Archives du collaborateur Denis Ferland


À propos de Denis Ferland

Denis Ferland est correspondant parlementaire à Ottawa pour le Réseau de l’information. Il est entré à Radio-Canada en 1994 comme affectateur des journalistes à la colline Parlementaire, poste qu'il a occupé pendant 16 ans. C'est à ce titre qu'il a coordonné les grandes couvertures politiques des dernières années, notamment le référendum de 1995, les congrès politiques ainsi que les sommets internationaux comme ceux du G-8 de Kananaskis en 2002 et de Toronto en 2010. Au bureau électoral de Radio-Canada à Montréal, il a été au cœur de la couverture des dernières campagnes électorales fédérales.

Déséquilibre fiscal : un retour?

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 publié le 30 mars 2015 à 12 h 28

Le débat sur le déséquilibre fiscal est-il en voie de ressurgir? Pourrait-il s’inviter dans la campagne électorale fédérale de l’automne prochain? Sous quelle forme? Le premier ministre Harper et son ministre Jim Flaherty pensaient certainement le débat mort et enterré avec la réforme du budget de 2007, mais voilà que la réalité budgétaire des provinces le ramène à la surface.

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, y a d’ailleurs fait discrètement allusion dès son premier budget, l’an dernier. En fait, il décrivait un nouveau déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces, sans le nommer ainsi. Il parlait alors de l’aide souhaitée, attendue même, du fédéral, en raison de la marge de manoeuvre financière nettement plus importante à Ottawa.

On a justement eu droit ce mois-ci à une contribution très intéressante d’experts et de gens du milieu des affaires, qui pourrait fournir des munitions aux provinces, mais aussi aux adversaires de Stephen Harper. Ils proposent des relations plus suivies entre le premier ministre canadien et ses homologues provinciaux ainsi que des investissements fédéraux accrus dans certains domaines.

Dans son numéro de mars/avril, l’Institut de recherche en politique publique propose un thème général, « Bâtir un avenir meilleur », qui permet de faire le tour du rôle qu’Ottawa peut ou doit jouer dans une foule de domaine au moment où les Canadiens s’apprêtent à choisir le prochain gouvernement.

De plus, la table ronde d’experts et de gens du milieu des affaires, qui répond à la question : « Quel enjeu économique doit arriver en tête des priorités de ce gouvernement et quelles mesures doit-il prendre pour y faire face? », remet à l’ordre du jour la question du fédéralisme fiscal et de la relation entre les deux paliers de gouvernement en matière économique.

Premier constat : sur les 12 personnes consultées, 5 réclament directement une action, un virage, dans la relation fiscale au pays. Thomas Courchesne, un bonze du fédéralisme fiscal,  titre tout simplement sa réponse : « Résoudre le déséquilibre fiscal ».

Marcelin Joanis estime de son côté qu’il faut « revoir les arrangements financiers intergouvernementaux ». Don Drummond ajoute son grain de sel par la bande, en demandant au prochain gouvernement canadien de faire d’une offensive en éducation et en formation (notamment chez les Autochtones) un grand chantier national.

En gros, la moitié des 12 répondants notent que l’argent est à Ottawa et les dépenses en croissance, assez incontournables, du côté des provinces.

En plus, deux autres contributeurs demandent au fédéral de revoir la fiscalité des particuliers de façon à la simplifier, mais surtout pour lui permettre d’atteindre ses véritables objectifs de redistribution de la richesse.

Le gouvernement Harper, après avoir réformé en 2007 la péréquation au terme d’une grande consultation nationale, a unilatéralement changé la donne en ce qui concerne les transferts pour les programmes sociaux et la santé. C’est vrai que ces transferts continueront d’augmenter au fil des années, mais souvent moins rapidement qu’ils ne l’auraient fait avant les changements unilatéraux.

Les constats de la douzaine de personnes de la table ronde économique touchent plusieurs sphères d’activité, mais ils tournent pour la plupart autour de la place plus grande qu’Ottawa doit prendre, au moment où le gouvernement en place tend plutôt à limiter ses interventions et même son éventuelle capacité d’intervenir.

Thomas Mulcair, avec son rétablissement promis du calcul original du transfert fédéral en matière de santé, et Justin Trudeau, avec sa volonté de hausser substantiellement les investissements en infrastructure et les fonds fédéraux en enseignement postsecondaire, rejoignent assez directement les préoccupations des gens de la table ronde.

Le gouvernement Harper mise toujours sur certaines données favorables en matière d’emploi et sur des mesures pour les consommateurs fort séduisantes pour l’électorat. Ses récents allègements fiscaux pour les familles et les hausses de la prestation pour la garde d’enfants vont peut-être faire le bonheur des bénéficiaires, mais elles vont à l’encontre de ce qui est proposé  à long terme par les experts consultés.

Catégorie: Ottawa

Le (premier) ministre de tout

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 publié le 25 février 2015 à 8 h 57

Le chroniqueur du Globe and Mail Jeffrey Simpson parlait en début de semaine de l’isolement dans lequel se retrouvent inévitablement les premiers ministres canadiens. Stephen Harper n’est pas une exception en soi, mais Simpson explique qu’il a poussé la logique à son extrême. Non seulement est-il isolé quand vient le temps de prendre les grandes décisions, il a fait le vide autour de lui de manière unique, quasi-permanente.

Contrairement à ses prédécesseurs tout aussi seuls au sommet, il n’est entouré de personne avec une force de caractère, un bagage ou encore un lien personnel qui place cette personne en position de confronter M. Harper quand celui-ci mûrit les politiques de son gouvernement avant de s’enfermer pour trancher.

Ne vous en faites pas, M. Harper ne montre aucun signe de détresse devant cette solitude dans son bureau du coin sud-est du parlement, bien au contraire. En fait, il cultive tout ça au point où ça se reflète ouvertement dans la stratégie gouvernementale.

Dans nos gouvernements, le premier ministre reste la tête d’affiche. Ça ne date pas d’hier. C’est encore plus vrai en campagne électorale. Les premiers ministres précédents laissaient cependant généralement la place à leurs ministres pour les annonces de politiques relevant de leurs responsabilités. Comme on est virtuellement en campagne depuis l’automne à cause de la date fixée au 19 octobre prochain, M. Harper a décidé de faire en sorte d’être associé à toutes les annonces ou tous les messages forts du gouvernement. Des messages simples, brefs et limpides.

Vous ne le verrez pas donner dans le commentaire nuancé sur quoi que ce soit, question de ne pas se retrouver dans les publicités de ses adversaires qui interpréteraient ses propos. Demandez à Stéphane Dion ou à Michael Ignatieff, ils savent de quoi je parle.

Voyez le modus operandi depuis la rentrée de septembre, la dernière avant l’élection d’octobre prochain.

Après avoir laissé au nouveau venu aux Finances, Joe Oliver, le soin d’annoncer le fade crédit d’impôt à l’embauche destiné aux PME, le patron a pris la relève pour les annonces plus sexy. C’est donc lui qui est allé à Whitby, en banlieue de Toronto, annoncer dans un gymnase, devant de jeunes joueurs de hockey-balle, le doublement du crédit d’impôt pour les activités physiques des enfants. Y a-t-il un Joe Oliver dans la salle?

