Billets classés sous la catégorie « Québec »


D’une lubie à un projet mal ficelé

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 publié le 24 février 2015 à 17 h 32

La consigne du silence imposée aux ministres qui n’auraient pas été adéquatement informés par le bureau du premier ministre n’y aurait rien changé.

Non, puisque le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau avait consulté le Conseil des ministres le 10 décembre 2014 avant de faire sa sortie contre les maires de Laval et de Longueuil.

M. Moreau, qui craignait peut-être qu’on lui attribue la paternité de cette taxe, a donc obtenu l’appui de ses collègues et du premier ministre pour annoncer ensuite à la presse parlementaire qu’il allait rembourser les contribuables de ces deux villes et réduire d’autant les transferts à ces municipalités.

Pourquoi?

Parce que ces deux maires ont osé dire qu’une partie des hausses d’impôts fonciers était attribuable aux compressions annoncées dans le nouveau pacte fiscal entre Québec et le monde municipal.

Or, cela aura pris deux mois et demi au ministre et au gouvernement pour commencer à mettre de côté ce qui n’était ni plus ni moins qu’une lubie. Il reste maintenant au ministre Moreau à faire marche arrière avec la Ville de Laval et son maire Marc Demers, après avoir vaguement sauvé la face avec la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire.

Cette décision n’avait guère de sens parce que le ministre, en plus de remettre en cause la liberté d’expression de deux maires, créait un impossible précédent, puisque d’autres municipalités n’avaient plus qu’à dénoncer le pacte fiscal pour que Québec indemnise leurs contribuables pour les hausses d’impôts fonciers.

Ça n’avait guère de sens (voire aucun), et pourtant l’ensemble du Conseil des ministres avait donné son approbation à cette idée. Cela montre que le ministre Moreau exerçait, en décembre, un ascendant certain sur ses collègues, dont le premier ministre, et d’autre part, qu’en politique, il arrive parfois qu’on l’échappe. Vraiment.

Pas de taxe Moreau et pas de taxe Poëti

Une lubie est une « fantaisie soudaine » nous dit le dictionnaire Larousse. Ce n’est pas de cela qu’on parle avec ce projet d’impôts fonciers supplémentaires pour les nouveaux résidents qui habitent à proximité des services de transport en commun. Dans ce cas, le gouvernement réfléchit à cette approche depuis plusieurs mois, mais moins de 12 heures après la publication de la primeur de ma collègue Julie Dufresne, le ministre des Transports Robert Poëti a fait marche arrière.

Il semble que le gouvernement Couillard se soit effarouché lui-même en réalisant que ce projet risquait de se transformer en « taxe Poëti » dans l’esprit des citoyens.

Un projet de ce genre doit être manipulé avec soin. Il exige d’être expliqué et justifié avec des arguments solides. L’argument du ministre Poëti, qui a évoqué l’économie d’un second véhicule pour les familles qui vivent à proximité du transport en commun, ne trouve pas sa place dans cette catégorie.

D’autres arguments, venus d’ailleurs, ont touché davantage la cible. Pourquoi imposer plus les citoyens qui font les bons choix (de s’établir à proximité du transport en commun) et qui, en outre, ont déjà payé une plus-value à l’achat avec, à l’avenant, des impôts fonciers plus élevés? Qui est à l’origine des problèmes de circulation à Montréal, ceux qui vivent près des transports en commun et qui les empruntent ou ceux qui font la navette en voiture de la banlieue jusqu’en ville? D’autant que Québec s’oppose au projet fédéral d’imposer un péage sur le nouveau pont sur le Saint-Laurent.

On le voit, pour le moment, le projet est mal ficelé, mais il est aussi possible que ce soit simplement une mauvaise idée.

Le premier ministre Couillard a jugé nécessaire d’intervenir pour mettre un terme aux ambitions du ministre Poëti et de remettre le tout entre les mains de la Ville de Montréal, en affirmant que si Montréal veut de nouveaux pouvoirs, même de taxation, le maire Denis Coderre pourra les demander au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau.

Toutefois, cela ne règle en rien les coûts associés à l’expansion des services de transport en commun, qui relève du gouvernement du Québec et non pas des villes qui, elles, financent surtout le fonctionnement des transports collectifs.

Dans ces deux dossiers, le gouvernement libéral s’empresse déjà de montrer qu’il passe à autre chose. Néanmoins, cela laisse présager des négociations particulièrement intéressantes sur le statut de métropole entre les ministres Moreau et Poëti et le maire de Montréal, Denis Coderre. Le gouvernement Couillard pourrait avoir l’occasion de manifester plus de cohésion et de cohérence dans ses interventions. Pour le bien-être de Montréal et de sa région, souhaitons que cette fois, il ne l’échappe pas.

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Contrôle du message… et des questions

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 publié le 24 février 2015 à 16 h 57

On a beaucoup parlé de la nouvelle consigne de Philippe Couillard à ses ministres. Ils doivent dorénavant attendre d’avoir reçu les « lignes de presse » de son Cabinet avant de s’adresser aux médias.

Quelques jours après avoir imposé cette consigne, le premier ministre ne se doutait probablement pas qu’il serait lui-même appelé à « contrôler » la question d’un journaliste.

Ça s’est passé lors du passage à Québec du président de l’Islande, Olafur Ragnar Grimmsson. Ça commence par l’aveu d’un collègue journaliste qui juge son anglais trop approximatif pour poser une question au président islandais.

La suite se trouve dans cet extrait :

Malgré une question potentiellement embarrassante, le premier ministre a fidèlement servi d’interprète.

Le président Grimsson le lui a bien rendu en répondant que des États fédérés (comme le Québec ou des États américains) jouissaient d’assez d’autonomie politique pour conclure des ententes avec des pays comme le sien.

