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La santé, encore et toujours!

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 publié le 22 août 2014 à 12 h 26

« Voici mon défi au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique, au Parti libéral et au Parti vert : les Canadiens vous disent que les soins aux aînés sont d’une importance primordiale pour eux. Ils savent que si nous développons la meilleure stratégie pour les aînés dans le monde, on peut avoir le meilleur système de soins de santé. Ils sont tannés des excuses pour justifier l’incapacité du gouvernement fédéral d’agir dans ce domaine. »

Le défi en question, il vient du Dr Chris Simpson, fraîchement élu président de l’Association médicale du Canada (AMC). Il s’adressait mercredi pour la première fois à ses membres en assemblée annuelle à Ottawa. S’appuyant sur des sondages et des études, le Dr Simpson tente de remettre la santé en tête de l’ordre du jour politique.

En fait, sondage après sondage, la santé trône au sommet des préoccupations des Canadiens, les autres enjeux fluctuant au gré des courants et des événements. Il y est allé d’un constat brutal avant d’en arriver à son défi aux chefs politiques fédéraux. Le Canada est à l’avant-dernier rang d’une récente étude sur la qualité des soins de santé, tout juste devant les États-Unis. La différence entre le Canada et les pays de tête comme la Grande-Bretagne, la Suède ou la Suisse, c’est un engagement ferme du gouvernement central envers le système public de soins de santé, selon le Dr Simpson.

À 13 mois du début, en principe, de la prochaine campagne électorale fédérale, il prend les devants, mais il n’est pas le seul. Quelques heures avant qu’il n’interpelle la classe politique, devant le même auditoire, Thomas Mulcair était sorti des blocs de départ de la course électorale avec un engagement clair au sujet du financement fédéral en santé.

À même les surplus prévus à partir de l’an prochain par les conservateurs, M. Mulcair renverserait la vapeur quant au Transfert canadien en matière de santé (TCS). Et il reviendrait à l’indexation à 6 % du TCS en vigueur depuis 10 ans en vertu de l’accord sur la santé conclu en 2004 par Paul Martin avec les provinces. Résultat, si on se fie à l’estimation des provinces que M. Mulcair reprend à son compte :  36 milliards de dollars de plus dans les coffres des provinces.

Est-ce un engagement réaliste financièrement? M. Mulcair aurait-il les moyens de ses ambitions, compte tenu de la situation budgétaire prévue? Techniquement, on peut certainement penser que oui. En l’état actuel de la fiscalité, des prévisions de croissance modeste et des dépenses gouvernementales, les surplus passeraient de 6,4 milliards de dollars l’an prochain à plus de 10 milliards de dollars quatre ans plus tard. Or, ce n’est que dans trois ans que les provinces cesseraient de bénéficier de l’indexation à 6 % du TCS et commenceraient à ressentir le manque à gagner qui mène à 36 milliards de dollars.

Donc,  les surplus annuels semblent au rendez-vous, si aucune décision politique ou promesse à tenir ne vient modifier les colonnes des revenus et des dépenses d’un éventuel ministre néo-démocrate des Finances. Il faut se rappeler que le NPD a toujours l’intention d’aller chercher des revenus additionnels du côté des impôts des sociétés, mais que ses plateformes électorales contiennent également des engagements coûteux qui nécessitent à la fois des revenus nouveaux et des réaménagements des dépenses.

Si, et seulement si, la santé devient réellement un enjeu électoral, histoire et T.C. Douglas à l’appui, le NPD estime évidemment qu’il est un peu actionnaire majoritaire du concept de système public de soins, et qu’il part avec une longueur d’avance dans les perceptions. Avec cette promesse, M. Mulcair considère peut-être avoir ajouté une autre longueur entre lui et ses adversaires.

Les conservateurs doivent de leur côté vivre avec leur engagement de la dernière campagne et, surtout, avec la formule du TCS qu’ils ont ensuite imposée aux provinces pour les 10 années qui mènent à 2024, donc bien au-delà de l’élection d’octobre 2015. Pour eux, le dossier du TCS est réglé pour longtemps. Leur plateforme 2011 parlait de « renouveler l’accord sur la santé » et de « collaborer avec les provinces et les territoires » pour y arriver. Aucun engagement chiffré ni écrit. Talonnés en cours de campagne, MM. Flaherty et Harper avaient fini par s’étirer le cou en parlant de l’indexation à 6 %, même après l’expiration de l’accord en 2014.

Difficile de dire si on peut encore parler d’« accord » et de « collaboration ». Toujours est-il que les ministres provinciaux ont trouvé sur leurs napperons, entre l’assiette à pain et le menu de ce qui ne devait être qu’un premier lunch de travail là-dessus, l’indexation réduite décidée par leur collègue Flaherty.

En gros, sur 10 ans, jusqu’en 2024, indexation à 6 % sur trois ans, après quoi on la ramène à hauteur de la croissance du PIB nominal, sans descendre sous les 3 % cependant. En fait, à Ottawa, on s’attendait à une hausse tournant autour des 4 % pour la période, 2 % de moins, d’où le 36 milliards de dollars de pertes du côté des provinces, repris par M. Mulcair. Ottawa faisait valoir qu’après des années de hausses de dépenses provinciales frisant les 7 %, on s’acheminait vers des hausses prévisibles d’environ 3 %.

Les libéraux de Justin Trudeau peuvent se targuer, eux, d’avoir adopté la Loi canadienne sur la santé qui met en place les fameux cinq grands principes, universalité, transférabilité, etc. L’accord de 10 ans avec indexation de 6 %, c’était eux aussi… On ne connaît évidemment pas ce que serait un engagement formel libéral en santé en 2015, mais trois résolutions adoptées au congrès de cette année à Montréal font état de quelques intentions.

On y parle à la fois de « négocier un nouvel accord sur la santé » de façon à « assurer à tous les gouvernements la flexibilité administrative voulue ». Rebonjour, fédéralisme asymétrique! Il est aussi mention de « résultats mesurables », de « consultation » entre les gouvernements sur les versements annuels, de « formule de financement équitable et adéquate » adaptée aux besoins et de variations en fonction de « facteurs démographiques ».

Est-ce que la plateforme sera plus précise? Les libéraux réunis à Edmonton laissaient entendre cette semaine qu’ils auraient une plateforme complète et chiffrée rapidement, au cas où… On verra comment cette bonne volonté en santé se traduit arithmétiquement.

