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Un an plus tard, les partis d’opposition

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 publié le 10 avril 2015 à 15 h 33

Le Parti québécois

La défaite électorale du Parti québécois le 7 avril 2014 est probablement un jalon davantage qu’une étape dans l’histoire politique du Québec. Surtout que le scrutin de 2018 pourrait se révéler bien plus déterminant.

Il demeure que dans la foulée des résultats de 2014, une question lancinante s’est immédiatement imposée sur la capacité du Parti québécois de former à nouveau à lui seul une majorité parlementaire.

Après la période Charest, le gouvernement Marois s’est donc fait étriller par un Philippe Couillard pas si expérimenté, au style un peu guindé, avec son propre passif fait d’Arabie saoudite, de compte bancaire dans un paradis fiscal, d’Arthur Porter et d’un départ peu élégant en politique.

À cette question sur la majorité parlementaire s’ajoute une autre, qui pèse sur le parti depuis déjà longtemps, sur sa capacité de remporter un référendum sur la souveraineté du Québec.

Or, avec ces deux questions, c’est à la fois la survie et la raison d’être du Parti québécois qui sont en cause.

La première conséquence concrète de la défaite de 2014, la démission de Pauline Marois, a précipité le parti dans un circuit de montagnes russes qui ne prendra pas fin avec l’élection d’un nouveau chef en mai prochain.

Celui qui a été déclaré le favori avant même le déclenchement officiel de la course à la direction est une personnalité déjà controversée qui a fait son entrée dans le débat politique par l’entremise du sujet le plus chaud au Canada depuis 50 ans, l’indépendance du Québec.

L’impact de la candidature de Pierre Karl Péladeau est tel que, peu importe le résultat, le Parti québécois sortira transformé de cette course.

Dans un pareil contexte, l’opposition officielle fait comme elle peut, du mieux qu’elle peut. Stéphane Bédard était le meilleur choix comme chef intérimaire et il parvient à tirer son épingle du jeu, même s’il n’est pas là pour gagner. Sa fonction primaire est d’engager le siège contre le gouvernement libéral. Le prochain chef poursuivra le travail de sape jusqu’aux élections. Pour le moment, il y a des jours meilleurs que d’autres. En moyenne, le résultat est tout à fait défendable.

Je me dois de rappeler que le dernier gouvernement majoritaire péquiste à siéger à l’Assemblée nationale a été celui de Lucien Bouchard, élu à l’arraché le 30 novembre 1998, malgré une pluralité de voix pour le Parti libéral.

La Coalition avenir Québec            

Au tour maintenant de Gérard Deltell de quitter la Coalition avenir Québec (CAQ), après le douloureux départ de Christian Dubé.

C’est sans doute le sort prévisible et ingrat d’un parti qui forme la deuxième opposition à l’Assemblée nationale. D’autant que cette formation politique, créée sous l’impulsion d’un seul homme, offre un espace limité à ceux qui veulent se déployer dans ses rangs. La seule véritable zone d’influence dans ce parti est celle qui s’est créée autour de son chef, François Legault. À la CAQ, si vous n’avez pas la confiance de M. Legault ou de son ami et directeur de cabinet Martin Koskinen, il vaut peut-être mieux se faire voir ailleurs.

Depuis quelques mois, la CAQ a entrepris un virage qualifié d’identitaire, auquel s’ajoute une dimension sécuritaire. Nouvelle politique d’immigration, nouvelle approche face à la liberté d’expression et appui au projet de loi C-51 du gouvernement Harper. La CAQ semble vouloir occuper une partie de l’espace abandonné par le Parti québécois depuis que la Charte des valeurs a été, pour une part, reléguée aux oubliettes. Les assises de ses propositions semblent s’appuyer davantage sur des sondages que sur des fondements idéologiques solides.

Par ailleurs, à la période de questions, François Legault insiste inlassablement sur l’écart de richesse entre le Québec et le reste du Canada, surtout l’Ontario. Jusqu’à présent, cela n’a guère porté ses fruits. Mais, en politique, à force de taper sur le même clou, il arrive que l’on parvienne à imposer ses priorités.

Québec solidaire

On oublie que Québec solidaire (QS) n’a connu qu’une faible croissance d’un point de pourcentage entre l’élection de 2012 et celle de 2014, passant de 6 % à 7 % du vote populaire. L’élection de Manon Massé a été bénéfique, mais il n’est pas clair que QS a tiré les leçons de ce dernier scrutin. Si c’est le cas, ce n’est pas particulièrement perceptible.

