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Le bulletin de notes des chefs à Ottawa

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 publié le 12 décembre 2014 à 17 h 34

La session parlementaire terminée, notre courriériste parlementaire dresse le bilan de Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau à Ottawa.

  • Stephen Harper

Meilleur coup : Sa gestion de la lutte au terrorisme, au pays et à l’étranger avec la participation des CF-18 à la mission de la coalition contre le groupe armé État islamique (EI) en Irak.

Épines au pied : Julian Fantino et Leona Aglukaqq. Une dans chaque pied!

Nuages à l’horizon : L’évolution des prix du pétrole, la décision sur le pipeline Keystone XL, les revenus fiscaux et le discours sur la superpuissance énergétique qui en dépendent.

Occasions : La sécurité nationale, la « matière forte » de Stephen Harper. De nouvelles mesures antiterroristes et une mission à prolonger en Irak face à l’EI.

Citation : « C’est un fait que Jim, aussi férocement partisan qu’il ait pu être, était sincèrement apprécié et respecté par ses adversaires, aimé par ses ennemis. C’est quelque chose dans notre milieu, quelque chose que j’envie, je n’arrive même pas à me faire aimer par mes amis. » - Hommage à Jim Flaherty à ses funérailles le 16 avril dernier.

À travailler en 2015 : Sa relation avec deux femmes : la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne. Des querelles publiques ou persistantes avec elles pourraient lui coûter cher.

Sondages : Selon la moyenne mensuelle des sondages compilés par Threehundredandeight.com, le Parti conservateur se situait à 32 % des intentions de vote en novembre, son plus haut score cette année. Le creux pour le PC était à 28 % en février et juillet.

Défi en 2015 : L’incontournable poids des années, presque 10 ans au pouvoir au moment de l’élection en octobre 2015.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, début du procès de Mike Duffy

Lecture pour les Fêtes :
- Laurier and a Liberal Quebec : a study in political management : pour des raisons évidentes, il pourrait le prêter à Denis Lebel avec des annotations.

- Discipline of power : the Conservative interlude and the Liberal restoration : interlude conservateur, restauration libérale?

  • Thomas Mulcair

Meilleur coup : un programme national de garderies plafonnées à 15 $ par jour. D’une pierre deux coups, facile à évaluer pour les familles et ça coupe l’herbe sous le pied des libéraux qui nourrissent cette ambition depuis deux décennies.

Épine au pied : Pas de traction chez l’électeur en raison de ses performances, il semble se heurter à un plafond de verre. En témoignent les sondages, mais surtout les résultats du NPD dans les élections partielles. Six partielles en 2014, des reculs partout : de 20 % dans Trinity-Spadina laissé vacant par Olivia Chow et seulement 8 % des voies dans Whitby-Oshawa, où le NPD a déjà eu certaines assises. Des messages forts.

Occasion : Être sorti des blocs de départ électoraux rapidement avec des engagements qui occupent le vide laissé par Justin Trudeau : garderies, transferts en santé rétablis, salaire minimum fédéral, enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, etc.

Citation : « Ben non, coco, j’suis en train de donner la réponse complète. J’pensais que vous étiez avocat, je m’suis peut-être trompé. » – Le 15 mai dernier, en réponse aux conservateurs et aux libéraux en comité sur les bureaux satellites de son parti financés par les fonds publics.

Nuages à l’horizon : Est-ce que la « technique Mulcair » en Chambre a fini de porter ses fruits? Les interrogatoires serrés et acharnés sur les déboires du gouvernement Harper par rapport au ministère des Anciens combattants n’attirent pas les éloges comme ceux sur l’affaire Wright/Duffy un an auparavant.

À travailler en 2015 : Un recours assommant aux formules « le NPD est le seul parti… » et « contrairement aux libéraux et aux conservateurs » qui transforment sa volonté de se démarquer, surtout de Justin Trudeau, en une véritable obsession.

Sondages : La même moyenne mensuelle plaçait le NPD à 22 % en octobre, juste au-dessus du creux de 21 % d’octobre. Il a atteint son sommet en mars avec 25 % des appuis.

Défi en 2015 : Convaincre les Canadiens de choisir son parti, d’un bout à l’autre du spectre politique,  sans s’arrêter en chemin, en territoire familier, chez les libéraux.

Lecture pour les Fêtes :
- T. C. Douglas: the road to Jerusalem : tout le parcours de celui qui demeure une inspiration pour les néo-démocrates. Sauf qu’on le présente comme le politicien le plus influent à ne jamais avoir été élu premier ministre du Canada. Peut-être pas une si bonne idée après tout.

  • Justin Trudeau

Meilleur coup : Exclusion des sénateurs conservateurs du caucus national libéral.

Épine au pied : Massimo Pacetti et Scott Andrews.

Occasion : Profitera-t-il de la reprise inévitable du débat sur la mission en Irak pour essayer de s’installer sur le terrain de la politique étrangère? La politique étrangère fait rarement gagner une élection, mais elle imprègne les perceptions et Stephen Harper ne rate pas beaucoup d’occasions dans ce domaine.

Citation : « C’est très inquiétant – surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l’implication russe en Ukraine. »
- Guy A. Lepage : « Juste à cause du hockey? »
- Justin Trudeau : « Non. C’est d’essayer d’amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante. »

C’était lors de son passage à Tout le monde en parle le 23 février dernier.

Nuages à l’horizon : persistance ou regain de tension au Moyen-Orient avec la possibilité d’autres attaques en sol canadien, des événements qui semblent favoriser Stephen Harper.

À travailler en 2015 : Lui aussi, sa relation avec deux femmes. Est-ce que Kathleen Wynne lui livrera l’Ontario à l’élection d’octobre? Puis, l’avocate Cynthia Petersen ne devrait pas le prendre par surprise, mais plutôt lui montrer une porte de sortie légitime dans le dossier de MM. Pacetti et Andrews.

Sondages : Toujours en tête à 35 % comme moyenne mensuelle des sondages en novembre, mais l’écart se rétrécit. Le sommet, 39 % en juillet, le creux, 31 % en mai. En fait, les libéraux sont en tête des moyennes mensuelles sans interruption depuis avril 2013, après que Justin Trudeau a été choisi chef. Le PC et le NPD occupent les 2e et 3e rangs avec la même constance.

Défi en 2015 : Utiliser l’instinct politique qui l’a amené à prendre des positions audacieuses ou énergiques (harcèlement, marijuana, charte des valeurs, avortement, sénateurs expulsés…). Transformer des prises de position audacieuses ou énergiques dignes d’un chef (marijuana, charte des valeurs, harcèlement, avortement, sénateurs expulsés) en une perception plus durable de chef de gouvernement.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, comme Stephen Harper, mais pour une autre raison : la fin de l’engagement initial de six mois des CF-18 en Irak. Y sera-t-il toujours opposé? Retour sur un dilemme.

