Archives du collaborateur Sébastien Bovet


À propos de Sébastien Bovet

Sébastien Bovet travaille à Radio-Canada depuis 1994. Il est d’abord journaliste à la radio, puis reporter à la télévision. En 1998, il est nommé chef d’antenne du bulletin Québec ce soir, poste qu’il occupe pendant six ans. En 2005, il devient correspondant parlementaire à Québec. Depuis juin 2012, il est chef de bureau et analyste, toujours à l’Assemblée nationale.

La session de tous les défis

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 publié le 9 février 2016 à 18 h 54

C’est un euphémisme de dire que la politique est remplie de défis. Le gouvernement veut stimuler la création de la richesse, il veut adopter des mesures qui viennent en aide aux plus vulnérables, et ainsi de suite. Les oppositions critiquent le gouvernement, elles dénoncent, elles proposent parfois des solutions. Elles préparent le terrain des prochaines élections en espérant convaincre l’électorat.

La session qui commence à Québec ne fait pas exception.

Le défi du gouvernement

Le premier ministre Couillard veut tourner la page sur l’austérité/rigueur budgétaire. Il veut passer à un discours de prospérité. Soit! Un des défis de la politique c’est que les « bottines doivent suivre les babines », bref que le gouvernement passe de la parole aux actes. Et pour ça, il faudra attendre le budget en mars, pour voir si bottines et babines sont synchronisées. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le gouvernement roule sur l’or, qu’il réinvestisse massivement dans les écoles et les mesures de solidarité. Mais il devrait pouvoir réinvestir… un peu. Combien? Comment? Rendez-vous en mars.

Le défi de Pierre Karl Péladeau

Le chef du Parti québécois en a des défis. Il doit préparer son parti pour les prochaines élections. Il doit se distinguer comme chef de l’opposition, un rôle ingrat puisqu’il n’a aucun autre pouvoir que celui de critiquer. Il doit coordonner les efforts de l’aile parlementaire de son parti. Il doit stimuler la flamme souverainiste, pas éteinte, mais qui a besoin de carburant.  Il doit assurer la cohésion de son parti. Mais d’abord et avant tout, il doit démontrer qu’il est premier ministrable, qu’il est capable d’avoir la confiance des Québécois. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt difficile.

Le défi de François Legault

La Coalition avenir Québec a tourné en rond en 2015. En 2016, François Legault cherchera à rassembler les déçus du PQ et du PLQ. Vaste défi. Son parti est devenu fédéraliste dans les faits, même s’il est nationaliste. Pas sûr que les souverainistes du PQ suivront, à moins qu’ils ne soient si déçus qu’ils voient dans la CAQ le seul moyen de bloquer le PLQ. Pour les convictions politiques, on repassera. Les sympathisants du PLQ pourraient-ils être déçus par le discours économique du premier ministre? Peut-être. Assez déçus pour faire le saut chez la deuxième opposition? Pas sûr. Bref, la CAQ doit mettre à profit le mécontentement des familles, des souverainistes, des gens d’affaires…

Le défi de Québec solidaire

Depuis sa création et l’élection de son premier député, Québec solidaire se présente un peu comme la conscience morale de l’Assemblée nationale, à la défense de la veuve et de l’orphelin. Depuis quelques semaines, par contre, c’est le Parti québécois, avec son équipe de recherche, qui est au front pour défendre les plus vulnérables. Ça illustre toute la complexité de la tâche d’un tiers parti, qui ne compte que trois députés et une petite équipe de recherche, aussi vaillante soit-elle. Les députés courent les commissions parlementaires, prennent position sur presque tous les sujets et, en fin de compte, dispersent leur énergie. C’est dur, mais probablement nécessaire, de concentrer ses efforts.

Catégorie: Québec

Anticosti : Philippe Couillard cherche un prétexte

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 publié le 5 février 2016 à 17 h 38

Il faudrait se fermer les yeux, se boucher les oreilles et partir loin loin du Québec pour ne pas comprendre que Philippe Couillard ne veut rien savoir d’exploiter le pétrole et le gaz naturel de l’île d’Anticosti. Le problème, c’est qu’il est lié, par contrat, à un processus d’exploration du potentiel énergétique de l’île.

