Billets publiés en juillet 2014

Le veston de ministre ou le sarrau de médecin?

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 publié le 9 juillet 2014 à 13 h 50

Dans une ultime tentative pour défendre sa prime de 215 000 $, Yves Bolduc s’est excusé auprès des patients qu’il a laissés en plan en quittant la pratique de la médecine pour redevenir ministre.

C’est, depuis le début de cette controverse, le seul acte de contrition d’un membre du gouvernement. Et c’est probablement là le coeur du problème dans la gestion de cette affaire par le gouvernement.

Un problème que j’illustrerais comme ceci :

Quand M. Bolduc est entré dans la salle de conférence de presse de l’Assemblée nationale mardi pour répondre aux questions des journalistes, vous ne l’avez pas vu, mais il ne portait pas son veston de ministre. Non, non, il portait son sarrau de médecin.

Dans une certaine mesure, quand Philippe Couillard a dit que cette affaire était « une bien petite tempête dans un grand verre d’eau », vous ne l’avez pas vu, mais il portait son sarrau de médecin, pas son veston de premier ministre.

Quand Gaétan Barrette est entré au conseil des ministres mercredi, en tirant sur tout ce qui bouge pour défendre son collègue Bolduc, que portait-il? Son sarrau de médecin.

Et parce qu’ils portaient leur sarrau, ils ont défendu Yves Bolduc, le médecin et sa pratique de la médecine, comme :

– prendre des patients en charge;

– donner de bons soins;

– toucher le salaire, primes incluses, qui vient avec la pratique de la médecine, selon les règles en vigueur.

S’ils avaient porté leur veston de ministre, ils auraient pu :

– dès le début, s’excuser tout de suite auprès des patients laissés en plan;

– réaliser que quelques semaines plus tôt, ils prévenaient tout le monde que des sacrifices devront être faits pour atteindre l’équilibre budgétaire;

– réaliser qu’un député qui gagne 90 000 $, plus 150 000 $ comme médecin et 215 000 $ en primes pour « voir » des patients, même si c’est exactement ce qu’on attend de lui, peut soulever l’incompréhension d’une partie de la population.

Bref, un veston de ministre leur aurait peut-être donné plus de flair politique…

Catégorie: Québec

Fin de saison sur ton de partielles

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 publié le 2 juillet 2014 à 18 h 25

Il y a un an, à la fin de la « saison » politique 2012-2013, le premier ministre Stephen Harper avait eu un avant-goût de ce qui l’attendait à l’automne : l’interrogatoire musclé du « procureur Mulcair », chef de l’opposition officielle, sur l’affaire Wright-Duffy. Ce qui est arrivé.

À ce moment-là, M. Harper avait aussi devant lui quelques échéances pour lui permettre de reprendre l’initiative de la joute politique, soit un congrès (qui a finalement eu lieu à la fin octobre à cause des inondations de juin à Calgary), un remaniement qui arriva le 15 juillet, une prorogation et un discours du Trône et, enfin, le budget qui a confirmé que le gouvernement fédéral est sur la voie de l’équilibre budgétaire.

Les quatre événements ont eu lieu et, un an plus tard, force est de constater que le gouvernement de M. Harper n’a pas vraiment réussi à changer la donne politique. Ce qui était vu au début de l’été dernier comme étant la lune de miel de Justin Trudeau avec l’électorat dure toujours, selon les sondages. De plus, des résultats électoraux viennent concrétiser le tout sur le terrain politique. Des élections en plein long congé de la fête du Canada, la plus faible participation jamais vue, les bémols habituels sur les résultats de partielles, tout le « spin » du monde politique n’arrive pas à faire oublier le fait que, quelque part, M. Trudeau et son équipe doivent faire quelque chose correctement. Ou bien ses adversaires Harper et Mulcair sont incapables de prendre le dessus… ou bien les deux.

