Archives du collaborateur Denis Ferland


À propos de Denis Ferland

Denis Ferland est correspondant parlementaire à Ottawa pour le Réseau de l’information. Il est entré à Radio-Canada en 1994 comme affectateur des journalistes à la colline Parlementaire, poste qu'il a occupé pendant 16 ans. C'est à ce titre qu'il a coordonné les grandes couvertures politiques des dernières années, notamment le référendum de 1995, les congrès politiques ainsi que les sommets internationaux comme ceux du G-8 de Kananaskis en 2002 et de Toronto en 2010. Au bureau électoral de Radio-Canada à Montréal, il a été au cœur de la couverture des dernières campagnes électorales fédérales.

À inscrire au calendrier fédéral 2014

par

 publié le 16 janvier 2014 à 12 h 34

Je vous ai peint la semaine dernière une sorte de portrait chiffré de la situation politique au fédéral, et ma collègue Emmanuelle Latraverse vous présentait les défis des chefs de parti pour 2014 tout en faisant le tour de trois grands enjeux à peu près incontournables.

Un texte de Denis FerlandTwitterCourriel

Saga Wright-Duffy, pipeline-ressources et face-à-face gouvernement-syndicats : il y a des développements à prévoir, avec des échéanciers plus ou moins prévisibles, selon le cas. Une décision de l’Office national de l’énergie, ça se prépare. Mais la publication de documents d’enquête ou le dépôt d’accusations, ça arrive pas mal comme un cheveu sur la soupe.

Il en va de même pour une série d’autres dossiers dont certains sont cycliques, tandis que d’autres vous tombent dessus à l’improviste quand ils ne sont pas carrément des indésirables. Enfin, certains relèvent de l’automutilation : la catégorie « ils ont bien couru après ».

Mi-janvier

Événement planifié, formel, l’audition, mercredi, du renvoi du gouvernement Harper à la Cour suprême sur la validité de la nomination du juge Marc Nadon pour occuper un des trois postes réservés au Québec sur le banc de ce même tribunal. La nomination suscite une confrontation avec le gouvernement du Québec. Son éventuelle confirmation n’apaiserait pas les choses.

En prime, nombreux sont ceux dans les milieux juridiques qui, au-delà du débat sur le pouvoir fédéral de nommer un juge de la Cour d’appel fédérale qui a quitté le Barreau du Québec il y a plus de 20 ans, se posent de sérieuses questions sur le calibre de l’individu lui-même. Valait-il la peine de faire tout ça pour Marc Nadon? Affronter le Québec, mais aussi d’autres provinces sur le principe? Marc Nadon en valait-il le coup à ce point? On le verra assez rapidement. Les juges du haut tribunal du pays sont surchargés de travail en l’absence de Marc Nadon, et ils ne devraient pas tarder à prendre une décision. Le juge Nadon sera donc confirmé ou pas. Il siégera, ou bien le gouvernement devra nommer quelqu’un d’autre.

Fin-janvier

Tout aussi planifiée, l’audition de trois appels qui touchent un aspect du programme conservateur de lutte à la criminalité : la fin du temps purgé avant sentence compté en double. La Loi sur l’adéquation de la peine et du crime a un nom nettement plus évocateur en anglais  : « Truth in sentencing Act » (pour de véritables peines, ou la fin de la « frime » dans les peines de prison).

C’est maintenant du un pour un, sauf exception à justifier. Vous avez purgé 30 jours avant votre condamnation, c’est 30 jours de moins à votre peine. Le fédéral est en appel là-dessus. En plus, on s’est aperçu ces derniers temps que certains juges réaffirment leur prérogative en matière de sentence en recourant systématiquement à l’exception et créditent aux condamnés 1,5 jour par jour purgé avant condamnation.

La même volonté d’affirmation des juges vaut pour certaines peines minimales imposées par le gouvernement Harper. Des juges refusent d’en appliquer certaines, les déclarant inconstitutionnelles. Des accusés ont eu gain de cause. Les gouvernements ontarien et canadien tentent d’interjeter appel encore une fois en Cour suprême.

Février

Meilleur exemple de prévisibilité, du moment sinon du contenu, le budget. Jim Flaherty en sera à son neuvième. Va-t-il confirmer dès lors qu’il atteindra son objectif du retour à l’équilibre l’année suivante?

On verra, mais on devrait sentir une accélération dans cette direction, sans pour autant que M. Flaherty n’y aille de nouvelles mesures ou d’initiatives qui viendraient faire la différence. M. Flaherty le répète ad nauseam, on « maintient le cap ». Si vous ne l’avez pas entendu au cours de la dernière année, vous viviez sous une roche! Les mesures populaires promises advenant l’élimination du déficit attendront l’an prochain, une année électorale.

Mars-avril

C’est aussi quelque part en mars ou avril, selon les procédures parlementaires, que le débat sur le pouvoir des députés de désavouer leur chef et de forcer la tenue d’une course à la direction reprendra. Que le projet de loi émane d’un simple député conservateur, Michael Chong, et qu’il suive de quelques mois une mini-révolte de ses collègues du caucus, ça braque les projecteurs sur le chef conservateur, le premier ministre Harper. Le fait que la poigne de M. Harper sur ses troupes ne soit plus aussi ferme est aussi mis en évidence.

Juin

C’est à ce moment que Michael Sona, alias Pierre Poutine, devrait subir son procès pour des appels trompeurs dans Guelph, au bénéfice du candidat conservateur en mai 2011. À compter du 2 juin, une dizaine de jours de témoignages vont attirer l’attention sur les pratiques du Parti conservateur, qui a mis Sona-Poutine en quarantaine.

Rappelons qu’Élections Canada poursuit des enquêtes dans quelques dizaines d’autres comtés, où des appels robotisés trompeurs auraient aussi été effectués. Tout ça, sans compter les accusations portées contre le député Dean DelMastro pour des dépenses électorales illégales. Son procès devrait commencer le 23 juin. Il a été expulsé du caucus conservateur depuis.

Décembre

C’est le 20 décembre qu’expirera le délai d’un an fixé par la Cour suprême au gouvernement fédéral s’il veut légiférer en matière de prostitution. Après cette date, les articles sur les maisons de débauche, la sollicitation dans les lieux publics et le fait de vivre des fruits de la prostitution seront tous rayés du Code criminel.

