » du premier ministre?

Philippe Couillard n’a pas fait la démonstration qu’il était capable de mesurer rapidement l’impact politique d’un événement, malgré son expérience de ministre. Il est peut-être bien entouré, ce qui reste à voir, mais rien ne remplace le sens politique dont doit faire preuve le premier ministre. Cela peut éviter bien des difficultés, comme « la grosse tempête dans un petit verre d’eau » concernant la polémique créée par les 215 000 $ qu’Yves Bolduc a reçus pour prendre de nouveaux patients au moment où il était député de l’opposition. Philippe Couillard a montré là, et en d’autres occasions, qu’il n’était pas en phase avec la population. Lorsqu’on veut procéder à de vastes réformes, le pouvoir politique a intérêt à entendre et à comprendre ce qui se passe réellement au sein de la population. Sinon, les risques de dérapages sont importants.

4- À quoi ressemblera l’État québécois après cette série de compressions?

Un État « recentré » sur ses missions « prioritaires ». C’est un joli concept. Mais pour le moment, le gouvernement Couillard n’a pas précisé ce que ça voulait dire. La santé, l’éducation, la justice font certainement partie des fonctions vitales de l’État québécois. Mais qu’en est-il de la culture, de l’immigration, de l’agriculture, des transports, de l’environnement? On voit bien qu’il n’est pas si facile de définir les missions « non prioritaires ». Oserait-on affirmer que les affaires autochtones ne sont pas prioritaires? L’emploi et la solidarité sociale? L’énergie et les ressources naturelles? Ah, pourquoi pas les relations internationales? D’autant qu’Ottawa est responsable de la politique étrangère. Pourtant, il n’aura suffi que d’une rumeur qui voulait transformer ce ministère en secrétariat pour calmer les ardeurs des pourfendeurs de fonds publics.

Le nouveau premier ministre a les allures d’un homme qui s’est donné une mission, et il laisse entendre que personne ne pourra l’en détourner. Pour le moment, les Québécois semblent être à l’écoute, attentifs et ouverts. Maintenant que Philippe Couillard a expliqué que l’État québécois doit être réformé, il est temps désormais de commencer à leur expliquer quelle forme il entend donner à cette nouvelle mouture de l’État québécois.

Car, pour le moment et malgré une campagne électorale, nous n’en savons rien.

Catégorie: Québec

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

Catégorie: Québec

Si vous avez lu les aventures d’Harry Potter, vous savez qu’il y a un nom-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : Voldemort!

Si vous suivez la politique canadienne, vous savez qu’il y a un mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : constitution!

En fin de semaine, une déclaration de Philippe Couillard a suscité toutes sortes de réactions, sans même qu’il ne prononce le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne. Peut-être pas chez vous entre vos travaux extérieurs, un dernier BBQ avec les amis ou la famille et une bonne bouteille de vin.

Mais des réactions de la classe politico-médiatique…

Qu’est-ce que M. Couillard a dit sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne?

Il a dit : « … à l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. »

Traduction : pacte = constitution.

L’interprétation est plus délicate, parce que le terme « réaffirmé » est flou à souhait. « Réaffirmé », ça veut dire quoi?

Ça veut dire que M. Couillard veut rouvrir la Constitution, y réintégrer le Québec d’ici le 150e anniversaire du Canada en 2017?

Ça veut dire rappeler que le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution et que c’est une tache historique?

Hier, M. Couillard a « précisé » sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne : « Tant mieux si on fait avancer ce dossier, mais ce n’est pas une priorité quotidienne pour nous. »

Traduction : dossier = constitution.

Interprétation : M. Couillard réalise que le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne suscite, dans la sphère politico-médiatique, une réaction épidermique.

Interprétation finale : comme bien des fédéralistes, M. Couillard pense que l’absence de signature du Québec au bas de la Constitution est une tache historique. Il pense qu’elle doit être effacée. Mais il réalise qu’il n’y a pas d’appétit, que les options pour effacer cette tache (débat constitutionnel ou indépendance) n’émeuvent pas la population actuellement.

Bref, ça veut dire qu’en 2017, pariez que rien n’aura changé…

Catégorie: Ottawa, Québec

Gérer les ballons d’essai

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 52

Savez-vous ce qu’est un ballon d’essai en politique?

C’est quand « quelqu’un » veut tester une idée, une hypothèse et qu’il décide de la faire « couler » sur la place publique. Ce « quelqu’un » observe ensuite les réactions.

Des ballons d’essai, on va en avoir tout plein cet automne, au Québec. « Tel programme est menacé de disparaître. » « Tel ministère est en péril. » « Le gouvernement veut abolir telle subvention. »

La nouvelle de ce matin dans Le Devoir concernant la possible disparition du ministère des Relations internationales tombait probablement (même si je n’en ai pas la preuve) dans la catégorie des ballons d’essai.

« Quelqu’un » qui étudie l’hypothèse voulait observer les réactions. Ou « quelqu’un » qui est contre l’hypothèse voulait soulever un mouvement de protestation.

La réponse du premier ministre m’a surpris : il n’est « pas question de diminuer le rayonnement international du Québec ». Pour un plaidoyer fort pour le ministère des Relations internationales, on repassera!

Ça veut dire quoi, « ne pas diminuer le rayonnement international du Québec »? Ça prend un ministère pour faire ça? Ou un simple secrétariat, moins gros, avec moins d’employés?

