Archives du collaborateur Sébastien Bovet


À propos de Sébastien Bovet

Sébastien Bovet travaille à Radio-Canada depuis 1994. Il est d’abord journaliste à la radio, puis reporter à la télévision. En 1998, il est nommé chef d’antenne du bulletin Québec ce soir, poste qu’il occupe pendant six ans. En 2005, il devient correspondant parlementaire à Québec. Depuis juin 2012, il est chef de bureau et analyste, toujours à l’Assemblée nationale.

Un ministre efficace et effacé

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 publié le 27 février 2015 à 19 h 24

Efficacité et discrétion, ce sont deux qualités recherchées par un premier ministre quand il forme son Conseil des ministres.

Vous allez me dire : « Et la compétence, elle? » Je vous répondrais : « Bien sûr, la compétence, mais en politique, la compétence ne garantit pas un poste de ministre! » Il y a aussi la géographie (le candidat vient-il d’une ville ou d’une région?), le sexe, les liens avec le premier ministre, le passé (trouble ou immaculé), bref…

Mais quand un ministre est efficace et effacé, il fait le bonheur de son patron. D’abord, parce qu’il atteint les objectifs fixés. Et aussi, parce qu’il ne mettra pas le gouvernement et le premier ministre dans l’embarras.

Le nouveau ministre de l’Éducation, François Blais, est exactement comme ça.

Efficacité : c’est un novice en politique (en fait presque, il a été doyen de la Faculté des sciences sociales et candidat défait au poste de recteur de l’Université Laval), mais lors de son bref passage au ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il a mené ses réformes avec doigté, sans faire de vagues.

Effacé : il ne court pas après l’attention des médias, vous ne le verrez pas donner d’entrevues aux caméras de surveillance de l’Assemblée nationale. Disons que ça réduit le risque de dérapage. Disons aussi qu’à l’Emploi et à la Solidarité sociale, les corvées médiatiques étaient rares. Mais quand il les a faites, il les a bien faites. Reste à voir comment il résistera à l’attention quotidienne du ministère de l’Éducation.

Parce qu’il faut le dire, il a du pain sur la planche, M. Blais : fusions des commissions scolaires, élimination des élections scolaires, négociations avec les enseignants, vision de l’école pour 2020-2025… il ne chômera pas et ce ne sera pas facile!

Philippe Couillard pense avoir trouvé celui qui calmera le monde de l’éducation. On verra quelle note il reçoit dans quelques mois…

Catégorie: Québec

Contrôle du message… et des questions

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 publié le 24 février 2015 à 16 h 57

On a beaucoup parlé de la nouvelle consigne de Philippe Couillard à ses ministres. Ils doivent dorénavant attendre d’avoir reçu les « lignes de presse » de son Cabinet avant de s’adresser aux médias.

Quelques jours après avoir imposé cette consigne, le premier ministre ne se doutait probablement pas qu’il serait lui-même appelé à « contrôler » la question d’un journaliste.

Ça s’est passé lors du passage à Québec du président de l’Islande, Olafur Ragnar Grimmsson. Ça commence par l’aveu d’un collègue journaliste qui juge son anglais trop approximatif pour poser une question au président islandais.

La suite se trouve dans cet extrait :

Malgré une question potentiellement embarrassante, le premier ministre a fidèlement servi d’interprète.

Le président Grimsson le lui a bien rendu en répondant que des États fédérés (comme le Québec ou des États américains) jouissaient d’assez d’autonomie politique pour conclure des ententes avec des pays comme le sien.

Mais à une question précédente sur les aspects négatifs de l’indépendance, M. Grimsson a répondu que l’indépendance n’est jamais négative, surtout quand un peuple (comme le sien) prend sa destinée économique en main.

On présume que M. Couillard aurait aussi souhaité pouvoir « contrôler » la réponse de son invité.

Catégorie: Québec

Un gouvernement fauché

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 publié le 23 février 2015 à 19 h 30

Je vous laisse décider si nous sommes en période d’austérité ou de rigueur budgétaire.

Dans ce débat qui fait rage, une chose est sûre : le gouvernement est fauché.

Si fauché, en fait, qu’il doit demander à la Caisse de dépôt et placement de financer des projets d’infrastructures comme le système léger sur rail du nouveau pont Champlain ou le train de l’Ouest pour relier Montréal à l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau.