Alors, comment concilier son opposition et son obligation légale? C’est simple! En trouvant un prétexte pour se sortir du contrat.

Quel est ce prétexte? L’environnement!

Oubliez le fait que le baril de pétrole est à 29 ou 30$. Que l’exploitation du pétrole à Anticosti nécessiterait la construction d’un port en eau profonde. Bref, que les coûts/bénéfices seraient minimes.

L’épineuse question de la fracturation hydraulique

 

Ce sont les études environnementales qui seront la planche de salut du premier ministre. Parce que la seule façon d’extraire le pétrole ou le gaz d’Anticosti, c’est par fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, c’est pas très vert. On utilise des produits chimiques pour fracturer la pierre et aller chercher le pétrole ou le gaz. S’il y a un moratoire sur la fracturation dans la vallée du St-Laurent, il n’y aura pas de fracturation sur Anticosti. Les études vont (fort) probablement conclure que la contamination de l’eau sera trop importante, qu’elle représentera un danger pour le fleuve St-Laurent.

Et Philippe Couillard aura son prétexte.

La suite est prévisible. Le plan de match prévoit des tests de fracturation hydraulique l’été prochain. Mais seulement si les études environnementales sont concluantes, donc seulement si l’effet sur l’environnement est minime. Pariez que l’effet sera important. Pariez que les certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement ne seront pas émis.

Le premier ministre pourra alors dire qu’il a respecté le contrat. Que la phase exploratoire a peut être démontré qu’il y avait un potentiel (surtout gazier), mais que les conséquences sur l’environnement seraient beaucoup trop importantes et qu’on ne peut donc pas aller de l’avant.

Il fermerait alors le robinet de possibles recours en justice des compagnies pétrolières associées au projet.

Bref, ce n’est qu’une question de temps avant que les chevreuils d’Anticosti puissent dormir tranquilles.

Catégorie: Québec

Remaniement ministériel : la vitrine

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 publié le 1 février 2016 à 17 h 21

Le remaniement ministériel de Philippe Couillard a changé la vitrine, mais la marchandise dans le magasin, elle, reste identique pour l’instant, même si on nous promet du « nouveau stock ». La comparaison vient de Louise Beaudoin, je pense.

Cinq nouveaux visages ont fait leur entrée au Conseil des ministres, et plusieurs ministres ont joué à la chaise musicale. Avec ces changements, le premier ministre veut relancer son gouvernement, ouvrir un nouveau chapitre. En clair, il veut se défaire de l’étiquette d’austérité qui commence à coller à son gouvernement. S’il faut plus qu’une affiche « Nouvelle administration » pour relancer un magasin, il faut plus que des mots pour changer l’image et le contenu d’un gouvernement.

Devant la vitrine, les mécontents sont toujours là : parents du réseau de l’éducation, parents du réseau des CPE, chauffeurs de taxi, Fédération autonome de l’enseignement (qui a rejeté la proposition salariale du gouvernement). Bref, les projecteurs braqués sur le remaniement ministériel ont plongé le mécontentement dans l’ombre pour à peine quelques jours. Mais la dure réalité est toujours là : il y a des mécontents. Philippe Couillard va devoir renouveler son inventaire, au-delà de la vitrine.

Le gouvernement voudra calmer la grogne. La clé sera le prochain budget. Il laisse déjà entendre qu’il réinvestira en éducation et en santé tout en continuant de contrôler ses dépenses. On peut déjà prévoir les arguments du gouvernement. « Le contrôle des dépenses donne désormais la marge de manoeuvre pour réinvestir. C’était un passage obligé pour permettre d’avoir les moyens de nos ambitions. » Mais aura-t-il les moyens de répondre aux nombreuses demandes, ou devra-t-il encore arbitrer les revendications?

Politiquement, Philippe Couillard commence à préparer les élections de 2018. Elles ont beau être dans un peu moins de trois ans, elles arriveront vite. Il veut rapidement tourner la page sur les premiers mois de son gouvernement, ouvrir la voie vers une mer plus calme. Cette voie se dessine : réinvestissement, abolition graduelle de la taxe santé et… baisses d’impôts juste avant les élections?