Voilà! À quelques semaines de la dernière rentrée d’automne avant la prochaine élection fédérale, on avait beaucoup entendu en prévision du scrutin les expressions « classe moyenne », « consommateurs », « emploi », etc. Est-ce que le thème du financement des soins de santé s’imposera? Surtout, est-ce qu’un parti prendra vraiment sur lui de l’imposer? Du côté de l’opposition évidemment, puisque pour le gouvernement Harper la question est réglée jusqu’en 2024.  On parle bien sûr pour l’instant des fédéraux, attendez que les provinces s’en mêlent!

La santé, faut-il le rappeler, fait l’objet de maints débats, y compris en campagne électorale. Elle fait bonne figure dans les sondages,  mais a-t-elle déjà fait LA différence une fois devant l’urne?

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Jeter les bases de la campagne de 2015, sans pour autant vendre la mèche, tel était le défi à relever pour Justin Trudeau lors de ce congrès.

Près d’un an après avoir pris la tête du Parti libéral du Canada, l’heure était venue pour lui d’aller au-delà de son image de jeune premier porté par son charisme et sa popularité et d’enfin définir quel genre de gouvernement il veut offrir aux Canadiens.

Malgré la pression qui s’intensifie pour qu’il présente enfin des solutions concrètes et précises, Justin Trudeau a préféré offrir une vision plus large. Ses stratèges font le pari qu’il est assez populaire en ce moment, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage. Ça évite ainsi de dilapider leurs munitions électorales et de risquer de voir chacune de leurs politiques attaquées de toutes parts par leurs adversaires.

Mais il y a plus. Si son discours de 3822 mots n’a pas particulièrement innové au chapitre de la vision économique, il révèle surtout comment Justin Trudeau compte incarner ses thèmes du changement et de l’espoir pour leur donner une cohérence qui va au-delà des slogans politiques.

 « Mes amis, les Canadiens ne s’attendent pas à ce que le gouvernement fasse des miracles. Ils savent qu’il ne peut pas régler tous les problèmes. » — Justin Trudeau

Intervenir dans l’économie pour stimuler la croissance, créer de la richesse, mais pas trop. Justin Trudeau reste bien au centre de l’échiquier politique. Il prône ainsi un rôle plus interventionniste pour l’État tout en voulant laisser l’impression qu’il compte gérer les finances publiques avec prudence.

Freiner le déclin de la classe moyenne, aider les jeunes à entrer sur le marché du travail, sortir les démunis de la pauvreté, mais aussi investir dans les infrastructures et prôner la recherche de nouveaux marchés pour les ressources naturelles, tout en promettant de mieux protéger l’environnement. Encore là, le chef libéral reste bien au centre. De quoi rappeler la bonne vieille grande tente rouge libérale. Il y en a pour les électeurs de centre gauche et pour les électeurs de centre droit.

N’empêche, il semble clair que pour la grande idée novatrice qui permettra vraiment de résoudre les problèmes de cette classe moyenne, il faudra attendre 2015.

 « Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, et ils ne devraient pas essayer de le faire. Mais ce qu’il fait, il doit le faire bien. » — Justin Trudeau

Il y avait aussi dans le discours de Justin Trudeau une forme de mise en garde devant des délégués qui, à la lumière des résolutions qu’ils ont adoptées, voudraient voir un futur gouvernement libéral intervenir sur tous les fronts : transports, énergie, santé mentale, lutte contre l’obésité, garde d’enfants, logement abordable… On ne compte plus le nombre de résolutions pour la mise en œuvre de stratégies nationales. Et c’est sans tenir compte de leur désir de renouveler le financement de la santé au pays, de mettre en œuvre un plan pour porter les investissements en infrastructures à 1 % du PIB, de financer un programme national de garderies, et j’en passe.

Bien malin celui qui pourra expliquer comment financer tous ces projets sans hausser les taxes et les impôts et sans mettre en péril l’éventuel équilibre budgétaire.

   « La colère peut être une bonne stratégie politique, mais elle est symptomatique d’un gouvernement pitoyable. » — Justin Trudeau

Le message n’est pas nouveau de la part de Justin Trudeau. Il joue la carte du renouveau et du positivisme rassembleur depuis son entrée en politique.

Mais voilà qu’il tente d’aller au-delà du « Justin est sympathique », pour plaider qu’en étant sympathique et positif, Justin saura faire les bons choix pour les Canadiens.

C’est ainsi qu’il accuse Stephen Harper d’avoir trahi les idéaux qui le guidaient à ses débuts en politique pour sauvegarder sa majorité. Ici, on courtise habilement les électeurs conservateurs. Justin Trudeau leur rappelle qu’ils ne sont pas comme leur chef, qu’ils ne sont pas « une foule en colère qu’il faut craindre », mais bien « nos voisins » confrontés aux mêmes problèmes et défis que les autres Canadiens.

La stratégie du chef libéral ici dépasse le fait de simplement tenter de miner la crédibilité de ses adversaires. Justin Trudeau plaide que c’est justement parce que ses adversaires exploitent la colère des gens à des fins partisanes qu’ils font les mauvais choix pour le pays. Par le fait même, il tente de convaincre les électeurs que c’est grâce à sa candeur qu’il aura l’ouverture d’esprit de faire les bons choix et d’offrir des solutions concrètes.

Il cite en exemple sa décision d’expulser les sénateurs libéraux du caucus et de se présenter comme le seul chef fédéral ayant eu l’audace d’agir pour forcer des changements au Sénat et lui redonner un minimum d’indépendance. Il sera intéressant de voir si Justin Trudeau, qui plaide pour le renouveau démocratique, suivra les militants et les députés libéraux qui veulent s’attaquer à la réforme du mode de scrutin.

Trouver des solutions, être rassembleur, toujours au-dessus des basses considérations partisanes, c’est ainsi que les libéraux vont vendre leurs choix politiques. On s’entend que la barre est haute!

 « Nous avons un long chemin devant nous, et nous aurons moins de moyens que les autres partis pour y arriver. » — Katie Telford, coprésidente de la campagne nationale du PLC

Malgré tout l’enthousiasme des délégués, le congrès aura révélé tout le travail qui attend les libéraux d’ici 2015.

S’ils ont fait des pas de géant au chapitre du financement, les libéraux n’ont pas fini de combler l’écart avec les conservateurs. Il leur faut aussi bâtir non seulement une armée de bénévoles sur laquelle compter en période électorale, mais aussi les bases de données précises et presque scientifiques sur les électeurs dont dépendent les machines électorales aujourd’hui.

Finalement, côté équipe, on remarque que le parti a réussi à mettre en valeur une brochette de candidats vedettes potentiels, qui ont chacun prononcé des discours clés. Côté Québec, tout au plus a-t-on invité Mélanie Joly à participer à un panel sur le Québec en 2017.

Surprenant pour un congrès libéral, organisé à Montréal, alors que Justin Trudeau veut justement reconquérir le Québec en plaidant qu’il leur offre « l’action plutôt que l’opposition ».