Si fauché, qu’il veut maintenant donner aux villes le pouvoir de taxer les immeubles en fonction de leur proximité au transport en commun. Votre maison fraîchement construite est près d’une station de métro? Vous paierez plus de taxes municipales.

Pourquoi? Parce que vous bénéficiez d’un meilleur service, qu’il faut financer. On appelle cela « la captation de la plus-value foncière ».

Évidemment, vous pourriez argumenter que votre maison vaut déjà plus cher et que, par conséquent, vous payez déjà plus de taxes municipales, justement parce que vous habitez près d’une station de métro. Peine perdue, le gouvernement est fauché.

Il argumentera qu’il faut bien les financer, ces services. Et si des résidents bénéficient de meilleurs services, pourquoi ne paieraient-ils pas un peu plus cher? Et si leur maison a une plus grande valeur de revente, ils seront gagnants en fin de compte.

En tout cas, on ne pourra pas reprocher au gouvernement de manquer d’imagination. Il va toutefois arriver un moment où les augmentations des tarifs d’Hydro-Québec, des garderies subventionnées et des taxes scolaires commenceront à peser lourd sur le moral du contribuable…

Catégorie: Québec

L’approche « légalo-légale » du PLQ

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 publié le 11 février 2015 à 21 h 05

Vous vous souvenez peut-être du débat sur la charte des valeurs et de l’embarras dans lequel le Parti libéral avait été plongé.

Rappelez-vous : le député libéral Marc Tanguay disait qu’il serait « tout à fait à l’aise » de côtoyer une députée portant le tchador (qui recouvre le corps de la tête au pied en laissant le visage découvert).

Rappelez-vous : le fracassant départ de Fatima Houda Pepin, expulsée pour les uns, incapable de compromis pour les autres, mais elle était certainement plus affirmative que son parti sur les questions de laïcité.

Vous pensiez que le PLQ avait appris sa leçon? Pas vraiment.

En arrivant au caucus du gouvernement mercredi matin, la ministre de l’Immigration Kathleen Weil s’est fait demander si elle accepterait de travailler dans son cabinet avec un intégriste religieux.

Voici deux extraits de sa réponse :

1- « Intégriste, ça dépend jusqu’où… s’il est rigoriste, mais qu’il ne fait pas de mal à personne. C’est ça l’inquiétude pour une démocratie, c’est la sécurité des gens. »

2- « On n’a pas de jugement à porter sur cette personne, en autant que la sécurité publique est protégée… »

En deux réponses, la ministre Weil a rappelé à gros traits le problème latent du PLQ sur ces questions : son approche « légalo-légale ».

D’accord, l’intégrisme n’est pas illégal en soi. D’accord, « en théorie », on ne peut pas faire de discrimination. Mais la politique, c’est autre chose. C’est avoir une certaine sensibilité sur ces questions, au-delà de la lettre légale.

À la sortie du conseil des ministres, Mme Weil a corrigé le tir :

« On s’entend, quelqu’un qui ne partage pas nos valeurs de démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, quelqu’un qui ferait la promotion de l’homophobie, ce serait impossible que quelqu’un comme ça se retrouverait dans mon cabinet. »

Il est évident que dans un cabinet politique, on n’engage pas quelqu’un qui ne partage pas ses valeurs ou sa vision politique.

Mme Weil aurait-elle engagé un adversaire politique? Non!

Pourquoi alors engagerait-elle un intégriste?

Catégorie: Québec

La justice n’a pas de prix

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 publié le 28 janvier 2015 à 19 h 05

Si le gouvernement accepte la demande de la commission Charbonneau de prolonger son mandat jusqu’à la fin novembre, la CEIC aura duré quatre ans et coûté entre 40 et 50 millions de dollars. C’est long, c’est cher.

Mais la justice a-t-elle un prix?

C’est probablement la question que le premier ministre Couillard se posera en étudiant la demande de la commissaire France Charbonneau.

Les Québécois veulent que la commission aille au fond des choses. Ils veulent qu’elle puisse faire son travail dans un environnement serein. Ils veulent savoir s’ils se sont fait avoir par la collusion et la corruption. Justice ne sera peut-être pas rendue avec la commission, ce sera aux tribunaux de rendre justice, mais au moins on sera allé jusqu’au bout.

