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La famille Ford n’a peut-être pas dit son dernier mot. Arrivé deuxième dans la course à la mairie de Toronto la semaine dernière, voilà que Doug Ford songe à se lancer en politique provinciale. Un site Internet pour promouvoir sa candidature vient d’être mis en ligne.

D’ici quelques semaines, il pourrait se lancer dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Le PC doit se choisir un nouveau chef ce printemps. Il deviendrait chef de l’opposition officielle, avec une chance d’affronter et de détrôner la première ministre libérale aux élections générales de 2018.

Dans les milieux conservateurs, on trépigne à l’annonce de cette possible candidature. Mais pas nécessairement d’impatience. C’est parce que la présence de Doug Ford pourrait être une arme à double tranchant.

Le PC a deux tâches devant lui d’ici 2018. D’abord il faut reconstruire le PC à l’interne et reconquérir les membres désenchantés par les quatre dernières défaites électorales. Puis, il faut convaincre le reste des Ontariens que le parti peut gouverner en tenant compte de chacune des régions de la province.

Doug Ford peut probablement aider à la première tâche, la reconstruction du parti. Mais plusieurs critiques doutent qu’il puisse réaliser la deuxième tâche — et la plus importante pour les conservateurs —, soit l’obtention du pouvoir.

Rebâtir le parti

Certains membres du PC craignent que la personnalité forte et la grandiloquence de Doug Ford ne transforment la course à la direction en concours de décibels, plutôt que d’avoir une discussion constructive sur les enjeux majeurs qui touchent la province.

Du même coup, la seule présence d’une « célébrité » comme Ford ferait rayonner les débats au-delà des sous-sols d’églises et des salles communautaires, où ces événements ont souvent lieu. Elle permettrait de joindre l’électorat en général, et du même coup, de contribuer à augmenter la visibilité et la cote du parti.

Une visibilité qui pourrait entraîner des gains concrets, en augmentant le nombre de membres et de donateurs. Surtout que l’attrait de Doug Ford dans certains coins de Toronto et de ses banlieues (une région riche en sièges, où le PC a fait chou blanc au cours des quatre dernières élections générales) est un des atouts majeurs qui manque au parti. La presque totalité des députés du PC viennent des régions rurales ou semi-rurales. Une percée dans la région de la métropole ontarienne pourrait être la clé qui mène au bureau du premier ministre.

Bref, que Doug Ford gagne ou perde la course à la direction, le seul fait qu’il y participe apporterait certaines retombées positives pour le parti.

Convaincre les Ontariens

Plusieurs au sein du PC se demandent si le jeu en vaut la chandelle.

L’avantage que pourrait procurer Doug Ford vient avec un risque qui n’est pas à négliger. Il est populaire, mais il est aussi une figure polarisante. On l’aime ou on le déteste. C’est bon pour susciter l’intérêt, générer de l’attention médiatique et mobiliser une certaine base électorale. Mais ce n’est pas nécessairement ce dont le PC a besoin présentement.

Le PC a besoin de ramener au bercail les « Red Tories », les progressistes qui ont déserté le parti au profit des libéraux depuis 10 ans, et a besoin d’une figure rassembleuse pour convaincre les électeurs indécis. Doug Ford n’a pas encore prouvé qu’il pouvait être ce genre de candidat. En fait, il a plutôt prouvé le contraire en quatre ans comme conseiller municipal et en huit semaines de campagne à la mairie.

Décision personnelle

Doug Ford dit qu’il annoncera dans quelques semaines sa décision de se lancer ou non dans la course à la direction du PC. En plus des éléments précédents, sa réflexion en comptera sûrement deux autres :

  • Sa principale adversaire risque d’être Christine Elliott, la veuve de l’ancien ministre fédéral des Finances Jim Flaherty. Les Flaherty-Elliott sont des amis proches de la famille Ford. Ils ont défendu le maire Rob Ford au plus fort du scandale du « crackgate ». Une bataille entre les deux pourrait endommager cette relation. Doug y songera peut-être avant de poser sa candidature.
  • L’état de santé de son frère Rob ne s’améliore pas. Sa tumeur cancéreuse n’a pas rétréci après deux traitements de chimio. Il devra en subir un troisième et peut-être un quatrième d’ici Noël. Doug aime dire que, pour lui, la famille passe avant tout. Un autre morceau du casse-tête qui fera sans doute partie de ses réflexions

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Rob Ford : transformé ou recyclé?

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 publié le 2 juillet 2014 à 15 h 39
Le maire de Toronto, Rob Ford

Le maire de Toronto, Rob Ford, en entrevue à la CBC le 2 juillet 2014

Croyez-vous le nouveau Rob Ford? Celui qui revient de 60 jours de cure de désintoxication dans un centre spécialisé au nord de Toronto? Celui qui admet maintenant avoir une maladie, une dépendance à l’alcool et aux drogues?

Je m’en voudrais de douter de la sincérité d’un homme qui reconnaît avoir un problème de toxicomanie et qui semble prendre tous les moyens pour le régler. D’un homme qui semble accepter que sa dépendance le suive toute sa vie et qu’il doive être vigilant pour éviter la rechute, comme c’est souvent le cas pour plusieurs.

