Billets classés sous la catégorie « Élections fédérales »


Le père Noël en juillet

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 publié le 13 juillet 2015 à 15 h 03

Le ministre Pierre Poilievre s’est donné des airs de père Noël hier en invitant les médias à un réveillon, en plein après-midi, par un beau dimanche caniculaire de juillet. Ceux et celles qui vont recevoir les cadeaux? Les familles canadiennes qui vont voir arriver dans leurs boîtes aux lettres, mais surtout directement dans leurs comptes en banque, des montants qui totaliseront 3 milliards de dollars la semaine prochaine au titre de la Prestation mensuelle pour la garde d’enfants (PUGE).

Trois milliards par mois! Tous les mois? Un programme de plus de 20 milliards de dollars par an? Mais non, rassurez-vous, le père Poili… euh, le ministre Poilievre était là pour rappeler aux familles canadiennes qu’elles recevraient rétroactivement la Prestation, qui est en fait bonifiée depuis janvier dernier. Soixante dollars de plus pour les enfants de moins de 6 ans et un nouveau versement de 60 $ pour les 6-17 ans qui n’étaient pas couverts avant. Vous comprenez, les enfants de 16-17 ans, il faut faire garder ça.

Le gros chèque des six premiers mois de l’année est versé en juillet parce que les lutins du père Noël ont mis tout ce temps-là à ficeler le tout dans un bel emballage électoral.

Les deux tiers des quatre millions de familles visées recevront le montant additionnel par dépôt direct, une façon très plate de recevoir un cadeau, on en conviendra tous. C’est pour ça que le bon ministre Poilièvre tentait hier d’attirer l’attention, car un dépôt direct, en pleines vacances, ça aurait pu passer inaperçu. Il ne manque plus qu’une belle campagne publicitaire pour s’assurer d’un maximum d’impact… Oups, la voici, mais ne cherchez pas le traîneau et le petit renne au nez rouge.

Le ministre Poilievre indiquait donc que les familles recevraient « en une seule journée » les versements qui totalisent près de 3 milliards de dollars, dont 2,45 milliards pour les six premiers mois de l’année. Ajoutez à ça le versement pour le mois de juillet, la Prestation bonifiée, et vous arrivez au total de 2,986 milliards de dollars ou « environ 3 milliards de dollars » comme le titre le communiqué. On ne se chicanera pas pour 14 petits millions.

Dans le communiqué, M. Poilievre note qu’il s’agit là du « plus important versement ponctuel à ce jour ». Bon. S’il avait attendu quelques mois de plus pour verser le rétroactif à janvier dernier, disons jusqu’en octobre, il aurait battu ce record. Les ordinateurs du ministère auraient été en mesure de faire le calcul, mais la tactique aurait peut-être été trop évidente. Octobre, ça vous dit quelque chose?

Dans la publicité, la dame qui se réjouit de l’augmentation de ses prestations fait remarquer que son « salaire n’entre pas dans les calculs ». Rigoureusement exact quand on parle du chèque de la semaine  prochaine. On peut cependant rappeler à la dame que son salaire va entrer en ligne de compte le printemps prochain quand elle remplira sa déclaration de revenus, car la PUGE est imposable.

En plus, tout en la bonifiant, le gouvernement Harper élimine le crédit d’impôt pour enfants. Il va là aussi récupérer au printemps prochain des sommes qu’il envoie cet été. En fait, sur le fameux 3 milliards de la semaine prochaine, les familles en question retourneront 329 millions en raison de l’imposition de la PUGE. Elles renonceront aussi à plus de  1 milliard à cause de  l’abolition du crédit d’impôt pour enfants. C’est 45 % du « plus important versement ponctuel » de M. Poilievre.

Celles qui réclament la déduction pour frais de garde recevront de leur côté 65 millions de plus, ce qui va amoindrir le choc de l’imposition des autres mesures.

Voilà pour l’annonce du père Poil… du ministre Poilievre, une annonce faite juste à temps pour le Noël du campeur.

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Le plan libéral (suite)

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 publié le 8 mai 2015 à 17 h 07

Quatre jours après le lancement de son plan « REDONNER à la CLASSE MOYENNE » (les majuscules sont libérales), l’équipe de Justin Trudeau y va d’une réplique à certaines critiques ou réserves, que ce soit celles, prévisibles, des adversaires politiques ou encore celles de l’industrie du commentaire politique.

Présentée comme les « faits » sur le sujet, le « rappel à la réalité » est, dans les règles de l’art, une réponse point par point et aussi une annonce d’intention en ce qui concerne un aspect encore absent du discours libéral, la garde des enfants.

Excellente occasion, donc, de revenir sur deux angles de ce plan qui vise les familles avec enfants ainsi que tous les contribuables qui déclarent des revenus de plus de 45 000 $.

Commençons justement par la baisse d’impôt de la « classe moyenne » couplée à la hausse imposée au club des 200 000 $ et plus. Un changement à coût nul, on prend 3 milliards de dollars d’un côté et on le transfère de l’autre. Plusieurs analystes font valoir qu’une simple règle de trois ne suffit pas, que des changements de comportement sont à prévoir et que les 3 milliards ne seront pas nécessairement au rendez-vous. Les calculs libéraux tiendraient compte de ce phénomène, assure-t-on. L’un de ceux qui ont une recette, c’est le directeur parlementaire du budget, on l’a essayée et on a aimé le goût.

Quand je parle de tous les contribuables, on va voir que la classe moyenne de M. Trudeau couvre large et pas seulement ceux qu’on cible ouvertement.

En fait, quand M. Trudeau dit qu’il abaisse de 7 % le taux d’imposition des « Canadiens dont le revenu imposable se situe entre 44 700 $ et 89 401 $ par année », une précision s’impose. C’est la tranche de vos revenus à l’intérieur de cette fourchette qui sera taxée à 20,5 % plutôt qu’à 22 %. Donc, si votre revenu imposable est de 50 000 $, la baisse s’applique aux derniers 5000 $ pour une économie de 75 $ par an. En haut de cette fourchette, à 89 000 $, c’est la baisse maximale de 675 $ dont vous bénéficiez.

