Archives du collaborateur Sébastien Bovet


À propos de Sébastien Bovet

Sébastien Bovet travaille à Radio-Canada depuis 1994. Il est d’abord journaliste à la radio, puis reporter à la télévision. En 1998, il est nommé chef d’antenne du bulletin Québec ce soir, poste qu’il occupe pendant six ans. En 2005, il devient correspondant parlementaire à Québec. Depuis juin 2012, il est chef de bureau et analyste, toujours à l’Assemblée nationale.

Le torchon brûle

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 publié le 11 décembre 2014 à 14 h 39

De l’avis de presque tous les commentateurs politiques, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est une étoile du gouvernement Couillard. Je l’ai moi-même qualifié de ministre efficace.

À preuve, il a réussi à signer le pacte fiscal avec les municipalités, leur faisant avaler au passage une compression de 300 millions de dollars dans leurs transferts financiers.

Le jour même où des centaines d’employés municipaux manifestaient dans les rues, il annonçait que le projet de loi 3, sur la réforme des régimes de retraite municipaux, serait adopté parce qu’il acceptait des amendements proposés par le Parti québécois.

Un ministre efficace, calme, rassembleur, capable de faire des compromis… jusqu’à hier.

Sa virulente sortie contre les maires de Longueuil et de Laval a outré et stupéfait les élus municipaux.

Ça se résume ainsi : comment ces villes peuvent-elles augmenter les impôts de 3,9 % (Longueuil) et 3,2 % (Laval) quand elles ont des surplus accumulés de 17,5 millions de dollars (Longueuil) et de 117 millions de dollars (Laval)? Pourquoi ne pigent-elles pas dans leurs surplus au lieu d’augmenter autant les impôts?

Qui a raison? Qui a tort? Vous savez comme moi que les enjeux politiques sont rarement noirs et blancs, ils sont en teintes de gris.

Selon les municipalités, les surplus servent à financer des projets d’infrastructure ou des dépenses imprévues (comme pour le déneigement, par exemple).

Sur la forme, par contre, la menace du ministre de retenir des transferts d’argent aux municipalités qui se servent du pacte fiscal pour augmenter les impôts ressemble à de l’ingérence. Les villes jouissent d’une certaine autonomie, leurs dirigeants sont élus, elles ont un pouvoir de taxation. Comment le gouvernement de Philippe Couillard réagirait-il si le gouvernement fédéral menaçait de retenir des transferts parce que le gouvernement du Québec ne contrôle pas ses dépenses?

Les villes par contre sont dépendantes des transferts du gouvernement pour financer leurs activités. Et, récemment, elles s’en sont complètement remises au gouvernement pour régler le problème des déficits de leurs régimes de retraite.

Avouez par ailleurs qu’il y a un certain paradoxe à entendre le gouvernement Couillard s’en prendre à des villes qui augmentent les impôts quand lui-même augmente le fardeau fiscal de beaucoup de Québécois pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Bref, le torchon brûle, et ça prendra un ministre efficace pour éteindre le feu!

 

Catégorie: Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie: Québec

Au buffet de l’austérité

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 publié le 25 novembre 2014 à 11 h 26

La stratégie n’est pas très subtile : publier un dimanche matin à 10 h le rapport de la commission Robillard sur la révision des programmes quelques jours à peine après que le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter le tarif quotidien des garderies.

C’est la stratégie de l’amputation : votre médecin vous dit qu’il doit vous amputer la jambe, il n’enlève que le pied. Vous vous dites que c’est terrible, mais que ça aurait pu être pire.

La commission Robillard propose d’augmenter à 35 $, pour tout le monde, le tarif quotidien des garderies? Le gouvernement le plafonne à 20 $. Et même si « fiscalement » le 35 $ est plus avantageux, le 20 $ apparaît moins élevé que 35 $.