Cependant, plusieurs Torontois semblent sceptiques. Chat échaudé craint l’eau froide. Les aveux de Rob Ford, sa contrition, ses excuses des derniers jours ressemblent beaucoup à ceux présentés il y a quelques mois. Quand il a admis pour la première fois avoir déjà fumé du crack, alors qu’il l’avait nié pendant des mois.

Est-ce que ses centaines d’heures de thérapie en deux mois ont vraiment transformé l’homme? Ou simplement « recyclé » son image publique, en vue des élections municipales d’octobre? Pour mieux comprendre, voici en résumé les faits saillants de l’entrevue qu’il vient d’accorder à Dwight Drummond, de la CBC, à Toronto.

L’entrevue en 7 temps

  •  M. Ford admet pour la première fois avoir bu de l’alcool et avoir été en état d’ébriété au travail, dans son bureau de l’hôtel de ville. Il admet également avoir pris plusieurs types de drogues durant son mandat à la mairie. Question : « Marijuana? Héroïne? Crack? » Réponse de Rob Ford : « Nommez-les, j’en ai pris. » Mais jamais à son bureau.
  •  La vidéo et la photo de lui avec une pipe à crack dans les mains, publiée le 30 avril 2014, la veille de son départ en cure de désintoxication : « Je fumais du crack ce jour-là. »
  • « Les mensonges, les manipulations du passé, c’étaient pour cacher ma maladie, ma dépendance. » Mais il assure que maintenant, on peut le croire.
  • Sur ses commentaires sexistes, homophobes et racistes envers les Noirs, les Italiens, les Pakistanais : « C’est à cause de ma maladie. J’étais en état d’ébriété. » Question : « Est-ce que ça ne reflète pas votre véritable personnalité? » Réponse : « Je n’aurais jamais prononcé ces mots à jeun. Je m’en excuse. »
  •  Pourquoi ne pas prendre soin de lui-même et de sa famille, prendre une pause, se retirer de la course à la mairie? Rob Ford répond : « Le stress du travail et de la campagne ne sont pas des éléments déclencheurs pour moi. J’aime mon travail. »
  • Rob Ford affirme avoir mis fin à son association avec le monde criminel, y compris avec son ancien chauffeur et ami, Alessandro Lisi, accusé de trafic et d’extorsion. Est-ce que M. Ford va finalement collaborer avec les policiers dans le cadre de ces enquêtes? Rob Ford : « J’écoute les conseils de mon avocat [qui lui a dit de ne pas parler aux policiers]. » Question : « Quelle image cela envoie-t-il quand le maire de la ville refuse de collaborer avec les policiers? » Rob Ford : « Il faut en parler à mon avocat. »
  • Comment va sa sobriété : « Je n’ai pas bu hier et je n’ai pas bu aujourd’hui. Je prends ce défi une journée à la fois. » Question : « Si une autre vidéo de vous fait surface, allez-vous démissionner? » Rob Ford : « Une journée à la fois. »

 

Premier bain de foule pour Rob Ford à l’occasion de la fête du Canada.

Questions sans réponse

  • Quelle est la nature exacte de sa relation avec Alessandro Lisi, accusé de trafic et d’extorsion? Les deux semblaient inséparables, dans les documents de surveillance de la police, captés l’été dernier.  Qu’y avait-il dans les enveloppes que Lisi lui remettait lors de leurs rendez-vous clandestins?
  •  A-t-il demandé à Lisi de retrouver la première vidéo, celle de l’an dernier, où on verrait Ford fumer du crack?
  • Quels sont ses liens avec les gangs de rue, en particulier des membres présumés des « Dixon Blood »? Même s’il dit avoir « mis fin » à ces associations, elles semblent avoir existé, alors qu’il était maire. Les Torontois n’ont-ils pas le droit d’en connaître la nature?
  • Quels sont les facteurs qui le poussent à boire et à prendre des drogues? Et comment entend-il régler ces problèmes à l’avenir?

« Rob Ford nouveau » ou version « légère »

Il y a maintenant le Rob Ford d’avant et celui d’après sa cure de désintoxication. Celui qui reconnaît ouvertement avoir été un drogué, un menteur et un manipulateur durant son mandat, en état d’ébriété au travail, associé avec des criminels. Et celui qui dit que maintenant, il va mieux, mais demeure vulnérable, que tout cela c’est du passé, des erreurs causées par sa maladie, qui ne se répéteront plus.

Par contre, certains se demandent s’il se cache maintenant derrière sa maladie pour excuser ses écarts de conduite. Le maire aime répéter : « Actions speak louder than words » (« Les actions sont plus éloquentes que les paroles »). C’est maintenant à lui de prouver, par ses actions, que le « Rob Ford nouveau » n’est pas seulement une version « légère », mais réellement différente.

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Élections en Ontario : 10 choses à retenir

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 publié le 20 juin 2014 à 10 h 17

La première ministre réélue Kathleen Wynne (en rouge) en compagnie de ses parents à droite, et de sa conjointe, à gauche.