C’est vrai pour TOUS les contribuables dont les revenus imposables dépassent les 89 000… Eh oui, même économie de 675 $ si vous déclarez 120 000 $, 150 000 $, etc. Une vaste classe moyenne! Mais n’oubliez pas qu’en haut de 200 000 $, M. Trudeau vient vous chercher avec votre « contribution » : vos revenus en haut de ce seuil seront taxés à 33 % plutôt qu’à 29 %.

Autre précision, les deux tiers des contribuables canadiens déclarent des revenus de moins de 45 000 $ à l’Agence de revenu du Canada, compte tenu des déductions. On parle souvent de gens qui font jusqu’à près de 60 000 $ qui ne bénéficieront pas de la promesse libérale.

Si on regarde le plan libéral dans son ensemble, on peut constater d’un coup d’oeil que si vous n’avez pas d’enfant et que votre salaire brut tourne autour de 50 000 $, il n’y a rien pour vous là-dedans. Que vous viviez en couple ou seul, peu importe votre âge. On peut se demander si une révision d’ensemble de la fiscalité des particuliers, un peu comme Paul Martin l’avait fait en 2000, n’aurait pas été plus cohérente… mais plus compliquée à expliquer!

Et vous êtes relativement nombreux dans ce qui semble au moins être en partie la classe moyenne. Si on regarde, par exemple, les données sur les revenus des ménages de Statistique Canada de 2011, on se rend compte que la proportion des ménages sans enfant avec revenus de moins de 50 000 $ tourne autour de 30 %. Un ménage sur trois. Chiffre « conservateur », ouille! Non, pas ce conservateur-là…puisqu’on parle des revenus des MÉNAGES… Un couple qui fait un total de 80 000 $ ou 90 000 $, c’est-à-dire 40 000 $ ou 45 000 $ chacun, ne saute pas la barre non plus. Vous comprenez que le 30 % gonfle rapidement et la classe moyenne de M. Trudeau se dégonfle d’autant, pour l’instant en tout cas.

Le chef libéral a indiqué lundi qu’en plus des services de garde, son parti se penchait sur les questions de pauvreté, entre autres. Donc, des attentes pour une partie de ces ménages. De nouvelles mesures ciblées à prévoir, question de séduire d’autres couches, les plus larges possible, de la population et de coller au discours sur la classe moyenne.

Une question de gros bons sens en terminant. Chiffres à l’appui, M. Trudeau se targue d’avantager 9 familles canadiennes sur 10 avec son allocation, c’est 90 %, ça! On envoie des chèques à tout ce monde-là, comme les conservateurs d’ailleurs avec leur prestation universelle pour la garde des enfants. Une question pour MM. Trudeau et Harper : tant qu’à retourner aux gens de l’argent qui vient en bonne partie d’eux, pourquoi va-t-on tout d’abord chercher l’argent?

Même s’il y a un élément de redistribution dans le plan Trudeau, dans un certain sens, le « redonner » veut bien dire ce qu’il veut dire. « Redonner : 1- v. tr.  Donner de nouveau (une même chose ou une chose semblable). Redonner à quelqu’un ce qu’on lui avait pris. » (Petit Robert)

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Justin Trudeau, la simplicité volontaire

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 publié le 6 mai 2015 à 17 h 31

Justin Trudeau a enfin quelque chose à proposer aux Canadiens, alors qu’on s’impatientait de plus en plus de son manque de substance et surtout de son peu d’engagements clairs en prévision de la prochaine campagne. Il peut donc commencer à se promener dans le pays à visière levée, les épaules dégagées. Il a des politiques, mais surtout un message tout frais à livrer. Et c’est d’ailleurs ce qu’il a commencé à faire au lendemain de la divulgation de son « plan ».

Présenter le document de lundi comme LE plan de M. Trudeau pour « redonner à la classe moyenne », c’est donner l’impression qu’on a déjà fait le tour de ce qui promettait d’être le thème central de sa campagne. Les mesures sont substantielles, mais M. Trudeau a déjà annoncé lundi que d’autres engagements viendraient en matière d’éducation, de pauvreté et d’autres enjeux citoyens.

Les baisses et hausses d’impôt et la nouvelle allocation aux enfants donnent ce qui sera le ton des libéraux pour la prochaine campagne. Et elles seront confrontées à des équivalents des conservateurs et des néo-démocrates. M. Trudeau a beaucoup parlé des politiques de M. Harper qui divisent. Ses premiers engagements concrets s’appuient eux aussi sur des choix de clientèle électorale.

Ainsi, les fameux 1 %, ou les 0,85 % pour être plus précis, paient déjà 20 % de tous les impôts au pays; il alourdit leur fardeau de 12 %. Aux 1 % « qui ont réussi », comme dit M. Trudeau, il oppose à sa façon un 24 %. C’est la proportion des gens qui déclarent à l’Agence du revenu du Canada des revenus imposables de 45 000 $ à 89 000 $. Précisons que tous ceux qui déclarent plus de 89 000 $ touchent aussi le maximum. Mais pourquoi ajouter ça dans le portrait, gardons ça simple, se sont sûrement dit M. Trudeau et cie.

On parle jusqu’à maintenant de contribuables individuels. Si on va du côté des familles, là, les libéraux ratissent assez large également. Tous les ménages dont les revenus vont jusqu’à 150 000 $ recevront au net plus d’argent d’un gouvernement libéral que d’un gouvernement conservateur et ils continueront de recevoir des chèques mensuels jusqu’à ce que leur revenu familial atteigne 190 000 $. Calcul libéral : 9 familles sur 10 seront avantagées par la nouvelle allocation.

On comprend tout de suite l’opposition avec le choix conservateur sur le fractionnement du revenu, qui ne touche que 15 % des familles, dont la plupart ont des revenus supérieurs à la moyenne. Au jeu des divisions de clientèle et des calculs, les libéraux semblent être devenus aussi intéressés que les conservateurs.

En fait, ils ont décidé de jouer sur le même terrain que les conservateurs, soit celui de cibler une clientèle, mais en visant nettement plus large. On a beaucoup interrogé M. Trudeau, depuis deux ans, sur sa définition de la fameuse classe moyenne. Le chef libéral et ses conseillers ont décidé de ne pas s’emberlificoter dans un débat à n’en plus finir. Il n’aime pas plus la sociologie que Stephen Harper.  On est allé au plus simple, au plus facile à définir, tout en ayant l’air d’avoir fait ses devoirs, là aussi, comme les conservateurs.