Mais à une question précédente sur les aspects négatifs de l’indépendance, M. Grimsson a répondu que l’indépendance n’est jamais négative, surtout quand un peuple (comme le sien) prend sa destinée économique en main.

On présume que M. Couillard aurait aussi souhaité pouvoir « contrôler » la réponse de son invité.

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Un gouvernement fauché

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 publié le 23 février 2015 à 19 h 30

Je vous laisse décider si nous sommes en période d’austérité ou de rigueur budgétaire.

Dans ce débat qui fait rage, une chose est sûre : le gouvernement est fauché.

Si fauché, en fait, qu’il doit demander à la Caisse de dépôt et placement de financer des projets d’infrastructures comme le système léger sur rail du nouveau pont Champlain ou le train de l’Ouest pour relier Montréal à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau.

Si fauché, qu’il veut maintenant donner aux villes le pouvoir de taxer les immeubles en fonction de leur proximité au transport en commun. Votre maison fraîchement construite est près d’une station de métro? Vous paierez plus de taxes municipales.

Pourquoi? Parce que vous bénéficiez d’un meilleur service, qu’il faut financer. On appelle cela « la captation de la plus-value foncière ».

Évidemment, vous pourriez argumenter que votre maison vaut déjà plus cher et que, par conséquent, vous payez déjà plus de taxes municipales, justement parce que vous habitez près d’une station de métro. Peine perdue, le gouvernement est fauché.

Il argumentera qu’il faut bien les financer, ces services. Et si des résidents bénéficient de meilleurs services, pourquoi ne paieraient-ils pas un peu plus cher? Et si leur maison a une plus grande valeur de revente, ils seront gagnants en fin de compte.

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au gouvernement de manquer d’imagination. Il va toutefois arriver un moment où les augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, des garderies subventionnées et des taxes scolaires commenceront à peser lourd sur le moral du contribuable…

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Les voies de l’austérité

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 publié le 17 février 2015 à 13 h 07

Jeudi dernier, une manifestation syndicale était prévue vers 16 h devant l’Assemblée nationale. Le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux convoque les médias à la salle de presse à 15 h 30 pour adresser un message aux Québécois et aux manifestants :

« Le gouvernement est totalement, mais parfaitement conscient de tous les efforts qu’on demande, qui sont des efforts importants, qui sont des efforts qui ne sont pas nécessairement faciles pour personne. On est tout à fait conscients de ça. Mais je réitère que c’est un effort qu’on demande à tous, que c’est un effort national qui est demandé à tout le monde. »

Il n’est pas si clair que tous les groupes participent aux efforts du gouvernement. Certainement pas tous de façon égale. Ceux qui sont dans le secteur public, ou qui en dépendent, souffrent davantage. Cela paraît évident.

Pour les personnes morales, les corporations, c’est une toute autre chose.

La participation fiscale des entreprises semble être un sujet devenu tabou (ou désuet?) face à l’argument de la concurrence des entreprises d’une juridiction à l’autre. Il est tout de même troublant de constater que les entreprises contribuent environ pour 10 % des revenus autonomes du gouvernement du Québec. Le reste est assumé par les particuliers.

Alors, même si on retire quelques avantages fiscaux aux entreprises, la contribution des entreprises au budget de l’État étant devenue marginale, il est difficile de mesurer l’effort réel du secteur privé dans tout ce processus.

Et, même parmi les entreprises, celles qui écopent le plus sont celles des secteurs économiques qui dépendent davantage des subventions gouvernementales, comme les productions cinéma, télévision et multimédia.

Aux institutions financières, on ne parviendra à soutirer qu’une somme de 129 millions de dollars au maximum par année avec une « surtaxe temporaire ». Le gouvernement Couillard semble avoir trouvé gênant de constater que le budget de juin n’exigeait aucun effort aux banques qui engrangent des profits mirifiques.

Voici un extrait du Point sur la situation économique et financière du Québec de décembre 2014 : « À l’instar des autres secteurs de l’économie qui voient leur aide fiscale diminuer, un effort sera demandé aux institutions financières jusqu’au 31 mars 2017. »

Ainsi, les banques profitent d’une surtaxe — j’ignorais que les banques étaient « surtaxées » — temporaire, donc accompagnée d’une date de péremption. Nos classes dirigeantes font parfois preuve d’une imagination fertile dont les citoyens aimeraient certainement profiter plus souvent. Mais, en attendant, poursuivons avec Martin Coiteux :

« Il y a une raison pour laquelle on demande cet effort national et qu’on demande cet effort, donc, à tous : presque 11 milliards d’intérêts, cette année, sur une dette de plus de 200 milliards de dollars. C’est 11 milliards de dollars qui n’est pas disponible, ni pour de la rémunération d’employés du secteur public ni pour aucun programme dont les Québécois pourraient être les bénéficiaires. »

Il est exact que Québec va verser cette année 10 milliards 831 millions de dollars au service de la dette, ce qui représente 11,2 % des revenus. Dans une perspective historique, c’est très raisonnable, et cela s’explique par les faibles taux d’intérêt. Avant 2008 et jusqu’au début des années 80, le service de la dette représentait de 12 à 16 % des revenus du gouvernement du Québec.

Qu’est-ce que ça signifie? Que ça fait déjà longtemps que c’est ainsi et, quoi que nous fassions, nous assumerons pendant encore longtemps un service de la dette qui va représenter au moins 10 % des revenus. À très long terme, cela pourrait changer, mais pour y parvenir, il ne faudrait pas seulement planifier des remboursements de la dette, il faudrait d’abord arrêter de rempiler les prêts, avec l’entretien et la construction des infrastructures.

