Billets classés sous la catégorie « Québec »


Au buffet de l’austérité

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 publié le 25 novembre 2014 à 11 h 26

La stratégie n’est pas très subtile : publier un dimanche matin à 10 h le rapport de la commission Robillard sur la révision des programmes quelques jours à peine après que le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter le tarif quotidien des garderies.

C’est la stratégie de l’amputation : votre médecin vous dit qu’il doit vous amputer la jambe, il n’enlève que le pied. Vous vous dites que c’est terrible, mais que ça aurait pu être pire.

La commission Robillard propose d’augmenter à 35 $, pour tout le monde, le tarif quotidien des garderies? Le gouvernement le plafonne à 20 $. Et même si « fiscalement » le 35 $ est plus avantageux, le 20 $ apparaît moins élevé que 35 $.

La commission Robillard propose de réduire de 1,3 milliard de dollars les transferts aux municipalités? Le gouvernement les réduit de 300 millions (pour l’instant). « Ça aurait pu être pire. »

Le problème de la politique du « moindre mal », c’est qu’elle éloigne le gouvernement de son objectif de trouver 3 milliards de dollars pour équilibrer les finances publiques. La commission Robillard propose des économies de 2,3 milliards de dollars. Le gouvernement ne va pas aussi loin. Il faudra bien qu’il trouve l’argent quelque part.

Santé et éducation?

L’argent se trouve en santé et en éducation. Ce sont les deux plus grosses dépenses du gouvernement. Des ministères « trop complexes » pour être évalués rapidement, selon Lucienne Robillard. Mais ça viendra, dans quelques mois. Politiquement ce sera délicat parce que les Québécois tiennent à leur réseau de santé et à leur système d’éducation.

En attendant, le gouvernement ne fera pas de cadeaux de Noël. Il multipliera les annonces « difficiles » d’ici les Fêtes.

Au lieu de servir un énorme buffet difficile à digérer, comme l’a fait la commission Robillard, il présentera ses plats un à un, vous les offrira en petites bouchées pour éviter l’indigestion, mais surtout pour éviter de provoquer trop de mécontentement dans toutes les couches de la société.

Et il semble qu’en janvier et février, nous aurons droit à une espèce de Boxing Day de « bonnes nouvelles » (investissements et autres).

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L’idéologie derrière la réforme des services de garde

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 publié le 24 novembre 2014 à 14 h 35

Le premier ministre Philippe Couillard a reconnu qu’il y avait une démarche idéologique de son gouvernement avec l’instauration des nouveaux tarifs et des nouvelles règles pour les services de garde.

Selon M.Couillard, cette idéologie est celle de la véritable justice sociale.

En réalité, l’intention ou l’idéologie qui guide cette réforme vise de toute évidence à freiner l’expansion des centres de la petite enfance (CPE), qui sont l’équivalent d’une extension du secteur parapublic.

D’abord, parce que la nouvelle structure tarifaire proposée par le gouvernement Couillard pourrait encourager les ménages à revenus élevés à migrer vers des services de garde non subventionnés.

Puis, les nouvelles règles de financement des immobilisations pour les CPE seront beaucoup plus exigeantes. Pour un nouveau CPE, Québec paie actuellement 95 % des immobilisations. Il n’en paierait plus que 50 % selon la nouvelle proposition, et la différence devrait provenir du milieu. Il paraît évident que ça risque de limiter l’expansion des CPE pour favoriser les places subventionnées en garderie privée et en milieu familial qui sont moins onéreuses, ou encore les garderies non subventionnées.

Cette mesure soulève aussi des questions sur la capacité des milieux défavorisés ou des milieux en secteur rural à mettre sur pied de nouveaux centres de la petite enfance. Ces régions comptent moins de ressources financières et moins d’institutions avec lesquelles un partenariat pourrait être conclu.

