Billets publiés en février 2016

La session de tous les défis

par

 publié le 9 février 2016 à 18 h 54

C’est un euphémisme de dire que la politique est remplie de défis. Le gouvernement veut stimuler la création de la richesse, il veut adopter des mesures qui viennent en aide aux plus vulnérables, et ainsi de suite. Les oppositions critiquent le gouvernement, elles dénoncent, elles proposent parfois des solutions. Elles préparent le terrain des prochaines élections en espérant convaincre l’électorat.

La session qui commence à Québec ne fait pas exception.

Le défi du gouvernement

Le premier ministre Couillard veut tourner la page sur l’austérité/rigueur budgétaire. Il veut passer à un discours de prospérité. Soit! Un des défis de la politique c’est que les « bottines doivent suivre les babines », bref que le gouvernement passe de la parole aux actes. Et pour ça, il faudra attendre le budget en mars, pour voir si bottines et babines sont synchronisées. Il ne faudra pas s’attendre à ce que le gouvernement roule sur l’or, qu’il réinvestisse massivement dans les écoles et les mesures de solidarité. Mais il devrait pouvoir réinvestir… un peu. Combien? Comment? Rendez-vous en mars.

Le défi de Pierre Karl Péladeau

Le chef du Parti québécois en a des défis. Il doit préparer son parti pour les prochaines élections. Il doit se distinguer comme chef de l’opposition, un rôle ingrat puisqu’il n’a aucun autre pouvoir que celui de critiquer. Il doit coordonner les efforts de l’aile parlementaire de son parti. Il doit stimuler la flamme souverainiste, pas éteinte, mais qui a besoin de carburant.  Il doit assurer la cohésion de son parti. Mais d’abord et avant tout, il doit démontrer qu’il est premier ministrable, qu’il est capable d’avoir la confiance des Québécois. Jusqu’à maintenant, ça a été plutôt difficile.

Le défi de François Legault

La Coalition avenir Québec a tourné en rond en 2015. En 2016, François Legault cherchera à rassembler les déçus du PQ et du PLQ. Vaste défi. Son parti est devenu fédéraliste dans les faits, même s’il est nationaliste. Pas sûr que les souverainistes du PQ suivront, à moins qu’ils ne soient si déçus qu’ils voient dans la CAQ le seul moyen de bloquer le PLQ. Pour les convictions politiques, on repassera. Les sympathisants du PLQ pourraient-ils être déçus par le discours économique du premier ministre? Peut-être. Assez déçus pour faire le saut chez la deuxième opposition? Pas sûr. Bref, la CAQ doit mettre à profit le mécontentement des familles, des souverainistes, des gens d’affaires…

Le défi de Québec solidaire

Depuis sa création et l’élection de son premier député, Québec solidaire se présente un peu comme la conscience morale de l’Assemblée nationale, à la défense de la veuve et de l’orphelin. Depuis quelques semaines, par contre, c’est le Parti québécois, avec son équipe de recherche, qui est au front pour défendre les plus vulnérables. Ça illustre toute la complexité de la tâche d’un tiers parti, qui ne compte que trois députés et une petite équipe de recherche, aussi vaillante soit-elle. Les députés courent les commissions parlementaires, prennent position sur presque tous les sujets et, en fin de compte, dispersent leur énergie. C’est dur, mais probablement nécessaire, de concentrer ses efforts.

Catégorie: Québec

Anticosti : Philippe Couillard cherche un prétexte

par

 publié le 5 février 2016 à 17 h 38

Il faudrait se fermer les yeux, se boucher les oreilles et partir loin loin du Québec pour ne pas comprendre que Philippe Couillard ne veut rien savoir d’exploiter le pétrole et le gaz naturel de l’île d’Anticosti. Le problème, c’est qu’il est lié, par contrat, à un processus d’exploration du potentiel énergétique de l’île.

Alors, comment concilier son opposition et son obligation légale? C’est simple! En trouvant un prétexte pour se sortir du contrat.

Quel est ce prétexte? L’environnement!

