Affaires d’État

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 publié le 16 mars 2014 à 15 h 55

L’adhésion formelle du Québec à la constitution canadienne est-elle une des « vraies affaires » dont s’occupe Philippe Couillard?

Vendredi, le chef libéral a déclaré qu’il entendait faire une tournée du Canada pour faire valoir la reconnaissance du caractère distinct du Québec et reprendre à son compte les quatre autres conditions de l’Accord du lac Meech. Il a aussi précisé qu’il parlerait d’économie lors de cette tournée canadienne.

Donc, vendredi, les affaires constitutionnelles comptaient parmi les « vraies affaires », au même titre que l’économie.

Samedi, Philippe Couillard a indiqué qu’il n’y a pas urgence de relancer le dossier constitutionnel et qu’il laisserait les autres chefs de gouvernement prendre l’initiative d’engager des pourparlers.

Que se passe-t-il, ce ne serait plus une des « vraies affaires »?

Pourtant, il y a un an, tout au long de la course à la direction du Parti libéral, la célébration d’une entente constitutionnelle, incluant le Québec, pour le 150e anniversaire de la Confédération canadienne en 2017, était un des principaux thèmes du candidat Couillard. Et c’était encore une priorité tout récemment.

Quant à l’échéancier, 2017, au rythme où se déroulent des négociations constitutionnelles, ça paraît plutôt irréaliste. Dans l’Accord du lac Meech, un délai de trois ans avait été prévu, seulement pour l’approbation formelle de l’entente de principe par Ottawa et les provinces.

 Le lac Meech 25 ans plus tard?

L’Accord du lac Meech a donné lieu à un échec politique retentissant, qui a été un prélude au référendum de 1995 au Québec.

Philippe Couillard a-t-il bien mesuré l’ampleur du défi qu’il évoque?

Fait-il une lecture lucide du rapport de force entre le Québec, Ottawa et les autres provinces?

Le chef libéral peut-il nommer un seul chef de gouvernement au Canada qui est prêt à l’appuyer dans ses revendications pour refaire les négociations de l’Accord du lac Meech?

Des discussions constitutionnelles représentent des années de labeur, des énergies considérables. Les risques sont élevés et un échec peut créer de puissants remous politiques.

Alors, puisque Philippe Couillard demande à Pauline Marois de préciser ses intentions sur la tenue d’un référendum dans un prochain mandat, il serait conséquent que le chef libéral donne l’exemple et informe les Québécois des discussions qu’il pourrait entreprendre avec le reste du Canada.

Puis, M. Couillard consulterait-il les Québécois avant d’aller négocier avec le reste du pays?

Il est possible que les cinq conditions de Meech ne soient plus les priorités du jour pour les Québécois.

Et, s’il conclut une entente, le chef libéral croit-il, comme il l’a dit au lendemain de sa victoire à la direction de son parti, que l’approbation de l’Assemblée nationale suffirait pour l’entériner, sans tenir de référendum?

Il est certain que des Québécois mettraient en doute la légitimité d’une telle démarche.

Il est aussi très probable que des Québécois, dont bien des fédéralistes, doutent des chances de succès d’une telle stratégie.

Car, en toute franchise, qui sont les acteurs politiques au Canada, notamment au Québec, qui croient vraiment aux chances réelles d’un fédéralisme renouvelé, une réforme qui offrirait par exemple davantage de pouvoirs au Québec?

S’il y en a, qu’ils se montrent, qu’ils nous disent ce qu’ils veulent faire et comment ils comptent parvenir à leurs fins.

Oui, qu’ils se montrent, car, pour le moment, Philippe Couillard paraît bien seul.