Lecture pour les Fêtes :
- A reckless youth : une jeunesse imprudente, par J.F. Kennedy. Et tant qu’à y être, Prelude to leadership : a diary, par le même Kennedy.
- Pirouette : Pierre Trudeau and Canadian Foreign Policy : ou quand la pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Bonne occasion d’apprendre à maîtriser l’art de la pirouette que semble tenter le fils dans ce même domaine.

Catégorie: Ottawa

L’année internationale du Canada

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 publié le 12 décembre 2014 à 15 h 33

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Il y a une photo qui pour moi résume l’année du Canada sur la scène internationale, et ce n’est pas celle d’un CF-18 revenant d’une patrouille dans un pays voisin de l’Ukraine ou au Koweït.  Bien qu’elle serait bien emblématique du ton belliqueux qui a régné!

Non, ma photo, c’est celle du premier ministre Stephen Harper seul à la proue du navire de défense Kingston dans le passage du Nord-Ouest.  Un message de souveraineté au reste du monde et de maîtrise de la situation pour les Canadiens.

Cette année, qui devait être marquée par la fin de la mission canadienne en Afghanistan, a plutôt été celle de la multiplication des engagements aux côtés de la communauté internationale. Et parfois même au-devant.

  • Ukraine : le Canada à l’avant-scène

Dans le cas de l’Ukraine, des manifestations populaires à Kiev jusqu’aux troubles encore bien présents dans l’est du pays, en passant par l’annexion de la Crimée, le gouvernement canadien, le premier ministre Harper en tête, a été à l’avant-scène.

Avant le sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye, fin mars, qui allait mener les pays du G8 à exclure la Russie, à annuler le sommet de Sotchi et à redevenir un G7, M. Harper avait tenu à se rendre à Kiev. Il a été le premier à le faire.

Autour de la table, il est devenu celui qui avait le discours le plus autoritaire sur les exigences du gouvernement ukrainien, en opposition à Angela Merkel. La chancelière allemande tenait toujours à l’époque à maintenir un dialogue avec Moscou.  Et puis, il faut dire que le premier ministre canadien, avec ses huit ans au pouvoir, est l’aîné du groupe.

Il refera plus tard le voyage à Kiev pour l’assermentation du président Petro Porochenko, qui sera aussi accueilli en grande pompe à Ottawa.

Stephen Harper a vraiment pris en grippe le président russe Vladimir Poutine et a dénoncé sa mentalité de guerre froide, son nationalisme extrême et même son impérialisme à chaque occasion.

Au sommet du G20 à Brisbane en Australie, il a serré la main tendue du Russe, mais, avec aplomb, il lui a dit qu’il fallait qu’il quitte l’Ukraine.  « Nous ne sommes pas en Ukraine », aurait répondu Poutine. Il faut dire que toute la pression internationale n’est pas encore venue à bout des encouragements du président russe aux sécessionnistes de Donetsk et de Lougansk.

  •  L’accord avec l’Union européenne

Autres visiteurs de marque à Ottawa : le président français François Hollande, d’une part, et les dirigeants de l’Union européenne, de l’autre.

Tous ces officiels ont vanté l’accord de libre-échange dont on ne cesse de célébrer la conclusion, mais qui doit encore être ratifié par Ottawa et chacun des 28 pays membres de l’UE. Un traité qui n’est donc pas à la veille d’entrer en vigueur!

  • En guerre contre le groupe armé État islamique

L’autre dossier dominant sur la scène internationale, c’est bien sûr celui de la participation du Canada à l’offensive d’une coalition militaire menée par les États-Unis contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie.

Le Canada ne participe qu’aux patrouilles et aux frappes en Irak, et il a déployé des conseillers militaires dans le nord du pays, à l’invitation du gouvernement irakien, précise-t-on.

Ottawa n’exclut pas un jour de participer aussi à l’opération en Syrie. Toutefois, comme le disait récemment le ministre de la Justice Peter MacKay, même si les forces canadiennes s’attaquent à un ennemi qui ne respecte pas les frontières, entrer sur le territoire d’un gouvernement souverain pose des obstacles juridiques que ses avocats sont en train d’examiner.

Le nombre de sorties des six chasseurs CF-18, des deux appareils de surveillance Aurora et du ravitailleur Polaris sont en baisse depuis le déploiement des forces au Koweït à la fin d’octobre.

Les cibles stratégiques facilement identifiables ont été atteintes. Maintenant, il faut toucher des cibles d’opportunité (imprévisibles) comme des convois, des pièces d’artillerie ou des camps, et le danger de faire des victimes collatérales est d’autant plus grand.

Les porte-parole de la Défense nationale, tout comme les responsables américains, font valoir que les actions de la coalition ont des effets positifs, que les militants de Daesh (le groupe armé État islamique tel que le nomment les Français et maintenant les Américains) se sont retirés de certaines localités et qu’ils sont obligés de se cacher beaucoup plus qu’auparavant.

  • Harper en Israël

Finalement, il ne faut pas oublier que l’année 2014 avait commencé par une visite historique du premier ministre Harper en Israël. Une visite importante pour celui qui a fait de l’appui indéfectible à Israël une pièce maîtresse de sa politique étrangère.

Le premier ministre s’est attiré les huées de deux députés arabes israéliens à la Knesset, quand il a affirmé dans son discours qu’un « relativisme moral » permet ces jours-ci « la mutation de la vieille maladie qu’est l’antisémitisme et l’émergence d’une nouvelle souche », celle-ci enrobée « d’un langage plus sophistiqué ».

« Les gens qui n’oseraient jamais dire qu’ils haïssent les Juifs et les blâment pour leurs propres échecs et les problèmes du monde déclarent plutôt leur haine d’Israël et blâment le seul État juif comme responsable des problèmes du Moyen-Orient. » – Stephen Harper

Ce nouveau visage de l’antisémitisme, selon Stephen Harper, culmine lorsque des gens « traitent ouvertement Israël d’État apartheid ». « Comment pouvons-nous appeler autrement cette critique qui condamne de manière sélective seulement l’État juif et nie son droit de se défendre tout en ignorant, ou en excusant, systématiquement la violence et l’oppression chez ses voisins? », a-t-il souligné.

C’est cette logique qui empêche le premier ministre de critiquer ouvertement l’État hébreu sur la scène internationale, même si dans son discours, il a bien dit à plusieurs reprises qu’il était possible de critiquer Israël : « Aucun État n’est à l’abri de questions légitimes ou de critiques. » Ou encore « aucune nation n’est parfaite ».

  • Promesse d’aide aux réfugiés syriens

Pendant ce voyage, le premier ministre s’est également rendu en Jordanie, où il a pu visiter le grand camp de réfugiés syriens de Zaatari, où il y avait plus de 100 000 réfugiés à l’époque.

