Archives du collaborateur Denis Ferland


À propos de Denis Ferland

Denis Ferland est correspondant parlementaire à Ottawa pour le Réseau de l’information. Il est entré à Radio-Canada en 1994 comme affectateur des journalistes à la colline Parlementaire, poste qu'il a occupé pendant 16 ans. C'est à ce titre qu'il a coordonné les grandes couvertures politiques des dernières années, notamment le référendum de 1995, les congrès politiques ainsi que les sommets internationaux comme ceux du G-8 de Kananaskis en 2002 et de Toronto en 2010. Au bureau électoral de Radio-Canada à Montréal, il a été au cœur de la couverture des dernières campagnes électorales fédérales.

Vide, le tiroir-caisse?

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 publié le 17 novembre 2014 à 14 h 36

On a beaucoup fait état de l’impact des allègements fiscaux offerts par le gouvernement Harper aux familles et aux PME avant même que les finances publiques ne soient totalement redressées. Deux choses ont surtout été retenues :

  • les 3,2 milliards de dollars comptabilisés dès cette année maintiennent le fédéral en déficit une année de plus;
  • le premier surplus projeté, pour l’an prochain, passe de 6,4 milliards à 1,9 milliard de dollars.

De ces données à court terme, on a aussi conclu que le tiroir-caisse était vide ou à peu près, et que les adversaires des conservateurs auraient des choix douloureux et impopulaires à faire pour financer leurs engagements électoraux. On pensait tout de suite au projet de garderies du NPD, une des rares promesses dont le financement a été clairement fixé (295 millions de dollars la première année, 590 millions la suivante et ainsi de suite).

Le NPD promet aussi de rétablir l’indexation à 6 % du transfert en santé à partir de 2017, tandis que Justin Trudeau parle vaguement de dépenses prioritaires en infrastructures et éducation postsecondaire plutôt que de baisses d’impôt. Aucun chiffre précis de son côté, mais on comprend que des fonds importants vont être nécessaires si on veut avoir un impact réel.

Question maintes fois entendue, MM. Mulcair et Trudeau vont-ils vraiment oser revenir sur les baisses d’impôt ciblées des conservateurs? M. Mulcair dit déjà qu’il va renverser la vapeur sur les impôts des sociétés, tandis que M. Trudeau veut faire de même avec le fractionnement du revenu.

Quand on y regarde de plus près, dans quelle mesure ont-ils vraiment besoin de revenir sur les mesures des conservateurs pour financer leurs choix politiques? En l’état actuel des choses, si les trois partis se basent sur la mise à jour de M. Oliver, on constate une prévision de surplus qui passent de 4,3 à 13,1 milliards de dollars durant le mandat du prochain gouvernement, quel qu’il soit, pour un total de 30 milliards de dollars sur quatre ans. Et ça, c’est après absorption annuelle des 4,6 milliards de dollars des allègements fiscaux récemment annoncés, des 2,5 milliards de dollars en revenus perdus à cause des prix pétroliers plus bas et en tenant compte d’un coussin pour imprévus de 3 milliards de dollars.

D’accord, en proportion de l’économie et du budget fédéral, ce n’est pas la marge de manoeuvre qu’avait Paul Martin en 2000 lorsqu’il a scié les jambes de Stockwell Day avec des baisses d’impôt des particuliers massives. Mais ce n’est pas négligeable non plus de l’avis des experts, qui alimentent la réflexion du ministre Oliver.

Pas négligeable, mais pas acquis non plus nous rappelle-t-on. Le spectre des fluctuations à la baisse des prix du pétrole plane au-dessus des préparatifs budgétaires de Joe Oliver. Un exemple de cette incertitude, M. Oliver a rencontré une dizaine d’analystes du secteur des affaires et des finances un mois avant son exposé de la semaine dernière et leurs prévisions ne tiennent plus au terme de l’exercice tellement la chute des prix du brut a été rapide.

D’où cette baisse de 2,5 milliards de dollars des recettes annuelles prévues par M. Oliver pour les prochaines années. Une bonne raison de ne pas tenir pour acquise la marge de 30 milliards de dollars sur quatre ans.

Ça, c’est la raison macroéconomique, mais il y a toujours des raisons politiques qui ne relèvent pas des analystes ni même des experts du ministère des Finances. Et qui relèvent certainement plus de Stephen Harper que de Joe Oliver.

  • Raison politique numéro un : les conservateurs ont encore deux promesses de 2011 qui dépendaient du retour à l’équilibre budgétaire : un crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes et le doublement du plafond des contributions au CELI, le compte d’épargne libre d’impôt. Donc, forte incitation à les matérialiser.
  • Raison politique numéro deux : pouvez-vous imaginer les conservateurs ne rien changer à ces prévisions de surplus sur quatre ans dans le prochain budget? Joe Oliver consacrant des surplus en les budgétant carrément? Déjà, depuis la semaine dernière, leurs partisans, comme les gens de la Fédération canadienne des contribuables, dénoncent le fait qu’on n’ait pas encore éliminé, non seulement le déficit, mais les surplus des années suivantes!
  • Raison politique numéro trois : même si tous « n’achètent » pas le discours sur le retour du déséquilibre fiscal, il reste que des surplus persistants, pour ne pas dire permanents, viennent troubler les rapports entre Ottawa et les provinces. C’est d’autant plus vrai qu’à partir de 2017, les transferts vont commencer à croître moins vite que sous l’ancienne formule d’indexation, notamment en matière de santé. Donc, baisses de revenus ou hausse des dépenses à Ottawa pour éliminer les surplus et… pouf! Disparu le « déséquilibre fiscal » si irritant, qu’on adopte ou pas l’expression. Tout est question de perception ici.

Quoi surveiller dans les prochains mois, particulièrement sur le parcours budgétaire de Joe Oliver? Certainement l’évolution des prix du pétrole. Une détérioration de ce côté-là pourrait aider M. Oliver à justifier le maintien d’une certaine marge de manoeuvre. Ça va commencer dès la réunion dans les prochains jours des pays de l’OPEP. Vont-ils choisir de défendre à tout prix leur part de marché, à commencer par l’Arabie saoudite?

De nouvelles annonces du gouvernement Harper? Dans le budget ou d’ici là? Après tout, il a l’avantage d’avoir déjà les leviers en main. Dans la tradition des conservateurs, des mesures ciblées, populaires et probablement, dans ce cas-ci, avec échéance, pour permettre des ajustements en cas de coup dur du côté de l’économie mondiale. Le tiroir-caisse n’est  pas vide pour l’instant, mais ça pourrait être de courte durée.

Les conservateurs se rappellent avec une larme au coin de l’oeil les dernières véritables baisses d’impôt sur le revenu, celles de Paul Martin en 2000, mais il y a deux inconvénients à ça. Des baisses du taux d’imposition ou des changements aux tranches de revenu ont des effets récurrents et croissants. En cas d’imprévu, elles restent là et peuvent vous entraîner à nouveau en déficit.