Catégorie: Québec

Grenouillage politique

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 publié le 20 janvier 2016 à 16 h 42

Depuis que je fais du journalisme politique, je me surprends parfois à conclure des discussions avec des collègues par un « on n’en est pas à une surprise près » bien senti. Comprendre la dynamique politique représente pour moi le même défi que de résoudre le cube Rubik! Pas facile.

Dans ma quête, j’ai appris plusieurs choses. Par exemple, que la « faune politique » aime grenouiller, comme si elle était incapable de tenir en place. Comme s’il fallait toujours qu’il se passe quelque chose. J’ai aussi appris qu’une fois qu’une information devient publique, la faune ne s’intéresse pas tant à sa véracité qu’à ses conséquences.

Quelques exemples des derniers jours :

- Le cas Pierre Duchesne

Ça fait des semaines qu’on entend des mauvais commentaires sur le style de gestion du directeur de cabinet de Pierre Karl Péladeau. Ses jours sont-ils comptés au PQ? Peut être que oui, peut être que non. Peu importe, une fois que cette hypothèse est sur la place publique, que se passe-t-il? Le chef du PQ se fait demander s’il fait toujours confiance à M. Duchesne. Il ne répond pas. Conséquence : Pierre Duchesne est fragilisé dans ses fonctions. Peut-il rester dans ces conditions? Ses ennemis en interne espèrent qu’il sera congédié ou qu’il remettra sa démission. Le leadership du chef est testé. Passera-t-il le test?

Grenouillage, grenouillage…

- Le cas Pierre Moreau

À une semaine d’un probable remaniement ministériel, on apprend que Jacques Dupuis, son ami, ex-patron et ex-collègue, conseille le syndicat des policiers municipaux. La conjointe de M. Dupuis est l’attachée de presse de M. Moreau. Conflit d’intérêts en vue! M. Moreau, qu’allez-vous faire (avec en sous-entendu, ce n’est pas vivable)? Conséquence : le ministre Moreau est sur la sellette, il doit réagir, c’est en effet invivable comme situation. Son leadership et son éthique sont testés. C’est rare, il est l’homme des grandes occasions, un pilier du gouvernement, un ministre au parcours irréprochable et… un prétendant possible à la succession de Philippe Couillard.

Pierre Moreau voudrait regrouper les Affaires municipales et la Sécurité publique en un seul « superministère » de l’Intérieur. Philippe Couillard acceptera-t-il ou pas, qui sait? Mais une des conséquences, c’est cette impression que le superministre veut des superpouvoirs, qu’il est sur un supernuage et que certains (en interne?) pensent que ce serait peut-être super bien de ralentir un peu ses ardeurs. Remarquez, une autre hypothèse pourrait simplement être que le gouvernement laisse couler cette info juste pour la tester et voir si elle est acceptée dans l’opinion publique. On appelle ça un ballon d’essai!

Grenouillage, grenouillage…

- Le cas François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec multiplie les entrevues cette semaine. Pas seulement lui. Sa femme aussi a donné une entrevue. Et il dit quoi, M. Legault? Il dit que des députés péquistes réfléchissent à la possibilité de faire le saut avec la CAQ! Vrai, faux, qui, combien, on ne sait pas. Mais on sait que si vous êtes à la CAQ vous vous dites : « Wow, des péquistes veulent venir chez nous! Ça va vraiment mal au PQ, ça va bien à la CAQ! » Disons qu’après « l’annus horribilis » de 2015, c’est exactement le genre de petit remontant dont les militants de la CAQ ont besoin.

Grenouillage, grenouillage…

Évidemment, ce ne sont là que des hypothèses, des conjectures sur les intentions de tout un chacun et sur les conséquences des informations qui circulent.

Ce qui me fait penser… Depuis que je fais du journalisme politique, j’ai aussi appris qu’on fait énormément de conjectures!

M’enfin…

Catégorie: Québec

Négos : note à moi-même

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 publié le 18 décembre 2015 à 16 h 37

Cher Sébastien,

Maintenant que le soleil brille sur les relations entre le gouvernement et ses employés, je t’invite à la réflexion.