M. Harper a promis plus d’aide, notamment pour y renforcer la sécurité.  En juillet 2013, le Canada s’est engagé à accueillir sur son sol 1300 réfugiés syriens d’ici la fin de 2014, soit 200 parrainés par le gouvernement et 1100 parrainés par des organismes détenteurs de permis de parrainage.  Or, en date de la mi-novembre, 35 % de l’objectif était atteint.

  •  Le projet de loi sur l’État juif

Revenons à Israël un moment, puisque les événements des dernières semaines de 2014, qui ont mené le premier ministre Nétanyahou à déclencher des élections anticipées, interpellent le Canada.

Rappelons qu’en Israël, la coalition gouvernementale se déchirait depuis plusieurs semaines, notamment sur son projet de loi controversé visant à renforcer le caractère juif de l’État — au détriment de son caractère démocratique, disent les critiques.

Quelle est la position du Canada dans ce débat qui se déroule chez son grand ami, dont le premier ministre se plaît à vanter justement le caractère démocratique?

Aucun ministre du gouvernement, pas plus que le bureau du premier ministre, ne veut se prononcer.  Voici ce que répond officiellement le ministère des Affaires étrangères : « Le Canada prend note de la poursuite des discussions sur le projet de loi sur l’État juif, fidèles à la démocratie solide qu’est l’État d’Israël.  Pour cette raison, il est encore trop tôt pour se prononcer sur les aspects spécifiques du projet. »

D’ici aux élections de la mi-mars, il ne semble pas que le Canada dira quoi que ce soit d’autre.

Catégorie: Ottawa

C’était le 5 novembre dernier.

Une onde de choc a secoué la colline du Parlement quand Justin Trudeau a expulsé de son caucus deux députés pour des allégations de faute personnelle.

Thomas Mulcair, ébranlé, se disait profondément attristé par ces allégations des plus sérieuses.

« C’est le devoir de tous les députés de toutes les formations politiques d’agir pour faire en sorte que la colline parlementaire, comme tout lieu de travail, soit sécuritaire et libre de ces accrocs à la capacité de fonctionner », soulignait le chef du NPD.

« Le Parlement a besoin de lignes directrices et de procédures claires pour traiter des plaintes de ce type et d’une telle gravité. Cela fait partie du leadership que tous les Canadiens attendent de nous », ajoutait le chef libéral en demandant au président des Communes de faire la lumière sur les allégations.

Or, trois semaines plus tard, si ni l’un ni l’autre des deux chefs n’a dévié de sa position initiale, chacun est confronté au fait que leur appel à la confidentialité, au devoir de tous d’être à la hauteur du problème que représente le harcèlement, n’a pas été entendu.

La politique partisane a rapidement repris ses droits sur un enjeu qui devrait pourtant en être dépourvu.

D’une part, il y a les deux présumées victimes qui craignent sans cesse de voir leur nom être publié. De l’autre, il y a deux ex-députés libéraux qui n’ont pas eu l’occasion de se défendre. Mais surtout, entre les deux, il y a une armée de stratèges, de députés qui, pris dans la tornade politique et médiatique, conscients que leur chef joue une partie de leur avenir, alimentent la machine à rumeurs.

C’est cette pression qui a incité l’une des deux présumées victimes à se confier, contre la promesse que son nom ne sera pas révélé. Elle désirait avant tout reprendre un minimum de contrôle de sa vie qu’elle voyait au cœur des débats politiques depuis trois semaines.

Or, son témoignage a davantage incité certains à en raconter davantage, de nouveaux présumés détails ultraconfidentiels sur son histoire se sont retrouvés dans les médias. (Des détails, je me dois de le souligner, que Radio-Canada a choisi de ne pas diffuser parce qu’ils ne servent pas l’intérêt public).

Au moment où le climat devient de plus en plus toxique dans la bulle parlementaire d’Ottawa, ne serait-il pas propice à ce que tous prennent un pas de recul et trouvent le moyen de mettre leurs intérêts partisans de côté? Car il est difficile de croire que le sort des présumées victimes et le droit des deux ex-députés libéraux de se défendre aient été respectés et aient guidé le débat politique au cours des dernières semaines.

Certes, c’est la raison pour laquelle tant Thomas Mulcair que Justin Trudeau ont renouvelé leur appel au président des Communes de mettre sur pied un processus confidentiel, indépendant juste et équitable pour faire la lumière sur ces allégations, tout comme se voient forcés de le faire bien des PDG d’entreprises confrontés à des situations semblables au Canada.

Le président des Communes a beau affirmer qu’il ne peut rien mettre en branle tant qu’il n’a pas reçu de plainte formelle et avoir mis à la disposition des députés en question les processus de médiation et de résolution de conflits qui existent pour les employés de la Chambre, la solution qu’il a avancée ne satisfait personne.

« On ne sait même pas comment déposer une plainte qui reste confidentielle, on ne sait même pas à qui on le fait, comment on procède », déplorent les présumées victimes.

Une analyse que partage d’ailleurs la whip du NPD, Nycole Turmel, qui attend toujours des explications du président des Communes quant aux experts externes ou les ressources qui sont offertes actuellement et qui pourraient être déployées pour se pencher sur les allégations formulées par les deux députées du NPD.

Donc, trois semaines après le début de cette troublante affaire, celui à qui tous donnent l’autorité morale d’agir, le président de la Chambre, avance encore à l’aveugle, à pas de tortue. Les fuites se multiplient et le débat sur la nature des allégations, qui devait être confidentiel, se fait sur la place publique.

Cet enjeu si délicat et si important semble être pris en otage par le climat partisan qui l’envenime.

C’est là un bien malheureux message qu’envoie la classe politique au reste de la société.

 

Catégorie: Ottawa

Vide, le tiroir-caisse?

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 publié le 17 novembre 2014 à 14 h 36

On a beaucoup fait état de l’impact des allègements fiscaux offerts par le gouvernement Harper aux familles et aux PME avant même que les finances publiques ne soient totalement redressées. Deux choses ont surtout été retenues :

  • les 3,2 milliards de dollars comptabilisés dès cette année maintiennent le fédéral en déficit une année de plus;
  • le premier surplus projeté, pour l’an prochain, passe de 6,4 milliards à 1,9 milliard de dollars.

De ces données à court terme, on a aussi conclu que le tiroir-caisse était vide ou à peu près, et que les adversaires des conservateurs auraient des choix douloureux et impopulaires à faire pour financer leurs engagements électoraux. On pensait tout de suite au projet de garderies du NPD, une des rares promesses dont le financement a été clairement fixé (295 millions de dollars la première année, 590 millions la suivante et ainsi de suite).

Le NPD promet aussi de rétablir l’indexation à 6 % du transfert en santé à partir de 2017, tandis que Justin Trudeau parle vaguement de dépenses prioritaires en infrastructures et éducation postsecondaire plutôt que de baisses d’impôt. Aucun chiffre précis de son côté, mais on comprend que des fonds importants vont être nécessaires si on veut avoir un impact réel.

