Archives du collaborateur Denis Ferland


À propos de Denis Ferland

Denis Ferland est correspondant parlementaire à Ottawa pour le Réseau de l’information. Il est entré à Radio-Canada en 1994 comme affectateur des journalistes à la colline Parlementaire, poste qu'il a occupé pendant 16 ans. C'est à ce titre qu'il a coordonné les grandes couvertures politiques des dernières années, notamment le référendum de 1995, les congrès politiques ainsi que les sommets internationaux comme ceux du G-8 de Kananaskis en 2002 et de Toronto en 2010. Au bureau électoral de Radio-Canada à Montréal, il a été au cœur de la couverture des dernières campagnes électorales fédérales.

La Chambre : des attentes en baisse

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 publié le 25 septembre 2014 à 10 h 15

Combien de fois avez-vous entendu ces dernières années des politiciens prendre de très belles résolutions sur le décorum, la hauteur à donner aux débats à la Chambre des Communes, un art qui s’est perdu dans la nuit des temps parlementaires? Arrêtez de compter, vous n’aurez pas assez des doigts de vos deux mains.

À chaque fois qu’on a cru avoir atteint le fond du baril de la partisanerie et du mépris des institutions parlementaires, un député « créatif », « innovateur », pousse la déliquescence de la rhétorique parlementaire un cran plus loin.

Nouvel exemple cette semaine avec les réponses complètement à côté de la plaque du secrétaire parlementaire du premier ministre Harper, Paul Calandra, aux questions légitimes et surtout relativement simples de Thomas Mulcair sur la présence militaire canadienne en Irak. À noter que M. Calandra était en service commandé, son initiative personnelle n’est pas en cause, mais il a livré une performance digne d’un Oscar.

Sans revenir sur le sujet abordé, concentrons-nous sur le rôle du président de la Chambre, Andrew Scheer, celui qu’on identifie, en raison de sa position, comme le dernier rempart contre la barbarie parlementaire.

Interpellé par M. Mulcair sur son rôle d’arbitre après deux réponses dictées et non pertinentes de M. Calandra, le président Scheer écoute sans broncher une troisième réponse du même genre. Irrité, le chef de l’opposition lui indique que son silence en dit long sur sa neutralité, ou sur son absence de neutralité… M. Scheer ne fait ni un ni deux, il passe à Justin Trudeau pour la question suivante, coupant ainsi M. Mulcair.

Quelles conclusions tire le président de la Chambre au lendemain de cet accrochage? Il invoque les règles du parlementarisme et des décisions passées pour expliquer les limites de ses pouvoirs. Il conclut que les règles sur la pertinence et les répétitions des propos tenus en Chambre ne valent pas pour la période des questions. Ah bon… Il rappelle au passage la blague voulant que « ça s’appelle la période des questions, pas celle des réponses »!!!!

À ceux qui nourrissent encore dans leur belle naïveté l’espoir de voir un jour les débats s’élever aux Communes, surtout à la période des questions, seul moment où les ministres doivent être présents pour répondre à l’opposition, il n’est pas certain que vous pouviez compter sur M. Scheer. Disons qu’il ne semblait pas placer la barre très haut quand il « avertissait » l’ensemble des parlementaires de faire leur gros possible en rappelant une de ses décisions rendues en janvier dernier :

« d’examiner comment la Chambre pourrait améliorer les choses de façon à ce que ceux qui observent puissent au moins conclure que la période des questions est une occasion d’échanges de vues et qu’elle fournisse au moins un peu d’information ».

À voir son sourire en coin alors qu’il lisait la dernière ligne, on peut penser que ses propres attentes ne sont pas très élevées. Et il n’est pas évident qu’il prenne lui-même son message au sérieux.

Toujours dans la même veine du rôle du Parlement, autre exemple venant du sommet, du premier ministre Harper lui-même. Un parterre de gens d’affaires de New York a eu le privilège de l’entendre annoncer que son gouvernement considérait une demande américaine de contribution militaire additionnelle en Irak, dossier délicat, et aussi que le gouvernement fédéral s’acheminait vers un déficit moins élevé que prévu cette année, graphique à l’appui.

On peut se rappeler qu’un auditoire semblable, à Davos cette fois, avait eu la chance d’apprendre de la bouche de M. Harper que le Canada s’acheminait vers une réforme du système de soutien au revenu des personnes âgées, ce qui s’était soldé deux mois plus tard par le report de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux prestations du Régime de pensions.

À voir les comportements de ces deux chefs de file, on peut toujours s’indigner ou être déçu par le niveau des discussions aux questions, mais on peut difficilement être surpris.

 

Catégorie: Ottawa

Ukraine : monopole conservateur?

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 publié le 19 septembre 2014 à 13 h 44

La présence d’une importante communauté d’origine ukrainienne au Canada, près de 1,3 million de Canadiens, explique en bonne partie l’attention qu’on porte ici sur  la situation là-bas. Ainsi, on attribue souvent au gouvernement Harper des intérêts électoraux dans ses prises de position face à la lutte démocratique en Ukraine, et surtout face au conflit provoqué par l’invasion russe de la Crimée.

La position est claire et ferme, M. Harper l’a répété en Chambre jeudi, il n’y a pas de place pour le compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’on parle de la Crimée ou de toute autre portion du territoire de ce pays.

Sur l’électoralisme en politique étrangère, le gouvernement Harper à des motivations plus larges et plus nobles. C’est plutôt une question de principe, ont répété MM. Harper et Baird sur plusieurs tribunes. Et c’est aussi vrai pour l’Ukraine. On y défend des valeurs mises en péril par l’invasion russe en Crimée et le soutien accordé aux rebelles ailleurs en Ukraine, soit la liberté, la démocratie et la règle de droit.

Comme dans le cas d’Israël, le Canada est à l’avant-garde des appuis. Il livre ce que le client demande, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans les deux cas, les accusations d’électoralisme fusent. Le gouvernement se défend en invoquant les valeurs fondamentales mentionnées plus haut, quand ce n’est pas simplement les notions de bien et de mal.

Qu’est-ce qui alimente donc les accusations en question? Un peu le gouvernement lui-même avec la composition des délégations lors des visites de dirigeants canadiens, dont M. Harper lui-même. Rappelez-vous qu’aucun député de l’opposition n’avait été invité en Israël en janvier. Ce n’était pas passé inaperçu, d’autant plus que plus de 200 personnes accompagnaient le premier ministre, dont 13 députés et sénateurs conservateurs. L’exclusion, ou l’oubli, des députés d’origine ukrainienne des autres partis lors d’un voyage de John Baird en Ukraine avait suscité un tollé quelques semaines plus tard.

Comme il va beaucoup jouer à l’homme d’État cet automne avec plusieurs activités importantes sur l’échiquier mondial, M. Harper avait une occasion de faire preuve d’une certaine élévation dans son discours de présentation du président ukrainien à la Chambre des communes. Il a d’ailleurs laissé planer une certaine ouverture.

« Je suis allé à Kiev pour représenter tous les Canadiens, de toutes les régions, de tous les horizons et de tous les partis représentés au sein de ce Parlement… »

Et là, en dressant l’historique de la relation Ukraine-Canada à partir de la vague d’immigration de la fin du 19e siècle, il présente sa vision du rôle du gouvernement canadien pour cette Ukraine indépendante depuis 1991.

