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Des sénateurs vigilants et utiles???

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 publié le 16 avril 2014 à 17 h 07

Un comité de sénateurs vient de poser un geste inhabituel en proposant des changements de substance à un projet de loi important pour le gouvernement Harper, celui sur la réforme électorale tant dénoncé du ministre Pierre Poilièvre.

Volonté d’affirmation des sénateurs, de leur indépendance, de leur savoir-faire et de leur expérience??? Un gouvernement Harper un peu « surpris »??? Ou bien une porte ouverte qui tombe à point pour bouger sur un projet qui passait décidément mal???

Établissons tout d’abord que, même si tous les membres du comité souscrivent à la première partie du rapport, ce sont ses membres conservateurs qui ont eu l’initiative et les libéraux y joignent une opinion  minoritaire qui demande d’aller beaucoup plus loin. Les libéraux ne cautionnent pas aveuglément les ouvertures conservatrices qui ne vont pas assez loin à leur goût et leur document le montre.

Les recommandations n’ont pas été élaborées en vase clos par les sénateurs conservateurs, leur leader au Sénat, Claude Carignan, était partie aux discussions et certains ont contacté le bureau du ministre Poilièvre. Disons que la « surprise » n’était pas totale du côté du gouvernement. En fait, comme les planètes de la souplesse et de l’ouverture se sont subitement alignées à partir de mercredi dernier,  on nous indique  que les sénateurs conservateurs n’agissaient sûrement pas en commando sans tenir au courant les collègues de l’autre côté du Parlement. Ils ont d’ailleurs eu une occasion en or de le faire ce même mercredi matin, lors de la réunion hebdomadaire du caucus.

En plus, à peine trois jours avant la dernière réunion du comité, jeudi dernier, des conservateurs du comité, comme les Frum et Dagenais, maintenaient la ligne dure, la ligne de parti, sur de possibles assouplissements. Tout s’est passé très rapidement entre conservateurs au point où les autres sénateurs n’ont eu qu’à donner leur imprimatur pour ensuite ajouter leurs propres demandes.

C’est d’ailleurs avec le sourire en coin que le ministre Pierre Poilièvre commentait en début de semaine les fuites en disant qu’il était limité dans son analyse d’un rapport « qu’il n’avait pas encore bien examiné ».

Donc les suggestions des sénateurs devraient rebondir du côté du comité de la Chambre qui va reprendre ses travaux le 28 avril, avec quatre jours maximum pour compléter l’audition de témoins et l’étude article par article du C-23. On parle de 158 articles répartis sur 252 pages. Là encore, les conservateurs sont majoritaires et leurs membres du comité en question n’ont pas démontré de signes d’ouverture depuis le début des audiences et je vais me montrer poli ici en n’allant pas plus loin pour décrire leur comportement. Les plus déterminés d’entre vous pourront se renseigner sur leur attitude face à certains témoins et sur leur utilisation des tactiques parlementaires en consultant les témoignages ou encore la diffusion web.

Quant à la substance des suggestions des sénateurs conservateurs…ou plutôt de l’ensemble des membres du comité, on peut parler d’atténuation des effets de certaines mesures dénoncées de toute part, quand ce n’est pas purement cosmétique, sauf dans un cas. Le seul mouvement réel, là où ça compte, touche une mesure qui, de l’avis général, avantageait le Parti conservateur. On propose en effet d’abandonner toute idée d’exclure certaines activités de sollicitation de fonds des dépenses électorales. Difficile sinon impossible de s’assurer du respect de la mesure en question et gros avantage aux partis qui possèdent déjà une banque de données imposante.

Rien d’autre sur l’essentiel, les répondants et la Carte d’information de l’électeur sont toujours exclus comme preuve de résidence, le Commissaire enquêteur est toujours sous le Directeur des poursuites pénales et n’a toujours pas de pouvoir de contrainte à collaborer à ses enquêtes. Statu quo aussi pour la fin de la publicité d’Élections Canada promouvant la participation, les nominations partisanes, par les gagnants, de fonctionnaires électoraux, etc… Certains ont parlé d’un écran de fumée conservateur

La balle est donc dans le camp des députés membres du comité et là, il n’y a pas que des libéraux et des conservateurs. L’opposition néo-démocrate y est présente en force et n’est pas partie prenante à l’entente du côté du Sénat. Prochaine étape le 28 avril au retour de tout ce beau monde ici.

 

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Les « droits » des victimes

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 publié le 7 avril 2014 à 16 h 41

Le gouvernement Harper a finalement accouché d’un de ses engagements importants, celui de donner plus de place aux victimes dans le système judiciaire et carcéral canadien. Le mot charte étant à la mode, ça en a donné une autre, celle des droits des victimes. Cette législation ouvre la porte à toutes sortes de démarches de la part des victimes, à plusieurs étapes du processus dès qu’une infraction est commise.

Mais le mot droit est tout relatif dans cette charte. On parle davantage des droits d’essayer, de proposer ou de demander, plutôt que de droits quasi absolus, tels ceux prévus par les chartes canadienne ou québécoise des droits et libertés, pour prendre exemple sur celles-là. Les autorités ont dorénavant l’obligation de « prendre en considération ».