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10 questions pour Justin Trudeau

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 publié le 23 février 2014 à 13 h 19

Il est venu écouter la troisième période de la partie de hockey pour voir les Canadiens remporter la médaille d’or.

Il était parmi les délégués du congrès pour les débats sur la constitution de son parti qui doivent couronner ses efforts de rompre tous les liens entre le Parti libéral et ses sénateurs.

Mais Justin Trudeau a refusé de tenir le traditionnel point de presse auquel se prêtent les chefs de parti au terme de leur congrès. En esquivant les journalistes, il évite surtout d’avoir à répondre aux questions qui découlent de son discours de samedi et de l’ensemble du congrès.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède, durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février
Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février.

La liste est longue, voici les 10 premières :

1- Justin Trudeau veut travailler avec les provinces pour bonifier le financement de l’éducation postsecondaire au pays. Comment va-t-il financer cette bonification des transferts?

2- S’il promet de ne pas hausser les taxes et impôts des familles de la classe moyenne, ouvre-t-il la porte à revoir les taxes et impôts des mieux nantis?

3- Que compte-t-il faire avec les impôts des entreprises?

4- Aide aux familles, stratégie d’emploi pour les jeunes, logement abordable, nouveaux capitaux pour financer les infrastructures, revenu minimum garanti : comment compte-t-il financer ces initiatives?

5- Afin de dégager la marge de manœuvre dont il aura besoin pour mettre en œuvre ses futures promesses électorales, un gouvernement libéral serait-il prêt à annuler les baisses d’impôt que Stephen Harper va offrir aux Canadiens en 2015?

6- Est-il prêt à retomber en déficit?

7- Ses délégués se sont prononcés en faveur de la décriminalisation de l’aide médicale à mourir : à quelle enseigne loge-t-il dans ce débat?

8- Justin Trudeau veut réconcilier développement des ressources naturelles et développement durable : quelle approche préconise-t-il pour y arriver?

9- Justin Trudeau nous a parlé de Nathalie, mère de famille qui s’inquiète pour sa retraite : quelle solution a-t-il à lui offrir?

10- Son parti a mis en valeur une brochette d’éminents Canadiens qui vont ou songent à se présenter à ses côtés en 2015. Comment se fait-il qu’aucun futur candidat-vedette du Québec ne fût sur la liste dans un congrès à Montréal?

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L'homme l'affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

L’homme l’affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

Il a sa carte de membre du parti libéral depuis deux mois à peine. Mais derrière lui, Bill Morneau a une carrière prospère dans le secteur privé. Sa compagnie Morneau Shepell élabore et livre à des compagnies du secteur privé des programmes d’avantages sociaux et de compensation pour leurs employés.

Il a été président de l’hôpital St. Michael’s à Toronto et de Covenant House, un centre de crise pour jeunes sans-abri. Son épouse, Nancy McCain, est de la célèbre et riche famille McCain du Nouveau-Brunswick. Le couple représente l’élite de Toronto, engagé dans les arts, les organismes de charité et maintenant la politique.

Bill Morneau n’a pas encore décidé s’il allait être candidat, dit-il, encore moins dans quelle circonscription. Toronto Centre, une des deux Don Valley : qui sait? Justin Trudeau a dit qu’il n’y aurait pas de parachutage de candidat nulle part, qu’il voulait des assemblées d’investiture dans toutes les circonscriptions. Mais en même temps, il doit y en avoir plus d’un dans le parti qui font des neuvaines pour que cet homme soit choisi comme candidat.

Aurais-je oublié de dire qu’il préside le conseil d’administration de l’institut CD Howe, un important groupe de réflexion économique. Certains libéraux disent déjà qu’il pourrait être le ministre des Finances dans un gouvernement Trudeau.

C’est la première fois de sa vie, il le jure, qu’il songe à faire de la politique. Parce qu’il n’aime pas ce qu’il voit, qu’il sent une grande anxiété chez les Canadiens. Comment remédie-t-on à ça et, surtout, où trouve-t-on l’argent pour le faire? Bill Morneau ne répond pas (serait-il déjà politicien dans l’âme?). Il faut d’abord identifier les priorités et se concentrer sur elles.

Justin Trudeau fait-il une erreur en soumettant tous les candidats potentiels, y compris ces candidats vedettes, au ballottage des assemblées d’investiture? Vraisemblablement, malgré le fait que le chef voudrait bien tous les avoir à ses côtés – l’expertise d’une équipe sera d’une grande importance pour les libéraux aux prochaines élections -, il y a des risques que certains ne passent pas la rampe.

Dans Winnipeg Sud-Centre, Jim Carr, ancien président de l’équivalent du Conseil du patronat du Manitoba, n’est pas le seul à vouloir se présenter. Karen Taraska-Alcock, ancienne directrice de campagne de Justin Trudeau dans la province et veuve de l’ancien député Reg Alcock, voudrait aussi la nomination. Il devra se passer de l’un des deux.

Il devra aussi probablement faire son deuil de plusieurs candidatures féminines. Depuis Jean Chrétien, le parti réservait un tiers des circonscriptions à des femmes, quitte à les parachuter, les courses d’investiture étant plus dures pour les femmes qui ont moins de temps et de réseaux que les hommes.

Depuis 2011, les femmes représentent 25 % des députés de la Chambre des communes, soit 77 députés, dont la moitié sont élues pour la première fois. Il s’agit la plus grande proportion de femmes jamais élues au Canada.

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S’il faut déterminer la recette miracle que tente de développer l’équipe Trudeau, la première heure et demie du congrès libéral de Montréal offre une fenêtre inédite sur le pari et sur le défi qui attendent le chef libéral d’ici 2015.

Comment passer dans la même heure de Larry Summers à Sophie Trudeau? Comment passer dans la même heure d’un débat d’initiés sur la « stagnation séculaire » qui pèse sur l’économie canadienne à la plus « people » des manœuvres politiques d’un chef qui « skype » en direct du congrès avec sa femme enceinte et ses deux jeunes enfants? C’est presque la quadrature du cercle en politique. Pourtant, c’est bien ce qu’ont tenté de faire Justin Trudeau et son parti lors de la soirée d’ouverture de leur congrès à Montréal jeudi soir.

Certes, le chef libéral a lancé une attaque en règle contre Pauline Marois et Stephen Harper, les accusant tous les deux de pratiquer une politique de division, d’alimenter chacun à leur façon la peur, l’incertitude et l’intolérance à des fins partisanes. C’est de bonne guerre pour un chef qui cherche à rallier tant le vote antisouverainiste et anticharte au Québec que le vote anti-Harper ailleurs au pays.