La commission Robillard propose de réduire de 1,3 milliard de dollars les transferts aux municipalités? Le gouvernement les réduit de 300 millions (pour l’instant). « Ça aurait pu être pire. »

Le problème de la politique du « moindre mal », c’est qu’elle éloigne le gouvernement de son objectif de trouver 3 milliards de dollars pour équilibrer les finances publiques. La commission Robillard propose des économies de 2,3 milliards de dollars. Le gouvernement ne va pas aussi loin. Il faudra bien qu’il trouve l’argent quelque part.

Santé et éducation?

L’argent se trouve en santé et en éducation. Ce sont les deux plus grosses dépenses du gouvernement. Des ministères « trop complexes » pour être évalués rapidement, selon Lucienne Robillard. Mais ça viendra, dans quelques mois. Politiquement ce sera délicat parce que les Québécois tiennent à leur réseau de santé et à leur système d’éducation.

En attendant, le gouvernement ne fera pas de cadeaux de Noël. Il multipliera les annonces « difficiles » d’ici les Fêtes.

Au lieu de servir un énorme buffet difficile à digérer, comme l’a fait la commission Robillard, il présentera ses plats un à un, vous les offrira en petites bouchées pour éviter l’indigestion, mais surtout pour éviter de provoquer trop de mécontentement dans toutes les couches de la société.

Et il semble qu’en janvier et février, nous aurons droit à une espèce de Boxing Day de « bonnes nouvelles » (investissements et autres).

Catégorie: Québec

Le cynisme

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 publié le 11 novembre 2014 à 11 h 38

Les sondages placent souvent les politiciens au bas de l’échelle de confiance (remarquez, les journalistes ne sont parfois pas bien loin). Je me suis toujours dit que ce cynisme était un peu injuste pour des femmes et des hommes qui sacrifient une carrière, un bon salaire, pour servir l’État.

Peu importe le parti, je me suis même surpris à me dire que s’ils faisaient des promesses, c’était pour les tenir. Gel des tarifs, pas d’augmentation de taxes, création d’emplois, etc.

Alors, quand le ministre des Finances Carlos Leitao a affirmé lundi que la création de 250 000 emplois sur 5 ans n’était pas une promesse du Parti libéral, mais un « objectif », j’ai compris pourquoi nos politiciens sont toujours au bas de l’échelle de confiance.

Quoi? Un objectif? Pas une promesse? On avait tous mal compris? Alors, j’ai douté. Est-ce que j’avais mal compris? Avais-je mal interprété les mots utilisés en campagne électorale?

La réponse est non! Les paroles s’envolent, les écrits restent. Dans un communiqué publié le 6 mars par le PLQ, on peut lire : « Engagement : l’équipe économique du PLQ créera 250 000 emplois en 5 ans. »

Il me semble que c’est assez clair, non?

Une déclaration déroutante

Je précise, j’aime bien M. Leitao. Je le trouve candide, pas trop langue de bois, relativement transparent, pédagogue. Mais sa déclaration est déroutante.

- Il est ministre des Finances. A-t-il déjà baissé les bras sur sa capacité à créer des emplois?

- Le gouvernement est-il si ébranlé par les pertes d’emplois de septembre qu’il voit l’avenir en noir?

- Le fameux « trio économique » tant vanté est-il en train de se faire marquer plus de buts qu’il n’en marque?

- Mais surtout : que vaut une promesse électorale si six mois plus tard elle ne tient plus?

Une déclaration malhabile

En ce sens, la déclaration du ministre est non seulement malhabile, mais elle envoie aussi un message négatif au moment même où l’économie du Québec a de la difficulté à créer des emplois.

Rassurez-vous par contre. Le gouvernement prépare la réplique. Il décortique le marché du travail, avec comme prémisse qu’on ne peut plus l’analyser comme on le fait depuis 50 ans. Les mises à la retraite et la multiplication des emplois à temps partiel remettent en question la grille d’analyse, et donc ses conclusions négatives actuelles.