« Il a été exprimé, dans les années 1960 par le premier ministre Diefenbaker, qui a demandé à Kroutchev la tenue d’élections libres pour, et je cite : « les Ukrainiens épris de liberté. » Cette sympathie s’est à nouveau manifestée à la fin de la guerre froide, lorsque le premier ministre Mulroney a fait du Canada le premier pays occidental à reconnaître une Ukraine nouvellement indépendante. Et cet engagement a été puissamment exprimé encore une fois au sein de ce Parlement en 2008 lorsque, à l’initiative de notre collègue James Bezan, nous avons déclaré que l’Holomodor a été ce qu’il a été, c’est-à-dire un acte de génocide envers la population ukrainienne. C’est avec fierté que des Canadiens ont maintenant agi comme observateurs dans le cadre de sept élections successives en Ukraine… »

Les caractères gras sont de moi, trois politiciens conservateurs qui ont selon M. Harper exprimé à leur façon le rêve ukrainien et concrétisé la relation entre les deux pays. Comme si personne d’autre que des conservateurs n’avait joué un rôle du côté canadien de cette relation. Belle déclaration de Diefenbaker, mais l’Ukraine était loin d’être le seul « État » pour lequel le Canada et l’Occident réclamaient des élections libres, que ce soit des républiques soviétiques ou des pays derrière le Rideau de fer.

Brian Mulroney a été rapide sur la détente, c’est vrai, pour reconnaître la nouvelle Ukraine indépendante, le même jour d’ailleurs que la… Russie! Une soixantaine de pays l’ont aussi fait dans ce même mois de décembre 1991.

Des sept élections observées par des Canadiens, les premières après l’indépendance étaient cruciales. Et c’est sous Jean Chrétien qu’un imposant contingent de Canadiens, 700  en fait,  y est allé. Peu après son arrivée au pouvoir, le même gouvernement Chrétien signait le 31 mars 1994 une déclaration de partenariat spécial à Kiev. Le document lançait la relation bilatérale qui n’a pas cessé de s’approfondir et qui pourrait déboucher sur une entente de libre-échange sous M. Harper, d’ailleurs.

En 2004, sous le gouvernement Martin, on attribue au Canada, par l’entremise entre autres de son ambassadeur à Kiev, un rôle important dans ce qui est devenu la Révolution orange. Tout ça était resté obscur pendant quelque temps, mais on a constaté en 2007 comment l’ambassadeur Andrew Robinson était considéré comme un véritable héros par les militants prodémocratie. Mais M. Harper a choisi ses propres moments historiques, même si ça contribue à alimenter la perception d’électoralisme de sa politique ukrainienne.

Catégorie: Ottawa

Encore la faute du messager

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 publié le 4 septembre 2014 à 16 h 32

Les responsables du financement du Parti conservateur (PC) de Stephen Harper en ont contre les médias, c’est bien connu et surtout documenté. Il faut dire que l’exemple vient de haut si on se fie aux propos du premier ministre lui-même lors du congrès de son parti à Calgary l’automne dernier.

Après s’en être pris à la Tribune de la presse parlementaire, aux « médias d’Ottawa », à l’« élite médiatique » et carrément à Radio-Canada/CBC pour demander à leurs militants de contribuer à la caisse du PC afin de lutter contre l’adversaire, le tir se précise.

En une semaine, deux appels à confronter l’ennemi médiatique en versant 5 $ au PC visaient deux journalistes en particulier pour montrer ensuite que c’est l’ensemble de la classe médiatique qui est un adversaire en prévision de la campagne attendue l’an prochain.

Dans un envoi/communiqué adressé aux sympathisants conservateurs, le directeur des opérations politiques du PC, Fred DeLorey, disait la semaine dernière : « Je ne peux pas croire ce que j’ai lu (just disgusting) ». Il tâte le porte-feuille de ses lecteurs en dénonçant une chroniqueuse du Toronto Star qui a recours, selon lui, aux attaques personnelles contre M. Harper.

Heather Mallick y va en effet d’une opinion sentie sur les qualités de Justin Trudeau qui font vibrer l’électorat, et elle expose ce qu’elle voit comme un contraste avec M. Harper. On lui reproche l’utilisation du mot « sociopathe » en association avec M. Harper. Elle évoque en fait le manque d’empathie, d’émotion de M. Harper face à la situation des femmes autochtones assassinées en grand nombre et parle de sa « vision de sociopathe », donnant ainsi des munitions à M. DeLorey.

Toujours à la recherche des précieux 5 $, M. DeLorey revenait à la charge cette semaine après l’annonce de l’embauche par les libéraux de Justin Trudeau d’un journaliste de CTV qui a roulé sa bosse à Ottawa dans d’autres boîtes, Colin Horgan.

 Voici quelques commentaires de M. DeLorey :
- « Ça confirme nos soupçons. »
- « Après des mois d’attaques contre notre parti comme reporter… »
-  « Ça vous en dit long sur la façon dont les médias d’Ottawa vont nous traiter dans la prochaine élection. »

M. DeLorey argumente que ça va prendre d’autant plus d’argent qu’on ne pourra pas passer le message par les médias. Il faudra beaucoup de publicité.

Les vases communicants des partis politiques et des médias sont assez bien connus, et pas seulement à cause de René Lévesque, un des cas les plus fameux. On n’a qu’à penser aux Drainville, St-Pierre et Lisée récemment au Québec, mais aussi aux Duffy, Wallin, Kent, Frum, Moore au Parti conservateur! Trois sénateurs et deux ministres, sans compter des candidats et du personnel politique. Les conservateurs ne se sont donc pas privés de recruter du côté des médias. Ça met les choses en perspective.

J’en parlais dans mon blogue précédent, Justin Trudeau trône en première place des sondages sans interruption depuis son arrivée à la tête des libéraux. Les plus récentes consultations font état d’écart grandissant. Tout ça, malgré certaines controverses amorcées par des propos de M. Trudeau et en dépit aussi des publicités négatives des conservateurs.

Une vaste enquête de la firme Abacus Data sur les intentions de vote, mais aussi sur l’impression laissée par les chefs, l’impact d’éventuels gouvernements NPD ou PLC, les enjeux chers aux Canadiens et même, carrément, les compétences de Justin Trudeau, n’apporte pas de réconfort aux conservateurs.

Ils ne doivent pas apprécier ce message qu’ils reçoivent en cette fin d’été. Si M. Trudeau se maintient, si rien ne colle ou ne l’égratigne, on explique ça comment? Plusieurs analystes sont arrivés à différentes conclusions. Au PC, on s’est aussi posé la question. Évidemment, la réponse :  « C’est un fait, les Canadiens savent que Justin Trudeau n’est pas à la hauteur. Les seuls qui sont encore sous son charme travaillent à Ottawa à la Tribune parlementaire.»

Quand le message ne fait pas l’affaire, on s’en prend au messager et on espère ainsi motiver les donateurs, question d’amasser le plus d’argent possible pour… produire d’autres publicités négatives puisqu’on ne peut pas compter sur les médias ligués contre nous!!!

Catégorie: Ottawa

Dernière saison à Ottawa avant les élections

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 publié le 2 septembre 2014 à 11 h 19

Le 15 septembre, les députés fédéraux se lanceront dans la dernière « saison parlementaire » avant les élections prévues pour octobre l’an prochain en vertu de la loi sur les élections à date fixe.

Le lendemain, dans une salle du palais de justice d’Ottawa, une cause qui pourrait bien avoir des répercussions sur le paysage politique, mais aussi sur le calendrier électoral, fera ses premiers pas devant les tribunaux : celle du sénateur Mike Duffy, accusé de corruption, fraude et abus de confiance.