Il y a également des interrogations sur les autres mesures « d’optimisation » des services de garde. Dans trois ans, les économies liées à « l’optimisation » atteindront 130 millions de dollars. Tant le ministère de la Famille que le cabinet de la ministre Charbonneau et le bureau du premier ministre se sont montrés avares de précisions sur la façon dont on dégagera cette somme.

La réduction des places « fantômes » (que les parents paient seulement pour « garantir » la place de leur enfant, sans qu’elle soit occupée) et des subventions aux immobilisations y contribueraient, mais la part la plus substantielle proviendrait surtout de « l’organisation du travail ».

La commission Robillard ne cachait pas que sa proposition de hausse de tarifs des services de garde visait à favoriser la concurrence entre les secteurs public et privé. Ce qui est tout de même ironique, c’est qu’à l’issue de l’exercice, les parents auraient subi une moins grosse augmentation avec la proposition de la commission Robillard (35 millions de dollars de moins par année).

C’est le crédit d’impôt d’Ottawa qui ferait la différence : Québec prévoit aller chercher 20 millions d’Ottawa, tandis que la Commission permanente de révision des programmes propose une grille de tarifs qui permettraient de recueillir environ 150 millions.

Que ce soit avec le gouvernement Couillard ou la commission Robillard, il est clair que l’idéologie qui prévaut va au-delà de faire payer davantage les parents, elle va au-delà de la notion d’utilisateur-payeur. Cette idéologie vise aussi à limiter l’expansion du service public dans les services de garde.

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Le pouvoir aux écoles?

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 publié le 20 novembre 2014 à 9 h 52

Les élections scolaires ont été un échec lamentable avec un taux de participation inférieur à 5 %.

En réaction, que prévoit faire le ministre de l’Éducation Yves Bolduc?

Réduire le nombre de commissions scolaires.

Pour réaliser des économies? Non, pas vraiment. Il s’agit plutôt de donner plus de pouvoir aux écoles, dit le ministre.

Vingt millions de dollars ont été dépensés pour tenir des élections scolaires qui étaient une catastrophe annoncée.

Ces élections ont produit un gâchis que le gouvernement Couillard veut maintenant utiliser comme prétexte pour procéder à une réforme dont il n’a jamais parlé en campagne électorale.

À bien y songer, peut-être que la Coalition avenir Québec avait une approche plus saine (et plus économique) d’annuler les élections et ensuite de procéder à une réforme du système d’éducation. D’autant que la CAQ aurait eu la légitimité d’agir, puisqu’elle avait affiché ses couleurs bien avant la campagne électorale.

Il est maintenant question à Québec d’abolir les élections et les postes de commissaires scolaires.

Néanmoins, sans élections scolaires, comment justifie-t-on le maintien de la taxe scolaire?

Québec pourrait décider d’aller chercher les mêmes sommes, mais par un autre procédé.

Cela demeure une opération assez risquée pour un gouvernement de refondre ou de déplacer une taxe, d’autant que la tentation pourrait être forte d’aller en chercher un peu plus dans le porte-monnaie des contribuables.

Enfin, qu’est-ce que ça signifie concrètement de donner plus de pouvoirs aux écoles?

Le concept a quelque chose de très séduisant. Mais que signifie-t-il?

Est-ce que chaque école aura sa liste de professeurs remplaçants? Est-ce que chaque école choisira ses professeurs spécialistes et ses professionnels? Est-ce que les professeurs auront un mot à dire sur les programmes d’enseignement? Est-ce que les conseils d’établissement pourraient s’arroger des pouvoirs qu’ils n’ont pas actuellement? Quels seront les nouveaux rôles des directions d’école?

Le pouvoir aux écoles, très bien, mais quels pouvoirs?

Le Parti libéral de Philippe Couillard a choisi de tenir les Québécois dans l’ignorance à l’égard de son projet de réforme globale du système d’éducation, à moins que nous assistions à une improvisation pure et simple.

Dans les deux cas, il y a lieu d’être inquiet.