« Quand il n’y a plus de progrès, la peur s’installe. Et cette peur ne peut être battue que par l’espoir. » — Justin Trudeau

Il ne faut pas se leurrer, Justin Trudeau joue à fond la caisse la carte du charisme, de la jeune famille parfaite. Pour quelle autre raison aurait-il pris la peine de tenir une séance de Skype en direct avec sa femme sur le point d’accoucher et ses deux enfants en pyjama, en train de faire les adorables folies que seuls les enfants de leur âge savent faire, dans leur monde et leur vie à mille lieues des réalités politiques de leur papa?

Mais tout le monde comprend bien qu’à lui seul, face à la dure réalité de la vie politique et des attaques partisanes, le charme du jeune premier et de sa famille n’ouvre pas les portes du pouvoir et du 24 Sussex.

C’est là qu’entre en scène Larry Summers, l’ex-économiste en chef de la Banque mondiale (1991-1993), ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton (1999-2001), ex-président de l’Université Harvard (2001-2006) et ex-conseiller économique de Barack Obama (2009-2010). Il est un de ces économistes qui réussissent à faire la boucle entre l’inégalité des revenus, le sort de la classe moyenne, la vigueur de l’économie globale et l’aliénation de tant de citoyens devant la chose politique.

Cet ancien apôtre de la déréglementation, qui s’inquiète aujourd’hui de la stagnation des revenus de la classe moyenne, a lancé le congrès libéral et jeté les bases du débat économique tel que veulent l’imposer les libéraux de Justin Trudeau d’ici 2015.

Bémol sur la réduction de la taille de l’État à tout prix, nécessité d’investir dans les infrastructures et l’éducation, mise à profit de l’effet de levier des dépenses publiques pour générer une croissance économique saine et ainsi rehausser le niveau de vie des ménages… Tout est là, dans le discours de Larry Summers. Et Justin Trudeau s’apprête à placer ces idées au cœur de sa vision économique pour le Canada.

En obtenant ainsi la caution morale d’un des grands gourous de l’économie mondiale, le chef libéral, à qui on reproche souvent de manquer de substance, espère recevoir la caution morale qui lui manquait pour légitimer les fondements de sa vision économique.

Larry Summers est certes le plus prestigieux des conférenciers recrutés pour ce congrès libéral, mais la liste des invités ratisse large et vise haut. Tout pour illustrer le talent et l’expertise que le chef libéral est capable de recruter, alors qu’il tente de renouveler son parti en vue des élections de 2015.

Mais pour tout le discours officiel sur la substance, la vision qu’il sera capable de développer, Justin Trudeau a aussi fait la preuve jeudi soir qu’il a bien l’intention de jouer la carte « people » jusqu’au bout, Sophie et les enfants en pyjama en prime.

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Le jeu des prédictions est toujours périlleux en politique, car les débats et les jeux de coulisses finissent toujours par nous surprendre. C’est donc avec beaucoup d’humilité que je vous offre ici une liste des enjeux à surveiller.

Un blogue d’Emmanuelle Latraverse

Si l’année 2013 peut être décrite comme l’année de la mi-mandat, celle de 2014 servira à vraiment camper les forces en présence en vue des prochaines élections fédérales. La mi-mandat a eu le don d’ébranler les conventions, mais c’est au cours de la prochaine année que les tendances qui se sont dessinées jusqu’ici vont se cristalliser ou s’évanouir.

Pour la première fois, le gouvernement conservateur est profondément secoué et cherche comment tirer un trait sur le scandale et reprendre l’offensive. Le Parti libéral et son chef frappent l’imaginaire de l’électorat. Le NPD, en ayant consolidé ses acquis, cherche comment concrétiser les gains auxquels il aspire.

La fortune de chacun des partis dépend bien sûr de la performance de leurs chefs, mais aussi de leurs prises de position devant certains enjeux qui s’imposent dans le débat politique.

LES ENJEUX EN 2014

- Le scandale du Sénat

Sénat, Sénat, Sénat! Vous n’y échapperez pas, car plusieurs développements sur ce front sont à surveiller au cours de la prochaine année.

Mike Duffy (archives)
Mike Duffy (archives)

Bien sûr, tous les regards continueront d’être tournés vers la GRC et ses découvertes imprévisibles. On imagine l’inquiétude des stratèges au Bureau du premier ministre à la perspective de voir un nouveau détail de cette histoire faire les manchettes par le biais d’une autre vague de documents d’enquêtes déposés devant les tribunaux et ainsi rendus publics. Un véritable supplice de la goutte pour les conservateurs. Mais surtout, c’est au cours de la prochaine année qu’on devrait savoir si des accusations criminelles sont bel et bien portées contre les principaux acteurs, l’ex-chef de cabinet de Stephen Harper Nigel Wright et le sénateur Mike Duffy, mais aussi la sénatrice Pamela Wallin et le sénateur Patrick Brazeau. Et là, les répercussions politiques pourraient être infinies.

Mais l’enjeu du Sénat va aussi largement dépasser le cadre de l’enquête de la GRC.

En 2014, on attend le rapport du vérificateur général du Canada sur les dépenses de TOUS les sénateurs. Michael Ferguson et ses vérificateurs bénéficient d’un accès sans précédent aux livres de la Chambre haute, et personne n’y échappe. Certains sénateurs se sont même vu demander l’accès à leurs cartes de crédit personnelles dans le cadre de cette enquête pour vérifier si chaque sou des deniers publics a été bien dépensé. Un premier rapport sur le leadership et les membres du Comité de régie interne est attendu et sera suivi d’un rapport plus large sur l’ensemble des dépenses des sénateurs au cours des deux dernières années.

Après la police et les comptables, il y aura aussi les tribunaux.

Le débat sur le Sénat prendra inévitablement une tournure constitutionnelle au cours de la prochaine année, alors que la Cour suprême devrait rendre sa décision sur les mécanismes à mettre en oeuvre pour réformer la Chambre haute, plus spécifiquement permettre l’élection des sénateurs et limiter la durée de leurs mandats. Stephen Harper rêve de voir le plus haut tribunal du pays reconnaître au Parlement le droit de légiférer unilatéralement ces réformes, lui qui a déjà indiqué qu’il n’a pas l’intention de présider une grande messe constitutionnelle avec ses homologues provinciaux sur la question.

- Les pipelines et l’avenir énergétique

Après les baisses d’impôts, on pourrait dire que les pipelines sont l’autre grande priorité du gouvernement conservateur.