Donc, payer comptant. Ce n’est pas impossible, mais, au mieux, ce n’est pas pour demain. Alors, ces 11 milliards de dollars ne seront pas disponibles, pendant longtemps, pour autre chose que le paiement des intérêts sur la dette.  Martin Coiteux :

« Si on ne faisait pas cet effort national qu’on demande à tous, cette année, on aurait 5 milliards de déficit. Et l’an prochain, on aurait plus de 7 milliards de déficit. »

Ces données, fondées sur les demandes de budget des ministères, ne contribuent en rien au débat sur les finances publiques. Ces déficits hypothétiques ne sont pas pertinents parce qu’ils occultent les informations sur les déficits réels. Comme d’autres, mais cela n’excuse rien, ce gouvernement a choisi d’utiliser des chiffres douteux comme arguments pour assurer son pouvoir plutôt que des chiffres authentiques pour animer un véritable débat démocratique.

Le vérificateur général par intérim (depuis environ trois ans), Michel Samson, a accepté de s’en mêler en juin dernier. Il a fondé son analyse sur cette base discutable des demandes des ministères au Conseil du Trésor. Aux yeux de l’opposition officielle, il s’est largement discrédité en agissant de la sorte. L’aile parlementaire du Parti québécois ne semble pas avoir l’intention d’accorder à Michel Samson son nécessaire appui pour une nomination en bonne et due forme.

Poursuivons avec le président du Conseil du Trésor qui explique le processus qui suit l’austérité, c’est-à-dire l’objectif, la finalité de l’austérité.

« Ce cycle antiprospérité, qui est lié à une dépense excessive, on doit le briser [...] Parce que, si on contrôle bien nos finances publiques après cet effort qu’on demande à tous, bien, on va commencer à retrouver la liberté aussi de commencer à baisser cette pression fiscale, permettre à nos entreprises d’investir davantage et d’innover davantage, permettre à nos citoyens de consommer davantage, permettre donc d’avoir une économie beaucoup plus dynamique et prospère. Et ultimement d’avoir les recettes fiscales que nous n’avons pas aujourd’hui, avec lesquelles on va être capables de se payer les programmes que l’on veut collectivement, la justice sociale que l’on veut collectivement et améliorer les conditions d’existence de tout le monde, y compris, bien entendu, des employés du secteur public. »

Ne retrouvons-nous pas une recette maintes fois évoquée? Réduire les taxes et les impôts afin de créer davantage de croissance, afin de générer un accroissement des revenus de l’État, malgré une assiette fiscale plus petite.

Il n’est pas dit que ça fonctionne, sinon que tout ça n’advient pas dans l’absolu, au grand bonheur du gouvernement libéral.

Les nouvelles conditions économiques comptent parmi les meilleurs alliés de l’administration Couillard. La baisse du prix du baril de pétrole, qui a entraîné dans son sillage le dollar canadien, combinée à une reprise robuste aux États-Unis, pourrait se révéler une bénédiction pour l’économie québécoise.

Une mobilisation incertaine

Si ces facteurs se confirment et se révèlent déterminants, si l’économie redémarre et si la croissance n’est pas assommée par l’austérité, la contestation sociale pourrait bien en pâtir.

En outre, les revendications des groupes qui subissent les effets des compressions ne s’arriment pas facilement :

  • Voyons-nous les parents de la classe moyenne qui ont des enfants en  service de garde subventionné se mobiliser, organiser des manifestations?
  • Les étudiants vont-ils lancer un vaste mouvement de grève pour dénoncer l’austérité?
  • Est-ce que les employés du secteur public sont prêts à débrayer dans la foulée de leurs négociations collectives?
  • Les employés municipaux sont-ils toujours en mode protestation?

Québec solidaire a affirmé son soutien sans équivoque à ceux qui s’opposent aux mesures d’austérité, mais la porte-parole Françoise David semble bien consciente de la fragilité des liens qui les unissent.

Le printemps étudiant 2012 fait rêver les groupes sociaux et si une mobilisation importante n’est toujours pas exclue, la situation est très différente. Les conditions économiques des étudiants étaient beaucoup plus précaires que celles des employés du secteur public provincial et municipal et des parents visés par les hausses de tarifs en garderie.

Pour ajouter aux difficultés, une partie des employés du secteur de la santé se retrouveront en période de maraudage, au moment même des négociations collectives. Ça pose un sérieux défi pour la solidarité intersyndicale.

Une mobilisation d’une grande ampleur est toujours envisageable, mais le printemps approche. Et, pour l’instant, les opposants ne sont pas parvenus à coordonner leurs efforts.

Carlos Leitao et l’Institut économique de Montréal

Le ministre des Finances est un économiste prévisionniste réputé. Mais au plan idéologique, Carlos Leitao s’est montré assez discret jusqu’à présent. Lors de la présentation en commission parlementaire de l’Institut économique de Montréal sur le projet de loi 28, il a donné une idée plus précise sur sa façon de voir les choses :

« J’appuie beaucoup vos commentaires, c’est un peu rafraîchissant. Nous avons entendu beaucoup de groupes. Votre opinion diffère de celles qu’on a entendues avant. Je dois vous dire que c’est beaucoup plus proche de ce que moi je pense. De ce côté-là, on finit en beauté, on dirait. »

Pourtant, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui ont aussi témoigné lors de ces consultations, sont réputés pour être bien campés à droite, mais moins que l’Institut économique de Montréal, il est vrai. Les représentants de l’Institut venaient notamment de proposer au ministre Leitao que les policiers soient secondés par des civils ou par des entreprises pour les aider à assumer leurs tâches de nature administrative.

Si certains voulaient croire que Carlos Leitao pourrait tempérer les ardeurs du gouvernement Couillard, ils peuvent mesurer aujourd’hui l’ampleur de cette illusion.

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L’approche « légalo-légale » du PLQ

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 publié le 11 février 2015 à 21 h 05

Vous vous souvenez peut-être du débat sur la charte des valeurs et de l’embarras dans lequel le Parti libéral avait été plongé.