Question maintes fois entendue, MM. Mulcair et Trudeau vont-ils vraiment oser revenir sur les baisses d’impôt ciblées des conservateurs? M. Mulcair dit déjà qu’il va renverser la vapeur sur les impôts des sociétés, tandis que M. Trudeau veut faire de même avec le fractionnement du revenu.

Quand on y regarde de plus près, dans quelle mesure ont-ils vraiment besoin de revenir sur les mesures des conservateurs pour financer leurs choix politiques? En l’état actuel des choses, si les trois partis se basent sur la mise à jour de M. Oliver, on constate une prévision de surplus qui passent de 4,3 à 13,1 milliards de dollars durant le mandat du prochain gouvernement, quel qu’il soit, pour un total de 30 milliards de dollars sur quatre ans. Et ça, c’est après absorption annuelle des 4,6 milliards de dollars des allègements fiscaux récemment annoncés, des 2,5 milliards de dollars en revenus perdus à cause des prix pétroliers plus bas et en tenant compte d’un coussin pour imprévus de 3 milliards de dollars.

D’accord, en proportion de l’économie et du budget fédéral, ce n’est pas la marge de manoeuvre qu’avait Paul Martin en 2000 lorsqu’il a scié les jambes de Stockwell Day avec des baisses d’impôt des particuliers massives. Mais ce n’est pas négligeable non plus de l’avis des experts, qui alimentent la réflexion du ministre Oliver.

Pas négligeable, mais pas acquis non plus nous rappelle-t-on. Le spectre des fluctuations à la baisse des prix du pétrole plane au-dessus des préparatifs budgétaires de Joe Oliver. Un exemple de cette incertitude, M. Oliver a rencontré une dizaine d’analystes du secteur des affaires et des finances un mois avant son exposé de la semaine dernière et leurs prévisions ne tiennent plus au terme de l’exercice tellement la chute des prix du brut a été rapide.

D’où cette baisse de 2,5 milliards de dollars des recettes annuelles prévues par M. Oliver pour les prochaines années. Une bonne raison de ne pas tenir pour acquise la marge de 30 milliards de dollars sur quatre ans.

Ça, c’est la raison macroéconomique, mais il y a toujours des raisons politiques qui ne relèvent pas des analystes ni même des experts du ministère des Finances. Et qui relèvent certainement plus de Stephen Harper que de Joe Oliver.

  • Raison politique numéro un : les conservateurs ont encore deux promesses de 2011 qui dépendaient du retour à l’équilibre budgétaire : un crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes et le doublement du plafond des contributions au CELI, le compte d’épargne libre d’impôt. Donc, forte incitation à les matérialiser.
  • Raison politique numéro deux : pouvez-vous imaginer les conservateurs ne rien changer à ces prévisions de surplus sur quatre ans dans le prochain budget? Joe Oliver consacrant des surplus en les budgétant carrément? Déjà, depuis la semaine dernière, leurs partisans, comme les gens de la Fédération canadienne des contribuables, dénoncent le fait qu’on n’ait pas encore éliminé, non seulement le déficit, mais les surplus des années suivantes!
  • Raison politique numéro trois : même si tous « n’achètent » pas le discours sur le retour du déséquilibre fiscal, il reste que des surplus persistants, pour ne pas dire permanents, viennent troubler les rapports entre Ottawa et les provinces. C’est d’autant plus vrai qu’à partir de 2017, les transferts vont commencer à croître moins vite que sous l’ancienne formule d’indexation, notamment en matière de santé. Donc, baisses de revenus ou hausse des dépenses à Ottawa pour éliminer les surplus et… pouf! Disparu le « déséquilibre fiscal » si irritant, qu’on adopte ou pas l’expression. Tout est question de perception ici.

Quoi surveiller dans les prochains mois, particulièrement sur le parcours budgétaire de Joe Oliver? Certainement l’évolution des prix du pétrole. Une détérioration de ce côté-là pourrait aider M. Oliver à justifier le maintien d’une certaine marge de manoeuvre. Ça va commencer dès la réunion dans les prochains jours des pays de l’OPEP. Vont-ils choisir de défendre à tout prix leur part de marché, à commencer par l’Arabie saoudite?

De nouvelles annonces du gouvernement Harper? Dans le budget ou d’ici là? Après tout, il a l’avantage d’avoir déjà les leviers en main. Dans la tradition des conservateurs, des mesures ciblées, populaires et probablement, dans ce cas-ci, avec échéance, pour permettre des ajustements en cas de coup dur du côté de l’économie mondiale. Le tiroir-caisse n’est  pas vide pour l’instant, mais ça pourrait être de courte durée.

Les conservateurs se rappellent avec une larme au coin de l’oeil les dernières véritables baisses d’impôt sur le revenu, celles de Paul Martin en 2000, mais il y a deux inconvénients à ça. Des baisses du taux d’imposition ou des changements aux tranches de revenu ont des effets récurrents et croissants. En cas d’imprévu, elles restent là et peuvent vous entraîner à nouveau en déficit.

De plus, pour avoir un impact électoral, elles doivent être considérables. Et là, c’est l’argent qui manque tout simplement. Par exemple, les données du directeur parlementaire du budget montrent que la seule baisse de 15 à 14 % du plus bas taux d’imposition coûterait plus de 3 milliards de dollars dès la première année pour augmenter sans cesse ensuite.

Tout ceci veut donc dire qu’il reste une certaine marge de manoeuvre financière qui va permettre aux trois grands partis de piger dans le tiroir-caisse pour se positionner. Et ils promettent tous d’offrir des choix assez différents, question d’alimenter un débat de fond sur l’envergure, le rôle et la place de l’État fédéral.

Catégorie: Ottawa

Souvenirs d’Afghanistan

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 publié le 12 novembre 2014 à 18 h 28

Les dates de la participation du Canada à la Guerre en Afghanistan ont été inscrites sur le Monument commémoratif de guerre à Ottawa.
Les dates de la participation du Canada à la Guerre en Afghanistan ont été inscrites sur le Monument commémoratif de guerre à Ottawa. Crédit photo : Jordan Press, Ottawa Citizen.

En cette année 2014, où s’est terminée la plus longue mission de combat des Forces canadiennes, en Afghanistan, et au lendemain du jour du Souvenir, un livre mérite d’être mentionné.

Son titre n’est qu’en anglais : Afghanistan, a Canadian Story. Mais il y a des textes en français à l’intérieur et surtout des photos, beaucoup de soldats, de groupes de soldats, de soldats avec des enfants et des soldats ou des machines de guerre dans la poussière et le désert de l’Afghanistan.

