« Stephen Harper n’est pas un dictateur »
Cette affirmation ne vient ni d’un député néo-démocrate outré de voir les conservateurs imposer le bâillon sur l’immense projet de loi de mise en œuvre du budget, ni d’un militant écologiste inquiet de voir les limites que comptent imposer les conservateurs aux ONG environnementales.
Non.
L’affirmation vient d’Alissa Golob, porte-parole jeunesse de la Marche pour la vie. Avec des milliers d’autres, jeudi, elle a nettement l’intention de profiter d’une manifestation sur la colline du Parlement pour faire la preuve qu’elle ne se laissera pas distraire par l’interdit énoncé par Stephen Harper sur toute réouverture du débat sur l’avortement.
Cette Marche pour la vie annuelle n’est pas nouvelle. Elle en est à sa 15e édition et se veut le plus grand rassemblement pro-vie au pays.
Cette année, les organisateurs espèrent attirer plus de 20 000 personnes.
Ils sont plus mobilisés que jamais pour deux raisons.
Sans vouloir dévoiler le contenu des conversations privées qu’Allisa Golob et les militants du mouvement pro-vie ont eues avec de nombreux députés conservateurs, elle affirme que le caucus pro-vie encourage ses membres à poursuivre leur mobilisation, malgré la promesse de Stephen Harper de ne pas encourager ce débat.
Surtout, le mouvement pro-vie croit en quelque sorte avoir trouvé la clé pour convaincre la majorité des Canadiens qu’il est légitime de rouvrir le débat : le problème des avortements sélectifs, soit les femmes qui choisissent d’interrompre leur grossesse parce qu’elles sont enceintes d’une fille.
C’est un problème hautement documenté dans certains pays comme la Chine, l’Inde ou encore en Corée et au Vietnam. La crainte est que ces pratiques soient importées ici au Canada au sein de ces communautés. Un problème bien difficile à quantifier, mais auquel bien des médecins ont été confrontés, et que plusieurs chercheurs tentent de quantifier.
« Les avortements pour sélectionner le sexe de l’enfant sont la pire forme de discrimination, une discrimination qui tue », affirme le chercheur Steven Mosher, aujourd’hui militant pro-vie.
D’ailleurs, il n’y a pas que le mouvement pro-vie qui dénonce cet état de fait, un récent sondage d’Angus Reid révélait en janvier dernier que 60 % des Canadiens jugent qu’il devrait bel et bien y avoir des lois qui spécifient si une femme peut recourir à l’avortement simplement pour choisir le sexe du fÅ“tus. C’est sans compter le débat qui a cours dans la communauté médicale.
En janvier dernier, un éditorial de l’Association médicale canadienne proposait d’interdire la divulgation du sexe du fœtus au moment de l’échographie avant la trentième semaine pour empêcher les avortements sélectifs. Si cette solution est jugée simpliste tant par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada que par le Collège des médecins, elle illustre bien le malaise éthique suscité par la pratique des avortements sélectifs.
De concert avec la motion du député Steven Woodworth sur la définition de l’être humain, la question des avortements sélectifs incarne le nouveau discours d’un mouvement pro-vie qui s’est modernisé et qui tente aujourd’hui de présenter son discours dans un cadre scientifique et éthique, plutôt que sur des bases strictement morales et religieuses.
C’est le nouveau visage d’un mouvement qui a bien l’intention de se faire entendre et de forcer à sa façon sinon une réouverture législative, du moins une reprise du débat sur le droit à l’avortement.