Il y a deux types de familles avec enfants au Canada et elles se trouvent de part et d’autre de la barre des 150 000 $ de revenu. Neuf familles sur 10 se trouvent en bas de cette barre, c’est clair? Et simple aussi.

Pour la baisse d’impôt financée par 3 milliards de dollars qui viendront du 1 %, on verra comment réagiront ceux dont M. Trudeau dit qu’ils ont toujours accepté d’aider dans le passé. Mais, de toute façon, qui viendra pleurer sur leur sort ? Le discours public des dernières années autour du 1 % répond à la question, si vous vous la posiez encore.

On a beaucoup entendu les expressions « Justin des Bois » et « Robin Trudeau » depuis lundi. Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un peu de « Stephen Trudeau »? Sinon dans le contenu, du moins dans la manière, la tactique. Surprenant? Lisez plutôt.

Un chèque! « Il suffisait d’y penser », ont dû se dire les collaborateurs de M. Trudeau. Les libéraux nous ont plutôt habitués au fil des années à des services et à des programmes nationaux, souvent complexes, financés à même les impôts. Les chèques aux parents? On s’en méfiait, au point de mener à cette bourde d’un adjoint de Paul Martin, lors de la campagne de 2005-2006, sur les parents qui « achèteraient de la bière et du pop-corn avec cet argent-là ».

Qui aurait cru que c’est Justin Trudeau, un libéral, qui dirait qu’il faut que les citoyens aient plus d’argent dans leur poche parce que :

« Il y a bien des études qui ont démontré que c’est bien efficace de donner à ceux qui en ont besoin plus d’argent dans leurs poches pour faire croître l’économie et faire réussir leurs familles. »

Donc, une bagarre à la régulière, mon chèque contre ton chèque et ma baisse d’impôt contre la tienne.

« Redonner », au 1% qu’on impose davantage, un chèque plus gros et sans impôt… C’est simple, nettement plus que de parler de dollars en infrastructure et de leurs retombées. La méthode conservatrice, à l’intérieur d’un cadre conservateur également. Celui d’un État que Stephen Harper a rapetissé ces 10 dernières années, un nouveau terrain de jeu imposé par son rival, que Justin Trudeau a adopté.

Jusqu’à maintenant, Thomas Mulcair est le seul qui semble vraiment vouloir renverser la vapeur sur la taille de l’État fédéral avec ses hausses d’impôt des sociétés pour financer des initiatives comme des garderies.

À venir, quelques questions sur le  plan Trudeau.

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Un recul peut être honorable M. Harper

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 publié le 20 janvier 2015 à 11 h 35

Le report du dépôt du budget par le ministre Joe Oliver lui permettra d’avoir toutes les informations nécessaires à la prise de décisions cruciales en ces temps de volatilité économique, due à la chute brutale des prix pétroliers.

Encore ce matin, le Conference Board, un des organismes consultés par M. Oliver pour établir sa moyenne des prévisions du secteur privé, lui annonce que ses revenus devraient être amputés de 4,3 milliards de dollars l’an prochain. Bye bye surplus, ou même équilibre budgétaire, concluent d’autres prévisionnistes pour les mêmes raisons, sans s’en alarmer cependant.

Experts et commentateurs sont à peu près unanimes à admettre qu’un léger déficit une année donnée, l’an prochain dans ce cas-ci, n’a pas d’impact, même s’il est toujours souhaitable d’équilibrer les budgets. Pas d’impact important sur les finances publiques, le service de la dette ou le fameux ratio dette/PIB dans le contexte d’un budget de près de 300 millions de dollars et d’une économie de 2000 milliards de dollars.

La détermination du gouvernement Harper à éliminer le déficit l’an prochain tient essentiellement à un engagement électoral de 2011 duquel dépendaient certaines annonces qui ont déjà été faites cet automne. Les avantages fiscaux consentis à certaines familles avec le fractionnement de leurs revenus et la bonification de la Prestation universelle à la garde d’enfants vont coûter environ 4,5 milliards par an à compter de… l’an prochain! Et pas question de revenir sur ces mesures nous dit-on de tous les côtés au gouvernement.

Jason Kenney flirte avec de nouvelles compressions pour atteindre le déficit zéro à tout prix en 2015, certains prennent leurs distances au gouvernement, mais on comprend que le désaccord réside dans les moyens, pas l’objectif.

Est-il possible qu’après ce délai de trois mois, le ministre Oliver soit confronté à une situation qui amène les prévisionnistes et ses fonctionnaires à le mettre face à un déficit léger, de 1 à 4 milliards de dollars? Très possible, nous disent plusieurs analystes.

Que faire alors? Manipuler les chiffres dans le budget de façon à présenter un équilibre quitte à ce qu’il se transforme en déficit en cours d’année… mais après l’élection d’octobre? Prendre des mesures à court terme pour obtenir l’équilibre, même si certaines peuvent être nuisibles à plus long terme? Ou encore revenir sur l’engagement de 2011?

Est-ce qu’un tel recul serait si coûteux pour les conservateurs? Est-il possible de justifier le non-respect d’une promesse si c’est une bonne idée de le faire?

Les conservateurs sont en fait très bien placés pour savoir que c’est possible. C’est même le prédécesseur de M. Oliver aux Finances, Jim Flaherty, qui l’a fait avec succès. L’imposition des fiducies de revenus si chères aux retraités en 2006, ça vous dit quelque chose?

Petit rappel rapide. Dans la plateforme des conservateurs pour l’élection de janvier 2006, cette phrase :

« Le plan conservateur stoppera l’attaque des libéraux envers les économies de retraite et préservera les fiducies de revenu en ne prélevant aucun nouvel impôt. »

Ça avait le mérite d’être clair. Sauf que 10 mois plus tard, le soir de l’Halloween 2006, Jim Flaherty convoque la presse après la fermeture des marchés pour annoncer que le gouvernement Harper oublie sa promesse et va finalement imposer les fiducies de revenu comme les autres sources. Deux raisons jugées valables par beaucoup d’experts : le gouvernement ne pouvait pas renoncer aux milliards en perte de revenu et la multiplication des fiducies, notamment du côté de méga entreprises canadiennes, aurait des conséquences négatives sur les décisions d’investissement des entreprises en question.