De plus, pour avoir un impact électoral, elles doivent être considérables. Et là, c’est l’argent qui manque tout simplement. Par exemple, les données du directeur parlementaire du budget montrent que la seule baisse de 15 à 14 % du plus bas taux d’imposition coûterait plus de 3 milliards de dollars dès la première année pour augmenter sans cesse ensuite.

Tout ceci veut donc dire qu’il reste une certaine marge de manoeuvre financière qui va permettre aux trois grands partis de piger dans le tiroir-caisse pour se positionner. Et ils promettent tous d’offrir des choix assez différents, question d’alimenter un débat de fond sur l’envergure, le rôle et la place de l’État fédéral.

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Le surplus commence à fondre

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 publié le 10 octobre 2014 à 17 h 07

Le gouvernement Harper a déjà commencé à piger dans la caisse créée par le retour à l’équilibre budgétaire avant même la confirmation de cet équilibre. Le premier ministre Harper se garde une petite gêne. Si son gouvernement affiche un déficit quatre fois moins important que prévu pour l’année terminée le 31 mars dernier, M. Harper soutient qu’à l’heure actuelle, on est encore en léger déficit pour la présente année, situation à laquelle plus personne ne croit. Le surplus est à nos portes, une année plus tôt que prévu.

Son ministre Joe Oliver a d’ailleurs commencé la distribution des bonbons bien avant l’Halloween, le 11 septembre : 550 millions de dollars sur deux ans aux PME par un crédit d’impôt qui devrait créer environ 800 emplois. M. Harper a décidé jeudi de donner suite lui-même à une proposition fort populaire, du moins auprès d’une certaine clientèle, en doublant le crédit d’impôt pour l’activité physique des enfants. Le communiqué parle du plafond porté à 1000 $ en 2015, mais il faut préciser qu’on parle d’un crédit d’impôt sur cette somme-là, donc un retour de 150 $ maximum plutôt que les 75 $ actuels.

L’initiative était présentée lors de son instauration en 2007 comme un incitatif financier pour les familles à étendre la pratique du sport chez les enfants. Dans la vraie vie, pour utiliser une expression populaire, il faut que vous ayez les moyens de dépenser dans un premier temps les 1000 $ en question pour obtenir, dans votre déclaration de revenus de l’année suivante, les 150 $. Comme dans le cas de bien des rabais en magasin, il vous faut dépenser pour économiser!

Encore dans la vraie vie, si votre sport de prédilection est le hockey, comme c’est le cas pour le premier ministre Harper, vous savez qu’une saison de hockey coûte bien plus que 1000 $. Même chose pour plusieurs des activités admissibles. Les 150 $ ne feront pas nécessairement la différence dans la décision de s’adonner ou pas à une activité dont l’inscription officielle peut coûter dans les 500 $, dépenses qui grimpent rapidement dans les milliers de dollars quand on compte l’équipement et les déplacements pour des tournois, par exemple. Parlez-en aux parents engagés dans le soccer ou le hockey.

Encore en 2007, les stratèges conservateurs répondaient à ces réalités concrètes qu’il valait mieux remettre l’argent dans les poches des parents, qui savent mieux comment organiser et choisir les activités de leurs enfants. Cela valait surtout mieux que de subventionner les organismes et conseils scolaires, afin qu’ils puissent financer par exemple des ouvertures de gymnases en soirée ou durant les week-ends pour organiser des activités comme le basketball, le badminton, le volleyball ou je ne sais trop.

Évidemment, cela transpirait de cette même philosophie qui remet l’argent aux particuliers pour tout, des particuliers bien particuliers en plus… Si on revient aux familles visées et surtout touchées en fin de compte, on peut dresser un constat intéressant qui en dit long.

À partir des données fiscales de 2011 disponibles à l’Agence du revenu du Canada, on peut établir la répartition du crédit d’impôt pour l’activité physique. Quand je disais qu’il fallait pouvoir dépenser pour économiser, avoir les moyens de se payer le crédit d’impôt, cela se vérifie dans les chiffres.

Sur les 816 millions de dollars en dépenses pour activités physiques déclarées par les familles canadiennes en 2011, on constate que les individus avec moins de 50 000 $ en revenus, soit 56,2 % des contribuables, déclaraient à peine plus de 15 % du total des dépenses. Pas étonnant, me direz-vous, puisqu’ils ont moins les moyens d’inscrire leurs enfants. Bien sûr, mais rappelez-vous que les conservateurs ont « vendu » la mesure en parlant de faciliter l’accès et d’inciter plus de jeunes à l’activité physique.

À l’inverse, les 16 % de contribuables qui ont plus de 70 000 $ de revenus imposables déclaraient 52 % des 816 millions de dollars de dépenses. Ils comptaient pour 46 % de tous ceux qui réclamaient le crédit. C’est encore une fois normal à première vue, puisqu’ils ont davantage d’argent à dépenser et, en plus, ils payent plus d’impôt au départ.

Peut-être, mais si on revient à l’objectif officiel du programme, l’incitation, faire une différence, on peut penser qu’on retournait à ces familles mieux nanties un 75 $ qui avait peu d’influence sur  leurs décisions, parce que leurs enfants étaient déjà inscrits à toutes sortes d’activités. Les études sur la participation à ces activités, couplée aux revenus des ménages, le montrent clairement. Et ces données de l’Agence du revenu le confirment. Elles n’ont pas décidé en masse d’inscrire leurs enfants à des activités auxquelles elles ne participaient pas auparavant. Elles sont simplement récompensées parce qu’elles font déjà partie d’une certaine clientèle.

Elles ont appris jeudi que la récompense passera à 150 $. Pour répondre en partie aux critiques qui trouvent que les familles à plus bas revenus ne touchent pas le crédit parce qu’elles ne paient pas ou très peu d’impôt, le gouvernement Harper en fait un crédit remboursable. À noter qu’il faut toujours que ces familles puissent consacrer l’argent aux activités admissibles avant de toucher le crédit de 15 % l’année suivante. Pas si évident, quand on connaît le coût réel de la participation aux sports organisés.

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Des réponses! Sérieusement!

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 publié le 2 octobre 2014 à 8 h 57

La période des questions est également devenue celle des réponses depuis quelques jours. Après l’incident Calandra-Mulcair-Scheer la semaine dernière au sujet de la participation militaire canadienne au combat contre le groupe armé État islamique en Irak, on a senti le vent tourner vendredi.

Le virage le plus spectaculaire et le plus remarqué a sans doute été les excuses larmoyantes de Paul Calandra aux Communes pour ses réponses sans rapport avec les questions du mardi précédent. Mais le véritable signal du changement d’attitude est venu d’ailleurs, de tout en haut de la machine Harper en fait.