C’est normal, c’est un livre fait par des soldats, d’abord et avant tout pour des soldats, qui apporte un éclairage intéressant sur leur vécu. Par exemple, le padre André Gauthier, qui a fait partie des premiers militaires déployés dès 2002 à Kandahar, écrit ceci à propos d’une mission d’appui aux frappes américaines sur Tora Bora, à la base de Bagram, près de Kaboul :

« Le tempo est intense. Avant l’heure X, je suis sur le tarmac, je parle aux troupes. Je prie avec les militaires. Je bénis leurs médaillons,  je leur donne la communion. Je les rassure, les réconforte, les bénis. C’est la première opération de combat aéroportée à laquelle ils participent. J’ai compris l’importance de la vie spirituelle en zone de combat. En fait il n’y a pas d’incroyant dans les tranchées ou lorsqu’on s’approche de la mort. »

Pour entendre les réflexions du padre André Gauthier au lancement du livre :

Parfois, ce sont des conjoints de soldats décédés qui écrivent, parfois des civils qui ont travaillé côte à côte avec les soldats. Et l’adjudant-maître Robert Gagné écrit ceci à propos de son équipe d’armuriers déployée pendant huit mois entre juillet 2007 et février 2008 :

« Un de mes buts personnels était de ramener toute cette équipe à la maison saine et sauve, ce qui a été le cas. Le sentiment de fierté et du devoir accompli par toute cette équipe de techniciens était palpable à travers les conversations lors du retour au Canada. »

Plusieurs des souvenirs évoqués par les soldats tournent autour des enfants et de leur sourire, comme l’écrit le caporal-chef Gary Racette, déployé en 2009.

« Le sourire dont j’ai été témoin et qui a marqué mon existence à jamais est survenu lorsque je lui ai tendu (NDLR : à une fillette afghane de 5 ans) une canette de Pepsi bien froide qui sortait de la glacière de mon véhicule blindé. Privée d’électricité depuis le tout début de son existence, cette jeune enfant n’avait apparemment jamais connu le sentiment d’avoir quelque chose de froid dans les mains. […] son sourire s’est illuminé et a rayonné encore plus fort que ce que le soleil de juillet pouvait accomplir. Il a du même coup réchauffé mon cœur et m’a fait réaliser que pour certains individus sur cette terre, la définition du bonheur se situe à des niveaux différents. »

Voici les témoignages de trois autres militaires rendus le soir du lancement :

Je laisse le dernier mot à l’adjudant Phil Palmer d’Ottawa, un des deux seuls textes de 2014. Il décrit comment un matin, en promenant son chien, il a vu passer au-dessus de sa tête le dernier avion qui ramenait au Canada des soldats de la mission afghane, escorté de deux CF-18. Ça l’a ému aux larmes.

« (traduction libre) L’Afghanistan a changé ma vie. Mon épouse et moi avons probablement passé l’équivalent de trois ans séparés, au cours des 10 dernières années, pour des opérations en Afghanistan ou reliées à l’après 11 septembre. Ces affectations nous ont laissés tous les deux blessés, physiquement et mentalement, et tous les deux nous avons été affectés par le stress de ces opérations. Malgré tout, nous sommes décidés à tout faire pour guérir notre union, nos corps et nos esprits, pour nous-mêmes et nos enfants. Nous ne voulons pas ajouter nos noms à la trop grande liste des victimes de cette guerre. »

Le premier ministre Stephen Harper écrit, en avant-propos, que ce livre présente une mosaïque de points de vue. Sa lecture fait comprendre, comme le disent les militaires qui ont travaillé à colliger l’ouvrage, que la réponse à la question « cela valait-il la peine? » est complexe.

www.afghanistanacanadianstory.ca/

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Des questions sans réponse…

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 publié le 26 octobre 2014 à 18 h 04

Lundi après-midi, le ministre de la Sécurité publique Steven Blaney déposera en grande pompe son projet de loi pour clarifier les pouvoirs des services de renseignement à l’étranger et la protection de leurs sources. Même si le projet de loi a été rédigé avant les attentats de la semaine dernière, il sera vraiment interprété comme une première réponse du gouvernement à ces événements tragiques.

Mais le vrai test des choix que feront les conservateurs viendra plutôt dans les autres initiatives législatives qu’ils entreprendront. Voudront-ils vraiment abaisser davantage la barre pour permettre aux forces policières de placer un individu soupçonné d’être un sympathisant d’extrémistes et de terroristes en détention préventive? Iront-ils vraiment jusqu’à tenter de contrôler ce que les gens publient sur les réseaux sociaux? Jusqu’où étendront-ils le filet de la surveillance pour détecter et traquer les loups solitaires potentiels terrés ici et là au pays?

Les réponses que le gouvernement offrira à ces questions seront déterminantes pour les libertés civiles et le droit à la vie privée au pays. Or, avant de trancher et d’offrir les garanties aux Canadiens que sa réaction est appropriée, il faudra offrir un éclairage précis à des multitudes de questions au sujet de Martin Couture-Rouleau et de Michael Zehaf-Bibeau.

En voici quelques-unes :

1. Pourquoi une nouvelle loi?

« Nos lois et les pouvoirs des autorités policières doivent être renforcés », a affirmé le premier ministre Harper aux Communes au lendemain de l’attentat à Ottawa.

Alors que le gouvernement envisage des mesures qui risquent fort de porter davantage atteinte aux libertés civiles et à la protection de la vie privée, il lui incombe de démontrer pourquoi ces pouvoirs sont nécessaires.

C’est d’autant plus important que bien des voix s’élèvent pour en douter.

D’ailleurs, déjà l’an dernier, le fédéral a réintroduit plusieurs mesures de la loi antiterroriste, tout particulièrement les mesures concernant la détention préventive et les audiences d’investigation. L’une d’entre elles permet de détenir un individu sans accusations pour une période de trois jours s’il est soupçonné d’être au courant d’un complot ou d’avoir l’intention d’y participer, au terme de quelle période le procureur peut demander au juge d’imposer des conditions pour une période d’un an à la remise en liberté de l’individu.

Or, il appert que ces pouvoirs extraordinaires ne sont à peu près jamais utilisés.

Le gouvernement devra donc clairement expliquer en quoi les nouveaux pouvoirs qu’il compte éventuellement octroyer aux forces policières seront plus efficaces, tout en respectant les droits fondamentaux des Canadiens.

2. La faille dans le système

Martin Couture-Rouleau était sur le radar de la GRC. À en juger par le témoignage de son père qui s’est confié à Tamara Alteresco, la famille a tout fait pour tenter d’empêcher le pire. Et pourtant, sans préavis, mardi matin, au volant de sa voiture, il a commis l’irréparable. Le commissaire de la GRC plaidait jeudi que ses troupes ont besoin de pouvoirs additionnels, il serait au bas mot pertinent que les autorités expliquent clairement pourquoi elles n’ont pas été en mesure d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard.

3. La fine ligne entre radicalisation et maladie mentale

Alors que la GRC traite clairement l’attentat au Monument commémoratif de guerre et au parlement comme un acte terroriste, dans une entrevue qu’il m’a accordée aux Coulisses du pouvoir, le ministre de la Sécurité publique ne cache pas que selon lui Michael Zehaf-Bibeau souffrait de graves troubles mentaux.