C’est particulièrement intéressant du côté conservateur. Après un an de publicités négatives, les sondages d’avant les partielles montraient que M. Trudeau continuait de voguer en tête. Les conservateurs ont eu recours à ce stratagème dans la circonscription où ils avaient, semble-t-il, une chance d’égratigner le vernis du chef libéral, Scarborough-Agincourt. On le dépeint presque comme un revendeur de drogue aux adolescents, on cite hors contexte le libéral sortant qui détenait la circonscription depuis 25 ans… Rien n’y a fait, le candidat libéral de M. Trudeau a augmenté de 15 % les appuis à son parti par rapport au score obtenu par le vétéran Jim Karygiannis en 2011.

Visiblement, les publicités agressives, voire hargneuses, des conservateurs n’ont pas encore l’effet recherché, comme celui obtenu quand MM. Dion et Ignatieff en étaient les cibles. Cela a certainement à voir avec la cible, mais aussi, peut-être bien, avec le tireur. Les conservateurs et le NPD voient peut-être les choses du même oeil, semblent encore compter sur des erreurs de Justin Trudeau pour renverser la tendance. Une ou deux gaffes notables pendant les 37 jours de campagne? Un embarras majeur lors d’un débat des chefs?

Outre la bonne performance de son adversaire libéral, le premier ministre Harper doit certainement avoir saisi certains messages des partielles de lundi et de novembre dernier. Si ce n’est pas l’effet Trudeau, ce qui explique le recul constant de son parti vient probablement de son côté de l’équation d’un vieux gouvernement, qui s’est entouré d’une palissade après l’affaire Nigel Wright, s’aliénant au passage des institutions et des personnages au-dessus de la joute partisane. Que ce soit Élections Canada, son patron, la Cour suprême et sa juge en chef ou encore l’ancienne vérificatrice générale Sheila Fraser, il y a plusieurs éminents Canadiens liés à l’actualité que le gouvernement Harper n’a pas ménagés ces derniers mois.

Au-delà de l’attitude, sur quoi semble miser M. Harper en prévision d’octobre 2015? Oui, toujours offrir aux Canadiens des rues plus sécuritaires, mais quoi encore? L’économie est la priorité, la carte de visite de son gouvernement. Les finances publiques sont redressées à moins d’imprévus d’ordre économique. De ce côté, les résultats sont mitigés, mais on semble encore sur la voie de l’équilibre. Que peut, surtout, que veut faire le gouvernement Harper?

Pas question de nouvelles dépenses de stimulation économique ni de grands programmes qui entraîneraient des dépenses importantes et à long terme. Si on se fie à M. Harper, c’est du côté des impôts, ceux des particuliers, qu’il faut regarder.

Est-ce qu’on s’est arrêté pour regarder quelles baisses d’impôt sont susceptibles d’avoir un impact, un effet qui durerait de la présentation du budget en février ou mars, jusqu’à l’élection d’octobre l’an prochain? Et surtout, quelle marge de manœuvre a M. Harper pour offrir un cadeau fiscal important et payant électoralement?

Le dernier gouvernement ou parti à avoir fait une véritable campagne gagnante sur la question des impôts des particuliers, à la baisse bien sûr, est celui de Jean Chrétien. Rappelez-vous les élections déclenchées de manière anticipée par Jean Chrétien le 22 octobre 2000, quatre jours après le dépôt de ce que les conseillers libéraux refusaient de nommer un « mini-budget ». Que voulez-vous? Comme disait M. Chrétien… « L’énoncé économique et mise à jour budgétaire » contenait, du point de vue politique, une véritable bombe nucléaire fiscale qui réduisait dramatiquement les impôts des particuliers à partir de l’année 2001.

Je vous fais un bref rappel. Paul Martin avait déjà annoncé dans son budget 2000, quelques mois plus tôt, le retour à la pleine indexation des tables d’impositions : 5,1 milliards de dollars de plus dans les poches des contribuables dès 2001. Il ajoutait la cerise sur le gâteau en octobre, avec un nouveau taux d’imposition et une réduction des taux existants par tranche de revenu.