Un prochain congrès qui aura lieu ce printemps offrira peut-être davantage de réponses. Car ce résultat soulève, encore un an plus tard, plusieurs questions. En voici quelques-unes :

  • Si QS, un parti de gauche, veut prendre le pouvoir, ne doit-il pas aussi chercher à gagner le centre?
  •  Si oui, comment y parviendra-t-il? Au prix de quels compromis?
  •  Si la réponse est non, alors que devrait-il faire? Doit-il demeurer sur ses positions au risque de rester très longtemps dans l’opposition?

À trois députés, la capacité d’intervention de Québec solidaire à l’Assemblée nationale est limitée.

En outre, l’avenir de Françoise David – 67 ans – et d’Amir Khadir – qui combine le travail de député à temps plein et de médecin à temps partiel depuis bientôt sept ans – fait souvent l’objet de rumeurs, gracieusement alimentées par le Parti québécois.

Première année difficile

Cette première année a été difficile pour tous les partis d’opposition, et c’est compréhensible. L’important pour eux, avant tout, sera d’être en plein contrôle dans la dernière année du mandat. D’ici là, et comme les 12 derniers mois n’ont pas été très édifiants, ils devront accomplir leur rôle de loyales oppositions.

Face à la faiblesse relative des oppositions, le premier ministre Couillard ne devrait pas s’étonner de la vigueur de la presse parlementaire à l’endroit de son gouvernement. Cela s’inscrit dans le cours normal d’une société démocratique.

 

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La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, et son homologue du Québec, Pauline Marois, lors d’une rencontre du Conseil de la fédération à Niagara en 2013

 

Parmi tous ceux et celles qui étudient les leçons à tirer des résultats des élections québécoises de lundi, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, et ses stratèges vont sûrement y porter une attention particulière.

Son gouvernement libéral minoritaire songe en ce moment à prendre l’approche Marois et à déclencher des élections printanières.

Kathleen Wynne, au cours des dernières semaines, semblait avoir le pied bien enfoncé sur l’accélérateur. La défaite cuisante, historique, du PQ devrait forcer la première ministre ontarienne à ralentir un peu et à réfléchir, d’ici au dépôt de son budget dans trois ou quatre semaines.

Similitudes

Comme pour Pauline Marois, c’est tentant pour Kathleen Wynne de se lancer dans une campagne électorale en ce moment. Mme Wynne est première ministre depuis un an (son gouvernement minoritaire survit depuis 30 mois), les sondages lui semblent relativement favorables, sa popularité personnelle est en hausse. Mais comme on l’a vu au cours des cinq dernières semaines au Québec, une campagne, ça compte et ça influe sur l’humeur de l’électorat.

Kathleen Wynne a aussi l’équivalent d’une « commission Charbonneau » suspendu au-dessus de sa tête. Deux enquêtes criminelles liées aux agissements du gouvernement libéral,  dont une qui touche directement le bras droit de son prédécesseur, Dalton McGuinty pour une histoire d’abus de confiance et de courriels compromettants qui auraient été effacés délibérément. Mais bonne nouvelle pour elle, l’accumulation de scandales ne semble pas avoir nui aux libéraux de Philippe Couillard.

 Différences

Le gouvernement libéral est au pouvoir en Ontario depuis 11 ans. Fatigue du pouvoir, ras-le-bol des électeurs, scandales qui s’accumulent, etc. Rien à voir avec les 18 courts mois au pouvoir de Pauline Marois.

De plus, Kathleen Wynne ne semble pas vouloir pousser elle-même le bouton électoral. Elle veut laisser l’opposition poser ce geste. Ça lui permettrait en campagne de dire : « Regardez, nous voulions gouverner, mais l’opposition voulait d’une élection hâtive. » Un loisir que Pauline Marois et le PQ n’ont pas eu, en donnant eux-mêmes le coup d’envoi à la campagne, sans même essayer de s’entendre pour faire adopter leur budget.

Relations Ontario-Québec

Il ne faut pas se le cacher, les dirigeants des provinces canadiennes préfèrent voir un gouvernement fédéraliste en poste à Québec.

Mais l’Ontario n’avait pas trop à se plaindre depuis l’élection du PQ. Évidemment, certains ministres libéraux ontariens déploraient, en privé, le manque de collaboration avec le Québec dans plusieurs dossiers communs d’importance. Mais beaucoup d’autres n’avaient rien à redire et disaient bien travailler avec leurs homologues péquistes, notamment dans le dossier du libre-échange avec l’Union européenne et la lutte contre Ottawa reliée à la subvention canadienne à l’emploi.