À suivre…

Catégorie: Québec

La définition de PKP

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 publié le 1 octobre 2014 à 18 h 50

En politique, il existe un principe incontournable quand un adversaire redoutable se dresse à l’horizon : « définis ton adversaire avant qu’il ne se définisse lui-même ».

Souvenez-vous du mot  « girouette » utilisé si souvent par Jean Charest pour décrire Mario Dumont de l’ADQ, que le président de l’Assemblée nationale avait été obligé de le mettre à l’index, de l’interdire en tant que propos non parlementaire.

C’est en appliquant ce principe qu’on peut analyser les discussions de corridors sur celui qu’on appelle maintenant simplement PKP : Pierre Karl Péladeau.

Il se dresse comme le candidat le plus sérieux à la direction du Parti québécois. Certains parlent d’un rouleau compresseur qui ne laissera rien l’arrêter sur son passage. En tout cas, ses adversaires politiques semblent entendre le moteur du rouleau compresseur.

Le libéral Martin Coiteux l’a traité d’irresponsable parce qu’il a dénoncé les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Le chef de la CAQ, François Legault, s’est demandé à voix haute si PKP n’était pas devenu marxiste-léniniste parce qu’il défend le « modèle québécois ».

« Irresponsable », « marxiste-léniniste », cela commence à ressembler à des tentatives de définir l’adversaire politique.

Pendant ce temps, le principal intéressé tente lui-même de se définir. Défenseur du modèle québécois, pourfendeur de l’austérité, et ainsi de suite.

Quelle étiquette lui collera à la peau quand il se lancera dans la course à la succession de Pauline Marois?

Catégorie: Québec

Le facteur du gouvernement

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 publié le 26 septembre 2014 à 17 h 42

Cette semaine, le ministre de la Santé Gaétan Barrette est devenu le facteur du gouvernement. Celui qui livre le message, celui qui livre la marchandise.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, le premier ministre Couillard affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ira au bout de ses ambitions, qu’il réformera en profondeur les programmes et la fiscalité du Québec. Il n’est pas le premier politicien à nous le promettre. Il ne serait pas le premier à ne pas tenir parole.

Vous avez donc raison d’être sceptiques et de douter.

Pour montrer sa détermination, il lui fallait un porteur de ballon, un facteur. Un ministre qui ne reculera pas, qui ne déviera pas de l’objectif. Ce ministre, il l’a trouvé. Il s’appelle Gaétan Barrette.

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Je l’ai moi-même traité de « girouette » quand il est passé de la CAQ au PLQ. Mais comme soldat politique, il a parfaitement rempli sa mission.

Il a arraché une entente avec les médecins et a posé le premier jalon du grand chambardement de l’État québécois en déposant un projet de loi. Il a dû prendre un chemin tortueux avec les médecins, et son projet de loi ne passera probablement pas comme une lettre à la poste. Mais le message est livré : le gouvernement est sérieux.

Le bulldozer ouvre le chemin et trace la voie. Les ministres qui doutaient de la détermination de leur gouvernement (il y en a) devront suivre.

On se demande quand même ce qui restera debout une fois que tous les ministres auront suivi le bulldozer…

Catégorie: Québec

Et le développement économique?

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 publié le 15 septembre 2014 à 16 h 42

Quand Philippe Couillard a pris le pouvoir, il a annoncé aux Québécois que l’action de son gouvernement serait axée sur le redressement et la relance. Appelons ça la politique « R et R ».

Mais depuis plusieurs semaines, seul le premier « R » sort de la bouche des membres du gouvernement. Au mot redressement, ils ajoutent parfois rigueur budgétaire.

Où donc est passé le deuxième « R », la relance? On l’avait oublié, mais le premier ministre l’a retrouvé… aujourd’hui.

Et il l’accompagnera de deux autres mots :  « développement économique ».

Philippe Couillard les a utilisés ce matin devant des gens d’affaires de grandes compagnies américaines. Il le fera à la fin du mois lors d’un passage à New York. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’à la fin octobre et au début novembre,  ce sont les Chinois et les Islandais qui l’entendront discourir sur le Plan Nord, la stratégie maritime, la fiscalité des entreprises et l’expertise de la main-d’oeuvre québécoise.