On remarque en effet que ces droits sont étroitement balisés, limités même, par la discrétion laissée en plusieurs endroits aux autorités, dont les juges. Chose à laquelle le gouvernement Harper nous avait peu habitués avec ses précédentes mesures en matière de justice criminelle. On peut penser aux peines minimales ou au temps purgé avant la condamnation.

C’est ainsi que les victimes ne pourront pas compter sur une interprétation de la loi qui nuirait à la bonne administration de la justice à tous les niveaux (art. 20). En plus, la violation d’un droit permet de porter plainte, mais elle n’ouvre pas la porte à un recours en justice ou encore à un dédommagement (art. 28). Finalement, même si les victimes gagnent en espace et en poids dans le système, elles ne pourront pas prétendre à un statut d’observateur, d’intervenant ou de partie dans une procédure (art. 27).

En toile de fond des droits à l’information, à la participation, à la protection et au dédommagement se profile la discrétion des administrateurs de la justice, des enquêteurs aux juges en passant par les procureurs, de répondre favorablement ou non aux demandes des victimes. Il y a peu ou pas d’automatisme.

On ne connaît pas pour l’instant les sources de cette approche, disons modérée, mais on doit se rappeler que plusieurs mesures contraignantes à l’endroit des juges adoptées par les conservateurs ont été contestées avec succès devant les tribunaux. L’une d’elles sera justement l’objet d’un jugement de la Cour suprême vendredi.

Il faut aussi rappeler qu’en pratique, plusieurs des mesures colligées et renforcées dans cette charte étaient en vigueur depuis plusieurs années. De plus, elles ne touchent que la place des victimes à l’intérieur du système pénal et ne règlent en rien les problèmes qui persistent chez les victimes d’actes criminels dans leur vie personnelle. Des retombées psychologiques, familiales et financières qui font l’objet de demandes de soutien depuis des années également.

Est-ce que le gouvernement Harper et ceux des provinces dans ces cas-là voudront aller plus loin? En tout cas, celui qui a enfourché ce cheval de bataille à Ottawa, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, ne semblait pas avoir fini sa croisade. Commentant l’annonce de son patron à laquelle il venait d’assister à Toronto, le sénateur Boisvenu s’est évidemment dit satisfait dans les circonstances, et il s’est empressé d’ajouter que la charte ne serait plus dans cinq ans ce qu’elle est aujourd’hui.

N’ajustez pas votre appareil; le sénateur Boisvenu ne semble pas se diriger vers la retraite, mais plutôt vers la prochaine bataille de la guerre qui est devenue le combat de sa vie. Cette première bataille est cependant une victoire acquise si on se fie à la réaction de l’opposition, qui ne semble pas avoir l’intention d’entraver le processus de son adoption au Parlement.

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Mon cœur a sauté un tour quand au radiojournal de 6 h, j’ai entendu ma collègue Marie-Ève Bédard, de Kaboul, dire que la correspondante de l’Associated Press Kathy Gannon avait été blessée dans une attaque où une photojournaliste allemande a trouvé la mort. Pas Kathy! me suis-je dit en me rappelant immédiatement l’affable grande fille de Timmins, en Ontario, qui m’a accueillie à bras ouverts à Kaboul en 2001 quand j’y ai mis les pieds pour la première fois.

Kathy c’est LA personne qu’il fallait voir en Afghanistan, ou au Pakistan, où elle avait établi sa base. Elle couvre cette partie du monde depuis 1986. Presque 30 ans d’Afghanistan. La première fois qu’elle y est entrée, les Soviétiques étaient encore là, aime-t-elle raconter. Bien sûr, elle n’a pas vécu tout ce temps à Kaboul. Pendant que les talibans étaient au pouvoir, elle n’a pas pu, mais elle a été la seule journaliste à qui les talibans ont permis de revenir à Kaboul en novembre 2001, trois semaines avant leur fuite.

Le journaliste Kathy Gannon discute avec des écolières afghanes, à Kandahar

La journaliste Kathy Gannon discute avec des écolières afghanes, à Kandahar. Crédit : Anja Niedringhaus Presse Canadienne

La clé, dit-elle, c’est le respect. Elle a travaillé fort pendant des années pour se faire accepter. Elle n’a aucune patience pour les expatriés qui vivent entre eux, derrière de hauts murs, dans ces milieux hostiles. Elle n’a pas hésité à aller s’installer à Peshawar, dans le nord du Pakistan, pour se faire connaître des moudjahidines avant qu’ils l’emmènent au front contre les Soviétiques. Et le front, elle ne l’a pas lâché pendant 18 ans, toutes les parties le savaient. Respect, Kathy Gannon.

Quand je l’ai vu la première fois, elle était en train de remettre sur pied la maison de l’AP à Kaboul. Pas une mince tâche pour une femme occidentale, mais elle avait déjà son réseau d’Afghans fiables, qu’elle a sûrement encore autour d’elle. C’est pour ça que lorsque mon affectatrice m’a dit qu’elle n’avait pas d’équipe de sécurité pour ce déplacement à Khost, dans une région très dangereuse de l’Afghanistan, j’ai tout de suite pensé qu’au contraire elle devait avoir un chauffeur et un fixer (interprète,  intermédiaire, etc.) en qui elle avait la plus entière confiance. Mais peut-être qu’elle admettra, quand elle sera remise de ses blessures, qu’après toutes ces années, elle a perdu un peu de la méfiance dans laquelle, malheureusement, il faut s’enfermer quand on travaille en zone de conflits.