La première ministre ontarienne a félicité Philippe Couillard pour sa victoire. Kathleen Wynne va même jusqu’à rêver à une reprise des réunions conjointes des conseils des ministres Ontario-Québec, instituées par les libéraux Dalton McGuinty et Jean Charest.

Kathleen Wynne n’a cependant pas beaucoup de temps pour rêvasser. Son gouvernement minoritaire a un budget à défendre dans trois ou quatre semaines et pourrait bien devoir se payer, sous peu, une tournée de 35 jours aux quatre coins de l’Ontario.

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Fin de campagne : les 7 jours les plus longs

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 publié le 31 mars 2014 à 11 h 09

Quels gains tenteront de faire les chefs des principaux partis en cette dernière semaine de campagne? Quelles bévues essaieront-ils de réparer?

Il y a eu ce dernier débat que Philippe Couillard a perdu, alors que le pouvoir semblait à portée de main, bien que franchement la victoire paraisse encore très proche. Sa bourde sur le français au travail tend à montrer une confusion dans l’esprit du chef libéral entre le bilinguisme individuel et le bilinguisme institutionnel. Il a tenté de rectifier le tir sans s’embourber.

Toutefois, cette déclaration était si maladroite qu’il n’est pas évident de la rectifier sans perdre la face. Une déclaration déconcertante pour le candidat d’une circonscription (Roberval) où les électeurs sont de langue maternelle française à 99 %, et dont 13 % sont bilingues (Statistique Canada, 2011). La direction que le chef libéral veut emprunter en ces derniers jours de campagne ne paraît pas bien définie.

De son côté, Pauline Marois remet la charte des valeurs à l’avant-plan, au risque d’un dérapage plus ou moins contrôlé. Les déclarations étonnantes de Janette Bertrand font penser au roulement du tambour de guerre. Entendu par tous, il appelle autant les partisans que les opposants au combat.

Il sera facile pour la chef du Parti québécois de ridiculiser l’attitude de son adversaire libéral dans le dossier de la langue, mais il faudra voir si ces attaques porteront réellement. La chef péquiste misera sur des thèmes à forte teneur identitaire et mettra tout en oeuvre pour éviter la question de la souveraineté.

François Legault a vu ses batteries rechargées par le débat. Le fait que sa femme l’accompagne jette encore plus d’ombre sur les candidats de la CAQ qui sont totalement absents de la campagne nationale. Le chef de la Coalition donne l’impression d’un homme seul, à la tête de ses maigres troupes, qui ferraille pour faire son chemin dans la mêlée. Il avait bien raison d’affirmer que c’était la bataille de sa vie et, pour ne pas périr avec son équipe, il devra donner le meilleur de lui-même cette semaine.

Françoise David de Québec solidaire va consacrer une bonne part des ses énergies à la région montréalaise, où elle espère faire un ou deux gains. Il faudra être attentif aux résultats de QS en région, voir si le parti de gauche pourra faire des gains pour ce qui est des votes, après avoir mené une première campagne à l’échelle du Québec. La polarisation du vote pourrait aussi tuer dans l’oeuf les ambitions de QS hors de la métropole.

 

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Allô la police?

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 publié le 26 mars 2014 à 10 h 05

Il ne manquait plus que la police dans cette campagne électorale 2014. Elle y est entrée par une petite porte : un communiqué du Parti québécois publié à 18 h 15 mardi soir.

La première réflexion est générale : c’est triste que les policiers s’intéressent au financement des partis politiques. Triste, mais pas surprenant. Plus rien ne nous surprend depuis quelques années.

Le Parti québécois parle d’une rencontre informelle des policiers avec le directeur général et le directeur des finances, sur la structure de financement du parti. Nos sources policières nous disent que les enquêteurs de l’UPAC ne prennent pas rendez-vous pour boire le thé. Que leurs démarches ne sont pas « pédagogiques ». Qu’ils cherchent des informations.

Il y a une certitude : le PQ ne souhaitait pas que l’information sorte en pleine campagne électorale. Il a été forcé de le faire parce qu’un média avait été mis au courant.

Il y a le PQ, mais il y a aussi le PLQ.

Les policiers ont fait des perquisitions au PLQ. Une enquête en bonne et due forme est en cours. Tout ça avait commencé par des questions sur la structure du financement…

Dans les deux cas, personne n’est accusé, personne n’est coupable, mais notre innocence s’envole.

Et ce qu’on veut, c’est que nos politiciens prennent leurs responsabilités, assument le cas échéant les erreurs du passé et s’assurent que plus jamais il n’y aura de la magouille dans le financement des partis politiques.