Le Parti libéral de Kathleen Wynne a remporté l’élection du 12 juin et formera un gouvernement majoritaire pour les quatre prochaines années. Le Conseil des ministres sera assermenté mardi prochain. En attendant, voici 10 choses à retenir et à surveiller après cette élection (sans ordre particulier) :

1. Ontario : province ouverte et tolérante
Les Ontariens ont élu pour la première fois une femme comme première ministre (en retard sur d’autres provinces, c’est vrai). Mais Kathleen Wynne devient également la première chef de gouvernement élue ouvertement gaie de tout le Commonwealth. Sans que ce soit un enjeu durant la campagne. Vous souvenez-vous d’André Boisclair?

2. La chance du débutant
C’est la première fois en 43 ans qu’un chef de parti recrue remporte une majorité en Ontario (depuis Bill Davis en 1971). La recrue conservatrice Frank Miller a remporté une minorité en 1985, avant d’être renversée trois mois plus tard par une alliance libérale/néo-démocrate. Au Québec, Jean Charest, Jacques Parizeau et Pauline Marois ont également échoué à leur première tentative. Philippe Couillard a réussi, tout comme Christy Clark en Colombie-Britannique et Alison Redford en Alberta.

3. Dynastie en formation
C’est la concrétisation d’une dynastie libérale en Ontario. Après ce mandat de quatre ans, les libéraux auront été au pouvoir pendant 15 ans (de 2003 à 2018). Ils ont également réussi à changer de chef en cours de mandat et à se faire réélire. Du jamais vu en Ontario depuis la « Big Blue Machine » conservatrice, qui a gouverné la province pendant 42 ans de 1943 à 1985.

Tim Hudak annonce sa démission comme chef conservateur le soir de sa défaite.

4. Déclin de l’idéologie de droite
Non seulement les conservateurs font chou blanc pour une quatrième élection d’affilée depuis l’ère de Mike Harris (1995-2003), mais ils sont depuis incapables de faire une percée convaincante dans la ville de Toronto. La capitale leur échappe, le pouvoir aussi. Au total, la « droite » a été au pouvoir en Ontario pendant seulement 8 des 30 dernières années. En contrepartie, au fédéral, le PCC détient présentement 73 des 106 sièges.

5. « Back to the future? »
Certains y voient un signe que l’économie ontarienne en transition entraîne une transformation de l’échiquier politique. Mais il faut également se rappeler que la fameuse « Big Blue Machine » au pouvoir pendant 42 ans était idéologiquement beaucoup plus centriste,  plus « Red Tories » que les récentes incarnations du PC sous Mike Harris ou Tim Hudak. La course à la direction à venir sera l’occasion pour les membres de décider s’ils veulent réaffirmer l’adjectif « progressiste » dans le Parti progressiste-conservateur.

6. Gauche caviar c. New Labour
Le NPD a perdu des circonscriptions torontoises qu’il détenait depuis des décennies, au profit des libéraux. La tendance plus populiste du NPD, sous la gouverne de la chef Andrea Horwath, lui a cependant permis de faire des gains dans des régions ouvrières à l’extérieur de Toronto (Windsor, Oshawa, Sudbury). Il faudra voir au cours des prochains mois si la base socialiste et urbaine du NPD va déserter le parti, ou se rallier à sa chef et adopter la nouvelle vision, qui poursuit la transformation entreprise sous Jack Layton au fédéral.

La chef du NPD Andrea Horwath devant la statue de Jack Layton à Toronto.


7. Stimulus économique
Avec une majorité en main, les libéraux ont les coudées franches pour investir des milliards de dollars dans le transport en commun, la création d’emploi, la santé et l’éducation, et pour mettre sur pied un régime de retraite ontarien semblable à la Régie des rentes du Québec.

8. …mais contrainte budgétaire
L’Ontario doit également éponger un déficit de 12,5 milliards de dollars. Le budget qui sera déposé le 2 juillet contiendra des compressions importantes (un total de 3G$/3 ans) dans la fonction publique et le secteur parapublic. Et une réforme en profondeur des régimes de retraite publics. Comme au Québec, il faut s’attendre à un soulèvement des syndicats au cours des prochains mois.

L’ex-premier ministre Dalton McGuinty témoigne au comité parlementaire.

9. Le « Watergate » ontarien
Des enquêtes criminelles de la police provinciale sont toujours en cours. Des anciens bras droits de l’ex-pm libéral Dalton McGuinty sont soupçonnés d’avoir effacé le contenu d’ordinateurs du gouvernement, afin d’éliminer des documents compromettants en lien avec l’annulation de deux centrales au gaz qui a coûté 1 milliard aux contribuables. À surveiller pour voir si ça mènera à des accusations.

10. Transparence ou limiter les dégâts?
Cette controverse des centrales au gaz faisait l’objet d’une enquête d’un comité parlementaire. Elle a été interrompue par la dissolution de la chambre. Kathleen Wynne a déjà promis de reconstituer le comité pour l’écriture du rapport. Mais des témoins-clés qui devaient comparaître pourraient ne jamais le faire. Pourquoi? Avant les élections, les partis d’opposition contrôlaient les procédures au comité. Maintenant, ce sont les libéraux majoritaires qui décident. Les libéraux voudront-ils essayer de limiter les dégâts, ou au contraire, feront-ils preuve de transparence?