Les ressources énergétiques canadiennes sont le moteur de l’économie, mais encore faut-il leur trouver des débouchés. Or, devant un marché américain qui se dirige vers l’autosuffisance, le Canada est engagé dans une véritable course contre la montre pour trouver de nouveaux débouchés, tout particulièrement se donner les moyens de percer l’immense marché de l’Asie. Et compte tenu des délais importants avant que ces investissements se concrétisent et rapportent, le facteur temps est clé. Le Canada ne peut se permettre de rater cette fenêtre.

Mais pour y arriver, il faut des pipelines vers le Pacifique, d’où l’importance du débat entourant le projet Northern Gateway, sur lequel le gouvernement Harper devra se prononcer formellement d’ici six mois.

Mais le débat dépasse le Northern Gateway. Une foule d’autres projets sont dans les cartons, et ils soulèvent des discussions tous aussi déchirantes.

Et c’est sans compter le débat entourant les projets vers l’est du pays, comme le projet Energy East, de TransCanada, qui mènerait le pétrole de l’Alberta jusqu’aux raffineries du Nouveau-Brunswick, ou encore le renversement de la conduite 9B d’Enbridge entre Sarnia et Montréal, qui suscite un vif débat à la suite des dégâts monumentaux causés par la fuite d’un oléoduc semblable au Michigan en 2010. L’Office national de l’énergie doit d’ailleurs rendre sa décision sur le sort de ce projet au plus tard le 19 mars 2014.

Devant tous ces projets, le dilemme est le même : comment réconcilier les impératifs de la croissance économique avec ceux de la protection de l’environnement? C’est là un débat maintes fois amorcé au pays, mais qui impose une réflexion profonde.

Les conservateurs sont les premiers à savoir que leur pari est loin d’être gagné justement parce qu’ils font face à un électorat bien sceptique. Près de huit ans après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Harper récolte finalement ce qu’il sème en matière d’environnement; son propre bilan peu reluisant vient de le rattraper.

- L’affrontement syndicats-gouvernement

Les relations de travail, c’est là l’enjeu oublié de 2013, et tout indique qu’il sera incontournable en 2014 alors que le Conseil du trésor entreprend une nouvelle ronde de négociations avec le secteur public.

Le gouvernement Harper affirme vouloir moderniser les relations de travail; les syndicats y voient un assaut majeur contre les droits des travailleurs.

Déjà dans son projet de loi omnibus de mise en œuvre du budget, le gouvernement Harper a imposé une foule de réformes lourdes de conséquences pour la fonction publique. À peine le C-4 avait-il été adopté que les syndicats de la fonction publique formaient un front commun pour en contester la constitutionnalité.

En vertu des réformes adoptées, le Conseil du trésor pourra décider unilatéralement ce qui constitue un service essentiel, le fédéral pourra décider seul de soumettre une nouvelle convention collective à l’arbitrage, et la ministre du Travail pourra refuser de désigner une tâche comme étant dangereuse, moyennant des sanctions contre tout travailleur qui s’y opposerait.

Et ça ne s’arrête pas là; d’emblée, le président du Conseil du trésor a indiqué que les pensions et avantages sociaux de la fonction publique seront dans sa mire lors des négociations à venir.

Tout est en place pour un affrontement entre Ottawa et ses syndicats, qui, confrontés à l’érosion de leur rapport de force se sentent cette fois-ci l’obligation de résister.

LES CHEFS EN 2014

- Stephen Harper

L’année 2014 sera cruciale pour Stephen Harper. Sa crédibilité est ébranlée, entachée par le scandale du Sénat, par ses versions contradictoires et ses demi-réponses depuis des semaines. Le premier ministre devra à tout prix trouver une façon de mettre ce scandale derrière lui, et, surtout, se donner les moyens d’affronter ses conséquences, les potentielles mises en accusation de certains acteurs-clés.

Stephen Harper

Certains pourraient rêver d’un grand moment de vérité et de candeur, où Stephen Harper mettrait cartes sur table. Mais non seulement ce n’est pas dans sa nature, il a de plus attendu si longtemps que les risques pourraient paraître politiquement trop importants. Après tout, les questions sont si nombreuses. D’ailleurs les entrevues de fin d’année qu’il a accordées ne laissaient pas présager de grands aveux à venir. Tout au plus le premier ministre a-t-il concédé que des changements se sont imposés dans l’organisation de son bureau et dans les mécanismes d’imputabilité qui y règnent, sans pour autant donner de détails.

De plus, le retour d’un de ses plus loyaux serviteurs, Dimitri Soudas, au cœur de la machine conservatrice, laisse plutôt présager que le premier ministre s’entoure de sa machine de guerre pour affronter la tempête envers et contre tous.

Mais pour combien de temps? Le premier ministre a beau répéter qu’il a l’intention de mener ses troupes jusqu’en 2015 (le contraire aurait été surprenant), la question de son avenir politique continuera de planer. Comme on dit, le chat est sorti du sac, la question est posée.

À ce chapitre, les relations de Stephen Harper avec son caucus seront déterminantes. Depuis plus d’un an déjà, certaines failles sont apparues. Il y a eu les sorties remarquées de certains députés contre la discipline de parti, le départ fracassant du député d’arrière-ban Brent Rathgeber. Il y a déjà les murmures de mécontentement qui s’amplifient en coulisse. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que les frustrations éclatent au grand jour. Stephen Harper est confronté aux conséquences de son style de gestion. Lui qui a mené son caucus d’une main de fer n’a pas toujours cultivé l’affection de ses députés. Leur loyauté émanait davantage de son succès politique, et de l’espoir de se voir un jour promu au Conseil des ministres. Une crise prolongée et la crainte d’une élection difficile pourraient facilement ébranler cette loyauté.

- Thomas Mulcair

On parle souvent de la mi-mandat du gouvernement, mais le chef du NPD aussi est en quelque sorte à la mi-mandat.

Depuis qu’il a pris la tête du parti, Thomas Mulcair peut se réjouir d’avoir consolidé une bonne partie de ses appuis. À cet égard, il faut se rappeler à quel point, au lendemain de son élection, plusieurs remettaient en question sa capacité à faire l’unité au sein du NPD. Un an et demi plus tard, il peut se dire que c’est chose faite.

Si le scandale du Sénat a offert à Thomas Mulcair l’occasion de démontrer qu’il est devenu un excellent chef d’opposition à Ottawa, encore faut-il qu’il convainque les Canadiens qu’il est prêt à devenir premier ministre et que son parti est prêt à gouverner.

La route vers 2015 n’allait jamais être facile pour le NPD, mais l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral vient sérieusement brouiller les cartes. Amplement sous-estimé par ses adversaires, en quelques mois, il a réussi à gruger des appuis tant à droite qu’à gauche, et à détrôner le NPD en tête des intentions de vote au Québec. À en juger par la dernière campagne de financement des conservateurs : leur adversaire en 2015 est Justin Trudeau, pas Thomas Mulcair.

