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Le surplus commence à fondre

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 publié le 10 octobre 2014 à 17 h 07

Le gouvernement Harper a déjà commencé à piger dans la caisse créée par le retour à l’équilibre budgétaire avant même la confirmation de cet équilibre. Le premier ministre Harper se garde une petite gêne. Si son gouvernement affiche un déficit quatre fois moins important que prévu pour l’année terminée le 31 mars dernier, M. Harper soutient qu’à l’heure actuelle, on est encore en léger déficit pour la présente année, situation à laquelle plus personne ne croit. Le surplus est à nos portes, une année plus tôt que prévu.

Son ministre Joe Oliver a d’ailleurs commencé la distribution des bonbons bien avant l’Halloween, le 11 septembre : 550 millions de dollars sur deux ans aux PME par un crédit d’impôt qui devrait créer environ 800 emplois. M. Harper a décidé jeudi de donner suite lui-même à une proposition fort populaire, du moins auprès d’une certaine clientèle, en doublant le crédit d’impôt pour l’activité physique des enfants. Le communiqué parle du plafond porté à 1000 $ en 2015, mais il faut préciser qu’on parle d’un crédit d’impôt sur cette somme-là, donc un retour de 150 $ maximum plutôt que les 75 $ actuels.

L’initiative était présentée lors de son instauration en 2007 comme un incitatif financier pour les familles à étendre la pratique du sport chez les enfants. Dans la vraie vie, pour utiliser une expression populaire, il faut que vous ayez les moyens de dépenser dans un premier temps les 1000 $ en question pour obtenir, dans votre déclaration de revenus de l’année suivante, les 150 $. Comme dans le cas de bien des rabais en magasin, il vous faut dépenser pour économiser!

Encore dans la vraie vie, si votre sport de prédilection est le hockey, comme c’est le cas pour le premier ministre Harper, vous savez qu’une saison de hockey coûte bien plus que 1000 $. Même chose pour plusieurs des activités admissibles. Les 150 $ ne feront pas nécessairement la différence dans la décision de s’adonner ou pas à une activité dont l’inscription officielle peut coûter dans les 500 $, dépenses qui grimpent rapidement dans les milliers de dollars quand on compte l’équipement et les déplacements pour des tournois, par exemple. Parlez-en aux parents engagés dans le soccer ou le hockey.

Encore en 2007, les stratèges conservateurs répondaient à ces réalités concrètes qu’il valait mieux remettre l’argent dans les poches des parents, qui savent mieux comment organiser et choisir les activités de leurs enfants. Cela valait surtout mieux que de subventionner les organismes et conseils scolaires, afin qu’ils puissent financer par exemple des ouvertures de gymnases en soirée ou durant les week-ends pour organiser des activités comme le basketball, le badminton, le volleyball ou je ne sais trop.

Évidemment, cela transpirait de cette même philosophie qui remet l’argent aux particuliers pour tout, des particuliers bien particuliers en plus… Si on revient aux familles visées et surtout touchées en fin de compte, on peut dresser un constat intéressant qui en dit long.

À partir des données fiscales de 2011 disponibles à l’Agence du revenu du Canada, on peut établir la répartition du crédit d’impôt pour l’activité physique. Quand je disais qu’il fallait pouvoir dépenser pour économiser, avoir les moyens de se payer le crédit d’impôt, cela se vérifie dans les chiffres.

Sur les 816 millions de dollars en dépenses pour activités physiques déclarées par les familles canadiennes en 2011, on constate que les individus avec moins de 50 000 $ en revenus, soit 56,2 % des contribuables, déclaraient à peine plus de 15 % du total des dépenses. Pas étonnant, me direz-vous, puisqu’ils ont moins les moyens d’inscrire leurs enfants. Bien sûr, mais rappelez-vous que les conservateurs ont « vendu » la mesure en parlant de faciliter l’accès et d’inciter plus de jeunes à l’activité physique.

À l’inverse, les 16 % de contribuables qui ont plus de 70 000 $ de revenus imposables déclaraient 52 % des 816 millions de dollars de dépenses. Ils comptaient pour 46 % de tous ceux qui réclamaient le crédit. C’est encore une fois normal à première vue, puisqu’ils ont davantage d’argent à dépenser et, en plus, ils payent plus d’impôt au départ.

Peut-être, mais si on revient à l’objectif officiel du programme, l’incitation, faire une différence, on peut penser qu’on retournait à ces familles mieux nanties un 75 $ qui avait peu d’influence sur  leurs décisions, parce que leurs enfants étaient déjà inscrits à toutes sortes d’activités. Les études sur la participation à ces activités, couplée aux revenus des ménages, le montrent clairement. Et ces données de l’Agence du revenu le confirment. Elles n’ont pas décidé en masse d’inscrire leurs enfants à des activités auxquelles elles ne participaient pas auparavant. Elles sont simplement récompensées parce qu’elles font déjà partie d’une certaine clientèle.

Elles ont appris jeudi que la récompense passera à 150 $. Pour répondre en partie aux critiques qui trouvent que les familles à plus bas revenus ne touchent pas le crédit parce qu’elles ne paient pas ou très peu d’impôt, le gouvernement Harper en fait un crédit remboursable. À noter qu’il faut toujours que ces familles puissent consacrer l’argent aux activités admissibles avant de toucher le crédit de 15 % l’année suivante. Pas si évident, quand on connaît le coût réel de la participation aux sports organisés.

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On exagère

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 publié le 8 octobre 2014 à 19 h 44

Le premier ministre Harper affirmait le 30 septembre, au moment où son Cabinet venait de se réunir pour approuver la participation du Canada aux frappes aériennes (il ne l’annoncera formellement que trois jours plus tard), que la lutte contre le groupe armé État islamique (EI) était noble et nécessaire.

Alors pourquoi, pour convaincre les opposants, lui et ses ministres exagèrent-ils la réalité?