Difficile de reculer plus que ça et, pourtant, M. Flaherty et le gouvernement Harper s’en sont très bien tirés en dépit des critiques des regroupements de retraités et de certains conseillers en placement.

En fait, deux mois plus tard, La Presse Canadienne nommait Jim Flaherty la « personnalité économique de l’année » au Canada, précisément en se basant sur cette décision!

Donc, petite tempête à prévoir, c’est évident, après le dépôt d’un budget légèrement déficitaire. Mais bon, il y a peut-être moyen de « vendre » le tout en parlant de « sagesse » et de « sens des responsabilités ». Ça aussi ça a fait partie du message économique des conservateurs, surtout depuis la crise financière de 2008-2009. Une différence évidemment, le recul de 2006 sur les fiducies de revenu survenait en tout début de mandat, alors que maintenant une élection pointe à l’horizon. Mais bon.

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Mauvaise nouvelle pour Joe Oliver

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 publié le 13 janvier 2015 à 12 h 04

Le ministre canadien des Finances, Joe Oliver, en pleins préparatifs budgétaires, a entendu deux fois plutôt qu’une un message qu’il ne voulait pas entendre ce matin. Le retour à l’équilibre budgétaire n’est pas pour l’an prochain à moins que le gouvernement Harper n’annonce de nouvelles mesures pour l’atteindre.

Par nouvelles mesures, on n’entend évidemment pas des mesures populaires comme le fractionnement du revenu des familles ou encore la hausse de la prestation mensuelle pour la garde d’enfants, des mesures coûteuses annoncées cet automne et qui contribuent maintenant au maintien des finances publiques fédérales dans le rouge. On pense plutôt à de nouvelles restrictions dans les dépenses, puisqu’il n’est pas question d’aller chercher des revenus supplémentaires en impôts ou taxes pour ce gouvernement.

Vous aurez deviné que la chute des prix du pétrole vient gâcher la planification budgétaire et politique du gouvernement Harper.

Le premier message vient de deux anciens hauts fonctionnaires, qui concluent que les bonnes conditions économiques en 2014 pourraient bien générer un léger surplus pour l’année en cours qui prend fin le 31 mars, contrairement à ce que soutiennent toujours MM. Harper et Oliver. Ces derniers ne prévoient un retour à l’encre noire au bas des prévisions que l’an prochain.

Les deux experts contredisent aussi les deux politiciens là-dessus puisque, malgré une croissance économique réelle de 2,5 % en 2015, la croissance nominale attendue de 3,7 % qui établit l’assiette fiscale du ministère des Finances ne sera pas au rendez-vous. Donc, des revenus bien en deçà des attentes et toujours un déficit, contrairement aux prévisions, et surtout aux espoirs, des conservateurs .

Tout ça, disent-ils, même si la baisse des prix du pétrole a des effets bénéfiques sur d’autres secteurs économiques dans certaines régions du pays, on pense évidemment aux provinces centrales avec leurs industries manufacturières.

Le deuxième vient de la Banque TD dont le patron du service de recherche, Craig Alexander, fait partie de la douzaine d’économistes qui rencontrent le ministre depuis des années pour l’aider à établir ce qu’on appelle, aux Finances, la « moyenne des prévisions du secteur privé ». C’est cette moyenne qui sert ensuite de base aux calculs des gens des Finances pour prévoir les revenus et les dépenses de l’État fédéral… et son bilan par le fait même, surplus, déficit, équilibre?

Donc, je vous épargne le gros des chiffres, mais la TD a développé un modèle de prévisions des finances fédérales dans lequel elle a introduit des prévisions d’évolution des prix du pétrole pour les prochaines années.

Au lieu d’un surplus de 1,9 milliard de dollars l’an prochain, l’année cible des conservateurs et année électorale, la TD en arrive maintenant à un léger déficit de 2,3 milliards de dollars et un autre de moins de un milliard l’année suivante. Report de deux ans donc de cet équilibre budgétaire tant recherché.

Plusieurs implications politiques à tout ça, pour le gouvernement Harper au premier chef. Comment présenter ça dans le prochain budget Oliver et miser là-dessus pour faire campagne en se présentant comme seul garant d’une économie et de finances publiques saines? Tout le capital de crédibilité économique du gouvernement Harper a été mis là-dessus. Pas sur une baisse à un certain niveau du taux de chômage, l’atteinte d’un taux de croissance quelconque ou un autre indicateur de bonne performance. Uniquement sur le déficit zéro grâce à des dépenses bien gérées et des impôts maintenus bas.

Ça élimine à peu près la possibilité de présenter dans le même budget Oliver les dernières mesures populaires promises en 2011, le doublement du plafond des comptes d’épargne libres d’impôts (CELI) et l’introduction du crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes.

Dans la même veine, ça vient aussi toucher les deux autres partis fédéraux en ce qu’il leur reste beaucoup moins de marge pour leurs engagements électoraux, un bon exemple étant le programme national de garderies du NPD ou les infrastructures de M. Trudeau. Des choix difficiles pour tout le monde, réels pour le gouvernement, théoriques pour ses vis-à-vis.

En conclusion, remarquez qu’aucun des auteurs des prévisions de ce matin ne sonne l’alarme devant le maintien de légers déficits pendant une année ou deux de plus. Ils sont insignifiants économiquement et n’auront à peu près pas d’impact sur le ratio dette/PIB. Ils ne réclament donc pas des mesures ponctuelles pour assurer à tout prix ce retour à l’équilibre promis pour l’an prochain, ça peut attendre. Il ne faudrait au contraire pas prendre de décisions hâtives et mal avisées pour atteindre un objectif purement politique à très court terme, disent-ils.

Du côté du ministre Oliver, on maintient ce matin l’objectif d’équilibre budgétaire en 2015. Et on répète que les politiques économiques du gouvernement Harper fonctionnent, puisqu’elles sont axées sur l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme.