Interrogé sur la situation en Irak et l’engagement canadien pendant le point de presse lié à la signature de l’entente commerciale avec l’Union européenne, le premier ministre Harper n’a même pas eu l’air agacé. Deux jours après avoir appris aux Canadiens à partir de New York que son gouvernement examinait une demande américaine de contribution militaire accrue en Irak, M. Harper a pris le temps de bien faire le tour de la question, de son point de vue, dans les deux langues officielles. Une réponse élaborée, sans taloche à ses adversaires ni à la presse :

« Je vais répéter cette réponse. Évidemment, l’idée que le Canada mène les États-Unis vers un conflit militaire est tout à fait bizarre. Le président Obama a dit, disait pendant l’été, son intention de mener une coalition contre la menace de l’État islamique. Nous avons eu des conversations à cet égard. C’est un… il y a un bilan public sur cette question.

Le Canada a répondu aux demandes des Nations unies et en conversation avec nos alliés. Je dois dire, je ne dis pas que nous avons répondu avec une réticence. On a ici une vraie menace pas seulement dans la région, pas seulement à nos alliés ou aux États-Unis, mais c’est aussi une menace réelle contre nous. On ne peut pas avoir un califat terroriste ouvert qui contrôle un grand territoire et qui est en train de préparer des attaques terroristes contre des cibles ici et à travers le monde. On ne peut pas tolérer ça.C’est la raison pour laquelle le président a décidé d’agir, et nous le félicitons pour sa volonté et la volonté des États-Unis et nos autres alliés. Quand on appuie quelque chose et quand on appuie quelque chose parce que c’est nécessaire et parce que c’est souhaitable, c’est essentiel que nous fassions notre part. C’est l’histoire de notre pays. On ne reste pas juste spectateur. Ça serait tout à fait irresponsable. C’est la raison pour laquelle le Canada a contribué vite dans cet effort. Il y a d’autres demandes toujours. Nous prendrons nos propres décisions et nous évaluerons ces décisions selon nos objectifs, nos capacités. Mais à la fin, nous n’avons pas l’intention de ne pas supporter nos alliés et nos amis à travers le monde. C’est presque tout le monde qui reconnaît que c’est une mission nécessaire. Nous n’avons pas l’intention quand je suis premier ministre de devenir juste des spectateurs quand notre propre sécurité est en question. »

On peut être d’accord ou pas avec son analyse, ses intentions et sa politique étrangère, mais on ne pouvait plus reprocher à son gouvernement de considérer l’enjeu entièrement derrière des portes closes. On n’en était pas à une véritable consultation de l’opposition, encore moins en public, mais on pouvait comprendre les priorités de M. Harper et ses convictions profondes.

En fait, on pouvait se demander pourquoi avoir attendu les dénonciations d’à peu près toute l’industrie du commentaire politique, surtout au Canada anglais, pour fournir des réponses respectueuses, non pas des interrogateurs, mais de la délicatesse et du sérieux de l’enjeu. Après tout, on envoie des Canadiens dans une zone à risque, aucun doute là-dessus. Et les larmes de M. Calandra n’ont pas fait oublier qu’il agissait comme secrétaire parlementaire du premier ministre et qu’il était donc en service commandé, pas un agent libre.

Une fois le signal donné par le premier ministre Harper, l’effet s’est fait sentir dans tout l’appareil de sorte que le ministre John Baird a fourni des réponses plus que propices en début de semaine à la période des questions. Toute l’information souhaitée par l’opposition n’y était pas nécessairement, mais il allait aussi loin qu’il croyait pouvoir le faire tout en ne finissant pas ses réponses par une insulte ou une pique à ses adversaires, la recette préférée de M. Baird habituellement.

M. Harper a poursuivi dans la même veine mardi et hier, prouvant ainsi que ce n’est pas faute d’être capable d’autre chose qu’on utilise le mépris comme arme principale à la période des questions. Et le gouvernement ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire.

Catégorie: Ottawa

Une présidence impuissante, et pour longtemps

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 publié le 30 septembre 2014 à 9 h 54

Le NPD a décidé de prendre le président de la Chambre des communes au mot. Andrew Scheer invoquait l’impuissance historique de la présidence pour ne pas intervenir dans la querelle Mulcair-Calandra, qui s’est conclue dans les pleurs vendredi dernier. En se reposant sur la tradition parlementaire, le président Scheer disait ne pas avoir l’intention de s’en éloigner, « à moins d’une invitation à le faire de la Chambre elle-même ».

Le NPD a donc décidé d’utiliser sa journée d’opposition d’hier pour proposer un changement au règlement qui permettrait explicitement à la présidence de la Chambre de juger de la pertinence des réponses et de limiter les répétitions pendant la période des questions.

On ne parle pas ici d’une réforme en profondeur de la procédure parlementaire, mais bien d’un remède administré dans le feu de l’action à la suite d’un incident, avec les limites que ça peut comporter, bien sûr.

Si on passe par-dessus certaines considérations partisanes dans le débat actuel, il est quand même intéressant de revenir sur la position qui sera celle du gouvernement Harper, un gouvernement qui vante à chaque occasion sa transparence et son imputabilité. C’est le leader du gouvernement en Chambre, Peter VanLoan, qui l’a expliquée devant ses collègues hier.

On a donc eu droit pour commencer aux louanges de notre système parlementaire :

  • « La période des questions est un élément fondamental. »
  • « C’est la démocratie à l’oeuvre. »
  • « La Chambre des communes est un chef de file mondial en matière de reddition de comptes. »

Et M. VanLoan de préciser en quoi le premier ministre et ses ministres peuvent alors expliquer leurs décisions, les mesures prises, etc.

Veut-il améliorer les pratiques en permettant au président de gentiment ramener un ministre ou un secrétaire parlementaire dans le droit chemin de la pertinence? Oubliez ça, on ne peut pas juger de la valeur d’une réponse, même dans les cas extrêmes comme celui de M. Calandra la semaine dernière. Autrement dit, toutes les réponses sont bonnes!

Il ajoute que le changement proposé par le NPD ne toucherait que les réponses, pas les questions posées,  et qu’il serait donc injuste d’imposer un fardeau au gouvernement de cette façon. Pourtant grand amateur de procédures parlementaires, M. VanLoan devrait savoir que les lignes directrices de la Chambre, adoptées en 1964, expriment en quatre points ce que les questions posées devraient être et en 17 points ce qu’elles ne devraient pas être. Pour ce qui est des réponses? Un seul critère, assez minimal merci! Qu’elles soient adressées à la présidence!

Quand on dit que c’est la période des questions, pas celle des réponses…

M. VanLoan base son argumentaire pour crier à l’injustice de la motion du NPD sur le fait que les membres du Cabinet, y compris le premier ministre, ne bénéficient d’aucun avis préalable sur les questions à venir, qu’ils doivent être prêts à tout, chaque jour, ce qui nécessite une préparation minutieuse. De quoi vous faire verser des larmes de Calandra… ou plutôt de crocodile, sur le sort de ces pauvres ministres.