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Sondages: pour s’y retrouver un peu

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 publié le 16 mai 2014 à 18 h 54

Je suis confus.

Les résultats des sondages publiés par les différentes firmes depuis le début de la campagne sont tellement incohérents quand on les compare les uns aux autres que j’en perds mon latin. Mercredi, les libéraux menaient par huit points. Jeudi, les progressistes-conservateurs menaient par huit points. Aujourd’hui, les libéraux mènent par sept points.

Cependant, au-delà des intentions de vote en général, le sondage Ekos de vendredi dénote plusieurs tendances intéressantes. Tous les tableaux sont disponibles ici, marge d’erreur et tout.  Voici mon analyse, à chaud.

D’abord les mauvaises nouvelles :

– Inquiétant pour les libéraux : ils semblent perdre du terrain dans les banlieues de Toronto et dans le sud-ouest de l’Ontario, des bastions traditionnels.

– Inquiétant pour le NPD : il semble perdre la fidélité des cousins fédéraux. 20 % des électeurs qui ont voté NPD au fédéral songe à voter libéral au provincial. Sans cet appui, difficile de faire des gains dans des régions comme la banlieue de Toronto, ou de maintenir les sièges dans Niagara-Falls et London-Ouest.

– Inquiétant pour le PC : Tim Hudak ne passe pas auprès de la gent féminine. Seulement 24 % des femmes voteraient PC, contre 40% qui voteraient libéral, et 25 % NPD. Le PC mène par contre chez les hommes, 38 % PC, 34 % LIB, 17 % NPD.

Puis les bonnes nouvelles :

– Encourageant pour le PC : en tête dans toutes les régions, sauf Toronto et le nord de la province.

– Encourageant pour les libéraux : ils semblent toujours avoir la cote auprès des immigrants, des femmes et dominent complètement à Toronto, où est situé environ un siège sur cinq.

–  Encourageant pour le NPD : il semble prendre de l’élan dans le Sud-Ouest, où plusieurs luttes à trois sont à prévoir et où des gains leur sont possibles.

 À noter :

– Le nombre d’indécis reste élevé, à 20 %. (Pourquoi? Ce que j’en pense ici.)

– Les verts et les autres partis marginaux recueillent ensemble 12 % d’appui. C’est plutôt élevé, un peu hors norme. Ça représente sûrement des indécis ou des électeurs qui veulent cacher leur véritable choix.

Il y aura d’autres sondages au cours de la campagne, je ne vais pas tous les commenter. Mais avec 1111 répondants, joints tant au téléphone à la maison qu’au cellulaire, ce dernier Ekos est le plus sérieux jusqu’à maintenant.

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Élections ontariennes : crise d’identité

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 publié le 16 mai 2014 à 10 h 54

Les Ontariens iront aux urnes le 12 juin.

L’économie de l’Ontario est en pleine transformation. C’est aussi vrai pour l’échiquier politique. Au cours des derniers mois, les chefs des principaux partis semblent tous avoir été frappés par une crise identitaire.

Auditionner pour le bon rôle

Prenez par exemple le chef progressiste-conservateur. En 2011, Tim Hudak a perdu l’élection parce que, de son propre aveu, il avait « auditionné pour le poste de chef de l’opposition » en passant trop de temps à critiquer le plan de ses adversaires, et pas assez de temps à présenter son propre plan.

Cette fois-ci, Tim Hudak ne parle que de son plan (ou presque) de créer 1 million d’emploi en huit ans. Il n’a pas peur de dire tout haut qu’il va éliminer 100 000 emplois dans le secteur public, annuler un rabais sur les droits de scolarité, couper dans les services publics, dont l’éducation. C’est la méthode des sirops Buckley : ça a mauvais goût, mais c’est efficace.

« Les gens doivent savoir à quoi s’attendre quand nous serons au pouvoir. Pas d’intentions cachées. Les Ontariens s’attendent à ce que leurs leaders soient francs et honnêtes », dit-il. Cette fois, il auditionne pour le poste de premier ministre.

 De médiatrice à antagoniste

À l’inverse, c’est la première ministre sortante Kathleen Wynne qui, par moment, semble auditionner pour le poste de « critique en chef ». Celle qui s’est pourtant fait élire à la tête du Parti libéral en raison de son côté de bonne médiatrice a décidé de faire campagne, jusqu’à maintenant, en passant à l’offensive. La chef libérale attaque le gouvernement fédéral dans le dossier des régimes de retraite. Elle attaque le PC ontarien pour ses politiques « fractionnistes et rétrogrades ». Elle attaque le NPD pour son « dangereux » manque d’expérience.  Elle a même fait un détour par Walkerton (vous vous souvenez : eau potable contaminée, sept morts, des milliers de malades) pour ramener à la mémoire des Ontariens le symbole de l’ère du gouvernement Harris, l’effet des compressions et de la déréglementation. Prochain arrêt des libéraux, l’Hôpital Montfort?