La confiance en l’autre, je le déplore, c’est une des choses les plus précieuses qu’on perd à couvrir les conflits.

Kathy, elle, c’est son optimisme à propos de l’Afghanistan qu’elle a semblé perdre, du moins pour un temps. En 2006, quand j’ai voyagé à Kaboul et à Kandahar pour la dernière fois, elle n’y était plus, elle venait de se marier (à 52 ans) et avait accepté de nouvelles responsabilités pour AP en Iran. Mais elle est revenue à la région qu’elle aime. Islamabad est sa base, elle a le titre de correspondante spéciale.

Il y a un peu plus de deux ans, dans une entrevue à une publication du ministère canadien des Affaires étrangères, Kathy disait qu’elle n’est pas pessimiste pour l’Afghanistan, seulement triste, parce qu’on y refait exactement, selon elle, les mêmes erreurs que dans le passé, que rien ne semble s’y accomplir et que des gens meurent.

Aujourd’hui, c’est elle qui est victime d’une attaque. Et Anja, la photographe allemande avec qui elle a travaillé étroitement au fil des années, a été tuée. Kathy va passer au travers, c’est ce que je me répète depuis ce matin. Dans son cœur et dans sa tête, elle est sûrement aussi afghane que son assaillant, mais probablement plus déterminée que lui à voir l’Afghanistan grandir.

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Comme en témoigne la décision de la Cour suprême sur la nomination du juge Marc Nadon, les conservateurs, qui tentent aussi de changer les règles du jeu de nos grandes institutions par la réforme du Sénat et le projet de loi C-23 sur la Loi électorale, n’ont pas fini de se frotter au plus haut tribunal du pays.

Par l’entremise du projet de loi budgétaire de l’automne, le gouvernement Harper avait modifié la Loi sur la Cour suprême pour faire en sorte que si la Cour invalidait la nomination du juge Nadon en vertu de la Loi actuelle, on changeait ladite loi pour y conformer la nomination… rétroactivement!

Cette disposition a été jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême. Ainsi, la plus haute Cour du pays a non seulement invalidé la nomination du juge Marc Nadon, elle a du même coup rejeté la tentative du gouvernement Harper de changer les règles pour valider à rebours cette nomination.

Le cas du Sénat

Dans le cas du Sénat, le gouvernement Harper a également soumis à la Cour suprême sa volonté de modifier unilatéralement la façon de sélectionner les sénateurs ou la longueur de leur mandat. Le gouvernement veut aussi savoir si le Parlement fédéral a le pouvoir d’abolir unilatéralement la Chambre haute.

En lisant ce matin comment les juges ont interprété ce qui est constitutionnel ou pas et leur jugement sur le pouvoir du Parlement fédéral d’amender la Constitution une fois qu’une matière est étiquetée « constitutionnelle », plusieurs ont cru déceler le penchant de la Cour en ce qui concerne le renvoi fédéral sur le Sénat. Le constitutionnaliste Sébastien Grammond a fait la même lecture, si on se fie à ses propos tenus après le jugement de ce matin.

La réforme de la Loi électorale

En ce qui concerne le projet de loi C-23, qui modifie en profondeur la Loi électorale et qui a été dénoncé de tous les côtés de l’échiquier politique, les tribunaux n’en sont évidemment pas saisis puisqu’il n’a pas été adopté et n’a donc pas encore force de loi. C’est quand le projet deviendra loi que les contestations judiciaires seront possibles.

On ne peut pas accuser le gouvernement Harper de vouloir changer les règles à rebours.

Au contraire, les opposants au projet affirment que les conservateurs veulent piper les dés avant les élections d’octobre 2015 pour éviter les pépins des récents scrutins et ainsi s’avantager.

Selon les experts consultés, ce n’est qu’une question de temps avant que cette réforme-là aussi ne se retrouve devant les tribunaux.

Il suffira que quelques électeurs soient privés de leur droit de vote à cause des nouvelles règles sur les répondants et l’identification des votants pour entamer un recours légal. Quelqu’un me disait qu’il était facile de créer une telle situation pour ensuite la récupérer en l’amenant devant les tribunaux.

Comme disent les anglophones, « One down, two to go », en parlant des réformes institutionnelles du gouvernement Harper.

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Le legs de Jim Flaherty

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 publié le 20 mars 2014 à 11 h 55

Premier élément le plus souvent mentionné dans les divers bilans du passage de Jim Flaherty au ministère des Finances, le retour l’an prochain de l’équilibre budgétaire mis sur les rails au fil des budgets austères des trois dernières années. Tout ça après que le même ministre eut enregistré le plus gros déficit annuel, soit 56 milliards de dollars. Un déficit qui suivait, il faut le reconnaître, la récession due à la grave crise financière et les imposantes dépenses de relance du gouvernement Harper.

M. Flaherty a accompli l’exploit grâce à une gestion serrée des dépenses, avec comme mesure la plus visible la coupe dans les dépenses de fonctionnement, qui se solde par 19 000 éliminations de postes dans la machine gouvernementale. On pourrait se perdre en explications sur la façon dont MM. Flaherty et Clement ont également manipulé les crédits des ministères et organismes pour réduire les dépenses.