Oubliez le fait que le baril de pétrole est à 29 ou 30$. Que l’exploitation du pétrole à Anticosti nécessiterait la construction d’un port en eau profonde. Bref, que les coûts/bénéfices seraient minimes.

L’épineuse question de la fracturation hydraulique

 

Ce sont les études environnementales qui seront la planche de salut du premier ministre. Parce que la seule façon d’extraire le pétrole ou le gaz d’Anticosti, c’est par fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, c’est pas très vert. On utilise des produits chimiques pour fracturer la pierre et aller chercher le pétrole ou le gaz. S’il y a un moratoire sur la fracturation dans la vallée du St-Laurent, il n’y aura pas de fracturation sur Anticosti. Les études vont (fort) probablement conclure que la contamination de l’eau sera trop importante, qu’elle représentera un danger pour le fleuve St-Laurent.

Et Philippe Couillard aura son prétexte.

La suite est prévisible. Le plan de match prévoit des tests de fracturation hydraulique l’été prochain. Mais seulement si les études environnementales sont concluantes, donc seulement si l’effet sur l’environnement est minime. Pariez que l’effet sera important. Pariez que les certificats d’autorisation du ministère de l’Environnement ne seront pas émis.

Le premier ministre pourra alors dire qu’il a respecté le contrat. Que la phase exploratoire a peut être démontré qu’il y avait un potentiel (surtout gazier), mais que les conséquences sur l’environnement seraient beaucoup trop importantes et qu’on ne peut donc pas aller de l’avant.

Il fermerait alors le robinet de possibles recours en justice des compagnies pétrolières associées au projet.

Bref, ce n’est qu’une question de temps avant que les chevreuils d’Anticosti puissent dormir tranquilles.

Catégorie: Québec

Remaniement ministériel : la vitrine

par

 publié le 1 février 2016 à 17 h 21

Le remaniement ministériel de Philippe Couillard a changé la vitrine, mais la marchandise dans le magasin, elle, reste identique pour l’instant, même si on nous promet du « nouveau stock ». La comparaison vient de Louise Beaudoin, je pense.

Cinq nouveaux visages ont fait leur entrée au Conseil des ministres, et plusieurs ministres ont joué à la chaise musicale. Avec ces changements, le premier ministre veut relancer son gouvernement, ouvrir un nouveau chapitre. En clair, il veut se défaire de l’étiquette d’austérité qui commence à coller à son gouvernement. S’il faut plus qu’une affiche « Nouvelle administration » pour relancer un magasin, il faut plus que des mots pour changer l’image et le contenu d’un gouvernement.

Devant la vitrine, les mécontents sont toujours là : parents du réseau de l’éducation, parents du réseau des CPE, chauffeurs de taxi, Fédération autonome de l’enseignement (qui a rejeté la proposition salariale du gouvernement). Bref, les projecteurs braqués sur le remaniement ministériel ont plongé le mécontentement dans l’ombre pour à peine quelques jours. Mais la dure réalité est toujours là : il y a des mécontents. Philippe Couillard va devoir renouveler son inventaire, au-delà de la vitrine.

Le gouvernement voudra calmer la grogne. La clé sera le prochain budget. Il laisse déjà entendre qu’il réinvestira en éducation et en santé tout en continuant de contrôler ses dépenses. On peut déjà prévoir les arguments du gouvernement. « Le contrôle des dépenses donne désormais la marge de manoeuvre pour réinvestir. C’était un passage obligé pour permettre d’avoir les moyens de nos ambitions. » Mais aura-t-il les moyens de répondre aux nombreuses demandes, ou devra-t-il encore arbitrer les revendications?

Politiquement, Philippe Couillard commence à préparer les élections de 2018. Elles ont beau être dans un peu moins de trois ans, elles arriveront vite. Il veut rapidement tourner la page sur les premiers mois de son gouvernement, ouvrir la voie vers une mer plus calme. Cette voie se dessine : réinvestissement, abolition graduelle de la taxe santé et… baisses d’impôts juste avant les élections?

Catégorie: Québec