Comme le gouvernement a mené lui-même la bataille jusqu’en Cour suprême après deux défaites en instances inférieures, on peut supposer qu’il voudra maintenir certaines limites à ces activités. À défaut de la sécurité des prostituées, on a entendu beaucoup d’arguments tournant autour de la moralité et de la quiétude des communautés de ce côté-là du spectre politique. Tous les partis politiques seront interpellés sur cette question.

À SURVEILLER

Marijuana

Est-ce que Stephen Harper va bouger là-dessus? Après que Justin Trudeau et l’Association des chefs de police eurent placé le sujet à l’avant-scène de l’actualité, les conservateurs ont bien tenté d’en tirer avantage. La légalisation et la réglementation suggérées par Justin Trudeau sont vite devenues la « promotion de la marijuana auprès des enfants ». Justin Trudeau et Rob Ford, pas vraiment de différence aux yeux des MacKay et cie.

Mais M. Harper lit les sondages comme tout le monde. Interrogé sur sa propre consommation, il invoque son asthme et répond à la blague : « Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui fume du pot? »  Mais il entrouvre la porte. La suggestion des policiers de permettre l’imposition de simples contraventions pour les petites possessions personnelles fait son chemin. Reste à savoir si M. Harper voudra couper l’herbe… sous le pied de M. Trudeau.

Ottawa c. Québec : laïcité et suicide assisté

Est-ce que les partis fédéraux vont réussir à se tenir loin de ce débat sur la laïcité qui va s’animer de nouveau avec la commission parlementaire à Québec et, qui sait, une élection possible? Il faut se rappeler que MM. Harper et Mulcair n’ont pas fait preuve du même enthousiasme que Justin Trudeau l’été dernier lorsque la nouvelle a été publiée avant même que Bernard Drainville n’ait complété sa belle présentation, esquisses à l’appui. Le chef libéral est monté sur ses grands chevaux et, tel le preux chevalier des droits, s’est lancé, hallebarde en l’air, à l’assaut du gouvernement Marois.

Bien sûr, tous les partis fédéraux ont fini par se ranger derrière la protection de la liberté religieuse prévue par la Charte canadienne des droits et libertés. M. Mulcair a tenté de démonter M. Trudeau en évoquant un appui financier à ceux qui contesteraient la charte Drainville devant les tribunaux.

Les trois chefs vont être appelés à prendre position, mais le seul qui serait concrètement mêlé au dossier serait M. Harper pour peu que quelqu’un conteste la constitutionnalité de la charte Drainville et mette en cause le gouvernement fédéral comme gardien de la charte canadienne.

Sur le suicide assisté, deux fronts pour Ottawa. La Cour suprême vient d’accepter de se pencher de nouveau sur la question, 21 ans après la cause Sue Rodriguez. Le droit et la société ont considérablement changé depuis. Dans des dossiers émanant de la Colombie-Britannique, Ottawa a obtenu gain de cause en appel après avoir défendu sans succès le Code criminel, qui interdit l’aide au suicide, mais pas le suicide comme tel.

Au Québec, on s’attend à l’adoption du projet de loi qui autorise et balise « l’aide médicale à mourir », expression qui masque la véritable pratique qu’on veut permettre. Le gouvernement Harper s’est tenu loin, très loin, de ce débat. La ministre de la Santé Rona Ambrose dit ne pas vouloir permettre le suicide assisté en modifiant le Code criminel, et elle invite plutôt les provinces à agir dans ce domaine à l’intérieur de leurs compétences en matière de soins de santé.

Là encore, le fédéral pourrait être entraîné dans la tourmente judiciaire si un des groupes qui continuent de s’opposer au projet Hivon s’avisait d’aller devant les tribunaux et de demander au fédéral de défendre, dans ce cas-ci, son Code criminel.

Saupoudrez quelques annonces sur le pont Champlain, une querelle Ottawa-Québec sur la subvention canadienne à l’emploi, etc. Tout ça et bien plus en 2014, sauf, en principe, des élections fédérales!

Catégorie: Ottawa

Une p’tite vidéo avec ça?

par

 publié le 13 janvier 2014 à 12 h 49

En ce début 2014, les usagers de YouTube, mais aussi les partisans de Stephen Harper, peuvent maintenant suivre les péripéties hebdomadaires du PM par l’entremise d’une vidéo qui sera montée chaque semaine par son équipe de communication. Ça permet d’y voir l’ensemble des activités de la semaine, celles qui ont été couvertes avec plus ou moins d’attention par les médias, comme les autres.

Un texte de Denis FerlandTwitterCourriel

On y voit évidemment M. Harper dans des situations parfois moins formelles, avec la tenue à l’avenant, et on entend même Madame, quand elle participe à un événement. Autrement dit, des images et des rencontres dignes d’une campagne électorale, sans le filtre des médias.

Disponible sur YouTube et intitulée « 24 sept », elle l’est aussi directement à partir du site du premier ministre Harper.

Évidemment, vous allez poser la question : est-ce une utilisation partisane de ressources publiques, puisque c’est le personnel du Bureau du premier ministre qui tourne les images et effectue le montage de ces vidéos, dont la première faisait un peu moins de quatre minutes?

On nous a précisé que le tout est fait avec les ressources existantes. Exact au sens strict. En français, on peut reconnaître la voix du secrétaire de presse du premier ministre, Carl Vallée, en narration.  À voir les images, il est certain qu’on n’a pas eu recours à une firme de production extérieure! Techniquement, c’est mieux qu’une certaine vidéo du chef libéral Stéphane Dion de décembre 2008, mais bon… Un caméraman suit déjà le PM dans ses déplacements, et des cellulaires sont même mis à contribution au besoin.

Compte tenu des normes nettement plus souples pour ce qui est des vidéos en ligne de nos jours, seuls les gens de l’industrie de la télé notent les lacunes. On ne gagnera pas l’Oscar du meilleur documentaire court, mais on s’en contente. Les méchantes langues suggéreront la catégorie court métrage de fiction. Pas plus de chance de l’emporter, selon votre chroniqueur cinéma improvisé.

