Billets publiés en mai 2014

Exit Girard? Pas si vite!

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 publié le 30 mai 2014 à 15 h 36

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral, les journalistes spéculent sur le congédiement à venir de hauts dirigeants de sociétés d’État ou d’organismes publics, nommés par le gouvernement péquiste.

Deux noms reviennent régulièrement : Mario Laprise de la Sûreté du Québec et Nicolas Girard de l’Agence métropolitaine de transports (AMT) et ancien député du Parti québécois.

Je ne sais pas ce qu’il leur arrivera, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, Nicolas Girard s’est acheté quelques mois de sursis. Non pas parce que le ministre des Transports Robert Poëti est devenu son nouveau meilleur ami après deux réunions de travail. Pas non plus parce que le gouvernement a pardonné à M. Girard son passé de « pourfendeur » de Tony Tomassi à l’Assemblée nationale.

Non, c’est plutôt parce que les policiers ont amassé, grâce à M. Girard, des informations troublantes, préoccupantes et fascinantes sur son prédécesseur à l’AMT, Joël Gauthier.

M. Gauthier est un ancien directeur général du PLQ, nommé à l’AMT en 2003 avec l’arrivée au pouvoir de Jean Charest.

Le document policier ayant servi à obtenir un mandat de perquisition à l’AMT est renversant.

Financement illégal, billets de spectacle et de hockey gratuits, cadeaux, etc. En voulez-vous, en v’là!

Ce n’est pas tout : on apprend que M. Gauthier aurait voulu faire remplacer des téléphones cellulaires « tombés dans un verre d’eau ». Non seulement ça, mais il aurait demandé à une adjointe de détruire un autre téléphone cellulaire à coups de talon. Voulait-il détruire des preuves, on peut se poser la question.

Le problème, c’est qu’aucun talon, aucun verre d’eau ne pouvaient effacer les données des téléphones cellulaires. Elles étaient stockées dans le serveur de l’AMT!

Arrêtez, on n’en peut plus.

Il est important de préciser que M. Gauthier n’est accusé de rien, le document policier n’est qu’une dénonciation.

Mais revenons à Nicolas Girard. C’est lui qui aurait constaté ces irrégularités alléguées, c’est lui qui aurait mis les policiers sur le coup.

Le congédier maintenant pourrait être vu comme une vendetta.

On ne congédie pas un dénonciateur, même s’il est péquiste, même s’il est le pourfendeur d’un ancien ministre libéral.

Ça paraît mal…

Catégorie: Québec

La fiscalité fédérale et la classe moyenne

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 publié le 29 mai 2014 à 16 h 54

Certains ministres du gouvernement Harper en étaient venus à développer des symptômes aigus d’allergies lors de la publication du rapport du Directeur parlementaire du budget (DPB). Le pharmacien du cabinet Harper n’a sans doute pas eu de prescription d’antihistaminiques mardi avec la publication d’un rapport sur l’impact des changements fiscaux mis en place depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs.

Le rapport n’a eu que peu de couverture, des articles succincts ici et là. Même le ministre des Finances Joe Oliver, qui avait pourtant une sortie ce jour-là, n’a pas profité de l’occasion. Tambours, trompettes, feux d’artifice, il me semblait que le gouvernement était devenu assez habile pour attirer l’attention sur ce genre de constat.

Au moment où la bataille d’octobre de 2015 semble vouloir cibler la fameuse classe moyenne, voici ce que conclut Jean-Denis Fréchette dans son rapport :

– Un échantillon d’une quinzaine de mesures fiscales importantes montre que, cette année, ces changements laissent 30 milliards de dollars de plus dans les poches des Canadiens.

– En dollars absolus, ceux qui gagnent le plus économisent bien sûr davantage, mais le caractère progressif de plusieurs des mesures fait en sorte que les moins nantis et la classe moyenne inférieure sont les plus grands bénéficiaires en proportion de leurs revenus.

– En prime, il y a des effets secondaires pour les trésors provinciaux, qui engrangent des revenus fiscaux additionnels de 1,7 milliard cette année.

Est-ce le genre de munition dont pourra se servir le Parti conservateur pour défendre son bilan sur le plan fiscal en campagne? Si le gouvernement ne s’en est pas vanté, il faut aussi noter que les partis d’opposition, si prompts habituellement à s’emparer de ce genre de rapport, l’ont eux aussi laissé sur le coin du bureau ou placé dans la corbeille de leurs courriels.

Donc, sur les 30 milliards que le trésor fédéral ne vient pas chercher cette année, 13,3 d’entre eux viennent de la baisse de deux points du taux de la TPS. Si elle prive le fédéral de revenus, cette baisse de taux arrose les provinces de 580 millions supplémentaires.