Rappelez-vous : le député libéral Marc Tanguay disait qu’il serait « tout à fait à l’aise » de côtoyer une députée portant le tchador (qui recouvre le corps de la tête au pied en laissant le visage découvert).

Rappelez-vous : le fracassant départ de Fatima Houda Pepin, expulsée pour les uns, incapable de compromis pour les autres, mais elle était certainement plus affirmative que son parti sur les questions de laïcité.

Vous pensiez que le PLQ avait appris sa leçon? Pas vraiment.

En arrivant au caucus du gouvernement mercredi matin, la ministre de l’Immigration Kathleen Weil s’est fait demander si elle accepterait de travailler dans son cabinet avec un intégriste religieux.

Voici deux extraits de sa réponse :

1- « Intégriste, ça dépend jusqu’où… s’il est rigoriste, mais qu’il ne fait pas de mal à personne. C’est ça l’inquiétude pour une démocratie, c’est la sécurité des gens. »

2- « On n’a pas de jugement à porter sur cette personne, en autant que la sécurité publique est protégée… »

En deux réponses, la ministre Weil a rappelé à gros traits le problème latent du PLQ sur ces questions : son approche « légalo-légale ».

D’accord, l’intégrisme n’est pas illégal en soi. D’accord, « en théorie », on ne peut pas faire de discrimination. Mais la politique, c’est autre chose. C’est avoir une certaine sensibilité sur ces questions, au-delà de la lettre légale.

À la sortie du conseil des ministres, Mme Weil a corrigé le tir :

« On s’entend, quelqu’un qui ne partage pas nos valeurs de démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, quelqu’un qui ferait la promotion de l’homophobie, ce serait impossible que quelqu’un comme ça se retrouverait dans mon cabinet. »

Il est évident que dans un cabinet politique, on n’engage pas quelqu’un qui ne partage pas ses valeurs ou sa vision politique.

Mme Weil aurait-elle engagé un adversaire politique? Non!

Pourquoi alors engagerait-elle un intégriste?

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Rentrée politique dans un climat social tendu à Québec

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 publié le 10 février 2015 à 17 h 54

Le ministre de la Santé s’est placé littéralement à l’avant-plan de cette rentrée parlementaire avec ce bâillon pour forcer l’adoption de son projet de loi sur la réforme des structures.

Et c’est lourd de sens.

On l’a vu, presque tous les groupes du domaine de la santé ont dénoncé la réforme du ministre. Il ne reste qu’un homme debout après l’adoption sous le bâillon du projet de loi, et c’est le ministre Barrette. Pourquoi? Parce que Gaétan Barrette a acquis quelque chose d’extrêmement précieux, et c’est la confiance, pleine et entière, du premier ministre et de son bureau.

J’oserais dire que le ministre Barrette les a transcendés.

C’est d’autant plus évident que M. Couillard pensait tout autrement que son ministre actuel il n’y a pas si longtemps, en décembre 2011.

Le premier ministre Philippe Couillard a autorisé le ministre Gaétan Barrette à réaliser son plan, son oeuvre. Leurs destins, à tous les deux, sont désormais liés. Ils se sont tatoués.

« Je viens d’écrire la première lettre de mon nom, a affirmé vendredi soir le ministre de la Santé. En 2018, les gens verront la signature au complet et ils jugeront. »

Car ce projet de loi n’est pas son dernier . Le 10 est adopté, maintenant c’est au tour du projet de loi 20, sur la tâche des médecins et la procréation assistée, et ensuite la mise en place du financement à l’activité dans les établissements de santé.

Et Yves Bolduc?

Est-ce que le ministre de l’Éducation obtiendra la même marge de manœuvre que son confrère pour réaliser sa réforme? Le ministre Bolduc et son gouvernement ne se sont pas illustrés pour le mieux dans le dossier des élections scolaires ni dans le projet de redécoupage et de fusions des commissions scolaires. Quelles sont les intentions réelles du gouvernement, quels sont les objectifs qu’ils recherchent?

MM. Bolduc et Couillard se contentent pour l’instant de professer des généralités sur l’élimination de la bureaucratie et le lien essentiel entre l’enseignant et l’élève. Des déclarations qui ne donnent aucun indice sur leurs intentions et qui ne permettent pas d’alimenter le débat public. Est-ce que le gouvernement Couillard entend mener cette réforme sans plus de consultations préalables que pour celle de la santé?

La consécration de Martin Coiteux

Le point de vue du président du Conseil du Trésor sur les finances publiques s’est révélé dominant au sein du gouvernement Couillard depuis les élections du 7 avril, et cela ne devrait pas changer au cours des prochains mois. Toutefois, après le budget, une fois l’équilibre atteint, il se pourrait que son influence diminue rapidement.

Martin Coiteux devra continuer à surveiller de près les dépenses de l’État. Mais si le gouvernement Couillard veut ensuite consacrer des efforts importants à la relance économique, ce n’est pas le président du Conseil du Trésor qui sera en première ligne.

La radicalisation, la sécurité et la neutralité de l’État

Philippe Couillard cherche à gagner du temps dans le dossier de la neutralité religieuse de l’État. En retardant le dépôt d’un projet de loi au mois de juin, il veut éviter d’unir contre sa proposition les cinq candidats à la direction du PQ. M. Couillard préfère de loin les laisser se disputer sur cette question. Lorsque la course sera terminée et que le nouveau chef des troupes péquistes aura probablement énoncé ses propres choix dans ce dossier, le premier ministre croit sans doute qu’il aura les coudées un peu plus franches. Il reste à voir si la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, parviendra à jouer efficacement un rôle de rempart au cours des prochains mois.

En matière de sécurité – la nouvelle priorité de Philippe Couillard – c’est la ministre de l’Immigration Kathleen Weil qui dirige le travail. Maintenant que le mot intégrisme religieux est devenu tabou, le gouvernement avance à pas feutrés dans un dossier dont les concepts évoluent au gré des événements et des réflexions du premier ministre. Et il n’est pas facile à suivre.