 De sociale-démocrate à pragmatiste

De son côté, Andrea Horwath, la chef du NPD, semble vouloir prendre un (mini) virage à droite. Parfois, on dirait même qu’elle emprunte des idées au maire de Toronto, Rob Ford. Elle a promis de faire la lutte au gaspillage en créant un ministère de l’Épargne, responsable des compressions gouvernementales. Elle courtise les petites et moyennes entreprises en leur promettant des réductions d’impôts. Elle s’oppose aux projets d’amélioration du transport en commun, si ça veut dire faire payer plus les contribuables. Elle est devenue la grande défenseure du portefeuille des Ontariens contre les hausses d’impôts.

Indécis

Avec 27 jours à faire dans la campagne, environ 30 % des Ontariens ne savent toujours pas pour qui voter. Il y a 20 % d’indécis, et 8 % qui envisagent de ne pas aller voter ou d’annuler leur vote. C’est vrai, la campagne est jeune. Mais c’est aussi vrai que les chefs de parti semblent être en pleine métamorphose idéologique. Si les chefs en sont à revoir leurs propres croyances politiques, c’est aussi normal que l’électeur ne sache pas à quel saint se vouer.

Catégorie: Ontario

De gauche à droite : la chef du NPD Andrea Horwath, la chef libérale Kathleen Wynne
et le chef progressiste-conservateur Tim Hudak

 

La campagne électorale ontarienne se déroule pour le moment sur le thème de l’emploi et du coût de la vie. Il n’y aucun doute que c’est la préoccupation numéro un des Ontariens. Mais ça ne veut pas nécessairement dire que ce sera LA question à laquelle les électeurs vont répondre au moment de mettre une croix sur leur bulletin de vote.

« C’est l’économie, stupide!  » — James Carville

Ce conseil du stratège américain James Carville, donné à la campagne à la présidence de Bill Clinton en 1992, s’applique parfaitement à l’élection ontarienne actuelle.

L’économie de la province tarde à reprendre son rythme d’avant la récession. La croissance économique est anémique. La création d’emplois stagne. La qualité des emplois diminue. Le coût de la vie augmente. Beaucoup d’Ontariens ont l’impression de tirer le diable par la queue.

Les partis politiques misent gros sur ce sentiment. Tous maintiennent qu’ils ont LA solution pour relancer l’économie et donner un répit aux familles. Question de leur donner un peu d’espoir.

Mais c’est rarement l’espoir qui mène les électeurs à aller voter. « C’est l’économie, stupide! » n’était que le deuxième conseil sur la liste de James Carville à Bill Clinton. Le premier, c’était « le changement contre le statu quo ». Changement comme le « Are you better off than 4 years ago » de Ronald Reagan, le « Change that works for you » de Barack Obama. Ou stabilité comme « les deux mains sur le volant » de Jean Charest.

La colère et la peur

Le désir de changement politique est à son plus fort en Ontario depuis 10 ans. Selon les récents sondages, plus de 6 électeurs sur 10 croient que la province est sur la mauvaise voie. Et 7 électeurs sur 10 affirment qu’il est temps de se choisir un autre gouvernement.

Les conservateurs et les néo-démocrates misent donc sur cette colère pour gagner des électeurs. Colère contre les scandales de dépenses inappropriées (ORNGE, cyberSanté, l’annulation des centrales au gaz), colère contre les tentatives de camouflages de l’administration du gouvernement McGuinty, colère en raison des enquêtes criminelles en cours contre les libéraux.

Les libéraux, eux, misent sur la peur. Peur que les compressions et les mises à pied de fonctionnaires promises par le conservateur Tim Hudak ne nuisent aux services de santé, d’éducation, de garderie et à la reprise économique. Peur que l’inexpérience du NPD mène à une nouvelle récession, comme ça a été le cas sous Bob Rae dans les années 1990.

Mobiliser les électeurs

Cette dynamique semble pour le moment favoriser en partie les conservateurs. Voici pourquoi : les électeurs de droite sont les plus susceptibles d’être en colère contre les libéraux, donc plus susceptibles d’aller voter. Et beaucoup de « Red Tories » installés chez les libéraux pourraient se tourner vers Tim Hudak.

Par ailleurs, pour les électeurs plus à gauche, la peur d’un futur gouvernement conservateur est plus forte que la colère envers les libéraux. C’est pour séduire cette tranche de l’électorat que le parti de Kathleen Wynne a déposé un budget très progressiste juste avant le déclenchement des élections. C’est ce qui risque de faire mal aux néo-démocrates d’Andrea Horwath. Elle a forcé le déclenchement des élections en misant notamment sur les scandales. Mais pour ses électeurs traditionnels, l’enjeu ne résonne pas autant qu’elle le souhaiterait.

Les promesses de création d’emplois, ça fait appel au côté rationnel, à l’hémisphère gauche du cerveau. Mais c’est souvent le côté émotionnel, l’hémisphère droit, qui influe non seulement sur le choix des électeurs, mais aussi sur la volonté de se déplacer vers l’isoloir pour que ce choix compte. Un taux de participation élevé serait donc une mauvaise nouvelle pour les libéraux, et une bonne pour le PC et le NPD. Lors de la dernière élection ontarienne en 2011, à peine 49 % des électeurs se sont présentés aux urnes.

L’impondérable : pour le moment, il y a encore un électeur sur trois qui est indécis. Une semaine de campagne derrière nous, 29 jours à faire, c’est loin d’être terminé.