Quelques semaines plus tard, même scénario à Vaughan avec deux belles familles sur la scène pour l’annonce du fractionnement du revenu des familles avec enfants et de la bonification de la prestation universelle pour la garde d’enfants. Toujours pas de Joe Oliver, sauf quand vient le temps d’annoncer que l’incertitude causée par la baisse des prix pétroliers force le report du dépôt du budget.

Fin janvier, on remet ça à Markham pour l’annonce des mesures contre le terrorisme. Les ministres responsables, MM. Blaney et Mackay, sont laissés de côté, le patron va se charger lui-même de la très populaire annonce. Je vous en parlais vendredi dernier. Il n’est pas question pour M. Harper de nuancer le message avec une main tendue, une ouverture ou un appel à la tolérance envers les musulmans du pays. Il laisse ça à M. Blaney, dont le ministère et la GRC qui en relève ont des programmes d’intégration, de lutte douce à la radicalisation.

Denis Lebel effectue des tournées à répétition au Québec, mais c’est M. Harper qui va livrer LE message dans LA région que ciblent les conservateurs. En entrevue à une radio de Québec, sans sollicitation, M. Harper y va d’une tirade sur le soutien aux familles, les impôts bas, la lutte au crime et au terrorisme, des valeurs que « détestent » beaucoup de gens à Radio-Canada selon lui.

Et pendant qu’il était au Québec, il en profite pour donner un point de presse au cours duquel ses conseillers ouvrent la porte aux journalistes pour lui permettre d’annoncer que son gouvernement fera appel du jugement de la Cour d’appel qui permettrait à une musulmane de prêter le serment de citoyenneté avec le visage couvert. Allô Chris Alexander!!!

Tout aussi révélatrice, sa réponse aux questions lorsqu’interrogé sur la possibilité d’utiliser la clause dérogatoire (nonobstant) pour ne pas avoir à tenir compte du jugement de la Cour suprême qui permet le suicide assisté médicalement. Même logique, mais à l’inverse, il laisse à d’autres la nouvelle moins réjouissante.

À Thomas Mulcair et Justin Trudeau qui lui demandent de confirmer qu’il n’aura pas recours à cette clause exceptionnelle, il ne ferme pas la porte :

« Le gouvernement a toujours respecté les décisions de la Cour suprême et nous allons étudier cette décision et consulter la population canadienne avant de décider comment répondre. »

Incertitude? Ambivalence? Confusion? Ben voyons donc! Plusieurs députés identifiés à la droite orthodoxe réclamaient la veille le contournement du jugement grâce à ladite clause, et la base du parti associée au courant religieux et du droit à la vie le demande aussi. M. Harper ne sera pas celui qui va leur claquer la porte sur les doigts, pas en public du moins.

Peter MacKay ramasse la patate chaude et dit à la sauvette de ne pas compter sur la « clause nonobstant » en circulant dans les couloirs du parlement. Et on envoie même au bâton le secrétaire de presse de M. Harper, Carl Vallée, pour expliquer que la « clause nonobstant » n’est pas envisagée. Mais voilà, pas un son de la bouche de M. Harper qui pourrait être retenu contre lui. C’est ça qui compte.

On aura beau dire que cette droite orthodoxe est une clientèle captive, M. Harper ne veut pas être sa cible principale et, par-dessus tout, il veut limiter les protestations ouvertes. Pire, des messages de mobilisation qui appelleraient au combat avec un extrait venant directement de lui comme amorce. Il ne veut simplement pas être le proverbial messager sur lequel on tire, il sait quel effet ça peut avoir, ses adversaires peuvent en témoigner.

En prime, son gouvernement va permettre à cet électorat de ventiler directement ses frustrations quant au jugement. Il prépare un forum en ligne pour amorcer la consultation que promet le premier ministre. Organisés comme ils le sont, ces groupes vont être en mesure d’inonder le site web de messages défavorables contre l’aide médicale à mourir.

M. Harper n’ira évidemment pas jusqu’à présenter le budget à la place de son ministre des Finances, mais attendez-vous à ce que les scénarios décrits plus haut se répètent. En pleine année électorale, avec en main les rênes du gouvernement et les annonces qui viennent avec, M. Harper se dit tout simplement : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ».

D’une part, ça permet de constater l’efficacité de M. Harper dans la livraison du message, mais ça pose aussi un peu la question de la composition de son Cabinet. C’est Philippe Couillard qui doit regarder M. Harper aller avec intérêt, sinon avec une pointe d’envie!!!

Catégorie: Ottawa

Harper, Obama et l’Islam

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 publié le 20 février 2015 à 19 h 35

Ce n’est pas d’hier qu’on note les différences entre Stephen Harper et Barak Obama. Les deux hommes n’ont jamais vraiment eu d’atomes crochus. En fait, la popularité de Barak Obama au Canada au moment de son élection était telle qu’elle faisait ombrage au premier ministre canadien.

Au-delà des personnalités radicalement différentes, des contrastes sont apparus sur certains enjeux au point de frôler carrément le différend dans certains cas. Et on ne parle pas d’enjeux marginaux ici. Après la crise financière et la récession de 2008-2009, les deux hommes étaient loin d’être sur la même longueur d’onde en ce qui concernait la relance économique globale. Stimulation prolongée de l’économie pour M. Obama, rigueur budgétaire pour M. Harper.

Les positions de M. Obama sur le changement climatique et surtout ses tergiversations sur l’approbation du pipeline Keystone XL ont creusé l’écart entre les deux hommes.

Ce contraste se manifeste à nouveau sur leur façon d’aborder la question de la lutte au terrorisme. Tout d’abord, les deux sont d’accord sur le plus élémentaire, il faut confronter le groupe armé État islamique et le faire en évitant l’envoi massif de troupes en sol irakien ou syrien. Là où ils se distancient, c’est sur la façon d’aborder les dessous du terrorisme.

Dès l’attentat du marathon de Boston d’avril 2013, Stephen Harper a adopté une ligne dure face aux jeunes qui se laissaient séduire par le courant islamiste radical. Ça se passait dans la cour de M. Obama. Mais même lui, tout en condamnant le geste, indiquait qu’il fallait tenter de comprendre la source du mécontentement ou des frustrations de ces jeunes qui débouchaient sur des attentats.

Ces fameuses causes profondes, Stephen Harper ne voulait pas en entendre parler. Un chef de parti fraîchement élu, Justin Trudeau,  avec le vent, que dis-je, des rafales dans les voiles, les avait mentionnées en commentant l’attentat du marathon et l’occasion était trop belle de l’étamper dans la bande à sa première présence sur la glace dans la grosse ligue. Justin Trudeau a compris depuis qu’il n’y a pas trop de place pour la nuance sur cette question-là dans la stratégie de Stephen Harper.

La tenue du sommet contre l’extrémisme violent à Washington à l’initiative de Barak Obama et les déclarations de Stephen Harper sur tout ce qui entoure le terrorisme, la mission en Irak et même le port du niqab fournissent la plus récente occasion de départager les deux hommes.