Je rêve, je sais…

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Aller ou ne pas aller aux Îles-de-la-Madeleine?

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 publié le 25 mars 2014 à 15 h 38

Lors de la campagne électorale de 2012, Pauline Marois s’était fait un devoir de visiter l’ensemble des régions du Québec. De l’Abitibi-Témiscamingue à la Gaspésie, en passant par le Saguenay–Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent, la chef péquiste s’était pratiquement rendue partout, y compris… aux Îles-de-la-Madeleine!

Non seulement Pauline Marois avait visité toutes les régions, mais elle avait aussi dénoncé le chef de la CAQ, François Legault, qui, lui, avait concentré ses visites dans l’axe Québec-Montréal.

Cette année, la chef péquiste a opté pour une autre stratégie : depuis le début de la campagne, elle n’a pratiquement visité que des circonscriptions des régions de Québec et de Montréal, en plus de quelques incursions en Estrie et en Mauricie, et d’une visite dans le Bas-Saint-Laurent.

Dans l’entourage de la chef péquiste, on explique vouloir concentrer ses énergies. Le Parti québécois est sûr de l’emporter dans l’ensemble des régions ressources, là où il avait pratiquement tout raflé en 2012. Le dernier sondage Léger-Marketing-QMI tend à confirmer l’avance dont jouit le Parti québécois dans ces régions, mais tenir pour acquis l’appui des électeurs est parfois dangereux.

Dans un tel contexte, le PQ veut être présent là où il estime que cela compte le plus. Dans l’esprit des proches de Pauline Marois, la victoire ou la défaite se jouera sur le terrain de la CAQ, soit en banlieue de Montréal et dans le Centre-du-Québec – le PQ ayant en quelque sorte renoncé à faire des gains à Québec devant la remontée des libéraux. Pas question donc de disperser les énergies de la chef péquiste en se rendant aux quatre coins de la province.

Les proches de Pauline Marois font aussi valoir que de se rendre en région comporte de nombreux désavantages. Les temps de trajet sont longs, les caprices de la météo peuvent entraîner des retards, les journalistes nationaux ne suivent pas tous… autant de facteurs qui font que la visibilité médiatique des chefs de parti souffre souvent de tels déplacements.

Cela étant, ne pas se rendre dans toutes les régions comporte aussi des risques. Outre le danger de projeter une image trop « montréalocentriste », l’absence de Pauline Marois dans certaines circonscriptions pourrait lui faire perdre des comtés. Même si le PQ paraît sûr de conserver ses acquis, il n’est pas immunisé contre la défaite. Certaines circonscriptions arrachées lors du dernier scrutin par de faibles majorités pourraient basculer, qu’on pense à Abitibi-Est ou à Saint-François.

Quoi qu’il en soit, on explique dans l’entourage de Pauline Marois que la décision de visiter ou non certaines régions plus éloignées sera prise après le deuxième débat, selon la tournure des événements et les échos que l’organisation recevra de la part de ses alliés sur le terrain.

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Stratégie et tactiques de François Legault

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 publié le 22 mars 2014 à 15 h 15

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) aime bien jouer sur tous les tableaux. Si François Legault attaque les libéraux, il veillera à en faire autant avec les péquistes. Pourtant, il ne se rend pas toujours service en agissant de la sorte.

Dans le dossier référendaire, ça paraît évident.

D’une part, François Legault dénonce le chef libéral Philippe Couillard en affirmant qu’il mène une campagne de peur sur la tenue d’un référendum. D’autre part, il suppute que le Parti québécois, qu’il dit bien connaître, risque de déclencher un référendum dans un prochain mandat majoritaire.

Donc, François Legault donne raison à Philippe Couillard et, en plus, il se met lui-même en difficulté en évoquant la probabilité d’un référendum. C’est pourtant cette possibilité qui fait fuir sa clientèle électorale vers le Parti libéral et, malgré tout, il la confirme.

Au plan tactique, François Legault n’est pas facile à suivre. Au plan stratégique, non plus.

Le chef de la Coalition a affirmé lors d’une conférence de presse, à la veille du débat, qu’il croyait en une troisième voie au Québec.  Pourtant, l’histoire du Québec lui donne tort.

Une troisième voie n’est pas viable en raison du système électoral qui favorise le bipartisme. Il est vrai que le mode de financement, mis en place récemment, atténue cette tendance et contribue au maintien de tiers partis, mais il demeure difficile pour eux d’élire un nombre de députés qui correspond au pourcentage de vote qu’ils obtiennent.