« Plus souvent qu’autrement, nos policiers sont confrontés à des individus qui ont des problèmes de santé mentale. Alors, quand on ajoute à cela des problèmes de toxicomanie et des personnes qui sont vulnérables à l’islamisme extrémiste et aux idéologies terroristes, voyez-vous qu’on a un cocktail explosif », a dit Steven Blaney.

Le ministre évoque même la possibilité de travailler avec les responsables de la santé dans les provinces pour s’assurer que ces cas ne se retrouvent pas en prison, mais bien dans des établissements spécialisés afin d’obtenir l’aide nécessaire. Ajoutez à cela que le fédéral a lancé un appel d’offres récemment pour des études pour mieux comprendre le phénomène de la radicalisation.

La question se pose. Ne vaudrait-il pas mieux avoir un portrait complet du problème et de la situation avant de conclure qu’un resserrement des mécanismes de surveillance au pays est la réponse appropriée à l’attaque de Michael Zehaf-Bibeau, d’autant plus que le ministre lui-même reconnaît que son cas est bien plus complexe.

4. La sécurité sur la colline du Parlement

Comment un homme armé a-t-il pu pénétrer aussi facilement dans le Parlement? Parce qu’aucune des trois voitures de la GRC sur la colline n’a pu l’intercepter avant qu’il ne soit trop tard. La réponse est simple, mais elle soulève une très longue liste de questions : est-ce que personne n’a vu l’incident sur les écrans de surveillance? Pourquoi est-ce que les policiers de garde n’ont pas sonné l’alarme? Y a-t-il un manque de cohérence dans les modes de communications entre les différents services de sécurité?

Le problème, bien sûr, c’est que le vérificateur général du Canada a posé les mêmes questions en 2011. Et dans un rapport de juin 2012, il constatait que l’Administration du parlement n’avait toujours pas de politique globale en matière de sécurité et recommandait que les Communes examinent combien il en coûterait pour mettre en place un système de sécurité unique pour l’ensemble de la Cité parlementaire plutôt que les trois services distincts (Communes, Sénat, GRC) qui y oeuvrent actuellement.

Or, tous en sont encore au stade des discussions et, selon nos sources, le Sénat est réfractaire à cette idée. Qui sait si l’urgence de colmater les nombreuses brèches que l’attaque de mercredi a révélées permettra enfin de doter le centre de la démocratie au pays d’une stratégie cohérente et efficace au chapitre de sa sécurité.

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Le surplus commence à fondre

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 publié le 10 octobre 2014 à 17 h 07

Le gouvernement Harper a déjà commencé à piger dans la caisse créée par le retour à l’équilibre budgétaire avant même la confirmation de cet équilibre. Le premier ministre Harper se garde une petite gêne. Si son gouvernement affiche un déficit quatre fois moins important que prévu pour l’année terminée le 31 mars dernier, M. Harper soutient qu’à l’heure actuelle, on est encore en léger déficit pour la présente année, situation à laquelle plus personne ne croit. Le surplus est à nos portes, une année plus tôt que prévu.

Son ministre Joe Oliver a d’ailleurs commencé la distribution des bonbons bien avant l’Halloween, le 11 septembre : 550 millions de dollars sur deux ans aux PME par un crédit d’impôt qui devrait créer environ 800 emplois. M. Harper a décidé jeudi de donner suite lui-même à une proposition fort populaire, du moins auprès d’une certaine clientèle, en doublant le crédit d’impôt pour l’activité physique des enfants. Le communiqué parle du plafond porté à 1000 $ en 2015, mais il faut préciser qu’on parle d’un crédit d’impôt sur cette somme-là, donc un retour de 150 $ maximum plutôt que les 75 $ actuels.

L’initiative était présentée lors de son instauration en 2007 comme un incitatif financier pour les familles à étendre la pratique du sport chez les enfants. Dans la vraie vie, pour utiliser une expression populaire, il faut que vous ayez les moyens de dépenser dans un premier temps les 1000 $ en question pour obtenir, dans votre déclaration de revenus de l’année suivante, les 150 $. Comme dans le cas de bien des rabais en magasin, il vous faut dépenser pour économiser!

Encore dans la vraie vie, si votre sport de prédilection est le hockey, comme c’est le cas pour le premier ministre Harper, vous savez qu’une saison de hockey coûte bien plus que 1000 $. Même chose pour plusieurs des activités admissibles. Les 150 $ ne feront pas nécessairement la différence dans la décision de s’adonner ou pas à une activité dont l’inscription officielle peut coûter dans les 500 $, dépenses qui grimpent rapidement dans les milliers de dollars quand on compte l’équipement et les déplacements pour des tournois, par exemple. Parlez-en aux parents engagés dans le soccer ou le hockey.

Encore en 2007, les stratèges conservateurs répondaient à ces réalités concrètes qu’il valait mieux remettre l’argent dans les poches des parents, qui savent mieux comment organiser et choisir les activités de leurs enfants. Cela valait surtout mieux que de subventionner les organismes et conseils scolaires, afin qu’ils puissent financer par exemple des ouvertures de gymnases en soirée ou durant les week-ends pour organiser des activités comme le basketball, le badminton, le volleyball ou je ne sais trop.

Évidemment, cela transpirait de cette même philosophie qui remet l’argent aux particuliers pour tout, des particuliers bien particuliers en plus… Si on revient aux familles visées et surtout touchées en fin de compte, on peut dresser un constat intéressant qui en dit long.

À partir des données fiscales de 2011 disponibles à l’Agence du revenu du Canada, on peut établir la répartition du crédit d’impôt pour l’activité physique. Quand je disais qu’il fallait pouvoir dépenser pour économiser, avoir les moyens de se payer le crédit d’impôt, cela se vérifie dans les chiffres.

Sur les 816 millions de dollars en dépenses pour activités physiques déclarées par les familles canadiennes en 2011, on constate que les individus avec moins de 50 000 $ en revenus, soit 56,2 % des contribuables, déclaraient à peine plus de 15 % du total des dépenses. Pas étonnant, me direz-vous, puisqu’ils ont moins les moyens d’inscrire leurs enfants. Bien sûr, mais rappelez-vous que les conservateurs ont « vendu » la mesure en parlant de faciliter l’accès et d’inciter plus de jeunes à l’activité physique.

À l’inverse, les 16 % de contribuables qui ont plus de 70 000 $ de revenus imposables déclaraient 52 % des 816 millions de dollars de dépenses. Ils comptaient pour 46 % de tous ceux qui réclamaient le crédit. C’est encore une fois normal à première vue, puisqu’ils ont davantage d’argent à dépenser et, en plus, ils payent plus d’impôt au départ.