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La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, et son homologue du Québec, Pauline Marois, lors d’une rencontre du Conseil de la fédération à Niagara en 2013

 

Parmi tous ceux et celles qui étudient les leçons à tirer des résultats des élections québécoises de lundi, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, et ses stratèges vont sûrement y porter une attention particulière.

Son gouvernement libéral minoritaire songe en ce moment à prendre l’approche Marois et à déclencher des élections printanières.

Kathleen Wynne, au cours des dernières semaines, semblait avoir le pied bien enfoncé sur l’accélérateur. La défaite cuisante, historique, du PQ devrait forcer la première ministre ontarienne à ralentir un peu et à réfléchir, d’ici au dépôt de son budget dans trois ou quatre semaines.

Similitudes

Comme pour Pauline Marois, c’est tentant pour Kathleen Wynne de se lancer dans une campagne électorale en ce moment. Mme Wynne est première ministre depuis un an (son gouvernement minoritaire survit depuis 30 mois), les sondages lui semblent relativement favorables, sa popularité personnelle est en hausse. Mais comme on l’a vu au cours des cinq dernières semaines au Québec, une campagne, ça compte et ça influe sur l’humeur de l’électorat.

Kathleen Wynne a aussi l’équivalent d’une « commission Charbonneau » suspendu au-dessus de sa tête. Deux enquêtes criminelles liées aux agissements du gouvernement libéral,  dont une qui touche directement le bras droit de son prédécesseur, Dalton McGuinty pour une histoire d’abus de confiance et de courriels compromettants qui auraient été effacés délibérément. Mais bonne nouvelle pour elle, l’accumulation de scandales ne semble pas avoir nui aux libéraux de Philippe Couillard.

 Différences

Le gouvernement libéral est au pouvoir en Ontario depuis 11 ans. Fatigue du pouvoir, ras-le-bol des électeurs, scandales qui s’accumulent, etc. Rien à voir avec les 18 courts mois au pouvoir de Pauline Marois.

De plus, Kathleen Wynne ne semble pas vouloir pousser elle-même le bouton électoral. Elle veut laisser l’opposition poser ce geste. Ça lui permettrait en campagne de dire : « Regardez, nous voulions gouverner, mais l’opposition voulait d’une élection hâtive. » Un loisir que Pauline Marois et le PQ n’ont pas eu, en donnant eux-mêmes le coup d’envoi à la campagne, sans même essayer de s’entendre pour faire adopter leur budget.

Relations Ontario-Québec

Il ne faut pas se le cacher, les dirigeants des provinces canadiennes préfèrent voir un gouvernement fédéraliste en poste à Québec.

Mais l’Ontario n’avait pas trop à se plaindre depuis l’élection du PQ. Évidemment, certains ministres libéraux ontariens déploraient, en privé, le manque de collaboration avec le Québec dans plusieurs dossiers communs d’importance. Mais beaucoup d’autres n’avaient rien à redire et disaient bien travailler avec leurs homologues péquistes, notamment dans le dossier du libre-échange avec l’Union européenne et la lutte contre Ottawa reliée à la subvention canadienne à l’emploi.

La première ministre ontarienne a félicité Philippe Couillard pour sa victoire. Kathleen Wynne va même jusqu’à rêver à une reprise des réunions conjointes des conseils des ministres Ontario-Québec, instituées par les libéraux Dalton McGuinty et Jean Charest.

Kathleen Wynne n’a cependant pas beaucoup de temps pour rêvasser. Son gouvernement minoritaire a un budget à défendre dans trois ou quatre semaines et pourrait bien devoir se payer, sous peu, une tournée de 35 jours aux quatre coins de l’Ontario.

Catégorie: Élections Québec 2014, Ontario

Rob Ford, fou ou génie?

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 publié le 26 février 2014 à 12 h 58

Rob Ford, fou ou génie? Un peu des deux? Le maire de Toronto s’est fait bouder par les maires des grandes villes canadiennes en conférence à Ottawa. (photo archives)


 « La folie, c’est répéter le même comportement et s’attendre à un résultat différent. » – Cliché sur-utilisé, souvent attribué par erreur à Albert Einstein.

Rob Ford est fou. Ou peut-être pas. Selon la définition d’Einstein, un peu des deux. Entre le génie et la folie, la frontière est mince. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas le compter pour battu aux élections municipales d’octobre.

Privé de la plupart de ses pouvoirs de maire par le conseil municipal, il continue de répéter quand même que c’est lui qui règle tous les problèmes à l’hôtel de ville. À en croire Rob Ford, durant la crise du verglas en décembre, les Torontois auraient tous gelé dans le noir pendant des mois s’il n’avait pas été là. De plus, selon lui, les taxes et impôts monteront en flèche, et le gaspillage à l’hôtel de ville sera hors de contrôle s’il n’est pas réélu en octobre.

Privé de son émission de radio hebdomadaire qui lui donnait une vitrine politique et un contact direct avec les électeurs, il se tourne vers YouTube pour continuer sa propagande sans filtre, et lancer des attaques personnelles ciblées contre les conseillers municipaux qu’il déteste.

