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Vie privée, en toute discrétion

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 publié le 14 juillet 2015 à 15 h 10

C’est la veille de la fête du Canada qu’Industrie Canada a publié en toute discrétion les lignes directrices destinées aux entreprises comme Rogers et Telus, qui choisissent de publier des rapports périodiques sur les informations qu’elles fournissent sur leurs clients aux autorités policières ou autres.

Vous vous souvenez du tollé l’an dernier quand on a appris que des centaines de milliers de dossiers clients avaient été transmis à diverses agences, sur simple demande, sans recours à un juge, par trois entreprises de télécommunications. M. Harper se faisait rassurant : les autorités ont recours à un juge quand il le faut, disait-il. Et il était normal que « de temps à autre » des policiers ou des enquêteurs demandent des informations aux compagnies de télécommunications canadiennes. De temps à autre, c’est 800 000 fois en une seule année chez seulement trois fournisseurs, sur deux douzaines au total!

Dans la foulée de l’affaire Snowden qui dévoilait de grands pans de la collaboration aux États-Unis entre les géants comme Apple, Google, Microsoft et la National Security Agency (NSA), le débat s’est un peu animé au Canada également.

Ça n’a pas empêché l’adoption au cours de l’année écoulée de trois projets de loi qui ouvrent davantage la porte aux intrusions, mais bon.

Toujours est-il que les entreprises ont aussi subi les pressions de leur clientèle un peu surprise de la connivence entre elles et les forces de l’ordre. Par souci de transparence, mais aussi à cause de préoccupations commerciales et concurrentielles, les entreprises ont décidé de publier volontairement certains chiffres sur les demandes reçues – satisfaites ou non – ainsi que d’autres statistiques. Le mouvement s’est amorcé aux États-Unis, où les géants des télécoms, du nuage et du serveur ont pris les devants et ont uni leurs efforts pour alimenter le débat sur un site commun.

Au Canada, une demi-douzaine d’entreprises ont suivi. Mais le gouvernement Harper a voulu protéger le travail des autorités pour empêcher que ça ne nuise aux enquêtes. Il a donc établi des balises pour limiter les informations que ces entreprises mettraient dorénavant dans les rapports à leurs clients au sujet des informations qu’elles fournissent, sous la contrainte ou non, aux autorités.

Ce sont ces balises qui ont discrètement été publiées la semaine dernière, au même moment où le Commissaire à la protection de la vie privée, Daniel Therrien, publiait un rapport sur la transparence des entreprises canadiennes à ce sujet.

Des normes pour protéger le travail des enquêteurs, et beaucoup moins la vie privée

Le gouvernement permet que soient dévoilées dans les rapports les statistiques suivantes : le nombre de demandes reçues des autorités, le nombre de celles qui ont été satisfaites, rejetées ou contestées, ainsi que le nombre de clients ou de comptes dont les informations ont été fournies aux autorités.

Elles peuvent ventiler les chiffres en disant combien de dossiers ont été fournis volontairement, à leur initiative, en cas d’urgence, sous ordonnance d’un juge, etc. Les entreprises doivent toujours inscrire des données pancanadiennes, pas de chiffres provinciaux ou régionaux, ni sur les types de services visés (Internet, cellulaire, etc.). S’il y a moins de 100 dossiers dans une catégorie, prière d’inscrire de « 0 à 100 » afin de ne pas nuire aux enquêteurs. Et voilà. Toutes ces normes mises en ligne le 30 juin dernier pendant que vous vous prépariez à fêter le Canada.

Commentant la nouvelle politique d’Industrie Canada, le Commissaire Daniel Therrien indique qu’elle a été préparée par le gouvernement en « concertation » avec lui, certains ministères et l’industrie. On parle du partage de données relevant de la vie privée du public-client, mais on n’a pas cru bon d’inviter de ses représentants. C’est quand même un peu mal parti, non?

Il faut aussi préciser que la divulgation des données qu’elles transmettent aux autorités reste entièrement volontaire pour les entreprises. Celles qui choisissent de le faire doivent se conformer aux normes, surtout pour protéger le travail des enquêteurs, et beaucoup moins la vie privée. Les autres, dont Bell, peuvent toujours choisir de ne tout simplement rien dire à leurs clients.

Revenons en terminant sur l’analyse faite par le Commissaire à la protection de la vie privée des rapports de six entreprises qui avaient déjà commencé à publier des statistiques. Constat principal : un gros manque d’uniformité dans l’ouverture. Les rapports de six compagnies, Allstream, Rogers, Telus, TekSavvy, SaskTel et Wind Mobile, ont été scrutés.

C’est l’indépendante TekSavvy (250 000 foyers desservis) qui remporte la palme de l’ouverture. Elle est la seule (au Canada, c’est courant aux États-Unis) à fournir le nombre de demandes des autorités auxquelles elle a répondu, ainsi que les informations sur le contenu des données fournies, sur les comptes visés par les demandes et les cas où un avis a été envoyé au client.

Allstream et Windmobile sont en queue de peloton pour ce qui est de l’ouverture, suivies de près par Rogers et Telus. Rappelons que Bell ne figure pas au classement, car elle ne publie aucun rapport de transparence.

M. Therrien a pris un échantillon de 6 entreprises canadiennes et 14 américaines aux fins de comparaison. Vous pouvez voir les résultats d’une cinquantaine de fournisseurs nord-américains pour voir où se situe votre fournisseur de téléphonie résidentielle ou cellulaire, ou encore de service Internet ou de stockage en ligne sur le spectre de la transparence.

Quant aux règles fédérales mises en place dans le creux de l’été, elles constituent probablement un pas en avant. Mais comme elles ont été élaborées sans participation du public, on peut y voir une certaine contradiction à la base.