Le jour de la tragédie de Saint-Jean-sur-Richelieu, le premier ministre disait craindre une dérive sécuritaire. Après Charlie Hebdo, la sécurité est devenue l’ultime priorité. La seule chose qui paraît désormais certaine, c’est que le gouvernement Couillard n’interdira pas les symboles religieux pour les employés de l’État.

La relance économique

Malgré une mesure annoncée ce matin, la relance économique ne sera pas réellement à l’ordre du jour avant le budget. Le projet de loi pour permettre à la Caisse de dépôt et placement d’investir dans les infrastructures québécoises pourrait toutefois être présenté assez rapidement. Néanmoins, la chute du dollar canadien et du prix du baril de pétrole, combinée à une reprise aux États-Unis, devrait à la fois faciliter l’atteinte de l’équilibre budgétaire et ouvrir la voie à une croissance plus robuste, sans que cela n’exige trop d’efforts supplémentaires de la part de Québec.

Les oppositions

Il y aura les oppositions dans le Salon bleu et les oppositions à l’extérieur du parlement, dans la rue. Dans les deux cas, il ne sera pas facile de faire dévier le gouvernement de sa course.

Le Parti québécois devra mener de front son travail d’opposition officielle et gérer sa course à la direction. Sur le fond, le PQ ne conteste pas l’objectif d’équilibrer le budget en 2015-2016, il devra donc se contenter de dénoncer les moyens employés par le gouvernement pour atteindre le déficit zéro et déplorer le manque de mesures destinées à la relance économique.

La Coalition avenir Québec (CAQ) est dans la même situation et devrait formuler sensiblement le même type de critiques contre le gouvernement libéral. François Legault semble aussi prêt à dépenser beaucoup d’énergie pour discréditer le favori dans la course à la direction du PQ. Les sondages montrent qu’une victoire de Pierre Karl Péladeau pourrait amputer une part appréciable des appuis de la CAQ.

Des syndiqués du secteur public, des élus et des citoyens des régions, des groupes communautaires, des parents avec des enfants en garderie, des médecins, des employés municipaux et des étudiants notamment dénoncent l’approche libérale ou protestent contre des mesures précises. Des manifestations auront lieu cette semaine. Il est difficile de voir si la grogne populaire se transformera en vague de contestation. Pour le moment, tous ces groupes avancent en rangs dispersés.

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La date du référendum

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 publié le 10 février 2015 à 10 h 03

Trouver la bonne formule pour parler du moment du prochain référendum n’est pas une mince affaire, comme l’ont sans doute déjà constaté les aspirants chefs à la direction du Parti québécois.

L’évolution de la réflexion de Bernard Drainville sur la question en est sans doute la meilleure preuve. Il était quelque peu ironique samedi de l’entendre demander à Pierre Karl Péladeau de mettre de l’avant dès maintenant un plan clair sur l’accession du Québec à la souveraineté.

C’est que le propre plan de M. Drainville s’est lui-même complexifié ces derniers jours, à tel point qu’il ressemble un peu maintenant à celui que propose Pierre Karl Péladeau. En fait, au chapitre de la souveraineté, les plans des quatre principaux candidats se ressemblent plus qu’il n’y paraît, et ils ont tous leurs zones d’ombre.

Le plan Péladeau

Depuis son entrée en politique, il est souvent difficile pour les journalistes de faire parler M. Péladeau. Ses points de presse sont brefs, ses réponses courtes. C’est donc souvent au compte-gouttes que les journalistes parviennent à extraire l’information dont ils ont besoin pour bien saisir sa pensée.

Ainsi en a-t-on appris un peu plus au cours de la fin de semaine sur la stratégie référendaire que M. Péladeau empruntera s’il devient chef du PQ. En gros, le favori dans la course à la succession de Pauline Marois entend consacrer les trois prochaines années à faire la promotion de l’indépendance, sans préciser s’il compte organiser un référendum dans un éventuel premier mandat péquiste. Cette précision viendra en 2018, avant les prochaines élections générales, dont on peut déjà prévoir la date étant donné qu’elles seront théoriquement tenues à date fixe.

Le plan Drainville

Ce qu’il y a d’ironique, c’est que le plan proposé par Bernard Drainville – bien que plus étoffé – n’est pas très différent de celui retenu par M. Péladeau quant au moment où aurait lieu un éventuel référendum. S’il est élu chef du PQ, M. Drainville entend mettre sur pied un comité chargé de faire la promotion de l’indépendance.

Son plan initial était de consacrer un premier mandat du Parti québécois à préparer le référendum, qui aurait potentiellement eu lieu à l’intérieur d’un deuxième mandat, quelque part en 2023 ou en 2025, mais sa réflexion a évolué depuis.

En bref, M. Drainville, à l’instar de M. Péladeau, est lui aussi prêt à envisager la tenue d’un référendum dans un premier mandat, si l’environnement politique est favorable. Mais on ne le saura pas non plus avant 2018.

Le plan Cloutier

Alexandre Cloutier propose pour sa part une approche qui semble à première vue bien différente. S’il devient le prochain chef du Parti québécois, le jeune député entend ouvrir un registre que les Québécois favorables à la tenue d’un référendum seront invités à signer. Un an plus tard, le gouvernement organisera un référendum si au moins un million de signatures ont été recueillies. Dans le cas contraire, il n’y aura pas de référendum.

Le plan de M. Cloutier a le mérite d’être déjà connu, mais son issue reste incertaine. Il pourrait y avoir un référendum, comme il pourrait ne pas y en avoir. On ne sait pas non plus jusqu’à quel point un éventuel gouvernement péquiste dirigé par Alexandre Cloutier pèserait de tout son poids pour inciter les Québécois à signer le registre qu’il aurait mis en place.