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La bataille de la sécurité au Canada

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 publié le 9 janvier 2015 à 15 h 49

J’écrivais dans mon dernier billet, le bulletin de notes des chefs à Ottawa, que la question de la sécurité nationale était la « matière forte » du premier ministre Harper et qu’elle représentait pour lui une occasion, une ouverture, en cette année électorale. Tout ça dans le contexte où son principal cheval de bataille, l’économie, est soumis à une grande incertitude, entre autres en raison de la chute des prix du pétrole. Même les finances publiques sont touchées. Surtout, le retour à l’équilibre budgétaire prévu pour cette année risque d’être plus ardu.

« Matière forte » pour M. Harper, au point où elle lui a permis une certaine remontée dans les sondages, en fin d’année, après les attaques en octobre à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa. Dans mon dernier billet, j’établissais d’ailleurs la gestion de crise de M. Harper et sa décision de participer à la mission en Irak comme le meilleur coup du premier ministre en 2014.

À entendre M. Harper présenter hier à son auditoire de Delta, en Colombie-Britannique, ce qu’il a appelé la nouvelle « réalité » du monde actuel, en fait un portrait assez sombre, un monde inquiétant, angoissant à la limite, nul doute que le premier ministre sait quelles cartes il va jouer et comment il va le faire.

Après avoir répondu à une question sur le niveau d’alerte au Canada et la nomination de son nouveau conseiller à la sécurité nationale plus tôt cette semaine, M. Harper a pris un ton bien particulier, se frottant la joue et le menton en réfléchissant. Puis, tel un bon père de famille qui donne ses consignes aux enfants qui quittent la demeure familiale pour faire face à la vie, il a déclaré :

« Mais laissez-moi dire quelque chose, au sujet de Paris et de toutes les questions que vous me posez. Et je ne dis pas ça avec un certain plaisir ou avec une certaine excitation, c’est plutôt le contraire. Mais le fait est que, mesdames et messieurs, le mouvement djihadiste international a déclaré la guerre. Ils ont déclaré la guerre à quiconque ne pense pas ou n’agit pas tel qu’il le devrait selon eux. Ils ont déclaré la guerre et ils se sont déjà livrés à des exécutions massives. On n’aime pas ça et on aimerait bien que tout ça s’évanouisse, mais ça n’arrivera pas. Et la réalité est qu’il va falloir les confronter. Et ça va malheureusement être la réalité de ce monde dans lequel on vit pendant un certain temps, et il va donc falloir y faire face de front. C’est ce que notre gouvernement s’est engagé à faire. »

Puis, sans sollicitation, M. Harper a enchaîné en français pour en arriver au même constat, en disant que « nous devons participer à cette mission [en Irak] et nous devons renforcer nos lois ici pour contrer ces menaces sur notre propre territoire ».

Voyez vous-mêmes :

 

Enfin, sur la mesure du succès de la mission contre le groupe armé État islamique en Irak, M. Harper donne son point de vue en terminant sur une sorte d’avertissement à son auditoire.

« C’est pour ça qu’on est là ultimement, c’est un mouvement qui a déclaré la guerre au Canada spécifiquement et qui a montré qu’il peut développer la capacité de mener des attaques sur ce territoire et c’est pourquoi on continuera de faire le nécessaire pour éliminer cette menace en particulier. »

Le fait que son parti profite de l’occasion fournie par la cascade d’attentats terroristes dans le monde ainsi qu’au Canada pour lancer une campagne de signatures en ligne en soutien aux propos du premier ministre enlève tout doute à ceux qui en entretenaient au sujet de sa stratégie.

 

Extrait d'une page web du Parti conservateur du Canada.
Extrait d’une page web du Parti conservateur du Canada.

Et, peu importe les événements internationaux ou d’éventuelles attaques, le débat restera à l’avant-plan au Canada. M. Harper s’en chargera lui-même.  Il précisait jeudi que son gouvernement allait déposer « rapidement » après la reprise des travaux parlementaires, le 26 janvier, de nouvelles mesures pour faciliter la tâche des autorités responsables de la lutte contre le terrorisme.

Des mesures qui tourneront autour des preuves à obtenir, des arrestations ou de la détention préventive, tout en préservant l’équilibre entre les droits et la sécurité, rassure le premier ministre. On verra comment se positionneront ses deux adversaires là-dessus. Quelle marge leur restera-t-il pour exprimer des réserves sur ces pouvoirs accrus, vouloir nuancer, sans se faire accuser d’être mous face aux terroristes?

On connaît le procédé, il a été largement utilisé dans la lutte contre la criminalité. Même au sujet du terrorisme, Justin Trudeau y a goûté après l’attentat au marathon de Boston, quand il a évoqué le fait que les jeunes radicalisés pouvaient vivre dans une certaine exclusion qui contribuait peut-être à leur frustration, qui nuisait à leur intégration.

On sait déjà cependant où MM. Mulcair et Trudeau logent sur la mission en Irak, un autre débat qui ressurgira à l’approche de l’échéance du déploiement des CF-18 là-bas, un premier déploiement qui devait durer six mois. Incidemment, cela fera six mois le 7 avril que la résolution sur ce sujet aura été adoptée aux Communes, le jour même du début du procès d’un dénommé Mike Duffy.

On peut ajouter à cela que Jenny Byrne a quitté son poste cette semaine au cabinet du premier ministre pour retourner à ses fonctions au Parti conservateur, où elle devient directrice de la campagne nationale en prévision des élections du 19 octobre. Ce poste lui était destiné, mais ce sera un autre élément qui va alimenter les hypothèses chez les adeptes d’un déclenchement d’élection hâtif par le premier ministre si sa cote monte suffisamment en début d’année.

Peu importe la date de l’élection, il est rare que la politique étrangère et ses dérivés en soit l’enjeu central, mais la question de la sécurité nationale et du terrorisme continue de prendre du galon et pourrait bien rivaliser avec l’économie dans la tête des électeurs.

 

 

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La santé, encore et toujours!

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 publié le 22 août 2014 à 12 h 26

« Voici mon défi au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique, au Parti libéral et au Parti vert : les Canadiens vous disent que les soins aux aînés sont d’une importance primordiale pour eux. Ils savent que si nous développons la meilleure stratégie pour les aînés dans le monde, on peut avoir le meilleur système de soins de santé. Ils sont tannés des excuses pour justifier l’incapacité du gouvernement fédéral d’agir dans ce domaine. »

Le défi en question, il vient du Dr Chris Simpson, fraîchement élu président de l’Association médicale du Canada (AMC). Il s’adressait mercredi pour la première fois à ses membres en assemblée annuelle à Ottawa. S’appuyant sur des sondages et des études, le Dr Simpson tente de remettre la santé en tête de l’ordre du jour politique.