Peut-être, mais si on revient à l’objectif officiel du programme, l’incitation, faire une différence, on peut penser qu’on retournait à ces familles mieux nanties un 75 $ qui avait peu d’influence sur  leurs décisions, parce que leurs enfants étaient déjà inscrits à toutes sortes d’activités. Les études sur la participation à ces activités, couplée aux revenus des ménages, le montrent clairement. Et ces données de l’Agence du revenu le confirment. Elles n’ont pas décidé en masse d’inscrire leurs enfants à des activités auxquelles elles ne participaient pas auparavant. Elles sont simplement récompensées parce qu’elles font déjà partie d’une certaine clientèle.

Elles ont appris jeudi que la récompense passera à 150 $. Pour répondre en partie aux critiques qui trouvent que les familles à plus bas revenus ne touchent pas le crédit parce qu’elles ne paient pas ou très peu d’impôt, le gouvernement Harper en fait un crédit remboursable. À noter qu’il faut toujours que ces familles puissent consacrer l’argent aux activités admissibles avant de toucher le crédit de 15 % l’année suivante. Pas si évident, quand on connaît le coût réel de la participation aux sports organisés.

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On exagère

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 publié le 8 octobre 2014 à 19 h 44

Le premier ministre Harper affirmait le 30 septembre, au moment où son Cabinet venait de se réunir pour approuver la participation du Canada aux frappes aériennes (il ne l’annoncera formellement que trois jours plus tard), que la lutte contre le groupe armé État islamique (EI) était noble et nécessaire.

Alors pourquoi, pour convaincre les opposants, lui et ses ministres exagèrent-ils la réalité?

Le premier ministre lui-même a donné le ton, en quelque sorte, en dénonçant à deux reprises, la semaine dernière, le fait que l’EI va jusqu’à décapiter des enfants. Son ministre Jason Kenney a renchéri, durant le débat aux Communes sur la participation canadienne, en mentionnant que les extrémistes poussent la torture jusqu’à ce même point.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de preuve de ces décapitations d’enfants, ni dans un rapport de l’ONU, publié il y a quelques jours, ni auprès de l’organisation Human Rights Watch qui enquête sur les exactions de l’EI.

Le ministre d’État Gary Goodyear a non seulement repris cette idée des décapitations d’enfants dans son discours aux Communes, il a aussi accusé les militants d’obliger les parents à enterrer leurs enfants vivants. Une autre accusation impossible à vérifier. Un ministre irakien a fait état d’un charnier où des centaines de femmes et d’enfants auraient été enterrés vivants, mais il n’y a aucune indication que ce soit des parents qui aient été obligés de le faire.

Pourtant, le catalogue des exactions du groupe armé État islamique est bien fourni, il n’y a nul besoin de l’exagérer.

Autre exagération, celle du ministre des Affaires étrangères John  Baird. Il affirmait, lors du débat en Chambre, que le Conseil de sécurité de l’ONU avait donné sa bénédiction à l’offensive.

À la séance spéciale du 19 septembre du Conseil de sécurité, présidée par le secrétaire d’État américain John Kerry, la résolution adoptée à l’unanimité demandait aux États membres d’appuyer les efforts du gouvernement irakien contre les militants. Mais ce serait exagéré de présenter cette résolution comme l’assentiment du Conseil aux frappes de la coalition menée par les États-Unis.

Par ailleurs, à la période des questions, puis en entrevue, le ministre responsable de l’aide internationale, Christian Paradis, a présenté ainsi les frappes aériennes canadiennes : « Alors, c’est pour ça qu’on dit que des actions militaires aussi ciblées vont aider à établir davantage les corridors humanitaires [de sorte] qu’on puisse assurer une sécurité de nos gens. L’un ne va pas sans l’autre. »

Établir des corridors humanitaires n’a été mentionné ni par le premier ministre, ni par le ministre de la Défense, ni par le président américain Barack Obama comme objectif de la présente campagne.

Dans ce débat, il n’y a pas que les conservateurs qui semblent parfois parler à tort et à travers.  Le chef libéral Justin Trudeau, en point de presse avant le vote aux Communes, a été pris de court par une question à propos de ce que le Canada ferait si la Turquie invoquait l’article 5.  Il a fini par comprendre que cet article est ce qu’il appelle, lui, le déclencheur de l’OTAN, c’est-à-dire l’obligation faite aux pays membres du traité de l’Atlantique Nord de venir en aide à tout membre dont le territoire est attaqué.

Mais la palme revient au ministre de la Sécurité publique Steven Blaney. Il témoignait devant un comité des Communes sur la menace terroriste au Canada.  À la question « le Canada va-t-il se mettre à contrôler les sorties des citoyens de son territoire? », il a répondu qu’il n’était pas question de contrôler les sorties de territoire, qu’il laissait cela aux États totalitaires.

Il y a deux problèmes avec cette réponse. D’abord, la majorité des pays dans le monde contrôlent les sorties de territoire, les États-Unis le font (sauf aux sorties par la route), les pays européens le font. Au Moyen-Orient, on peut même avoir droit à un long interrogatoire avant de pouvoir quitter un territoire.

Deuxièmement, le ministère de M. Blaney a lui-même annoncé à quelques reprises que le Canada se dirigeait vers un système de contrôle des sorties. Il faut espérer que le ministre Blaney a simplement mal saisi la question. À la fin des audiences, le député néo-démocrate Craig Scott est revenu à la charge, soulignant que le précédent directeur du Service canadien de renseignement de sécurité lui-même déplorait l’absence d’un système de contrôle des sorties. Le ministre n’a pas saisi l’occasion pour corriger le tir.

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Des réponses! Sérieusement!

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 publié le 2 octobre 2014 à 8 h 57

La période des questions est également devenue celle des réponses depuis quelques jours. Après l’incident Calandra-Mulcair-Scheer la semaine dernière au sujet de la participation militaire canadienne au combat contre le groupe armé État islamique en Irak, on a senti le vent tourner vendredi.

Le virage le plus spectaculaire et le plus remarqué a sans doute été les excuses larmoyantes de Paul Calandra aux Communes pour ses réponses sans rapport avec les questions du mardi précédent. Mais le véritable signal du changement d’attitude est venu d’ailleurs, de tout en haut de la machine Harper en fait.

Interrogé sur la situation en Irak et l’engagement canadien pendant le point de presse lié à la signature de l’entente commerciale avec l’Union européenne, le premier ministre Harper n’a même pas eu l’air agacé. Deux jours après avoir appris aux Canadiens à partir de New York que son gouvernement examinait une demande américaine de contribution militaire accrue en Irak, M. Harper a pris le temps de bien faire le tour de la question, de son point de vue, dans les deux langues officielles. Une réponse élaborée, sans taloche à ses adversaires ni à la presse :

« Je vais répéter cette réponse. Évidemment, l’idée que le Canada mène les États-Unis vers un conflit militaire est tout à fait bizarre. Le président Obama a dit, disait pendant l’été, son intention de mener une coalition contre la menace de l’État islamique. Nous avons eu des conversations à cet égard. C’est un… il y a un bilan public sur cette question.