Privé d’une équipe électorale en bonne et due forme (pour le moment, sa principale ressource est son directeur de campagne, son frère Doug), il refuse les demandes d’entrevues des médias qui couvrent l’hôtel de ville. Il tient plutôt des conférences de presse (souvent diffusées en direct à la télé locale), où il vante ses mérites pendant cinq minutes, puis refuse de répondre aux questions plus pointues des journalistes. Pourtant, il accorde davantage d’entrevues aux médias américains et nationaux.

À preuve, sa présence à la conférence des maires des grandes villes canadiennes à Ottawa cette semaine.

Depuis qu’il a été élu maire, il y a quatre ans, Rob Ford a boudé et même dénigré les rencontres de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). « Un gaspillage de temps et d’argent, depuis quand est-ce que j’assiste à la FCM? », disait le maire en 2012. Cette semaine, il s’est pourtant précipité avec fanfare à la rencontre. Et il s’en sert comme podium pour lancer une promesse électorale : « Je vais me battre contre la décision de Postes Canada d’éliminer la livraison à domicile. Ma mère veut son courrier à la maison, moi aussi. » Il réclame aussi plus d’argent d’Ottawa pour financer ses infrastructures.

À preuve, ses apparitions répétées dans les médias américains.

Rob Ford était un invité régulier à la station de radio sportive Sport Junkies de Washington. Pour y parler football américain (une de ses passions), mais aussi pour répondre à des questions personnelles et politiques. Il a également accordé une entrevue au populaire Today Show de NBC, où il a admis qu’il « continue de boire, mais pas autant qu’avant ». Quand les médias locaux essaient de lui poser les mêmes questions, il quitte les points de presse précipitamment, sans répondre.

Donc, Rob Ford est fou, parce qu’il répète les mêmes comportements. Et il n’est pas fou, parce qu’il les adapte à sa nouvelle réalité. Génie? Peut-être. Ceux qui ont voté pour lui en 2010 le pensent. C’est maintenant à eux de décider, aux élections municipales d’octobre, s’ils veulent ou non remettre le génie dans la bouteille.

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La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, signale à mots couverts son désir d'élections printanières
La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne

Les chances que le gouvernement libéral minoritaire soit défait après un vote sur le budget ce printemps sont aujourd’hui considérablement plus grandes.

Si on compare la politique au patinage artistique (pourquoi pas!), la première ministre Kathleen Wynne n’a pas obtenu une très bonne carte de pointage dans son programme court, les élections partielles de jeudi. Ça s’annonce mal pour le programme long, les générales.

Les conservateurs ont gardé la circonscription de Thornhill, en banlieue de Toronto. Les libéraux ont perdu Niagara Falls, très syndicaliste, au profit du NPD.

Pour se défendre, les libéraux diront que ce ne sont que des partielles, qui ne reflètent en rien l’humeur de la population en général, et que si des élections provinciales avaient lieu bientôt, le résultat serait différent. Tout cela est vrai.

Mais ça n’éclipse en rien l’importance que revêtaient ces partielles, tant pour le gouvernement libéral que pour les conservateurs et les néo-démocrates.

Sinon comment expliquer la multitude d’événements publics de la première ministre, au cours des dernières semaines, dans les circonscriptions en jeu? Les millions de dollars annoncés pour un nouvel hôpital et l’industrie du vin dans le Niagara?

Il est clair que les libéraux comptaient sur la popularité de Kathleen Wynne pour marquer le plus de points possible. L’équipe a envoyé son joueur étoile dans la mêlée et a quand même perdu la partie. Dans la défaite, toute l’équipe est à blâmer, mais les joueurs qui étaient sur la patinoire portent une part accrue de responsabilité. Ça ne donne pas l’image d’une gagnante aux yeux de l’électorat.

J’irais même plus loin. Depuis la dernière élection générale, il y a eu neuf partielles :
LIB : -4 sièges
PC : +0 siège
NPD : +4 sièges *(voir ci-dessous)

Trois constats :

– Les libéraux minoritaires de Kathleen Wynne semblent en perte de vitesse. Leur plan pour créer de l’emploi est mince. Leur idée d’augmenter taxes ou impôts pour financer le transport en commun ne génère pas beaucoup de sympathie auprès du public (et les deux chefs d’opposition sont contre).

– Le PC fait du surplace : la rhétorique antisyndicale du chef Tim Hudak semble nuire à son parti, et sa promesse de créer un million d’emplois en huit ans s’il est élu ne semble pas résonner auprès du public.

– Seul le NPD semble faire des gains. La chef Andrea Horwath mise sur une approche populiste, protectrice du portefeuille des travailleurs. Son discours s’est légèrement modifié pour inclure récemment les « PME créatrices d’emplois ». Mais ses politiques publiques (son grand « master plan ») demeurent floues.

Kathleen Wynne vient de souffler sa première bougie comme première ministre (elle a été assermentée le 11 février 2013). À quel point (prix) veut-elle rester plus longtemps pour asseoir son autorité et se construire un bilan à défendre?