On ne peut qu’espérer dorénavant que Québec prenne le temps de procéder à une consultation élargie et à une réflexion approfondie avant de bouleverser le système d’éducation pendant plusieurs années.

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Bisbilles en coulisse

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 publié le 18 novembre 2014 à 16 h 34

Ça grince, c’est certain.

Une rencontre spéciale du caucus libéral dédiée à la question des tarifs des services de garde est un signe indéniable d’un niveau d’inquiétude élevé parmi les élus libéraux.

Ça grince chez les libéraux, et c’est très rare.

L’entrevue du ministre de l’Économie Jacques Daoust, au quotidien Le Devoir, est une autre démonstration que les projets du gouvernement Couillard ne passent pas facilement, même au sein du Conseil des ministres!

Lorsqu’un ministre prend le soin d’expliquer qu’il n’exprime pas la position de son gouvernement, mais plutôt la sienne, dans un dossier qui est au cœur de l’actualité, c’est le signe qu’il y a des fissures.

Lorsque le premier ministre se sent obligé d’affirmer au Salon bleu que c’est « l’harmonie totale » au sein de son gouvernement, et que les ministres Daoust et Coiteux (président du Conseil du Trésor) jugent nécessaire de se serrer la main en public, c’est qu’il y a des dissensions.

Des fissures et des dissensions, c’est normal. Tous les conseils des ministres vivent des désaccords. Ce qui étonne, c’est que ces fissures deviennent visibles. Pour un gouvernement libéral, sans être inédit, c’est peu fréquent.

Alors, qu’est-ce que ça signifie? D’abord que mener de front des compressions budgétaires et des réformes majeures de structures (en santé et bientôt en éducation), c’est éprouvant, et encore plus particulièrement pour un nouveau gouvernement.

C’est aussi un signe de l’ampleur de ces compressions budgétaires, et surtout de l’importance de la hausse des tarifs des services de garde qui était envisagée par le gouvernement Couillard.

Par ailleurs, ça soulève un point d’interrogation sur la capacité du premier ministre Philippe Couillard non seulement d’assurer la bonne humeur de son caucus, mais, d’abord et avant tout, de maintenir la cohésion dans son Conseil des ministres.

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Le cynisme

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 publié le 11 novembre 2014 à 11 h 38

Les sondages placent souvent les politiciens au bas de l’échelle de confiance (remarquez, les journalistes ne sont parfois pas bien loin). Je me suis toujours dit que ce cynisme était un peu injuste pour des femmes et des hommes qui sacrifient une carrière, un bon salaire, pour servir l’État.

Peu importe le parti, je me suis même surpris à me dire que s’ils faisaient des promesses, c’était pour les tenir. Gel des tarifs, pas d’augmentation de taxes, création d’emplois, etc.

Alors, quand le ministre des Finances Carlos Leitao a affirmé lundi que la création de 250 000 emplois sur 5 ans n’était pas une promesse du Parti libéral, mais un « objectif », j’ai compris pourquoi nos politiciens sont toujours au bas de l’échelle de confiance.

Quoi? Un objectif? Pas une promesse? On avait tous mal compris? Alors, j’ai douté. Est-ce que j’avais mal compris? Avais-je mal interprété les mots utilisés en campagne électorale?

La réponse est non! Les paroles s’envolent, les écrits restent. Dans un communiqué publié le 6 mars par le PLQ, on peut lire : « Engagement : l’équipe économique du PLQ créera 250 000 emplois en 5 ans. »

Il me semble que c’est assez clair, non?

Une déclaration déroutante

Je précise, j’aime bien M. Leitao. Je le trouve candide, pas trop langue de bois, relativement transparent, pédagogue. Mais sa déclaration est déroutante.

- Il est ministre des Finances. A-t-il déjà baissé les bras sur sa capacité à créer des emplois?

- Le gouvernement est-il si ébranlé par les pertes d’emplois de septembre qu’il voit l’avenir en noir?

- Le fameux « trio économique » tant vanté est-il en train de se faire marquer plus de buts qu’il n’en marque?