Ça, c’est pour le côté « justice ». Ajoutez l’ingrédient « politique » et je vois mal comment le gouvernement pourrait refuser.

Si le gouvernement refuse, le PLQ sera accusé de vouloir lui mettre des bâtons dans les roues, d’autant plus qu’il est dans la ligne de mire de la commission.

D’ailleurs, en sortant du Conseil des ministres,  Jean-Marc Fournier a affirmé que ce qui compte, c’est la qualité du rapport, pas l’échéancier.

Alors, il est plus que probable que le gouvernement accepte. Mais il le fera sous pression.

À partir du moment où la demande de la Commission a été rendue publique, le gouvernement a perdu son pouvoir de négociation avec elle. Si la demande était restée en circuit fermé, il aurait pu négocier une prolongation de quatre mois au lieu de sept, par exemple. Maintenant, s’il n’accorde pas les sept mois de prolongation, il donnera l’impression de lui nuire…

Catégorie: Québec

Le majordome du premier ministre

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 publié le 19 décembre 2014 à 15 h 26

Le premier ministre du Québec a un majordome. Je ne vous parle pas d’un de ses ministres, prêt à aller au front pour défendre son patron sans poser de questions. Je vous parle d’un majordome dans le sens de… majordome!

Dans le sens du Larousse : « maître d’hôtel chez un riche particulier » ou « intendant de la maison royale mérovingienne et chef de la domesticité ».

Vous avez bien lu! Un majordome.

Non seulement a-t-il un majordome, mais quand vous consultez la liste du personnel politique du premier ministre, le majordome apparaît au quatrième rang, avant le… directeur de cabinet (un des hommes les plus puissants de la colline Parlementaire)!

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Quelques explications

Cette situation particulière mérite des explications d’autant qu’aux dernières nouvelles, « majordome » ne rimait pas avec « austérité » ou « rigueur budgétaire ».

Mais il en existe peu. Quand on pose des questions dans l’entourage du premier ministre, on se fait dire avec un air de désolation des choses du genre : « Oh non, vous n’allez pas faire quelque chose là-dessus! »

N’écoutant que mon courage, voici quelques données :

  • Il semble que ce soit Jacques Parizeau, qui le premier, a eu besoin d’un majordome; c’était en 1994.
  • Selon les souvenirs des gens du ministère du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre), tous les successeurs de M. Parizeau ont aussi eu un majordome.
  • Il n’existe, semble-t-il, pas de description de tâches pour cet emploi. Mais on laisse entendre que le majordome rend service au premier ministre. Il fait pour lui des commissions, peut-être même s’occupe-t-il de certains repas, mais c’est flou.  Un genre d’homme à tout faire, disons.
  • Impossible de savoir combien il gagne, à moins de faire une demande d’accès à l’information. On dit simplement que son salaire est payé par le Cabinet.
  • Depuis huit ans que je suis les débats à l’Assemblée nationale, c’est la première fois que je vois la fonction de majordome dans la liste du personnel politique. C’est par souci de transparence que le gouvernement actuel a divulgué cette information, dit-on. À la bonne heure!
  • Toutes les personnes consultées s’entendent par ailleurs pour dire que la fonction de majordome est importante au Cabinet du premier ministre. Et je les crois. On veut que le premier ministre consacre le plus de temps possible à gérer l’État!

Voilà, c’est tout ce qu’il est possible de savoir sur le majordome du premier ministre!

Là-dessus, Joyeux Noël et Bonne année à tous!

Catégorie: Québec

Le torchon brûle

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 publié le 11 décembre 2014 à 14 h 39

De l’avis de presque tous les commentateurs politiques, le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est une étoile du gouvernement Couillard. Je l’ai moi-même qualifié de ministre efficace.

À preuve, il a réussi à signer le pacte fiscal avec les municipalités, leur faisant avaler au passage une compression de 300 millions de dollars dans leurs transferts financiers.

Le jour même où des centaines d’employés municipaux manifestaient dans les rues, il annonçait que le projet de loi 3, sur la réforme des régimes de retraite municipaux, serait adopté parce qu’il acceptait des amendements proposés par le Parti québécois.

Un ministre efficace, calme, rassembleur, capable de faire des compromis… jusqu’à hier.