Le plan Ouellet

Cette idée de registre proposée par Alexandre Cloutier n’emballe guère Martine Ouellet, qui y voit une étape de plus dans l’accession du Québec à la souveraineté. Le plan qu’elle met de l’avant est encore plus simple. S’il n’en tient qu’à elle, un gouvernement du Parti québécois déclenchera coûte que coûte un référendum sur la souveraineté dès son accession au pouvoir.

Le plan proposé par Mme Ouellet pourrait aussi évidemment ne jamais se réaliser, si la promesse d’un référendum rapide poussait les Québécois, comme ça a été le cas lors des dernières élections selon certaines analyses, à bouder le Parti québécois une fois dans l’isoloir.

En bref, font valoir ses adversaires, le plan de Mme Ouellet est peut-être le plus clair, mais c’est peut-être aussi celui qui a le moins de chances de se réaliser.

La mécanique référendaire

En résumé, s’ils comportent leurs différences, les plans de chacun des quatre principaux candidats se ressemblent davantage qu’on pourrait le croire à première vue. Cette ressemblance met d’ailleurs en relief la difficulté pour le Parti québécois d’aller au-delà des stratégies déjà connues du « référendum en temps opportun » et autres « conditions gagnantes ». Comme l’a résumé dimanche Pierre Karl Péladeau, il est bien difficile d’anticiper ce qui va se produire au cours des trois années et demie.

Le plus ironique de l’affaire est sans doute que les aspirants chefs du Parti québécois ont déjà commencé à s’interpeller sur leurs plans respectifs, alors qu’au même moment le conseil national du Parti québécois débattait d’un rapport indiquant que les militants ne souhaitaient plus aborder la question de la « mécanique référendaire ». Meilleure chance la prochaine fois!

Catégorie: Québec

Citizen Péladeau?

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 publié le 7 février 2015 à 20 h 04

La question est de Pierre Céré, le seul candidat de la course à la direction du Parti québécois qui n’est pas député : est-ce que « citizen Péladeau » est en train de s’acheter un parti politique?

L’expression « citizen Péladeau » fait évidemment référence au film d’Orson Welles Citizen Kane, considéré comme l’un des plus importants de l’histoire du cinéma. Le personnage principal de ce film est un magnat de la presse, Charles Foster Kane, inspiré par le parcours de véritables barons de presse aux États-Unis.

Le candidat Céré a un peu regretté cette image. Il a dit ensuite que c’était une blague, car elle implique que le Parti québécois est à vendre, une affirmation qui aurait pu irriter les militants. Mais il n’a pas reculé sur la critique qu’il a formulée à l’endroit de l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Il demeure qu’il est assez facile de tracer des parallèles entre le « citizen Kane » et le citoyen Péladeau.

Les deux sont des propriétaires de médias et, d’emblée, cela soulève la question sur leur statut de citoyen, de citoyen ordinaire, de citoyen comme les autres. Le sous-entendu du titre du film est que Kane, compte tenu de sa richesse et du contrôle qu’il exerce sur la société avec son entreprise de presse, n’est pas un simple citoyen. Cette question est au coeur de la course à la direction au PQ et, si M. Péladeau l’emportait, il est certain que les autres partis à l’Assemblée nationale chercheront à remettre cette question litigieuse à l’avant-plan.

Le film lève aussi le voile sur la vie privée de Kane. Le citoyen Péladeau n’a pas besoin d’un réalisateur comme Orson Welles pour exposer sa vie privée, Facebook convient parfaitement aux besoins de la mise en scène avec sa future femme, avec ses enfants. Ici, la vie privée devient partie intégrante de l’engagement public et du marketing politique du candidat. Il a évoqué lui-même, à la surprise de tous, l’état de ses relations avec l’animatrice Julie Snyder le jour même où il annonçait son entrée en politique, le 9 mars dernier à Saint-Jérôme.

Charles Foster Kane était un idéaliste qui s’est transformé en un homme obnubilé par le pouvoir et par son intérêt personnel. Dans le cas de M. Péladeau, le cheminement paraît plus complexe. Il aurait adhéré, dit-on, à des idées d’extrême gauche dans ses jeunes années avant de faire son entrée dans l’entreprise de son père. Ses plaidoyers contre le modèle syndical québécois au moment où il était PDG de Québecor ont contribué à façonner son image d’homme d’affaires intransigeant.

Aujourd’hui, il est député du Parti québécois, il veut en devenir le chef et dit en substance qu’il entend se consacrer au bien commun.

Le personnage Kane se lance en politique, dans ce film paru en 1941, et l’expérience se révèle malheureuse. C’est d’ailleurs la vie privée du « citizen Kane » qui vient contrecarrer ses ambitions politiques.

Pierre Karl Péladeau a remporté son élection dans Saint-Jérôme. Mais sa candidature – et la gestion de celle-ci par le PQ – a joué un rôle prépondérant dans la défaite humiliante de sa formation politique.

Au Conseil national à Laval, Pierre Karl Péladeau a offert bien peu de substance aux militants en faisant fi, dans son allocution, des questions qui avaient été soumises aux candidats. Il n’a d’ailleurs suscité qu’un enthousiasme tiède parmi les centaines de délégués présents.

Un sondage publié le matin même lui assure une avance considérable sur ses adversaires… au sein du Parti québécois. Face au chef libéral Philippe Couillard, M. Péladeau se retrouve à égalité (à 32 %), en perte de vitesse par rapport au dernier sondage.

Or, le député de Saint-Jérôme n’a encore présenté aucune position politique précise, sinon qu’il s’est contenté de multiplier sur les réseaux sociaux des dénonciations passablement virulentes contre l’action du gouvernement libéral qui cherche, selon ses dires, à détruire le modèle québécois.

Ce sondage Léger/Le Devoir/Le Journal de Montréal, en apparence très favorable pour Pierre Karl Péladeau, ressemble plutôt à une mauvaise nouvelle pour le favori dans cette course et pour sa formation politique.