Certaines des accusations découlent de l’affaire du chèque de 90 000 $ versé par l’ex-chef de cabinet du premier ministre Harper, Nigel Wright, qui aidait alors M. Duffy à rembourser le Sénat pour des réclamations de dépenses injustifiées. D’où l’attention qui sera portée à cette cause par l’entourage de M. Harper, dont plusieurs membres, actuels et anciens, ont traité avec MM. Duffy et Wright à l’époque. Cette première comparution est une formalité; on verra, selon le rythme des procédures, leur impact politique.

À 14 mois de l’élection fédérale, conservateurs et libéraux sont, chacun à leur manière, en mode préélectoral depuis un certain temps.

Les conservateurs tentent en fait depuis le 15 avril de l’année dernière, au lendemain de l’accession de Justin Trudeau à la tête des libéraux, de miner les assises du chef libéral avec des publicités négatives. Ils attaquent le chef libéral en se basant souvent sur les ouvertures qu’il leur offre, de leur point de vue du moins, sur des dossiers comme l’Ukraine, la Chine ou encore la marijuana. Succès mitigé, au mieux. M. Trudeau et son parti trônent au sommet des sondages sans interruption depuis 16 mois. On peut compter sur les conservateurs pour continuer à essayer de semer le doute sur les capacités de Justin Trudeau. La thématique « pas à la hauteur » est là pour de bon.

Quant aux libéraux, leur chef néglige les tâches parlementaires pour travailler sur le terrain électoral, utilisant ainsi ce qui est toujours l’actif le plus important pour son parti : lui-même. M. Trudeau et ses troupes vont intensifier les préparatifs, multiplier les choix de candidats et surtout constituer ce qui pourrait devenir rapidement une plateforme électorale.

En mars 2012, Thomas Mulcair s’était donné deux ans pour mettre son parti à sa main. Ça veut dire mettre les bonnes personnes aux bons postes et surtout leur permettre de maîtriser leurs dossiers à la quasi-perfection. On devait passer ensuite, c’est-à-dire pas mal maintenant, en mode électoral. M. Mulcair a vite fait de rattraper ses deux rivaux sur la piste de la course électorale en sortant des blocs de départ avec deux engagements concrets en deux semaines. À ce rythme, c’est l’ensemble de la plateforme du NPD qu’on connaîtra aux fêtes! M. Mulcair s’est donc engagé à rétablir l’ancien financement en santé, pour ainsi retourner 36 milliards de dollars aux provinces, et à lancer, dans les 100 jours suivant son élection, une commission d’enquête en bonne et due forme sur les assassinats et disparitions de femmes autochtones.

Va pour les trois chefs, mais qu’est-ce qui viendra agrémenter nos journées de couverture politique et qui pourrait en amener, sinon forcer, certains à prendre position, quitte à trébucher?

Tournons-nous tout d’abord vers la Cour suprême. Eh oui! Une autre nomination est prévue, encore une fois du côté des juges québécois. Un mot, Nadon, et vous comprenez que c’est un euphémisme de dire que cette autre nomination est attendue avec intérêt. En plus, la Cour doit entendre des causes à retombées potentielles, et le Québec est visé dans les deux cas les plus notables.

Le gouvernement du Québec viendra réclamer le 8 octobre que la Cour ordonne au gouvernement Harper de préserver et de lui remettre les données québécoises du registre des armes d’épaule. Une semaine plus tard, le gouvernement fédéral défendra le Code criminel dans un dossier de suicide assisté. Code criminel qui s’applique, comme vous le savez, partout au pays, dont au Québec, où une loi permet maintenant aux médecins de provoquer la mort de leurs patients. Verdicts probables dans les deux cas au printemps.

Le traitement réservé au Québec par les conservateurs retient déjà l’attention. Denis Lebel vient de terminer une tournée de 12 jours à bord d’un véhicule aux couleurs du PC, mais surtout aux siennes. Visibilité, mais aussi proximité des conservateurs avec le Québec sur le plan des valeurs, du gros bon sens, voilà son message. Le premier ministre Harper aura l’occasion, lui, de mettre en valeur la place du Québec dans la fédération, maintenant et depuis ses débuts. Il ne manque plus que quelques annonces bien mises en scène… comme une compensation aux producteurs de fromages fins.

Après sa tournée récente dans l’Arctique, Stephen Harper va continuer sur sa lancée de type « atmosphère contrôlée » (des images à la tonne et des questions au compte-gouttes) avec plusieurs visites à l’étranger qui lui permettront de joindre l’utile à l’agréable et de répandre la bonne nouvelle relativement à des dossiers importants pour son gouvernement et son parti.

Ça veut dire un sommet de l’OTAN la semaine prochaine au pays de Galles, Ukraine et Poutine au menu. En novembre, des sommets à caractère économique à quelques jours d’intervalle à l’autre bout de la planète, loin des politiques canadiennes. Ceux de l’APEC à Pékin, en Chine, et du G20 à Brisbane, en Australie.

Des sommets où le Canada a beaucoup fait la leçon de la responsabilité budgétaire ces dernières années. Imaginez, avec un retour au surplus confirmé! Le hic, c’est que déficit zéro et croissance économique vont de pair dans le credo conservateur et que la croissance reste modeste. De récentes données américaines sont cependant encourageantes de ce point de vue.

Parlant d’économie, ce sont deux échéances dans ce domaine qui sont dans la ligne de mire préélectorale : la mise à jour financière, fin octobre/début novembre, et le budget, le premier du ministre Joe Oliver. Des signaux et même des annonces pourraient nous tomber dessus dès la mise à jour, comme une confirmation, par les calculs des experts du ministère des Finances, de l’atteinte de l’équilibre budgétaire pour 2015, si ce n’est pas cette année.

Avec les chiffres publiés vendredi par les Finances, une probabilité en hausse. Encore une fois, pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable et annoncer dès cet automne en quoi consisteront les baisses d’impôts que faisait encore miroiter il y a deux semaines le ministre Oliver après sa rencontre avec 16 éminents Canadiens du milieu économique? Le fractionnement du revenu pour les familles combiné avec une hausse du plafond de contribution au CELI, le tout saupoudré d’une pincée de crédits d’impôt ciblés, et le tour est joué!

Enfin, sur une note nettement plus politique, Stephen Harper et ses stratèges voient les sondages comme tout le monde. Ce ne sont que des sondages, mais leur acharnement publicitaire contre Justin Trudeau laisse croire que celui-ci dérange un peu leur sommeil. Eh bien, M. Harper pourra ajouter un autre test, celui d’une élection partielle dans la circonscription libérée par le décès, début avril, de l’ex-ministre Jim Flaherty. Il doit la déclencher d’ici la mi-octobre en vertu de la Loi électorale. Il y a toujours des bémols quand on parle de partielles, mais dans le contexte actuel on peut s’attendre à un message qui complétera celui des sondages qui s’empilent.

Allez, tout ça et les imprévus qui sont toujours… à prévoir! Et bonne saison 2014-2015!

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Stephen Harper et la sociologie

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 publié le 25 août 2014 à 17 h 53

Stephen Harper sera de nouveau interpellé cette semaine par ses homologues des provinces au sujet de la tenue d’une enquête nationale sur la question des femmes autochtones disparues ou assassinées. Deux d’entre eux, Kathleen Wynne, de l’Ontario, et Greg Selinger, du Manitoba, ont qualifié de scandaleuse la position exprimée la semaine dernière par M. Harper voulant que ces crimes nombreux ne relèvent pas d’un « phénomène sociologique ».

Le refus du fédéral d’ouvrir une vaste enquête est connu et a été réitéré à maintes reprises, mais l’explication avancée par M. Harper en a fait sourciller plusieurs.