- Mais surtout : que vaut une promesse électorale si six mois plus tard elle ne tient plus?

Une déclaration malhabile

En ce sens, la déclaration du ministre est non seulement malhabile, mais elle envoie aussi un message négatif au moment même où l’économie du Québec a de la difficulté à créer des emplois.

Rassurez-vous par contre. Le gouvernement prépare la réplique. Il décortique le marché du travail, avec comme prémisse qu’on ne peut plus l’analyser comme on le fait depuis 50 ans. Les mises à la retraite et la multiplication des emplois à temps partiel remettent en question la grille d’analyse, et donc ses conclusions négatives actuelles.

À suivre…

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Le discours important

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 publié le 5 novembre 2014 à 14 h 31

On nous avait promis un discours important. Toute la journée samedi, les stratèges de François Legault disaient aux journalistes qu’ils croisaient, dans les corridors de l’hôtel où se déroulait le congrès de la CAQ, d’être très attentifs au discours que devait prononcer leur chef le lendemain.

Important, le discours l’aura été, mais peut-être pas pour les raisons qu’on avait laissé entendre dans l’entourage du chef de la CAQ. Alors qu’on nous l’avait présenté comme un discours visant à réaffirmer le nationalisme dont se réclame la CAQ, le discours aura plutôt donné l’impression que la CAQ devenait de plus en plus fédéraliste.

Depuis la fondation de sa coalition, François Legault avait toujours indiqué qu’il voulait s’extirper de la dualité opposant fédéralistes et souverainistes pour mieux relever les défis économiques auxquels le Québec est confronté. Dans cette optique, le gouvernement devait redresser ses finances publiques, après quoi la prochaine génération de politiciens pourrait rouvrir le débat sur le statut du Québec. Il leur appartiendrait alors de choisir entre le fédéralisme renouvelé ou la souveraineté du Québec.

Pour bien mettre en évidence le fait que la CAQ voulait se distancier des débats sur l’avenir du Québec, François Legault avait déjà, en campagne électorale, indiqué clairement qu’il était hors de question pour son parti d’organiser un référendum. De la même manière, on ne l’avait pas non plus entendu prendre position en faveur de la réintégration du Québec au sein de la famille constitutionnelle canadienne. Tous ces débats, qu’il assimilait à de « vieilles chicanes », ne semblaient guère l’intéresser.

Dimanche, François Legault a toutefois semblé se rapprocher de l’une des deux options auxquelles fera face le Québec lorsque ses finances publiques seront rétablies. Alors que le chef de la CAQ exclut toujours un référendum sur l’indépendance du Québec, il n’écarte plus la ratification de la Constitution canadienne, même s’il prend bien soin d’ajouter qu’il ne sera plus en politique si cela se produit.

La question est donc : qui François Legault voulait-il courtiser avec son « discours important » de dimanche? À entendre ses stratèges, on avait l’impression qu’il chercherait à attirer le vote péquiste en adoptant un fort positionnement nationaliste, et en réitérant qu’une page d’histoire s’était tournée lors des dernières élections générales avec la débandade du Parti québécois. Sauf qu’à entendre le discours et les échanges qui ont suivi avec les journalistes, on a plutôt l’impression qu’il a tenté de courtiser une certaine frange de l’électorat fédéraliste en écartant définitivement le référendum, et tout en ouvrant la porte à la ratification de la Constitution.

Ambiguïté dans les intentions? Mauvaise interprétation de la part des journalistes? Maladresse de la part de M. Legault? On n’en sait trop rien. Bref, le « discours important » de dimanche aura davantage semé la confusion qu’il n’aura éclairci les électeurs sur le nouveau positionnement de la CAQ. Une impression renforcée par le fait que, depuis, François Legault ne semble pas très enclin à vouloir préciser sa pensée sur ce sujet. Ce n’est pas la première fois que la CAQ – ou son prédécesseur, l’ADQ – se trouve ainsi assise entre deux chaises.