C’est donc avec cette dernière réalisation du ministre Flaherty que s’ouvrent la plupart des analyses. Mais est-ce là l’essentiel du legs de ce ministre qui a quand même présenté neuf budgets, tout comme Paul Martin? Flaherty a plongé le pays en déficit profond pour ensuite rétablir l’équilibre. Un peu comme le défenseur qui rate la rondelle à la ligne bleue adverse, mais qui vient la soutirer à l’attaquant en échappée en plongeant de tout son long, le bâton étiré au bout des bras. Superbe jeu défensif!

Il faut aussi rappeler que M. Flaherty a été nommé « meilleur ministre des Finances du monde » par un grand forum international, et que le Canada s’est mieux tiré que ses partenaires occidentaux de la crise de 2008-2009 si l’on se fie aux indicateurs économiques habituels : emplois, PIB, etc. Encore une fois, on peut discuter de la façon dont on mesure tout ça, donner des exemples de secteurs ou régions qui s’en tirent moins bien, ou encore souligner que des incertitudes font maintenant surface.

Regardons donc les grandes décisions du ministre Flaherty en parallèle avec la situation économique au Canada comme dans le reste du monde.

On se souvient que M. Flaherty a implanté deux baisses de la TPS : une en arrivant au pouvoir en 2006, l’autre en 2008. Après 6 milliards de revenu abandonné, 6 autres milliards s’ajoutaient quelques mois à peine avant la grande crise, alors que l’économie américaine vivait déjà la crise des prêts à risque qui minait son secteur immobilier depuis 2007. M. Flaherty avait l’occasion de redresser la barre après l’élection du 14 octobre 2008 avec l’Énoncé économique de la rentrée parlementaire de novembre. Au contraire, il a sous-estimé la crise et parlé encore d’un surplus pour l’année en cours, alors qu’elle se solderait par un déficit de 5,8 milliards de dollars et qu’on serait même à peu près à l’équilibre pour l’année suivante.

Certains ont réclamé des mesures de stimulation de l’économie, de protection pour ceux qui allaient écoper. M. Flaherty a mis le feu aux poudres en annonçant plutôt l’élimination du financement public aux partis politiques et du droit de grève des fonctionnaires.

L’épisode a vite dégénéré en ce qui est devenu la « crise de la prorogation » : 13 jours de travaux parlementaires après la réélection de son gouvernement minoritaire, Stephen Harper devait se rendre à Rideau Hall pour demander à Michaëlle Jean de proroger la session. Au retour, fin-janvier, au lendemain du discours du Trône, Jim Flaherty déposait un budget expansionniste. Le bras tordu dans le dos ou le nez bouché, comme vous préférez, le ministre Flaherty consentait à stimuler l’économie.

Conséquence : un déficit record de 56 milliards de dollars cette année-là. M. Flaherty avait au moins l’excuse qu’il avait fait ce que demandaient les partis d’opposition. Une fois la crise passée, M. Flaherty a récupéré tout ça et est devenu « propriétaire » de la reprise économique soudainement soutenue par son gouvernement, d’où le titre de « meilleur ministre des Finances du monde »… Belle récupération quand même.

Ça, c’est pour la trame de fond qui se dégage de ses huit années en poste. On peut aussi revenir sur certaines décisions-clés. Celle sur la TPS était populaire, mais n’était pas la façon la plus productive de réduire le fardeau fiscal, selon le consensus économique.

Trois décisions touchant les retraités. Celle de taxer les fiducies de revenu quelques mois après avoir promis de ne pas le faire. Une excellente décision, toujours selon le consensus. Peut-on lui reprocher d’avoir eu la bonne idée d’en abandonner une très mauvaise? Non, simplement peut-être d’avoir fait du kilométrage en campagne auprès des personnes âgées pour ensuite virer son capot.

Ensuite, celle de faire passer de 65 à 67 ans l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Pas une mauvaise décision en soi non plus. Deux réserves : aucun débat public là-dessus, donc une solution à la pièce ne tenant pas compte de l’ensemble des revenus de retraite.

Enfin, la création des Régimes de pensions agréés collectifs, nouvel instrument d’épargne en prévision de la retraite pour ceux qui tombent entre les régimes d’entreprises, les REER, etc. Trop récents pour être évalués, mais certains continuent de plaider pour une bonification du Régime de pensions du Canada.

Autre véhicule d’épargne créé par Jim Flaherty, le fameux CELI, de l’épargne libre d’impôt d’un bout à l’autre. Encore une fois, le gouvernement renonce à des revenus qui restent chez les contribuables. Reste à savoir, avec le temps, lesquels.

Du côté hypothécaire, on louange M. Flaherty pour la façon dont il a contenu la bulle immobilière en tirant sur les rênes du côté de la SCHL d’une part, et en limitant les périodes maximales d’amortissement à 25 ans. Le même ministre avait cependant commencé par ouvrir la porte aux emprunts sur 40 ans en 2006, pour ensuite faire marche arrière face à la crise qui frappait en 2007 les États-Unis dans ce secteur.

En ce qui a trait aux provinces, M. Flaherty a réformé la péréquation avec ce qui se veut un règlement du déséquilibre fiscal, et il a clos un vieux contentieux avec le Québec par une compensation attendue de 2,2 milliards de dollars pour l’harmonisation des taxes de vente, un exercice qu’il a aussi effectué avec d’autres provinces.