Le premier ministre lui-même a donné le ton, en quelque sorte, en dénonçant à deux reprises, la semaine dernière, le fait que l’EI va jusqu’à décapiter des enfants. Son ministre Jason Kenney a renchéri, durant le débat aux Communes sur la participation canadienne, en mentionnant que les extrémistes poussent la torture jusqu’à ce même point.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de preuve de ces décapitations d’enfants, ni dans un rapport de l’ONU, publié il y a quelques jours, ni auprès de l’organisation Human Rights Watch qui enquête sur les exactions de l’EI.

Le ministre d’État Gary Goodyear a non seulement repris cette idée des décapitations d’enfants dans son discours aux Communes, il a aussi accusé les militants d’obliger les parents à enterrer leurs enfants vivants. Une autre accusation impossible à vérifier. Un ministre irakien a fait état d’un charnier où des centaines de femmes et d’enfants auraient été enterrés vivants, mais il n’y a aucune indication que ce soit des parents qui aient été obligés de le faire.

Pourtant, le catalogue des exactions du groupe armé État islamique est bien fourni, il n’y a nul besoin de l’exagérer.

Autre exagération, celle du ministre des Affaires étrangères John  Baird. Il affirmait, lors du débat en Chambre, que le Conseil de sécurité de l’ONU avait donné sa bénédiction à l’offensive.

À la séance spéciale du 19 septembre du Conseil de sécurité, présidée par le secrétaire d’État américain John Kerry, la résolution adoptée à l’unanimité demandait aux États membres d’appuyer les efforts du gouvernement irakien contre les militants. Mais ce serait exagéré de présenter cette résolution comme l’assentiment du Conseil aux frappes de la coalition menée par les États-Unis.

Par ailleurs, à la période des questions, puis en entrevue, le ministre responsable de l’aide internationale, Christian Paradis, a présenté ainsi les frappes aériennes canadiennes : « Alors, c’est pour ça qu’on dit que des actions militaires aussi ciblées vont aider à établir davantage les corridors humanitaires [de sorte] qu’on puisse assurer une sécurité de nos gens. L’un ne va pas sans l’autre. »

Établir des corridors humanitaires n’a été mentionné ni par le premier ministre, ni par le ministre de la Défense, ni par le président américain Barack Obama comme objectif de la présente campagne.

Dans ce débat, il n’y a pas que les conservateurs qui semblent parfois parler à tort et à travers.  Le chef libéral Justin Trudeau, en point de presse avant le vote aux Communes, a été pris de court par une question à propos de ce que le Canada ferait si la Turquie invoquait l’article 5.  Il a fini par comprendre que cet article est ce qu’il appelle, lui, le déclencheur de l’OTAN, c’est-à-dire l’obligation faite aux pays membres du traité de l’Atlantique Nord de venir en aide à tout membre dont le territoire est attaqué.

Mais la palme revient au ministre de la Sécurité publique Steven Blaney. Il témoignait devant un comité des Communes sur la menace terroriste au Canada.  À la question « le Canada va-t-il se mettre à contrôler les sorties des citoyens de son territoire? », il a répondu qu’il n’était pas question de contrôler les sorties de territoire, qu’il laissait cela aux États totalitaires.

Il y a deux problèmes avec cette réponse. D’abord, la majorité des pays dans le monde contrôlent les sorties de territoire, les États-Unis le font (sauf aux sorties par la route), les pays européens le font. Au Moyen-Orient, on peut même avoir droit à un long interrogatoire avant de pouvoir quitter un territoire.

Deuxièmement, le ministère de M. Blaney a lui-même annoncé à quelques reprises que le Canada se dirigeait vers un système de contrôle des sorties. Il faut espérer que le ministre Blaney a simplement mal saisi la question. À la fin des audiences, le député néo-démocrate Craig Scott est revenu à la charge, soulignant que le précédent directeur du Service canadien de renseignement de sécurité lui-même déplorait l’absence d’un système de contrôle des sorties. Le ministre n’a pas saisi l’occasion pour corriger le tir.

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Des réponses! Sérieusement!

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 publié le 2 octobre 2014 à 8 h 57

La période des questions est également devenue celle des réponses depuis quelques jours. Après l’incident Calandra-Mulcair-Scheer la semaine dernière au sujet de la participation militaire canadienne au combat contre le groupe armé État islamique en Irak, on a senti le vent tourner vendredi.

Le virage le plus spectaculaire et le plus remarqué a sans doute été les excuses larmoyantes de Paul Calandra aux Communes pour ses réponses sans rapport avec les questions du mardi précédent. Mais le véritable signal du changement d’attitude est venu d’ailleurs, de tout en haut de la machine Harper en fait.

Interrogé sur la situation en Irak et l’engagement canadien pendant le point de presse lié à la signature de l’entente commerciale avec l’Union européenne, le premier ministre Harper n’a même pas eu l’air agacé. Deux jours après avoir appris aux Canadiens à partir de New York que son gouvernement examinait une demande américaine de contribution militaire accrue en Irak, M. Harper a pris le temps de bien faire le tour de la question, de son point de vue, dans les deux langues officielles. Une réponse élaborée, sans taloche à ses adversaires ni à la presse :

« Je vais répéter cette réponse. Évidemment, l’idée que le Canada mène les États-Unis vers un conflit militaire est tout à fait bizarre. Le président Obama a dit, disait pendant l’été, son intention de mener une coalition contre la menace de l’État islamique. Nous avons eu des conversations à cet égard. C’est un… il y a un bilan public sur cette question.