À bien y penser, il commençait peut-être à être temps que le premier ministre ramène le balancier du côté « positif ». Si je me mettais dans les souliers d’un riche investisseur à la recherche d’une bonne affaire, je ne suis pas sûr que je verrais le Québec comme un bon endroit où investir. À force de brosser un portrait sombre des finances publiques, M. Couillard envoie-t-il un message négatif aux investisseurs? Peut-être.

Une chose est sûre, son discours changera au cours des prochaines semaines. Les deux « R », redressement et relance, seront à nouveau réunis.

Reste à voir si le gouvernement sera capable de tout faire. Bref, sera-t-il capable de faire les deux « M »: marcher et mâcher de la gomme en même temps?

Catégorie: Québec

Si vous avez lu les aventures d’Harry Potter, vous savez qu’il y a un nom-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : Voldemort!

Si vous suivez la politique canadienne, vous savez qu’il y a un mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer : constitution!

En fin de semaine, une déclaration de Philippe Couillard a suscité toutes sortes de réactions, sans même qu’il ne prononce le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne. Peut-être pas chez vous entre vos travaux extérieurs, un dernier BBQ avec les amis ou la famille et une bonne bouteille de vin.

Mais des réactions de la classe politico-médiatique…

Qu’est-ce que M. Couillard a dit sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne?

Il a dit : « … à l’aube du 150e anniversaire du Canada, les Québécois souhaitent que le pacte qui lui a donné naissance soit réaffirmé. »

Traduction : pacte = constitution.

L’interprétation est plus délicate, parce que le terme « réaffirmé » est flou à souhait. « Réaffirmé », ça veut dire quoi?

Ça veut dire que M. Couillard veut rouvrir la Constitution, y réintégrer le Québec d’ici le 150e anniversaire du Canada en 2017?

Ça veut dire rappeler que le Québec n’est toujours pas signataire de la Constitution et que c’est une tache historique?

Hier, M. Couillard a « précisé » sans même prononcer le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne : « Tant mieux si on fait avancer ce dossier, mais ce n’est pas une priorité quotidienne pour nous. »

Traduction : dossier = constitution.

Interprétation : M. Couillard réalise que le mot-qu’il-ne-faut-pas-prononcer-en-politique-canadienne suscite, dans la sphère politico-médiatique, une réaction épidermique.

Interprétation finale : comme bien des fédéralistes, M. Couillard pense que l’absence de signature du Québec au bas de la Constitution est une tache historique. Il pense qu’elle doit être effacée. Mais il réalise qu’il n’y a pas d’appétit, que les options pour effacer cette tache (débat constitutionnel ou indépendance) n’émeuvent pas la population actuellement.

Bref, ça veut dire qu’en 2017, pariez que rien n’aura changé…

Catégorie: Ottawa, Québec

Gérer les ballons d’essai

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 publié le 4 septembre 2014 à 17 h 52

Savez-vous ce qu’est un ballon d’essai en politique?

C’est quand « quelqu’un » veut tester une idée, une hypothèse et qu’il décide de la faire « couler » sur la place publique. Ce « quelqu’un » observe ensuite les réactions.

Des ballons d’essai, on va en avoir tout plein cet automne, au Québec. « Tel programme est menacé de disparaître. » « Tel ministère est en péril. » « Le gouvernement veut abolir telle subvention. »

La nouvelle de ce matin dans Le Devoir concernant la possible disparition du ministère des Relations internationales tombait probablement (même si je n’en ai pas la preuve) dans la catégorie des ballons d’essai.

« Quelqu’un » qui étudie l’hypothèse voulait observer les réactions. Ou « quelqu’un » qui est contre l’hypothèse voulait soulever un mouvement de protestation.

La réponse du premier ministre m’a surpris : il n’est « pas question de diminuer le rayonnement international du Québec ». Pour un plaidoyer fort pour le ministère des Relations internationales, on repassera!