Il est également l’homme de la Commission des valeurs mobilières pancanadienne en dépit du jugement de la Cour suprême, des transferts aux provinces à croissance plafonnée unilatéralement et de l’explosion des crédits d’impôt ciblés qui encombrent désormais le régime fiscal (pompiers volontaires, bénévoles d’opérations de sauvetage, jeunes sportifs ou artistes…).

Voilà à peu près pour le quoi et le quand, mais qu’en est-il du comment, de la manière Flaherty?

Le procédé des projets de loi omnibus à la portée sans précédent, souvent extrabudgétaire, est devenu la marque de commerce du ministre Flaherty et de son gouvernement depuis l’accès à la majorité en 2011. Des dizaines d’éditoriaux, de chroniques et de textes d’opinion ont souligné le détournement du processus budgétaire de sa vocation, à savoir que le Parlement, dans notre système, doit approuver après examen éclairé les matières financières ou budgétaires. En plus, ces mégaprojets de loi ont permis au gouvernement de faire passer à toute vapeur des mesures sur l’environnement, les libérations conditionnelles, la Cour suprême, les artistes, la procréation assistée, etc.

Si vous ajoutez à ça la façon dont les crédits des ministères sont présentés, c’est la base même du système parlementaire qui s’érode. Certains vous diraient que ce n’est pas qu’avec son bulldozer budgétaire que le gouvernement Harper entame le système, on en a déjà parlé dans des chroniques précédentes. Deux anciens hauts fonctionnaires des Finances ont bien exposé les conséquences de cette dérive et la nécessité de redresser la barre.

Même l’outil budgétaire que le gouvernement Harper prétend avoir ajouté au coffre des députés pour leur faciliter la tâche, les alimenter en données objectives pour participer au processus, n’a pas trouvé grâce aux yeux de Jim Flaherty. Il a voulu montrer la direction à prendre pour l’embauche du prochain directeur parlementaire du budget au terme du mandat de Kevin Page l’an dernier, en affirmant que M. Page s’était « égaré de son mandat » en évaluant les façons de faire du gouvernement.

Tout autant que les décisions prises par M. Flaherty au fil des dossiers et des années, cette trame et cette attitude font partie de ce qu’il laisse comme héritage. L’opacité autour de la nomination de son successeur ne laisse pas présager de changement sur la façon de faire à l’avenir. En plus évidemment de la tangente que M. Flaherty a donnée au débat sur l’utilisation du surplus l’an prochain, soit le fractionnement du revenu ou le remboursement de la dette? Ça aussi, ça fait partie des retombées avec lesquelles vivront ses collègues du cabinet et son ancien patron.

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Changement aux Finances?

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 publié le 19 mars 2014 à 17 h 26

Le premier ministre Stephen Harper a procédé à un petit jeu de chaise musicale au sein de son Conseil des ministres en remplaçant le ministre des Finances démissionnaire, Jim Flaherty, par l’actuel ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver.

Lui-même est remplacé dans ses fonctions par le ministre d’État aux Sciences et à la Technologie, Greg Rickford, qui est député du nord de l’Ontario, où il est également responsable du programme de développement régional Fednor, toujours sous son aile. Cela permet l’arrivée au Cabinet du député de London-Ouest Ed Holder comme ministre d’État aux Sciences et à la Technologie.

Joe Oliver arrive aux Finances à un âge avancé, 73 ans, mais c’est un novice en politique. Il n’a été élu qu’en 2011. Son expérience, elle vient de Bay Street. Ça fait de lui un candidat idéal pour succéder à Jim Flaherty, un des « ministres des Finances les plus crédibles que le Canada ait eu », pouvait-on lire dans les hommages qui lui ont été rendus après sa démission.

Le signal que Stephen Harper envoie est celui de la continuité. M. Oliver ne va pas faire de révolution. Il prend les rênes à un moment critique, certes, puisque le Canada approche du déficit zéro, et que bientôt les surplus à dépenser vont attirer toutes sortes de propositions. Mais Joe Oliver n’a rien à prouver, personne à impressionner. Il est un homme d’équipe, qui a impressionné le premier ministre dans sa défense avec acharnement du projet de pipeline Keystone XL. Il se présentera peut-être encore en 2015, mais il n’a pas l’ambition, à son âge, de prendre la tête du parti et de succéder à Stephen Harper. Donc, il va jouer la partie comme le premier ministre le voudra.

« Je suis fermement résolu à avancer sur la voie tracée par le gouvernement conservateur pour créer des emplois et faire croître l’économie dans toutes les régions du Canada. Même si nos paramètres économiques fondamentaux sont solides, nous devons protéger nos acquis des effets de l’incertitude économique mondiale. » — Joe Oliver, ministre des Finances du Canada

Le ministre Flaherty avait déjà affirmé, sourire narquois aux coins des lèvres, qu’il devait souvent parler longuement avec le premier ministre pour l’amener à voir les choses à sa façon. Il faut parier que cette époque est terminée,  l’équilibre budgétaire est à portée de main, M. Harper a les coudées franches, et ça se verra dans sa relation avec Joe Oliver. Le prochain budget, le premier budget Oliver, au début de 2015, sera un budget préélectoral où les surplus seront allègrement dépensés : allègement de fardeau fiscal, financement de projets régionaux, etc.  L’inconnue, c’est de savoir si la promesse des conservateurs de permettre aux couples avec enfants de fractionner leurs revenus pour payer moins d’impôt sera retenue.