Le Canada a répondu aux demandes des Nations unies et en conversation avec nos alliés. Je dois dire, je ne dis pas que nous avons répondu avec une réticence. On a ici une vraie menace pas seulement dans la région, pas seulement à nos alliés ou aux États-Unis, mais c’est aussi une menace réelle contre nous. On ne peut pas avoir un califat terroriste ouvert qui contrôle un grand territoire et qui est en train de préparer des attaques terroristes contre des cibles ici et à travers le monde. On ne peut pas tolérer ça.C’est la raison pour laquelle le président a décidé d’agir, et nous le félicitons pour sa volonté et la volonté des États-Unis et nos autres alliés. Quand on appuie quelque chose et quand on appuie quelque chose parce que c’est nécessaire et parce que c’est souhaitable, c’est essentiel que nous fassions notre part. C’est l’histoire de notre pays. On ne reste pas juste spectateur. Ça serait tout à fait irresponsable. C’est la raison pour laquelle le Canada a contribué vite dans cet effort. Il y a d’autres demandes toujours. Nous prendrons nos propres décisions et nous évaluerons ces décisions selon nos objectifs, nos capacités. Mais à la fin, nous n’avons pas l’intention de ne pas supporter nos alliés et nos amis à travers le monde. C’est presque tout le monde qui reconnaît que c’est une mission nécessaire. Nous n’avons pas l’intention quand je suis premier ministre de devenir juste des spectateurs quand notre propre sécurité est en question. »

On peut être d’accord ou pas avec son analyse, ses intentions et sa politique étrangère, mais on ne pouvait plus reprocher à son gouvernement de considérer l’enjeu entièrement derrière des portes closes. On n’en était pas à une véritable consultation de l’opposition, encore moins en public, mais on pouvait comprendre les priorités de M. Harper et ses convictions profondes.

En fait, on pouvait se demander pourquoi avoir attendu les dénonciations d’à peu près toute l’industrie du commentaire politique, surtout au Canada anglais, pour fournir des réponses respectueuses, non pas des interrogateurs, mais de la délicatesse et du sérieux de l’enjeu. Après tout, on envoie des Canadiens dans une zone à risque, aucun doute là-dessus. Et les larmes de M. Calandra n’ont pas fait oublier qu’il agissait comme secrétaire parlementaire du premier ministre et qu’il était donc en service commandé, pas un agent libre.

Une fois le signal donné par le premier ministre Harper, l’effet s’est fait sentir dans tout l’appareil de sorte que le ministre John Baird a fourni des réponses plus que propices en début de semaine à la période des questions. Toute l’information souhaitée par l’opposition n’y était pas nécessairement, mais il allait aussi loin qu’il croyait pouvoir le faire tout en ne finissant pas ses réponses par une insulte ou une pique à ses adversaires, la recette préférée de M. Baird habituellement.

M. Harper a poursuivi dans la même veine mardi et hier, prouvant ainsi que ce n’est pas faute d’être capable d’autre chose qu’on utilise le mépris comme arme principale à la période des questions. Et le gouvernement ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire.

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Une présidence impuissante, et pour longtemps

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 publié le 30 septembre 2014 à 9 h 54

Le NPD a décidé de prendre le président de la Chambre des communes au mot. Andrew Scheer invoquait l’impuissance historique de la présidence pour ne pas intervenir dans la querelle Mulcair-Calandra, qui s’est conclue dans les pleurs vendredi dernier. En se reposant sur la tradition parlementaire, le président Scheer disait ne pas avoir l’intention de s’en éloigner, « à moins d’une invitation à le faire de la Chambre elle-même ».

Le NPD a donc décidé d’utiliser sa journée d’opposition d’hier pour proposer un changement au règlement qui permettrait explicitement à la présidence de la Chambre de juger de la pertinence des réponses et de limiter les répétitions pendant la période des questions.

On ne parle pas ici d’une réforme en profondeur de la procédure parlementaire, mais bien d’un remède administré dans le feu de l’action à la suite d’un incident, avec les limites que ça peut comporter, bien sûr.

Si on passe par-dessus certaines considérations partisanes dans le débat actuel, il est quand même intéressant de revenir sur la position qui sera celle du gouvernement Harper, un gouvernement qui vante à chaque occasion sa transparence et son imputabilité. C’est le leader du gouvernement en Chambre, Peter VanLoan, qui l’a expliquée devant ses collègues hier.

On a donc eu droit pour commencer aux louanges de notre système parlementaire :

  • « La période des questions est un élément fondamental. »
  • « C’est la démocratie à l’oeuvre. »
  • « La Chambre des communes est un chef de file mondial en matière de reddition de comptes. »

Et M. VanLoan de préciser en quoi le premier ministre et ses ministres peuvent alors expliquer leurs décisions, les mesures prises, etc.

Veut-il améliorer les pratiques en permettant au président de gentiment ramener un ministre ou un secrétaire parlementaire dans le droit chemin de la pertinence? Oubliez ça, on ne peut pas juger de la valeur d’une réponse, même dans les cas extrêmes comme celui de M. Calandra la semaine dernière. Autrement dit, toutes les réponses sont bonnes!

Il ajoute que le changement proposé par le NPD ne toucherait que les réponses, pas les questions posées,  et qu’il serait donc injuste d’imposer un fardeau au gouvernement de cette façon. Pourtant grand amateur de procédures parlementaires, M. VanLoan devrait savoir que les lignes directrices de la Chambre, adoptées en 1964, expriment en quatre points ce que les questions posées devraient être et en 17 points ce qu’elles ne devraient pas être. Pour ce qui est des réponses? Un seul critère, assez minimal merci! Qu’elles soient adressées à la présidence!

Quand on dit que c’est la période des questions, pas celle des réponses…

M. VanLoan base son argumentaire pour crier à l’injustice de la motion du NPD sur le fait que les membres du Cabinet, y compris le premier ministre, ne bénéficient d’aucun avis préalable sur les questions à venir, qu’ils doivent être prêts à tout, chaque jour, ce qui nécessite une préparation minutieuse. De quoi vous faire verser des larmes de Calandra… ou plutôt de crocodile, sur le sort de ces pauvres ministres.