En fait, sondage après sondage, la santé trône au sommet des préoccupations des Canadiens, les autres enjeux fluctuant au gré des courants et des événements. Il y est allé d’un constat brutal avant d’en arriver à son défi aux chefs politiques fédéraux. Le Canada est à l’avant-dernier rang d’une récente étude sur la qualité des soins de santé, tout juste devant les États-Unis. La différence entre le Canada et les pays de tête comme la Grande-Bretagne, la Suède ou la Suisse, c’est un engagement ferme du gouvernement central envers le système public de soins de santé, selon le Dr Simpson.

À 13 mois du début, en principe, de la prochaine campagne électorale fédérale, il prend les devants, mais il n’est pas le seul. Quelques heures avant qu’il n’interpelle la classe politique, devant le même auditoire, Thomas Mulcair était sorti des blocs de départ de la course électorale avec un engagement clair au sujet du financement fédéral en santé.

À même les surplus prévus à partir de l’an prochain par les conservateurs, M. Mulcair renverserait la vapeur quant au Transfert canadien en matière de santé (TCS). Et il reviendrait à l’indexation à 6 % du TCS en vigueur depuis 10 ans en vertu de l’accord sur la santé conclu en 2004 par Paul Martin avec les provinces. Résultat, si on se fie à l’estimation des provinces que M. Mulcair reprend à son compte :  36 milliards de dollars de plus dans les coffres des provinces.

Est-ce un engagement réaliste financièrement? M. Mulcair aurait-il les moyens de ses ambitions, compte tenu de la situation budgétaire prévue? Techniquement, on peut certainement penser que oui. En l’état actuel de la fiscalité, des prévisions de croissance modeste et des dépenses gouvernementales, les surplus passeraient de 6,4 milliards de dollars l’an prochain à plus de 10 milliards de dollars quatre ans plus tard. Or, ce n’est que dans trois ans que les provinces cesseraient de bénéficier de l’indexation à 6 % du TCS et commenceraient à ressentir le manque à gagner qui mène à 36 milliards de dollars.

Donc,  les surplus annuels semblent au rendez-vous, si aucune décision politique ou promesse à tenir ne vient modifier les colonnes des revenus et des dépenses d’un éventuel ministre néo-démocrate des Finances. Il faut se rappeler que le NPD a toujours l’intention d’aller chercher des revenus additionnels du côté des impôts des sociétés, mais que ses plateformes électorales contiennent également des engagements coûteux qui nécessitent à la fois des revenus nouveaux et des réaménagements des dépenses.

Si, et seulement si, la santé devient réellement un enjeu électoral, histoire et T.C. Douglas à l’appui, le NPD estime évidemment qu’il est un peu actionnaire majoritaire du concept de système public de soins, et qu’il part avec une longueur d’avance dans les perceptions. Avec cette promesse, M. Mulcair considère peut-être avoir ajouté une autre longueur entre lui et ses adversaires.

Les conservateurs doivent de leur côté vivre avec leur engagement de la dernière campagne et, surtout, avec la formule du TCS qu’ils ont ensuite imposée aux provinces pour les 10 années qui mènent à 2024, donc bien au-delà de l’élection d’octobre 2015. Pour eux, le dossier du TCS est réglé pour longtemps. Leur plateforme 2011 parlait de « renouveler l’accord sur la santé » et de « collaborer avec les provinces et les territoires » pour y arriver. Aucun engagement chiffré ni écrit. Talonnés en cours de campagne, MM. Flaherty et Harper avaient fini par s’étirer le cou en parlant de l’indexation à 6 %, même après l’expiration de l’accord en 2014.

Difficile de dire si on peut encore parler d’« accord » et de « collaboration ». Toujours est-il que les ministres provinciaux ont trouvé sur leurs napperons, entre l’assiette à pain et le menu de ce qui ne devait être qu’un premier lunch de travail là-dessus, l’indexation réduite décidée par leur collègue Flaherty.

En gros, sur 10 ans, jusqu’en 2024, indexation à 6 % sur trois ans, après quoi on la ramène à hauteur de la croissance du PIB nominal, sans descendre sous les 3 % cependant. En fait, à Ottawa, on s’attendait à une hausse tournant autour des 4 % pour la période, 2 % de moins, d’où le 36 milliards de dollars de pertes du côté des provinces, repris par M. Mulcair. Ottawa faisait valoir qu’après des années de hausses de dépenses provinciales frisant les 7 %, on s’acheminait vers des hausses prévisibles d’environ 3 %.

Les libéraux de Justin Trudeau peuvent se targuer, eux, d’avoir adopté la Loi canadienne sur la santé qui met en place les fameux cinq grands principes, universalité, transférabilité, etc. L’accord de 10 ans avec indexation de 6 %, c’était eux aussi… On ne connaît évidemment pas ce que serait un engagement formel libéral en santé en 2015, mais trois résolutions adoptées au congrès de cette année à Montréal font état de quelques intentions.

On y parle à la fois de « négocier un nouvel accord sur la santé » de façon à « assurer à tous les gouvernements la flexibilité administrative voulue ». Rebonjour, fédéralisme asymétrique! Il est aussi mention de « résultats mesurables », de « consultation » entre les gouvernements sur les versements annuels, de « formule de financement équitable et adéquate » adaptée aux besoins et de variations en fonction de « facteurs démographiques ».

Est-ce que la plateforme sera plus précise? Les libéraux réunis à Edmonton laissaient entendre cette semaine qu’ils auraient une plateforme complète et chiffrée rapidement, au cas où… On verra comment cette bonne volonté en santé se traduit arithmétiquement.

Voilà! À quelques semaines de la dernière rentrée d’automne avant la prochaine élection fédérale, on avait beaucoup entendu en prévision du scrutin les expressions « classe moyenne », « consommateurs », « emploi », etc. Est-ce que le thème du financement des soins de santé s’imposera? Surtout, est-ce qu’un parti prendra vraiment sur lui de l’imposer? Du côté de l’opposition évidemment, puisque pour le gouvernement Harper la question est réglée jusqu’en 2024.  On parle bien sûr pour l’instant des fédéraux, attendez que les provinces s’en mêlent!