Le PC veut défaire le gouvernement à tout prix depuis deux ans et demi. Mais Tim Hudak est-il encore prêt à faire le grand saut quand son parti semble au neutre? (Réponse : oui)

Le NPD a préféré négocier des amendements aux deux derniers budgets pour « obtenir des améliorations pour les travailleurs ». Andrea Horwath en a-t-elle assez de se faire « voler » ses idées par les libéraux? Assez pour déclencher des élections en votant contre le budget?

Pour ceux qui doutent encore de la possibilité d’une élection provinciale ce printemps…

La chef libérale s’est lancée dans une tournée effrénée de la province la semaine dernière. Quatorze villes en quatre jours. Le genre de rythme qu’on voit durant une campagne. Une tournée organisée et payée par le Parti libéral, et non par le gouvernement. Avec des membres du personnel de la première ministre, qui ont pris congé de leur poste au gouvernement pour travailler pour le Parti libéral durant cette tournée. Le genre d’arrangement logistique qu’on voit aussi en campagne.

Clairement, comme les partielles, cette tournée était aussi une répétition générale pour un scrutin provincial à venir. Ou peut-être juste une façon pour le gouvernement de jouer du muscle pour dissuader l’opposition. On en aura un avant-goût avec la reprise des travaux à Queen’s Park mardi prochain. Et on sera fixé lors du dépôt du budget.

L’audace de son contenu sera un indicateur du niveau d’intérêt des libéraux pour un scrutin printanier.

*9 élections partielles depuis 2011.
Kitchener-Waterloo : PC -1, NPD +1
Vaughan : LIB conserve (0)
Ottawa-Sud : LIB conserve (0)
Etobicoke-Lakeshore : LIB -1, PC +1
Scarborough-Guildwood : LIB conserve (0)
London-Centre : LIB -1, NPD +1
Windsor-Tecumseh : LIB -1, NPD +1
Thornhill : PC conserve (0)
Niagara Falls : LIB -1, NPD +1

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Les dessous politiques de la saga Rob Ford

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 publié le 14 novembre 2013 à 17 h 51

Le maire de Toronto a présenté de nouvelles excuses, jeudi, accompagné de sa femme.
Le maire de Toronto, accompagné de sa femme, a présenté de nouvelles excuses jeudi.

L’hôtel de ville de Toronto est situé à moins de 2 kilomètres de Queen’s Park, le parlement ontarien. Et il semble que ça soit beaucoup trop près pour la première ministre. Kathleen Wynne ne veut pas toucher au dossier Rob Ford avec une perche de 10 pieds.

La première ministre a dit cet après-midi que « le maire et les conseillers municipaux sont démocratiquement élus, et que c’est à eux de régler la situation à l’hôtel de ville ». Message clair aux conseillers municipaux : le grand frère provincial ne va pas s’immiscer dans les affaires de la ville sans y être invité.

Kathleen Wynne ajoute que la province « pourrait » agir.  Si les conseillers municipaux font la « requête pour de nouveaux outils », son gouvernement est prêt à l’étudier, et si elle obtient l’appui des partis d’opposition pour « prendre une décision unanime, si nécessaire ».

Donc, ce n’est pas demain la veille.

D’abord parce que le gouvernement n’a pas nécessairement les outils pour intervenir. Pour destituer un maire, il doit être reconnu coupable et emprisonné. On n’a qu’à regarder du côté de London. Le maire Joe Fontana est accusé de fraude de moins de 5000$. Et même pendant les procédures judiciaires, il continue d’être maire.

La province pourrait invoquer la Loi sur la Cité de Toronto pour prendre le contrôle de la ville, mais seulement si la santé financière de la ville est en jeu, si c’est « nécessaire ou souhaitable dans l’intérêt provincial » (article 25).

La déclaration de Kathleen Wynne aujourd’hui sert surtout à protéger ses arrières politiques.

Si elle intervient, elle devrait faire face à une série de critiques qui l’accuseront d’avoir l’audace de s’attaquer à un maire démocratiquement élu, alors qu’elle n’a pas été choisie comme première ministre par les électeurs ontariens à des élections générales, mais seulement par les délégués libéraux lors d’une course à la direction.

Certains pensent également que Kathleen Wynne veut éviter de se mettre à dos la Ford Nation, la base indéfectible du maire, au moment où l’on semble se diriger vers des élections provinciales le printemps prochain. Je crois de moins en moins à cette analyse. Le noyau qui appuie Rod Ford représente probablement 25 % des électeurs torontois, situés majoritairement dans les quartiers en périphérie de la ville. C’est vrai que les libéraux provinciaux ont besoin des sièges de cette région pour se faire réélire et espérer une majorité. Mais les 25 % des électeurs qu’on considère comme membre de la Ford Nation votent probablement déjà contre les libéraux. Le danger pour Kathleen Wynne de s’aliéner des indécis semble donc plutôt mince.

C’est ce qui complique la situation pour le chef conservateur Tim Hudak. Il veut pouvoir compter sur la base, la machine Ford, dans les élections provinciales, mais sans avoir l’air d’approuver la conduite du maire de Toronto. C’est pour cette raison qu’il ne ferme pas complètement la porte à une candidature provinciale pour le frère du maire, Doug Ford, mais sans pour autant lui tendre une main très accueillante.

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