Avec cet argument, M. VanLoan vient bien involontairement de nous expliquer en bonne partie d’où viennent ces réponses à côté de la plaque, souvent ultra-partisanes, qui viennent des banquettes ministérielles. Pourquoi se donner la peine de mettre du contenu, surtout quand on tient compte en plus du chrono qui ferme le micro après 35 secondes?

M. VanLoan nous dit que la motion du NPD ne s’attaque qu’à une partie du problème. Très possible qu’il ait raison. Il serait alors intéressant de savoir si son gouvernement serait prêt à renoncer à ses réflexes naturels de partisanerie, sarcasme, invective et moquerie en échange d’un changement moins limité et moins improvisé que celui proposé par le NPD en réaction à la controverse de la semaine dernière.

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La Chambre : des attentes en baisse

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 publié le 25 septembre 2014 à 10 h 15

Combien de fois avez-vous entendu ces dernières années des politiciens prendre de très belles résolutions sur le décorum, la hauteur à donner aux débats à la Chambre des Communes, un art qui s’est perdu dans la nuit des temps parlementaires? Arrêtez de compter, vous n’aurez pas assez des doigts de vos deux mains.

À chaque fois qu’on a cru avoir atteint le fond du baril de la partisanerie et du mépris des institutions parlementaires, un député « créatif », « innovateur », pousse la déliquescence de la rhétorique parlementaire un cran plus loin.

Nouvel exemple cette semaine avec les réponses complètement à côté de la plaque du secrétaire parlementaire du premier ministre Harper, Paul Calandra, aux questions légitimes et surtout relativement simples de Thomas Mulcair sur la présence militaire canadienne en Irak. À noter que M. Calandra était en service commandé, son initiative personnelle n’est pas en cause, mais il a livré une performance digne d’un Oscar.

Sans revenir sur le sujet abordé, concentrons-nous sur le rôle du président de la Chambre, Andrew Scheer, celui qu’on identifie, en raison de sa position, comme le dernier rempart contre la barbarie parlementaire.

Interpellé par M. Mulcair sur son rôle d’arbitre après deux réponses dictées et non pertinentes de M. Calandra, le président Scheer écoute sans broncher une troisième réponse du même genre. Irrité, le chef de l’opposition lui indique que son silence en dit long sur sa neutralité, ou sur son absence de neutralité… M. Scheer ne fait ni un ni deux, il passe à Justin Trudeau pour la question suivante, coupant ainsi M. Mulcair.

Quelles conclusions tire le président de la Chambre au lendemain de cet accrochage? Il invoque les règles du parlementarisme et des décisions passées pour expliquer les limites de ses pouvoirs. Il conclut que les règles sur la pertinence et les répétitions des propos tenus en Chambre ne valent pas pour la période des questions. Ah bon… Il rappelle au passage la blague voulant que « ça s’appelle la période des questions, pas celle des réponses »!!!!

À ceux qui nourrissent encore dans leur belle naïveté l’espoir de voir un jour les débats s’élever aux Communes, surtout à la période des questions, seul moment où les ministres doivent être présents pour répondre à l’opposition, il n’est pas certain que vous pouviez compter sur M. Scheer. Disons qu’il ne semblait pas placer la barre très haut quand il « avertissait » l’ensemble des parlementaires de faire leur gros possible en rappelant une de ses décisions rendues en janvier dernier :

« d’examiner comment la Chambre pourrait améliorer les choses de façon à ce que ceux qui observent puissent au moins conclure que la période des questions est une occasion d’échanges de vues et qu’elle fournisse au moins un peu d’information ».

À voir son sourire en coin alors qu’il lisait la dernière ligne, on peut penser que ses propres attentes ne sont pas très élevées. Et il n’est pas évident qu’il prenne lui-même son message au sérieux.

Toujours dans la même veine du rôle du Parlement, autre exemple venant du sommet, du premier ministre Harper lui-même. Un parterre de gens d’affaires de New York a eu le privilège de l’entendre annoncer que son gouvernement considérait une demande américaine de contribution militaire additionnelle en Irak, dossier délicat, et aussi que le gouvernement fédéral s’acheminait vers un déficit moins élevé que prévu cette année, graphique à l’appui.

On peut se rappeler qu’un auditoire semblable, à Davos cette fois, avait eu la chance d’apprendre de la bouche de M. Harper que le Canada s’acheminait vers une réforme du système de soutien au revenu des personnes âgées, ce qui s’était soldé deux mois plus tard par le report de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux prestations du Régime de pensions.

À voir les comportements de ces deux chefs de file, on peut toujours s’indigner ou être déçu par le niveau des discussions aux questions, mais on peut difficilement être surpris.

 

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Ukraine : monopole conservateur?

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 publié le 19 septembre 2014 à 13 h 44

La présence d’une importante communauté d’origine ukrainienne au Canada, près de 1,3 million de Canadiens, explique en bonne partie l’attention qu’on porte ici sur  la situation là-bas. Ainsi, on attribue souvent au gouvernement Harper des intérêts électoraux dans ses prises de position face à la lutte démocratique en Ukraine, et surtout face au conflit provoqué par l’invasion russe de la Crimée.

La position est claire et ferme, M. Harper l’a répété en Chambre jeudi, il n’y a pas de place pour le compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’on parle de la Crimée ou de toute autre portion du territoire de ce pays.

Sur l’électoralisme en politique étrangère, le gouvernement Harper à des motivations plus larges et plus nobles. C’est plutôt une question de principe, ont répété MM. Harper et Baird sur plusieurs tribunes. Et c’est aussi vrai pour l’Ukraine. On y défend des valeurs mises en péril par l’invasion russe en Crimée et le soutien accordé aux rebelles ailleurs en Ukraine, soit la liberté, la démocratie et la règle de droit.