Résultat, strictement pour les particuliers, environ 10,2 milliards de dollars de plus dans les poches à compter de 2001, 12,1 milliards l’année suivante. Des baisses majeures, pas promises, mais adoptées rapidement en quelques heures par motion de voies et moyens aux Communes. Une telle annonce transformait la campagne libérale en véritable rouleau compresseur, allez en parler à Stockwell Day. Choisi chef de l’Alliance canadienne pendant l’été, il avait défié Jean Chrétien de déclencher des élections à la rentrée en septembre. Le premier ministre s’est fait un plaisir de lui obéir et l’a invité à jouer sur son terrain…

Stephen Harper a dit à plusieurs reprises récemment qu’il a les impôts des particuliers dans le collimateur après l’élimination du déficit. Vous vous souvenez de la promesse remise en question du fractionnement du revenu des familles avec enfants. On prête souvent l’intention aux conservateurs d’avoir synchronisé le déficit zéro et les baisses d’impôt qui l’accompagneraient avec l’année électorale 2015.

On doit garder en tête deux choses si on veut comparer avec le scénario Chrétien de l’année 2000. Premièrement, la proximité entre l’annonce des baisses et le scrutin. En 2000, quatre jours à peine séparaient les baisses d’impôt et le déclenchement des élections. Pour M. Harper en 2015, le budget fédéral est prévu en février-mars, l’élection à date fixe est le 19 octobre suivant, à moins que…

Deuxièmement, l’ampleur, pour que cela se sente dans le portefeuille. Sur ce plan, la barre est haute. Les 10 milliards de dollars retournés aux contribuables par les Chrétien-Martin se comparaient à 87 milliards de recettes gouvernementales provenant de l’impôt des particuliers. Si M. Harper veut faire un « cadeau » comparable en proportion des recettes anticipées de l’impôt sur le revenu, il devra laisser dans les poches des Canadiens plus de 16,8 milliards dès la première année, le tout sans retomber en déficit! Si on veut lui donner une chance, on peut modifier en tenant compte de la place des impôts des particuliers par rapport au PIB, car elle a baissé depuis 2001. Oups, c’est encore 15,6 milliards auxquels il doit renoncer s’il veut frapper un aussi grand coup que Jean Chrétien à l’époque.

Vous aurez compris que si M. Harper fait vraiment campagne sur des baisses d’impôt des particuliers, ça se fera autant, probablement plus, sur la manière, la répartition, les clientèles visées. Plutôt qu’un gros slogan à la Chrétien style « 100 milliards de dollars en 5 ans en baisses d’impôt », M. Harper devra offrir tout un service après-vente aux ménages visés. Avec l’inconvénient d’ouvrir la porte à davantage de débat et d’analyse sur l’impact réel et des contre-propositions rivales basées sur des chiffres identiques. Alors, préparez-vous à plusieurs versions de l’équation baisses d’impôt + classe moyenne = octobre 2015.

Catégorie: Ottawa

Rob Ford : transformé ou recyclé?

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 publié le 2 juillet 2014 à 15 h 39
Le maire de Toronto, Rob Ford

Le maire de Toronto, Rob Ford, en entrevue à la CBC le 2 juillet 2014

Croyez-vous le nouveau Rob Ford? Celui qui revient de 60 jours de cure de désintoxication dans un centre spécialisé au nord de Toronto? Celui qui admet maintenant avoir une maladie, une dépendance à l’alcool et aux drogues?

Je m’en voudrais de douter de la sincérité d’un homme qui reconnaît avoir un problème de toxicomanie et qui semble prendre tous les moyens pour le régler. D’un homme qui semble accepter que sa dépendance le suive toute sa vie et qu’il doive être vigilant pour éviter la rechute, comme c’est souvent le cas pour plusieurs.

Cependant, plusieurs Torontois semblent sceptiques. Chat échaudé craint l’eau froide. Les aveux de Rob Ford, sa contrition, ses excuses des derniers jours ressemblent beaucoup à ceux présentés il y a quelques mois. Quand il a admis pour la première fois avoir déjà fumé du crack, alors qu’il l’avait nié pendant des mois.

Est-ce que ses centaines d’heures de thérapie en deux mois ont vraiment transformé l’homme? Ou simplement « recyclé » son image publique, en vue des élections municipales d’octobre? Pour mieux comprendre, voici en résumé les faits saillants de l’entrevue qu’il vient d’accorder à Dwight Drummond, de la CBC, à Toronto.