Il reste que l’entourage du PM choisit de consacrer des ressources publiques à ces montages additionnels. Il y avait déjà en ligne des vidéos des Productions Harper et cie, petite ouverture avec musique, fondu de la photo d’un Stephen Harper souriant, au drapeau canadien, à la tour de la Paix puis à la bibliothèque parlementaire, mais ce qu’on montrait des événements était plus brut, disons.

Le titre de la vidéo est « 24 sept »;  pas pour 24 septembre… 24 sept, 24 heures, 24 Sussex, 7 jours, vous suivez? On a droit à un véritable résumé de la semaine qui commence par trois ou quatre manchettes, puis au déroulement chronologique de la semaine du premier ministre, rythmé par la mention de chacune des journées. Inspiration, copie ou pas, ça ressemble drôlement à « Die Woche die Kanzlerin », la « Semaine de la chancelière » Angela Merkel. Manchettes au début, puis, une journée à la fois, les activités de Mme Merkel de la semaine précédente.

En fait, à peu près tous les gouvernements modernes mettent en ligne des vidéos de leurs chefs respectifs. Elles sont mêlées au reste des activités gouvernementales dans certains cas, comme au Brésil avec Mme Roussef, publiées sur le site du dirigeant, comme pour la Maison-Blanche, ou encore sur un site dédié sur YouTube comme pour le Britannique David Cameron.

J’en ai parcouru une dizaine. Les montages plus élaborés que nécessitent les résumés hebdomadaires sont plus rares. Quand je dis élaborés, je ne commente pas la qualité du produit final, seulement le travail additionnel. Le premier ministre Harper en a, calqué ou pas sur ceux de Mme Merkel, tout comme le président Obama avec le « West wing week », l’aile ouest de la Maison-Blanche étant le centre nerveux de son administration.

Dans ce dernier cas, on parle cependant de production plus léchée, plus d’une caméra à certains événements, des effets de montage, etc. Mais, différence intéressante, même s’ils sont évidemment très positifs pour l’administration Obama, les résumés hebdos de la Maison-Blanche sont moins axés strictement sur la personne du président. On le voit en masse, bien sûr, mais on a aussi droit à de longs extraits de certains adjoints qui viennent expliquer des politiques ou des prises de position, comme le conseiller scientifique du président ou une attachée de presse.

On verra comment évolueront les Productions Harper et cie. On a eu droit à une première mouture quand même assez prévisible. Vous vous en doutez bien, si on a présenté son passage devant le Vancouver Board of Trade, on n’a pas beaucoup vu l’intempestif environnementaliste qui a réussi à se glisser sur la scène derrière le premier ministre. Peut-être la caméra du BPM n’était-elle pas bien placée? Ou trop bien?

Catégorie: Ottawa

Baromètre politique de début d’année

par

 publié le 9 janvier 2014 à 10 h 35

Le climat a retenu l’attention plus que jamais pendant les dernières fêtes. C’est un peu l’habitude, mais on a l’impression qu’on a quand même eu droit cette année à des situations hors-norme, et ça se poursuit. Nos amis de la région de Toronto y ont goûté, tout comme ceux de l’Estrie d’ailleurs, qui ont vu leurs réjouissances de Noël être perturbées par les pannes massives de courant et les déplacements difficiles, voire impossibles, à cause du verglas.

Le climat politique fédéral n’a pas subi les mêmes soubresauts pendant qu’on avait la tête ailleurs, mais il reste qu’on entreprend une nouvelle année et que, si on compare à la même période l’an dernier, le paysage a changé… Et pas juste à cause de la neige plus abondante sur la capitale fédérale.

Rappelez-vous par exemple qu’à pareille date en 2013, c’est un dénommé Bob Rae, chef intérimaire, qui dirigeait le navire du Parti libéral du Canada. Les rafales Trudeau ont gonflé les voiles libérales, et le PLC vogue en tête des sondages.

On va donc parler chiffres en laissant de côté degrés, millimètres de pluie, centimètres de neige ou encore facteur éolien!

La donnée de base du baromètre politique, les intentions de vote tout d’abord. Les sondages Ekos de fin décembre, à un an d’intervalle, nous montrent que les conservateurs sont passés du premier rang, avec 32 % des appuis, au deuxième, avec 26 %. Les libéraux ont eux grimpé de deux rangs : ils occupent la première place avec 32 % des intentions de vote, un bond de huit points. Les troupes de Thomas Mulcair sont passées du deuxième au troisième rang avec 23 % des intentions, un recul de trois points.

Le nombre de Canadiens qui pensent que le gouvernement s’en va dans la mauvaise direction est maintenant à 52 %, en hausse de six points, et Justin Trudeau devance Stephen Harper, de peu, mais quand même, comme le chef le plus apprécié. Ces données nous montrent essentiellement la météo politique à court terme, comme si vous planifiez le week-end de ski qui vient.

Les prévisions à long terme

Plusieurs données sous-jacentes, d’Ekos comme de Nanos, laissent entrevoir les prévisions à long terme et les plafonds, souvent nuageux, ou encore les éclaircies pour chacun des partis.

Par exemple, Nanos nous apprend que seulement 38 % des répondants envisageraient de voter conservateur, contre 40 % pour le NPD et 50 % pour les libéraux. Deux constats, tout d’abord :

  1. Stephen Harper peut concentrer son attention sur environ 10 % de l’électorat; c’est la différence entre les intentions de vote conservatrices actuelles et ce plafond de 38 %.
  2. Ensuite, même dans le meilleur scénario, le potentiel de croissance par rapport à la majorité de 2011 est restreint pour le moment. Le PC avait alors récolté 39,6 % des appuis.

C’est d’autant plus vrai qu’avec 26 % des intentions de vote, les conservateurs ne représentent le deuxième choix que de 9 % des répondants à Ekos. Les possibilités sont nettement plus intéressantes pour leurs adversaires. Le NPD serait un deuxième choix pour 22 % des gens contre 19 % pour les libéraux.

En fait, très peu de mouvement vers les conservateurs chez les gens qui ont voté pour les autres partis en 2011, autour de 5 %. Les libéraux eux, récoltent maintenant l’appui de 17 % des électeurs conservateurs de 2011… et de 23 % des néo-démocrates.

Et si on veut parler de croissance potentielle tout en expliquant un peu la chute des libéraux en 2011, 33 % des gens qui n’ont pas voté en 2011 voteraient libéral actuellement, contre 20 % pour les deux autres partis. Les libéraux avaient vu leur électorat s’évanouir dans la nature en 2011, particulièrement en Ontario.