Le défi est immense pour le chef du NPD, car il doit se battre tant au niveau des idées que des perceptions. Thomas Mulcair doit rallier les électeurs charmés par le charisme de Justin Trudeau et convaincre ceux qui sont rassurés par la détermination et l’approche rationnelle de Stephen Harper. Thomas Mulcair doit éviter de se trouver coincé entre les deux, il doit donner à son parti les moyens de contrer le chant des sirènes dont je vous parlais dans mon blogue la semaine dernière.

- Justin Trudeau

Neuf mois après son élection à la tête du Parti, Justin Trudeau continue de mystifier les sceptiques. Son parti mène toujours dans les intentions de vote, récolte davantage d’argent, et ce, malgré les aveux du chef libéral sur la marijuana, malgré ses absences répétées aux Communes, malgré ses dérapages sur la dictature chinoise.

Combien de temps est-ce que ça va durer? Bien malin celui qui peut le prédire. Cette lune de miel est-elle au bord de l’essoufflement, ou le chef libéral peut-il continuer à surfer sur son charisme?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d'une soirée-bénéfice
Justin Trudeau, chef du Parti libéral, lors d’une soirée-bénéfice

L’année 2014 devrait offrir une réponse à cette question. Justin Trudeau devra bien un jour passer de son rôle de jeune premier à premier ministre en attente s’il veut espérer convaincre les Canadiens de lui donner les clefs du 24 Sussex.

D’ailleurs, le congrès du PLC à la fin du mois de février offrira une occasion en or pour le chef libéral de montrer qu’il a des idées novatrices et modernes, qu’il est capable d’offrir des réponses aux problèmes complexes de cette classe moyenne si courtisée de tous. Justin Trudeau a beau répéter qu’il doit avant tout aller à la rencontre des Canadiens, pour les rassembler, il devra donner une certaine cohérence à son offre politique.

La barre est d’autant plus haute pour lui, qu’ayant résisté aux premières attaques des conservateurs, ayant réussi à s’imposer, ayant grugé dans les appuis de la droite et de la gauche, Justin Trudeau sera la cible de tous cette année. Son jugement, ses idées, son sens politique seront mis à l’épreuve.

Comme le disait si bien mon collègue Michel C. Auger lors de notre bilan de fin d’année aux Coulisses du pouvoir, 2014 sera l’année de tous les dangers pour Justin Trudeau.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Thomas Mulcair et le chant des sirènes

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 publié le 19 décembre 2013 à 7 h 50

Certains diraient que l’année 2013 aura été celle de Thomas Mulcair. Les Canadiens ont certainement découvert en lui un parlementaire redoutable, efficace, un chef d’opposition qui a su mener la charge contre la crédibilité du premier ministre. Pourtant, le NPD sera confronté à un dilemme pour entreprendre l’année 2014 : comment la performance de leur chef peut-elle être si applaudie sans que son parti ne voie ses appuis augmenter auprès de l’électorat?

Une analyse d’Emmanuelle Latraverse

Le constat est universel d’un océan à l’autre. Même au Québec où Thomas Mulcair est le chef fédéraliste le plus apprécié des Québécois, son parti est deuxième dans les intentions de vote, loin encore de son sommet de mai 2011. On observe une dynamique semblable ailleurs au pays. Le NPD ne franchit pas la barre des 30% d’appuis.

Le principal intéressé tente de voir le beau côté des choses :

« Ce qui était notre plafond d’appui est maintenant notre plancher, dit-il. Preuve que notre base se solidifie. »

Malgré cet optimisme, le chef néo-démocrate ne peut ignorer ce qu’il décrit lui-même comme le « chant des sirènes libérales ».

Thomas Mulcair admet non seulement que les Canadiens sont séduits par Justin Trudeau, mais que le NPD doit se battre contre le réflexe de l’électorat de se tourner vers le Parti libéral du Canada comme alternative au gouvernement conservateur.

Plus de deux ans après avoir pris la tête du NPD, Thomas Mulcair n’a finalement pas entièrement résolu le problème existentiel du NPD : se défaire de son image d’opposition exemplaire et convaincre les Canadiens qu’il est apte à gouverner. Et la dernière année n’a pas nécessairement contribué à changer cette perception. En posant 786 questions sur le Sénat et en menant la charge contre la crédibilité du premier ministre Harper, le NPD n’a-t-il pas contribué à ébranler les assises du gouvernement conservateur, tout en laissant Justin Trudeau en récolter les fruits et conserver son image de jeune politicien qui ose « faire la politique autrement »? Thomas Mulcair, lui, rejette cette analyse et plaide que les allégations qui planent sur le bureau du premier ministre sont graves et méritent toute l’attention que son parti leur a donnée.

N’empêche, pour faire bouger l’aiguille de l’opinion publique et convaincre les Canadiens que le NPD est apte à prendre les rênes de l’État, il reste bien du travail à abattre au cours des deux prochaines années. Pour y arriver, Thomas Mulcair se donne comme mission d’offrir aux Canadiens une vision positive de ce que le gouvernement peut accomplir dans la société, de les convaincre qu’il peut offrir des solutions concrètes à des problèmes complexes, que ce soit à propos des pensions, des droits des consommateurs et, surtout, sur le dossier de l’énergie.

C’est un des grands enjeux auxquels est confronté le Canada. Comment réconcilier énergie, environnement et emplois. Tel qu’il l’a exposé dans un récent discours à l’Economic Club, Thomas Mulcair croit pouvoir forcer une discussion portant à la fois sur le potentiel économique et sur l’impact environnemental des nombreux projets de pipelines au pays, essentiels à une diversification des marchés pour le pétrole canadien. Le NPD croit y trouver un thème où il pourra se distinguer et rallier les sceptiques tant du côté environnemental que dans le monde des affaires. Il entend faire valoir que le piètre bilan environnemental du gouvernement Harper l’empêche de bâtir un lien de confiance et d’amorcer une discussion constructive avec l’électorat canadien.

Mais attention, sur ce front, le NPD trace une ligne dans le sable. Peu importe la décision du Conseil national de l’énergie, attendu cet après-midi sur le Northern Gateway, qui acheminerait le brut des sables bitumineux vers Kitimat, sur la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique, le NPD s’y opposera farouchement.

« Permettre à des super-pétroliers de naviguer dans le chenal de Douglas, c’est de la folie », affirme Thomas Mulcair.

Le chef néo-démocrate doit donc se battre sur deux fronts : contre la crédibilité et l’assurance de Stephen Harper et contre la popularité et le charisme de Justin Trudeau. Il n’est pas surprenant d’ailleurs qu’on l’entende de plus en plus souvent attaquer le bilan des gouvernements libéraux passés, leurs promesses brisées, tout pour jeter une ombre sur la popularité du jeune chef libéral, qui n’a pas de bilan de son propre cru à offrir.