Le premier ministre disait s’appuyer, pour conclure à l’absence de fait de société, de tendance sociale, sur le portrait statistique publié par la GRC plus tôt cette année. Le rapport montrait que les femmes autochtones et non autochtones sont victimes à 82 % et à 84 % respectivement de meurtriers de leur entourage plus ou moins rapproché, et que le taux de résolution de ces homicides était semblable à quelques points de pourcentage près. Donc, pas de « phénomène social » là.

Est-ce que le phénomène ne se situe pas ailleurs? Pas dans l’identité du tueur? Mais plutôt dans le nombre de femmes autochtones tuées? La proportion des femmes autochtones victimes de meurtres par rapport à l’ensemble des meurtres de femmes est passée de 9 % à 23 % en une trentaine d’années, nous apprenait le même rapport.

Explication de la GRC : c’est à cause de la baisse marquée du nombre de meurtres de femmes non autochtones… Ah bon, baisse significative d’un côté, maintien du nombre de meurtres de l’autre, aucune explication d’ordre social là-dedans? Juste une statistique? La GRC reconnaissait pourtant que les femmes autochtones étaient largement surreprésentées parmi les victimes. Elles constituent 16 % des victimes de meurtres et 11 % des disparues pendant la période étudiée, alors qu’elles ne comptent que pour 4 % de la population. Du un pour quatre en ce qui concerne les meurtres, donc.

Certains ont fait le calcul. Transposez les chiffres de la GRC à l’échelle d’une province comme le Québec et ça vous donne 8000 Québécoises assassinées ou disparues de 1980 à 2012. Ça fait beaucoup de crimes, même s’ils sont résolus. De l’analyse et de la prévention seraient réclamées.

Si la GRC ne va pas très loin dans les explications possibles, au-delà des statistiques sur la relation entre les meurtriers et les victimes, il faut s’en remettre aux criminologues pour aller plus loin dans l’identification des causes. Pire, l’analyse pourrait même être faite par un sociologue!Inutile, nous dit Stephen Harper, un crime, ça reste un crime. Les policiers sont là pour s’en occuper.

Il faut se rappeler ici que le premier ministre Harper, économiste de formation, ou formé en économie, disent certains économistes, a un passé fort intéressant face à cette autre science sociale qu’est la sociologie.

Interrogé en avril 2013 au lendemain de l’arrestation de deux individus soupçonnés de préparer un attentat contre un convoi de Via Rail dans l’axe Montréal-Toronto-New York, M. Harper affirmait qu’il fallait envoyer le message clair que de tels gestes de violence méritaient une condamnation sans équivoque. La radicalisation est un phénomène d’intérêt, et c’est la mission des forces de l’ordre de déceler et d’éliminer les menaces.

Quant aux causes de cette radicalisation, ce n’était pas le temps de « se lancer dans la sociologie », disait M. Harper. Une taloche au passage à Justin Trudeau qui avait rapidement posé la question des sources du phénomène la semaine précédente, alors que la poussière des attentats de Boston n’était pas encore retombée.

Dans la même veine, les conservateurs s’en étaient pris à Stéphane Dion en 2008 en demandant aux électeurs s’ils préféraient avoir à la barre du pays un économiste formé au Canada ou bien un « sociologue formé en Europe ».

Aussi intéressant de noter que le ministère des Affaires autochtones de M. Harper a mis en place un programme pour la prévention de la violence familiale. Il y est dit que « le gouvernement du Canada prend très au sérieux la question de la violence à l’égard des femmes autochtones et poursuivra sa collaboration avec les gouvernements provinciaux [...] afin de trouver des solutions efficaces et appropriées ».

Il faisait lui-même allusion à de nouvelles sommes investies dans ce secteur. Exact, 25 millions de dollars dédiés à ces femmes dans le budget 2010 pour, entre autres, « soutenir des projets pilotes en milieu scolaire et communautaire avec pour objectif de réduire la vulnérabilité accrue à la violence des filles et jeunes femmes autochtones ». Si on ne parle pas de fait de société ici… Un cas de la main gauche qui ne sait pas ce que fait la main droite?

En tout cas, certains offrent un semblant de porte de sortie à Stephen Harper en proposant une table ronde de tous les paliers de gouvernement avant une éventuelle enquête d’envergure.

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La santé, encore et toujours!

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 publié le 22 août 2014 à 12 h 26

« Voici mon défi au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique, au Parti libéral et au Parti vert : les Canadiens vous disent que les soins aux aînés sont d’une importance primordiale pour eux. Ils savent que si nous développons la meilleure stratégie pour les aînés dans le monde, on peut avoir le meilleur système de soins de santé. Ils sont tannés des excuses pour justifier l’incapacité du gouvernement fédéral d’agir dans ce domaine. »

Le défi en question, il vient du Dr Chris Simpson, fraîchement élu président de l’Association médicale du Canada (AMC). Il s’adressait mercredi pour la première fois à ses membres en assemblée annuelle à Ottawa. S’appuyant sur des sondages et des études, le Dr Simpson tente de remettre la santé en tête de l’ordre du jour politique.

En fait, sondage après sondage, la santé trône au sommet des préoccupations des Canadiens, les autres enjeux fluctuant au gré des courants et des événements. Il y est allé d’un constat brutal avant d’en arriver à son défi aux chefs politiques fédéraux. Le Canada est à l’avant-dernier rang d’une récente étude sur la qualité des soins de santé, tout juste devant les États-Unis. La différence entre le Canada et les pays de tête comme la Grande-Bretagne, la Suède ou la Suisse, c’est un engagement ferme du gouvernement central envers le système public de soins de santé, selon le Dr Simpson.

À 13 mois du début, en principe, de la prochaine campagne électorale fédérale, il prend les devants, mais il n’est pas le seul. Quelques heures avant qu’il n’interpelle la classe politique, devant le même auditoire, Thomas Mulcair était sorti des blocs de départ de la course électorale avec un engagement clair au sujet du financement fédéral en santé.

À même les surplus prévus à partir de l’an prochain par les conservateurs, M. Mulcair renverserait la vapeur quant au Transfert canadien en matière de santé (TCS). Et il reviendrait à l’indexation à 6 % du TCS en vigueur depuis 10 ans en vertu de l’accord sur la santé conclu en 2004 par Paul Martin avec les provinces. Résultat, si on se fie à l’estimation des provinces que M. Mulcair reprend à son compte :  36 milliards de dollars de plus dans les coffres des provinces.

Est-ce un engagement réaliste financièrement? M. Mulcair aurait-il les moyens de ses ambitions, compte tenu de la situation budgétaire prévue? Techniquement, on peut certainement penser que oui. En l’état actuel de la fiscalité, des prévisions de croissance modeste et des dépenses gouvernementales, les surplus passeraient de 6,4 milliards de dollars l’an prochain à plus de 10 milliards de dollars quatre ans plus tard. Or, ce n’est que dans trois ans que les provinces cesseraient de bénéficier de l’indexation à 6 % du TCS et commenceraient à ressentir le manque à gagner qui mène à 36 milliards de dollars.

Donc,  les surplus annuels semblent au rendez-vous, si aucune décision politique ou promesse à tenir ne vient modifier les colonnes des revenus et des dépenses d’un éventuel ministre néo-démocrate des Finances. Il faut se rappeler que le NPD a toujours l’intention d’aller chercher des revenus additionnels du côté des impôts des sociétés, mais que ses plateformes électorales contiennent également des engagements coûteux qui nécessitent à la fois des revenus nouveaux et des réaménagements des dépenses.

Si, et seulement si, la santé devient réellement un enjeu électoral, histoire et T.C. Douglas à l’appui, le NPD estime évidemment qu’il est un peu actionnaire majoritaire du concept de système public de soins, et qu’il part avec une longueur d’avance dans les perceptions. Avec cette promesse, M. Mulcair considère peut-être avoir ajouté une autre longueur entre lui et ses adversaires.

Les conservateurs doivent de leur côté vivre avec leur engagement de la dernière campagne et, surtout, avec la formule du TCS qu’ils ont ensuite imposée aux provinces pour les 10 années qui mènent à 2024, donc bien au-delà de l’élection d’octobre 2015. Pour eux, le dossier du TCS est réglé pour longtemps. Leur plateforme 2011 parlait de « renouveler l’accord sur la santé » et de « collaborer avec les provinces et les territoires » pour y arriver. Aucun engagement chiffré ni écrit. Talonnés en cours de campagne, MM. Flaherty et Harper avaient fini par s’étirer le cou en parlant de l’indexation à 6 %, même après l’expiration de l’accord en 2014.

Difficile de dire si on peut encore parler d’« accord » et de « collaboration ». Toujours est-il que les ministres provinciaux ont trouvé sur leurs napperons, entre l’assiette à pain et le menu de ce qui ne devait être qu’un premier lunch de travail là-dessus, l’indexation réduite décidée par leur collègue Flaherty.

En gros, sur 10 ans, jusqu’en 2024, indexation à 6 % sur trois ans, après quoi on la ramène à hauteur de la croissance du PIB nominal, sans descendre sous les 3 % cependant. En fait, à Ottawa, on s’attendait à une hausse tournant autour des 4 % pour la période, 2 % de moins, d’où le 36 milliards de dollars de pertes du côté des provinces, repris par M. Mulcair. Ottawa faisait valoir qu’après des années de hausses de dépenses provinciales frisant les 7 %, on s’acheminait vers des hausses prévisibles d’environ 3 %.

Les libéraux de Justin Trudeau peuvent se targuer, eux, d’avoir adopté la Loi canadienne sur la santé qui met en place les fameux cinq grands principes, universalité, transférabilité, etc. L’accord de 10 ans avec indexation de 6 %, c’était eux aussi… On ne connaît évidemment pas ce que serait un engagement formel libéral en santé en 2015, mais trois résolutions adoptées au congrès de cette année à Montréal font état de quelques intentions.

On y parle à la fois de « négocier un nouvel accord sur la santé » de façon à « assurer à tous les gouvernements la flexibilité administrative voulue ». Rebonjour, fédéralisme asymétrique! Il est aussi mention de « résultats mesurables », de « consultation » entre les gouvernements sur les versements annuels, de « formule de financement équitable et adéquate » adaptée aux besoins et de variations en fonction de « facteurs démographiques ».

Est-ce que la plateforme sera plus précise? Les libéraux réunis à Edmonton laissaient entendre cette semaine qu’ils auraient une plateforme complète et chiffrée rapidement, au cas où… On verra comment cette bonne volonté en santé se traduit arithmétiquement.

Voilà! À quelques semaines de la dernière rentrée d’automne avant la prochaine élection fédérale, on avait beaucoup entendu en prévision du scrutin les expressions « classe moyenne », « consommateurs », « emploi », etc. Est-ce que le thème du financement des soins de santé s’imposera? Surtout, est-ce qu’un parti prendra vraiment sur lui de l’imposer? Du côté de l’opposition évidemment, puisque pour le gouvernement Harper la question est réglée jusqu’en 2024.  On parle bien sûr pour l’instant des fédéraux, attendez que les provinces s’en mêlent!

La santé, faut-il le rappeler, fait l’objet de maints débats, y compris en campagne électorale. Elle fait bonne figure dans les sondages,  mais a-t-elle déjà fait LA différence une fois devant l’urne?

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Fin de saison sur ton de partielles

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 publié le 2 juillet 2014 à 18 h 25

Il y a un an, à la fin de la « saison » politique 2012-2013, le premier ministre Stephen Harper avait eu un avant-goût de ce qui l’attendait à l’automne : l’interrogatoire musclé du « procureur Mulcair », chef de l’opposition officielle, sur l’affaire Wright-Duffy. Ce qui est arrivé.

À ce moment-là, M. Harper avait aussi devant lui quelques échéances pour lui permettre de reprendre l’initiative de la joute politique, soit un congrès (qui a finalement eu lieu à la fin octobre à cause des inondations de juin à Calgary), un remaniement qui arriva le 15 juillet, une prorogation et un discours du Trône et, enfin, le budget qui a confirmé que le gouvernement fédéral est sur la voie de l’équilibre budgétaire.

Les quatre événements ont eu lieu et, un an plus tard, force est de constater que le gouvernement de M. Harper n’a pas vraiment réussi à changer la donne politique. Ce qui était vu au début de l’été dernier comme étant la lune de miel de Justin Trudeau avec l’électorat dure toujours, selon les sondages. De plus, des résultats électoraux viennent concrétiser le tout sur le terrain politique. Des élections en plein long congé de la fête du Canada, la plus faible participation jamais vue, les bémols habituels sur les résultats de partielles, tout le « spin » du monde politique n’arrive pas à faire oublier le fait que, quelque part, M. Trudeau et son équipe doivent faire quelque chose correctement. Ou bien ses adversaires Harper et Mulcair sont incapables de prendre le dessus… ou bien les deux.

C’est particulièrement intéressant du côté conservateur. Après un an de publicités négatives, les sondages d’avant les partielles montraient que M. Trudeau continuait de voguer en tête. Les conservateurs ont eu recours à ce stratagème dans la circonscription où ils avaient, semble-t-il, une chance d’égratigner le vernis du chef libéral, Scarborough-Agincourt. On le dépeint presque comme un revendeur de drogue aux adolescents, on cite hors contexte le libéral sortant qui détenait la circonscription depuis 25 ans… Rien n’y a fait, le candidat libéral de M. Trudeau a augmenté de 15 % les appuis à son parti par rapport au score obtenu par le vétéran Jim Karygiannis en 2011.

Visiblement, les publicités agressives, voire hargneuses, des conservateurs n’ont pas encore l’effet recherché, comme celui obtenu quand MM. Dion et Ignatieff en étaient les cibles. Cela a certainement à voir avec la cible, mais aussi, peut-être bien, avec le tireur. Les conservateurs et le NPD voient peut-être les choses du même oeil, semblent encore compter sur des erreurs de Justin Trudeau pour renverser la tendance. Une ou deux gaffes notables pendant les 37 jours de campagne? Un embarras majeur lors d’un débat des chefs?

Outre la bonne performance de son adversaire libéral, le premier ministre Harper doit certainement avoir saisi certains messages des partielles de lundi et de novembre dernier. Si ce n’est pas l’effet Trudeau, ce qui explique le recul constant de son parti vient probablement de son côté de l’équation d’un vieux gouvernement, qui s’est entouré d’une palissade après l’affaire Nigel Wright, s’aliénant au passage des institutions et des personnages au-dessus de la joute partisane. Que ce soit Élections Canada, son patron, la Cour suprême et sa juge en chef ou encore l’ancienne vérificatrice générale Sheila Fraser, il y a plusieurs éminents Canadiens liés à l’actualité que le gouvernement Harper n’a pas ménagés ces derniers mois.

Au-delà de l’attitude, sur quoi semble miser M. Harper en prévision d’octobre 2015? Oui, toujours offrir aux Canadiens des rues plus sécuritaires, mais quoi encore? L’économie est la priorité, la carte de visite de son gouvernement. Les finances publiques sont redressées à moins d’imprévus d’ordre économique. De ce côté, les résultats sont mitigés, mais on semble encore sur la voie de l’équilibre. Que peut, surtout, que veut faire le gouvernement Harper?

Pas question de nouvelles dépenses de stimulation économique ni de grands programmes qui entraîneraient des dépenses importantes et à long terme. Si on se fie à M. Harper, c’est du côté des impôts, ceux des particuliers, qu’il faut regarder.

Est-ce qu’on s’est arrêté pour regarder quelles baisses d’impôt sont susceptibles d’avoir un impact, un effet qui durerait de la présentation du budget en février ou mars, jusqu’à l’élection d’octobre l’an prochain? Et surtout, quelle marge de manœuvre a M. Harper pour offrir un cadeau fiscal important et payant électoralement?

Le dernier gouvernement ou parti à avoir fait une véritable campagne gagnante sur la question des impôts des particuliers, à la baisse bien sûr, est celui de Jean Chrétien. Rappelez-vous les élections déclenchées de manière anticipée par Jean Chrétien le 22 octobre 2000, quatre jours après le dépôt de ce que les conseillers libéraux refusaient de nommer un « mini-budget ». Que voulez-vous? Comme disait M. Chrétien… « L’énoncé économique et mise à jour budgétaire » contenait, du point de vue politique, une véritable bombe nucléaire fiscale qui réduisait dramatiquement les impôts des particuliers à partir de l’année 2001.

Je vous fais un bref rappel. Paul Martin avait déjà annoncé dans son budget 2000, quelques mois plus tôt, le retour à la pleine indexation des tables d’impositions : 5,1 milliards de dollars de plus dans les poches des contribuables dès 2001. Il ajoutait la cerise sur le gâteau en octobre, avec un nouveau taux d’imposition et une réduction des taux existants par tranche de revenu.

Résultat, strictement pour les particuliers, environ 10,2 milliards de dollars de plus dans les poches à compter de 2001, 12,1 milliards l’année suivante. Des baisses majeures, pas promises, mais adoptées rapidement en quelques heures par motion de voies et moyens aux Communes. Une telle annonce transformait la campagne libérale en véritable rouleau compresseur, allez en parler à Stockwell Day. Choisi chef de l’Alliance canadienne pendant l’été, il avait défié Jean Chrétien de déclencher des élections à la rentrée en septembre. Le premier ministre s’est fait un plaisir de lui obéir et l’a invité à jouer sur son terrain…

Stephen Harper a dit à plusieurs reprises récemment qu’il a les impôts des particuliers dans le collimateur après l’élimination du déficit. Vous vous souvenez de la promesse remise en question du fractionnement du revenu des familles avec enfants. On prête souvent l’intention aux conservateurs d’avoir synchronisé le déficit zéro et les baisses d’impôt qui l’accompagneraient avec l’année électorale 2015.

On doit garder en tête deux choses si on veut comparer avec le scénario Chrétien de l’année 2000. Premièrement, la proximité entre l’annonce des baisses et le scrutin. En 2000, quatre jours à peine séparaient les baisses d’impôt et le déclenchement des élections. Pour M. Harper en 2015, le budget fédéral est prévu en février-mars, l’élection à date fixe est le 19 octobre suivant, à moins que…

Deuxièmement, l’ampleur, pour que cela se sente dans le portefeuille. Sur ce plan, la barre est haute. Les 10 milliards de dollars retournés aux contribuables par les Chrétien-Martin se comparaient à 87 milliards de recettes gouvernementales provenant de l’impôt des particuliers. Si M. Harper veut faire un « cadeau » comparable en proportion des recettes anticipées de l’impôt sur le revenu, il devra laisser dans les poches des Canadiens plus de 16,8 milliards dès la première année, le tout sans retomber en déficit! Si on veut lui donner une chance, on peut modifier en tenant compte de la place des impôts des particuliers par rapport au PIB, car elle a baissé depuis 2001. Oups, c’est encore 15,6 milliards auxquels il doit renoncer s’il veut frapper un aussi grand coup que Jean Chrétien à l’époque.

Vous aurez compris que si M. Harper fait vraiment campagne sur des baisses d’impôt des particuliers, ça se fera autant, probablement plus, sur la manière, la répartition, les clientèles visées. Plutôt qu’un gros slogan à la Chrétien style « 100 milliards de dollars en 5 ans en baisses d’impôt », M. Harper devra offrir tout un service après-vente aux ménages visés. Avec l’inconvénient d’ouvrir la porte à davantage de débat et d’analyse sur l’impact réel et des contre-propositions rivales basées sur des chiffres identiques. Alors, préparez-vous à plusieurs versions de l’équation baisses d’impôt + classe moyenne = octobre 2015.

Catégorie: Ottawa

Dans les souliers de Joe Oliver…

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 publié le 23 juin 2014 à 17 h 29

La fiscalité est affaire de chiffres, ce qui rebute souvent les gens quand vient le temps d’en débattre et surtout de remplir annuellement sa déclaration de revenus. Mais derrière ces chiffres se cachent des choix politiques de nos dirigeants, choix qui sont souvent basés sur des attentes de la population, fondées ou non.

Plusieurs grandes politiques sociales trouvent leur application dans la fiscalité. On n’a qu’à penser à la Prestation fiscale canadienne pour enfants,  le Crédit d’impôt pour enfants ou encore la déduction des cotisations aux REER. La première coûte environ 10 milliards de dollars par année au trésor public, le Crédit d’impôt 1,6 milliard et la déduction pour REER autour de 8 milliards. Des choix de société reposent sur ces mesures.

Il y a aussi ces autres « dépenses fiscales » qui visent des clientèles ciblées. Elles coûtent relativement peu et leur impact réel est souvent remis en question et difficile à mesurer. On a beaucoup parlé du « crédit d’impôt de 500 $ » pour les activités sportives des enfants. Clarification, il s’agit d’un crédit d’impôt de 15 % sur des dépenses de 500 $, soit un retour de 75 $. Les familles avec des enfants déjà inscrits ou susceptibles de participer à des activités organisées ont pris note, mais est-ce que les 75 $ ont fait une différence? Même interrogation par exemple avec un autre crédit de 15 %, celui sur l’achat de titres mensuels de transport en commun.

Or, toutes ces mesures – il y en a environ 120 chiffrées annuellement dans le document Dépenses fiscales et évaluations - sont mises en application par l’entremise de l’impôt sur le revenu des particuliers (IRP). À 138 milliards de dollars cette année, les revenus de l’IRP comptent exactement pour 50 % des revenus budgétaires du gouvernement fédéral. Les 37 milliards de dollars payés par les entreprises représentent 13 % des recettes fédérales.

Au moment où le gouvernement fédéral s’apprête à équilibrer son budget, le premier ministre Stephen Harper répète à qui veut l’entendre que sa priorité est de réduire les impôts des Canadiens. Les Québécois se font sans cesse rappeler qu’ils sont les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord. Pour compléter le tableau qui sert de toile de fond au débat sur la fiscalité, gardez en tête le mouvement « Occupons… », le fameux 1 %, l’accroissement des inégalités, les casseroles, la coupe de 20 % dans les crédits d’impôt et les choix difficiles qui pointent à l’horizon au Québec, contrairement à Ottawa. En prime, une commission se penchera sur toute la fiscalité au Québec d’ici le prochain budget.

La fiscalité des particuliers et des entreprises est souvent ciblée comme l’instrument à privilégier pour apporter les correctifs nécessaires, dans un sens ou dans l’autre. « Faire payer les riches » revient par exemple dans beaucoup de conversations.