M. Obama et tous ceux qui gravitent autour de lui évitent consciencieusement les mots djihadiste et islamique pour décrire les motivations ou les sources de l’idéologie du groupe armé État islamique. Certains de ses adjoints tentent de justifier ce choix en disant que le fait d’étiqueter comme « islamique » ces convictions et les gestes barbares posés en leur nom ferait le jeu de l’ennemi qui veut justement se définir comme une cible d’une guerre menée par les États-Unis contre l’islam au sens large…

Disons que la subtilité de la tactique est si peu évidente que les politiciens et les commentateurs de tous les côtés y trouvent à redire. Est-ce diluer le tout? Un euphémisme qui traduit un manque de conviction? Une approche à la Obama, un peu académique et désincarnée au point de devenir réductrice?

À l’inverse, M. Harper n’y va pas par quatre chemins et cherche même à associer sa personne à chaque occasion. C’est donc lui plutôt que les ministres responsables, MM. Alexander ou MacKay, qui a annoncé l’intention de son gouvernement de faire appel du jugement qui autorise la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé du niqab la semaine dernière. Même chose pour l’annonce du projet de loi C-51 sur la lutte contre le terrorisme.

Quant au contenu des propos, vous allez devoir creuser pas mal pour trouver LA fois où M. Harper a fait preuve d’une certaine ouverture à l’égard de la communauté musulmane depuis le regain de tension des derniers mois. Vérification faite, aucun appel à la tolérance ni à la solidarité, aucune main tendue à la communauté lors des grands moments, lorsque les projecteurs nationaux étaient braqués sur lui.

Pensons au soir de l’attaque du 22 octobre au Parlement dans son discours télévisé ou encore à celui du lendemain en Chambre qui se concluait par les fameuses accolades à ses rivaux. Au lendemain de l’attaque à Charlie Hebdo, même chose. À Richmond Hill pour l’annonce du C-51, même message, celui de la répression et de la prévention par la coercition.

Pourtant, le gouvernement met de l’avant des programmes intéressants, certains pour voir venir la radicalisation, pour ramener dans le droit chemin les jeunes qui seraient tentés. Même les autorités policières le font. M. Harper laisse justement ça à ses ministres qui eux, en parlent fréquemment.

LA fois où M. Harper a tendu cette main aux musulmans canadiens est pas mal passée inaperçue, malheureusement vous diraient probablement M. Harper lui-même et ses conseillers. C’était un jeudi soir du début décembre lors d’un souper-anniversaire d’un organisme charitable à Markham. M. Harper y a remercié les dirigeants de la communauté pour leur réaction, leur dénonciation des auteurs des attentats en sol canadien et surtout pour leur campagne contre la radicalisation des jeunes. Pas totalement un coup d’épée dans l’eau, mais probablement pas non plus l’occasion la plus rentable de le faire si on compare aux audiences qu’il avait quand toutes les caméras étaient braquées sur lui.

De plus, des remerciements aux musulmans, c’est une chose, un appel au reste de la population de ne pas se laisser gagner par l’intolérance,  c’en est une autre. Demandez justement aux musulmans du pays ces jours-ci.

Donc, d’un côté un président américain qui dilue le message au point de noyer le poisson, de l’autre un premier ministre qui préfère un message simple, sans équivoque. Les deux avec des visées politiques qui leur sont propres. Celui des deux qui a à se faire réélire est de notre côté du 49e parallèle.

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Un recul peut être honorable M. Harper

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 publié le 20 janvier 2015 à 11 h 35

Le report du dépôt du budget par le ministre Joe Oliver lui permettra d’avoir toutes les informations nécessaires à la prise de décisions cruciales en ces temps de volatilité économique, due à la chute brutale des prix pétroliers.

Encore ce matin, le Conference Board, un des organismes consultés par M. Oliver pour établir sa moyenne des prévisions du secteur privé, lui annonce que ses revenus devraient être amputés de 4,3 milliards de dollars l’an prochain. Bye bye surplus, ou même équilibre budgétaire, concluent d’autres prévisionnistes pour les mêmes raisons, sans s’en alarmer cependant.

Experts et commentateurs sont à peu près unanimes à admettre qu’un léger déficit une année donnée, l’an prochain dans ce cas-ci, n’a pas d’impact, même s’il est toujours souhaitable d’équilibrer les budgets. Pas d’impact important sur les finances publiques, le service de la dette ou le fameux ratio dette/PIB dans le contexte d’un budget de près de 300 millions de dollars et d’une économie de 2000 milliards de dollars.

La détermination du gouvernement Harper à éliminer le déficit l’an prochain tient essentiellement à un engagement électoral de 2011 duquel dépendaient certaines annonces qui ont déjà été faites cet automne. Les avantages fiscaux consentis à certaines familles avec le fractionnement de leurs revenus et la bonification de la Prestation universelle à la garde d’enfants vont coûter environ 4,5 milliards par an à compter de… l’an prochain! Et pas question de revenir sur ces mesures nous dit-on de tous les côtés au gouvernement.

Jason Kenney flirte avec de nouvelles compressions pour atteindre le déficit zéro à tout prix en 2015, certains prennent leurs distances au gouvernement, mais on comprend que le désaccord réside dans les moyens, pas l’objectif.

Est-il possible qu’après ce délai de trois mois, le ministre Oliver soit confronté à une situation qui amène les prévisionnistes et ses fonctionnaires à le mettre face à un déficit léger, de 1 à 4 milliards de dollars? Très possible, nous disent plusieurs analystes.

Que faire alors? Manipuler les chiffres dans le budget de façon à présenter un équilibre quitte à ce qu’il se transforme en déficit en cours d’année… mais après l’élection d’octobre? Prendre des mesures à court terme pour obtenir l’équilibre, même si certaines peuvent être nuisibles à plus long terme? Ou encore revenir sur l’engagement de 2011?

Est-ce qu’un tel recul serait si coûteux pour les conservateurs? Est-il possible de justifier le non-respect d’une promesse si c’est une bonne idée de le faire?

Les conservateurs sont en fait très bien placés pour savoir que c’est possible. C’est même le prédécesseur de M. Oliver aux Finances, Jim Flaherty, qui l’a fait avec succès. L’imposition des fiducies de revenus si chères aux retraités en 2006, ça vous dit quelque chose?

Petit rappel rapide. Dans la plateforme des conservateurs pour l’élection de janvier 2006, cette phrase :

« Le plan conservateur stoppera l’attaque des libéraux envers les économies de retraite et préservera les fiducies de revenu en ne prélevant aucun nouvel impôt. »

Ça avait le mérite d’être clair. Sauf que 10 mois plus tard, le soir de l’Halloween 2006, Jim Flaherty convoque la presse après la fermeture des marchés pour annoncer que le gouvernement Harper oublie sa promesse et va finalement imposer les fiducies de revenu comme les autres sources. Deux raisons jugées valables par beaucoup d’experts : le gouvernement ne pouvait pas renoncer aux milliards en perte de revenu et la multiplication des fiducies, notamment du côté de méga entreprises canadiennes, aurait des conséquences négatives sur les décisions d’investissement des entreprises en question.

Difficile de reculer plus que ça et, pourtant, M. Flaherty et le gouvernement Harper s’en sont très bien tirés en dépit des critiques des regroupements de retraités et de certains conseillers en placement.

En fait, deux mois plus tard, La Presse Canadienne nommait Jim Flaherty la « personnalité économique de l’année » au Canada, précisément en se basant sur cette décision!