La santé, faut-il le rappeler, fait l’objet de maints débats, y compris en campagne électorale. Elle fait bonne figure dans les sondages,  mais a-t-elle déjà fait LA différence une fois devant l’urne?

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Jeter les bases de la campagne de 2015, sans pour autant vendre la mèche, tel était le défi à relever pour Justin Trudeau lors de ce congrès.

Près d’un an après avoir pris la tête du Parti libéral du Canada, l’heure était venue pour lui d’aller au-delà de son image de jeune premier porté par son charisme et sa popularité et d’enfin définir quel genre de gouvernement il veut offrir aux Canadiens.

Malgré la pression qui s’intensifie pour qu’il présente enfin des solutions concrètes et précises, Justin Trudeau a préféré offrir une vision plus large. Ses stratèges font le pari qu’il est assez populaire en ce moment, et qu’il n’était pas nécessaire d’en faire davantage. Ça évite ainsi de dilapider leurs munitions électorales et de risquer de voir chacune de leurs politiques attaquées de toutes parts par leurs adversaires.

Mais il y a plus. Si son discours de 3822 mots n’a pas particulièrement innové au chapitre de la vision économique, il révèle surtout comment Justin Trudeau compte incarner ses thèmes du changement et de l’espoir pour leur donner une cohérence qui va au-delà des slogans politiques.

 « Mes amis, les Canadiens ne s’attendent pas à ce que le gouvernement fasse des miracles. Ils savent qu’il ne peut pas régler tous les problèmes. » — Justin Trudeau

Intervenir dans l’économie pour stimuler la croissance, créer de la richesse, mais pas trop. Justin Trudeau reste bien au centre de l’échiquier politique. Il prône ainsi un rôle plus interventionniste pour l’État tout en voulant laisser l’impression qu’il compte gérer les finances publiques avec prudence.

Freiner le déclin de la classe moyenne, aider les jeunes à entrer sur le marché du travail, sortir les démunis de la pauvreté, mais aussi investir dans les infrastructures et prôner la recherche de nouveaux marchés pour les ressources naturelles, tout en promettant de mieux protéger l’environnement. Encore là, le chef libéral reste bien au centre. De quoi rappeler la bonne vieille grande tente rouge libérale. Il y en a pour les électeurs de centre gauche et pour les électeurs de centre droit.

N’empêche, il semble clair que pour la grande idée novatrice qui permettra vraiment de résoudre les problèmes de cette classe moyenne, il faudra attendre 2015.

 « Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, et ils ne devraient pas essayer de le faire. Mais ce qu’il fait, il doit le faire bien. » — Justin Trudeau

Il y avait aussi dans le discours de Justin Trudeau une forme de mise en garde devant des délégués qui, à la lumière des résolutions qu’ils ont adoptées, voudraient voir un futur gouvernement libéral intervenir sur tous les fronts : transports, énergie, santé mentale, lutte contre l’obésité, garde d’enfants, logement abordable… On ne compte plus le nombre de résolutions pour la mise en œuvre de stratégies nationales. Et c’est sans tenir compte de leur désir de renouveler le financement de la santé au pays, de mettre en œuvre un plan pour porter les investissements en infrastructures à 1 % du PIB, de financer un programme national de garderies, et j’en passe.

Bien malin celui qui pourra expliquer comment financer tous ces projets sans hausser les taxes et les impôts et sans mettre en péril l’éventuel équilibre budgétaire.

   « La colère peut être une bonne stratégie politique, mais elle est symptomatique d’un gouvernement pitoyable. » — Justin Trudeau

Le message n’est pas nouveau de la part de Justin Trudeau. Il joue la carte du renouveau et du positivisme rassembleur depuis son entrée en politique.

Mais voilà qu’il tente d’aller au-delà du « Justin est sympathique », pour plaider qu’en étant sympathique et positif, Justin saura faire les bons choix pour les Canadiens.

C’est ainsi qu’il accuse Stephen Harper d’avoir trahi les idéaux qui le guidaient à ses débuts en politique pour sauvegarder sa majorité. Ici, on courtise habilement les électeurs conservateurs. Justin Trudeau leur rappelle qu’ils ne sont pas comme leur chef, qu’ils ne sont pas « une foule en colère qu’il faut craindre », mais bien « nos voisins » confrontés aux mêmes problèmes et défis que les autres Canadiens.

La stratégie du chef libéral ici dépasse le fait de simplement tenter de miner la crédibilité de ses adversaires. Justin Trudeau plaide que c’est justement parce que ses adversaires exploitent la colère des gens à des fins partisanes qu’ils font les mauvais choix pour le pays. Par le fait même, il tente de convaincre les électeurs que c’est grâce à sa candeur qu’il aura l’ouverture d’esprit de faire les bons choix et d’offrir des solutions concrètes.

Il cite en exemple sa décision d’expulser les sénateurs libéraux du caucus et de se présenter comme le seul chef fédéral ayant eu l’audace d’agir pour forcer des changements au Sénat et lui redonner un minimum d’indépendance. Il sera intéressant de voir si Justin Trudeau, qui plaide pour le renouveau démocratique, suivra les militants et les députés libéraux qui veulent s’attaquer à la réforme du mode de scrutin.

Trouver des solutions, être rassembleur, toujours au-dessus des basses considérations partisanes, c’est ainsi que les libéraux vont vendre leurs choix politiques. On s’entend que la barre est haute!

 « Nous avons un long chemin devant nous, et nous aurons moins de moyens que les autres partis pour y arriver. » — Katie Telford, coprésidente de la campagne nationale du PLC

Malgré tout l’enthousiasme des délégués, le congrès aura révélé tout le travail qui attend les libéraux d’ici 2015.

S’ils ont fait des pas de géant au chapitre du financement, les libéraux n’ont pas fini de combler l’écart avec les conservateurs. Il leur faut aussi bâtir non seulement une armée de bénévoles sur laquelle compter en période électorale, mais aussi les bases de données précises et presque scientifiques sur les électeurs dont dépendent les machines électorales aujourd’hui.