De un, il semble que M.Péladeau aurait atteint le sommet de sa popularité parmi les Québécois (-4 points de pourcentage) et parmi les membres du Parti québécois (-5). Un prochain sondage permettra de voir si la tendance se confirme. Quant au Parti québécois, il se retrouve aujourd’hui à égalité avec la Coalition avenir Québec. Mais, ce qui est le plus déprimant pour le PQ, c’est que le plus populaire des candidats à la direction n’est même pas en mesure de faire miroiter la possibilité d’une majorité parlementaire, avant même qu’il ne soit mis à l’épreuve et surtout sans avoir présenté de programme politique.

Ce sondage confirme encore une fois les interrogations et les inquiétudes qui hantent le Parti québécois depuis les élections de 2012 sur la capacité du parti de René Lévesque de former de nouveau un gouvernement majoritaire.

Les membres du Parti québécois devront évaluer si le citoyen Péladeau pourrait offrir une réponse adéquate aux difficultés qui affligent le Parti québécois. Pour le moment, il paraît être « le moins pire » des candidats dans le sens où les obstacles qui sont désormais posés sur la route du PQ vers le pouvoir semblent plus difficiles que jamais à surmonter.

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Le flirt dans la course au PQ

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 publié le 2 février 2015 à 10 h 34

À quelques jours du début officiel de la course à la direction du Parti québécois, une dizaine de députés demeurent toujours dans le camp des non-alignés. Cela représente presque la moitié des députés qui ne sont ni candidats ni forcés d’être neutres en raison de leurs fonctions parlementaires.

Certains se sont vite associés à un candidat, comme Pascal Bérubé et Nicole Léger, qui ont choisi d’appuyer Pierre Karl Péladeau. Sylvain Roy, Alain Therrien et Guy Leclair ont fait de même en se rangeant d’entrée de jeu dans le clan de Bernard Drainville.

D’autres se font toutefois tirer l’oreille. Parmi les indécis, du moins parmi les non déclarés, on compte : Claude Cousineau, Sylvain Gaudreault, François Gendron, Véronique Hivon, Maka Kotto, Diane Lamarre, Nicolas Marceau, Lorraine Richard et André Villeneuve, sans oublier Jean-François Lisée, qui sera dorénavant libre d’appuyer un candidat si tel est son désir.

Évidemment, au jeu des appuis, tous les députés n’ont pas le même poids. Le soutien d’anciens ministres, qui ont plus de notoriété, vaut plus que celui des députés d’arrière-ban. L’appui d’une Véronique Hivon, par exemple, dont la contribution semble faire l’unanimité au sein du parti, vaut son pesant d’or. Celui du doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, aussi.

Les non-alignés soutiennent qu’ils veulent d’abord entendre les idées des uns et des autres avant de se prononcer. N’empêche, dans les différents camps, on commence à s’impatienter, et la pression s’accentue. Appels, rencontres, promesses… les jeux de coulisse s’intensifient autour de ceux qui n’ont pas encore fait leur lit.

Les députés qui prennent parti appuient généralement un candidat dont il partage les idées, mais ils ne sont évidemment pas inconscients de l’influence que leur choix risque d’exercer sur la suite de leur carrière.

« En 2005, j’ai appuyé André Boisclair plutôt que Pauline Marois. J’en ai payé le prix pendant cinq ans, de 2007 à 2012 [lorsque Pauline Marois était chef] », confie un député.

Dans le contexte où la victoire de Pierre Karl Péladeau semble acquise, faut-il s’étonner de ne pas voir davantage de députés se rallier à sa candidature? Oui et non. Certains font falloir à micro fermé que le député de Saint-Jérôme jouit d’une telle avance que leur appui ne sera même pas remarqué.

À ce compte, aussi bien appuyer quelqu’un d’autre, qui lui, s’en souviendra, se disent-ils. D’autres, ambitieux et doutant de l’habileté politique de PKP, pensent même à la prochaine manche lorsque viendra le temps de trouver un successeur à M. Péladeau. Enfin, certains seraient bien prêts à se rallier à lui, à la condition de voir leur valeur être reconnue… d’où l’intérêt qu’ils ont à se laisser courtiser plus longuement et à flirter avec plus d’un candidat à la fois.

Si les non-alignés peuvent prendre plaisir à se faire désirer pendant un certain temps, ils doivent aussi veiller à ne pas faire durer le jeu trop longtemps. « Plus la course progressera, moins l’appui de l’un ou de l’autre comptera », met en garde une source qui évolue dans l’organisation de Pierre Karl Péladeau.

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Le chemin de croix de Philippe Couillard

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 publié le 30 janvier 2015 à 17 h 21

Philippe Couillard poursuit ses tergiversations sur la laïcité depuis des mois, depuis au moins une année en fait, puisque c’est fin janvier 2014 que Philippe Couillard a expulsé de son caucus celle qui était à ce moment la députée de La Pinière, Fatima Houda-Pepin.

Les voies sinueuses qu’emprunte Philippe Couillard ne sont cependant pas impénétrables. Essayons de voir comment et où il tente d’amener les Québécois.

Le choix des mots

Le premier ministre insiste sur le vocabulaire qui devrait être employé pour évoquer ces questions.

Ce n’est pas la première fois dans ce débat. Loin de là. La « Charte des valeurs » de Bernard Drainville était un exemple de créativité et de marketing politique. Même l’expression « accommodement raisonnable » constitue une trouvaille intéressante lorsqu’on cherche à fabriquer des consensus.

Alors, M. Couillard délaisse désormais le terme « laïcité » au profit de la « neutralité religieuse » lorsque vient le temps de préciser l’action éventuelle de son gouvernement. D’emblée, qu’on soit d’accord ou pas, il faut accorder le mérite au premier ministre d’employer une notion qui est déjà bien présente dans ce débat.