Donc, petite tempête à prévoir, c’est évident, après le dépôt d’un budget légèrement déficitaire. Mais bon, il y a peut-être moyen de « vendre » le tout en parlant de « sagesse » et de « sens des responsabilités ». Ça aussi ça a fait partie du message économique des conservateurs, surtout depuis la crise financière de 2008-2009. Une différence évidemment, le recul de 2006 sur les fiducies de revenu survenait en tout début de mandat, alors que maintenant une élection pointe à l’horizon. Mais bon.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

Mauvaise nouvelle pour Joe Oliver

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 publié le 13 janvier 2015 à 12 h 04

Le ministre canadien des Finances, Joe Oliver, en pleins préparatifs budgétaires, a entendu deux fois plutôt qu’une un message qu’il ne voulait pas entendre ce matin. Le retour à l’équilibre budgétaire n’est pas pour l’an prochain à moins que le gouvernement Harper n’annonce de nouvelles mesures pour l’atteindre.

Par nouvelles mesures, on n’entend évidemment pas des mesures populaires comme le fractionnement du revenu des familles ou encore la hausse de la prestation mensuelle pour la garde d’enfants, des mesures coûteuses annoncées cet automne et qui contribuent maintenant au maintien des finances publiques fédérales dans le rouge. On pense plutôt à de nouvelles restrictions dans les dépenses, puisqu’il n’est pas question d’aller chercher des revenus supplémentaires en impôts ou taxes pour ce gouvernement.

Vous aurez deviné que la chute des prix du pétrole vient gâcher la planification budgétaire et politique du gouvernement Harper.

Le premier message vient de deux anciens hauts fonctionnaires, qui concluent que les bonnes conditions économiques en 2014 pourraient bien générer un léger surplus pour l’année en cours qui prend fin le 31 mars, contrairement à ce que soutiennent toujours MM. Harper et Oliver. Ces derniers ne prévoient un retour à l’encre noire au bas des prévisions que l’an prochain.

Les deux experts contredisent aussi les deux politiciens là-dessus puisque, malgré une croissance économique réelle de 2,5 % en 2015, la croissance nominale attendue de 3,7 % qui établit l’assiette fiscale du ministère des Finances ne sera pas au rendez-vous. Donc, des revenus bien en deçà des attentes et toujours un déficit, contrairement aux prévisions, et surtout aux espoirs, des conservateurs .

Tout ça, disent-ils, même si la baisse des prix du pétrole a des effets bénéfiques sur d’autres secteurs économiques dans certaines régions du pays, on pense évidemment aux provinces centrales avec leurs industries manufacturières.

Le deuxième vient de la Banque TD dont le patron du service de recherche, Craig Alexander, fait partie de la douzaine d’économistes qui rencontrent le ministre depuis des années pour l’aider à établir ce qu’on appelle, aux Finances, la « moyenne des prévisions du secteur privé ». C’est cette moyenne qui sert ensuite de base aux calculs des gens des Finances pour prévoir les revenus et les dépenses de l’État fédéral… et son bilan par le fait même, surplus, déficit, équilibre?

Donc, je vous épargne le gros des chiffres, mais la TD a développé un modèle de prévisions des finances fédérales dans lequel elle a introduit des prévisions d’évolution des prix du pétrole pour les prochaines années.

Au lieu d’un surplus de 1,9 milliard de dollars l’an prochain, l’année cible des conservateurs et année électorale, la TD en arrive maintenant à un léger déficit de 2,3 milliards de dollars et un autre de moins de un milliard l’année suivante. Report de deux ans donc de cet équilibre budgétaire tant recherché.

Plusieurs implications politiques à tout ça, pour le gouvernement Harper au premier chef. Comment présenter ça dans le prochain budget Oliver et miser là-dessus pour faire campagne en se présentant comme seul garant d’une économie et de finances publiques saines? Tout le capital de crédibilité économique du gouvernement Harper a été mis là-dessus. Pas sur une baisse à un certain niveau du taux de chômage, l’atteinte d’un taux de croissance quelconque ou un autre indicateur de bonne performance. Uniquement sur le déficit zéro grâce à des dépenses bien gérées et des impôts maintenus bas.

Ça élimine à peu près la possibilité de présenter dans le même budget Oliver les dernières mesures populaires promises en 2011, le doublement du plafond des comptes d’épargne libres d’impôts (CELI) et l’introduction du crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes.

Dans la même veine, ça vient aussi toucher les deux autres partis fédéraux en ce qu’il leur reste beaucoup moins de marge pour leurs engagements électoraux, un bon exemple étant le programme national de garderies du NPD ou les infrastructures de M. Trudeau. Des choix difficiles pour tout le monde, réels pour le gouvernement, théoriques pour ses vis-à-vis.

En conclusion, remarquez qu’aucun des auteurs des prévisions de ce matin ne sonne l’alarme devant le maintien de légers déficits pendant une année ou deux de plus. Ils sont insignifiants économiquement et n’auront à peu près pas d’impact sur le ratio dette/PIB. Ils ne réclament donc pas des mesures ponctuelles pour assurer à tout prix ce retour à l’équilibre promis pour l’an prochain, ça peut attendre. Il ne faudrait au contraire pas prendre de décisions hâtives et mal avisées pour atteindre un objectif purement politique à très court terme, disent-ils.

Du côté du ministre Oliver, on maintient ce matin l’objectif d’équilibre budgétaire en 2015. Et on répète que les politiques économiques du gouvernement Harper fonctionnent, puisqu’elles sont axées sur l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme.

Catégorie: Élections fédérales, Ottawa

La bataille de la sécurité au Canada

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 publié le 9 janvier 2015 à 15 h 49

J’écrivais dans mon dernier billet, le bulletin de notes des chefs à Ottawa, que la question de la sécurité nationale était la « matière forte » du premier ministre Harper et qu’elle représentait pour lui une occasion, une ouverture, en cette année électorale. Tout ça dans le contexte où son principal cheval de bataille, l’économie, est soumis à une grande incertitude, entre autres en raison de la chute des prix du pétrole. Même les finances publiques sont touchées. Surtout, le retour à l’équilibre budgétaire prévu pour cette année risque d’être plus ardu.

« Matière forte » pour M. Harper, au point où elle lui a permis une certaine remontée dans les sondages, en fin d’année, après les attaques en octobre à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa. Dans mon dernier billet, j’établissais d’ailleurs la gestion de crise de M. Harper et sa décision de participer à la mission en Irak comme le meilleur coup du premier ministre en 2014.

À entendre M. Harper présenter hier à son auditoire de Delta, en Colombie-Britannique, ce qu’il a appelé la nouvelle « réalité » du monde actuel, en fait un portrait assez sombre, un monde inquiétant, angoissant à la limite, nul doute que le premier ministre sait quelles cartes il va jouer et comment il va le faire.