Dans cinq ans, quand les négociations reprendront, rappelle-toi de la phrase du premier ministre Philippe Couillard au lendemain de l’entente de principe : « Moi, je n’aborde pas les négociations avec le secteur public ou d’autres personnes ou d’autres organisations comme une sorte de bataille de machos où il faut qu’un soit plus fort que l’autre. »

Rappelle-toi de Martin Coiteux qui disait : « Nous sommes à des années-lumière d’une entente. »

Rappelle-toi des syndicats qui disaient que les offres du gouvernement étaient inacceptables, voire méprisantes.

Rappelle-toi que les syndicats demandent la lune, que le gouvernement offre un caillou et, qu’en fin de compte, ils se serrent la main à mi-chemin.

Rappelle-toi que ce qui se dit sur la place publique ne traduit pas ce qui se passe derrière les portes closes.

Rappelle-toi que toute la rhétorique guerrière et agressive n’est qu’une stratégie pour établir un rapport de force.

Rappelle-toi que même si le gouvernement dit que sa patience a ses limites, il peut être patient.

Rappelle-toi que Noël n’est pas juste le miracle de la Nativité, mais aussi le miracle de la négociation.

Rappelle-toi, parce que dans cinq ans, ça recommencera.

Catégorie: Québec

Une mise à jour économique aux allures politiques

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 publié le 26 novembre 2015 à 18 h 16

Dans l’océan de chiffres dans lequel nous nageons quand le gouvernement présente une mise à jour économique, il y en a un que je retiens : 80 millions.

Le gouvernement investira 80 millions de dollars de plus que prévu en éducation l’an prochain. Le réseau était frappé par la rigueur budgétaire (ou l’austérité?) avec une maigre augmentation de 0,9 % de son budget. Même pas assez pour couvrir l’augmentation des coûts de système.

On peut penser que ce réinvestissement est une réponse au mécontentement du réseau scolaire. Non seulement les syndicats et les commissions scolaires se sont-ils mobilisés pour dénoncer la vision du gouvernement, ils ont reçu l’appui de beaucoup de parents. L’enjeu? La qualité des services, la qualité fondamentale du réseau de l’éducation, avec une nette impression que cette qualité est compromise.

Alors, cette mise à jour devient aussi politique. En réinvestissant 80 millions de dollars en éducation, le gouvernement admet implicitement que sa rigueur budgétaire a un effet négatif sur le réseau. L’argent sera investi dans les services aux élèves, en augmentant « les ressources en enseignement et les ressources professionnelles et techniques, notamment dans les milieux défavorisés et dévitalisés ».

Il semble trouver l’argent dans un surplus budgétaire qui sert à financer le Fonds des générations. En prenant cette décision, le gouvernement ouvre la porte aux syndicats qui réclameront maintenant qu’il fasse le même choix pour financer des augmentations de salaire plus élevées pour les employés de l’État. Sur ce front, il faut s’attendre à un refus net du gouvernement parce que les sommes en jeu sont beaucoup plus importantes que les « maigres » 80 millions réinvestis en éducation.

Pour le reste, la mise à jour économique confirme que le gouvernement est sur la voie de l’équilibre budgétaire cette année. Il le fait grâce au contrôle des dépenses, dont dépend 84 % de l’effort du retour à l’équilibre budgétaire. La vie du gouvernement serait un peu plus facile si les revenus augmentaient à un rythme plus élevé, ce qui n’est pas le cas.

Catégorie: Québec

Un ministre en eaux troubles

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 publié le 7 octobre 2015 à 21 h 13

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai beaucoup de difficulté à y voir clair dans la controverse du déversement d’eaux usées à Montréal. C’est une controverse embrouillée, pleine de contradictions.