Comme dans le cas d’Israël, le Canada est à l’avant-garde des appuis. Il livre ce que le client demande, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans les deux cas, les accusations d’électoralisme fusent. Le gouvernement se défend en invoquant les valeurs fondamentales mentionnées plus haut, quand ce n’est pas simplement les notions de bien et de mal.

Qu’est-ce qui alimente donc les accusations en question? Un peu le gouvernement lui-même avec la composition des délégations lors des visites de dirigeants canadiens, dont M. Harper lui-même. Rappelez-vous qu’aucun député de l’opposition n’avait été invité en Israël en janvier. Ce n’était pas passé inaperçu, d’autant plus que plus de 200 personnes accompagnaient le premier ministre, dont 13 députés et sénateurs conservateurs. L’exclusion, ou l’oubli, des députés d’origine ukrainienne des autres partis lors d’un voyage de John Baird en Ukraine avait suscité un tollé quelques semaines plus tard.

Comme il va beaucoup jouer à l’homme d’État cet automne avec plusieurs activités importantes sur l’échiquier mondial, M. Harper avait une occasion de faire preuve d’une certaine élévation dans son discours de présentation du président ukrainien à la Chambre des communes. Il a d’ailleurs laissé planer une certaine ouverture.

« Je suis allé à Kiev pour représenter tous les Canadiens, de toutes les régions, de tous les horizons et de tous les partis représentés au sein de ce Parlement… »

Et là, en dressant l’historique de la relation Ukraine-Canada à partir de la vague d’immigration de la fin du 19e siècle, il présente sa vision du rôle du gouvernement canadien pour cette Ukraine indépendante depuis 1991.

« Il a été exprimé, dans les années 1960 par le premier ministre Diefenbaker, qui a demandé à Kroutchev la tenue d’élections libres pour, et je cite : « les Ukrainiens épris de liberté. » Cette sympathie s’est à nouveau manifestée à la fin de la guerre froide, lorsque le premier ministre Mulroney a fait du Canada le premier pays occidental à reconnaître une Ukraine nouvellement indépendante. Et cet engagement a été puissamment exprimé encore une fois au sein de ce Parlement en 2008 lorsque, à l’initiative de notre collègue James Bezan, nous avons déclaré que l’Holomodor a été ce qu’il a été, c’est-à-dire un acte de génocide envers la population ukrainienne. C’est avec fierté que des Canadiens ont maintenant agi comme observateurs dans le cadre de sept élections successives en Ukraine… »

Les caractères gras sont de moi, trois politiciens conservateurs qui ont selon M. Harper exprimé à leur façon le rêve ukrainien et concrétisé la relation entre les deux pays. Comme si personne d’autre que des conservateurs n’avait joué un rôle du côté canadien de cette relation. Belle déclaration de Diefenbaker, mais l’Ukraine était loin d’être le seul « État » pour lequel le Canada et l’Occident réclamaient des élections libres, que ce soit des républiques soviétiques ou des pays derrière le Rideau de fer.

Brian Mulroney a été rapide sur la détente, c’est vrai, pour reconnaître la nouvelle Ukraine indépendante, le même jour d’ailleurs que la… Russie! Une soixantaine de pays l’ont aussi fait dans ce même mois de décembre 1991.

Des sept élections observées par des Canadiens, les premières après l’indépendance étaient cruciales. Et c’est sous Jean Chrétien qu’un imposant contingent de Canadiens, 700  en fait,  y est allé. Peu après son arrivée au pouvoir, le même gouvernement Chrétien signait le 31 mars 1994 une déclaration de partenariat spécial à Kiev. Le document lançait la relation bilatérale qui n’a pas cessé de s’approfondir et qui pourrait déboucher sur une entente de libre-échange sous M. Harper, d’ailleurs.

En 2004, sous le gouvernement Martin, on attribue au Canada, par l’entremise entre autres de son ambassadeur à Kiev, un rôle important dans ce qui est devenu la Révolution orange. Tout ça était resté obscur pendant quelque temps, mais on a constaté en 2007 comment l’ambassadeur Andrew Robinson était considéré comme un véritable héros par les militants prodémocratie. Mais M. Harper a choisi ses propres moments historiques, même si ça contribue à alimenter la perception d’électoralisme de sa politique ukrainienne.

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Et c’est parti à Ottawa!

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 publié le 16 septembre 2014 à 9 h 07

Cette fois-ci, vous ne pouvez pas blâmer les journalistes. C’est bien le premier ministre Harper qui a lancé les hostilités sur le front électoral lundi matin lors de son rassemblement partisan au rythme d’une des chansons fétiche des conservateurs Taking care of business, sa version « des vraies affaires ».

Si rien ne remplace dans l’esprit des électeurs la vraie campagne électorale de l’automne prochain en vue d’un scrutin le 19 octobre 2015, la joute des prochains mois sera cruciale pour permettre aux chefs de consolider leurs organisations et surtout consolider leurs appuis dans l’esprit de l’électorat. Et la joute politique de cette rentrée est révélatrice des défis et devoirs de tout un chacun.

Stephen Harper : l’usure du pouvoir

D’ici la fin de l’année, Stephen Harper sera au 6e rang des premiers ministres ayant été en exercice le plus longtemps. Après neuf ans au 24 Sussex, il n’échappe pas à l’usure du pouvoir. D’ailleurs, les deux tiers des Canadiens croient que le fruit est mûr pour un changement de gouvernement, même si la proportion d’électeurs qui apprécient le travail du gouvernement conservateur est davantage de l’ordre de 49 %.

Il est là le défi du chef conservateur, soit renverser la tendance des derniers mois et l’effritement de ses appuis à l’échelle du pays et plus particulièrement en Ontario, la clé de sa majorité en 2011.

Les conservateurs font donc le pari de faire campagne contre le risque du changement, miser sur leur valeur sûre qu’est l’économie.