Après avoir répondu à une question sur le niveau d’alerte au Canada et la nomination de son nouveau conseiller à la sécurité nationale plus tôt cette semaine, M. Harper a pris un ton bien particulier, se frottant la joue et le menton en réfléchissant. Puis, tel un bon père de famille qui donne ses consignes aux enfants qui quittent la demeure familiale pour faire face à la vie, il a déclaré :

« Mais laissez-moi dire quelque chose, au sujet de Paris et de toutes les questions que vous me posez. Et je ne dis pas ça avec un certain plaisir ou avec une certaine excitation, c’est plutôt le contraire. Mais le fait est que, mesdames et messieurs, le mouvement djihadiste international a déclaré la guerre. Ils ont déclaré la guerre à quiconque ne pense pas ou n’agit pas tel qu’il le devrait selon eux. Ils ont déclaré la guerre et ils se sont déjà livrés à des exécutions massives. On n’aime pas ça et on aimerait bien que tout ça s’évanouisse, mais ça n’arrivera pas. Et la réalité est qu’il va falloir les confronter. Et ça va malheureusement être la réalité de ce monde dans lequel on vit pendant un certain temps, et il va donc falloir y faire face de front. C’est ce que notre gouvernement s’est engagé à faire. »

Puis, sans sollicitation, M. Harper a enchaîné en français pour en arriver au même constat, en disant que « nous devons participer à cette mission [en Irak] et nous devons renforcer nos lois ici pour contrer ces menaces sur notre propre territoire ».

Voyez vous-mêmes :

 

Enfin, sur la mesure du succès de la mission contre le groupe armé État islamique en Irak, M. Harper donne son point de vue en terminant sur une sorte d’avertissement à son auditoire.

« C’est pour ça qu’on est là ultimement, c’est un mouvement qui a déclaré la guerre au Canada spécifiquement et qui a montré qu’il peut développer la capacité de mener des attaques sur ce territoire et c’est pourquoi on continuera de faire le nécessaire pour éliminer cette menace en particulier. »

Le fait que son parti profite de l’occasion fournie par la cascade d’attentats terroristes dans le monde ainsi qu’au Canada pour lancer une campagne de signatures en ligne en soutien aux propos du premier ministre enlève tout doute à ceux qui en entretenaient au sujet de sa stratégie.

 

Extrait d'une page web du Parti conservateur du Canada.
Extrait d’une page web du Parti conservateur du Canada.

Et, peu importe les événements internationaux ou d’éventuelles attaques, le débat restera à l’avant-plan au Canada. M. Harper s’en chargera lui-même.  Il précisait jeudi que son gouvernement allait déposer « rapidement » après la reprise des travaux parlementaires, le 26 janvier, de nouvelles mesures pour faciliter la tâche des autorités responsables de la lutte contre le terrorisme.

Des mesures qui tourneront autour des preuves à obtenir, des arrestations ou de la détention préventive, tout en préservant l’équilibre entre les droits et la sécurité, rassure le premier ministre. On verra comment se positionneront ses deux adversaires là-dessus. Quelle marge leur restera-t-il pour exprimer des réserves sur ces pouvoirs accrus, vouloir nuancer, sans se faire accuser d’être mous face aux terroristes?

On connaît le procédé, il a été largement utilisé dans la lutte contre la criminalité. Même au sujet du terrorisme, Justin Trudeau y a goûté après l’attentat au marathon de Boston, quand il a évoqué le fait que les jeunes radicalisés pouvaient vivre dans une certaine exclusion qui contribuait peut-être à leur frustration, qui nuisait à leur intégration.

On sait déjà cependant où MM. Mulcair et Trudeau logent sur la mission en Irak, un autre débat qui ressurgira à l’approche de l’échéance du déploiement des CF-18 là-bas, un premier déploiement qui devait durer six mois. Incidemment, cela fera six mois le 7 avril que la résolution sur ce sujet aura été adoptée aux Communes, le jour même du début du procès d’un dénommé Mike Duffy.

On peut ajouter à cela que Jenny Byrne a quitté son poste cette semaine au cabinet du premier ministre pour retourner à ses fonctions au Parti conservateur, où elle devient directrice de la campagne nationale en prévision des élections du 19 octobre. Ce poste lui était destiné, mais ce sera un autre élément qui va alimenter les hypothèses chez les adeptes d’un déclenchement d’élection hâtif par le premier ministre si sa cote monte suffisamment en début d’année.

Peu importe la date de l’élection, il est rare que la politique étrangère et ses dérivés en soit l’enjeu central, mais la question de la sécurité nationale et du terrorisme continue de prendre du galon et pourrait bien rivaliser avec l’économie dans la tête des électeurs.

 

 

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Le bulletin de notes des chefs à Ottawa

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 publié le 12 décembre 2014 à 17 h 34

La session parlementaire terminée, notre courriériste parlementaire dresse le bilan de Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau à Ottawa.

  • Stephen Harper

Meilleur coup : Sa gestion de la lutte au terrorisme, au pays et à l’étranger avec la participation des CF-18 à la mission de la coalition contre le groupe armé État islamique (EI) en Irak.

Épines au pied : Julian Fantino et Leona Aglukaqq. Une dans chaque pied!

Nuages à l’horizon : L’évolution des prix du pétrole, la décision sur le pipeline Keystone XL, les revenus fiscaux et le discours sur la superpuissance énergétique qui en dépendent.

Occasions : La sécurité nationale, la « matière forte » de Stephen Harper. De nouvelles mesures antiterroristes et une mission à prolonger en Irak face à l’EI.

Citation : « C’est un fait que Jim, aussi férocement partisan qu’il ait pu être, était sincèrement apprécié et respecté par ses adversaires, aimé par ses ennemis. C’est quelque chose dans notre milieu, quelque chose que j’envie, je n’arrive même pas à me faire aimer par mes amis. » - Hommage à Jim Flaherty à ses funérailles le 16 avril dernier.

À travailler en 2015 : Sa relation avec deux femmes : la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, et la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne. Des querelles publiques ou persistantes avec elles pourraient lui coûter cher.

Sondages : Selon la moyenne mensuelle des sondages compilés par Threehundredandeight.com, le Parti conservateur se situait à 32 % des intentions de vote en novembre, son plus haut score cette année. Le creux pour le PC était à 28 % en février et juillet.

Défi en 2015 : L’incontournable poids des années, presque 10 ans au pouvoir au moment de l’élection en octobre 2015.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, début du procès de Mike Duffy

Lecture pour les Fêtes :
- Laurier and a Liberal Quebec : a study in political management : pour des raisons évidentes, il pourrait le prêter à Denis Lebel avec des annotations.

- Discipline of power : the Conservative interlude and the Liberal restoration : interlude conservateur, restauration libérale?

  • Thomas Mulcair

Meilleur coup : un programme national de garderies plafonnées à 15 $ par jour. D’une pierre deux coups, facile à évaluer pour les familles et ça coupe l’herbe sous le pied des libéraux qui nourrissent cette ambition depuis deux décennies.

Épine au pied : Pas de traction chez l’électeur en raison de ses performances, il semble se heurter à un plafond de verre. En témoignent les sondages, mais surtout les résultats du NPD dans les élections partielles. Six partielles en 2014, des reculs partout : de 20 % dans Trinity-Spadina laissé vacant par Olivia Chow et seulement 8 % des voies dans Whitby-Oshawa, où le NPD a déjà eu certaines assises. Des messages forts.