Autre sujet de préoccupation pour les conservateurs, les gains effectués du côté des immigrants, notamment dans certaines concentrations en banlieue à Toronto et à Vancouver, ont peut-être été de courte durée. Est-ce le retour d’un Trudeau, un nom qui fait résonner « multiculturalisme »? Il reste que les libéraux obtiennent maintenant 38 % des appuis des électeurs nés à l’étranger, une avance de 12 points sur les conservateurs. Ce sera un des nerfs de la guerre électorale de 2015 avec une bonne part des 30 nouveaux comtés se trouvant dans ces mêmes banlieues.

MM. Trudeau et Harper sont à égalité auprès de l’électorat masculin. Chez les femmes, on est à 33 % contre 22 %, et je vous laisse deviner lequel a l’avantage…

Le vote régional québécois

Dans le sondage CROP, 63 % des répondants sont insatisfaits du gouvernement Harper. Ça se reflète dans les intentions de vote, les conservateurs n’en récoltent que 13 %, seulement 9 % dans le Grand Montréal. Petite consolation avec une lutte à trois dans la région de Québec, mais un autre 13 % pour le PC dans les régions hors Montréal et Québec.

Encore une fois, les libéraux sont les gagnants de la dernière année. Avec 36 % des appuis, on parle d’un gain de 15 points selon CROP. Le NPD en perd 10, à 30 %, tandis que le Bloc est à 17 %. À noter que des sondages nationaux placent le Bloc et le NPD à proximité, en milieu de vingtaine. Dans le cas du Bloc, le choix d’un nouveau chef et la performance du gouvernement Marois sont les facteurs à surveiller. Stephen Harper n’est vu comme le meilleur premier ministre que par 11 % des répondants au Québec, contre 27 % pour MM. Mulcair et Trudeau.

Donc, vous êtes maintenant inondés, ou plutôt enneigés, de chiffres, ne les apprenez pas par coeur, mais ne les pelletez pas trop loin non plus. Ils vont expliquer bien des choix, déclarations, promesses et attaques des dirigeants fédéraux en 2014.

Catégorie: Ottawa

Le relevé de notes de la classe politique

par

 publié le 15 décembre 2013 à 6 h 56

La session (parlementaire) est finie, les députés partis en vacances. L’occasion de distribuer les étoiles et les avertissements en attendant la rentrée prochaine.

Une analyse de Denis Ferland

1. Stephen Harper


Stephen Harper

Meilleur coup : l’entente commerciale et économique avec l’Union européenne.

Épine au pied : la tache d’huile de l’affaire Wright/Duffy dans son entourage immédiat.

Citation de l’automne : « Monsieur le président, M. Wright l’a dit clairement : c’est lui, et lui seul, qui a décidé de rembourser M. Duffy en utilisant ses propres fonds. Il a informé très peu de gens de cette décision. » – Le 24 octobre 2013, à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Mike Duffy et Nigel Wright.

Actif/passif : ténacité, fermeté, persévérance/entêtement, inflexibilité, opiniâtreté.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : -2 % (28 %), depuis l’élection de 2011 : -12 %.

Défi pour 2014 : reprendre l’initiative de la « discussion publique », ce qu’il a entrepris l’automne avec un Discours du Trône d’une heure. Vous en souvenez-vous?

Lecture pour les Fêtes : Le Canadien de Montréal, une légende repensée, un livre académique, semblable au sien sur le hockey à Toronto. Une différence entre les deux livres : une des deux équipes gagne.

2. Thomas Mulcair


Thomas Mulcair

Meilleur coup : avoir transformé la période des questions en un « interrogatoire » serré et systématique de Stephen Harper.

Épine au pied : l’absence de retour sur l’investissement dans ces séances où il cloue M. Harper au pilori, la meilleure preuve, les quatre partielles du 25 novembre.

Citation de l’automne : « Le premier ministre souhaite-t-il changer sa version des faits avant que les prochains documents de la GRC ne le contredisent encore une fois? » – Le 28 mai 2013 à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Justin Trudeau.

Actif/passif : Détermination, expérience, répartie/ne pas être Jack Layton.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : +1 %, depuis l’élection de 2011 : -7 %.

Défi pour 2014 : redoubler d’efforts pour convertir en résultats sur le terrain le travail parlementaire.

Lecture pour les Fêtes : Le Petit Prince, surtout ne pas confondre avec Le prince de Machiavel.

3. Justin Trudeau

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg

Meilleur coup : avoir choisi de passer beaucoup de temps sur le terrain avec des résultats intéressants lors des quatre partielles du 25 novembre.

Épine au pied : des performances encore assez scolaires en Chambre et en point de presse.

Citation de l’automne : « J’ai un certain niveau d’admiration pour la Chine parce que leur dictature leur permet de faire un virage économique soudain. » – Le 7 novembre 2013

Hanté la nuit par : Mao!

Actif/passif : image, amabilité, spontanéité/image, amabilité, spontanéité.

Sondages, résultat net : entre août et décembre : stable, depuis l’élection de 2011 : +17 %.

Défi pour 2014 : répéter sa performance sur la Charte des valeurs québécoises plus souvent en prenant le leadership fédéral sur de grands enjeux.

Lecture pour les Fêtes : Le prince de Machiavel,  surtout ne pas confondre avec Le Petit Prince.

4. Denis Lebel

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Denis Lebel

Meilleur coup : devancement de trois ans de l’échéancier de construction du nouveau pont Champlain.

Épine au pied : le péage sur le futur pont.

Citation de l’automne : « Pas de péage, pas de pont. » – Le 26 novembre 2013, à la Chambre des communes.

Hanté la nuit par : le fantôme de Samuel de Champlain.

Actif/passif : Affabilité, sincérité/radar (flair) politique en développement.

Sondages, résultat net : ne s’applique pas.

Défi pour 2014 : comme capitaine, naviguer dans les rapides qui entourent le pont actuel avec un équipage provincial et municipal qui pourrait se mutiner.

Lecture pour les Fêtes : Entrée principale, biographie-entretien de l’architecte Roger Taillibert. Le Danois Paul Ove Jensen n’a pas encore publié la sienne.