Avec cet argument, M. VanLoan vient bien involontairement de nous expliquer en bonne partie d’où viennent ces réponses à côté de la plaque, souvent ultra-partisanes, qui viennent des banquettes ministérielles. Pourquoi se donner la peine de mettre du contenu, surtout quand on tient compte en plus du chrono qui ferme le micro après 35 secondes?

M. VanLoan nous dit que la motion du NPD ne s’attaque qu’à une partie du problème. Très possible qu’il ait raison. Il serait alors intéressant de savoir si son gouvernement serait prêt à renoncer à ses réflexes naturels de partisanerie, sarcasme, invective et moquerie en échange d’un changement moins limité et moins improvisé que celui proposé par le NPD en réaction à la controverse de la semaine dernière.

Catégorie: Ottawa

La Chambre : des attentes en baisse

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 publié le 25 septembre 2014 à 10 h 15

Combien de fois avez-vous entendu ces dernières années des politiciens prendre de très belles résolutions sur le décorum, la hauteur à donner aux débats à la Chambre des Communes, un art qui s’est perdu dans la nuit des temps parlementaires? Arrêtez de compter, vous n’aurez pas assez des doigts de vos deux mains.

À chaque fois qu’on a cru avoir atteint le fond du baril de la partisanerie et du mépris des institutions parlementaires, un député « créatif », « innovateur », pousse la déliquescence de la rhétorique parlementaire un cran plus loin.

Nouvel exemple cette semaine avec les réponses complètement à côté de la plaque du secrétaire parlementaire du premier ministre Harper, Paul Calandra, aux questions légitimes et surtout relativement simples de Thomas Mulcair sur la présence militaire canadienne en Irak. À noter que M. Calandra était en service commandé, son initiative personnelle n’est pas en cause, mais il a livré une performance digne d’un Oscar.

Sans revenir sur le sujet abordé, concentrons-nous sur le rôle du président de la Chambre, Andrew Scheer, celui qu’on identifie, en raison de sa position, comme le dernier rempart contre la barbarie parlementaire.

Interpellé par M. Mulcair sur son rôle d’arbitre après deux réponses dictées et non pertinentes de M. Calandra, le président Scheer écoute sans broncher une troisième réponse du même genre. Irrité, le chef de l’opposition lui indique que son silence en dit long sur sa neutralité, ou sur son absence de neutralité… M. Scheer ne fait ni un ni deux, il passe à Justin Trudeau pour la question suivante, coupant ainsi M. Mulcair.

Quelles conclusions tire le président de la Chambre au lendemain de cet accrochage? Il invoque les règles du parlementarisme et des décisions passées pour expliquer les limites de ses pouvoirs. Il conclut que les règles sur la pertinence et les répétitions des propos tenus en Chambre ne valent pas pour la période des questions. Ah bon… Il rappelle au passage la blague voulant que « ça s’appelle la période des questions, pas celle des réponses »!!!!

À ceux qui nourrissent encore dans leur belle naïveté l’espoir de voir un jour les débats s’élever aux Communes, surtout à la période des questions, seul moment où les ministres doivent être présents pour répondre à l’opposition, il n’est pas certain que vous pouviez compter sur M. Scheer. Disons qu’il ne semblait pas placer la barre très haut quand il « avertissait » l’ensemble des parlementaires de faire leur gros possible en rappelant une de ses décisions rendues en janvier dernier :

« d’examiner comment la Chambre pourrait améliorer les choses de façon à ce que ceux qui observent puissent au moins conclure que la période des questions est une occasion d’échanges de vues et qu’elle fournisse au moins un peu d’information ».

À voir son sourire en coin alors qu’il lisait la dernière ligne, on peut penser que ses propres attentes ne sont pas très élevées. Et il n’est pas évident qu’il prenne lui-même son message au sérieux.

Toujours dans la même veine du rôle du Parlement, autre exemple venant du sommet, du premier ministre Harper lui-même. Un parterre de gens d’affaires de New York a eu le privilège de l’entendre annoncer que son gouvernement considérait une demande américaine de contribution militaire additionnelle en Irak, dossier délicat, et aussi que le gouvernement fédéral s’acheminait vers un déficit moins élevé que prévu cette année, graphique à l’appui.

On peut se rappeler qu’un auditoire semblable, à Davos cette fois, avait eu la chance d’apprendre de la bouche de M. Harper que le Canada s’acheminait vers une réforme du système de soutien au revenu des personnes âgées, ce qui s’était soldé deux mois plus tard par le report de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux prestations du Régime de pensions.

À voir les comportements de ces deux chefs de file, on peut toujours s’indigner ou être déçu par le niveau des discussions aux questions, mais on peut difficilement être surpris.

 

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Ukraine : monopole conservateur?

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 publié le 19 septembre 2014 à 13 h 44

La présence d’une importante communauté d’origine ukrainienne au Canada, près de 1,3 million de Canadiens, explique en bonne partie l’attention qu’on porte ici sur  la situation là-bas. Ainsi, on attribue souvent au gouvernement Harper des intérêts électoraux dans ses prises de position face à la lutte démocratique en Ukraine, et surtout face au conflit provoqué par l’invasion russe de la Crimée.

La position est claire et ferme, M. Harper l’a répété en Chambre jeudi, il n’y a pas de place pour le compromis sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’on parle de la Crimée ou de toute autre portion du territoire de ce pays.

Sur l’électoralisme en politique étrangère, le gouvernement Harper à des motivations plus larges et plus nobles. C’est plutôt une question de principe, ont répété MM. Harper et Baird sur plusieurs tribunes. Et c’est aussi vrai pour l’Ukraine. On y défend des valeurs mises en péril par l’invasion russe en Crimée et le soutien accordé aux rebelles ailleurs en Ukraine, soit la liberté, la démocratie et la règle de droit.

Comme dans le cas d’Israël, le Canada est à l’avant-garde des appuis. Il livre ce que le client demande, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans les deux cas, les accusations d’électoralisme fusent. Le gouvernement se défend en invoquant les valeurs fondamentales mentionnées plus haut, quand ce n’est pas simplement les notions de bien et de mal.

Qu’est-ce qui alimente donc les accusations en question? Un peu le gouvernement lui-même avec la composition des délégations lors des visites de dirigeants canadiens, dont M. Harper lui-même. Rappelez-vous qu’aucun député de l’opposition n’avait été invité en Israël en janvier. Ce n’était pas passé inaperçu, d’autant plus que plus de 200 personnes accompagnaient le premier ministre, dont 13 députés et sénateurs conservateurs. L’exclusion, ou l’oubli, des députés d’origine ukrainienne des autres partis lors d’un voyage de John Baird en Ukraine avait suscité un tollé quelques semaines plus tard.