Occasion : Être sorti des blocs de départ électoraux rapidement avec des engagements qui occupent le vide laissé par Justin Trudeau : garderies, transferts en santé rétablis, salaire minimum fédéral, enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, etc.

Citation : « Ben non, coco, j’suis en train de donner la réponse complète. J’pensais que vous étiez avocat, je m’suis peut-être trompé. » – Le 15 mai dernier, en réponse aux conservateurs et aux libéraux en comité sur les bureaux satellites de son parti financés par les fonds publics.

Nuages à l’horizon : Est-ce que la « technique Mulcair » en Chambre a fini de porter ses fruits? Les interrogatoires serrés et acharnés sur les déboires du gouvernement Harper par rapport au ministère des Anciens combattants n’attirent pas les éloges comme ceux sur l’affaire Wright/Duffy un an auparavant.

À travailler en 2015 : Un recours assommant aux formules « le NPD est le seul parti… » et « contrairement aux libéraux et aux conservateurs » qui transforment sa volonté de se démarquer, surtout de Justin Trudeau, en une véritable obsession.

Sondages : La même moyenne mensuelle plaçait le NPD à 22 % en octobre, juste au-dessus du creux de 21 % d’octobre. Il a atteint son sommet en mars avec 25 % des appuis.

Défi en 2015 : Convaincre les Canadiens de choisir son parti, d’un bout à l’autre du spectre politique,  sans s’arrêter en chemin, en territoire familier, chez les libéraux.

Lecture pour les Fêtes :
- T. C. Douglas: the road to Jerusalem : tout le parcours de celui qui demeure une inspiration pour les néo-démocrates. Sauf qu’on le présente comme le politicien le plus influent à ne jamais avoir été élu premier ministre du Canada. Peut-être pas une si bonne idée après tout.

  • Justin Trudeau

Meilleur coup : Exclusion des sénateurs conservateurs du caucus national libéral.

Épine au pied : Massimo Pacetti et Scott Andrews.

Occasion : Profitera-t-il de la reprise inévitable du débat sur la mission en Irak pour essayer de s’installer sur le terrain de la politique étrangère? La politique étrangère fait rarement gagner une élection, mais elle imprègne les perceptions et Stephen Harper ne rate pas beaucoup d’occasions dans ce domaine.

Citation : « C’est très inquiétant – surtout puisque la Russie a perdu au hockey, ils vont être de mauvaise humeur. On craint l’implication russe en Ukraine. »
- Guy A. Lepage : « Juste à cause du hockey? »
- Justin Trudeau : « Non. C’est d’essayer d’amener une optique un peu légère dans une situation qui est extrêmement sérieuse, extrêmement troublante. »

C’était lors de son passage à Tout le monde en parle le 23 février dernier.

Nuages à l’horizon : persistance ou regain de tension au Moyen-Orient avec la possibilité d’autres attaques en sol canadien, des événements qui semblent favoriser Stephen Harper.

À travailler en 2015 : Lui aussi, sa relation avec deux femmes. Est-ce que Kathleen Wynne lui livrera l’Ontario à l’élection d’octobre? Puis, l’avocate Cynthia Petersen ne devrait pas le prendre par surprise, mais plutôt lui montrer une porte de sortie légitime dans le dossier de MM. Pacetti et Andrews.

Sondages : Toujours en tête à 35 % comme moyenne mensuelle des sondages en novembre, mais l’écart se rétrécit. Le sommet, 39 % en juillet, le creux, 31 % en mai. En fait, les libéraux sont en tête des moyennes mensuelles sans interruption depuis avril 2013, après que Justin Trudeau a été choisi chef. Le PC et le NPD occupent les 2e et 3e rangs avec la même constance.

Défi en 2015 : Utiliser l’instinct politique qui l’a amené à prendre des positions audacieuses ou énergiques (harcèlement, marijuana, charte des valeurs, avortement, sénateurs expulsés…). Transformer des prises de position audacieuses ou énergiques dignes d’un chef (marijuana, charte des valeurs, harcèlement, avortement, sénateurs expulsés) en une perception plus durable de chef de gouvernement.

Date à encercler sur son calendrier : 7 avril, comme Stephen Harper, mais pour une autre raison : la fin de l’engagement initial de six mois des CF-18 en Irak. Y sera-t-il toujours opposé? Retour sur un dilemme.

Lecture pour les Fêtes :
- A reckless youth : une jeunesse imprudente, par J.F. Kennedy. Et tant qu’à y être, Prelude to leadership : a diary, par le même Kennedy.
- Pirouette : Pierre Trudeau and Canadian Foreign Policy : ou quand la pomme ne tombe pas loin de l’arbre. Bonne occasion d’apprendre à maîtriser l’art de la pirouette que semble tenter le fils dans ce même domaine.

Catégorie: Ottawa

Vide, le tiroir-caisse?

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 publié le 17 novembre 2014 à 14 h 36

On a beaucoup fait état de l’impact des allègements fiscaux offerts par le gouvernement Harper aux familles et aux PME avant même que les finances publiques ne soient totalement redressées. Deux choses ont surtout été retenues :

  • les 3,2 milliards de dollars comptabilisés dès cette année maintiennent le fédéral en déficit une année de plus;
  • le premier surplus projeté, pour l’an prochain, passe de 6,4 milliards à 1,9 milliard de dollars.

De ces données à court terme, on a aussi conclu que le tiroir-caisse était vide ou à peu près, et que les adversaires des conservateurs auraient des choix douloureux et impopulaires à faire pour financer leurs engagements électoraux. On pensait tout de suite au projet de garderies du NPD, une des rares promesses dont le financement a été clairement fixé (295 millions de dollars la première année, 590 millions la suivante et ainsi de suite).

Le NPD promet aussi de rétablir l’indexation à 6 % du transfert en santé à partir de 2017, tandis que Justin Trudeau parle vaguement de dépenses prioritaires en infrastructures et éducation postsecondaire plutôt que de baisses d’impôt. Aucun chiffre précis de son côté, mais on comprend que des fonds importants vont être nécessaires si on veut avoir un impact réel.

Question maintes fois entendue, MM. Mulcair et Trudeau vont-ils vraiment oser revenir sur les baisses d’impôt ciblées des conservateurs? M. Mulcair dit déjà qu’il va renverser la vapeur sur les impôts des sociétés, tandis que M. Trudeau veut faire de même avec le fractionnement du revenu.

Quand on y regarde de plus près, dans quelle mesure ont-ils vraiment besoin de revenir sur les mesures des conservateurs pour financer leurs choix politiques? En l’état actuel des choses, si les trois partis se basent sur la mise à jour de M. Oliver, on constate une prévision de surplus qui passent de 4,3 à 13,1 milliards de dollars durant le mandat du prochain gouvernement, quel qu’il soit, pour un total de 30 milliards de dollars sur quatre ans. Et ça, c’est après absorption annuelle des 4,6 milliards de dollars des allègements fiscaux récemment annoncés, des 2,5 milliards de dollars en revenus perdus à cause des prix pétroliers plus bas et en tenant compte d’un coussin pour imprévus de 3 milliards de dollars.

D’accord, en proportion de l’économie et du budget fédéral, ce n’est pas la marge de manoeuvre qu’avait Paul Martin en 2000 lorsqu’il a scié les jambes de Stockwell Day avec des baisses d’impôt des particuliers massives. Mais ce n’est pas négligeable non plus de l’avis des experts, qui alimentent la réflexion du ministre Oliver.