L’entrevue en 7 temps

  •  M. Ford admet pour la première fois avoir bu de l’alcool et avoir été en état d’ébriété au travail, dans son bureau de l’hôtel de ville. Il admet également avoir pris plusieurs types de drogues durant son mandat à la mairie. Question : « Marijuana? Héroïne? Crack? » Réponse de Rob Ford : « Nommez-les, j’en ai pris. » Mais jamais à son bureau.
  •  La vidéo et la photo de lui avec une pipe à crack dans les mains, publiée le 30 avril 2014, la veille de son départ en cure de désintoxication : « Je fumais du crack ce jour-là. »
  • « Les mensonges, les manipulations du passé, c’étaient pour cacher ma maladie, ma dépendance. » Mais il assure que maintenant, on peut le croire.
  • Sur ses commentaires sexistes, homophobes et racistes envers les Noirs, les Italiens, les Pakistanais : « C’est à cause de ma maladie. J’étais en état d’ébriété. » Question : « Est-ce que ça ne reflète pas votre véritable personnalité? » Réponse : « Je n’aurais jamais prononcé ces mots à jeun. Je m’en excuse. »
  •  Pourquoi ne pas prendre soin de lui-même et de sa famille, prendre une pause, se retirer de la course à la mairie? Rob Ford répond : « Le stress du travail et de la campagne ne sont pas des éléments déclencheurs pour moi. J’aime mon travail. »
  • Rob Ford affirme avoir mis fin à son association avec le monde criminel, y compris avec son ancien chauffeur et ami, Alessandro Lisi, accusé de trafic et d’extorsion. Est-ce que M. Ford va finalement collaborer avec les policiers dans le cadre de ces enquêtes? Rob Ford : « J’écoute les conseils de mon avocat [qui lui a dit de ne pas parler aux policiers]. » Question : « Quelle image cela envoie-t-il quand le maire de la ville refuse de collaborer avec les policiers? » Rob Ford : « Il faut en parler à mon avocat. »
  • Comment va sa sobriété : « Je n’ai pas bu hier et je n’ai pas bu aujourd’hui. Je prends ce défi une journée à la fois. » Question : « Si une autre vidéo de vous fait surface, allez-vous démissionner? » Rob Ford : « Une journée à la fois. »

 

Premier bain de foule pour Rob Ford à l’occasion de la fête du Canada.

Questions sans réponse

  • Quelle est la nature exacte de sa relation avec Alessandro Lisi, accusé de trafic et d’extorsion? Les deux semblaient inséparables, dans les documents de surveillance de la police, captés l’été dernier.  Qu’y avait-il dans les enveloppes que Lisi lui remettait lors de leurs rendez-vous clandestins?
  •  A-t-il demandé à Lisi de retrouver la première vidéo, celle de l’an dernier, où on verrait Ford fumer du crack?
  • Quels sont ses liens avec les gangs de rue, en particulier des membres présumés des « Dixon Blood »? Même s’il dit avoir « mis fin » à ces associations, elles semblent avoir existé, alors qu’il était maire. Les Torontois n’ont-ils pas le droit d’en connaître la nature?
  • Quels sont les facteurs qui le poussent à boire et à prendre des drogues? Et comment entend-il régler ces problèmes à l’avenir?

« Rob Ford nouveau » ou version « légère »

Il y a maintenant le Rob Ford d’avant et celui d’après sa cure de désintoxication. Celui qui reconnaît ouvertement avoir été un drogué, un menteur et un manipulateur durant son mandat, en état d’ébriété au travail, associé avec des criminels. Et celui qui dit que maintenant, il va mieux, mais demeure vulnérable, que tout cela c’est du passé, des erreurs causées par sa maladie, qui ne se répéteront plus.

Par contre, certains se demandent s’il se cache maintenant derrière sa maladie pour excuser ses écarts de conduite. Le maire aime répéter : « Actions speak louder than words » (« Les actions sont plus éloquentes que les paroles »). C’est maintenant à lui de prouver, par ses actions, que le « Rob Ford nouveau » n’est pas seulement une version « légère », mais réellement différente.

Catégorie: Ontario