Récapitulons :

- il y a 18 mois, Montréal soumet son projet;

- le ministère de l’Environnement produit un rapport favorable le 24 février dernier;

- le document affirme cependant que les « usagers du fleuve Saint-Laurent seraient ainsi exposés à une importante contamination microbiologique »;

- le rapport énonce par ailleurs des mesures de mitigation pour limiter le plus possible les effets négatifs du déversement;

- le Québec tout entier apprend la décision de déverser les eaux usées dans le fleuve il y a deux semaines;

- le maire de Montréal Denis Coderre, qui semble l’apprendre en même temps que tout le monde, décrète un moratoire;

- après analyse, il affirme que c’est la seule solution possible;

- mardi, en pleine campagne électorale, le gouvernement fédéral décide de suspendre le déversement le temps de faire des analyses supplémentaires;

- Denis Coderre n’en revient pas, laisse entendre que Les Pierrafeu c’est un documentaire scientifique aux yeux des conservateurs et dit que le fédéral est au courant du projet depuis plus d’un an;

- sur Twitter, la ministre fédérale l’Environnement, Leona Aglukkak, affirme qu’elle n’a été informée des intentions de Montréal que la semaine dernière (remarquez, ses fonctionnaires étaient probablement au courant sans qu’elle le soit elle-même);

- pendant ce temps, le ministre québécois de l’Environnement David Heurtel se met les pieds dans les plats en affirmant quatre fois plutôt qu’une que si les travaux ne se font pas, l’approvisionnement en eau potable de la Ville de Montréal sera menacé;

- or c’est faux, le ministre lui-même en convient en disant qu’il a fait un « lapsus » (voir vidéo).

Eau potable? Eaux usées? Le « lapsus » de David Heurtel

Je vous laisse sur cette question philosophique : un lapsus est-il encore un lapsus quand on le répète quatre fois en 24 heures?

Peu importe votre réponse, il y a un fait incontournable : le ministre Heurtel est en eaux troubles…

Catégorie: Québec

Les nouveaux meilleurs amis de la politique canadienne

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 publié le 14 septembre 2015 à 11 h 11

Les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard
Les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard

On savait depuis un certain temps déjà que les premiers ministres Kathleen Wynne et Philippe Couillard s’entendaient bien. À preuve, les conseils des ministres communs, comme celui qui a eu lieu vendredi à Québec. Ils s’entendent bien les deux premiers ministres, mais disons qu’ils ont tout intérêt à bien s’entendre. Car au-delà des relations interpersonnelles, la politique est avant tout une question d’intérêts. Et les intérêts politiques et économiques communs de l’Ontario et du Québec sont nombreux :

  • l’Ontario a besoin d’énergie, le Québec a des surplus d’électricité;
  • les secteurs manufacturiers des deux provinces sont des piliers importants de leur économie;
  • les deux provinces ont tout avantage à lutter contre les changements climatiques, car elles n’ont pas d’industries très lourdes, très polluantes, en tout cas pas si on les compare à l’industrie pétrolière de l’Alberta.

L’alliance politique devient toute naturelle quand on constate que l’influence politique et économique des provinces a glissé d’est en ouest ces dernières années. Mme Wynne et M. Couillard représentent 60 % de la population canadienne, et leurs provinces ont fondé le pays. Sans dire qu’ils veulent recréer une « gloire passée », on peut certainement conclure qu’ils veulent ramener le balancier vers le centre du pays.

Cette bonne entente, qui prend la forme d’une alliance informelle, ne devrait donc pas nous surprendre. Elle est avant tout motivée par des intérêts politiques.

Catégorie: Québec

Applaudissements : jamais vu ça en 10 ans!

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 publié le 11 septembre 2015 à 11 h 13

Ça fait 10 ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, et je n’avais jamais vu ça! Le ministre Jean-Marc Fournier a interrompu le point de presse du député péquiste Bernard Drainville pour lui dire qu’il était… d’accord avec lui!

D’accord sur quoi? D’accord pour interdire les applaudissements pendant la période de questions à l’Assemblée nationale.

Voyez par vous-même. Vous verrez M. Drainville être d’abord interrompu par son chef de cabinet qui doit lui dire quelque chose du genre : « Y a Jean-Marc Fournier dehors, il aimerait venir, il est d’accord avec nous. Qu’est-ce qu’on fait? » Puis M. Drainville, bon joueur, accepte que M. Fournier intervienne dans son point de presse.

En fait M. Drainville n’avait plus le choix. Il venait de faire un plaidoyer pour une meilleure collaboration entre partis, il venait de dénoncer « l’hyperpartisanerie », il ne pouvait pas refuser la demande de Jean-Marc Fournier!