« La mesure d’un bon gouvernement, le vrai test de leadership, ne réside pas dans les succès accomplis dans les moments de paix et de stabilité, mais face au risque et au danger », dit Stephen Harper

La stratégie est double : profiter des surplus à l’horizon pour séduire à nouveau l’électorat avec une série de mesures populaires et populistes, baisses d’impôts, des tarifs de câblodistribution, des écarts de prix avec les États-Unis, et projeter l’image d’un chef décisif sur la scène internationale dans des dossiers aussi délicats que l’Ukraine et l’Irak. Mais la stratégie n’est pas sans risques.

Les baisses d’impôts ciblées sont certes devenues la marque de commerce des conservateurs. Pensez à tous les crédits d’impôt allant de l’équipement sportif, au transport en commun en passant par les cours de musique. Mais après tant d’années au pouvoir, ces baisses ne marquent plus l’imaginaire autant qu’avant. Et si les conservateurs semblent toujours miser sur un éventuel fractionnement du revenu, cette mesure bien coûteuse n’est pas sans ses détracteurs et ouvre certainement la porte aux meilleures façons de dépenser plus de 3 milliards de dollars par an pour la classe moyenne.

La scène internationale comporte aussi son lot d’écueils pour Stephen Harper

C’est une chose de se présenter comme le plus grand défenseur de l’Ukraine, mais comment alors réconcilier le silence assourdissant d’Ottawa sur la demande de l’Ukraine de se joindre à l’OTAN? C’est une chose d’envoyer des forces spéciales en Irak, mais pour combien de temps, à quel prix, pour faire quoi?

Finalement Stephen Harper peut bien affirmer que la seule différence entre le Hamas et l’État islamique est que l’un des deux est plus proche d’Israël, mais est-ce vraiment la mesure d’un chef qui saisit toute la complexité de la situation au Proche-Orient?

Justin Trudeau : le test de crédibilité

Après 17 mois consécutifs en tête des intentions de vote c’est un euphémisme que de dire que Justin Trudeau est en plutôt bonne position. Mais il n’en demeure pas moins que cette position comporte une bonne dose de fragilité. Les électeurs conservent bien des doutes à son égard tant au chapitre des idées que du leadership.

Il est donc intéressant de noter que d’emblée en cette reprise des travaux parlementaires, ce politicien qui répète depuis plus d’un an qu’il n’a pas l’intention de dévoiler son programme avant les prochaines élections, ait pris la peine d’annoncer au moins une politique claire.

Un gouvernement libéral annulerait la baisse de cotisation d’assurance emploi promise aux petites entreprises par le ministre des Finances Joe Oliver la semaine dernière. Il opterait plutôt pour une exemption de cotisation pour tout employeur qui créerait un nouvel emploi.

Le signal est clair : les libéraux veulent montrer que leur chef n’est pas une coquille vide et qu’il est capable de formuler des politiques concrètes qui répondent aux défis de l’économie d’aujourd’hui.

Comme l’utilisation des surplus prendra de l’ampleur dans les prochaines semaines et les prochains mois, le chef libéral devra aller plus loin et clarifier sa pensée sur un élément essentiel. Sera-t-il prêt à révoquer les baisses d’impôts des conservateurs pour financer son propre programme électoral.

C’est la clé de voûte des finances publiques pour les prochaines années, et il sera difficile pour les libéraux d’entretenir le suspense sur ce front pendant 13 mois.

Finalement, s’il veut montrer qu’il est apte à gouverner, Justin Trudeau devra répondre au défi implicite que lui a lancé Stephen Harper sur le front de la politique étrangère. Car les libéraux ont beau plaider que les conservateurs nuisent à la réputation du Canada dans le monde, sur les dossiers d’Israël particulièrement cet été, de l’Ukraine et de l’Irak pour ne nommer que ceux-là, les nuances dans leurs approches sont plutôt subtiles.

Pour consolider son avance et se prémunir contre les risques inhérents à une campagne électorale, le chef libéral n’a pas le luxe d’attendre le déclenchement de celle-ci en septembre prochain pour faire la preuve qu’au-delà du style, il a la substance pour devenir premier ministre.

Thomas Mulcair : au-delà du rôle d’opposition

Brian Mulroney a dit de lui qu’il est le meilleur chef d’opposition depuis John Diefenbaker, et il est bien là le problème du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Thomas Mulcair doit convaincre les Canadiens qu’il est plus qu’un bon chef d’opposition.

C’est ainsi que celui qui a fait sa marque à Ottawa en menant l’inquisition contre le premier ministre dans le scandale du Sénat fait le pari de sortir de la capitale pour aller à la rencontre des Canadiens. L’objectif est clair : faire valoir le politicien sensible, près des préoccupations des gens, plutôt que le parlementaire féroce et sans compromis qu’ils ont connu jusqu’ici.

Thomas Mulcair n’a toutefois pas le luxe de jouer les jeunes premiers, d’où le pari du NPD de dévoiler sa plateforme électorale le 19 octobre prochain, un an jour pour jour avant la prochaine élection. L’espoir ici, c’est que les politiques précises du NPD aideront le chef du parti à rejoindre l’électorat. Le NPD espère ainsi faire la preuve, politiques précises à l’appui, que l’expérience du chef compte. Le NPD mise sur l’« expérience solide » pour contrer le « se préparer à vous représenter » de Justin Trudeau.

Les stratèges du NPD vous diront qu’ils demeurent optimistes, en meilleure position qu’à un an des élections de 2011, que leur chef est plus populaire que son parti.

Certes, mais la réalité demeure que leur parti est bon troisième dans les intentions de vote, troisième aussi au chapitre du financement, troisième dans une course qui prend parfois des allures de duel entre conservateurs et libéraux.