5. Jason Kenney

Justin Trudeau (à gauche) et Emmanuel Dubourg
Jason Kenney

Meilleur coup : avoir dénoncé Rob Ford en réclamant son départ, tout en n’associant pas le maire de Toronto et Justin Trudeau, contrairement au reste du gouvernement Harper.

Épine au pied : deux dossiers impopulaires dans sa cour. Le premier auprès des gens : la réforme de l’assurance-emploi. L’autre auprès des provinces : la future subvention canadienne à l’emploi.

Citation de l’automne : « Je pense que M. Ford a déshonoré le service public, la mairie et sa ville. » – Le 19 novembre 2013, à la Chambre des communes

Hanté la nuit par : Henry Morgentaler.

Actif/passif : les meilleures qualités de communicateur dans les deux langues du cabinet/des convictions religieuses profondes qui le placent aux côtés d’alliés politiques qui ne font pas l’unanimité.

Sondages, résultat net : ne s’applique pas.

Défi pour 2014 : continuer à refouler ses élans d’ambition de chef de parti.

Lecture pour les Fêtes : Juggernaut, sur la machine et le travail en coulisse de Paul Martin pour tasser Jean Chrétien, ce qu’il ne faut pas faire.

Catégorie: Ottawa

Les retraites, nouvel avertissement

par

 publié le 28 novembre 2013 à 8 h 52

Un rapport de l’OCDE passé presque inaperçu mercredi, sauf les mentions qu’en ont faites mes collègues de l’économie, contenait un message digne d’intérêt pour les futurs retraités et nos décideurs politiques. Les retraités canadiens dépendent déjà moins des régimes publics et davantage de sources personnelles de revenus pour assurer leurs vieux jours. Nos personnes âgées ont également de plus en plus tendance à se rapprocher du seuil de pauvreté, même s’ils s’en tirent encore mieux que ceux des autres pays industrialisés. Bref, il faut penser à long terme dans ce domaine et, quel hasard, les ministres des Finances du pays doivent se rencontrer avant les Fêtes. Les provinces ont déjà eu des discussions sur le Régime de pensions du Canada cet automne. Leur vis-à-vis fédéral sera mis au parfum sur tout ça.

Jim Flaherty semble conscient de la nécessité de mettre à jour le Régime de pensions du Canada pour permettre aux futurs retraités de maintenir un niveau de vie décent, mais il estime que les ajustements peuvent attendre. Il disait concevoir, au début du mois à Toronto, qu’il soit dans l’intérêt à long terme des Canadiens de bonifier le RPC. Pour lui, les contributions nécessaires de la part des employés et des employeurs sont des taxes à l’embauche qu’on ne peut pas se permettre en ce moment.

Durant leurs rencontres des trois derniers mois, les provinces ont envisagé des façons de prévoir un mécanisme d’ajustement au plus tôt, de façon à pouvoir mettre le tout en branle dès que les conditions économiques le permettront. Il convient de rappeler que ce sont des réticences provinciales qui, il y a trois ans, avaient freiné M. Flaherty. Ce dernier avait alors décidé de se concentrer sur les nouveaux régimes de pension agréés collectifs, qui offrent une autre option aux épargnants.

Quelques détails maintenant sur les conclusions de l’OCDE, qui militent en faveur d’une réflexion plus tôt que tard, et qui proposent surtout d’aller plus loin que le simple, pour ne pas dire simpliste, passage de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse. Le rapport Panorama des pensions 2013 montre que trois fois plus de retraités américains que canadiens vivent sous le seuil de pauvreté. Cependant, le nombre de retraités pauvres est à la baisse dans la plupart des pays de l’OCDE, alors qu’il s’est accru au Canada au cours des cinq dernières années. Ainsi, au pays, plus de 120 000 retraités additionnels ont joint ce groupe.

Le gouvernement Harper se targue de maintenir les transferts aux particuliers, malgré les compressions actuelles. Ça inclut évidemment le RPC, la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti. Autre hic, ces prestations comptent pour 39 % du revenu des retraités au Canada, contre 59 % en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE. Vous aurez compris qu’à l’inverse, les régimes non gouvernementaux (REER, régimes d’employeurs, etc.) occupent une plus grande part ici, soit 42 % des revenus contre une moyenne de 18 % pour l’ensemble. Compte tenu du fait qu’on est dans une grande remise en question des fameux régimes à prestations déterminées, cette portion de l’équation sera mise à mal au cours des prochaines années.

De la matière à réflexion, à prévision, à planification sinon à action pour le ministre Flaherty et ses homologues provinciaux lors de leur rencontre prochaine. Et je ne vous parle même pas des problèmes de capitalisation des régimes de retraite ces temps-ci!

Catégorie: Ottawa

À la rescousse de Stephen Harper

par

 publié le 25 novembre 2013 à 10 h 11

Un nouveau visage s’impose sur la colline du Parlement depuis mercredi dernier, le directeur des communications du premier ministre Harper, Jason MacDonald. En fait, M. MacDonald joue carrément le rôle de porte-parole de M. Harper, fournissant entrevue après entrevue et alimentant les journalistes en précisions sur ce que M. Harper savait sur l’affaire Wright/Duffy. En fait, plus que cela, dans certains cas, il se chargeait d’interpréter les propos de son patron pour les clarifier.

« Scrum » donc, mercredi, après la période des questions à la suite d’un autre interrogatoire serré de Thomas Mulcair, mais surtout après la publication du plus récent document de la GRC. Courriels de précisions et d’explications jeudi et vendredi après des réponses plus ou moins claires de M. Harper lors de points de presse à Lac-Mégantic et à Winnipeg.

Et, en fin de semaine,  des sorties exceptionnelles à des émissions politiques de CBC, Global et CTV. Mais M. Harper continue de commencer la plupart de ses réponses par un « J’ai toujours été clair »…

Jason M

Va pour le caractère particulier et exceptionnel des interventions de M. MacDonald. Son patron n’a pas été assez clair, ou convaincant, on décide de marteler le message. Le document de la GRC indique qu’il n’y a pas de preuve que le premier ministre a été impliqué dans l’entente en négociation, puis dans celle finalement conclue, pour permettre à Mike Duffy de rembourser le Sénat.