Est-ce que ce sera suffisant pour contrer le chant des sirènes libérales? L’année 2014 et surtout la performance de Justin Trudeau au cours des prochains mois offriront la réponse. J’y reviendrai d’ailleurs dans une chronique prochaine sur les enjeux à surveiller au cours de la prochaine année.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Quelques leçons des partielles de lundi

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 publié le 26 novembre 2013 à 5 h 28

Les élections partielles ont ceci de particulier que parfois elles permettent d’établir une tendance. Mais en même temps, il faut s’en méfier pour une foule de raisons. Elles sont souvent décidées par des enjeux locaux, les partis ont le luxe d’investir de manière disproportionnée leurs efforts dans la ou les quelques courses qu’ils espèrent gagner. Et le taux de participation est généralement particulièrement bas.

Un texte d’Emmanuelle Latraverse

Les quatre partielles de lundi n’échappent pas à cette mise en garde, mais elles permettent cependant de tirer certaines leçons. Pour les mordus de politiques, le plus intéressant c’est que si le portrait général n’a pas changé. Si aucune circonscription n’a changé de main, la vraie histoire de cette soirée se trouve dans l’analyse détaillée des résultats, le mouvement de l’électorat qu’il révèle.

D’ailleurs, Paul Fairie, professeur de sciences politiques de l’Université de Calgary, offre un bilan qui en dit long.

partielles pourcentages

Un gagnant?

S’il faut déclarer un gagnant, ce serait Justin Trudeau. Non pas tant pour ses deux victoires dans Bourassa et Toronto-Centre, mais surtout pour le reste du portrait global que l’on peut dresser des quatre courses. Le chef libéral est le seul à avoir vu ses appuis augmenter de façon importante dans les quatre circonscriptions. Le Parti libéral a ainsi remporté au total 42 % de l’ensemble des votes lundi soir, par rapport à 25,5 % dans les mêmes circonscriptions en 2011. C’est ainsi que dans Bourassa et Toronto-Centre, le PLC a réussi à augmenter sa marge de victoire par rapport aux résultats de 2011. Surtout, la défaite a beau être crève-cœur dans Brandon-Souris, le seul fait d’avoir réussi à s’imposer dans une circonscription où il était arrivé quatrième en 2011 est remarquable.

Dures leçons pour le NPD

Les stratèges néo-démocrates avaient bien modéré les attentes à la veille du vote, et indiqué qu’une victoire serait très difficile. Mais les résultats de lundi sont plus décevants qu’une simple défaite. Dans Bourassa, le NPD avait en Stéphane Moraille une candidate de qualité, avocate, ancienne chanteuse de Bran Van 3000, et elle aurait dû faire des gains majeurs dans cette circonscription, au moins mettre de la pression sur le libéral Emmanuel Dubourg. Or, avec 31,4 % des voix, elle n’a guère fait mieux que l’illustre inconnue que les troupes de Jack Layton avaient opposée à Denis Coderre en 2011.

Le NPD vous dira que leur candidate Linda McQuaig a « préparé le terrain » pour 2015 dans la circonscription de Toronto-Centre en menant une chaude lutte à la libérale Chrystia Freeland. Vrai, le NPD a fait passer ses appuis de 30,2 à 36 % des voix. Sauf que l’avance des libéraux s’est creusée, et ils ont gagné avec 49,1 % des votes. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette circonscription, qui connaît un important clivage socioéconomique, c’est l’effondrement du vote conservateur qui est passé de 22,6 % en 2001 à 9,2 % lundi soir

Le portrait au Manitoba n’ouvre pas une voie facile vers les prochaines élections non plus. Tant dans Brandon-Souris que dans Provencher, où il était arrivé deuxième en 2001, le NPD a fait les frais de l’effet Trudeau et a terminé troisième.

Il est vrai qu’aucune des quatre courses n’offrait de gain facile pour les troupes de Thomas Mulcair. Mais un chef qui dit être en mesure de faire des gains importants en 2015 pour prendre le pouvoir devrait voir au moins ses appuis augmenter. Or, les partielles de lundi ont montré que malgré sa brillante performance aux Communes dans le scandale du Sénat, face à un premier ministre Harper affaibli, Thomas Mulcair ne réussit guère à faire mieux que Jack Layton.

L’échappée belle

Pour les conservateurs, on a entendu le soupir de soulagement dans Brandon-Souris jusqu’à Ottawa, un peu avant une heure du matin. Si une défaite aux mains des libéraux y aurait été désastreuse, une victoire par 391 voix face à un Parti libéral qui n’était même pas dans la course en 2011 n’est guère reluisante.

Le parti conservateur de Stephen Harper a surtout vu ses appuis fondre de près de 10 % par rapport aux résultats de 2011. Tout un avertissement de l’électorat pour un premier ministre empêtré dans un scandale qui ébranle sa crédibilité et l’éthique de son équipe de semaine en semaine.

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Michael Ignatieff et son autopsie de la défaite

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 publié le 28 septembre 2013 à 7 h 28

Il est plutôt rare qu’un politicien se lance dans l’exercice littéraire de décortiquer les causes de son échec en politique. Or, c’est justement ce que dit vouloir faire l’ancien chef libéral Michael Ignatieff dans son tout nouveau livre : Fire and ashes : success and failure in politics.

Dès la lecture des premières lignes de ce livre, une entrevue que j’avais réalisée en décembre 2009 avec Michael Ignatieff m’est revenue à l’esprit. À l’époque, je lui avais demandé pourquoi il voulait être premier ministre du Canada. Surpris, il avait été pratiquement incapable de répondre. Quatre ans plus tard et après une cuisante défaite électorale, il admet finalement que oui… il s’est lancé en politique par ambition, pour être à la hauteur de l’héritage familial, pour les mauvaises raisons quoi, et qu’il n’était pas prêt à diriger cet immense pays qu’il connaissait mal après tant d’années d’exil. Il lui aura fallu cinq ans pour déterminer sa mission en politique et pour vraiment comprendre le Canada d’aujourd’hui. Mais là, il était trop tard.

« La première chose que vous devez savoir en vous lançant en politique, c’est pourquoi vous le faites… Ce qui m’attirait le plus c’était la chance de cesser d’être un simple spectateur. J’avais été dans les estrades toute ma vie à regarder la partie. Là, pensais-je, le temps était venu de sauter dans l’arène. » - Michael Ignatieff

C’est là le principal atout de ces mémoires politiques. Michael Ignatieff écrit finalement noir sur blanc, ce que bien des observateurs politiques avaient observé. « J’avais présumé que la politique était un endroit pour les amateurs, mais j’avais eu tort », écrit-il au sujet de sa défaite dans la course à la direction en 2006, ajoutant qu’en cours de route il est devenu un politicien de moins en moins inspirant, qu’il n’aimait pas ce qu’il était devenu.