Comme il va beaucoup jouer à l’homme d’État cet automne avec plusieurs activités importantes sur l’échiquier mondial, M. Harper avait une occasion de faire preuve d’une certaine élévation dans son discours de présentation du président ukrainien à la Chambre des communes. Il a d’ailleurs laissé planer une certaine ouverture.

« Je suis allé à Kiev pour représenter tous les Canadiens, de toutes les régions, de tous les horizons et de tous les partis représentés au sein de ce Parlement… »

Et là, en dressant l’historique de la relation Ukraine-Canada à partir de la vague d’immigration de la fin du 19e siècle, il présente sa vision du rôle du gouvernement canadien pour cette Ukraine indépendante depuis 1991.

« Il a été exprimé, dans les années 1960 par le premier ministre Diefenbaker, qui a demandé à Kroutchev la tenue d’élections libres pour, et je cite : « les Ukrainiens épris de liberté. » Cette sympathie s’est à nouveau manifestée à la fin de la guerre froide, lorsque le premier ministre Mulroney a fait du Canada le premier pays occidental à reconnaître une Ukraine nouvellement indépendante. Et cet engagement a été puissamment exprimé encore une fois au sein de ce Parlement en 2008 lorsque, à l’initiative de notre collègue James Bezan, nous avons déclaré que l’Holomodor a été ce qu’il a été, c’est-à-dire un acte de génocide envers la population ukrainienne. C’est avec fierté que des Canadiens ont maintenant agi comme observateurs dans le cadre de sept élections successives en Ukraine… »

Les caractères gras sont de moi, trois politiciens conservateurs qui ont selon M. Harper exprimé à leur façon le rêve ukrainien et concrétisé la relation entre les deux pays. Comme si personne d’autre que des conservateurs n’avait joué un rôle du côté canadien de cette relation. Belle déclaration de Diefenbaker, mais l’Ukraine était loin d’être le seul « État » pour lequel le Canada et l’Occident réclamaient des élections libres, que ce soit des républiques soviétiques ou des pays derrière le Rideau de fer.

Brian Mulroney a été rapide sur la détente, c’est vrai, pour reconnaître la nouvelle Ukraine indépendante, le même jour d’ailleurs que la… Russie! Une soixantaine de pays l’ont aussi fait dans ce même mois de décembre 1991.

Des sept élections observées par des Canadiens, les premières après l’indépendance étaient cruciales. Et c’est sous Jean Chrétien qu’un imposant contingent de Canadiens, 700  en fait,  y est allé. Peu après son arrivée au pouvoir, le même gouvernement Chrétien signait le 31 mars 1994 une déclaration de partenariat spécial à Kiev. Le document lançait la relation bilatérale qui n’a pas cessé de s’approfondir et qui pourrait déboucher sur une entente de libre-échange sous M. Harper, d’ailleurs.

En 2004, sous le gouvernement Martin, on attribue au Canada, par l’entremise entre autres de son ambassadeur à Kiev, un rôle important dans ce qui est devenu la Révolution orange. Tout ça était resté obscur pendant quelque temps, mais on a constaté en 2007 comment l’ambassadeur Andrew Robinson était considéré comme un véritable héros par les militants prodémocratie. Mais M. Harper a choisi ses propres moments historiques, même si ça contribue à alimenter la perception d’électoralisme de sa politique ukrainienne.

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Encore la faute du messager

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 publié le 4 septembre 2014 à 16 h 32

Les responsables du financement du Parti conservateur (PC) de Stephen Harper en ont contre les médias, c’est bien connu et surtout documenté. Il faut dire que l’exemple vient de haut si on se fie aux propos du premier ministre lui-même lors du congrès de son parti à Calgary l’automne dernier.

Après s’en être pris à la Tribune de la presse parlementaire, aux « médias d’Ottawa », à l’« élite médiatique » et carrément à Radio-Canada/CBC pour demander à leurs militants de contribuer à la caisse du PC afin de lutter contre l’adversaire, le tir se précise.

En une semaine, deux appels à confronter l’ennemi médiatique en versant 5 $ au PC visaient deux journalistes en particulier pour montrer ensuite que c’est l’ensemble de la classe médiatique qui est un adversaire en prévision de la campagne attendue l’an prochain.

Dans un envoi/communiqué adressé aux sympathisants conservateurs, le directeur des opérations politiques du PC, Fred DeLorey, disait la semaine dernière : « Je ne peux pas croire ce que j’ai lu (just disgusting) ». Il tâte le porte-feuille de ses lecteurs en dénonçant une chroniqueuse du Toronto Star qui a recours, selon lui, aux attaques personnelles contre M. Harper.

Heather Mallick y va en effet d’une opinion sentie sur les qualités de Justin Trudeau qui font vibrer l’électorat, et elle expose ce qu’elle voit comme un contraste avec M. Harper. On lui reproche l’utilisation du mot « sociopathe » en association avec M. Harper. Elle évoque en fait le manque d’empathie, d’émotion de M. Harper face à la situation des femmes autochtones assassinées en grand nombre et parle de sa « vision de sociopathe », donnant ainsi des munitions à M. DeLorey.

Toujours à la recherche des précieux 5 $, M. DeLorey revenait à la charge cette semaine après l’annonce de l’embauche par les libéraux de Justin Trudeau d’un journaliste de CTV qui a roulé sa bosse à Ottawa dans d’autres boîtes, Colin Horgan.

 Voici quelques commentaires de M. DeLorey :
- « Ça confirme nos soupçons. »
- « Après des mois d’attaques contre notre parti comme reporter… »
-  « Ça vous en dit long sur la façon dont les médias d’Ottawa vont nous traiter dans la prochaine élection. »

M. DeLorey argumente que ça va prendre d’autant plus d’argent qu’on ne pourra pas passer le message par les médias. Il faudra beaucoup de publicité.

Les vases communicants des partis politiques et des médias sont assez bien connus, et pas seulement à cause de René Lévesque, un des cas les plus fameux. On n’a qu’à penser aux Drainville, St-Pierre et Lisée récemment au Québec, mais aussi aux Duffy, Wallin, Kent, Frum, Moore au Parti conservateur! Trois sénateurs et deux ministres, sans compter des candidats et du personnel politique. Les conservateurs ne se sont donc pas privés de recruter du côté des médias. Ça met les choses en perspective.

J’en parlais dans mon blogue précédent, Justin Trudeau trône en première place des sondages sans interruption depuis son arrivée à la tête des libéraux. Les plus récentes consultations font état d’écart grandissant. Tout ça, malgré certaines controverses amorcées par des propos de M. Trudeau et en dépit aussi des publicités négatives des conservateurs.

Une vaste enquête de la firme Abacus Data sur les intentions de vote, mais aussi sur l’impression laissée par les chefs, l’impact d’éventuels gouvernements NPD ou PLC, les enjeux chers aux Canadiens et même, carrément, les compétences de Justin Trudeau, n’apporte pas de réconfort aux conservateurs.