Et, quand on y pense, qu’est-ce que le premier ministre peut répondre d’autre?

S’il dit que le ministère va disparaître, il court-circuite sa commission sur la révision des programmes. Il lance le message que les dés sont pipés d’avance.

S’il dit que le ministère ne disparaîtra pas, il envoie le message que « tout » n’est pas sur la table, contrairement à ce qu’il nous dit depuis des semaines. Que le travail d’analyse ne sera pas fait jusqu’au bout, que des décisions sont déjà prises, sans analyse profonde.

Dans les deux cas, peu importe la réponse, M. Couillard s’expose à devoir réagir, le jour même, à n’importe quel ballon politique. Le message aux fonctionnaires, sous-ministres et groupes de pression est le suivant : « Vous voulez lancer des ballons d’essai? Allez-y, je vais commenter. »

Il n’est pas gardien de soccer, M. Couillard, il est premier ministre.

Et en ce sens, sa réponse, bien qu’évasive, est peut-être la seule qu’il pouvait donner… aujourd’hui.

Catégorie: Québec

Grandeur et misère de la CAQ

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 34

La démission du député caquiste de Lévis, Christian Dubé, est un véritable coup dur pour le parti de François Legault. C’est d’abord une perte parce qu’il était considéré comme un parlementaire efficace, qui pouvait parler intelligemment d’économie et de finances publiques, même s’il se permettait à l’occasion d’utiliser des arguments populistes.

Ce qui est plus embêtant pour la coalition, c’est qu’en raison du départ de M.Dubé quelques mois après les élections, il va devenir difficile aux élus de la CAQ de faire la leçon aux autres parlementaires en quelque autre matière.

La CAQ tente désespérément de minimiser l’importance de cette affaire. Le problème, c’est que le député de Chauveau, Gérard Deltell, pourrait être tenté de faire le saut dans l’arène fédérale dans les prochains mois. Lorsqu’on lui a demandé s’il s’engageait à terminer son mandat, M. Deltell se contente de répondre « c’est mon intention», ce qui est bien loin d’un engagement formel.

Les prochaines élections au Québec n’auraient lieu qu’à l’automne 2018 et, d’ici là, la CAQ cherchera à remplacer le Parti québécois en se présentant aux Québécois comme un parti nationaliste, responsable sur le plan fiscal.

Pour remplacer le PQ, François Legault part chasser sur ses terres. Après avoir dénoncé en campagne électorale la cimenterie de Port-Daniel, l’énergie éolienne en Gaspésie et les projets de minicentrales hydroélectriques, le chef de la CAQ constate que les électeurs des régions se sont montrés méfiants à l’égard de son parti.

Un « New Deal » pour les régions

Aujourd’hui, M.Legault propose un « New Deal » pour venir en aide aux régions. Un « New Deal » sans argent supplémentaire toutefois. L’enveloppe budgétaire demeurerait la même. Ce sont les critères des projets retenus qui seraient différents.

La Coalition avenir Québec veut surtout que chaque emploi coûte moins cher au gouvernement, et que ces projets offrent une chance raisonnable de rentabilité.

Ce « New Deal », qui s’ajoute au Projet Saint-Laurent, illustre surtout l’intention de la CAQ de devenir un véritable parti provincial, qui couvrirait l’ensemble du territoire québécois. Pour l’instant, la CAQ est un parti qui se concentre dans l’axe Québec-Montréal, complètement absent des régions dites ressources. L’ironie, c’est que l’île de Montréal est vierge, elle aussi, de tout député caquiste.

Ce « New Deal » est aussi la preuve que le troisième parti d’opposition poursuit sa quête pour établir des thèmes séduisants pour les électeurs.

La place du Québec au Canada

Si la Coalition veut prendre la place du PQ, en le tassant par la droite, elle devra s’interroger sur la place du Québec au sein du Canada. Sinon, qu’est-ce qui distinguerait réellement la CAQ du Parti libéral?

François Legault est nationaliste (encore souverainiste, soutenait Jean Charest), mais comment cela devrait-il se traduire dans les prises de position de la CAQ?

Jusqu’à présent, la CAQ a refusé de miser sur cet enjeu, en délaissant complètement cette question aux deux principaux partis. Si elle veut remplacer le PQ et battre le PLQ au prochain scrutin, la Coalition peut difficilement continuer à ignorer cette question.

Pour ajouter aux défis de la CAQ, le Parti libéral semble déterminé à mettre en oeuvre un programme que la CAQ n’aurait pas renié (et que le PLQ n’a jamais véritablement annoncé en campagne électorale). Ainsi, la seconde opposition risque d’éprouver de sérieuses difficultés à formuler une critique efficace des projets du gouvernement Couillard.

François Legault attaquera probablement Philippe Couillard sur l’incapacité de son gouvernement à relancer l’économie québécoise. Mais ces attaques pourraient mettre aussi en lumière un des paradoxes de la CAQ : ce parti veut assainir les finances publiques tout en relançant l’économie grâce au soutien du gouvernement. Une sorte d’État providence en équilibre budgétaire. Le « New Deal » de François Legault illustre ce paradoxe.

Ça confirme aussi que la CAQ est prête à jouer sur tous les tableaux pour se hisser au pouvoir. Mais, à vouloir vendre le Projet St-Laurent, un « New Deal » pour les autres régions et même le Plan Nord, la Coalition avenir Québec cherche à faire plaisir à tout le monde au risque de ne jamais définir sa propre personnalité.

Catégorie: Québec