Finalement, côté équipe, on remarque que le parti a réussi à mettre en valeur une brochette de candidats vedettes potentiels, qui ont chacun prononcé des discours clés. Côté Québec, tout au plus a-t-on invité Mélanie Joly à participer à un panel sur le Québec en 2017.

Surprenant pour un congrès libéral, organisé à Montréal, alors que Justin Trudeau veut justement reconquérir le Québec en plaidant qu’il leur offre « l’action plutôt que l’opposition ».

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10 questions pour Justin Trudeau

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 publié le 23 février 2014 à 13 h 19

Il est venu écouter la troisième période de la partie de hockey pour voir les Canadiens remporter la médaille d’or.

Il était parmi les délégués du congrès pour les débats sur la constitution de son parti qui doivent couronner ses efforts de rompre tous les liens entre le Parti libéral et ses sénateurs.

Mais Justin Trudeau a refusé de tenir le traditionnel point de presse auquel se prêtent les chefs de parti au terme de leur congrès. En esquivant les journalistes, il évite surtout d’avoir à répondre aux questions qui découlent de son discours de samedi et de l’ensemble du congrès.

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède, durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février
Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a regardé le match de hockey opposant le Canada à la Suède durant le congrès du PLC, à Montréal, le 23 février.

La liste est longue, voici les 10 premières :

1- Justin Trudeau veut travailler avec les provinces pour bonifier le financement de l’éducation postsecondaire au pays. Comment va-t-il financer cette bonification des transferts?

2- S’il promet de ne pas hausser les taxes et impôts des familles de la classe moyenne, ouvre-t-il la porte à revoir les taxes et impôts des mieux nantis?

3- Que compte-t-il faire avec les impôts des entreprises?

4- Aide aux familles, stratégie d’emploi pour les jeunes, logement abordable, nouveaux capitaux pour financer les infrastructures, revenu minimum garanti : comment compte-t-il financer ces initiatives?

5- Afin de dégager la marge de manœuvre dont il aura besoin pour mettre en œuvre ses futures promesses électorales, un gouvernement libéral serait-il prêt à annuler les baisses d’impôt que Stephen Harper va offrir aux Canadiens en 2015?

6- Est-il prêt à retomber en déficit?

7- Ses délégués se sont prononcés en faveur de la décriminalisation de l’aide médicale à mourir : à quelle enseigne loge-t-il dans ce débat?

8- Justin Trudeau veut réconcilier développement des ressources naturelles et développement durable : quelle approche préconise-t-il pour y arriver?

9- Justin Trudeau nous a parlé de Nathalie, mère de famille qui s’inquiète pour sa retraite : quelle solution a-t-il à lui offrir?

10- Son parti a mis en valeur une brochette d’éminents Canadiens qui vont ou songent à se présenter à ses côtés en 2015. Comment se fait-il qu’aucun futur candidat-vedette du Québec ne fût sur la liste dans un congrès à Montréal?

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L'homme l'affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

L’homme l’affaires Bill Morneau que Justin Trudeau aimerait recruter comme candidat en vue des prochaines élections. (source: Manon Globensky / Radio-Canada)

Il a sa carte de membre du parti libéral depuis deux mois à peine. Mais derrière lui, Bill Morneau a une carrière prospère dans le secteur privé. Sa compagnie Morneau Shepell élabore et livre à des compagnies du secteur privé des programmes d’avantages sociaux et de compensation pour leurs employés.

Il a été président de l’hôpital St. Michael’s à Toronto et de Covenant House, un centre de crise pour jeunes sans-abri. Son épouse, Nancy McCain, est de la célèbre et riche famille McCain du Nouveau-Brunswick. Le couple représente l’élite de Toronto, engagé dans les arts, les organismes de charité et maintenant la politique.

Bill Morneau n’a pas encore décidé s’il allait être candidat, dit-il, encore moins dans quelle circonscription. Toronto Centre, une des deux Don Valley : qui sait? Justin Trudeau a dit qu’il n’y aurait pas de parachutage de candidat nulle part, qu’il voulait des assemblées d’investiture dans toutes les circonscriptions. Mais en même temps, il doit y en avoir plus d’un dans le parti qui font des neuvaines pour que cet homme soit choisi comme candidat.

Aurais-je oublié de dire qu’il préside le conseil d’administration de l’institut CD Howe, un important groupe de réflexion économique. Certains libéraux disent déjà qu’il pourrait être le ministre des Finances dans un gouvernement Trudeau.

C’est la première fois de sa vie, il le jure, qu’il songe à faire de la politique. Parce qu’il n’aime pas ce qu’il voit, qu’il sent une grande anxiété chez les Canadiens. Comment remédie-t-on à ça et, surtout, où trouve-t-on l’argent pour le faire? Bill Morneau ne répond pas (serait-il déjà politicien dans l’âme?). Il faut d’abord identifier les priorités et se concentrer sur elles.

Justin Trudeau fait-il une erreur en soumettant tous les candidats potentiels, y compris ces candidats vedettes, au ballottage des assemblées d’investiture? Vraisemblablement, malgré le fait que le chef voudrait bien tous les avoir à ses côtés – l’expertise d’une équipe sera d’une grande importance pour les libéraux aux prochaines élections -, il y a des risques que certains ne passent pas la rampe.

Dans Winnipeg Sud-Centre, Jim Carr, ancien président de l’équivalent du Conseil du patronat du Manitoba, n’est pas le seul à vouloir se présenter. Karen Taraska-Alcock, ancienne directrice de campagne de Justin Trudeau dans la province et veuve de l’ancien député Reg Alcock, voudrait aussi la nomination. Il devra se passer de l’un des deux.

Il devra aussi probablement faire son deuil de plusieurs candidatures féminines. Depuis Jean Chrétien, le parti réservait un tiers des circonscriptions à des femmes, quitte à les parachuter, les courses d’investiture étant plus dures pour les femmes qui ont moins de temps et de réseaux que les hommes.

Depuis 2011, les femmes représentent 25 % des députés de la Chambre des communes, soit 77 députés, dont la moitié sont élues pour la première fois. Il s’agit la plus grande proportion de femmes jamais élues au Canada.

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