Ils ne doivent pas apprécier ce message qu’ils reçoivent en cette fin d’été. Si M. Trudeau se maintient, si rien ne colle ou ne l’égratigne, on explique ça comment? Plusieurs analystes sont arrivés à différentes conclusions. Au PC, on s’est aussi posé la question. Évidemment, la réponse :  « C’est un fait, les Canadiens savent que Justin Trudeau n’est pas à la hauteur. Les seuls qui sont encore sous son charme travaillent à Ottawa à la Tribune parlementaire.»

Quand le message ne fait pas l’affaire, on s’en prend au messager et on espère ainsi motiver les donateurs, question d’amasser le plus d’argent possible pour… produire d’autres publicités négatives puisqu’on ne peut pas compter sur les médias ligués contre nous!!!

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Dernière saison à Ottawa avant les élections

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 publié le 2 septembre 2014 à 11 h 19

Le 15 septembre, les députés fédéraux se lanceront dans la dernière « saison parlementaire » avant les élections prévues pour octobre l’an prochain en vertu de la loi sur les élections à date fixe.

Le lendemain, dans une salle du palais de justice d’Ottawa, une cause qui pourrait bien avoir des répercussions sur le paysage politique, mais aussi sur le calendrier électoral, fera ses premiers pas devant les tribunaux : celle du sénateur Mike Duffy, accusé de corruption, fraude et abus de confiance.

Certaines des accusations découlent de l’affaire du chèque de 90 000 $ versé par l’ex-chef de cabinet du premier ministre Harper, Nigel Wright, qui aidait alors M. Duffy à rembourser le Sénat pour des réclamations de dépenses injustifiées. D’où l’attention qui sera portée à cette cause par l’entourage de M. Harper, dont plusieurs membres, actuels et anciens, ont traité avec MM. Duffy et Wright à l’époque. Cette première comparution est une formalité; on verra, selon le rythme des procédures, leur impact politique.

À 14 mois de l’élection fédérale, conservateurs et libéraux sont, chacun à leur manière, en mode préélectoral depuis un certain temps.

Les conservateurs tentent en fait depuis le 15 avril de l’année dernière, au lendemain de l’accession de Justin Trudeau à la tête des libéraux, de miner les assises du chef libéral avec des publicités négatives. Ils attaquent le chef libéral en se basant souvent sur les ouvertures qu’il leur offre, de leur point de vue du moins, sur des dossiers comme l’Ukraine, la Chine ou encore la marijuana. Succès mitigé, au mieux. M. Trudeau et son parti trônent au sommet des sondages sans interruption depuis 16 mois. On peut compter sur les conservateurs pour continuer à essayer de semer le doute sur les capacités de Justin Trudeau. La thématique « pas à la hauteur » est là pour de bon.

Quant aux libéraux, leur chef néglige les tâches parlementaires pour travailler sur le terrain électoral, utilisant ainsi ce qui est toujours l’actif le plus important pour son parti : lui-même. M. Trudeau et ses troupes vont intensifier les préparatifs, multiplier les choix de candidats et surtout constituer ce qui pourrait devenir rapidement une plateforme électorale.

En mars 2012, Thomas Mulcair s’était donné deux ans pour mettre son parti à sa main. Ça veut dire mettre les bonnes personnes aux bons postes et surtout leur permettre de maîtriser leurs dossiers à la quasi-perfection. On devait passer ensuite, c’est-à-dire pas mal maintenant, en mode électoral. M. Mulcair a vite fait de rattraper ses deux rivaux sur la piste de la course électorale en sortant des blocs de départ avec deux engagements concrets en deux semaines. À ce rythme, c’est l’ensemble de la plateforme du NPD qu’on connaîtra aux fêtes! M. Mulcair s’est donc engagé à rétablir l’ancien financement en santé, pour ainsi retourner 36 milliards de dollars aux provinces, et à lancer, dans les 100 jours suivant son élection, une commission d’enquête en bonne et due forme sur les assassinats et disparitions de femmes autochtones.

Va pour les trois chefs, mais qu’est-ce qui viendra agrémenter nos journées de couverture politique et qui pourrait en amener, sinon forcer, certains à prendre position, quitte à trébucher?

Tournons-nous tout d’abord vers la Cour suprême. Eh oui! Une autre nomination est prévue, encore une fois du côté des juges québécois. Un mot, Nadon, et vous comprenez que c’est un euphémisme de dire que cette autre nomination est attendue avec intérêt. En plus, la Cour doit entendre des causes à retombées potentielles, et le Québec est visé dans les deux cas les plus notables.

Le gouvernement du Québec viendra réclamer le 8 octobre que la Cour ordonne au gouvernement Harper de préserver et de lui remettre les données québécoises du registre des armes d’épaule. Une semaine plus tard, le gouvernement fédéral défendra le Code criminel dans un dossier de suicide assisté. Code criminel qui s’applique, comme vous le savez, partout au pays, dont au Québec, où une loi permet maintenant aux médecins de provoquer la mort de leurs patients. Verdicts probables dans les deux cas au printemps.

Le traitement réservé au Québec par les conservateurs retient déjà l’attention. Denis Lebel vient de terminer une tournée de 12 jours à bord d’un véhicule aux couleurs du PC, mais surtout aux siennes. Visibilité, mais aussi proximité des conservateurs avec le Québec sur le plan des valeurs, du gros bon sens, voilà son message. Le premier ministre Harper aura l’occasion, lui, de mettre en valeur la place du Québec dans la fédération, maintenant et depuis ses débuts. Il ne manque plus que quelques annonces bien mises en scène… comme une compensation aux producteurs de fromages fins.

Après sa tournée récente dans l’Arctique, Stephen Harper va continuer sur sa lancée de type « atmosphère contrôlée » (des images à la tonne et des questions au compte-gouttes) avec plusieurs visites à l’étranger qui lui permettront de joindre l’utile à l’agréable et de répandre la bonne nouvelle relativement à des dossiers importants pour son gouvernement et son parti.

Ça veut dire un sommet de l’OTAN la semaine prochaine au pays de Galles, Ukraine et Poutine au menu. En novembre, des sommets à caractère économique à quelques jours d’intervalle à l’autre bout de la planète, loin des politiques canadiennes. Ceux de l’APEC à Pékin, en Chine, et du G20 à Brisbane, en Australie.

Des sommets où le Canada a beaucoup fait la leçon de la responsabilité budgétaire ces dernières années. Imaginez, avec un retour au surplus confirmé! Le hic, c’est que déficit zéro et croissance économique vont de pair dans le credo conservateur et que la croissance reste modeste. De récentes données américaines sont cependant encourageantes de ce point de vue.