Ça veut dire quoi, « ne pas diminuer le rayonnement international du Québec »? Ça prend un ministère pour faire ça? Ou un simple secrétariat, moins gros, avec moins d’employés?

Et, quand on y pense, qu’est-ce que le premier ministre peut répondre d’autre?

S’il dit que le ministère va disparaître, il court-circuite sa commission sur la révision des programmes. Il lance le message que les dés sont pipés d’avance.

S’il dit que le ministère ne disparaîtra pas, il envoie le message que « tout » n’est pas sur la table, contrairement à ce qu’il nous dit depuis des semaines. Que le travail d’analyse ne sera pas fait jusqu’au bout, que des décisions sont déjà prises, sans analyse profonde.

Dans les deux cas, peu importe la réponse, M. Couillard s’expose à devoir réagir, le jour même, à n’importe quel ballon politique. Le message aux fonctionnaires, sous-ministres et groupes de pression est le suivant : « Vous voulez lancer des ballons d’essai? Allez-y, je vais commenter. »

Il n’est pas gardien de soccer, M. Couillard, il est premier ministre.

Et en ce sens, sa réponse, bien qu’évasive, est peut-être la seule qu’il pouvait donner… aujourd’hui.

Catégorie: Québec

Automne chaud

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 publié le 3 septembre 2014 à 7 h 44

Les vacances sont finies. Je ne suis pas le seul à retourner au bureau à en juger par le trafic ce matin. Oui, oui, amis montréalais! Il y a du trafic à Québec. Rien de comparable à votre enfer, je vous l’accorde, mais quand même.

Pare-chocs à pare-chocs pour entrer en ville, la pression monte, j’ai si hâte de retrouver le bureau…

Il est toujours aussi « bien climatisé », ce bureau que je retrouve. D’ailleurs, l’humidité n’est pas censée partir en septembre? En tout cas, il fait (encore) chaud.

Remarquez, peut-être que cette chaleur vient du bureau du premier ministre, dans l’immeuble à deux pas de celui de la Tribune de la presse.

Parce que le gouvernement de M. Couillard va avoir un automne chaud, que l’humidité continue ou non de s’accrocher. N’en doutez pas…

Déjà, les employés municipaux sont rouges de colère à cause de la réforme de leurs régimes de retraite. Ils veulent rallier les fonctionnaires provinciaux, les employés d’universités et autres syndiqués « publics » à leur cause.

Et puis, l’exercice de « réingénierie » commence.

« Quoi?, dites-vous. Réingénierie? »

Oui oui, « réingénierie », c’est un vieux terme qui date de 2003.

À l’époque, le premier ministre Charest voulait faire à peu près la même chose que ce que le gouvernement de Philippe Couillard veut faire en… 2014. M. Charest avait reculé quand le parvis de l’Assemblée nationale devenait un lieu de manifestations quotidiennes.

« Réingénierie », c’est un mot qu’on n’utilise plus. Mais dans le fond, c’est la même chose.

Aujourd’hui, le président du Conseil du Trésor dit qu’il faut faire le « ménage » dans les programmes, dans la façon de faire du gouvernement. Ce terme-là, il ne vient pas de Jean Charest, il vient de François Legault, de la CAQ. Il aurait dû enregistrer les droits sur ce mot-là.

Peu importe la sémantique, le gouvernement prépare le terrain. Consultation publique sur le web, consultations en privé des « intervenants du milieu » (lire groupes de pression), travaux de deux commissions, une sur les programmes, l’autre sur la fiscalité.

Les choix seront difficiles. On verra si le gouvernement va jusqu’au bout de ses convictions, s’il remet en question le « modèle québécois » en éliminant certains programmes. Mais une chose est sûre, les décisions feront grincer des dents, provoqueront la colère, feront monter la pression, feront monter la chaleur…

L’automne sera chaud, je vous dis…

Catégorie: Québec