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Réforme de l’éducation : l’improvisation libérale

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 publié le 4 novembre 2014 à 10 h 44

Après une réforme du réseau de la santé, voilà que le gouvernement libéral de Philippe Couillard annonce qu’il s’engage dans une réforme du réseau de l’éducation.

Mais alors, pour quelles raisons le premier ministre Couillard n’a-t-il pas jugé bon d’en parler lors de la dernière campagne électorale?

Est-ce parce que les libéraux n’ont pas vu venir le faible taux de participation aux élections scolaires? Difficile à croire. Peut-être qu’ils n’ont pas pris la peine d’y réfléchir, mais il est plus probable que les libéraux ont préféré attendre que le taux de participation parle de lui-même.

Il demeure qu’il s’en dégage une sérieuse impression d’improvisation de la part du gouvernement Couillard. Sous la pression de la Coalition avenir Québec, le ministre de l’Éducation Yves Bolduc a indiqué que le taux de participation à ces élections serait un test pour l’avenir des commissions scolaires. Dès lors, la suite était prévisible.

À moins de 5 % de participation, il est très clair que la démocratie scolaire est malade. Néanmoins, il faut reconnaître que c’était déjà pas mal clair en 2007 avec un taux de participation de 8 %.

Une réforme de la démocratie scolaire et des structures qui y sont associées serait beaucoup plus compliquée que le ministre Bolduc ne l’imagine. Et, en plus, sa propre crédibilité comme ministre de l’Éducation a gravement souffert, dans ce milieu, de ses déclarations maladroites sur les livres et les bibliothèques scolaires.

L’opération pourrait se révéler assez délicate.

L’abolition des commissions scolaires paraît tout de même peu probable. Même la CAQ a abandonné cette option et propose de les remplacer par des centres de services régionaux.

Un facteur déterminant est que la communauté anglophone bénéficie d’une protection constitutionnelle qui vise à lui assurer la gestion de ses écoles. En outre, cette communauté est intimement liée à la base électorale du Parti libéral, et elle est déjà heurtée par la réforme des structures en santé. Il serait toutefois difficile pour le gouvernement Couillard d’aller de l’avant avec une réforme à deux vitesses, l’une pour les francophones et l’autre pour les anglophones.

Le ministre Bolduc et le premier ministre Couillard auront peut-être besoin de plus que quelques semaines pour concocter le projet de loi pour mener à bien cette réforme de l’éducation, car elle pourrait être plus complexe qu’ils ne l’imaginent aujourd’hui.

Néanmoins, cela n’excuse en rien la négligence dont le chef libéral a fait preuve en omettant d’en parler aux Québécois au moment opportun. Et tout indique que cette réforme de l’éducation n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette négligence de M. Couillard, qui semble avoir décidé, comme tant d’autres avant lui, qu’une campagne électorale ne constituait pas une occasion pour aborder des sujets sérieux.

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Il faut d’abord dire que ça fait 30 ans que les gens d’affaires et fonctionnaires québécois vont en Chine, et on voit que la machine est bien huilée.

Pour cette mission, notre ancien collègue Jean-François Lépine faisait partie de l’équipe du premier ministre en tant que facilitateur. Il faut dire que Jean-François Lépine connaît bien la Chine parce qu’il y a été correspondant, notamment en 1984, lors de la mission du premier ministre René Lévesque. Cette fois-ci, il assistait le gouvernement particulièrement sur des questions d’étiquette. Comment agir? Comment aider les délégués québécois à mieux comprendre la mentalité chinoise?