 

Pour voir cet extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Mais sur le fond. Vraiment?  L’interdiction des applaudissements va-t-elle diminuer le cynisme?

D’accord, dans une atmosphère de confrontation entre oppositions et gouvernement, l’idée de se faire applaudir stimule peut-être l’effet de toge, l’enflure verbale, les mots acerbes. Tout ça disparaîtra sans applaudissements? Pas sûr!

Et voilà justement un symptôme du problème. Quand on réfléchit à la proposition de M. Drainville, on l’aborde avec un angle cynique! Il est si élevé le cynisme, en ce moment, que ma première réaction est justement celle-là : je doute!

Je me suis questionné publiquement en ondes en utilisant des expressions du genre : « Si le passé est garant de l’avenir, pas sûr qu’ils y arriveront », « Faudra voir si nos élus passent de la parole aux actes », « On verra» ou  « Je doute »!

En privé, je me suis dit qu’ils trouveraient bien un autre moyen de manifester leur approbation ou désapprobation en criant, en tapant sur leur bureau ou je ne sais quoi. Cynisme, quand tu nous tiens!

Alors, donnons la chance aux coureurs, mettons notre cynisme de côté. Applaudissons l’interdiction des applaudissements.

Prochaines étapes dans la guerre contre le cynisme? Que les ministres répondent vraiment aux questions de la période de questions, qu’ils s’arrangent pour tenir leurs promesses électorales et que nos élus laissent tomber la langue de bois. Vaste défi!

À lire : Vers la fin des applaudissements partisans à l’Assemblée nationale

Catégorie: Québec

Le ministre négociateur

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 publié le 25 mai 2015 à 19 h 31

C’est fou comme la politique est un monde fascinant. Il n’y a pas si longtemps, les médecins omnipraticiens dénonçaient avec l’énergie du désespoir le projet de loi 20. Prenez, par exemple, leur campagne publicitaire qui parlait de  la « déshumanisation » du réseau de la santé. Votre humble serviteur disait même qu’il ne fallait pas inviter le président de la Fédération des médecins omnipraticiens et le ministre Barrette au même « 5 à 7 ».

Aujourd’hui, non seulement il n’y aurait aucun risque à les inviter,  ils seraient probablement vos deux invités les plus souriants et ceux qui mettraient le plus de vie dans la place.

Alors, où sont passés les gros mots? Le « funeste projet de loi 20 »? Les « dommages irréparables causés au système de santé »? Les médecins qui ne travaillent pas assez, à défaut de dire « paresseux »?

Ils ont été enterrés dans la négociation de « bonne foi ». Avez-vous l’impression, comme moi, que toute cette rhétorique a finalement permis d’établir un rapport de force?

Sans dire que le projet de loi 20 servait précisément à établir ce rapport de force, on peut se demander s’il n’y a pas fortement contribué.

Récapitulons :

- le « ministre bulldozer » fait passer un premier projet de loi, le 10, au bâillon;

- le message est clair, les bâillons ne font pas peur au gouvernement;

- si vous êtes dans un sarrau de médecin, vous vous dites quoi? Il va nous rentrer le projet de loi 20 dans la gorge pas mal plus loin que l’abaisse-langue qu’on utilise pour nos consultations, n’est-ce pas?

- alors le jeu de la négociation commence;

- en fin de compte, le ministre obtient ce qu’il veut, c’est-à-dire un meilleur accès;

- en fin de compte, les médecins peuvent se vanter d’avoir fait dévier le « ministre bulldozer » devenu « ministre négociateur » en obtenant de passer moins de temps dans les hôpitaux.

Bref, sans le projet de loi 20, est-ce que le ministre aurait réussi à négocier l’entente d’aujourd’hui? On peut se poser la question.

Et nous? On espère que d’ici la fin 2017, 85 % des Québécois auront un médecin de famille (nous sommes 75 % actuellement, selon un sondage récent).

Parce qu’on sait que la baguette magique en santé n’existe pas. Souvenez-vous de la promesse de réduire le temps d’attente dans les urgences, en 2003…

Catégorie: Québec