Parlant d’économie, ce sont deux échéances dans ce domaine qui sont dans la ligne de mire préélectorale : la mise à jour financière, fin octobre/début novembre, et le budget, le premier du ministre Joe Oliver. Des signaux et même des annonces pourraient nous tomber dessus dès la mise à jour, comme une confirmation, par les calculs des experts du ministère des Finances, de l’atteinte de l’équilibre budgétaire pour 2015, si ce n’est pas cette année.

Avec les chiffres publiés vendredi par les Finances, une probabilité en hausse. Encore une fois, pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable et annoncer dès cet automne en quoi consisteront les baisses d’impôts que faisait encore miroiter il y a deux semaines le ministre Oliver après sa rencontre avec 16 éminents Canadiens du milieu économique? Le fractionnement du revenu pour les familles combiné avec une hausse du plafond de contribution au CELI, le tout saupoudré d’une pincée de crédits d’impôt ciblés, et le tour est joué!

Enfin, sur une note nettement plus politique, Stephen Harper et ses stratèges voient les sondages comme tout le monde. Ce ne sont que des sondages, mais leur acharnement publicitaire contre Justin Trudeau laisse croire que celui-ci dérange un peu leur sommeil. Eh bien, M. Harper pourra ajouter un autre test, celui d’une élection partielle dans la circonscription libérée par le décès, début avril, de l’ex-ministre Jim Flaherty. Il doit la déclencher d’ici la mi-octobre en vertu de la Loi électorale. Il y a toujours des bémols quand on parle de partielles, mais dans le contexte actuel on peut s’attendre à un message qui complétera celui des sondages qui s’empilent.

Allez, tout ça et les imprévus qui sont toujours… à prévoir! Et bonne saison 2014-2015!

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Stephen Harper et la sociologie

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 publié le 25 août 2014 à 17 h 53

Stephen Harper sera de nouveau interpellé cette semaine par ses homologues des provinces au sujet de la tenue d’une enquête nationale sur la question des femmes autochtones disparues ou assassinées. Deux d’entre eux, Kathleen Wynne, de l’Ontario, et Greg Selinger, du Manitoba, ont qualifié de scandaleuse la position exprimée la semaine dernière par M. Harper voulant que ces crimes nombreux ne relèvent pas d’un « phénomène sociologique ».

Le refus du fédéral d’ouvrir une vaste enquête est connu et a été réitéré à maintes reprises, mais l’explication avancée par M. Harper en a fait sourciller plusieurs.

Le premier ministre disait s’appuyer, pour conclure à l’absence de fait de société, de tendance sociale, sur le portrait statistique publié par la GRC plus tôt cette année. Le rapport montrait que les femmes autochtones et non autochtones sont victimes à 82 % et à 84 % respectivement de meurtriers de leur entourage plus ou moins rapproché, et que le taux de résolution de ces homicides était semblable à quelques points de pourcentage près. Donc, pas de « phénomène social » là.

Est-ce que le phénomène ne se situe pas ailleurs? Pas dans l’identité du tueur? Mais plutôt dans le nombre de femmes autochtones tuées? La proportion des femmes autochtones victimes de meurtres par rapport à l’ensemble des meurtres de femmes est passée de 9 % à 23 % en une trentaine d’années, nous apprenait le même rapport.

Explication de la GRC : c’est à cause de la baisse marquée du nombre de meurtres de femmes non autochtones… Ah bon, baisse significative d’un côté, maintien du nombre de meurtres de l’autre, aucune explication d’ordre social là-dedans? Juste une statistique? La GRC reconnaissait pourtant que les femmes autochtones étaient largement surreprésentées parmi les victimes. Elles constituent 16 % des victimes de meurtres et 11 % des disparues pendant la période étudiée, alors qu’elles ne comptent que pour 4 % de la population. Du un pour quatre en ce qui concerne les meurtres, donc.

Certains ont fait le calcul. Transposez les chiffres de la GRC à l’échelle d’une province comme le Québec et ça vous donne 8000 Québécoises assassinées ou disparues de 1980 à 2012. Ça fait beaucoup de crimes, même s’ils sont résolus. De l’analyse et de la prévention seraient réclamées.

Si la GRC ne va pas très loin dans les explications possibles, au-delà des statistiques sur la relation entre les meurtriers et les victimes, il faut s’en remettre aux criminologues pour aller plus loin dans l’identification des causes. Pire, l’analyse pourrait même être faite par un sociologue!Inutile, nous dit Stephen Harper, un crime, ça reste un crime. Les policiers sont là pour s’en occuper.

Il faut se rappeler ici que le premier ministre Harper, économiste de formation, ou formé en économie, disent certains économistes, a un passé fort intéressant face à cette autre science sociale qu’est la sociologie.

Interrogé en avril 2013 au lendemain de l’arrestation de deux individus soupçonnés de préparer un attentat contre un convoi de Via Rail dans l’axe Montréal-Toronto-New York, M. Harper affirmait qu’il fallait envoyer le message clair que de tels gestes de violence méritaient une condamnation sans équivoque. La radicalisation est un phénomène d’intérêt, et c’est la mission des forces de l’ordre de déceler et d’éliminer les menaces.

Quant aux causes de cette radicalisation, ce n’était pas le temps de « se lancer dans la sociologie », disait M. Harper. Une taloche au passage à Justin Trudeau qui avait rapidement posé la question des sources du phénomène la semaine précédente, alors que la poussière des attentats de Boston n’était pas encore retombée.

Dans la même veine, les conservateurs s’en étaient pris à Stéphane Dion en 2008 en demandant aux électeurs s’ils préféraient avoir à la barre du pays un économiste formé au Canada ou bien un « sociologue formé en Europe ».

Aussi intéressant de noter que le ministère des Affaires autochtones de M. Harper a mis en place un programme pour la prévention de la violence familiale. Il y est dit que « le gouvernement du Canada prend très au sérieux la question de la violence à l’égard des femmes autochtones et poursuivra sa collaboration avec les gouvernements provinciaux [...] afin de trouver des solutions efficaces et appropriées ».

Il faisait lui-même allusion à de nouvelles sommes investies dans ce secteur. Exact, 25 millions de dollars dédiés à ces femmes dans le budget 2010 pour, entre autres, « soutenir des projets pilotes en milieu scolaire et communautaire avec pour objectif de réduire la vulnérabilité accrue à la violence des filles et jeunes femmes autochtones ». Si on ne parle pas de fait de société ici… Un cas de la main gauche qui ne sait pas ce que fait la main droite?

En tout cas, certains offrent un semblant de porte de sortie à Stephen Harper en proposant une table ronde de tous les paliers de gouvernement avant une éventuelle enquête d’envergure.

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La santé, encore et toujours!