Comment expliquer les courriels de Nigel Wright qui dit le 22 février aux personnes impliquées dans la discussion avec le clan Duffy sur le remboursement, le camouflage et le futur rapport du vérificateur indépendant qu’il veut « parler au premier ministre avant que le tout soit considéré comme final »? Une heure plus tard, il revient : « On peut y aller du côté du premier ministre… » On parle ici d’une entente en cinq points très explicite, M. Duffy rembourse le Sénat, le Parti conservateur le compense, rembourse ses frais d’avocats en plus, on manipule ensuite le rapport du Comité de régie interne du Sénat et les travaux du vérificateur Deloitte.

Jason MacDonald a indiqué qu’on n’avait pas présenté au premier ministre « les faits tels qu’on les connaît maintenant ». Un mois plus tard, même scénario. Dans une note de service au premier ministre, Nigel Wright a fourni des informations inexactes, trompeuses en fait, à son patron. Il y mentionnait que Mike Duffy s’apprêtait à rembourser le Sénat, mais sans préciser comment, notamment qu’il avait déjà à ce moment-là décidé de faire le chèque de 90 000 $.

Donc, portrait sommaire de ce que M. MacDonald a livré sans relâche comme message depuis la publication de la déclaration sous serment de l’enquêteur Horton de la GRC. Au fil des trois mois de discussions et de tractations documentées entre pas moins de sept personnes de son bureau et de quatre autres du côté conservateur du Sénat, dont une membre de son cabinet, 11 personnes de l’entourage de M. Harper suivaient les développements pendant que le grand patron ignorait tout de ce qui se tramait et de la conclusion de l’affaire. Bel et fort commode exemple de « lâcher prise » de la part d’un premier ministre à qui on reproche souvent, il est vrai, de ne pas déléguer assez et de faire de la microgestion.

Catégorie: Ottawa

GRC : Wright et Duffy seuls dans la ligne de mire?

par

 publié le 22 novembre 2013 à 21 h 21

La divulgation des allégations et des soupçons de la GRC dans un document visant à appuyer l’obtention de documents bancaires et de centaines de courriels des bureaux de trois sénateurs conservateurs a exposé pour la première fois, et de la manière la plus complète jusqu’à maintenant, les tractations qui ont mené à ce fameux chèque de 90 000 $ de Nigel Wright à Mike Duffy pour couvrir son remboursement de dépenses injustifiées.

On parle non seulement d’allégations, mais aussi d’échanges de courriels fort révélateurs, dans le feu de l’action. La période couverte va au-delà de la remise du chèque, elle se prolonge jusqu’à la mise au jour du stratagème et à la démission de Nigel Wright en passant par la gestion de cette dernière crise par les gens du Bureau du premier ministre (BPM).

Depuis la publication du document, le premier ministre concentre ses répliques sur deux éléments reliés entre eux, à savoir que les violations présumées du Code criminel ne touchent que MM. Duffy et Wright et que M. Wright a indiqué aux enquêteurs que M. Harper n’était pas au courant de l’entente sur le chèque de 90 000 $. Dans les deux cas, M. Harper a raison, techniquement du moins. Quand on lit les 80 pages en question, on peut cependant conclure que rien de tout cela ne prétend être complet et définitif. C’est surtout vrai en ce qui a trait aux gens visés par des enquêtes criminelles.

Plusieurs spécialistes consultés soulignent que le document touche le principal geste potentiellement criminel dans l’affaire Wright/Duffy, le chèque de 90 000 $, mais que rien n’empêche le caporal Horton et ses collègues de mener parallèlement des enquêtes sur d’autres faits, d’autres individus. Le cas échéant, des demandes de production de documents pour obtenir des preuves semblables à celles de cette semaine pourraient bien suivre.

Sur le plan criminel, des gens proches du premier ministre, des sénateurs et des membres de leur personnel ont travaillé en coulisse pour tirer Mike Duffy du pétrin en finançant son remboursement à même les fonds du Parti conservateur. Il a été question d’influencer un rapport de vérification indépendante ainsi que de diluer les conclusions trop dures d’un rapport de comité du Sénat sur les dépenses réclamées en trop par M. Duffy. Le caporal Horton pourrait donc, non seulement ajouter des personnes, mais aussi des délits aux enquêtes en cours. Complot et entrave à la justice sont mentionnés dans les conversations de certains experts consultés. L’un d’eux a fait le tour de la question avec une collègue de CBC, si vous voulez en savoir plus long.

Dans le cas des avocats qui ont participé aux échanges de courriels, de propositions et contre-propositions avec Duffy et au plan qui a abouti au chèque de Nigel Wright, leurs ordres professionnels respectifs pourraient aussi s’intéresser à leur cas.

La suspension des trois sénateurs avait mis un terme aux démarches qui pouvaient être entreprises au Parlement dans le dossier des dépenses des sénateurs. C’est du côté de la GRC qu’il faut maintenant se tourner pour les développements à venir. Les enquêteurs se penchent aussi sur les cas Wallin, Brazeau et Harb.

Catégorie: Ottawa

Le mouvement des indignés, 2 ans après

par

 publié le 19 novembre 2013 à 10 h 43

Il y a deux ans cette semaine que les autorités mettaient fin aux manifestations permanentes à Wall Street et au square Victoria, à Montréal, dans le cadre du mouvement Occupy/Occupons, qui mettait l’accent sur les inégalités socioéconomiques et en particulier sur la situation du 1 % des gens les plus nantis. Ceux qui étaient derrière le slogan « Nous sommes les 99 % » en avaient aussi contre l’influence de la grande entreprise sur les pouvoirs politiques. Mais le thème de l’inégalité est celui qui a retenu le plus l’attention.

Ont suivi débats, études, comparaisons,  correctifs, promesses, etc., autour de ce thème. En janvier dernier, les participants au prestigieux Forum économique mondial, à Davos, ont établi les inégalités de revenus comme un des principaux facteurs de risque pour la prochaine décennie. Une des récentes contributions au débat est cette imposante série, échelonnée sur deux semaines dans le Globe & Mail, intitulée « Le paradoxe de la richesse ». Les comparaisons sont généralement de deux ordres, soit entre le Canada et les autres pays, principalement les États-Unis, ou  encore dans le temps, pour faire état de l’évolution du sort de chaque couche de la population au fil des années, notamment autour de la récente crise économique et financière.