Pas négligeable, mais pas acquis non plus nous rappelle-t-on. Le spectre des fluctuations à la baisse des prix du pétrole plane au-dessus des préparatifs budgétaires de Joe Oliver. Un exemple de cette incertitude, M. Oliver a rencontré une dizaine d’analystes du secteur des affaires et des finances un mois avant son exposé de la semaine dernière et leurs prévisions ne tiennent plus au terme de l’exercice tellement la chute des prix du brut a été rapide.

D’où cette baisse de 2,5 milliards de dollars des recettes annuelles prévues par M. Oliver pour les prochaines années. Une bonne raison de ne pas tenir pour acquise la marge de 30 milliards de dollars sur quatre ans.

Ça, c’est la raison macroéconomique, mais il y a toujours des raisons politiques qui ne relèvent pas des analystes ni même des experts du ministère des Finances. Et qui relèvent certainement plus de Stephen Harper que de Joe Oliver.

  • Raison politique numéro un : les conservateurs ont encore deux promesses de 2011 qui dépendaient du retour à l’équilibre budgétaire : un crédit d’impôt pour l’activité physique des adultes et le doublement du plafond des contributions au CELI, le compte d’épargne libre d’impôt. Donc, forte incitation à les matérialiser.
  • Raison politique numéro deux : pouvez-vous imaginer les conservateurs ne rien changer à ces prévisions de surplus sur quatre ans dans le prochain budget? Joe Oliver consacrant des surplus en les budgétant carrément? Déjà, depuis la semaine dernière, leurs partisans, comme les gens de la Fédération canadienne des contribuables, dénoncent le fait qu’on n’ait pas encore éliminé, non seulement le déficit, mais les surplus des années suivantes!
  • Raison politique numéro trois : même si tous « n’achètent » pas le discours sur le retour du déséquilibre fiscal, il reste que des surplus persistants, pour ne pas dire permanents, viennent troubler les rapports entre Ottawa et les provinces. C’est d’autant plus vrai qu’à partir de 2017, les transferts vont commencer à croître moins vite que sous l’ancienne formule d’indexation, notamment en matière de santé. Donc, baisses de revenus ou hausse des dépenses à Ottawa pour éliminer les surplus et… pouf! Disparu le « déséquilibre fiscal » si irritant, qu’on adopte ou pas l’expression. Tout est question de perception ici.

Quoi surveiller dans les prochains mois, particulièrement sur le parcours budgétaire de Joe Oliver? Certainement l’évolution des prix du pétrole. Une détérioration de ce côté-là pourrait aider M. Oliver à justifier le maintien d’une certaine marge de manoeuvre. Ça va commencer dès la réunion dans les prochains jours des pays de l’OPEP. Vont-ils choisir de défendre à tout prix leur part de marché, à commencer par l’Arabie saoudite?

De nouvelles annonces du gouvernement Harper? Dans le budget ou d’ici là? Après tout, il a l’avantage d’avoir déjà les leviers en main. Dans la tradition des conservateurs, des mesures ciblées, populaires et probablement, dans ce cas-ci, avec échéance, pour permettre des ajustements en cas de coup dur du côté de l’économie mondiale. Le tiroir-caisse n’est  pas vide pour l’instant, mais ça pourrait être de courte durée.

Les conservateurs se rappellent avec une larme au coin de l’oeil les dernières véritables baisses d’impôt sur le revenu, celles de Paul Martin en 2000, mais il y a deux inconvénients à ça. Des baisses du taux d’imposition ou des changements aux tranches de revenu ont des effets récurrents et croissants. En cas d’imprévu, elles restent là et peuvent vous entraîner à nouveau en déficit.

De plus, pour avoir un impact électoral, elles doivent être considérables. Et là, c’est l’argent qui manque tout simplement. Par exemple, les données du directeur parlementaire du budget montrent que la seule baisse de 15 à 14 % du plus bas taux d’imposition coûterait plus de 3 milliards de dollars dès la première année pour augmenter sans cesse ensuite.

Tout ceci veut donc dire qu’il reste une certaine marge de manoeuvre financière qui va permettre aux trois grands partis de piger dans le tiroir-caisse pour se positionner. Et ils promettent tous d’offrir des choix assez différents, question d’alimenter un débat de fond sur l’envergure, le rôle et la place de l’État fédéral.

Catégorie: Ottawa

Le surplus commence à fondre

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 publié le 10 octobre 2014 à 17 h 07

Le gouvernement Harper a déjà commencé à piger dans la caisse créée par le retour à l’équilibre budgétaire avant même la confirmation de cet équilibre. Le premier ministre Harper se garde une petite gêne. Si son gouvernement affiche un déficit quatre fois moins important que prévu pour l’année terminée le 31 mars dernier, M. Harper soutient qu’à l’heure actuelle, on est encore en léger déficit pour la présente année, situation à laquelle plus personne ne croit. Le surplus est à nos portes, une année plus tôt que prévu.

Son ministre Joe Oliver a d’ailleurs commencé la distribution des bonbons bien avant l’Halloween, le 11 septembre : 550 millions de dollars sur deux ans aux PME par un crédit d’impôt qui devrait créer environ 800 emplois. M. Harper a décidé jeudi de donner suite lui-même à une proposition fort populaire, du moins auprès d’une certaine clientèle, en doublant le crédit d’impôt pour l’activité physique des enfants. Le communiqué parle du plafond porté à 1000 $ en 2015, mais il faut préciser qu’on parle d’un crédit d’impôt sur cette somme-là, donc un retour de 150 $ maximum plutôt que les 75 $ actuels.

L’initiative était présentée lors de son instauration en 2007 comme un incitatif financier pour les familles à étendre la pratique du sport chez les enfants. Dans la vraie vie, pour utiliser une expression populaire, il faut que vous ayez les moyens de dépenser dans un premier temps les 1000 $ en question pour obtenir, dans votre déclaration de revenus de l’année suivante, les 150 $. Comme dans le cas de bien des rabais en magasin, il vous faut dépenser pour économiser!

Encore dans la vraie vie, si votre sport de prédilection est le hockey, comme c’est le cas pour le premier ministre Harper, vous savez qu’une saison de hockey coûte bien plus que 1000 $. Même chose pour plusieurs des activités admissibles. Les 150 $ ne feront pas nécessairement la différence dans la décision de s’adonner ou pas à une activité dont l’inscription officielle peut coûter dans les 500 $, dépenses qui grimpent rapidement dans les milliers de dollars quand on compte l’équipement et les déplacements pour des tournois, par exemple. Parlez-en aux parents engagés dans le soccer ou le hockey.

Encore en 2007, les stratèges conservateurs répondaient à ces réalités concrètes qu’il valait mieux remettre l’argent dans les poches des parents, qui savent mieux comment organiser et choisir les activités de leurs enfants. Cela valait surtout mieux que de subventionner les organismes et conseils scolaires, afin qu’ils puissent financer par exemple des ouvertures de gymnases en soirée ou durant les week-ends pour organiser des activités comme le basketball, le badminton, le volleyball ou je ne sais trop.