Le directeur parlementaire du budget à Ottawa, Jean-Denis Fréchette, offre aux députés, et par le ricochet du web à tous les citoyens, un outil pour calculer l’impact de diverses modifications à la structure de l’impôt des particuliers. On peut y faire varier les taux d’imposition tout comme les niveaux de revenu auxquels les taux s’appliquent. L’outil en calcule l’impact sur les recettes gouvernementales ou encore sur les individus selon l’âge et le revenu. Le tout est accompagné d’un guide d’utilisation qui explique également comment on tient compte d’autres facteurs, comme les changements de comportement des individus selon les sommes dont ils disposent.

Oubliez l’idée de vous prendre pour un Nicolas Marceau et de caresser l’intention de hausser de 4 et 7 % les taux d’imposition des mieux nantis, l’outil du DPB limite les variations à plus ou moins 2 % pour chacun des quatre paliers, mais permet aussi de jouer à plus ou moins 20 000 $ sur les mêmes paliers. Allez au-delà n’aurait pas permis de tenir compte avec autant d’exactitude des changements éventuels de comportement des contribuables/consommateurs, compte tenu des modèles utilisés.

Il reste que les scénarios donnent des indications intéressantes et pourraient dans une certaine mesure démystifier des attentes ou préjugés, tout en remettant en perspective tout le débat sur la fiscalité, son caractère progressif, etc.

Quelques exemples d’impacts de changements pour les coffres fédéraux ou les individus :

- Hausse de 2 % du taux actuel de 29 % sur les revenus imposables de plus de 136 000 $ :  gain de 1,1 milliard de dollars pour Ottawa. Une hausse de 2 % du taux de 15 % sur les premiers 44 000 $ gagnés, ce qui touche tous les contribuables qui ont un revenu imposable:  gain de 5,6 milliards de dollars pour l’État. Gain du même ordre si vous haussez de 2 % le taux appliqué au revenu entre 44 000 $ et 88 000 $.

- Autre variable, le revenu. Abaissons le niveau auquel le plus haut taux d’imposition, à 29 %, s’applique. Faisons le passer de 136 000 $ à 116 000 $ de façon à inclure plus de contribuables dans les « riches » : un gain assez modeste de 359 millions de dollars. Rappelez-vous que le trésor fédéral récolte en tout 138 milliards de dollars des particuliers chaque année.

- Pour aider les moins nantis, on peut penser à abaisser de 2 % le taux pour les revenus de 0 $ à 44 000 %, de 15 à 13 %, les Canadiens conserveraient en moyenne 325 $ de plus par an. Ça veut cependant dire un maigre 54 $ pour ceux du groupe 20 000 $ à 30 000 $ et 464$ pour les 100 000 $ à 150 000 $.

- On parle beaucoup de la classe moyenne, « on » signifiant certains dirigeants politiques. Eh bien, sur les 5,6 milliards de dollars que les contribuables économiseraient si on abaissait de 2 points le 15 % sur les revenus de 0 $ à 44 000 $, la moitié environ resterait dans les poches de ceux qui gagnent entre 40 000 $ et 80 000 $.

La marge de manoeuvre de l’outil n’est évidemment pas totale, mais elle permet quand même de s’amuser un peu en se prenant pour Joe Oliver. Le calculateur du DPB rappelle aussi que le système fiscal est progressif et que l’impact de changements équivalents pour chaque couche de revenu témoigne du fait que le nombre de contribuables par couche est fondamental pour la prise de décision. Allez… ajoutez ça dans vos signets en prévision du budget fédéral de 2015, celui de l’équilibre budgétaire confirmé qui précédera les élections d’octobre 2015.

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Les conservateurs et les bastions de l’Ouest

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 publié le 23 juin 2014 à 14 h 09

Les conservateurs gravitent autour de 30 % à 35% dans les sondages. Ça rejoint plusieurs analyses des derniers mois voulant que certains choix plus contestés du gouvernement Harper rallient surtout leur base la plus convaincue, qui tourne de l’avis général autour de 30% de l’électorat. C’est en allant chercher une autre couche d’électeurs plus « modérés » que Stephen Harper a pu obtenir sa majorité avec 39,6 % des voix à l’élection du 2 mai 2011. Ces électeurs plus fraîchement acquis se trouvaient en bonne partie en Ontario, dans les banlieues immédiates de Toronto ou encore dans le tissu des villes secondaires du sud de la province.

Au moins 437 000 des 626 000 nouveaux électeurs conservateurs se trouvaient en Ontario en 2011. Ils y ont récolté 22 sièges de plus pour porter leur total à 73. C’est ça qui a fait la différence pour l’obtention d’une majorité. Car à part la perte de cinq sièges au Québec, on parle de variations de plus ou moins un ou deux sièges dans les huit autres provinces. Si tout ça confirme que l’Ontario, avec 15 sièges de plus en jeu à l’élection d’octobre 2015, sera LE champ de bataille pour les trois grands partis fédéraux, il ne faut pas perdre de vue que la base conservatrice doit aussi se maintenir en Alberta et, surtout, en Colombie-Britannique.

Et c’est là que les deux grandes annonces de la semaine dernière deviennent particulièrement intéressantes, soit l’approbation du pipeline Northern Gateway et la réforme du programme des travailleurs étrangers temporaires, qui ressemble plus à une suppression graduelle qu’à une réforme.

Quelques chiffres montrent le poids de ces deux provinces dans l’échiquier politique, surtout pour ce qui est des pions conservateurs. Disons au départ qu’en gros, c’est là que les conservateurs y ont recruté le reste de leurs électeurs additionnels en 2011. Sur les 64 sièges en jeu, les conservateurs en ont obtenu 48. Premier parti en Colombie-Britannique avec 46 % des voix contre 33 % pour le NPD, ils laissent leurs opposants dans la poussière en Alberta avec 65 % des voix contre… 17 % pour le NPD au 2e rang!!! Et, gardez en tête que 12 sièges s’ajouteront dans les deux provinces en octobre 2015.

Réactions complètement opposées aux deux annonces de part et d’autre des Rocheuses, ou des Foothills, comme vous voudrez. En Alberta, la population semble avoir bien accueilli les sérieuses limitations à l’utilisation de main-d’oeuvre étrangère (environ la moitié des postes visés sont en Alberta). Les abonnés au compte Twitter du ministre Jason Kenney ont pu constater qu’il a eu droit à maintes félicitations d’Albertains dont les ados pourront plus facilement obtenir des emplois cet été.

Même constat dans le reste des médias sociaux, les pages des lecteurs et l’industrie du « commentariat », mais un tout autre son de cloche du côté des employeurs, des petites entreprises et de  l’industrie du service alimentaire surtout. Ces entreprises devront se donner plus de mal pour embaucher de jeunes Canadiens et prouver qu’elles essaient très fort. Sinon, elles pourraient en fin de compte avoir à payer des salaires plus élevés.

Scénario inverse en Colombie-Britannique, là, ce sont les gens d’affaires qui applaudissent l’accord fédéral, même timide, au projet Northern Gateway. La population soutient à moins de 30 % la construction du pipeline et les opposants, dont les Premières Nations ne sont pas les moindres, sont très mobilisés. Si, en Alberta, on voit mal une mobilisation du patronat, encore à raffermir, renverser la donne politique tellement les conservateurs sont rois et maîtres, le vent peut plus facilement tourner en Colombie-Britannique. Ça explique la perche de 10 mètres utilisée par le gouvernement Harper pour appuyer sur le bouton OK. On ne retrouvera pas d’empreinte digitale conservatrice sur ledit bouton!!!

Pour l’instant, la première ministre Christy Clark continue de faire valoir que ses cinq conditions ne sont pas satisfaites. Certaines sont sujettes à négociation de façon à lui permettre de marquer des points. Est-ce que Mme Clark adoptera une attitude conciliante pour accumuler des créances politiques auprès d’Ottawa et d’Edmonton? Ou bien fera-t-elle une Danny Williams d’elle-même en se dressant sur la route?

Elle doit garder à l’esprit qu’ une des conditions mise sur la participation des Premières Nations et d’accommodements. Il y a là aussi une certaine flexibilité, mais la différence est que Mme Clark n’est pas la seule juge du respect de cette condition. Elle touche des intervenants à peu près unanimement opposés au projet. Ils pourraient en plus venir la hanter dans sa propre cour.

Elle mise en effet beaucoup sur ses projets de gouvernement sur l’exportation de gaz naturel liquéfié, dont les découvertes se sont multipliées ces dernières années. Dans ce cas-ci, la ressource est sur son territoire, les redevances sont acquises et sans partage, mais l’exportation nécessitera un transport, par pipeline probablement, vers la côte, exactement comme pour le bitume albertain. Les deux substances ne sont pas les mêmes, les risques diffèrent aussi, mais les Autochtones ont déjà indiqué qu’ils avaient aussi cet enjeu dans leur ligne de mire.

Les parlementaires fédéraux auront donc l’échéance électorale d’octobre 2015 en tête à leur retour en Chambre à la fin septembre. Et l’Ontario reste certainement la province clé pour qui veut diriger le pays. Mais, avec 76 sièges et le dossier de l’énergie qui déborde maintenant des frontières de l’Alberta vers sa voisine à l’ouest, attendez-vous à voir les deux autres partis tenter de concurrencer les conservateurs dans la promotion de cette énergie, chacun à leur façon. Ces deux provinces sont quasi incontournables.

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Northern Gateway, un oui timide

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 publié le 18 juin 2014 à 18 h 14

Tout aussi intéressante que la décision d’autoriser le projet Northern Gateway (NG) est la manière de faire du gouvernement Harper, pardon, du Canada, dans le dossier. L’annonce elle-même tout d’abord : mardi 17 h 05, un communiqué sur la « décision » du gouvernement d’« accepter la recommandation de la commission indépendante d’imposer ces 209 conditions à la réalisation du projet NG ». On autorise le projet en s’appuyant sur les 209 conditions de l’Office national de l’énergie (ONE) qui touchent tous les aspects de l’aménagement et de l’exploitation du pipeline. Pas à la satisfaction de tout le monde, mais bon.

Les chefs des partis d’opposition réagissent rapidement. Mais personne du côté du gouvernement, ni le ministre des Ressources naturelles, Greg Rickford, ni le ministre responsable de la Colombie-Britannique, James Moore, ne prennent la peine de sortir. Mercredi, à l’entrée du caucus hebdomadaire, enfin! Des députés de la Colombie-Britannique et le ministre des Finances Joe Oliver, un Ontarien, s’arrêtent brièvement devant les micros. Les députés n’en sont plus à s’appuyer sur l’ONE, ils se réfugient derrière l’organisme en disant qu’ils n’ont fait que donner leur accord à des recommandations étoffées, comme ça, dans une sorte de vide, et que, pour la suite des choses, il faut s’en remettre à l’ONE et à Enbridge.

Le gouvernement passe à autre chose. Vous avez des questions, des réserves, un avis de poursuite ou un besoin d’information? Appelez l’ONE ou Enbridge, tout est maintenant en place, le gouvernement n’y est plus pour rien. Après tout, on ne parle ici que d’un projet de 7 milliards de dollars, 525 000 barils par jour, 3000 emplois en construction, dans un domaine pourtant reconnu comme le fer de lance du développement économique du Canada, LE thème du gouvernement conservateur.

On s’est fié aux scientifiques, dit le gouvernement, dont le premier ministre en tête à la période des questions. C’est une « politique basée sur les faits », dit M. Harper. Les scientifiques du pays sont soulagés d’apprendre que le gouvernement les écoute. M. Harper avait d’ailleurs dit la même chose récemment aux collègues de la CBC au sujet de son initiative sur la santé maternelle et des enfants dans les pays pauvres. En parlant des réticences face à la vaccination, M. Harper avait déploré que « les gens s’en remettent à leurs propres théories » plutôt que de se fier aux faits et aux experts qui ont bien examiné la question.

Wow! Statistique Canada devrait peut-être retracer les formulaires longs du recensement, celui de 2016 s’en vient!

Revenons à Northern Gateway. Compte tenu de l’importance du projet dans le portrait d’ensemble du développement des ressources énergétiques, on s’étonne quand même du service après-vente du gouvernement. Est-ce qu’il ne veut pas s’approprier le succès éventuel du projet s’il est si prometteur?

Il faut se rappeler que c’est M. Harper qui, en 2006, devant des gens d’affaires à Londres, proclamait que le Canada deviendrait une « superpuissance énergétique ». Ce même Stephen Harper avertissait un Barack Obama hésitant dans le dossier Keystone, en 2011, en affirmant que le Canada serait contraint de trouver d’autres débouchés, en Asie, pour ses hydrocarbures. C’est précisément ce que permet le pipeline NG. M. Harper a toutes les raisons d’en être fier et de défendre le projet, car ce ne sont pas les arguments qui manquent. Pourtant.

Gros contraste avec deux dossiers importants qui  reviennent en mémoire, pour lesquels le gouvernement Harper avait géré les annonces de manière fort différente.

Le ministre Tony Clement s’était chargé lui-même de la déclaration dans le foyer de la Chambre pour rejeter la tentative de prise de contrôle de la Potash Corp par une firme australienne, une décision très, très populaire en Saskatchewan, où la Potash est un symbole fort.

Autre dossier stratégique, l’acquisition de la pétrolière Nexen par le géant d’État chinois CNOOC en décembre 2012. On ne se refuse rien, c’est le premier ministre lui-même qui se rend disponible et qui prend toutes les questions avec une maîtrise dont les journalistes de la Colline parlent encore. Ils se demandent en fait pourquoi M. Harper ne se livre pas à l’exercice plus souvent, puisqu’il a tous les atouts en main pour bien défendre ses décisions.

Dans ce cas-là, le premier ministre gagnait sur les deux tableaux. En approuvant d’une part la transaction de 15 milliards de dollars, l’avenir de Nexen était nettement plus reluisant, l’Alberta et la communauté des affaires étaient satisfaites. Il fixait d’autre part de nouvelles règles pour les acquisitions futures par des firmes étrangères contrôlées par des États. Ça calmait bien des inquiétudes. CNOOC-Nexen serait la dernière du genre, tout le monde était content, y compris les Chinois.

Au moment d’écrire ces lignes, ce n’est qu’à la période des questions que MM. Harper et Rickford ont répondu aux questions sur NG.  MM. Harper et Rickford présentaient en fait l’acceptation de Northern Gateway comme une formalité, une sorte d’automatisme, sinon une fatalité… curieux. Et comme d’habitude, peu importe l’angle de la question, la réponse tourne autour des mêmes lignes : l’avis d’un groupe indépendant a été suivi, des conditions exigeantes sont fixées et permettront de protéger l’environnement, des milliers d’emplois seront créés et cela bénéficiera à tous les Canadiens en fin de compte.

Ah oui… j’oubliais, « et le NPD a toujours été opposé au développement des ressources » en plus de « on se souvient de l’hostilité des anciens gouvernements Trudeau à l’égard des projets de l’Ouest », concluait le premier ministre face aux chefs des deux partis d’opposition.

Les députés conservateurs de Colombie-Britannique risquent de trouver l’été pas mal long. Pour Enbridge, ce sera encore plus long.

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