Grâce à cette candeur à mille lieues du personnage politique qu’il s’est forgé, il offre aux Canadiens une dose d’humilité rafraîchissante dans le monde politique d’aujourd’hui… Pas trop le choix me direz-vous après la cuisante défaite qu’il a subie, reléguant son parti au troisième rang pour la première fois de l’histoire.

Le problème, c’est que l’ancien chef libéral ne va pas vraiment jusqu’au bout de l’exercice.

Michael Ignatieff assume la responsabilité de la défaite électorale de 2011. Mais, en fin de compte, il fait avant tout porter le blâme aux publicités assassines des conservateurs, dont l’écho du « He didn’t come back for you » et du « Just visiting » résonne encore et que son parti n’avait pas les moyens financiers de contrer. Il montre aussi du doigt l’impact imprévisible de la campagne surréelle et courageuse de Jack Layton et le prix politique que les libéraux ont payé pour avoir trop souvent assuré la survie du gouvernement minoritaire conservateur, surtout au coeur de la crise économique mondiale.

Mais que dire de ses contradictions répétées sur des enjeux politiques importants. Que dire du fait que son parti n’a jamais trouvé comment fondamentalement renouveler son discours sur l’économie, laissant ainsi le champ libre à Stephen Harper. Que dire du fait qu’il n’a jamais réussi à définir clairement le Parti libéral dans l’esprit de l’électorat, pour ne nommer que ces exemples parmi tant d’autres.

Certains voient dans cette analyse sélective la preuve de sa propre arrogance. Ou peut-être qu’après avoir admis que durant la campagne de 2011 rien de ce qu’il a dit ou plaidé auprès des électeurs canadiens n’a fait une différence, dresse-t-il un constat assez sévère qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. À vous de juger.

 « La défaite m’a invalidé comme politicien, mais aussi en tant qu’écrivain et penseur. » – Michael Ignatieff

Malgré le choc d’une défaite qu’il dit avoir aujourd’hui digérée, Michael Ignatieff plaide qu’il croit plus que jamais à la noblesse de l’engagement politique qu’il décrit comme une vocation. Ce livre, il affirme d’ailleurs l’avoir écrit pour la prochaine génération de politiciens, afin qu’ils sachent dans quoi ils s’embarquent.

« La politique est une lutte noble qui exigera davantage de contrôle de soi, de jugement, de force intérieure que vous n’avez jamais pensé posséder », écrit-il à ces jeunes politiciens de demain. Mais, en même temps, il décrit la joute politique d’aujourd’hui comme une joute souvent dégradante, centrée sur les attaques personnelles et une partisanerie qui a l’effet d’un poison. Les campagnes électorales sont comparées à une téléréalité superficielle qui nourrit le cynisme de l’électorat.

Justement, comment réconcilier la noblesse de la mission politique et l’idéalisme qui devrait la guider avec l’environnement souvent toxique dans lequel se déroule le débat?

Michael Ignatieff offre un début de réponse dans le dernier chapitre. De là à ce que celle-ci soit réaliste ou crédible dans le monde d’aujourd’hui, c’est autre chose. Car sans surprise, celui dont la vie politique aura été marquée par l’échec conclut que ce qui compte c’est avant tout de prendre le risque, d’essayer.

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Fin prêts pour les élections complémentaires

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 publié le 27 septembre 2013 à 13 h 39

Il y a en politique des automatismes incontournables pour les partis politiques : un siège se libère? On se prépare pour l’élection complémentaire!

Il y a en ce moment quatre sièges à combler : Bourassa (Qc), en raison du départ du libéral Denis Coderre, Provencher (Mn), après la retraite du conservateur Vic Toews, Toronto-Centre (On) que le libéral Bob Rae laisse vacante et Brandon-Souris (Mn) qui était représentée par le conservateur Merv Tweed.

Deux ans après les élections générales et deux ans avant les prochaines, le but des conservateurs n’est pas de faire des gains, même si ce serait une jolie surprise, mais de garder les circonscriptions qu’ils avaient. Les partis d’opposition aussi ne veulent pas perdre de terrain, mais en gagner si possible.

Le premier ministre Harper a jusqu’au 30 novembre pour déclencher la première complémentaire, Bourassa, mais la plupart des analystes croient qu’il choisira de déclencher les quatre élections complémentaires en même temps. La campagne doit durer au minimum 36 jours et il faut qu’il se méfie de l’hiver qui arrive et qui peut compliquer les activités de campagne et le vote.

Donc le pari c’est qu’au plus tard début novembre, ces quatre sièges seront en jeu. Et les partis seront prêts.

Sans faire d’avance toutes les luttes, il faut noter les espoirs des néo-démocrates dans Bourassa et Toronto-Centre qu’ils espèrent ravir aux libéraux. Dans Bourassa, ils ont choisi cette semaine la chanteuse du groupe Bran Van 3000, Stéphane Moraille, bien connue. Elle fera la lutte à Emmanuel Dubourg, ancien député provincial qui a obtenu l’investiture libérale. Quoique pour les libéraux comme pour les néo-démocrates, dans Bourassa comme dans Toronto-Centre, ce sera aussi un test important pour les chefs Justin Trudeau et Thomas Mulcair.

Dans Toronto-Centre, deux ex-journalistes vont s’affronter, Chrystia Freeland pour les libéraux et Linda McQuaig pour les néo-démocrates.

Au Manitoba, on ne croyait pas que les conservateurs auraient de difficultés, mais dans Brandon-Souris ils ont eu un processus de nomination acrimonieux, où un candidat populaire a été écarté pour une formalité, ce qui ouvre la porte, du moins c’est ce que les libéraux espèrent, à une vraie course. Mais le seul candidat pour les libéraux jusqu’à maintenant, Rolf Dinsdale, a quelques problèmes. Il a déjà été obligé de corriger son CV où il affirmait avoir travaillé pour Facebook, alors que c’était pour un sous-traitant torontois de Facebook. Et puis il a jusqu’à tout récemment fait partie d’un groupe punk Shit from Hell, dont les titres de chansons comme Horny Single Mom (« mère célibataire en chaleur » – ma traduction) et Jesus Got Wood (« Jésus a quelque chose entre les deux jambes », ma traduction) pourraient choquer. L’assemblée d’investiture libérale n’a toujours pas eu lieu dans Brandon-Souris.

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