Il est troublant de lire le nouveau projet de loi 62 de la ministre Stéphanie Vallée, qui vise à favoriser la neutralité religieuse de l’État, et de le comparer avec celui présenté par le gouvernement de Jean Charest en 2010.

Ce projet de loi 94, qui est mort au feuilleton faute de volonté politique, était presque parfaitement identique à celui de Mme Vallée. La seule différence, c’est que le nouveau projet de loi élabore des critères pour les salariés et les élèves qui veulent profiter de congés religieux.

Il aura donc fallu des années de débat pour en arriver là. Une proposition qui est nettement moins exigeante que le rapport Bouchard-Taylor, déposé en 2008, qui recommandait d’interdire aux juges et aux policiers le port de symboles religieux. Nous sommes à des années-lumière évidemment de la charte des valeurs du Parti québécois.

De toute façon, le premier ministre Couillard considère qu’il n’y a pas de crise et qu’il ne faudrait pas en créer une. Mais, alors, pourquoi présenter un projet de loi, d’autant qu’il offre le potentiel de créer une crise? Pourquoi Philippe Couillard n’a-t-il pas décidé d’aller jusqu’au bout de son raisonnement et d’éviter de faire des gestes qui visent à résoudre un problème qui, selon lui, n’existe pas?

D’autant plus qu’attendre 15 mois pour présenter un projet de loi «copié-collé», ça relève de la stratégie politique sans subtilité aucune.

Ajoutons à cela que le gouvernement a décidé de présenter le même jour un autre projet de loi sur les discours haineux, et aussi un plan d’action contre la radicalisation. Ça non plus, ce n’était pas subtil. Ça prend beaucoup d’eau pour noyer un poisson et beaucoup d’autres nouvelles pour cacher celle qui est au coeur d’un débat vieux de 10 ans.

Et, finalement, si nous avons bien compris, les tchadors que Philippe Couillard voulait proscrire en janvier 2014, et le crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale, n’auraient rien à voir avec la neutralité religieuse de l’État.

Non. C’est bien plus simple. Il suffit d’être à visage découvert.

D’ailleurs, souriez, vous êtes en zone de neutralité religieuse.