Nous ne tenterons pas de tirer une conclusion simple et définitive sur les causes et les remèdes, mais le constat est généralement accepté. Les inégalités se sont accrues ces dernières décennies, qu’on tienne compte du revenu disponible, du salaire moyen, médian, etc. Les causes vont de la globalisation et du déplacement de certains emplois qui poussent les salaires à la baisse dans certaines industries, aux changements technologiques en passant par les systèmes d’éducation publics mal adaptés et les protections sociales moins généreuses.

Une des solutions très débattues tourne autour du fardeau fiscal des mieux nantis : impôts accrus sur les revenus les plus élevés ou encore sur les revenus de placement, taxes sur la richesse, sur les biens de luxe, etc. Tant dans le mouvement « Occupons » que lors des manifestations étudiantes du printemps 2012 au Québec, on a beaucoup entendu : « Faisons payer les riches. »

Ça voudrait dire quoi, faire payer les riches. Là-dessus aussi, il y a bien des débats. Le ministre québécois des Finances, Nicolas Marceau, pourrait vous en parler longtemps! Reste qu’on a pu constater à même une étude de l’OCDE publiée récemment qu’il est vrai que le Canada est plus « égalitaire », moins « inégalitaire » diraient certains, que les États-Unis. Il l’est moins que certains pays européens, surtout si on tient compte des revenus après taxation et surtout après redistribution grâce à divers programmes de soutien.

En plus, si l’OCDE constate une certaine progressivité de notre système fiscal, il semble que nos impôts progressifs ainsi que nos programmes sociaux ne soient pas le principal facteur d’équité au Canada. Les salaires eux-mêmes sont plus équitables, dit l’organisme dans une longue étude sur le sujet intitulée « Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenu se creusent ».

Est-ce à dire qu’il y a encore une marge de manoeuvre pour aller chercher plus d’argent chez les « riches » au Canada? Je vous laisse sur des données toutes chaudes qui sont sorties discrètement des ordinateurs de l’Agence du revenu du Canada au début du mois, sans être annoncées toutefois. Quelques faits saillants à partir des 25 millions de déclarations de revenus fournies par les Canadiens en 2011 :

- Les déclarants de 50 000 $ et moins comptent pour 72 % des gens et pour 36 % des tous les revenus. Ils ont payé 16 % de tous les impôts.

- La tranche de ceux qui déclarent entre 70 000 et 100 000 $ compte 9,2 % des contribuables, 17,8 % des revenus déclarés et 20,6 % des impôts payés.

- Les fameux 100 000 $ et plus de revenus déclarés, ceux qui grosso modo sont le plus souvent dans la ligne de mire, représentent 6,6 % des contribuables. À 29 % des revenus, c’est quatre fois leur poids et un peu plus, mais sachez qu’ils paient déjà près de la moitié de tous les impôts récoltés par nos gouvernements avec 47,6 % du total.

- Et, au sommet, si on se limite aux 250 000 $ et plus déclarés, retenez qu’ils ne sont que 0,8 % d’entre nous, ou d’entre vous… qu’ils obtiennent 10,5 % des revenus et paient plus de 20 % de tous les impôts.

Voilà de quoi alimenter votre réflexion sur la façon de s’y prendre pour récolter de nouveaux revenus auprès des individus et, surtout, vos discussions autour de la bûche de Noël!

Catégorie: Ottawa

L’environnement aux oubliettes

par

 publié le 18 novembre 2013 à 11 h 18

Saviez-vous que se tient en ce moment à Varsovie un événement annuel qui, en d’autres circonstances, aurait suscité un intérêt et une couverture autrement plus importante? Il s’agit de la 19e Conférence des parties (COP19) sur les changements climatiques sous l’égide des Nations unies, conférence-étape qui doit mener à une nouvelle entente globale en 2015 à Paris.

Quelques mentions dans les grands médias canadiens, peu de journalistes d’ici sur place, des textes d’agences, bref, l’attention limitée accordée à cette conférence témoigne assez bien du quasi-monopole exercé par trois histoires qui tournent autour de scandales. On parle ici de l’affaire Rob Ford, des dépenses des sénateurs et, plus particulièrement au Québec, de la commission Charbonneau.

L’environnement n’est pas le seul secteur où des choses sont passées inaperçues au cours du dernier mois. Plusieurs événements notables sont restés dans l’ombre. C’est ainsi qu’Environnement Canada publiait le 4 novembre dernier, sans tambour ni trompette, la Stratégie fédérale de développement durable 2013-2016, rien de moins. Ça devrait être un document phare, mais même les groupes environnementalistes n’ont pas réussi à braquer les projecteurs là-dessus. Le choix du lundi 4 novembre pour cette publication n’était peut-être pas le fruit du hasard. Le lendemain, le commissaire fédéral à l’environnement publiait un imposant rapport qui concluait en gros que le gouvernement Harper disait une chose en matière de conservation, parcs nationaux ou d’aires et d’espèces protégées, mais en faisait une tout autre.

Toujours du côté d’Environnement Canada, c’est le jeudi 24 octobre qu’était discrètement affiché sur son site web dédié aux changements climatiques un document appelé  Tendances en matière d’émissions au Canada 2013. Ce texte montre essentiellement que nous ne nous dirigeons pas du tout vers l’atteinte des objectifs, plus modestes, de réduction des GES, à moins d’un sérieux coup de barre dans le secteur pétrolier.

On était au lendemain de l’admission par le premier ministre Harper du fait que Nigel Wright avait en fait mis au courant « quelques personnes » dans son bureau au sujet du chèque de 90 000 $ à Mike Duffy, et au surlendemain de la sortie de Mike Duffy sur les instructions du premier ministre lui-même au sujet du remboursement de ses réclamations en trop, qui n’en étaient pas selon lui.

Donc, la conférence de Varsovie, qui se déroule jusqu’à vendredi, est la dernière victime en date, du côté environnemental, de la très grande attention portée à nos scandales quasi quotidiens. Dans le cas du Québec, il ne faut pas oublier l’épineux débat sur le voile, euh.. .sur la Charte des val… euh… sur le projet de loi 60.