Un tiers parti n’est viable à terme que s’il parvient à remplacer un des deux principaux partis. C’est ce que cherche à faire, petit à petit, Québec solidaire à l’égard du Parti québécois. C’est un travail colossal et de longue haleine, dont le résultat est loin d’être garanti. Le Parti québécois est parvenu à le faire avec l’Union nationale et, à l’époque, ça paraissait impensable.

François Legault a obtenu 27 % des voix au dernier scrutin. Un résultat véritablement impressionnant pour une première participation électorale de la CAQ. Il a tout de même dû se contenter de 19 députés.

Mais s’il avait voulu que la CAQ soit autre chose qu’une comète de passage dans l’univers politique québécois, il aurait dû s’attaquer à l’un des deux principaux partis et se lancer à la conquête de ses électeurs. Pas les deux à la fois. À terme, il risque de tout perdre.

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Aux premières loges

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 publié le 21 mars 2014 à 19 h 48

L’amateur de hockey rêve d’avoir une place à la hauteur de la glace.

L’amateur de musique rêve d’une place au milieu de la salle.

L’amateur d’automobiles rêve d’être au volant d’une Ferrari.

Moi, je rêvais d’animer un débat des chefs. Je l’ai fait et je peux vous dire que c’était mieux que ce que j’avais imaginé.

La tension du début, les regards qui s’échangent, les amabilités polies qui se disent.

Puis, le débat commence, les gants sont jetés, les regards sont accusateurs, les mots atteignent leur cible, le ton est respectueux, mais on se dit qu’on n’invitera pas les chefs à la bière après.

J’ai vu plusieurs débats à la télé. La caméra nous en montre beaucoup. Mais ce qu’elle ne peut pas nous montrer est tout aussi intéressant : les réactions outrées, les mimiques, les sourires, les « babounes ». Les chefs sont passionnés.

Pendant deux heures, ils argumentent. C’est une épreuve intellectuelle, mais physique aussi, aucun d’eux ne s’est assis pendant le débat.

Pendant les remarques finales de François Legault, Pauline Marois laisse tomber accidentellement une pile de cartons. Un soubresaut s’entend dans la voix de M. Legault, mais il continue, concentré sur le message à livrer. Le débat est terminé. Sur les images de fermeture, Pauline Marois fait comme n’importe qui aurait fait, elle se penche pour ramasser ses cartons…

La campagne continue.

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Le débat à travers les candidats

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 publié le 21 mars 2014 à 12 h 50

C’est classique, lors de chaque élection, tous les partis se vantent d’avoir réuni la meilleure équipe. Or, les débats télévisés sont, sans le moindre doute, l’affaire exclusive de chefs. Peu de candidats ont la chance (ou la malchance, c’est selon) d’y voir leur nom être spécifiquement mentionné. Ceux à qui cela arrive appartiennent habituellement au groupe des candidats vedettes. Voici donc une lecture du premier débat de cette campagne à travers les noms des candidats qui ont été cités.

Réjean Hébert
Pauline Marois a cité le nom de son ministre de la Santé sortant en réponse à une question de Françoise David pour dire à quel point ce dernier était un homme plein de compassion qui faisait tout ce qu’il pouvait pour soutenir les personnes âgées.

Gaétan Barrette et Yves Bolduc
À l’inverse, ce n’est pas le chef libéral qui a cité le nom de son candidat vedette, Gaétan Barrette, pressenti pour occuper le poste de ministre de la Santé si le PLQ est élu. C’est plutôt Pauline Marois qui a évoqué son nom, afin de mieux le qualifier de « lobbyiste ». Les médecins, soutient la chef péquiste, sont partis avec la caisse en se négociant de faramineuses augmentations de salaire. La chef péquiste a aussi nommé Yves Bolduc, qu’elle a placé dans la même catégorie que Gaétan Barrette.

Pierre Karl Péladeau
La chef péquiste a par contre elle aussi vu un de ses candidats vedettes être attaqué par ses adversaires. Philippe Couillard a insisté pour dire que la mise en place d’une fiducie sans droit de regard n’était pas suffisante pour garantir l’indépendance des salles de presse de Québecor si le patron du groupe accédait à un éventuel cabinet péquiste.

Christian Dubé
C’est au chapitre de l’économie que François Legault a nommé un des seuls candidats – sinon le seul – dont il a parlé durant la soirée. Christian Dubé, a dit le chef caquiste, a déjà redressé des entreprises, et il sera donc capable de faire le ménage dont le Québec a besoin. François Legault a également soutenu qu’il était le seul chef à compter dans ses rangs autant de gens d’affaires ayant réellement créé des emplois dans le secteur privé.