Évidemment, cela transpirait de cette même philosophie qui remet l’argent aux particuliers pour tout, des particuliers bien particuliers en plus… Si on revient aux familles visées et surtout touchées en fin de compte, on peut dresser un constat intéressant qui en dit long.

À partir des données fiscales de 2011 disponibles à l’Agence du revenu du Canada, on peut établir la répartition du crédit d’impôt pour l’activité physique. Quand je disais qu’il fallait pouvoir dépenser pour économiser, avoir les moyens de se payer le crédit d’impôt, cela se vérifie dans les chiffres.

Sur les 816 millions de dollars en dépenses pour activités physiques déclarées par les familles canadiennes en 2011, on constate que les individus avec moins de 50 000 $ en revenus, soit 56,2 % des contribuables, déclaraient à peine plus de 15 % du total des dépenses. Pas étonnant, me direz-vous, puisqu’ils ont moins les moyens d’inscrire leurs enfants. Bien sûr, mais rappelez-vous que les conservateurs ont « vendu » la mesure en parlant de faciliter l’accès et d’inciter plus de jeunes à l’activité physique.

À l’inverse, les 16 % de contribuables qui ont plus de 70 000 $ de revenus imposables déclaraient 52 % des 816 millions de dollars de dépenses. Ils comptaient pour 46 % de tous ceux qui réclamaient le crédit. C’est encore une fois normal à première vue, puisqu’ils ont davantage d’argent à dépenser et, en plus, ils payent plus d’impôt au départ.

Peut-être, mais si on revient à l’objectif officiel du programme, l’incitation, faire une différence, on peut penser qu’on retournait à ces familles mieux nanties un 75 $ qui avait peu d’influence sur  leurs décisions, parce que leurs enfants étaient déjà inscrits à toutes sortes d’activités. Les études sur la participation à ces activités, couplée aux revenus des ménages, le montrent clairement. Et ces données de l’Agence du revenu le confirment. Elles n’ont pas décidé en masse d’inscrire leurs enfants à des activités auxquelles elles ne participaient pas auparavant. Elles sont simplement récompensées parce qu’elles font déjà partie d’une certaine clientèle.

Elles ont appris jeudi que la récompense passera à 150 $. Pour répondre en partie aux critiques qui trouvent que les familles à plus bas revenus ne touchent pas le crédit parce qu’elles ne paient pas ou très peu d’impôt, le gouvernement Harper en fait un crédit remboursable. À noter qu’il faut toujours que ces familles puissent consacrer l’argent aux activités admissibles avant de toucher le crédit de 15 % l’année suivante. Pas si évident, quand on connaît le coût réel de la participation aux sports organisés.

Catégorie: Ottawa

Des réponses! Sérieusement!

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 publié le 2 octobre 2014 à 8 h 57

La période des questions est également devenue celle des réponses depuis quelques jours. Après l’incident Calandra-Mulcair-Scheer la semaine dernière au sujet de la participation militaire canadienne au combat contre le groupe armé État islamique en Irak, on a senti le vent tourner vendredi.

Le virage le plus spectaculaire et le plus remarqué a sans doute été les excuses larmoyantes de Paul Calandra aux Communes pour ses réponses sans rapport avec les questions du mardi précédent. Mais le véritable signal du changement d’attitude est venu d’ailleurs, de tout en haut de la machine Harper en fait.

Interrogé sur la situation en Irak et l’engagement canadien pendant le point de presse lié à la signature de l’entente commerciale avec l’Union européenne, le premier ministre Harper n’a même pas eu l’air agacé. Deux jours après avoir appris aux Canadiens à partir de New York que son gouvernement examinait une demande américaine de contribution militaire accrue en Irak, M. Harper a pris le temps de bien faire le tour de la question, de son point de vue, dans les deux langues officielles. Une réponse élaborée, sans taloche à ses adversaires ni à la presse :

« Je vais répéter cette réponse. Évidemment, l’idée que le Canada mène les États-Unis vers un conflit militaire est tout à fait bizarre. Le président Obama a dit, disait pendant l’été, son intention de mener une coalition contre la menace de l’État islamique. Nous avons eu des conversations à cet égard. C’est un… il y a un bilan public sur cette question.

Le Canada a répondu aux demandes des Nations unies et en conversation avec nos alliés. Je dois dire, je ne dis pas que nous avons répondu avec une réticence. On a ici une vraie menace pas seulement dans la région, pas seulement à nos alliés ou aux États-Unis, mais c’est aussi une menace réelle contre nous. On ne peut pas avoir un califat terroriste ouvert qui contrôle un grand territoire et qui est en train de préparer des attaques terroristes contre des cibles ici et à travers le monde. On ne peut pas tolérer ça.C’est la raison pour laquelle le président a décidé d’agir, et nous le félicitons pour sa volonté et la volonté des États-Unis et nos autres alliés. Quand on appuie quelque chose et quand on appuie quelque chose parce que c’est nécessaire et parce que c’est souhaitable, c’est essentiel que nous fassions notre part. C’est l’histoire de notre pays. On ne reste pas juste spectateur. Ça serait tout à fait irresponsable. C’est la raison pour laquelle le Canada a contribué vite dans cet effort. Il y a d’autres demandes toujours. Nous prendrons nos propres décisions et nous évaluerons ces décisions selon nos objectifs, nos capacités. Mais à la fin, nous n’avons pas l’intention de ne pas supporter nos alliés et nos amis à travers le monde. C’est presque tout le monde qui reconnaît que c’est une mission nécessaire. Nous n’avons pas l’intention quand je suis premier ministre de devenir juste des spectateurs quand notre propre sécurité est en question. »

On peut être d’accord ou pas avec son analyse, ses intentions et sa politique étrangère, mais on ne pouvait plus reprocher à son gouvernement de considérer l’enjeu entièrement derrière des portes closes. On n’en était pas à une véritable consultation de l’opposition, encore moins en public, mais on pouvait comprendre les priorités de M. Harper et ses convictions profondes.

En fait, on pouvait se demander pourquoi avoir attendu les dénonciations d’à peu près toute l’industrie du commentaire politique, surtout au Canada anglais, pour fournir des réponses respectueuses, non pas des interrogateurs, mais de la délicatesse et du sérieux de l’enjeu. Après tout, on envoie des Canadiens dans une zone à risque, aucun doute là-dessus. Et les larmes de M. Calandra n’ont pas fait oublier qu’il agissait comme secrétaire parlementaire du premier ministre et qu’il était donc en service commandé, pas un agent libre.

Une fois le signal donné par le premier ministre Harper, l’effet s’est fait sentir dans tout l’appareil de sorte que le ministre John Baird a fourni des réponses plus que propices en début de semaine à la période des questions. Toute l’information souhaitée par l’opposition n’y était pas nécessairement, mais il allait aussi loin qu’il croyait pouvoir le faire tout en ne finissant pas ses réponses par une insulte ou une pique à ses adversaires, la recette préférée de M. Baird habituellement.

M. Harper a poursuivi dans la même veine mardi et hier, prouvant ainsi que ce n’est pas faute d’être capable d’autre chose qu’on utilise le mépris comme arme principale à la période des questions. Et le gouvernement ne semble pas s’en porter plus mal, au contraire.

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