J’en ai moi-même appris beaucoup sur l’étiquette dans l’Empire du Milieu. Il y a toutes sortes de façon de faire les choses. Par exemple, la carte de visite est très importante en Chine. On la remet à deux mains, et la personne qui la reçoit doit immédiatement la lire. Lorsqu’on reçoit ainsi une carte de visite, l’étiquette veut donc qu’on en prenne connaissance, et que gentiment, on pose une question à la personne qui nous l’a remise. Si je remets ma carte à mon vis-à-vis chinois, il va me poser des questions sur mon travail de correspondante parlementaire : « Ah, vous couvrez la politique québécoise, est-ce que vous êtes très occupée? Ça doit être passionnant! »

Autre exemple, quand on porte un toast, il faut tenir compte de la hiérarchie des gens avec qui on trinque. Ainsi, mon verre doit être plus bas que celui de la personne qui m’accompagne, surtout si c’est quelqu’un d’important.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en compagnie du gouverneur du Shandong, Guo Shuqing, lors d'une rencontre à Jinan. Photo : Radio-Canada

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en compagnie du gouverneur du Shandong, Guo Shuqing, lors d’une rencontre à Jinan. Photo : Radio-Canada

L’affaire du porc

Le premier ministre Couillard a commis un impair lorsqu’il a tenté de vendre davantage de porc québécois aux Chinois. Cela s’est passé lors de la rencontre de Philippe Couillard avec Guo Shuqing, le gouverneur du Shandong, dans un hôtel de la capitale, Jinan.

Le gouverneur est un homme important. Il dirige une province de 97 millions d’habitants. C’est énorme. C’est aussi un banquier et un candidat sérieux à la vice-présidence de la Chine dans la prochaine transition en 2018-2019.

Pendant ce tête-à-tête très officiel, le premier ministre Couillard a d’abord soulevé la question du porc. Les Chinois, de grands producteurs de porc, ont commencé à importer cette viande il y a une dizaine d’années. Le Québec aimerait donc faire partie des fournisseurs. Le gouverneur du Shandong lui a bien expliqué que du porc, ils en avaient, et que pour l’instant, ce n’était pas ce qu’ils recherchaient, qu’ils seraient davantage intéressés par l’importation de boeuf et d’agneau.

Philippe Couillard a commis un impair en faisant du porc le premier point de sa rencontre avec les dirigeants chinois. Alors qu’il insistait, le gouverneur lui a poliment opposé une fin de non-recevoir.

Quelles sont les conséquences de cette maladresse? Ce n’est pas clair. Une chose est sûre : les Chinois vont s’en souvenir. C’est une tache dans son dossier, dans ses relations avec la Chine. Le fait qu’il ait insisté a mis le gouverneur dans une situation d’embarras. Ce dernier l’a ramené à l’ordre une deuxième et une troisième fois.

Voici ce qu'on nous offre dans une chambre d'hôtel de Jinan, dans la province de Shandong, en Chine!

Voici ce qu’on nous offre dans une chambre d’hôtel de Jinan! Photo : Radio-Canada/Martine Biron


Prendre ses distances d’Ottawa

À Pékin, les premiers ministres du Québec, de l’Ontario et de l’Île-du-Prince-Édouard ont rencontré le ministre chinois des Territoires et des Ressources, Jiang Daming, pour discuter des ressources naturelles canadiennes.

La délégation canadienne aurait-elle pu rencontrer le ministre Daming s’il n’y avait pas eu trois premiers ministres autour de la table? En faisant front commun, les provinces s’ouvrent des portes.

Cette délégation conjointe à Pékin donne le signal que les provinces entendent développer une certaine autonomie dans leurs relations avec la Chine par rapport au fédéral. On sait qu’Ottawa a des relations assez difficiles avec l’Empire du Milieu, tant sur le plan économique que politique.

Après tout, l’Ontario et le Québec représentent les deux tiers de la population du Canada, et la moitié de l’économie du pays. En s’unissant pour tisser des liens avec la Chine, elles prennent leurs distances du fédéral et elles s’organisent. Cela ne veut pas dire qu’elles sont contre Ottawa, ou qu’elles trouvent que le fédéral travaille mal.

Elles se rendent bien compte qu’elles doivent être plus autonomes si elles veulent forger des alliances. Elles voient bien qu’avec les relations difficiles entre le gouvernement fédéral et la Chine, elles feraient peut-être mieux de prendre leurs propres affaires en main.