Carlos Leitao
Des trois membres de son trio économique, c’est Carlos Leitao que Philippe Couillard a choisi de nommer. Il a fait référence à son candidat vedette dans Robert-Baldwin pour vanter la solidité de son équipe économique.

Fatima Houda-Pepin
Le candidat dont l’évocation a fait le plus grand bruit est sans l’ombre d’un doute Fatima Houda-Pepin. Pauline Marois a cité le nom de la candidate pour servir une réplique cinglante à Philippe Couillard. « Il y a une seule femme que j’ai vue perdre son emploi au Québec [à cause de la charte des valeurs], c’est Fatima Houda-Pepin », a lancé la chef péquiste au chef libéral.

Jean-François Lisée
À son tour, Philippe Couillard a tenté d’embarrasser Pauline Marois, en faisant référence à des propos tenus le jour même par Jean-François Lisée, un peu comme Jean Charest l’avait fait en 2003 en servant à Bernard Landry des propos de Jacques Parizeau. « On est heureux de l’entendre parfois, M. Lisée, qui a dit au cours des dernières heures qu’il invitait Mme David à se joindre au Parti québécois de façon à garantir qu’il puisse y avoir un référendum au cours du prochain mandat », a lancé Philippe Couillard. L’effet n’a cependant pas été le même qu’en 2003, Pauline Marois endossant rapidement les propos de son candidat vedette.

Bernard Drainville
Le nom de celui qui a porté le projet de charte des valeurs a aussi été mentionné au passage par les adversaires de Pauline Marois pour souligner l’absence de volonté alléguée du Parti québécois de faire des compromis afin d’adopter une charte plus « consensuelle » que celle présentée l’automne dernier.

Finalement, il semble que c’est l’équipe du Parti québécois qui ait fait le plus parler d’elle durant ce débat, ce qui n’est pas étonnant vu qu’il s’agit du gouvernement sortant. Mais cela ne veut pas dire que l’équipe péquiste s’en sorte à meilleur compte, plusieurs des références ayant été faites par ses adversaires pour mieux accabler Pauline Marois.

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L’impasse

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 publié le 19 mars 2014 à 11 h 23

Ce contexte politique n’est pas nouveau, non. Il est flagrant. C’est ça qui est nouveau. Il est particulièrement flagrant. Cette campagne électorale nous le démontre sans l’ombre d’un doute.

Le Parti libéral se révèle incapable de parler de sa vision du fédéralisme, car il y a un cadenas sur le magasin général, et que Pierre Trudeau est parti avec la clé.

Philippe Couillard est ainsi contraint de devoir dire que les Québécois sont heureux et qu’ils ne sont pas opprimés, pour se rabattre sur le statu quo. Son rêve de célébrer les 150 ans du Canada en 2017 avec une adhésion du Québec au rapatriement de 1982 a été sacrifié à l’autel de la realpolitik.

Personne au Canada ne veut s’asseoir et négocier un Meech + ou un super Meech avec Philippe Couillard. Il n’y a pas un gros marché pour le fédéralisme renouvelé, même avec l’éventualité d’un Sénat réformé.

Et s’il devait être question des revendications du Québec (et des Premières Nations, qui voudront se faire entendre), les autres premiers ministres risquent de s’enfuir à la première occasion.

Pauline Marois, elle, se voit contrainte de changer de stratégie et de se montrer plus que discrète sur la question de la souveraineté du Québec. La chef du PQ constate à son tour et encore une fois que le projet de souveraineté constitue surtout un handicap en période électorale.

Non, tout cela n’est vraiment pas nouveau. Bien des Québécois sont devenus souverainistes lorsqu’ils ont constaté ce blocage du reste du Canada à l’endroit du Québec. Des militants du Parti québécois ont déserté ce parti pour se joindre à Option nationale ou à Québec solidaire parce que le projet souverainiste n’était pas mis suffisamment de l’avant en campagne électorale. Certains fédéralistes aussi se sont résignés devant la position du Canada à l’égard du Québec, mais ils sont demeurés fédéralistes.

Et d’autres fédéralistes québécois jugent que l’attitude du Canada à l’endroit du Québec est parfaitement satisfaisante et que les textes constitutionnels canadiens offrent une réponse adéquate aux aspirations du Québec.

C’est la vision du libéral fédéral Stéphane Dion et de l’ancien premier ministre Jean Chrétien.

Et, en réalité, cette apparente impasse politique au Québec n’en est peut-être pas une, dans la mesure où l’on accepte que le point de vue de ces deux hommes l’a emporté.