Jim Flaherty avait remis en question le bien-fondé de mettre en œuvre cette promesse. Elle privera le gouvernement de près de 3 milliards de dollars de revenus et ne profiterait qu’à un nombre limité de familles, selon les études. Mais les députés conservateurs qui ont frappé aux portes lors de la dernière campagne en mettant de l’avant cette promesse du fractionnement du revenu ont mis en garde le premier ministre contre la tentation de revenir en arrière. Joe Oliver est tout désigné pour mettre de côté ses états d’âme et faire ce que le premier ministre décidera de faire.

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Jeter les bases de la campagne de 2015, sans pour autant vendre la mèche, tel était le défi à relever pour Justin Trudeau lors de ce congrès.

Près d’un an après avoir pris la tête du Parti libéral du Canada, l’heure était venue pour lui d’aller au-delà de son image de jeune premier porté par son charisme et sa popularité et d’enfin définir quel genre de gouvernement il veut offrir aux Canadiens.

Malgré la pression qui s’intensifie pour qu’il présente enfin des solutions concrètes et précises, Justin Trudeau a préféré offrir une vision plus large. Ses stratèges font le pari qu’il est assez populaire en ce moment, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage. Ça évite ainsi de dilapider leurs munitions électorales et de risquer de voir chacune de leurs politiques attaquées de toutes parts par leurs adversaires.

Mais il y a plus. Si son discours de 3822 mots n’a pas particulièrement innové au chapitre de la vision économique, il révèle surtout comment Justin Trudeau compte incarner ses thèmes du changement et de l’espoir pour leur donner une cohérence qui va au-delà des slogans politiques.

 « Mes amis, les Canadiens ne s’attendent pas à ce que le gouvernement fasse des miracles. Ils savent qu’il ne peut pas régler tous les problèmes. » — Justin Trudeau

Intervenir dans l’économie pour stimuler la croissance, créer de la richesse, mais pas trop. Justin Trudeau reste bien au centre de l’échiquier politique. Il prône ainsi un rôle plus interventionniste pour l’État tout en voulant laisser l’impression qu’il compte gérer les finances publiques avec prudence.

Freiner le déclin de la classe moyenne, aider les jeunes à entrer sur le marché du travail, sortir les démunis de la pauvreté, mais aussi investir dans les infrastructures et prôner la recherche de nouveaux marchés pour les ressources naturelles, tout en promettant de mieux protéger l’environnement. Encore là, le chef libéral reste bien au centre. De quoi rappeler la bonne vieille grande tente rouge libérale. Il y en a pour les électeurs de centre gauche et pour les électeurs de centre droit.

N’empêche, il semble clair que pour la grande idée novatrice qui permettra vraiment de résoudre les problèmes de cette classe moyenne, il faudra attendre 2015.

 « Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, et ils ne devraient pas essayer de le faire. Mais ce qu’il fait, il doit le faire bien. » — Justin Trudeau

Il y avait aussi dans le discours de Justin Trudeau une forme de mise en garde devant des délégués qui, à la lumière des résolutions qu’ils ont adoptées, voudraient voir un futur gouvernement libéral intervenir sur tous les fronts : transports, énergie, santé mentale, lutte contre l’obésité, garde d’enfants, logement abordable… On ne compte plus le nombre de résolutions pour la mise en œuvre de stratégies nationales. Et c’est sans tenir compte de leur désir de renouveler le financement de la santé au pays, de mettre en œuvre un plan pour porter les investissements en infrastructures à 1 % du PIB, de financer un programme national de garderies, et j’en passe.

Bien malin celui qui pourra expliquer comment financer tous ces projets sans hausser les taxes et les impôts et sans mettre en péril l’éventuel équilibre budgétaire.

   « La colère peut être une bonne stratégie politique, mais elle est symptomatique d’un gouvernement pitoyable. » — Justin Trudeau

Le message n’est pas nouveau de la part de Justin Trudeau. Il joue la carte du renouveau et du positivisme rassembleur depuis son entrée en politique.

Mais voilà qu’il tente d’aller au-delà du « Justin est sympathique », pour plaider qu’en étant sympathique et positif, Justin saura faire les bons choix pour les Canadiens.

C’est ainsi qu’il accuse Stephen Harper d’avoir trahi les idéaux qui le guidaient à ses débuts en politique pour sauvegarder sa majorité. Ici, on courtise habilement les électeurs conservateurs. Justin Trudeau leur rappelle qu’ils ne sont pas comme leur chef, qu’ils ne sont pas « une foule en colère qu’il faut craindre », mais bien « nos voisins » confrontés aux mêmes problèmes et défis que les autres Canadiens.

La stratégie du chef libéral ici dépasse le fait de simplement tenter de miner la crédibilité de ses adversaires. Justin Trudeau plaide que c’est justement parce que ses adversaires exploitent la colère des gens à des fins partisanes qu’ils font les mauvais choix pour le pays. Par le fait même, il tente de convaincre les électeurs que c’est grâce à sa candeur qu’il aura l’ouverture d’esprit de faire les bons choix et d’offrir des solutions concrètes.

Il cite en exemple sa décision d’expulser les sénateurs libéraux du caucus et de se présenter comme le seul chef fédéral ayant eu l’audace d’agir pour forcer des changements au Sénat et lui redonner un minimum d’indépendance. Il sera intéressant de voir si Justin Trudeau, qui plaide pour le renouveau démocratique, suivra les militants et les députés libéraux qui veulent s’attaquer à la réforme du mode de scrutin.