Sa virulente sortie contre les maires de Longueuil et de Laval a outré et stupéfait les élus municipaux.

Ça se résume ainsi : comment ces villes peuvent-elles augmenter les impôts de 3,9 % (Longueuil) et 3,2 % (Laval) quand elles ont des surplus accumulés de 17,5 millions de dollars (Longueuil) et de 117 millions de dollars (Laval)? Pourquoi ne pigent-elles pas dans leurs surplus au lieu d’augmenter autant les impôts?

Qui a raison? Qui a tort? Vous savez comme moi que les enjeux politiques sont rarement noirs et blancs, ils sont en teintes de gris.

Selon les municipalités, les surplus servent à financer des projets d’infrastructure ou des dépenses imprévues (comme pour le déneigement, par exemple).

Sur la forme, par contre, la menace du ministre de retenir des transferts d’argent aux municipalités qui se servent du pacte fiscal pour augmenter les impôts ressemble à de l’ingérence. Les villes jouissent d’une certaine autonomie, leurs dirigeants sont élus, elles ont un pouvoir de taxation. Comment le gouvernement de Philippe Couillard réagirait-il si le gouvernement fédéral menaçait de retenir des transferts parce que le gouvernement du Québec ne contrôle pas ses dépenses?

Les villes par contre sont dépendantes des transferts du gouvernement pour financer leurs activités. Et, récemment, elles s’en sont complètement remises au gouvernement pour régler le problème des déficits de leurs régimes de retraite.

Avouez par ailleurs qu’il y a un certain paradoxe à entendre le gouvernement Couillard s’en prendre à des villes qui augmentent les impôts quand lui-même augmente le fardeau fiscal de beaucoup de Québécois pour atteindre l’équilibre budgétaire.

Bref, le torchon brûle, et ça prendra un ministre efficace pour éteindre le feu!

 

Catégorie: Québec

Le plan d’affaires de PKP

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 publié le 27 novembre 2014 à 20 h 02

« Je pense que c’est clair que je me suis engagé en politique pour faire la souveraineté du Québec, c’est mon objectif, mon unique objectif. »

Si vous vous souvenez de  la dernière campagne électorale, du poing en l’air de Pierre Karl Péladeau parlant du pays du Québec, vous êtes peut-être surpris d’entendre M. Péladeau dire que la souveraineté sera son unique objectif comme candidat à la direction du Parti québécois.

Parce qu’à partir du moment où M. Péladeau a levé son poing, la campagne électorale est devenue une campagne sur la souveraineté et un référendum, avec les résultats qu’on connaît.

Alors pourquoi persiste-t-il et signe-t-il? N’a-t-il pas compris la leçon du 7 avril?

Il persiste et signe parce qu’il n’est pas en campagne électorale. Il est dans une course à la direction.

À qui s’adresse-t-il? Aux militants du PQ.

De quoi les militants du PQ veulent-ils entendre parler? De souveraineté.

Il semble que M. Péladeau a construit sa quête politique comme on construit un plan d’affaires, en y allant par étape, mais en gardant toujours l’oeil sur l’objectif final. Dans son cas, ça pourrait se décliner ainsi : devenir chef du PQ, devenir premier ministre, faire la souveraineté.

Plus simple à écrire qu’à faire, j’en conviens. Mais l’approche « plan d’affaires » consiste à définir des objectifs, faire tout ce qu’il faut pour les atteindre un à un, et concrétiser l’ambition.

Un des problèmes que M. Péladeau devra surmonter, c’est le fait que le monde des affaires n’est pas le monde de la politique. En affaires, la ligne droite peut être le chemin le plus court entre deux points. En politique, il faut parfois faire de nombreux détours, résister aux nids de poule et aux pièges de la route pour arriver à destination.

 

Catégorie: Québec

Au buffet de l’austérité

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 publié le 25 novembre 2014 à 11 h 26

La stratégie n’est pas très subtile : publier un dimanche matin à 10 h le rapport de la commission Robillard sur la révision des programmes quelques jours à peine après que le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter le tarif quotidien des garderies.

C’est la stratégie de l’amputation : votre médecin vous dit qu’il doit vous amputer la jambe, il n’enlève que le pied. Vous vous dites que c’est terrible, mais que ça aurait pu être pire.

La commission Robillard propose d’augmenter à 35 $, pour tout le monde, le tarif quotidien des garderies? Le gouvernement le plafonne à 20 $. Et même si « fiscalement » le 35 $ est plus avantageux, le 20 $ apparaît moins élevé que 35 $.

La commission Robillard propose de réduire de 1,3 milliard de dollars les transferts aux municipalités? Le gouvernement les réduit de 300 millions (pour l’instant). « Ça aurait pu être pire. »

Le problème de la politique du « moindre mal », c’est qu’elle éloigne le gouvernement de son objectif de trouver 3 milliards de dollars pour équilibrer les finances publiques. La commission Robillard propose des économies de 2,3 milliards de dollars. Le gouvernement ne va pas aussi loin. Il faudra bien qu’il trouve l’argent quelque part.

Santé et éducation?

L’argent se trouve en santé et en éducation. Ce sont les deux plus grosses dépenses du gouvernement. Des ministères « trop complexes » pour être évalués rapidement, selon Lucienne Robillard. Mais ça viendra, dans quelques mois. Politiquement ce sera délicat parce que les Québécois tiennent à leur réseau de santé et à leur système d’éducation.

En attendant, le gouvernement ne fera pas de cadeaux de Noël. Il multipliera les annonces « difficiles » d’ici les Fêtes.

Au lieu de servir un énorme buffet difficile à digérer, comme l’a fait la commission Robillard, il présentera ses plats un à un, vous les offrira en petites bouchées pour éviter l’indigestion, mais surtout pour éviter de provoquer trop de mécontentement dans toutes les couches de la société.

Et il semble qu’en janvier et février, nous aurons droit à une espèce de Boxing Day de « bonnes nouvelles » (investissements et autres).

Catégorie: Québec

Le cynisme

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 publié le 11 novembre 2014 à 11 h 38

Les sondages placent souvent les politiciens au bas de l’échelle de confiance (remarquez, les journalistes ne sont parfois pas bien loin). Je me suis toujours dit que ce cynisme était un peu injuste pour des femmes et des hommes qui sacrifient une carrière, un bon salaire, pour servir l’État.

Peu importe le parti, je me suis même surpris à me dire que s’ils faisaient des promesses, c’était pour les tenir. Gel des tarifs, pas d’augmentation de taxes, création d’emplois, etc.

Alors, quand le ministre des Finances Carlos Leitao a affirmé lundi que la création de 250 000 emplois sur 5 ans n’était pas une promesse du Parti libéral, mais un « objectif », j’ai compris pourquoi nos politiciens sont toujours au bas de l’échelle de confiance.

Quoi? Un objectif? Pas une promesse? On avait tous mal compris? Alors, j’ai douté. Est-ce que j’avais mal compris? Avais-je mal interprété les mots utilisés en campagne électorale?

La réponse est non! Les paroles s’envolent, les écrits restent. Dans un communiqué publié le 6 mars par le PLQ, on peut lire : « Engagement : l’équipe économique du PLQ créera 250 000 emplois en 5 ans. »

Il me semble que c’est assez clair, non?

Une déclaration déroutante

Je précise, j’aime bien M. Leitao. Je le trouve candide, pas trop langue de bois, relativement transparent, pédagogue. Mais sa déclaration est déroutante.

- Il est ministre des Finances. A-t-il déjà baissé les bras sur sa capacité à créer des emplois?

- Le gouvernement est-il si ébranlé par les pertes d’emplois de septembre qu’il voit l’avenir en noir?

- Le fameux « trio économique » tant vanté est-il en train de se faire marquer plus de buts qu’il n’en marque?

- Mais surtout : que vaut une promesse électorale si six mois plus tard elle ne tient plus?

Une déclaration malhabile

En ce sens, la déclaration du ministre est non seulement malhabile, mais elle envoie aussi un message négatif au moment même où l’économie du Québec a de la difficulté à créer des emplois.

Rassurez-vous par contre. Le gouvernement prépare la réplique. Il décortique le marché du travail, avec comme prémisse qu’on ne peut plus l’analyser comme on le fait depuis 50 ans. Les mises à la retraite et la multiplication des emplois à temps partiel remettent en question la grille d’analyse, et donc ses conclusions négatives actuelles.

À suivre…

Catégorie: Québec