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Les cibles du PQ

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 publié le 19 mars 2014 à 10 h 54

Alors que les caravanes prennent un temps d’arrêt pour permettre à leur chef de se préparer aux débats, voici une liste des circonscriptions sur lesquelles le Parti québécois mise afin d’obtenir une majorité aux prochaines élections.

Évidemment, le gouvernement sortant tient pour acquis qu’il pourra conserver toutes les circonscriptions qu’il a gagnées lors du dernier scrutin. Nous vous présenterons dans quelques jours une liste des circonscriptions sur lesquelles le Parti libéral table pour atteindre le même objectif.

Pour voir la carte sur un appareil mobile, cliquez ici.

1-      Maskinongé

Lors des dernières élections, Maskinongé a été l’une des circonscriptions où la course à trois a été la plus marquée. À peine 788 voix ont séparé celui qui a fini premier de celui qui a fini troisième. Le député libéral sortant, Jean-Paul Diamond, ne se représente pas. C’est l’un de ses attachés, Marc H. Plante, qui tente de conserver la circonscription dans le giron libéral. Il fait notamment la lutte à Patrick Lahaie, un proche conseiller de Pauline Marois.

2-      Blainville

Après avoir quitté le Parti québécois pour la CAQ, puis en avoir été expulsé, le député sortant Daniel Ratthé a vainement tenté de réintégrer le caucus du PQ ces dernières semaines. Ne jouissant plus de l’appui d’un grand parti, il a choisi de ne pas se représenter. Lors des dernières élections, les péquistes avaient terminé deuxièmes, 2709 voix derrière le vainqueur.

3-      Groulx

Le Parti québécois a bon espoir de reprendre cette circonscription de la banlieue nord de Montréal. Le président du parti, Raymond Archambault, qui avait été candidat en 2012, a cédé sa place cette fois-ci à l’ex-dirigeante étudiante Martine Desjardins. Lors du dernier scrutin, la députée sortante, la caquiste Hélène Daneault, qui a annoncé à la dernière minute qu’elle ne se représentait pas, avait remporté la circonscription par 1763 voix.

4-      Saint-Jérôme

Jusqu’au dernier moment, le Parti québécois a maintenu le mystère autour du candidat qui porterait ses couleurs dans cette circonscription qui lui est habituellement assez favorable. Malgré son statut de candidat vedette, Jacques Duchesneau n’avait réussi à ravir cette circonscription en 2012 que par 897 voix. On le sait maintenant, l’entrée de Pierre Karl Péladeau dans la campagne électorale a eu l’effet d’une bombe. Son élection sera facilitée par le fait que le PQ a pu compter sur l’appui des électeurs de Saint-Jérôme depuis 1994, à l’exception d’un bref intermède en 2007. La campagne pourrait cependant réserver des échanges intéressants entre Pierre Karl Péladeau et le candidat libéral Armand Dubois, un ancien employé de Québecor.

5-      L’Assomption

Le fait que L’Assomption soit représentée par le chef d’un parti – François Legault – ne semble pas rebuter les stratèges péquistes, qui estiment probable que la circonscription leur revienne à l’issue du prochain scrutin. En 2012, François Legault avait réussi à battre la péquiste Lizabel Nitoi, une femme peu connue du grand public, par 1078 voix. La tâche sera plus ardue cette fois-ci, car le chef caquiste affrontera le très aguerri Pierre Paquette, qui a longtemps été député fédéral.

6-      Mégantic

En théorie, la circonscription de Mégantic n’est pas un terreau fertile pour le Parti québécois, qui n’y a connu que la défaite depuis sa création. La manière dont le gouvernement a géré la tragédie de Lac-Mégantic laisse toutefois penser aux stratèges péquistes qu’une victoire y est possible, d’autant que la composition démographique des circonscriptions de l’Estrie a évolué ces dernières années. En 2012, la candidate péquiste n’avait perdu que par 1099 voix. Une baisse des appuis à la CAQ, qui avait accaparé 25,6 % du vote lors du dernier scrutin, pourrait toutefois bénéficier au PLQ, dans cette région traditionnellement plus libérale.

7-      Nicolet-Bécancour

La présence de l’ex-chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, dans cette circonscription avait brouillé les cartes en 2012 et permis à la CAQ de l’emporter. Le report d’une partie des votes reçus par cette formation politique sur le Parti québécois permet toutefois au candidat péquiste Jean-René Dubois d’espérer l’emporter.

8-      Richmond

Karine Vallières, la députée libérale sortante, est la fille d’Yvon Vallières, qui a régné sur la circonscription pendant plus de 34 ans. Cependant, la circonscription a été redécoupée de manière importante en 2011, de sorte que le Parti libéral, lors du dernier scrutin, n’a eu raison du Parti québécois que par 269 votes. Le Parti québécois compte maintenant sur l’ex-député de la circonscription voisine, Étienne-Alexis Boucher, pour remporter la circonscription.

9-      Jean-Lesage

Le Parti québécois a des espoirs de gains modestes à Québec, mais s’il a la moindre chance de remporter une circonscription de plus, c’est dans Jean-Lesage. En 2012, l’actuel chef de cabinet de la ministre Agnès Maltais, Pierre Châteauvert, avait perdu par seulement 651 votes aux mains du libéral André Drolet. La circonscription comprend une partie du quartier Limoilou ainsi que les secteurs D’Estimauville et Giffard.

10-   Verdun

Le départ du député libéral Henri-François Gautrin, qui était en poste depuis 1989, pourrait aider les péquistes à prendre cette circonscription. Déjà, lors des dernières élections, le Parti québécois était passé proche d’y faire un gain, n’accusant un retard que de 547 voix sur les libéraux. Il y a 20 ans, Verdun semblait imprenable pour les péquistes, mais le tissu démographique de cette circonscription semble avoir changé, de sorte qu’elle peut maintenant être ciblée. Henri-François Gautrin lui-même a semblé concéder la défaite au Parti québécois il y a quelques semaines, mais on ne sait pas si ce pronostic s’appliquait aussi à sa circonscription.

11-   Trois-Rivières

En 2012, la députée libérale sortante Danielle St-Amand a réussi à conserver cette circonscription face à la candidate vedette péquiste Djemila Benhabib. La lutte a été serrée et s’est soldée par une victoire de 1001 voix de la libérale sur la péquiste. Le Parti québécois estime que cette fois-ci sera la bonne, et elle compte sur l’ancien journaliste Alexis Deschênes pour relever le défi. Danielle St-Amand ne se représente pas et a choisi de céder sa place à un ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Centre-du-Québec, Jean-Denis Girard.

12-   Montarville

Malgré ce qu’en dit la députée sortante de la CAQ, Nathalie Roy, qui a affirmé le 18 février que « Montarville n’a jamais été aux péquistes et ne sera pas avec les péquistes », les deux circonscriptions dont est issue Montarville ont déjà élu des députés du PQ.  Le PQ estime être en bonne posture pour arracher cette circonscription, qui comprend notamment les villes de Boucherville et de Saint-Bruno-de-Montarville.

13-   Laporte

Si le PQ remportait Laporte, ce serait une première depuis l’important redécoupage dont a fait l’objet la circonscription en 1980. Depuis une quinzaine d’années, le portrait de cette circonscription en banlieue sud de Montréal a bien changé. Le nombre d’électeurs de langue maternelle anglaise y a baissé du tiers en 20 ans, passant de près de 14 000 individus en 1991 à environ 9000 en 2011. Le PQ estime qu’il pourrait bénéficier de cette évolution du tissu sociodémographique.

14-   Mille-Îles

La députée libérale sortante Francine Charbonneau est en poste depuis 2008, mais sa majorité a pratiquement fondu de moitié en 2012. Le Parti québécois a aussi perdu des votes dans cette circonscription entre 2008 et 2012 au bénéfice de la CAQ. Il faudra voir de quelle manière se répartissent les 7467 voix reçues par la CAQ en 2012 et qui pourraient faire pencher la balance cette fois-ci.

15-   La Prairie

La Prairie fait partie de la série de circonscriptions que le Parti québécois aimerait décrocher en banlieue de Montréal. En 2012, la lutte avait été serrée entre la CAQ et le PQ, le caquiste Stéphane Le Bouyonnec ne remportant la mise que par un maigre écart de 75 votes. Les mêmes adversaires se feront de nouveau la lutte,  puisque l’économiste Pierre Langlois a confirmé qu’il porterait cette fois-ci encore les couleurs du Parti québécois.

16-   Papineau

L’Outaouais n’a jamais été un terreau très fertile pour le Parti québécois. N’empêche, lors des dernières élections, le libéral Alexandre Iraca n’a vaincu son adversaire péquiste que par 167 voix. Après avoir réussi à mettre la main sur sa voisine qui n’avait jamais voté PQ, Argenteuil, à l’occasion d’une élection partielle en 2012, les péquistes se disent qu’il est aussi possible de prendre Papineau. Si c’était le cas, ce serait une première depuis 1976.

Catégorie: Élections Québec 2014