Trouver des solutions, être rassembleur, toujours au-dessus des basses considérations partisanes, c’est ainsi que les libéraux vont vendre leurs choix politiques. On s’entend que la barre est haute!

 « Nous avons un long chemin devant nous, et nous aurons moins de moyens que les autres partis pour y arriver. » — Katie Telford, coprésidente de la campagne nationale du PLC

Malgré tout l’enthousiasme des délégués, le congrès aura révélé tout le travail qui attend les libéraux d’ici 2015.

S’ils ont fait des pas de géant au chapitre du financement, les libéraux n’ont pas fini de combler l’écart avec les conservateurs. Il leur faut aussi bâtir non seulement une armée de bénévoles sur laquelle compter en période électorale, mais aussi les bases de données précises et presque scientifiques sur les électeurs dont dépendent les machines électorales aujourd’hui.

Finalement, côté équipe, on remarque que le parti a réussi à mettre en valeur une brochette de candidats vedettes potentiels, qui ont chacun prononcé des discours clés. Côté Québec, tout au plus a-t-on invité Mélanie Joly à participer à un panel sur le Québec en 2017.

Surprenant pour un congrès libéral, organisé à Montréal, alors que Justin Trudeau veut justement reconquérir le Québec en plaidant qu’il leur offre « l’action plutôt que l’opposition ».

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

10 questions pour Justin Trudeau

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 publié le 23 février 2014 à 13 h 19

Il est venu écouter la troisième période de la partie de hockey pour voir les Canadiens remporter la médaille d’or.

Il était parmi les délégués du congrès pour les débats sur la constitution de son parti qui doivent couronner ses efforts de rompre tous les liens entre le Parti libéral et ses sénateurs.

Mais Justin Trudeau a refusé de tenir le traditionnel point de presse auquel se prêtent les chefs de parti au terme de leur congrès. En esquivant les journalistes, il évite surtout d’avoir à répondre aux questions qui découlent de son discours de samedi et de l’ensemble du congrès.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède, durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février
Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février.

La liste est longue, voici les 10 premières :

1- Justin Trudeau veut travailler avec les provinces pour bonifier le financement de l’éducation postsecondaire au pays. Comment va-t-il financer cette bonification des transferts?

2- S’il promet de ne pas hausser les taxes et impôts des familles de la classe moyenne, ouvre-t-il la porte à revoir les taxes et impôts des mieux nantis?

3- Que compte-t-il faire avec les impôts des entreprises?

4- Aide aux familles, stratégie d’emploi pour les jeunes, logement abordable, nouveaux capitaux pour financer les infrastructures, revenu minimum garanti : comment compte-t-il financer ces initiatives?

5- Afin de dégager la marge de manœuvre dont il aura besoin pour mettre en œuvre ses futures promesses électorales, un gouvernement libéral serait-il prêt à annuler les baisses d’impôt que Stephen Harper va offrir aux Canadiens en 2015?

6- Est-il prêt à retomber en déficit?

7- Ses délégués se sont prononcés en faveur de la décriminalisation de l’aide médicale à mourir : à quelle enseigne loge-t-il dans ce débat?

8- Justin Trudeau veut réconcilier développement des ressources naturelles et développement durable : quelle approche préconise-t-il pour y arriver?

9- Justin Trudeau nous a parlé de Nathalie, mère de famille qui s’inquiète pour sa retraite : quelle solution a-t-il à lui offrir?

10- Son parti a mis en valeur une brochette d’éminents Canadiens qui vont ou songent à se présenter à ses côtés en 2015. Comment se fait-il qu’aucun futur candidat-vedette du Québec ne fût sur la liste dans un congrès à Montréal?

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Andrew Leslie
SRC/PC/Murray Brewster

D’emblée, Andrew Leslie, ancien général et futur candidat vedette du parti libéral fédéral, a réussi un pari énorme : attirer à son discours une foule nombreuse, malgré la demi-finale olympique de hockey États-Unis-Canada.

Il faut dire que même s’il n’est pas flamboyant, il a livré un discours inspirant où il a su faire un savant mélange de vie personnelle et de vision politique. Mais surtout, surtout, il avait préparé une riposte bien articulée aux attaques des conservateurs contre son tristement célèbre déménagement à 72 000 $.

D’abord, il faut savoir qu’Andrew Leslie maintient ne pas avoir su que l’ensemble du remboursement, y compris le déménagement et les frais de courtage, s’élevait à 72 000 $. Il insiste aussi sur le fait qu’il n’a rien obtenu de plus que ce à quoi ont droit tous les militaires de plus de 20 ans de carrière.

Mais dans son discours, il laisse entendre que c’est par dépit que les conservateurs s’en sont pris à lui avec cette histoire de frais – le ministre de la Défense ayant même demandé une enquête – parce que, dit l’ex-général, il aurait eu des conversations avec plusieurs partis politiques avant de choisir le Parti libéral du Canada.