Le Canada a répondu aux demandes des Nations unies et en conversation avec nos alliés. Je dois dire, je ne dis pas que nous avons répondu avec une réticence. On a ici une vraie menace pas seulement dans la région, pas seulement à nos alliés ou aux États-Unis, mais c’est aussi une menace réelle contre nous. On ne peut pas avoir un califat terroriste ouvert qui contrôle un grand territoire et qui est en train de préparer des attaques terroristes contre des cibles ici et à travers le monde. On ne peut pas tolérer ça.C’est la raison pour laquelle le président a décidé d’agir, et nous le félicitons pour sa volonté et la volonté des États-Unis et nos autres alliés. Quand on appuie quelque chose et quand on appuie quelque chose parce que c’est nécessaire et parce que c’est souhaitable, c’est essentiel que nous fassions notre part. C’est l’histoire de notre pays. On ne reste pas juste spectateur. Ça serait tout à fait irresponsable. C’est la raison pour laquelle le Canada a contribué vite dans cet effort. Il y a d’autres demandes toujours. Nous prendrons nos propres décisions et nous évaluerons ces décisions selon nos objectifs, nos capacités. Mais à la fin, nous n’avons pas l’intention de ne pas supporter nos alliés et nos amis à travers le monde. C’est presque tout le monde qui reconnaît que c’est une mission nécessaire. Nous n’avons pas l’intention quand je suis premier ministre de devenir juste des spectateurs quand notre propre sécurité est en question. »

On peut être d’accord ou pas avec son analyse, ses intentions et sa politique étrangère, mais on ne pouvait plus reprocher à son gouvernement de considérer l’enjeu entièrement derrière des portes closes. On n’en était pas à une véritable consultation de l’opposition, encore moins en public, mais on pouvait comprendre les priorités de M. Harper et ses convictions profondes.

En fait, on pouvait se demander pourquoi avoir attendu les dénonciations d’à peu près toute l’industrie du commentaire politique, surtout au Canada anglais, pour fournir des réponses respectueuses, non pas des interrogateurs, mais de la délicatesse et du sérieux de l’enjeu. Après tout, on envoie des Canadiens dans une zone à risque, aucun doute là-dessus. Et les larmes de M. Calandra n’ont pas fait oublier qu’il agissait comme secrétaire parlementaire du premier ministre et qu’il était donc en service commandé, pas un agent libre.

Une fois le signal donné par le premier ministre Harper, l’effet s’est fait sentir dans tout l’appareil de sorte que le ministre John Baird a fourni des réponses plus que propices en début de semaine à la période des questions. Toute l’information souhaitée par l’opposition n’y était pas nécessairement, mais il allait aussi loin qu’il croyait pouvoir le faire tout en ne finissant pas ses réponses par une insulte ou une pique à ses adversaires, la recette préférée de M. Baird habituellement.

M. Harper a poursuivi dans la même veine mardi et hier, prouvant ainsi que ce n’est pas faute d’être capable d’autre chose qu’on utilise le mépris comme arme principale à la période des questions. Et le gouvernement ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire.

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Une présidence impuissante, et pour longtemps

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 publié le 30 septembre 2014 à 9 h 54

Le NPD a décidé de prendre le président de la Chambre des communes au mot. Andrew Scheer invoquait l’impuissance historique de la présidence pour ne pas intervenir dans la querelle Mulcair-Calandra, qui s’est conclue dans les pleurs vendredi dernier. En se reposant sur la tradition parlementaire, le président Scheer disait ne pas avoir l’intention de s’en éloigner, « à moins d’une invitation à le faire de la Chambre elle-même ».

Le NPD a donc décidé d’utiliser sa journée d’opposition d’hier pour proposer un changement au règlement qui permettrait explicitement à la présidence de la Chambre de juger de la pertinence des réponses et de limiter les répétitions pendant la période des questions.

On ne parle pas ici d’une réforme en profondeur de la procédure parlementaire, mais bien d’un remède administré dans le feu de l’action à la suite d’un incident, avec les limites que ça peut comporter, bien sûr.

Si on passe par-dessus certaines considérations partisanes dans le débat actuel, il est quand même intéressant de revenir sur la position qui sera celle du gouvernement Harper, un gouvernement qui vante à chaque occasion sa transparence et son imputabilité. C’est le leader du gouvernement en Chambre, Peter VanLoan, qui l’a expliquée devant ses collègues hier.

On a donc eu droit pour commencer aux louanges de notre système parlementaire :

  • « La période des questions est un élément fondamental. »
  • « C’est la démocratie à l’oeuvre. »
  • « La Chambre des communes est un chef de file mondial en matière de reddition de comptes. »

Et M. VanLoan de préciser en quoi le premier ministre et ses ministres peuvent alors expliquer leurs décisions, les mesures prises, etc.

Veut-il améliorer les pratiques en permettant au président de gentiment ramener un ministre ou un secrétaire parlementaire dans le droit chemin de la pertinence? Oubliez ça, on ne peut pas juger de la valeur d’une réponse, même dans les cas extrêmes comme celui de M. Calandra la semaine dernière. Autrement dit, toutes les réponses sont bonnes!

Il ajoute que le changement proposé par le NPD ne toucherait que les réponses, pas les questions posées,  et qu’il serait donc injuste d’imposer un fardeau au gouvernement de cette façon. Pourtant grand amateur de procédures parlementaires, M. VanLoan devrait savoir que les lignes directrices de la Chambre, adoptées en 1964, expriment en quatre points ce que les questions posées devraient être et en 17 points ce qu’elles ne devraient pas être. Pour ce qui est des réponses? Un seul critère, assez minimal merci! Qu’elles soient adressées à la présidence!

Quand on dit que c’est la période des questions, pas celle des réponses…

M. VanLoan base son argumentaire pour crier à l’injustice de la motion du NPD sur le fait que les membres du Cabinet, y compris le premier ministre, ne bénéficient d’aucun avis préalable sur les questions à venir, qu’ils doivent être prêts à tout, chaque jour, ce qui nécessite une préparation minutieuse. De quoi vous faire verser des larmes de Calandra… ou plutôt de crocodile, sur le sort de ces pauvres ministres.

Avec cet argument, M. VanLoan vient bien involontairement de nous expliquer en bonne partie d’où viennent ces réponses à côté de la plaque, souvent ultra-partisanes, qui viennent des banquettes ministérielles. Pourquoi se donner la peine de mettre du contenu, surtout quand on tient compte en plus du chrono qui ferme le micro après 35 secondes?

M. VanLoan nous dit que la motion du NPD ne s’attaque qu’à une partie du problème. Très possible qu’il ait raison. Il serait alors intéressant de savoir si son gouvernement serait prêt à renoncer à ses réflexes naturels de partisanerie, sarcasme, invective et moquerie en échange d’un changement moins limité et moins improvisé que celui proposé par le NPD en réaction à la controverse de la semaine dernière.

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