En passant, ce qui frappe à Pékin, c’est la pollution. On voit de la fumée et de la brume dans la lumière des phares. La pollution est  visible à l’œil nu! C’est quand même impressionnant!

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en tête-à-tête avec le maire de Shanghai, une ville chinoise de 24 millions d'habitants

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, en tête-à-tête avec le maire de Shanghai, une ville chinoise de 24 millions d’habitants. Photo : Radio-Canada/Martine Biron


Carte postale de Shanghai

Shanghai ressemble à un immense Time Square new-yorkais. C’est très clinquant. On sent très bien la relation amour-haine que les Chinois peuvent avoir avec les Occidentaux. Toutes les femmes qui sont sur les immenses panneaux publicitaires sont des Occidentales. Ils vendent des jeans et des produits de luxe, mais les femmes qui les présentent, ce ne sont jamais des Chinoises.

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Le persécuté

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 publié le 31 octobre 2014 à 10 h 41

« Vous semblez obnubilés », a lancé Stéphane Bédard aux journalistes au sujet de Pierre Karl Péladeau mercredi. Pressé de questions sur la situation de conflit d’intérêts dans laquelle se serait ou non placé PKP, le chef intérimaire du Parti québécois n’a pas caché son agacement. Il s’en est également aussi pris au leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, qu’il accuse d’être « obsédé » par le député de Saint-Jérôme.

Il est vrai que les journalistes se sont montrés, ce midi-là, particulièrement insistants envers le chef intérimaire, sans compter l’intérêt qu’ils ont démontré jusqu’à présent à disséquer les moindres prises de parole de PKP depuis son entrée en fonction. À cela s’ajoutent l’empressement des autres formations politiques présentes à l’Assemblée nationale à braquer les projecteurs sur PKP et leur insistance à vouloir tenir un débat sur l’indépendance des médias.

Si le chef péquiste intérimaire se montre publiquement agacé, on fait peu de cas en coulisse de toutes les critiques dont fait l’objet le favori à la succession de Pauline Marois. En fait, plusieurs militants péquistes voient plutôt d’un bon œil toute l’attention – même négative – que l’on porte au député vedette de leur formation politique. Pour nombre d’entre eux, c’est le signe que PKP est le mieux placé pour devenir chef du PQ.

Il y a bien sûr cette idée, ouvertement exprimée dans les rangs péquistes, ou sinon, tacitement sous-entendue, que c’est la crainte qu’inspire Pierre Karl Péladeau qui incite ses adversaires à s’acharner sur lui. C’est là la meilleure démonstration, croit-on, qu’il doit être choisi chef.

À cela s’ajoute l’idée, voire l’espoir, que Pierre Karl Péladeau devienne une sorte de martyr ou de souffre-douleur, accablé pour son appui à la souveraineté du Québec. Plus PKP sera critiqué, plus on semblera s’acharner sur lui, plus ce dernier sera à même de poser en persécuté et d’engranger des appuis populaires, estime-t-on dans les rangs péquistes.

On fait aussi le pari qu’il vaut mieux épuiser immédiatement toutes les questions que peut susciter son éventuelle accession aux postes de chef de l’opposition officielle et de premier ministre. Dans la mesure où le débat aura été fait, on pense qu’il sera plus difficile pour les adversaires de PKP de susciter l’indignation sur ces sujets une fois qu’il aura, le cas échéant, accédé à de nouvelles fonctions.

En 2005, les péquistes avaient fait en quelque sorte le même pari : ils s’étaient imaginé que les révélations ayant entouré la consommation de cocaïne passée d’André Boisclair, en pleine course à la direction, l’immuniseraient contre des attaques sur ce sujet une fois qu’il serait devenu chef. Ils faisaient erreur. Dans les mois après son accession à la tête du PQ, André Boisclair avait été poursuivi par les mêmes allégations, Jean Charest ne se privant pas pour rappeler les « erreurs de jugement » et pour souligner le « manque de maturité » dont aurait fait preuve le chef péquiste.