« J’ai voulu laisser tomber les conservateurs gentiment en leur disant que ce n’était pas eux, mais moi. Après ce qui s’est passé ces derniers jours, je suis convaincu que c’est eux. »
- Andrew Leslie, en riant

Du discours à la conférence de presse

Surfant sur ces quelques lignes qui ont fait lever les délégués, il a multiplié les attaques contre le gouvernement Harper, accusant le ministère de la Défense de ne pas être capable de se procurer un simple camion et de laisser tomber les anciens combattants.

En résumé, une belle performance.

Et il aurait dû s’arrêter là.

Malheureusement, l’ex-général est passé « de la finesse au flop », comme a dit une de mes collègues de CBC. Il a eu la mauvaise idée de tenir une conférence de presse après son discours.

Ses bonnes lignes sur le dépit des conservateurs ont fondu comme neige au soleil quand il a été obligé d’admettre que les conversations qu’il a eues avec les conservateurs ont peut-être été initiées par lui. Il ne sait plus qui a parlé à qui ni quand…

L’ex-général a alors perdu de son lustre. Il est devenu un homme ordinaire qui a proposé ses services à presque tout le monde avant de se décider pour les libéraux. « Avez-vous discuté avec le Bloc québécois? », a lancé un des journalistes désabusés.

Le fier guerrier sur son destrier, prêt à porter bien haut la bannière libérale pour pourfendre les vilains conservateurs, a perdu tout son lustre en moins de 15 minutes. Andrew Leslie a appris à la dure que se taire après un discours qui a eu eu plus d’ovations que Justin Trudeau la veille aurait eu du bon.

Catégorie: Ottawa

S’il faut déterminer la recette miracle que tente de développer l’équipe Trudeau, la première heure et demie du congrès libéral de Montréal offre une fenêtre inédite sur le pari et sur le défi qui attendent le chef libéral d’ici 2015.

Comment passer dans la même heure de Larry Summers à Sophie Trudeau? Comment passer dans la même heure d’un débat d’initiés sur la « stagnation séculaire » qui pèse sur l’économie canadienne à la plus « people » des manœuvres politiques d’un chef qui « skype » en direct du congrès avec sa femme enceinte et ses deux jeunes enfants? C’est presque la quadrature du cercle en politique. Pourtant, c’est bien ce qu’ont tenté de faire Justin Trudeau et son parti lors de la soirée d’ouverture de leur congrès à Montréal jeudi soir.

Certes, le chef libéral a lancé une attaque en règle contre Pauline Marois et Stephen Harper, les accusant tous les deux de pratiquer une politique de division, d’alimenter chacun à leur façon la peur, l’incertitude et l’intolérance à des fins partisanes. C’est de bonne guerre pour un chef qui cherche à rallier tant le vote antisouverainiste et anticharte au Québec que le vote anti-Harper ailleurs au pays.

« Quand il n’y a plus de progrès, la peur s’installe. Et cette peur ne peut être battue que par l’espoir. » — Justin Trudeau

Il ne faut pas se leurrer, Justin Trudeau joue à fond la caisse la carte du charisme, de la jeune famille parfaite. Pour quelle autre raison aurait-il pris la peine de tenir une séance de Skype en direct avec sa femme sur le point d’accoucher et ses deux enfants en pyjama, en train de faire les adorables folies que seuls les enfants de leur âge savent faire, dans leur monde et leur vie à mille lieues des réalités politiques de leur papa?

Mais tout le monde comprend bien qu’à lui seul, face à la dure réalité de la vie politique et des attaques partisanes, le charme du jeune premier et de sa famille n’ouvre pas les portes du pouvoir et du 24 Sussex.

C’est là qu’entre en scène Larry Summers, l’ex-économiste en chef de la Banque mondiale (1991-1993), ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton (1999-2001), ex-président de l’Université Harvard (2001-2006) et ex-conseiller économique de Barack Obama (2009-2010). Il est un de ces économistes qui réussissent à faire la boucle entre l’inégalité des revenus, le sort de la classe moyenne, la vigueur de l’économie globale et l’aliénation de tant de citoyens devant la chose politique.

Cet ancien apôtre de la déréglementation, qui s’inquiète aujourd’hui de la stagnation des revenus de la classe moyenne, a lancé le congrès libéral et jeté les bases du débat économique tel que veulent l’imposer les libéraux de Justin Trudeau d’ici 2015.

Bémol sur la réduction de la taille de l’État à tout prix, nécessité d’investir dans les infrastructures et l’éducation, mise à profit de l’effet de levier des dépenses publiques pour générer une croissance économique saine et ainsi rehausser le niveau de vie des ménages… Tout est là, dans le discours de Larry Summers. Et Justin Trudeau s’apprête à placer ces idées au cœur de sa vision économique pour le Canada.

En obtenant ainsi la caution morale d’un des grands gourous de l’économie mondiale, le chef libéral, à qui on reproche souvent de manquer de substance, espère recevoir la caution morale qui lui manquait pour légitimer les fondements de sa vision économique.

Larry Summers est certes le plus prestigieux des conférenciers recrutés pour ce congrès libéral, mais la liste des invités ratisse large et vise haut. Tout pour illustrer le talent et l’expertise que le chef libéral est capable de recruter, alors qu’il tente de renouveler son parti en vue des élections de 2015.

Mais pour tout le discours officiel sur la substance, la vision qu’il sera capable de développer, Justin Trudeau a aussi fait la preuve jeudi soir qu’il a bien l’intention de jouer la carte « people » jusqu’au bout, Sophie et les enfants en pyjama en prime.

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