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Le père Noël en juillet

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 publié le 13 juillet 2015 à 15 h 03

Le ministre Pierre Poilievre s’est donné des airs de père Noël hier en invitant les médias à un réveillon, en plein après-midi, par un beau dimanche caniculaire de juillet. Ceux et celles qui vont recevoir les cadeaux? Les familles canadiennes qui vont voir arriver dans leurs boîtes aux lettres, mais surtout directement dans leurs comptes en banque, des montants qui totaliseront 3 milliards de dollars la semaine prochaine au titre de la Prestation mensuelle pour la garde d’enfants (PUGE).

Trois milliards par mois! Tous les mois? Un programme de plus de 20 milliards de dollars par an? Mais non, rassurez-vous, le père Poili… euh, le ministre Poilievre était là pour rappeler aux familles canadiennes qu’elles recevraient rétroactivement la Prestation, qui est en fait bonifiée depuis janvier dernier. Soixante dollars de plus pour les enfants de moins de 6 ans et un nouveau versement de 60 $ pour les 6-17 ans qui n’étaient pas couverts avant. Vous comprenez, les enfants de 16-17 ans, il faut faire garder ça.

Le gros chèque des six premiers mois de l’année est versé en juillet parce que les lutins du père Noël ont mis tout ce temps-là à ficeler le tout dans un bel emballage électoral.

Les deux tiers des quatre millions de familles visées recevront le montant additionnel par dépôt direct, une façon très plate de recevoir un cadeau, on en conviendra tous. C’est pour ça que le bon ministre Poilièvre tentait hier d’attirer l’attention, car un dépôt direct, en pleines vacances, ça aurait pu passer inaperçu. Il ne manque plus qu’une belle campagne publicitaire pour s’assurer d’un maximum d’impact… Oups, la voici, mais ne cherchez pas le traîneau et le petit renne au nez rouge.

Le ministre Poilievre indiquait donc que les familles recevraient « en une seule journée » les versements qui totalisent près de 3 milliards de dollars, dont 2,45 milliards pour les six premiers mois de l’année. Ajoutez à ça le versement pour le mois de juillet, la Prestation bonifiée, et vous arrivez au total de 2,986 milliards de dollars ou « environ 3 milliards de dollars » comme le titre le communiqué. On ne se chicanera pas pour 14 petits millions.

Dans le communiqué, M. Poilievre note qu’il s’agit là du « plus important versement ponctuel à ce jour ». Bon. S’il avait attendu quelques mois de plus pour verser le rétroactif à janvier dernier, disons jusqu’en octobre, il aurait battu ce record. Les ordinateurs du ministère auraient été en mesure de faire le calcul, mais la tactique aurait peut-être été trop évidente. Octobre, ça vous dit quelque chose?

Dans la publicité, la dame qui se réjouit de l’augmentation de ses prestations fait remarquer que son « salaire n’entre pas dans les calculs ». Rigoureusement exact quand on parle du chèque de la semaine  prochaine. On peut cependant rappeler à la dame que son salaire va entrer en ligne de compte le printemps prochain quand elle remplira sa déclaration de revenus, car la PUGE est imposable.

En plus, tout en la bonifiant, le gouvernement Harper élimine le crédit d’impôt pour enfants. Il va là aussi récupérer au printemps prochain des sommes qu’il envoie cet été. En fait, sur le fameux 3 milliards de la semaine prochaine, les familles en question retourneront 329 millions en raison de l’imposition de la PUGE. Elles renonceront aussi à plus de  1 milliard à cause de  l’abolition du crédit d’impôt pour enfants. C’est 45 % du « plus important versement ponctuel » de M. Poilievre.

Celles qui réclament la déduction pour frais de garde recevront de leur côté 65 millions de plus, ce qui va amoindrir le choc de l’imposition des autres mesures.

Voilà pour l’annonce du père Poil… du ministre Poilievre, une annonce faite juste à temps pour le Noël du campeur.

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Le plan libéral (suite)

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 publié le 8 mai 2015 à 17 h 07

Quatre jours après le lancement de son plan « REDONNER à la CLASSE MOYENNE » (les majuscules sont libérales), l’équipe de Justin Trudeau y va d’une réplique à certaines critiques ou réserves, que ce soit celles, prévisibles, des adversaires politiques ou encore celles de l’industrie du commentaire politique.

Présentée comme les « faits » sur le sujet, le « rappel à la réalité » est, dans les règles de l’art, une réponse point par point et aussi une annonce d’intention en ce qui concerne un aspect encore absent du discours libéral, la garde des enfants.

Excellente occasion, donc, de revenir sur deux angles de ce plan qui vise les familles avec enfants ainsi que tous les contribuables qui déclarent des revenus de plus de 45 000 $.

Commençons justement par la baisse d’impôt de la « classe moyenne » couplée à la hausse imposée au club des 200 000 $ et plus. Un changement à coût nul, on prend 3 milliards de dollars d’un côté et on le transfère de l’autre. Plusieurs analystes font valoir qu’une simple règle de trois ne suffit pas, que des changements de comportement sont à prévoir et que les 3 milliards ne seront pas nécessairement au rendez-vous. Les calculs libéraux tiendraient compte de ce phénomène, assure-t-on. L’un de ceux qui ont une recette, c’est le directeur parlementaire du budget, on l’a essayée et on a aimé le goût.

Quand je parle de tous les contribuables, on va voir que la classe moyenne de M. Trudeau couvre large et pas seulement ceux qu’on cible ouvertement.

En fait, quand M. Trudeau dit qu’il abaisse de 7 % le taux d’imposition des « Canadiens dont le revenu imposable se situe entre 44 700 $ et 89 401 $ par année », une précision s’impose. C’est la tranche de vos revenus à l’intérieur de cette fourchette qui sera taxée à 20,5 % plutôt qu’à 22 %. Donc, si votre revenu imposable est de 50 000 $, la baisse s’applique aux derniers 5000 $ pour une économie de 75 $ par an. En haut de cette fourchette, à 89 000 $, c’est la baisse maximale de 675 $ dont vous bénéficiez.

C’est vrai pour TOUS les contribuables dont les revenus imposables dépassent les 89 000… Eh oui, même économie de 675 $ si vous déclarez 120 000 $, 150 000 $, etc. Une vaste classe moyenne! Mais n’oubliez pas qu’en haut de 200 000 $, M. Trudeau vient vous chercher avec votre « contribution » : vos revenus en haut de ce seuil seront taxés à 33 % plutôt qu’à 29 %.

Autre précision, les deux tiers des contribuables canadiens déclarent des revenus de moins de 45 000 $ à l’Agence de revenu du Canada, compte tenu des déductions. On parle souvent de gens qui font jusqu’à près de 60 000 $ qui ne bénéficieront pas de la promesse libérale.

Si on regarde le plan libéral dans son ensemble, on peut constater d’un coup d’oeil que si vous n’avez pas d’enfant et que votre salaire brut tourne autour de 50 000 $, il n’y a rien pour vous là-dedans. Que vous viviez en couple ou seul, peu importe votre âge. On peut se demander si une révision d’ensemble de la fiscalité des particuliers, un peu comme Paul Martin l’avait fait en 2000, n’aurait pas été plus cohérente… mais plus compliquée à expliquer!

Et vous êtes relativement nombreux dans ce qui semble au moins être en partie la classe moyenne. Si on regarde, par exemple, les données sur les revenus des ménages de Statistique Canada de 2011, on se rend compte que la proportion des ménages sans enfant avec revenus de moins de 50 000 $ tourne autour de 30 %. Un ménage sur trois. Chiffre « conservateur », ouille! Non, pas ce conservateur-là…puisqu’on parle des revenus des MÉNAGES… Un couple qui fait un total de 80 000 $ ou 90 000 $, c’est-à-dire 40 000 $ ou 45 000 $ chacun, ne saute pas la barre non plus. Vous comprenez que le 30 % gonfle rapidement et la classe moyenne de M. Trudeau se dégonfle d’autant, pour l’instant en tout cas.

Le chef libéral a indiqué lundi qu’en plus des services de garde, son parti se penchait sur les questions de pauvreté, entre autres. Donc, des attentes pour une partie de ces ménages. De nouvelles mesures ciblées à prévoir, question de séduire d’autres couches, les plus larges possible, de la population et de coller au discours sur la classe moyenne.

Une question de gros bons sens en terminant. Chiffres à l’appui, M. Trudeau se targue d’avantager 9 familles canadiennes sur 10 avec son allocation, c’est 90 %, ça! On envoie des chèques à tout ce monde-là, comme les conservateurs d’ailleurs avec leur prestation universelle pour la garde des enfants. Une question pour MM. Trudeau et Harper : tant qu’à retourner aux gens de l’argent qui vient en bonne partie d’eux, pourquoi va-t-on tout d’abord chercher l’argent?

Même s’il y a un élément de redistribution dans le plan Trudeau, dans un certain sens, le « redonner » veut bien dire ce qu’il veut dire. « Redonner : 1- v. tr.  Donner de nouveau (une même chose ou une chose semblable). Redonner à quelqu’un ce qu’on lui avait pris. » (Petit Robert)

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Justin Trudeau, la simplicité volontaire

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 publié le 6 mai 2015 à 17 h 31

Justin Trudeau a enfin quelque chose à proposer aux Canadiens, alors qu’on s’impatientait de plus en plus de son manque de substance et surtout de son peu d’engagements clairs en prévision de la prochaine campagne. Il peut donc commencer à se promener dans le pays à visière levée, les épaules dégagées. Il a des politiques, mais surtout un message tout frais à livrer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire au lendemain de la divulgation de son « plan ».

Présenter le document de lundi comme LE plan de M. Trudeau pour « redonner à la classe moyenne », c’est donner l’impression qu’on a déjà fait le tour de ce qui promettait d’être le thème central de sa campagne. Les mesures sont substantielles, mais M. Trudeau a déjà annoncé lundi que d’autres engagements viendraient en matière d’éducation, de pauvreté et d’autres enjeux citoyens.

Les baisses et hausses d’impôt et la nouvelle allocation aux enfants donnent ce qui sera le ton des libéraux pour la prochaine campagne. Et elles seront confrontées à des équivalents des conservateurs et des néo-démocrates. M. Trudeau a beaucoup parlé des politiques de M. Harper qui divisent. Ses premiers engagements concrets s’appuient eux aussi sur des choix de clientèle électorale.

Ainsi, les fameux 1 %, ou les 0,85 % pour être plus précis, paient déjà 20 % de tous les impôts au pays; il alourdit leur fardeau de 12 %. Aux 1 % « qui ont réussi », comme dit M. Trudeau, il oppose à sa façon un 24 %. C’est la proportion des gens qui déclarent à l’Agence du revenu du Canada des revenus imposables de 45 000 $ à 89 000 $. Précisons que tous ceux qui déclarent plus de 89 000 $ touchent aussi le maximum. Mais pourquoi ajouter ça dans le portrait, gardons ça simple, se sont sûrement dit M. Trudeau et cie.

On parle jusqu’à maintenant de contribuables individuels. Si on va du côté des familles, là, les libéraux ratissent assez large également. Tous les ménages dont les revenus vont jusqu’à 150 000 $ recevront au net plus d’argent d’un gouvernement libéral que d’un gouvernement conservateur et ils continueront de recevoir des chèques mensuels jusqu’à ce que leur revenu familial atteigne 190 000 $. Calcul libéral : 9 familles sur 10 seront avantagées par la nouvelle allocation.

On comprend tout de suite l’opposition avec le choix conservateur sur le fractionnement du revenu, qui ne touche que 15 % des familles, dont la plupart ont des revenus supérieurs à la moyenne. Au jeu des divisions de clientèle et des calculs, les libéraux semblent être devenus aussi intéressés que les conservateurs.

En fait, ils ont décidé de jouer sur le même terrain que les conservateurs, soit celui de cibler une clientèle, mais en visant nettement plus large. On a beaucoup interrogé M. Trudeau, depuis deux ans, sur sa définition de la fameuse classe moyenne. Le chef libéral et ses conseillers ont décidé de ne pas s’emberlificoter dans un débat à n’en plus finir. Il n’aime pas plus la sociologie que Stephen Harper.  On est allé au plus simple, au plus facile à définir, tout en ayant l’air d’avoir fait ses devoirs, là aussi, comme les conservateurs.

Il y a deux types de familles avec enfants au Canada et elles se trouvent de part et d’autre de la barre des 150 000 $ de revenu. Neuf familles sur 10 se trouvent en bas de cette barre, c’est clair? Et simple aussi.

Pour la baisse d’impôt financée par 3 milliards de dollars qui viendront du 1 %, on verra comment réagiront ceux dont M. Trudeau dit qu’ils ont toujours accepté d’aider dans le passé. Mais, de toute façon, qui viendra pleurer sur leur sort ? Le discours public des dernières années autour du 1 % répond à la question, si vous vous la posiez encore.

On a beaucoup entendu les expressions « Justin des Bois » et « Robin Trudeau » depuis lundi. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un peu de « Stephen Trudeau »? Sinon dans le contenu, du moins dans la manière, la tactique. Surprenant? Lisez plutôt.

Un chèque! « Il suffisait d’y penser », ont dû se dire les collaborateurs de M. Trudeau. Les libéraux nous ont plutôt habitués au fil des années à des services et à des programmes nationaux, souvent complexes, financés à même les impôts. Les chèques aux parents? On s’en méfiait, au point de mener à cette bourde d’un adjoint de Paul Martin, lors de la campagne de 2005-2006, sur les parents qui « achèteraient de la bière et du pop-corn avec cet argent-là ».

Qui aurait cru que c’est Justin Trudeau, un libéral, qui dirait qu’il faut que les citoyens aient plus d’argent dans leur poche parce que :

« Il y a bien des études qui ont démontré que c’est bien efficace de donner à ceux qui en ont besoin plus d’argent dans leurs poches pour faire croître l’économie et faire réussir leurs familles. »

Donc, une bagarre à la régulière, mon chèque contre ton chèque et ma baisse d’impôt contre la tienne.

« Redonner », au 1% qu’on impose davantage, un chèque plus gros et sans impôt… C’est simple, nettement plus que de parler de dollars en infrastructure et de leurs retombées. La méthode conservatrice, à l’intérieur d’un cadre conservateur également. Celui d’un État que Stephen Harper a rapetissé ces 10 dernières années, un nouveau terrain de jeu imposé par son rival, que Justin Trudeau a adopté.

Jusqu’à maintenant, Thomas Mulcair est le seul qui semble vraiment vouloir renverser la vapeur sur la taille de l’État fédéral avec ses hausses d’impôt des sociétés pour financer des initiatives comme des garderies.

À venir, quelques questions sur le  plan Trudeau.

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Les résultats de la rencontre d’Iqaluit

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 publié le 27 avril 2015 à 21 h 00

Depuis le 1er janvier, le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire total sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin.

Depuis le 1er janvier, le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire total sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin.

Dans un des bons restaurants d’Iqaluit, il y a sur le menu un spécial Toundra et Mer, qui conjugue la viande de caribou et un filet d’omble de l’Arctique. « Vous êtes chanceux , prévient la serveuse, c’est la dernière viande sauvage qu’on peut servir. »

Le gouvernement du Nunavut a imposé un moratoire sur la chasse au caribou sur la terre de Baffin depuis le 1er janvier dernier.  Les populations diminuent à vue d’œil. Un recensement aérien en 2012 a compté 5000 bêtes, soit 95 % de moins que dans les années 90. Pour éviter la disparition totale du cheptel, le moratoire est complet et indéfini. Les facteurs responsables de la diminution du nombre de caribous sont mal identifiés, mais la population grandissante et l’accès de plus en plus facile au territoire de chasse jouent un rôle. Et les changements climatiques? Peut-être, mais ce n’est pas dans le discours officiel de la ministre de l’Environnement qu’on trouve la réponse.

Lors de la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique, à Iqaluit, la ministre Leona Aglukkaq, aussi responsable de l’Arctique, a résumé les réalisations canadiennes pendant ses deux ans de présidence de l’organisme. Elle n’a mentionné les mots « changement climatique » qu’une seule fois, parce que le Canada a développé un portail Internet sur l’adaptation aux changements climatiques, qui permet aux populations locales de partager de l’information sur les meilleures façons de réagir à un climat changeant.

Par contre, elle a parlé de la protection de l’environnement, qui a été abordée durant la présidence canadienne surtout du point de vue du développement économique : l’environnement bien protégé aide le tourisme et les populations locales qui développent des entreprises.

Il était impossible de ne pas comparer le discours de fermeture de la ministre Aglukkaq à celui du secrétaire d’État américain qui acceptait la présidence tournante de l’organisme au nom des États-Unis. Le mot climat se retrouve 13 fois dans son discours, dont 10 fois pour parler de changements climatiques.

« Il ne s’agit pas d’un défi de l’avenir, a dit John Kerry. Nous avons pris un chemin dangereux. » Et les États-Unis vont tout faire pour préparer l’Arctique à l’impact des changements climatiques. Parce que, souligne-t-il, les communautés du Nord vivent déjà avec les conséquences des tempêtes impitoyables et des glaces qui fondent et font déborder les rivières qui emportent tout sur leur passage. De fait, les communautés du Nord subissent plus intensément que les communautés du Sud les effets des changements climatiques.

Donc, il veut étoffer le nouvel accord-cadre sur les émissions de carbone noir et de méthane. L’administration Obama sera en place pour 21 des 24 mois que durera la présidence américaine du Conseil, et elle a clairement décidé que le travail qui y sera fait reflétera l’importance que le président a décidé d’accorder à l’environnement malgré l’opposition des républicains.

Et le secrétaire Kerry de rajouter que, pour lui, le travail accompli au Conseil de l’Arctique n’est que le prélude à l’accord plus global qui devrait être conclu à Paris, un accord plus ambitieux et plus large, mais indispensable selon lui.

Tout, dans le discours des Américains, donne espoir aux environnementalistes, mais on n’en est qu’au début de la présidence des États-Unis. Il faudra qu’ils prouvent que leurs paroles ne se sont pas envolées dans le vent d’Iqaluit.

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Déséquilibre fiscal : un retour?

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 publié le 30 mars 2015 à 12 h 28

Le débat sur le déséquilibre fiscal est-il en voie de ressurgir? Pourrait-il s’inviter dans la campagne électorale fédérale de l’automne prochain? Sous quelle forme? Le premier ministre Harper et son ministre Jim Flaherty pensaient certainement le débat mort et enterré avec la réforme du budget de 2007, mais voilà que la réalité budgétaire des provinces le ramène à la surface.

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, y a d’ailleurs fait discrètement allusion dès son premier budget, l’an dernier. En fait, il décrivait un nouveau déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces, sans le nommer ainsi. Il parlait alors de l’aide souhaitée, attendue même, du fédéral, en raison de la marge de manoeuvre financière nettement plus importante à Ottawa.

On a justement eu droit ce mois-ci à une contribution très intéressante d’experts et de gens du milieu des affaires, qui pourrait fournir des munitions aux provinces, mais aussi aux adversaires de Stephen Harper. Ils proposent des relations plus suivies entre le premier ministre canadien et ses homologues provinciaux ainsi que des investissements fédéraux accrus dans certains domaines.

Dans son numéro de mars/avril, l’Institut de recherche en politique publique propose un thème général, « Bâtir un avenir meilleur », qui permet de faire le tour du rôle qu’Ottawa peut ou doit jouer dans une foule de domaine au moment où les Canadiens s’apprêtent à choisir le prochain gouvernement.

De plus, la table ronde d’experts et de gens du milieu des affaires, qui répond à la question : « Quel enjeu économique doit arriver en tête des priorités de ce gouvernement et quelles mesures doit-il prendre pour y faire face? », remet à l’ordre du jour la question du fédéralisme fiscal et de la relation entre les deux paliers de gouvernement en matière économique.

Premier constat : sur les 12 personnes consultées, 5 réclament directement une action, un virage, dans la relation fiscale au pays. Thomas Courchesne, un bonze du fédéralisme fiscal,  titre tout simplement sa réponse : « Résoudre le déséquilibre fiscal ».

Marcelin Joanis estime de son côté qu’il faut « revoir les arrangements financiers intergouvernementaux ». Don Drummond ajoute son grain de sel par la bande, en demandant au prochain gouvernement canadien de faire d’une offensive en éducation et en formation (notamment chez les Autochtones) un grand chantier national.

En gros, la moitié des 12 répondants notent que l’argent est à Ottawa et les dépenses en croissance, assez incontournables, du côté des provinces.

En plus, deux autres contributeurs demandent au fédéral de revoir la fiscalité des particuliers de façon à la simplifier, mais surtout pour lui permettre d’atteindre ses véritables objectifs de redistribution de la richesse.

Le gouvernement Harper, après avoir réformé en 2007 la péréquation au terme d’une grande consultation nationale, a unilatéralement changé la donne en ce qui concerne les transferts pour les programmes sociaux et la santé. C’est vrai que ces transferts continueront d’augmenter au fil des années, mais souvent moins rapidement qu’ils ne l’auraient fait avant les changements unilatéraux.

Les constats de la douzaine de personnes de la table ronde économique touchent plusieurs sphères d’activité, mais ils tournent pour la plupart autour de la place plus grande qu’Ottawa doit prendre, au moment où le gouvernement en place tend plutôt à limiter ses interventions et même son éventuelle capacité d’intervenir.

Thomas Mulcair, avec son rétablissement promis du calcul original du transfert fédéral en matière de santé, et Justin Trudeau, avec sa volonté de hausser substantiellement les investissements en infrastructure et les fonds fédéraux en enseignement postsecondaire, rejoignent assez directement les préoccupations des gens de la table ronde.

Le gouvernement Harper mise toujours sur certaines données favorables en matière d’emploi et sur des mesures pour les consommateurs fort séduisantes pour l’électorat. Ses récents allègements fiscaux pour les familles et les hausses de la prestation pour la garde d’enfants vont peut-être faire le bonheur des bénéficiaires, mais elles vont à l’encontre de ce qui est proposé  à long terme par les experts consultés.

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Michael Zehaf-Bibeau, le « terroriste »

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 publié le 6 mars 2015 à 18 h 00

On a finalement vu le manifeste vidéo enregistré par Michael Zehaf-Bibeau avant ses attaques du mois d’octobre dernier.

On peut voir 55 secondes d’un discours plutôt éloquent venant de quelqu’un qui a l’air calme et en pleine possession de ses moyens.

La GRC en a enlevé 18 secondes, 13 au début et 5 à la fin, pour des raisons liées à l’enquête, nous dit-on. Ces 18 secondes expliquent-elles pourquoi il a fallu quatre mois à la GRC pour rendre la vidéo publique? On ne nous l’explique pas, mais les 55 secondes que l’on peut voir ne nous permettent pas de comprendre pourquoi il a fallu que les Canadiens attendent si longtemps.

Michael Zehaf-Bibeau était un terroriste, a dit le commissaire de la GRC, Bob Paulson, dans une salle de comité où il y avait beaucoup plus d’agents de sécurité en uniforme et en civil que d’habitude.

Ce qu’il a fait est conforme à la définition d’une activité terroriste dans l’article 83.01 du Code criminel. Il n’était pas sous l’influence de drogue ni d’alcool, mais il a été influencé pour commettre ses attaques, dit le commissaire Paulson.

Quand Rosane Doré Lefebvre du NPD demande s’il n’avait pas aussi des troubles de santé mentale, le commissaire de la GRC dit qu’il sait que Zehaf-Bibeau a eu des problèmes dans le passé, mais que la preuve qui a été accumulée par les enquêteurs ne souligne aucun problème de santé mentale au moment des attaques.

Pas étonnant donc, de voir les conservateurs satisfaits à la fin de cette heure de témoignage qui venait renforcer leur concept qu’un terroriste est un terroriste parce qu’il est terroriste, et que rien ne sert de comprendre ce qui peut l’avoir mené là ou pousser à faire les gestes qu’il a faits.

Il faut se rappeler comment le premier ministre Harper a pris à partie Justin Trudeau après l’attentat au marathon de Boston. Il lui avait reproché de chercher des excuses aux terroristes, car le chef libéral avait dit que les attaques avaient eu lieu parce que quelqu’un se sentait exclu et totalement en guerre avec la société.

Maintenant, c’est le chef de l’opposition officielle Thomas Mulcair qui va écoper, puisque le 29 octobre il a dit qu’il ne croyait pas être en présence d’un acte terroriste s’il tenait compte de l’histoire de l’individu et du nombre de fois où il a demandé de l’aide.

Pour les conservateurs, Michael Zehaf-Bibeau est dans la case terroriste, plus de doute à avoir. Comment n’a-t-il pas été détecté avant, qui l’a radicalisé, qui l’a influencé, comment se fait-il qu’il n’ait pas fait l’objet de surveillance? Ces questions restent sans réponses.

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Le (premier) ministre de tout

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 publié le 25 février 2015 à 8 h 57

Le chroniqueur du Globe and Mail Jeffrey Simpson parlait en début de semaine de l’isolement dans lequel se retrouvent inévitablement les premiers ministres canadiens. Stephen Harper n’est pas une exception en soi, mais Simpson explique qu’il a poussé la logique à son extrême. Non seulement est-il isolé quand vient le temps de prendre les grandes décisions, il a fait le vide autour de lui de manière unique, quasi-permanente.

Contrairement à ses prédécesseurs tout aussi seuls au sommet, il n’est entouré de personne avec une force de caractère, un bagage ou encore un lien personnel qui place cette personne en position de confronter M. Harper quand celui-ci mûrit les politiques de son gouvernement avant de s’enfermer pour trancher.

Ne vous en faites pas, M. Harper ne montre aucun signe de détresse devant cette solitude dans son bureau du coin sud-est du parlement, bien au contraire. En fait, il cultive tout ça au point où ça se reflète ouvertement dans la stratégie gouvernementale.

Dans nos gouvernements, le premier ministre reste la tête d’affiche. Ça ne date pas d’hier. C’est encore plus vrai en campagne électorale. Les premiers ministres précédents laissaient cependant généralement la place à leurs ministres pour les annonces de politiques relevant de leurs responsabilités. Comme on est virtuellement en campagne depuis l’automne à cause de la date fixée au 19 octobre prochain, M. Harper a décidé de faire en sorte d’être associé à toutes les annonces ou tous les messages forts du gouvernement. Des messages simples, brefs et limpides.

Vous ne le verrez pas donner dans le commentaire nuancé sur quoi que ce soit, question de ne pas se retrouver dans les publicités de ses adversaires qui interpréteraient ses propos. Demandez à Stéphane Dion ou à Michael Ignatieff, ils savent de quoi je parle.

Voyez le modus operandi depuis la rentrée de septembre, la dernière avant l’élection d’octobre prochain.

Après avoir laissé au nouveau venu aux Finances, Joe Oliver, le soin d’annoncer le fade crédit d’impôt à l’embauche destiné aux PME, le patron a pris la relève pour les annonces plus sexy. C’est donc lui qui est allé à Whitby, en banlieue de Toronto, annoncer dans un gymnase, devant de jeunes joueurs de hockey-balle, le doublement du crédit d’impôt pour les activités physiques des enfants. Y a-t-il un Joe Oliver dans la salle?

Quelques semaines plus tard, même scénario à Vaughan avec deux belles familles sur la scène pour l’annonce du fractionnement du revenu des familles avec enfants et de la bonification de la prestation universelle pour la garde d’enfants. Toujours pas de Joe Oliver, sauf quand vient le temps d’annoncer que l’incertitude causée par la baisse des prix pétroliers force le report du dépôt du budget.

Fin janvier, on remet ça à Markham pour l’annonce des mesures contre le terrorisme. Les ministres responsables, MM. Blaney et Mackay, sont laissés de côté, le patron va se charger lui-même de la très populaire annonce. Je vous en parlais vendredi dernier. Il n’est pas question pour M. Harper de nuancer le message avec une main tendue, une ouverture ou un appel à la tolérance envers les musulmans du pays. Il laisse ça à M. Blaney, dont le ministère et la GRC qui en relève ont des programmes d’intégration, de lutte douce à la radicalisation.

Denis Lebel effectue des tournées à répétition au Québec, mais c’est M. Harper qui va livrer LE message dans LA région que ciblent les conservateurs. En entrevue à une radio de Québec, sans sollicitation, M. Harper y va d’une tirade sur le soutien aux familles, les impôts bas, la lutte au crime et au terrorisme, des valeurs que « détestent » beaucoup de gens à Radio-Canada selon lui.

Et pendant qu’il était au Québec, il en profite pour donner un point de presse au cours duquel ses conseillers ouvrent la porte aux journalistes pour lui permettre d’annoncer que son gouvernement fera appel du jugement de la Cour d’appel qui permettrait à une musulmane de prêter le serment de citoyenneté avec le visage couvert. Allô Chris Alexander!!!

Tout aussi révélatrice, sa réponse aux questions lorsqu’interrogé sur la possibilité d’utiliser la clause dérogatoire (nonobstant) pour ne pas avoir à tenir compte du jugement de la Cour suprême qui permet le suicide assisté médicalement. Même logique, mais à l’inverse, il laisse à d’autres la nouvelle moins réjouissante.

À Thomas Mulcair et Justin Trudeau qui lui demandent de confirmer qu’il n’aura pas recours à cette clause exceptionnelle, il ne ferme pas la porte :

« Le gouvernement a toujours respecté les décisions de la Cour suprême et nous allons étudier cette décision et consulter la population canadienne avant de décider comment répondre. »

Incertitude? Ambivalence? Confusion? Ben voyons donc! Plusieurs députés identifiés à la droite orthodoxe réclamaient la veille le contournement du jugement grâce à ladite clause, et la base du parti associée au courant religieux et du droit à la vie le demande aussi. M. Harper ne sera pas celui qui va leur claquer la porte sur les doigts, pas en public du moins.

Peter MacKay ramasse la patate chaude et dit à la sauvette de ne pas compter sur la « clause nonobstant » en circulant dans les couloirs du parlement. Et on envoie même au bâton le secrétaire de presse de M. Harper, Carl Vallée, pour expliquer que la « clause nonobstant » n’est pas envisagée. Mais voilà, pas un son de la bouche de M. Harper qui pourrait être retenu contre lui. C’est ça qui compte.

On aura beau dire que cette droite orthodoxe est une clientèle captive, M. Harper ne veut pas être sa cible principale et, par-dessus tout, il veut limiter les protestations ouvertes. Pire, des messages de mobilisation qui appelleraient au combat avec un extrait venant directement de lui comme amorce. Il ne veut simplement pas être le proverbial messager sur lequel on tire, il sait quel effet ça peut avoir, ses adversaires peuvent en témoigner.

En prime, son gouvernement va permettre à cet électorat de ventiler directement ses frustrations quant au jugement. Il prépare un forum en ligne pour amorcer la consultation que promet le premier ministre. Organisés comme ils le sont, ces groupes vont être en mesure d’inonder le site web de messages défavorables contre l’aide médicale à mourir.

M. Harper n’ira évidemment pas jusqu’à présenter le budget à la place de son ministre des Finances, mais attendez-vous à ce que les scénarios décrits plus haut se répètent. En pleine année électorale, avec en main les rênes du gouvernement et les annonces qui viennent avec, M. Harper se dit tout simplement : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

D’une part, ça permet de constater l’efficacité de M. Harper dans la livraison du message, mais ça pose aussi un peu la question de la composition de son Cabinet. C’est Philippe Couillard qui doit regarder M. Harper aller avec intérêt, sinon avec une pointe d’envie!!!

Catégorie: Ottawa

Harper, Obama et l’Islam

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 publié le 20 février 2015 à 19 h 35

Ce n’est pas d’hier qu’on note les différences entre Stephen Harper et Barak Obama. Les deux hommes n’ont jamais vraiment eu d’atomes crochus. En fait, la popularité de Barak Obama au Canada au moment de son élection était telle qu’elle faisait ombrage au premier ministre canadien.

Au-delà des personnalités radicalement différentes, des contrastes sont apparus sur certains enjeux au point de frôler carrément le différend dans certains cas. Et on ne parle pas d’enjeux marginaux ici. Après la crise financière et la récession de 2008-2009, les deux hommes étaient loin d’être sur la même longueur d’onde en ce qui concernait la relance économique globale. Stimulation prolongée de l’économie pour M. Obama, rigueur budgétaire pour M. Harper.

Les positions de M. Obama sur le changement climatique et surtout ses tergiversations sur l’approbation du pipeline Keystone XL ont creusé l’écart entre les deux hommes.

Ce contraste se manifeste à nouveau sur leur façon d’aborder la question de la lutte au terrorisme. Tout d’abord, les deux sont d’accord sur le plus élémentaire, il faut confronter le groupe armé État islamique et le faire en évitant l’envoi massif de troupes en sol irakien ou syrien. Là où ils se distancient, c’est sur la façon d’aborder les dessous du terrorisme.

Dès l’attentat du marathon de Boston d’avril 2013, Stephen Harper a adopté une ligne dure face aux jeunes qui se laissaient séduire par le courant islamiste radical. Ça se passait dans la cour de M. Obama. Mais même lui, tout en condamnant le geste, indiquait qu’il fallait tenter de comprendre la source du mécontentement ou des frustrations de ces jeunes qui débouchaient sur des attentats.

Ces fameuses causes profondes, Stephen Harper ne voulait pas en entendre parler. Un chef de parti fraîchement élu, Justin Trudeau,  avec le vent, que dis-je, des rafales dans les voiles, les avait mentionnées en commentant l’attentat du marathon et l’occasion était trop belle de l’étamper dans la bande à sa première présence sur la glace dans la grosse ligue. Justin Trudeau a compris depuis qu’il n’y a pas trop de place pour la nuance sur cette question-là dans la stratégie de Stephen Harper.

La tenue du sommet contre l’extrémisme violent à Washington à l’initiative de Barak Obama et les déclarations de Stephen Harper sur tout ce qui entoure le terrorisme, la mission en Irak et même le port du niqab fournissent la plus récente occasion de départager les deux hommes.

M. Obama et tous ceux qui gravitent autour de lui évitent consciencieusement les mots djihadiste et islamique pour décrire les motivations ou les sources de l’idéologie du groupe armé État islamique. Certains de ses adjoints tentent de justifier ce choix en disant que le fait d’étiqueter comme « islamique » ces convictions et les gestes barbares posés en leur nom ferait le jeu de l’ennemi qui veut justement se définir comme une cible d’une guerre menée par les États-Unis contre l’islam au sens large…

Disons que la subtilité de la tactique est si peu évidente que les politiciens et les commentateurs de tous les côtés y trouvent à redire. Est-ce diluer le tout? Un euphémisme qui traduit un manque de conviction? Une approche à la Obama, un peu académique et désincarnée au point de devenir réductrice?

À l’inverse, M. Harper n’y va pas par quatre chemins et cherche même à associer sa personne à chaque occasion. C’est donc lui plutôt que les ministres responsables, MM. Alexander ou MacKay, qui a annoncé l’intention de son gouvernement de faire appel du jugement qui autorise la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé du niqab la semaine dernière. Même chose pour l’annonce du projet de loi C-51 sur la lutte contre le terrorisme.

Quant au contenu des propos, vous allez devoir creuser pas mal pour trouver LA fois où M. Harper a fait preuve d’une certaine ouverture à l’égard de la communauté musulmane depuis le regain de tension des derniers mois. Vérification faite, aucun appel à la tolérance ni à la solidarité, aucune main tendue à la communauté lors des grands moments, lorsque les projecteurs nationaux étaient braqués sur lui.

Pensons au soir de l’attaque du 22 octobre au Parlement dans son discours télévisé ou encore à celui du lendemain en Chambre qui se concluait par les fameuses accolades à ses rivaux. Au lendemain de l’attaque à Charlie Hebdo, même chose. À Richmond Hill pour l’annonce du C-51, même message, celui de la répression et de la prévention par la coercition.

Pourtant, le gouvernement met de l’avant des programmes intéressants, certains pour voir venir la radicalisation, pour ramener dans le droit chemin les jeunes qui seraient tentés. Même les autorités policières le font. M. Harper laisse justement ça à ses ministres qui eux, en parlent fréquemment.

LA fois où M. Harper a tendu cette main aux musulmans canadiens est pas mal passée inaperçue, malheureusement vous diraient probablement M. Harper lui-même et ses conseillers. C’était un jeudi soir du début décembre lors d’un souper-anniversaire d’un organisme charitable à Markham. M. Harper y a remercié les dirigeants de la communauté pour leur réaction, leur dénonciation des auteurs des attentats en sol canadien et surtout pour leur campagne contre la radicalisation des jeunes. Pas totalement un coup d’épée dans l’eau, mais probablement pas non plus l’occasion la plus rentable de le faire si on compare aux audiences qu’il avait quand toutes les caméras étaient braquées sur lui.

De plus, des remerciements aux musulmans, c’est une chose, un appel au reste de la population de ne pas se laisser gagner par l’intolérance,  c’en est une autre. Demandez justement aux musulmans du pays ces jours-ci.

Donc, d’un côté un président américain qui dilue le message au point de noyer le poisson, de l’autre un premier ministre qui préfère un message simple, sans équivoque. Les deux avec des visées politiques qui leur sont propres. Celui des deux qui a à se faire réélire est de notre côté du 49e parallèle.

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Les 50 ans du drapeau canadien : souvenirs unifoliés

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 publié le 15 février 2015 à 7 h 02

Archive de la cérémonie officielle d'inauguration du drapeau à Ottawa en 1965
Cérémonie officielle d’inauguration du drapeau à Ottawa en 1965 / Photo : CBC

C’était il y a 19 ans, un 15 février, fête du drapeau canadien dans un parc à Hull pendant le Bal de Neige. Il faisait froid comme ces jours-ci, et le soleil était de la partie. J’étais avec quelques reporters dans l’enclos réservé aux journalistes et nous nous regardions en nous demandant qu’est-ce qui avait bien pu faire en sorte qu’on se retrouve condamnés ainsi à couvrir la non-histoire qu’allait être l’apparition du premier ministre Jean Chrétien à cette cérémonie du drapeau.

Mais c’était quelques mois après le référendum de 1995 et la courte victoire du non, le premier ministre venait juste d’annoncer l’arrivée de Pierre Pettigrew et de Stéphane Dion dans son cabinet. Le gouvernement s’accrochait à autant de symboles canadiens que possible.

Et bien sûr, vous me voyez venir depuis le début, ce qui rend ce 15 février mémorable, ça a été la rencontre entre Jean Chrétien et le manifestant antipauvreté Bill Clennett. Surgissant devant lui au moment où le premier ministre se dirigeait vers sa voiture, il a été agrippé au cou par un Jean Chrétien aux airs de lutteur de Sur le matelas derrière ses lunettes noires et jeté par terre. Il était sur mon chemin, a expliqué le premier ministre qui a ensuite essayé de tourner ça à la blague. Nous, on n’en revenait pas que quelqu’un franchisse ainsi le cordon des gardes du corps, mais aussi d’avoir vu les réflexes du premier ministre.

Pourtant, en novembre de l’année précédente n’avait-il pas brandi une sculpture en pierre à savon pour se défendre d’un intrus à la résidence officielle du 24 Sussex… ou était-ce son épouse?

Autre souvenir du drapeau canadien, en 1999 cette fois, en juin, au moment où les soldats de la force de l’OTAN pour le Kosovo (KFOR) entrent pour la première fois sur le territoire occupé par l’armée serbe pendant 15 mois. C’est ma deuxième affectation internationale (hors des voyages officiels avec le premier ministre) et je vais pouvoir accompagner des soldats canadiens qui entrent en convoi terrestre en route vers Pristina.

En ce premier jour, ils vont s’arrêter à peu près à mi-chemin entre la frontière macédonienne et la capitale. Dans le village que le convoi traverse pendant qu’il quitte la route principale pour établir son camp, des gens attendent le long du chemin, des fleurs à la main, dont les jolis coquelicots rouges qui poussent partout. En échange, les soldats leur donnent de petits drapeaux canadiens qu’ils agitent avec joie, heureux – je me le fais expliquer – que le Canada ait été un des pays de l’OTAN qui a bombardé le territoire pour obtenir la fin de la guerre, même si ces bombes ont fait de nombreuses victimes chez les civils.

Dernier souvenir lié au drapeau canadien, en Cisjordanie en 2006, après l’élection législative où le Hamas a obtenu la majorité absolue. Peu de temps après, plusieurs gouvernements occidentaux, dont le Canada, avaient suspendu leurs programmes d’aide à l’autorité palestinienne pour ne pas avoir de contacts directs avec des ministres du Hamas, une organisation sur la liste des organisations terroristes.

Plusieurs organismes palestiniens dénoncent la décision canadienne et, lors d’une grande manifestation, un drapeau canadien est brûlé non loin d’où je surveille la manifestation. J’ai été très discrète sur le média représenté lors de mes demandes d’entrevue pendant quelques mois, préférant dire CBC que Radio-Canada pour ne pas me faire fermer la porte d’emblée.

Catégorie: Ottawa