Évidemment, pour les ménages, les gains en dollars absolus suivent les dépenses et les revenus. Mais le DPB qualifie la mesure de « hautement progressive » quand on regarde son impact en proportion des revenus. Les ménages avec 20 % des revenus les plus bas en bénéficient deux fois plus que les 20 % à l’autre bout de l’échelle des revenus.

Quelques autres faits saillants qui témoignent de la progressivité des mesures fiscales du gouvernement Harper :

– Championne de la redistribution vers le bas : la Prestation fiscale pour le revenu de travail instaurée en 2007. Elle profite aux plus bas revenus en dollars absolus ET en proportion du revenu. Ceux qui gagnent entre 2000 $ et 36 000 $ empochent 60 % de tous les gains.

– Quand on parle de la classe moyenne, on pense aux familles avec enfants. Si le crédit d’impôt pour enfants est très légèrement régressif, la Prestation fiscale et le Supplément de la prestation nationale pour enfants sont de leur côté très progressif. Leurs ajustements rapportent 1,1 milliard aux familles. Et 50 % des travailleurs à plus bas revenu, sous les 49 000 $, récoltent 80 % de la somme.

Un bémol intéressant pour les conservateurs, mais les partis d’opposition devraient aussi en prendre bonne note. Vous vous souvenez des doutes du regretté Jim Flaherty sur le bien-fondé du fractionnement du revenu des familles. M. Flaherty et quelques études concluaient que les familles les mieux nanties en profiteraient de manière disproportionnée. Il faut savoir que le fractionnement du revenu est déjà offert aux retraités sur leurs revenus de pension et que son utilisation confirme les soupçons. Les ménages à revenus moyens et élevés en bénéficient davantage, car il faut qu’il y ait un certain écart de revenu pour qu’un des conjoints puisse refiler de ses revenus à l’autre.

Bref, plusieurs constats intéressants, éducatifs, pour l’électorat comme pour les politiciens qui vont le courtiser dans 16 mois. En plus, peut-être quelques fausses conceptions remises en question. Dommage que le rapport n’ait pas attiré l’attention plus qu’il ne le faut.

Catégorie: Ottawa

Les lignes du jour!

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 publié le 29 mai 2014 à 14 h 05

Tous les jours, le gouvernement envoie à ses députés ce qu’on appelle « les lignes du jour ». Il s’agit des commentaires que les députés, mais surtout les ministres, doivent faire quand ils sont questionnés sur des sujets d’actualité.

À notre grand bonheur, aujourd’hui, ces « lignes » ont été envoyées par erreur aux journalistes parlementaires.

Rare plongeon dans les coulisses du message politique du gouvernement :

Deuxième séance du conseil des ministres

  • Il s’agit simplement d’un conseil des ministres pour permettre de compléter une discussion entamée hier, et pour laquelle nous avions besoin d’informations additionnelles.

Enjeux liés de près ou de loin au budget

  • Je n’ai aucun commentaire à formuler avant le dépôt du budget, mercredi prochain.

Privatisation SAQ et d’Hydro-Québec

  • La situation des finances publiques est sérieuse, il est nécessaire que nous redressions la situation, mais la privatisation de nos sociétés d’État n’est pas une solution au déficit structurel des finances publiques.
  • Le premier ministre a été clair hier et a fermé la porte à la privatisation des deux sociétés d’État.


Négociations avec les médecins (même si on questionne sur une loi spéciale)

  • Nous sommes en communication régulière avec les fédérations, d’autres rencontres sont prévues.
  • (conflit d’intérêts) : Les canaux de communication sont toujours ouverts et vous avez constaté que la FMSQ ne me voit pas en conflit d’intérêts.
  • Je ne suis plus membre de la FMSQ, car je n’avais pas renouvelé mon adhésion à l’Association des radiologistes du Québec.
  • Nous ne ferons pas de négociations sur la place publique.

 

Report du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État

  • Le premier ministre a confié à la ministre de la Justice le mandat d’élaborer une loi sur la neutralité religieuse de l’État, l’encadrement des accommodements et la lutte contre l’intégrisme.
  • Il s’agit d’une des priorités de notre gouvernement.
  • Nous souhaitons soumettre à l’Assemblée ce projet de loi le plus rapidement possible. D’ailleurs, nous sommes déjà au travail dans ce dossier.
  • Cependant, nous allons prendre le temps de bien faire les choses.
  • Vous comprendrez également que, compte tenu de la durée de la présente session et du menu législatif déjà fort chargé, il est plus réaliste de penser que nous serons en mesure de présenter ce projet de loi aux parlementaires cet automne.

RER – hydroliennes

  • Depuis notre arrivée, nous avons demandé d’arrêter tous déboursés le temps que l’on étudie attentivement le dossier.
  • Cette étude n’est toujours pas terminée, mais nous comptons terminer celle-ci dans les prochaines semaines.
  • Cela étant dit, je ne ferai aucun autre commentaire sur le dossier, considérant le fait que l’un des dirigeants s’adresse présentement aux tribunaux et que Investissement-Québec est impliqué dans les prétentions du demandeur.
  • Voici un autre exemple d’un projet mal ficelé par la PQ, qui a manifestement agi par électoralisme plutôt que dans l’intérêt des Québécois.

 

Modulation des tarifs de garde en fonction du revenu

  • Nous voulons protéger les familles d’un choc tarifaire.
  • Nous nous sommes engagés à l’indexation, pour cette année.
  • Néanmoins, nous avons reçu le mandat de la population québécoise de procéder à une gestion rigoureuse des finances publiques.
  • C’est pourquoi le programme, comme tous les autres programmes du gouvernement, fera l’objet d’une étude du comité de révision des programmes et du comité portant sur la fiscalité.

 

Processus nomination juges Cour Suprême

  • La Cour suprême du Canada s’est penchée sur le processus de sélection.
  • Le jugement de la Cour est venu clarifier les paramètres du processus de sélection des juges de la Cour suprême.
  • Il garantit également la représentation du Québec au sein du plus haut tribunal du pays.
  • Nous nous assurons de faire valoir les intérêts du Québec en participant activement au processus. Il s’agit d’une priorité pour la ministre de la Justice.
  • La ministre a d’ailleurs eu plusieurs échanges à ce sujet avec son homologue fédéral.
  • Nous avons fait appel au secrétariat à la sélection des candidats à la fonction de juge, qui a été mis en place par notre gouvernement en 2012, afin de recommander les meilleurs candidats.

Catégorie: Québec

Le retour de PKP, un symbole de force

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 publié le 28 mai 2014 à 14 h 27

Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau
Le premier ministre Philippe Couillard et le député péquiste Pierre Karl Péladeau

Alors que les médecins estimaient qu’il mettrait des semaines à s’en remettre, Pierre Karl Péladeau a fait son entrée à l’Assemblée nationale lundi, moins de 10 jours après un grave accident de vélo qui lui a causé de multiples fractures.

Même s’il n’était là officiellement que pour faire son entrée à titre de nouveau député de Saint-Jérôme, plusieurs n’ont pu s’empêcher d’y voir un symbole de force. Moins de deux jours après sa sortie de l’hôpital, alors qu’on croyait initialement qu’il ne serait pas là de toute la session parlementaire, PKP ne recule devant rien et se présente à l’Assemblée nationale en fauteuil roulant!

Dans les rangs péquistes, on s’est étonné de l’abondance d’encouragements et de souhaits de prompt rétablissement que le nouveau député a reçus dans les jours après son accident. Sur la page Facebook du Parti québécois, on n’a pu s’empêcher de remarquer que la nouvelle le concernant avait reçu plus de clics que bien des annonces du précédent gouvernement de Pauline Marois.

Un député qui, il y a quelques jours encore, n’était pas très chaud à l’idée de voir Pierre Karl Péladeau briguer le poste de chef du Parti québécois confiait, la semaine dernière, avoir été surpris de la réaction populaire. Le retour rapide du député en chambre risque de l’avoir surpris encore davantage. Et si, malgré son passé, Pierre Karl Péladeau était capable de susciter la sympathie populaire? Déjà, en campagne électorale, plusieurs observateurs avaient été surpris de voir les électeurs se précipiter pour lui serrer la main et se faire photographier en sa compagnie.

Pierre Karl Péladeau avait assurément hâte de faire ses premiers pas comme député, mais la hâte avec laquelle il s’est empressé de revenir ne peut qu’alimenter les spéculations voulant qu’il se lance rapidement dans la course à la direction du Parti québécois. Que sa présence soit ou non le résultat d’un calcul stratégique, il reste qu’un retour si rapide à l’Assemblée nationale est un geste fort pour la suite des choses. Malgré l’adversité, le député ne s’en laissera pas imposer. Que ses éventuels adversaires à la course à la direction du Parti québécois se le tiennent pour dit.

Catégorie: Québec

Une vie de moins en moins privée

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 publié le 21 mai 2014 à 16 h 30

Voici deux exemples de pratiques permises en vertu des lois qui régissent les renseignements personnels et les données numériques :

  • Vos profils Facebook ou Twitter sont récupérés et entreposés quelque part par des organismes fédéraux sans lien avec un programme en particulier ou une « activité » (lire enquête) précise.
  • Vous êtes client d’une entreprise de télécommunications, aussi bien dire chacun de nous. Eh bien, sachez qu’au moins 800 000 dossiers clients ont été transmis, sur demande, sans mandat, à des organismes fédéraux en une seule année.

Mais attendez, il y a ça aussi qui s’en vient :

  • La même chose pourrait arriver aux déclarations de revenus! Ensevelie quelque part dans le projet de loi omnibus sur le budget (C-31), une disposition permettra la transmission sans mandat, par l’Agence du revenu du Canada et selon le jugement d’un fonctionnaire, de toute déclaration qui pourrait être liée à un acte criminel quelconque. Et je ne parle pas ici de fraude fiscale. Les fonctionnaires ont déjà ce pouvoir dans ces cas-là.
  • Le projet de loi  C-13 est présenté habilement comme le projet de loi sur la cyberintimidation, même s’il ne traite de ce sujet que pendant 3 pages sur un total de 53. Le reste porte sur la mise à jour des pouvoirs d’enquête en cette ère numérique. D’une part, on abaisse la barre pour l’octroi des mandats, quand on se donne la peine d’en demander un. On passe des « motifs raisonnables de croire » qu’un acte criminel est lié aux renseignements personnels qu’on veut obtenir aux « motifs raisonnables de soupçonner ». C’est un assouplissement notable, disent les spécialistes. D’autre part, le C-13 accorde aux entreprises qui transmettent volontairement des données aux autorités une immunité en matière de poursuites criminelles et civiles. Question d’inciter à la collaboration et de réduire les besoins en mandats!
  • Dans le cas du S-4, projet de loi qui se veut une simple mise à jour de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, là aussi, on élargit l’accès aux données personnelles. Les entreprises pourront les fournir, sans mandat, non seulement aux autorités policières, mais à d’autres entreprises.

Les cas de Facebook et des dossiers clients

Que pense le gouvernement Harper de ces exemples, outre le fait que les lois actuelles permettent ces pratiques, du moins selon son interprétation?

Les profils Facebook emmagasinés? Pas grave, dit le ministre Tony Clement, c’est déjà du domaine public et les gens veulent justement partager des informations en s’affichant sur Facebook. Vrai que c’est public, mais la loi sur la protection des renseignements personnels prévoit que le gouvernement ne peut les recueillir qu’à des fins définies et précises, pas juste au cas où.

La commissaire à la vie privée s’en inquiétait pour cette raison. Elle se demandait aussi si le gouvernement allait baser des décisions politiques sur de telles données, soulignant leur inexactitude ou leur manque de fiabilité. Mais bon, quand on se base sur Kijiji pour évaluer les besoins en emploi dans les différents marchés. On repassera pour l’exactitude…

Les dossiers de 800 000 clients de trois compagnies de télécommunications ou de services en ligne sont communiqués aux autorités fédérales, sur simple demande, sans mandat. Il ne faut pas s’en faire non plus, dit le premier ministre Stephen Harper :

« Différents organismes policiers ou d’enquête canadiens vont, de temps à autre, demander des informations à des compagnies de télécommunications. Ils le font toujours en respectant la loi. Ils cherchent toujours un mandat lorsque c’est requis. Bien sûr, nous nous attendons à ce que les compagnies de télécommunications respectent la loi. »

De temps à autre! On parle de 800 000 fois en un an, pour les trois seules entreprises sur une trentaine qui ont daigné fournir leurs chiffres! Évidemment, M. Harper répondait à l’opposition en Chambre, pas aux citoyens ordinaires dont les dossiers sont ainsi visés. La tactique veut qu’il réponde avec exactitude, mais (un gros MAIS) en tronquant la réalité à ses fins et en parlant d’autre chose dont il était question.

Ce qui s’en vient et la tendance aux États-Unis

Est-ce une indication? Il reste que les trois projets de loi actuellement à l’étude au Parlement vont dans la même direction, celle de l’ouverture, de la transmission volontaire de données et de la protection de ceux qui collaboreront avec obéissance et soumission avec les autorités.

Pendant ce temps, aux États-Unis, les révélations de l’affaire Snowden sur la National Security Agency (NSA) et ses activités quant aux données personnelles dans les serveurs des Facebook, YouTube, Apple Google, Hotmail et cie ont donné lieu à un débat qui se poursuit. Les Américains veulent bien qu’on prenne les moyens d’assurer leur sécurité, mais ils veulent qu’on leur démontre qu’on fait tout pour limiter les intrusions et surtout que quelqu’un, quelque part, exerce un certain contrôle, une surveillance de ces activités en leur nom.

Sans entrer dans les détails, on agit sur plusieurs fronts. L’administration Obama maintient la capacité de la NSA de collecter les fameuses « métadonnées » reliées à des milliards d’appels téléphoniques, mais impose de nouveaux contrôles sur leurs cibles, leur consultation et leur entreposage. Une nouvelle directive présidentielle resserre aussi les contrôles sur les « signaux de renseignement ».

Pendant ce temps, les deux chambres à Washington se livrent à un jeu de va-et-vient déjà vu autour de versions de projets de loi intitulés de manière appropriée « USA Freedom Act ». Là encore, laissons de côté les détails, mais retenons que les politiciens des deux partis, dans les deux chambres, sentent que les choses ne peuvent en rester là où les avaient emmenés le Patriot Act et la panique du renseignement qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.

Et ici, pendant ce temps-là…

Ça dépasse les dirigeants politiques. Les entreprises canadiennes disent attendre des directives sur ce qu’elles doivent publier en terme de données de leurs clients transmises aux autorités. Dans leur timide et surtout prudente réponse à la commissaire à la vie privée, elles n’ont fourni que des données agglomérées de façon à ne pas permettre d’identifier qui collabore.

Aux États-Unis, les géants Microsoft, Apple, Google, Yahoo, LinkedIn et plusieurs autres publient sur leurs sites respectifs des chiffres sur le nombre de requêtes des autorités, celles acceptées, leur type, etc. Elles ont même un site web conjoint qui alimente le débat et renseigne sur les balises à imposer aux entreprises et aux autorités.

Et ici pendant ce temps-là…

Catégorie: Ottawa

Sondages: pour s’y retrouver un peu

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 publié le 16 mai 2014 à 18 h 54

Je suis confus.

Les résultats des sondages publiés par les différentes firmes depuis le début de la campagne sont tellement incohérents quand on les compare les uns aux autres que j’en perds mon latin. Mercredi, les libéraux menaient par huit points. Jeudi, les progressistes-conservateurs menaient par huit points. Aujourd’hui, les libéraux mènent par sept points.

Cependant, au-delà des intentions de vote en général, le sondage Ekos de vendredi dénote plusieurs tendances intéressantes. Tous les tableaux sont disponibles ici, marge d’erreur et tout.  Voici mon analyse, à chaud.

D’abord les mauvaises nouvelles :

– Inquiétant pour les libéraux : ils semblent perdre du terrain dans les banlieues de Toronto et dans le sud-ouest de l’Ontario, des bastions traditionnels.

– Inquiétant pour le NPD : il semble perdre la fidélité des cousins fédéraux. 20 % des électeurs qui ont voté NPD au fédéral songe à voter libéral au provincial. Sans cet appui, difficile de faire des gains dans des régions comme la banlieue de Toronto, ou de maintenir les sièges dans Niagara-Falls et London-Ouest.

– Inquiétant pour le PC : Tim Hudak ne passe pas auprès de la gent féminine. Seulement 24 % des femmes voteraient PC, contre 40% qui voteraient libéral, et 25 % NPD. Le PC mène par contre chez les hommes, 38 % PC, 34 % LIB, 17 % NPD.

Puis les bonnes nouvelles :

– Encourageant pour le PC : en tête dans toutes les régions, sauf Toronto et le nord de la province.

– Encourageant pour les libéraux : ils semblent toujours avoir la cote auprès des immigrants, des femmes et dominent complètement à Toronto, où est situé environ un siège sur cinq.

–  Encourageant pour le NPD : il semble prendre de l’élan dans le Sud-Ouest, où plusieurs luttes à trois sont à prévoir et où des gains leur sont possibles.

 À noter :

– Le nombre d’indécis reste élevé, à 20 %. (Pourquoi? Ce que j’en pense ici.)

– Les verts et les autres partis marginaux recueillent ensemble 12 % d’appui. C’est plutôt élevé, un peu hors norme. Ça représente sûrement des indécis ou des électeurs qui veulent cacher leur véritable choix.

Il y aura d’autres sondages au cours de la campagne, je ne vais pas tous les commenter. Mais avec 1111 répondants, joints tant au téléphone à la maison qu’au cellulaire, ce dernier Ekos est le plus sérieux jusqu’à maintenant.

Catégorie: Ontario

Élections ontariennes : crise d’identité

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 publié le 16 mai 2014 à 10 h 54

Les Ontariens iront aux urnes le 12 juin.

L’économie de l’Ontario est en pleine transformation. C’est aussi vrai pour l’échiquier politique. Au cours des derniers mois, les chefs des principaux partis semblent tous avoir été frappés par une crise identitaire.

Auditionner pour le bon rôle

Prenez par exemple le chef progressiste-conservateur. En 2011, Tim Hudak a perdu l’élection parce que, de son propre aveu, il avait « auditionné pour le poste de chef de l’opposition » en passant trop de temps à critiquer le plan de ses adversaires, et pas assez de temps à présenter son propre plan.

Cette fois-ci, Tim Hudak ne parle que de son plan (ou presque) de créer 1 million d’emploi en huit ans. Il n’a pas peur de dire tout haut qu’il va éliminer 100 000 emplois dans le secteur public, annuler un rabais sur les droits de scolarité, couper dans les services publics, dont l’éducation. C’est la méthode des sirops Buckley : ça a mauvais goût, mais c’est efficace.

« Les gens doivent savoir à quoi s’attendre quand nous serons au pouvoir. Pas d’intentions cachées. Les Ontariens s’attendent à ce que leurs leaders soient francs et honnêtes », dit-il. Cette fois, il auditionne pour le poste de premier ministre.

 De médiatrice à antagoniste

À l’inverse, c’est la première ministre sortante Kathleen Wynne qui, par moment, semble auditionner pour le poste de « critique en chef ». Celle qui s’est pourtant fait élire à la tête du Parti libéral en raison de son côté de bonne médiatrice a décidé de faire campagne, jusqu’à maintenant, en passant à l’offensive. La chef libérale attaque le gouvernement fédéral dans le dossier des régimes de retraite. Elle attaque le PC ontarien pour ses politiques « fractionnistes et rétrogrades ». Elle attaque le NPD pour son « dangereux » manque d’expérience.  Elle a même fait un détour par Walkerton (vous vous souvenez : eau potable contaminée, sept morts, des milliers de malades) pour ramener à la mémoire des Ontariens le symbole de l’ère du gouvernement Harris, l’effet des compressions et de la déréglementation. Prochain arrêt des libéraux, l’Hôpital Montfort?

 De sociale-démocrate à pragmatiste

De son côté, Andrea Horwath, la chef du NPD, semble vouloir prendre un (mini) virage à droite. Parfois, on dirait même qu’elle emprunte des idées au maire de Toronto, Rob Ford. Elle a promis de faire la lutte au gaspillage en créant un ministère de l’Épargne, responsable des compressions gouvernementales. Elle courtise les petites et moyennes entreprises en leur promettant des réductions d’impôts. Elle s’oppose aux projets d’amélioration du transport en commun, si ça veut dire faire payer plus les contribuables. Elle est devenue la grande défenseure du portefeuille des Ontariens contre les hausses d’impôts.

Indécis

Avec 27 jours à faire dans la campagne, environ 30 % des Ontariens ne savent toujours pas pour qui voter. Il y a 20 % d’indécis, et 8 % qui envisagent de ne pas aller voter ou d’annuler leur vote. C’est vrai, la campagne est jeune. Mais c’est aussi vrai que les chefs de parti semblent être en pleine métamorphose idéologique. Si les chefs en sont à revoir leurs propres croyances politiques, c’est aussi normal que l’électeur ne sache pas à quel saint se vouer.

Catégorie: Ontario

De gauche à droite : la chef du NPD Andrea Horwath, la chef libérale Kathleen Wynne
et le chef progressiste-conservateur Tim Hudak

 

La campagne électorale ontarienne se déroule pour le moment sur le thème de l’emploi et du coût de la vie. Il n’y aucun doute que c’est la préoccupation numéro un des Ontariens. Mais ça ne veut pas nécessairement dire que ce sera LA question à laquelle les électeurs vont répondre au moment de mettre une croix sur leur bulletin de vote.

« C’est l’économie, stupide!  » — James Carville

Ce conseil du stratège américain James Carville, donné à la campagne à la présidence de Bill Clinton en 1992, s’applique parfaitement à l’élection ontarienne actuelle.

L’économie de la province tarde à reprendre son rythme d’avant la récession. La croissance économique est anémique. La création d’emplois stagne. La qualité des emplois diminue. Le coût de la vie augmente. Beaucoup d’Ontariens ont l’impression de tirer le diable par la queue.

Les partis politiques misent gros sur ce sentiment. Tous maintiennent qu’ils ont LA solution pour relancer l’économie et donner un répit aux familles. Question de leur donner un peu d’espoir.

Mais c’est rarement l’espoir qui mène les électeurs à aller voter. « C’est l’économie, stupide! » n’était que le deuxième conseil sur la liste de James Carville à Bill Clinton. Le premier, c’était « le changement contre le statu quo ». Changement comme le « Are you better off than 4 years ago » de Ronald Reagan, le « Change that works for you » de Barack Obama. Ou stabilité comme « les deux mains sur le volant » de Jean Charest.

La colère et la peur

Le désir de changement politique est à son plus fort en Ontario depuis 10 ans. Selon les récents sondages, plus de 6 électeurs sur 10 croient que la province est sur la mauvaise voie. Et 7 électeurs sur 10 affirment qu’il est temps de se choisir un autre gouvernement.

Les conservateurs et les néo-démocrates misent donc sur cette colère pour gagner des électeurs. Colère contre les scandales de dépenses inappropriées (ORNGE, cyberSanté, l’annulation des centrales au gaz), colère contre les tentatives de camouflages de l’administration du gouvernement McGuinty, colère en raison des enquêtes criminelles en cours contre les libéraux.

Les libéraux, eux, misent sur la peur. Peur que les compressions et les mises à pied de fonctionnaires promises par le conservateur Tim Hudak ne nuisent aux services de santé, d’éducation, de garderie et à la reprise économique. Peur que l’inexpérience du NPD mène à une nouvelle récession, comme ça a été le cas sous Bob Rae dans les années 1990.

Mobiliser les électeurs

Cette dynamique semble pour le moment favoriser en partie les conservateurs. Voici pourquoi : les électeurs de droite sont les plus susceptibles d’être en colère contre les libéraux, donc plus susceptibles d’aller voter. Et beaucoup de « Red Tories » installés chez les libéraux pourraient se tourner vers Tim Hudak.

Par ailleurs, pour les électeurs plus à gauche, la peur d’un futur gouvernement conservateur est plus forte que la colère envers les libéraux. C’est pour séduire cette tranche de l’électorat que le parti de Kathleen Wynne a déposé un budget très progressiste juste avant le déclenchement des élections. C’est ce qui risque de faire mal aux néo-démocrates d’Andrea Horwath. Elle a forcé le déclenchement des élections en misant notamment sur les scandales. Mais pour ses électeurs traditionnels, l’enjeu ne résonne pas autant qu’elle le souhaiterait.

Les promesses de création d’emplois, ça fait appel au côté rationnel, à l’hémisphère gauche du cerveau. Mais c’est souvent le côté émotionnel, l’hémisphère droit, qui influe non seulement sur le choix des électeurs, mais aussi sur la volonté de se déplacer vers l’isoloir pour que ce choix compte. Un taux de participation élevé serait donc une mauvaise nouvelle pour les libéraux, et une bonne pour le PC et le NPD. Lors de la dernière élection ontarienne en 2011, à peine 49 % des électeurs se sont présentés aux urnes.

L’impondérable : pour le moment, il y a encore un électeur sur trois qui est indécis. Une semaine de campagne derrière nous, 29 jours à faire, c’est loin d’être terminé.

Catégorie: Ontario

Leçon de politique terrain pour les nouveaux élus

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 publié le 12 mai 2014 à 14 h 31

La leçon nous vient de Luc Berthold, ancien directeur de cabinet de la ministre déléguée aux Transports Julie Boulet, qui a témoigné à la commission Charbonneau.

M. Berthold a expliqué qu’il y avait deux types de députés : ceux qui connaissaient les règles du jeu et qui poussaient les dossiers de leur circonscription auprès du ministre et de son cabinet et auprès de la direction régionale du ministère et… il y avait les autres.

Les députés de la première catégorie voyaient leur dossier mis sur le dessus de la pile, qu’ils soient du parti au pouvoir ou de l’opposition. Quant aux autres, ils attendaient que des fonctionnaires jugent leur dossier prioritaire.

Cet ancien directeur de cabinet a souligné, qu’en 2007-2008, les députés de l’Action démocratique du Québec ne défendaient pas leurs dossiers routiers. Résultat? Les députés libéraux et péquistes les plus actifs se sont discrètement partagé les budgets disponibles.

Il est assez clair que les deux grands partis connaissent tous les trucs et qu’ils en informent leurs députés.

La Coalition avenir Québec (CAQ), qui a succédé à l’ADQ, devrait en prendre note. À ce chapitre, l’équipe de François Legault a échoué à encadrer et à canaliser l’énergie de certains de ses députés.

L’exemple le plus évident et le plus lamentable est celui de Jacques Duchesneau. La CAQ ne pouvait pas perdre les services de celui qui lui a donné un véritable élan lors de la campagne électorale de 2012. Pour y parvenir, la direction de la CAQ aurait dû le chouchouter, tout en lui tenant les ouïes serrées.

Il est évident que Jacques Duchesneau n’était pas facile à encadrer. Il a un jugement politique chancelant, mais il est populaire, et, comme le papillon, il est attiré par la lumière. En politique, on ne laisse jamais seul ce genre de gaillard. Il faut lui donner la chance de s’épanouir en sécurité, sans qu’il s’approche trop du feu. Ça n’a pas été un succès. Il a été brûlé par l’affaire Boisclair. Cela en valait-il la peine?

Un autre exemple? Stéphane Le Bouyonnec. Un homme intelligent, que l’on dit très habile pour lire un rapport trimestriel. Tous les partis ont besoin de ce genre d’élus. Mais M. Le Bouyonnec avait la fâcheuse habitude de transformer ses interventions à la période des questions en festival de la métaphore. Ce n’était pas nécessaire. Et, pendant ce temps, la circonscription de M. Le Bouyonnec (La Prairie) était laissée à elle-même. Il a été balayé le 7 avril, alors que d’autres caquistes s’en sont bien tirés.

François Legault n’a qu’un objectif en tête pour le prochain scrutin, et c’est de former le prochain gouvernement. S’il veut y parvenir, il doit prendre soin de son caucus pour éviter les crises inutiles comme celles que Pauline Marois a vécues en 2011. Il doit aussi veiller sur ses députés-vedettes, pour éviter qu’ils s’ennuient ou qu’ils tombent dans le délire des grandeurs ou de la rancoeur.

La performance de François Legault lors du second débat des chefs a sauvé plusieurs députés caquistes du désastre. Mais plusieurs députés avaient laissé leur circonscription en friche sur le plan de l’organisation. Ils dépendaient entièrement des succès du chef.

François Legault et son équipe ont intérêt à inculquer une discipline et une méthode de travail aux nouveaux députés, afin de leur permettre de demeurer les représentants de leur circonscription. Il est toujours bon, semble-t-il, de composer de temps à autre le numéro du cabinet du ministre des Transports.

 

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Jouer sur les mots

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 publié le 6 mai 2014 à 17 h 51

Les jeunes journalistes à l’Assemblée nationale apprennent rapidement que chaque mot qui sort de la bouche des politiciens compte.

Ils apprennent aussi qu’en général, les politiciens ne mentent pas, mais ne disent pas toute la vérité.

Par contre, il y a des phrases qui ne laissent place à aucune ambiguïté.

Du genre : « nous allons rendre publics les avis juridiques sur la charte » ou « nous avons des assises juridiques solides pour la charte ».

Ainsi, le débat sur l’existence et sur la nature d’avis juridiques complets ou partiels sur le projet de la loi sur la charte des valeurs nous a beaucoup occupés mardi.

Ce débat, il ne changera rien dans vos vies. La charte telle que présentée par le gouvernement Marois est morte et enterrée. Mais derrière ce débat, il y a une question fondamentale : celle de la confiance envers nos institutions.

Quand Philippe Couillard nous dit, en campagne électorale, qu’il rendra publics les avis juridiques sur la charte, on s’attend à ce qu’il les rende publics, qu’ils soient partiels ou complets.

On ne peut pas se mettre à jouer sur les mots en laissant entendre qu’on ne parlait que des avis juridiques complets.

On comprend que le ministère de la Justice ne rend jamais ses avis publics, que ça pourrait créer un précédent. Mais si c’est le cas, on ne le promet pas en campagne électorale.

À l’inverse, on ne peut pas prétendre que la charte a les assises juridiques nécessaires quand on ne demande même pas un avis complet sur le projet de loi. On ne passe pas des mois à se dire convaincu que la charte passera le test des tribunaux pour finalement dire à quelques jours du vote qu’on pourrait se prévaloir de la clause dérogatoire.

On s’attendrait à ce que nos élus, sur une question qui a tant fait débat, nous disent quel genre d’avis juridiques ils ont en main. Partiels, complets, sur quoi. Pas besoin de les rendre publics, mais au moins assurer la population qu’on en a.

Et si ces avis sont négatifs, simplement dire qu’on pense qu’une décision politique s’impose, dans l’intérêt public et qu’on utilisera la clause dérogatoire.

C’est, dans tous les cas, pour le Parti libéral et le Parti québécois, une question de transparence et de confiance envers nos institutions qui va au-delà de notre appui ou de notre rejet de la charte.

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