Quelle est la différence?

Le philosophe belge Vincent de Coorebyter, dans ce texte, cherche à répondre précisément à cette question. Il explique que si on pousse l’effort de clarté à la limite, « on peut résumer la différence entre neutralité et laïcité comme une différence entre liberté et émancipation ».

Il juge que les deux concepts sont presque semblables au plan juridique, mais que les modèles de société qui en découlent sont bien différents.

La laïcité est souvent identifiée à l’Europe continentale et la neutralité religieuse de l’État au monde anglo-saxon. La laïcité emprunte souvent la voie des interdictions de symboles religieux, surtout parmi les employés de l’État, tandis que les juridictions qui s’inscrivent davantage dans le sens de la neutralité religieuse cherchent à limiter les interventions de l’État qui pourraient être perçues comme une atteinte à la liberté religieuse.

Lutter contre la radicalisation et non pas contre l’intégrisme

Pourtant, la lutte contre l’intégrisme était, il n’y a pas si longtemps, la priorité de Philippe Couillard. Maintenant que le premier ministre juge que l’intégrisme est acceptable, car il constitue un choix personnel, il montre du doigt la radicalisation comme la source de tous les maux.

Radicalisation est un mot fourre-tout. La radicalisation ne mène pas nécessairement à la violence, mais cela semble implicite dans les propos du premier ministre.

Alors que M. Couillard demande aux journalistes et aux Québécois de ne pas mélanger ces concepts distincts, il est difficile de ne pas constater qu’il est lui-même responsable d’une certaine confusion en passant d’un terme à l’autre et d’une priorité à l’autre, au fil des mois.

Mais, puisque l’objectif réel de Philippe Couillard est désormais de lutter contre la violence politique ou religieuse, dans quelle mesure pourra-t-il véritablement agir?

Le Code criminel relève du gouvernement fédéral. Les services de renseignements sont sous la coupe d’Ottawa. La Sûreté du Québec et le SPVM sont appelés à collaborer, mais, franchement, qu’est-ce que le premier ministre pourra faire concrètement pour éviter la radicalisation et pour faire face aux groupes et individus déjà radicalisés? Bref, qu’est-ce que Québec pourrait accomplir qu’Ottawa n’aurait pas fait? Les réponses ne sont pas évidentes et le gouvernement Couillard a seulement indiqué qu’il envisageait d’agir par l’entremise du Code civil.

La neutralité religieuse, le défunt projet de loi 94 et les droits fondamentaux

Lors de la conférence de presse à l’issue du caucus libéral, mardi dernier, Philippe Couillard a vanté les mérites de l’ancien projet de loi 94, qui avait été présenté par le gouvernement de Jean Charest. Ce projet de loi, qui comptait seulement 10 articles, exigeait que les services gouvernementaux soient donnés et reçus à visage découvert. Le projet de loi encadrait aussi les accommodements (tous les accommodements, pas seulement religieux, mais aussi pour les personnes handicapées par exemple) en rappelant qu’ils doivent respecter la Charte québécoise des droits (égalité homme-femme, neutralité religieuse) et qu’ils ne doivent pas imposer une contrainte excessive (par exemple des coûts élevés) à l’administration.

Lors de ce même point de presse, il a soutenu, en anglais, que son projet de loi, contrairement à celui du Parti québécois, sera légal et constitutionnel et que, d’aucune manière, il n’inclura des mesures discriminatoires.

Si le projet de loi 94 constitue un point de départ pour M. Couillard, il aurait avantage à consulter le mémoire de la Commission québécoise des droits de la personne qui met en doute la pertinence de ce projet de loi et propose une série d’amendements. Cette commission a pour mandat de faire la promotion et d’assurer le respect des droits énoncés dans la Charte québécoise des droits de la personne. Le gouvernement Charest n’a pas cherché à suivre les recommandations de la Commission. Le gouvernement Couillard sera-t-il plus attentif?

Quel sera le bon moment ?

Pour ce qui est de l’échéancier, Philippe Couillard a trituré plusieurs pages du calendrier. Au bout du compte, il a finalement indiqué qu’un projet de loi sur la neutralité religieuse pourrait être déposé en juin.

Ces questions sont délicates pour le Parti libéral, car ses clientèles électorales ont des points de vue divergents sur la laïcité. Les sondages montrent que les francophones sont plus interventionnistes que les anglophones. Ce n’est rien pour encourager le gouvernement Couillard à agir rapidement. Comme il a promis d’intervenir de toute façon, pourquoi ne pas le faire le plus tôt possible?

La réponse est assez simple : la course à la direction au Parti québécois. Philippe Couillard ne voit probablement aucune raison de livrer en pâture son éventuel projet de loi aux candidats péquistes qui, pour une fois, trouveraient le moyen de parler d’une seule voix pour dénoncer les intentions libérales. Non, les stratèges libéraux ont tout intérêt à ce que les péquistes continuent à débattre, dans l’espoir qu’ils en viennent à s’entre-déchirer sur ce thème délicat, parmi d’autres. Pas question de donner une occasion au Parti québécois de créer davantage d’unité dans ses rangs.

Une fois que le nouveau chef du PQ sera élu et qu’il aura énoncé ses propositions en matière de laïcité, la tâche pourrait alors se révéler un peu plus aisée pour le gouvernement Couillard.

P.-S. Pour une rare fois, comme je le mentionnais récemment dans ce blogue, Philippe Couillard a utilisé l’expression « islam radical » lundi dernier à son retour d’Europe. De toute évidence, le premier ministre voulait éviter de stigmatiser une communauté en n’utilisant pas le mot islam et ses déclinaisons dans un contexte négatif. En revanche, cela pouvait donner l’impression que le chef libéral était incapable d’identifier un problème tout de même réel et, en conséquence, de ne pas être en mesure d’y faire face.

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