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Les droits et libertés, à la façon Philippe Couillard

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 publié le 30 octobre 2014 à 10 h 03

Lorsqu’il est question des droits de la personne, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, aurait-il tendance à se montrer plus exigeant envers les autres qu’il ne l’est pour lui-même?

Au lendemain de la tragédie d’Ottawa, le chef libéral a envoyé un message à peine voilé au premier ministre Harper afin que cet événement ne soit pas le prélude à une dérive sécuritaire : « Ce qui m’affecte le plus [...] c’est les glissements potentiels autant sur le plan de la sécurité, que l’on veut absolument ferme et sans concession, mais pas aux dépens nécessairement bien sûr des libertés civiles qu’on a. »

Dans le dossier de la charte des valeurs, le premier ministre Couillard avait qualifié ce projet de loi d’attaque « frontale » contre les droits et libertés de tous les Québécois.

À propos de la loi spéciale adoptée par le gouvernement Charest lors de la crise étudiante et qui restreignait le droit de manifester, Philippe Couillard a évoqué, par la suite, son malaise à l’égard de lois qui paraissent limiter les droits fondamentaux.

Ces convictions apparemment très fermes semblent s’estomper lorsque le premier ministre et son gouvernement sont eux-mêmes confrontés à des situations délicates.

À preuve, en Chine, Philippe Couillard a admis que c’est avec une grande retenue qu’il a abordé la question des droits de la personne. On ignore en quels termes il a évoqué la situation des droits de la personne dans l’Empire du Milieu — alors que des révoltes démocratiques grondent à Hong Kong et Macao —, car il s’est contenté de le faire en privé.

Le premier ministre montre surtout qu’il est préoccupé par la recherche d’investissements et que, dans ce contexte, il a jugé malséant de revendiquer le respect des droits démocratiques élémentaires auprès de ses partenaires.

Il y a un autre exemple, encore plus frappant et qui est passé largement inaperçu, de l’intérêt relatif de Philippe Couillard pour les droits de la personne. La semaine dernière, son gouvernement a fait adopter le projet de loi 8 qui interdit la syndicalisation des travailleurs dans les petites fermes.

Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, ce projet de loi était discriminatoire à plus d’un titre. Et pour ces motifs, elle avait recommandé au gouvernement Couillard de le retirer.

Le ministre du Travail Sam Hamad y voit plutôt un juste équilibre entre le droit d’association des travailleurs et la protection des petites exploitations agricoles.

La Commission des droits de la personne rappelle pour sa part que l’aide à une industrie particulière ne devrait pas justifier une violation des droits reconnus par la charte.

Les députés du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec ont voté pour le projet de loi, tandis que les élus du Parti québécois et de Québec solidaire s’y sont opposés.

Il est intéressant de noter que le premier ministre Couillard ne s’est pas présenté au Salon bleu au moment du vote, même s’il était à l’Assemblée nationale deux heures plus tôt et qu’il était toujours à Québec le lendemain matin.

Il est possible que Philippe Couillard ait préféré ne pas s’associer directement, par son vote personnel, à l’adoption de ce projet de loi potentiellement discriminatoire. Il demeure que c’est sous sa gouverne qu’il a été présenté, débattu et adopté. Une loi qui pourrait porter atteinte aux droits de ceux qui comptent assurément parmi les plus démunis, dont bon nombre de travailleurs immigrants qui n’ont pas le droit de vote.

Il serait utile de garder en mémoire cet épisode la prochaine fois que le premier ministre Couillard fera mention de l’ouverture et de la compassion dont sauraient prétendument faire preuve son parti et son gouvernement à l’endroit des personnes les plus vulnérables.

Et c’est aussi avec un grain de sel que pourront désormais être accueillies les professions de foi du premier ministre pour un respect rigoureux des droits de la personne et des libertés fondamentales.

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