Dernière victime? Même pas! Imaginez-vous qu’aujourd’hui même, le Center for Global Development publie son classement de 27 pays industrialisés en vertu de l’Indice d’engagement envers le développement (IED). On parle des politiques et pratiques adoptées par ces 27 pays, qui ont un impact dans les pays moins riches, sinon carrément pauvres. Outre l’aide au développement, l’ouverture à l’exportation et les transferts de technologies, on trouve évidemment les politiques environnementales.

Dans la section canadienne du rapport annuel, publiée en français, on constate que si, en vertu des sept indicateurs, le Canada se classe au 13e rang, il est bon dernier, 27e, en ce qui concerne l’environnement. Ça veut dire 25e pour les émissions de GES et la consommation de combustibles fossiles et 26e pour les plus faibles taxes sur l’essence (eh oui!) et pour les subventions à la pêche, et 24e pour la protection de la biodiversité. Distinction ultime au chapitre environnemental pour le Canada, il est le seul pays à avoir reculé systématiquement depuis la création de l’indice en 2003. Ça ne devrait plus arriver, 27e sur 27, il n’y plus d’échelon vers le bas.

Voilà donc une autre nouvelle en environnement qui va passer dans la moulinette des scandales et controverses. Vous l’aurez lue ici.

Catégorie: Ottawa

Rob Ford, le conservateur

par

 publié le 15 novembre 2013 à 10 h 54

Il est intéressant de voir les réactions et les propos des membres du gouvernement Harper devant la déchéance graduelle de leur ami, parce que c’est comme ça que plusieurs qualifient Rob Ford. C’est d’autant plus intéressant quand on voit comment les mêmes individus en remettent sur Justin Trudeau au sujet de sa consommation et surtout de sa position sur la marijuana.

Le dernier en date à ce chapitre est Peter MacKay. Avant-hier, il a, semble-t-il, un peu étiré les propos du chef libéral devant des étudiants manitobains pour mieux s’en prendre à lui. M. MacKay jongle également avec l’idée de serrer encore la vis aux conducteurs en état d’ébriété avec de nouvelles peines minimales obligatoires. Son prédécesseur à la Justice en avait en plus imposé de nouvelles pour plusieurs délits reliés à la drogue. Deux secteurs qui ne sont pas étrangers aux comportements qu’on reproche à M. Ford, en passant.

M. Trudeau est donc rapidement condamné par M. MacKay et ses collègues, mais disons que la réaction est beaucoup plus mesurée devant les frasques et les infractions, pour la plupart admises, de M. Ford.

Il faut dire que l’exemple vient de haut, du grand patron lui-même, qui a arrimé sa machine politique à celle du maire Ford, alors récemment élu maire de Toronto, à l’été 2011. L’arrimage était d’ailleurs tout aussi personnel que politique, du moins si on se fie à la présentation faite par Rob Ford lui-même. Le BBQ conservateur du 2 août 2011 a permis à M. Ford de nous apprendre qu’il s’était trouvé un « nouveau partenaire de pêche », qui venait de l’emmener dans le nord de l’Ontario pour lui permettre de sortir du lac un magnifique achigan. Ce partenaire n’était nul autre que M. Harper qui, trois mois plus tôt, avait acquis sa première majorité au Parlement face à la vague néo-démocrate et à l’effondrement des libéraux.

Une fois sur la tribune, M. Harper y est allé d’une envolée sur sa récente élection, celle de M. Ford et celle à venir, du moins l’espérait-il, des conservateurs de Tim Hudak à Queen’s Park. On était à trois mois d’une élection ontarienne. M. Harper de dire :

« On a commencé à nettoyer le gâchis de la gauche au niveau fédéral dans la région. Rob est en train de s’en charger au municipal, et on doit maintenant compléter le tour du chapeau et le faire au provincial également. »

M. Hudak a perdu son élection face à un Dalton McGuinty devenu minoritaire. M. Harper a ainsi raté le tour du chapeau conservateur tant souhaité.

Mais revenons au Rob Ford d’aujourd’hui. M. Harper n’a pas eu « l’occasion » de commenter les derniers développements. Disons qu’il ne l’a pas vraiment cherché non plus. Vous vous rappelez que j’ai fait état des restrictions imposées aux médias à Calgary. En fait,  quelques minutes après que le chef de police de Toronto eut confirmé l’existence de la fameuse vidéo montrant M. Ford fumant du crack, l’horaire de M. Harper était modifié. On éliminait une séance de prise d’images sur son arrivée au congrès de son parti à Calgary. Pas un point de presse, mais quand même une occasion perdue de lancer une question sur le sujet du jour au premier ministre.

Ses ministres ont pour leur part adopté l’approche de la belle compréhension dont je parlais plus haut, à savoir que M. Ford avait besoin d’aide dans les circonstances.

Le croisé antidrogue autoproclamé Peter MacKay estime qu’« en tant qu’être humain », il souhaitait que Rob Ford obtienne de l’aide, que ce sont de « tristes événements pour la ville de Toronto ». Joe Oliver laissait le soin au conseil municipal de gérer l’affaire, pendant que Tony Clement disait prier pour M. Ford.

Le plus affecté est un ami personnel de M. Ford et de sa famille, Jim Flaherty. Le ministre des Finances refoulait tant bien que mal ses larmes et a pris beaucoup de temps avant que les mots ne sortent de sa bouche lorsqu’il a été interrogé en marge de consultations prébudgétaires. « M. Ford doit prendre ses propres décisions, sa famille doit être là pour l’aider, je leur souhaite bonne chance, c’est tout ce que je peux dire », a-t-il déclaré.

On attend maintenant de voir comment le premier ministre Harper se positionnera au sujet de son allié politique régional de Toronto, allié qui semble encore avoir un certain appui d’une clientèle électorale qu’il partage avec les conservateurs de M. Harper, à preuve, le BBQ d’août 2011. La « Ford Nation » est aux aguets.

Ça pourrait à la rigueur arriver à la période des questions, si le sujet est jugé recevable. Ou encore si les étudiants en marketing ou les présidents de chambre de commerce, qui ont la permission de poser des questions au premier ministre ces temps-ci, se risquent sur le sujet. Pour ce qui est de la presse, elle devra visiblement s’armer de patience, car M. Harper ne se précipite pas beaucoup devant les caméras lorsqu’elles sont accompagnées d’un microphone.

Catégorie: Ottawa