Mario Beaulieu : un défi de taille

Le chef du Bloc québécois n’a pas raté cette rentrée parlementaire, mais il a dû se contenter d’y assister en marge, forcé de répondre aux multiples questions sur son leadership, plutôt que d’imposer sa voix comme incontournable dans le débat québécois. C’est dire toute l’ampleur du défi qui l’attend toujours.

Malgré la défection de deux députés, malgré les critiques et divisions internes depuis son arrivée, Mario Beaulieu demeure optimiste. Mais les priorités qu’il évoquait lundi révèlent déjà un ajustement dans sa stratégie.

Il s’est fait élire en balayant du revers de la main l’approche de la « défense des intérêts du Québec » et a campé la crédibilité du Bloc au fil des ans. Il compte aujourd’hui faire la preuve que les partis fédéralistes relèguent ces intérêts au second rang, et aussi porter le ballon du déséquilibre fiscal. Des priorités qui donnent un air de déjà vu à l’approche du Bloc québécois version 2014.

Un an c’est le temps qu’il reste aux chefs de partis avant de monter à bord de leurs avions et autobus armés de slogans et de certitudes. Et si rien ne remplace le presto d’une campagne électorale pour mettre ces chefs à l’épreuve et interpeller l’électorat, le travail de terrain des 12 prochains mois sera déterminant et dictera inévitablement lequel d’entre eux sera sur la ligne de départ en position de force en septembre prochain.

Catégorie: Ottawa

Cette image sonar montre l'épave retrouvée.
Cette image sonar montre l’épave retrouvée.

Ce n’était pas étonnant de voir le premier ministre Harper annoncer lui-même qu’une des épaves de l’expédition Franklin avait été trouvée.  Après tout, la rumeur avait circulé la semaine dernière que le premier ministre était prêt à quitter abruptement la réunion de l’OTAN au pays de Galles, pourtant présentée comme une réunion cruciale de l’Alliance, pour se rendre directement dans le Grand Nord si les vestiges des navires étaient trouvés.

Le premier ministre est un fervent d’histoire. Il a rappelé les expéditions annuelles menées depuis 2008 par Parcs Canada chaque été où il s’est rendu dans le Grand Nord pour son périple annuel.  Cette année, il a évoqué la mouture 2014 de l’expédition pour retrouver les épaves du NSM Erebus et du NSM Terror chaque jour de sa tournée d’une semaine dans le Grand Nord.  Et il y a participé… Il a séjourné presque deux jours sur la frégate Kingston, l’un des navires de la marine qui a pris part aux recherches, avec à son bord des sonars sophistiqués et des véhicules amphibies qui ont été la clé, finalement, pour trouver l’épave.

Imaginez la scène… Le samedi 23 août au soir, Stephen Harper est sur la passerelle du Kingston. Une vingtaine de personnes l’entourent, dont son épouse Laureen, les ministres Leona Aglukkaq et James Moore ainsi que le commandant de la frégate, Paul Smith.

Tout le monde est agglutiné autour de plusieurs cartes, certaines sont des reproductions de relevés du 19e siècle, d’autres représentent la zone qui sera explorée cette année.  Le premier ministre se fait expliquer où seront concentrées les recherches et comment, grâce aux expéditions précédentes, les experts ont ciblé une zone plus prometteuse dans le détroit de Victoria et même au sud de l’île Victoria dans le golfe de la reine Maud.

Les autres hommes dans la pièce sont tous associés aux fondations privées qui se sont jointes à l’expédition.  Parmi eux Jim Basillie, cofondateur de BlackBerry, qui finance le navire océanographique Martin Bergmann et Andrew Prossin, de la fondation One Ocean, qui possède aussi un bateau dans l’expédition.

Le premier ministre Stephen Harper le NCSM Kingston.L’atmosphère est très détendue. Stephen Harper, qui est habituellement réservé, semble très à l’aise, pose des questions et est très animé.  On trinque au scotch.  L’excitation est palpable.  Cette scène digne d’un film (et reconstituée grâce aux comptes rendus de plusieurs des participants) s’est déroulée loin des regards indiscrets des journalistes relégués au brise-glace Des Groseillers, mais elle peut être considérée comme le pendant mondain de la photo du premier ministre à la proue du Kingston, l’air heureux sous le drapeau canadien qui flotte au vent.

Stephen Harper n’est pas seulement un fervent d’histoire. Il est attaché au Nord et désire ardemment inscrire ce Nord dans la psyché canadienne. En annonçant la découverte de l’épave avec son air d’enfant à qui on a permis d’ouvrir son cadeau de Noël en septembre, il a évoqué un moment historique pour le Canada.

Depuis son accession au pouvoir, il est clair qu’il cherche à développer sa propre vision de l’identité canadienne et, dans cette vision, il y a l’appartenance au territoire, le patriotisme, une unité autour des mythes fondateurs et autour des exploits militaires du Canada, comme la guerre de 1812 dont il a fait la promotion comme étant « la bataille pour le Canada ».

Le succès de l’expédition 2014  à la recherche des épaves de Franklin lui fournit un argument de plus pour accroître l’intérêt dans l’Arctique et les revendications territoriales là-haut. Comme le dit un universitaire qui était du voyage, chaque fois que le premier ministre évoque la souveraineté canadienne, substituez le terme nationalisme et vous comprendrez que pour lui, faire flotter le drapeau unifolié dans l’Arctique, ce n’est pas seulement un message pour le reste du monde.

Catégorie: Ottawa

Si vous avez lu les aventures d’Harry Potter, vous savez qu’il y a un nom-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : Voldemort!

Si vous suivez la politique canadienne, vous savez qu’il y a un mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : constitution!

En fin de semaine, une déclaration de Philippe Couillard a suscité toutes sortes de réactions, sans même qu’il ne prononce le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne. Peut-être pas chez vous entre vos travaux extérieurs, un dernier BBQ avec les amis ou la famille et une bonne bouteille de vin.

Mais des réactions de la classe politico-médiatique…

Qu’est-ce que M. Couillard a dit sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne?

Il a dit : « … à l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. »

Traduction : pacte = constitution.

L’interprétation est plus délicate, parce que le terme « réaffirmé » est flou à souhait. « Réaffirmé », ça veut dire quoi?

Ça veut dire que M. Couillard veut rouvrir la Constitution, y réintégrer le Québec d’ici le 150e anniversaire du Canada en 2017?

Ça veut dire rappeler que le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution et que c’est une tache historique?

Hier, M. Couillard a « précisé » sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne : « Tant mieux si on fait avancer ce dossier, mais ce n’est pas une priorité quotidienne pour nous. »

Traduction : dossier = constitution.

Interprétation : M. Couillard réalise que le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne suscite, dans la sphère politico-médiatique, une réaction épidermique.

Interprétation finale : comme bien des fédéralistes, M. Couillard pense que l’absence de signature du Québec au bas de la Constitution est une tache historique. Il pense qu’elle doit être effacée. Mais il réalise qu’il n’y a pas d’appétit, que les options pour effacer cette tache (débat constitutionnel ou indépendance) n’émeuvent pas la population actuellement.

Bref, ça veut dire qu’en 2017, pariez que rien n’aura changé…

Catégorie: Ottawa, Québec

Encore la faute du messager

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 publié le 4 septembre 2014 à 16 h 32

Les responsables du financement du Parti conservateur (PC) de Stephen Harper en ont contre les médias, c’est bien connu et surtout documenté. Il faut dire que l’exemple vient de haut si on se fie aux propos du premier ministre lui-même lors du congrès de son parti à Calgary l’automne dernier.

Après s’en être pris à la Tribune de la presse parlementaire, aux « médias d’Ottawa », à l’« élite médiatique » et carrément à Radio-Canada/CBC pour demander à leurs militants de contribuer à la caisse du PC afin de lutter contre l’adversaire, le tir se précise.

En une semaine, deux appels à confronter l’ennemi médiatique en versant 5 $ au PC visaient deux journalistes en particulier pour montrer ensuite que c’est l’ensemble de la classe médiatique qui est un adversaire en prévision de la campagne attendue l’an prochain.

Dans un envoi/communiqué adressé aux sympathisants conservateurs, le directeur des opérations politiques du PC, Fred DeLorey, disait la semaine dernière : « Je ne peux pas croire ce que j’ai lu (just disgusting) ». Il tâte le porte-feuille de ses lecteurs en dénonçant une chroniqueuse du Toronto Star qui a recours, selon lui, aux attaques personnelles contre M. Harper.

Heather Mallick y va en effet d’une opinion sentie sur les qualités de Justin Trudeau qui font vibrer l’électorat, et elle expose ce qu’elle voit comme un contraste avec M. Harper. On lui reproche l’utilisation du mot « sociopathe » en association avec M. Harper. Elle évoque en fait le manque d’empathie, d’émotion de M. Harper face à la situation des femmes autochtones assassinées en grand nombre et parle de sa « vision de sociopathe », donnant ainsi des munitions à M. DeLorey.

Toujours à la recherche des précieux 5 $, M. DeLorey revenait à la charge cette semaine après l’annonce de l’embauche par les libéraux de Justin Trudeau d’un journaliste de CTV qui a roulé sa bosse à Ottawa dans d’autres boîtes, Colin Horgan.

 Voici quelques commentaires de M. DeLorey :
- « Ça confirme nos soupçons. »
- « Après des mois d’attaques contre notre parti comme reporter… »
-  « Ça vous en dit long sur la façon dont les médias d’Ottawa vont nous traiter dans la prochaine élection. »

M. DeLorey argumente que ça va prendre d’autant plus d’argent qu’on ne pourra pas passer le message par les médias. Il faudra beaucoup de publicité.

Les vases communicants des partis politiques et des médias sont assez bien connus, et pas seulement à cause de René Lévesque, un des cas les plus fameux. On n’a qu’à penser aux Drainville, St-Pierre et Lisée récemment au Québec, mais aussi aux Duffy, Wallin, Kent, Frum, Moore au Parti conservateur! Trois sénateurs et deux ministres, sans compter des candidats et du personnel politique. Les conservateurs ne se sont donc pas privés de recruter du côté des médias. Ça met les choses en perspective.

J’en parlais dans mon blogue précédent, Justin Trudeau trône en première place des sondages sans interruption depuis son arrivée à la tête des libéraux. Les plus récentes consultations font état d’écart grandissant. Tout ça, malgré certaines controverses amorcées par des propos de M. Trudeau et en dépit aussi des publicités négatives des conservateurs.

Une vaste enquête de la firme Abacus Data sur les intentions de vote, mais aussi sur l’impression laissée par les chefs, l’impact d’éventuels gouvernements NPD ou PLC, les enjeux chers aux Canadiens et même, carrément, les compétences de Justin Trudeau, n’apporte pas de réconfort aux conservateurs.

Ils ne doivent pas apprécier ce message qu’ils reçoivent en cette fin d’été. Si M. Trudeau se maintient, si rien ne colle ou ne l’égratigne, on explique ça comment? Plusieurs analystes sont arrivés à différentes conclusions. Au PC, on s’est aussi posé la question. Évidemment, la réponse :  « C’est un fait, les Canadiens savent que Justin Trudeau n’est pas à la hauteur. Les seuls qui sont encore sous son charme travaillent à Ottawa à la Tribune parlementaire.»

Quand le message ne fait pas l’affaire, on s’en prend au messager et on espère ainsi motiver les donateurs, question d’amasser le plus d’argent possible pour… produire d’autres publicités négatives puisqu’on ne peut pas compter sur les médias ligués contre nous!!!

Catégorie: Ottawa