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 publié le 22 août 2014 à 12 h 26

« Voici mon défi au Parti conservateur, au Nouveau Parti démocratique, au Parti libéral et au Parti vert : les Canadiens vous disent que les soins aux aînés sont d’une importance primordiale pour eux. Ils savent que si nous développons la meilleure stratégie pour les aînés dans le monde, on peut avoir le meilleur système de soins de santé. Ils sont tannés des excuses pour justifier l’incapacité du gouvernement fédéral d’agir dans ce domaine. »

Le défi en question, il vient du Dr Chris Simpson, fraîchement élu président de l’Association médicale du Canada (AMC). Il s’adressait mercredi pour la première fois à ses membres en assemblée annuelle à Ottawa. S’appuyant sur des sondages et des études, le Dr Simpson tente de remettre la santé en tête de l’ordre du jour politique.

En fait, sondage après sondage, la santé trône au sommet des préoccupations des Canadiens, les autres enjeux fluctuant au gré des courants et des événements. Il y est allé d’un constat brutal avant d’en arriver à son défi aux chefs politiques fédéraux. Le Canada est à l’avant-dernier rang d’une récente étude sur la qualité des soins de santé, tout juste devant les États-Unis. La différence entre le Canada et les pays de tête comme la Grande-Bretagne, la Suède ou la Suisse, c’est un engagement ferme du gouvernement central envers le système public de soins de santé, selon le Dr Simpson.

À 13 mois du début, en principe, de la prochaine campagne électorale fédérale, il prend les devants, mais il n’est pas le seul. Quelques heures avant qu’il n’interpelle la classe politique, devant le même auditoire, Thomas Mulcair était sorti des blocs de départ de la course électorale avec un engagement clair au sujet du financement fédéral en santé.

À même les surplus prévus à partir de l’an prochain par les conservateurs, M. Mulcair renverserait la vapeur quant au Transfert canadien en matière de santé (TCS). Et il reviendrait à l’indexation à 6 % du TCS en vigueur depuis 10 ans en vertu de l’accord sur la santé conclu en 2004 par Paul Martin avec les provinces. Résultat, si on se fie à l’estimation des provinces que M. Mulcair reprend à son compte :  36 milliards de dollars de plus dans les coffres des provinces.

Est-ce un engagement réaliste financièrement? M. Mulcair aurait-il les moyens de ses ambitions, compte tenu de la situation budgétaire prévue? Techniquement, on peut certainement penser que oui. En l’état actuel de la fiscalité, des prévisions de croissance modeste et des dépenses gouvernementales, les surplus passeraient de 6,4 milliards de dollars l’an prochain à plus de 10 milliards de dollars quatre ans plus tard. Or, ce n’est que dans trois ans que les provinces cesseraient de bénéficier de l’indexation à 6 % du TCS et commenceraient à ressentir le manque à gagner qui mène à 36 milliards de dollars.

Donc,  les surplus annuels semblent au rendez-vous, si aucune décision politique ou promesse à tenir ne vient modifier les colonnes des revenus et des dépenses d’un éventuel ministre néo-démocrate des Finances. Il faut se rappeler que le NPD a toujours l’intention d’aller chercher des revenus additionnels du côté des impôts des sociétés, mais que ses plateformes électorales contiennent également des engagements coûteux qui nécessitent à la fois des revenus nouveaux et des réaménagements des dépenses.

Si, et seulement si, la santé devient réellement un enjeu électoral, histoire et T.C. Douglas à l’appui, le NPD estime évidemment qu’il est un peu actionnaire majoritaire du concept de système public de soins, et qu’il part avec une longueur d’avance dans les perceptions. Avec cette promesse, M. Mulcair considère peut-être avoir ajouté une autre longueur entre lui et ses adversaires.

Les conservateurs doivent de leur côté vivre avec leur engagement de la dernière campagne et, surtout, avec la formule du TCS qu’ils ont ensuite imposée aux provinces pour les 10 années qui mènent à 2024, donc bien au-delà de l’élection d’octobre 2015. Pour eux, le dossier du TCS est réglé pour longtemps. Leur plateforme 2011 parlait de « renouveler l’accord sur la santé » et de « collaborer avec les provinces et les territoires » pour y arriver. Aucun engagement chiffré ni écrit. Talonnés en cours de campagne, MM. Flaherty et Harper avaient fini par s’étirer le cou en parlant de l’indexation à 6 %, même après l’expiration de l’accord en 2014.

Difficile de dire si on peut encore parler d’« accord » et de « collaboration ». Toujours est-il que les ministres provinciaux ont trouvé sur leurs napperons, entre l’assiette à pain et le menu de ce qui ne devait être qu’un premier lunch de travail là-dessus, l’indexation réduite décidée par leur collègue Flaherty.

En gros, sur 10 ans, jusqu’en 2024, indexation à 6 % sur trois ans, après quoi on la ramène à hauteur de la croissance du PIB nominal, sans descendre sous les 3 % cependant. En fait, à Ottawa, on s’attendait à une hausse tournant autour des 4 % pour la période, 2 % de moins, d’où le 36 milliards de dollars de pertes du côté des provinces, repris par M. Mulcair. Ottawa faisait valoir qu’après des années de hausses de dépenses provinciales frisant les 7 %, on s’acheminait vers des hausses prévisibles d’environ 3 %.

Les libéraux de Justin Trudeau peuvent se targuer, eux, d’avoir adopté la Loi canadienne sur la santé qui met en place les fameux cinq grands principes, universalité, transférabilité, etc. L’accord de 10 ans avec indexation de 6 %, c’était eux aussi… On ne connaît évidemment pas ce que serait un engagement formel libéral en santé en 2015, mais trois résolutions adoptées au congrès de cette année à Montréal font état de quelques intentions.

On y parle à la fois de « négocier un nouvel accord sur la santé » de façon à « assurer à tous les gouvernements la flexibilité administrative voulue ». Rebonjour, fédéralisme asymétrique! Il est aussi mention de « résultats mesurables », de « consultation » entre les gouvernements sur les versements annuels, de « formule de financement équitable et adéquate » adaptée aux besoins et de variations en fonction de « facteurs démographiques ».

Est-ce que la plateforme sera plus précise? Les libéraux réunis à Edmonton laissaient entendre cette semaine qu’ils auraient une plateforme complète et chiffrée rapidement, au cas où… On verra comment cette bonne volonté en santé se traduit arithmétiquement.

Voilà! À quelques semaines de la dernière rentrée d’automne avant la prochaine élection fédérale, on avait beaucoup entendu en prévision du scrutin les expressions « classe moyenne », « consommateurs », « emploi », etc. Est-ce que le thème du financement des soins de santé s’imposera? Surtout, est-ce qu’un parti prendra vraiment sur lui de l’imposer? Du côté de l’opposition évidemment, puisque pour le gouvernement Harper la question est réglée jusqu’en 2024.  On parle bien sûr pour l’instant des fédéraux, attendez que les provinces s’en mêlent!

La santé, faut-il le rappeler, fait l’objet de maints débats, y compris en campagne électorale. Elle fait bonne figure dans les sondages,  mais a-t-elle déjà fait LA différence une fois devant l’urne?

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa